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VU. DE L'OUARANSÉNIS AU MAROC

1° La Lèvre du Vent. — La rivière Mina, maître affluent du Chêliff, borne à l'occident, d'un profond fossé, le massif de l'Ouaransénis : ainsi limité îi l'ouest par ladite Mina, au nord par le Chélifl* des plaines, h l'est par le Chéliff des gorges, au midi par le Nahr-el-Ouassel, qui est l'un des deux Chéliffs du Plateau, ce hérissement de djebels est presque un parallélogramme régulier d'un peu moins de 200 kilomètres de langueur, la largeur variant entre 50 ou 60 el 80. Ce bossellement prend donc, plus ou moins, 1 200000 hectares à l'Atlantide.

Au couchant de la Mina s'étend par quelque 500 mètres au-dessus des mers la grande plaine

d'Eghris.

Cette plaine est bornée, tant au septentrion qu'au midi, par des arêtes continuant l'Ouaransénis dans la direction E.N.E.-O.S.O., c'est-à-dire suivant l'axe même de l'Atlantide, lequel est déterminé au N.-E. par le pilier fumant de l'Etna, au S.-O. par le pic de Teyde, fumant aussi, sur l'ile canarienne

de Ténérife.

Les arêtes du nord s'appellent les monts des Réni-Chougran, celles du sud se nomment les monts de Saïda.

Les monts des Déni-Chougran atteindraient à . peine à la ceinture du géant Ouaransénis; craies que couvrent des terrains miocènes éventrés par des ravines profondes, ces djebels, ramassés aux environs de Mascara, n'ont que 808 mètres à leur • Nador', c'est-à-dire à leur belvédère, à leur vigie, à leur tour du guet, et 911 à leur culmen, le Chareb-er-Rih.

Charel)-er-Rih, c'est-à-dire Lèvre du Vent, comme les Arabes nomment avec une admirable poésie la cime voisine de Mascara, d'où, plus frais que l'air des plaines, le vent souffle, au midi sur le bas-fond de l'Eghris, au nord sur le fond beaucoup plus bas

I. Nombre de montagnes du Tell s'appellent ainsi, sous les formes de Nador, Nadeur, Nadour, N'adhor.

encore, et presque égal au niveau de la mer, où passe en sifflant le chemin de fer d'Alger à Oran, dans les campagnes de Perrégaux.

800, 900 mètres, c'est la haute colline, et ce n'est pas la montagne, mais il y a par ici de tels ravinements dans la terre ou dans la pierre que parfois, vus d'en bas, ces nains-là semblent des colosses.

Lorsque, dit l'Arabe, Allah créa le monde, il mit tous les djebels dans un sac grand comme rinfîni, puis, de la main qui peut tout et plus encore, il les éparpilla sur le sol, comme un semeur fait de sa semence. Quand la terre fut toute hérissée de pics, de pitons, de i nadors » , d'aiguilles, toute boursouflée de dômes et coupoles, toute fendue de précipices, elle, si plane un instant avant, Dieu regarda dans le sac, et voici, il était encore à moitié plein. Alors il le vida sur le pays des Béni- Chougran : des maudits Chougran, ainsi que disaient nos soldats durant les luttes contre Abd cl-

Kader, sultan de Mascara.

2<* Honts de Saida. — Les monts de Saïda sont plus hauts de 300 h 400 mètres que la Lèvre du Vent; ils ont donc iiOO et jusqu'à 1204 mètres au djebel Nesmote, altitude modeste. Mais le calcaire qui les compose épanche plus de belles fontaines que n'en verse d'habitude la roche algérienne. Dans le bassin de la Mina, comme dans celui de rilabra, mainte riviéretle à cascades est digne de nos jolis ruisseaux du Périgord ou du Poitou — ainsi la Mina supérieure, l'Oued-el-Abd, l'Oued. Tifrit, l'Oued-Saida, l'Oued-Nazreg; sans rien dire d'Aïn-Fékan, magnifique source, non de montagne, mais de vallée, ou plus exactement de plaine, à l'issue occidentale du plan d'Eghris.

Les continuateurs des monts de Saïda vers rO.-S.-O. ontune bien moindre profusion de claire eau courante; môme on les peut dire secs, presque très secs ; quoique pays de Tell, on y voit l'alfa, qui marque le Steppe; ils s'élèvent cependant h 100, 200, 250 mètres de plus que les djebels de la Ville Heureuse*. On les appelle monts de Daïa, d'une bourgade militaire située à la lisière des Hautes Landes, au pied de la Vigie, haute de 1392 mètres.

Arrivée aux sources du Sig, conque dominée par des reliefs de plus de 1400 mètres, la chaîne de Daîa perd de sa continuité; en même temps elle cesse d'être tellienne et va se dispersant en cimes

i. C'est ce que signifie le nom arabe Saïda.

isolées sur le Plateau des alfas. De ces sommets, l'un commande El-Aricha de 220 mètres : c'est dire qu'il s'élance à 1470 mètres, puisque le poste d'El-Aricha, qui n'ignore rien des intempéries du septentrion, quoiqu'il avoisine le trentQ-quatrième degré de latitude, est à l'hivernale élévation de 1250 mètres. A 40 kilomètres au S.-O. du mont d'El-Aricha, qui s'appelle le Mékaidou, l'arête entre dans le pays des Béni-Matar, dans la « marche » de Maroc et d'Algérie, qui n'est pas Algérie, qui même passe pour être Maroc, en vertu de notre éternelle impuissance à finir ce que nous avons commencé.

3<> Honts de Tlemcen. — Tel est le prolongement des monts de Saïda. Celui des monts des béni-Chougran par delà les plaines sidi-bel-abbésiennes du Sig termine plus dignement notre part d'Atlantide, en attendant que l'Algérie atteigne la Malouïa, puis la dépasse.

Ce massif de frontière tient son nom d'une ville belle par le site et grande par l'histoire, mais qui semble plus riche de passé que d'avenir, sur sa terrasse qui voit jusqu'aux djebels du bord de la Méditerranée, à 800 mètres au-dessus de l'incorruptible azur des eaux amères.

Celte ville, c'est Tlemcen, dont la montagne, fraîche et ruisselante à l'instar des Kabylies, est encore kabyle chez les Béni-Snous, qui sont des hommes usant d'un dialecte berbère.

Si de la plage méditerranéenne à la vieille ville déchue, si de l'embouchure de la Tafna, si de Rachgoun à Tlemcen, la « Porte de l'Ouest », on monte de 800 mètres, il faut en gravir plus de 1000 de Tlemcen au plus aérien sommet de son entassement de djebels calcaires, au cas où il serait bien exact que leTnouchfit s'élance à 1842 mètres entre le Tell sylvestre des Béni-Snous et le bassin fermé de l'Étang du Bœuf.

Étang du Bœuf traduit Daya-el-Ferd. Ce nom désigne un plateau mi-Steppe, mi-Tell, ou, pour mieux parler. Tell quand l'année pleut avec abondance, et Steppe quand l'urne céleste s'incline rarement sur le plancher d'airain de l'outre-mont. Parmi les dayas ou étangs, les rédirs ou flaques, les oglats ou puits dans le sable, toutes eaux mortes, on dit qu'une seule source d'eau même en été vivante jaillit dans tout le bassin de la Daya-el-Ferd. C'est là le sort des bassins encerclés de montagnes.

Haut ou non de 1842 mètres, le Tnouchfit envoie des eaux d'orage à l'Oued-Za, tributaire de la Malouïa momentanément marocaine.

L'0uargla(UI2 mètres) distribue ises oueds entre l'Étang du Bœuf et la rivière telliennc de Sidi-bel- Abbès.

Le Kouabetmonte à 1621 mètres; SCS ravins descen-

I deiil à lOuL'd-Isseï-, à l'Ûuod-l^lliouii, très gracieuses

riviéretles claires, bruyantes, éternelles, autant qi/e

! près de le sont Impures, torpides, silencieuses,

I mourantes ou mortes celles des plaines oranaises.

Les cascades du H^frouch, -

ip pholDgraplitc de H. Pedra.

Le Beauvoir (Nador), qui est presque le pic du [ Midi de TIemcen, a 1580 mètres : à son nord la plaine de Terni laisse passer le Méfrouch, onde non tarissante rompue plus bas par de mervcilleuset cascades.

Le Tuuniziiïl des BerLércs, nommé par les Arabes Kas-Asfour ou Cap des Oiseaux, se dres.«e grandiosemenl en pierre angulaire d'une Algérie privée de ses domaines cismalouîens et transmalouiens, telle que la voit l'année ltlH8; il surgit

à 1589 mètres, sur la frontière même, ayant au septentrion leS mines de cuivre et d'argent de Ghar-Uouban et les larges plaines de Tencore marocaine Oudjda.

40 Tessala, monts littoraux de l'Oranie. —

Bône, Alger, Cran, se ressemblent en ce qu'elles occupent des brèches de l'Atlas littoral, à côté de vastes plaines.

Au nord du djebel des Béni-Salah de Bône s'étend le plan de la Seybouse et de la Mafrag, terminé sur la mer par des alluvions, des dunes.

Au nord de l'Atlas d'Alger, qui est aussi, par son massif le plus haut, un djebel des Béni-Salah, la Métidja fuit jusqu'aux dunes de l'Harrach.

De même, la plaine du Sig et le marais de l'Habra, alluvions remplaçant un golfe, s'étendent entre le pied septentrional des monts des « Maudits » Chougran et la bordure de coteaux, de dunes, de petits monts littoraux qui sont le sahel de Mostaganem, d'Arzeu, d'Oran : si bien que ce djebel, qui continue rOuaransénis, n'a pas vis-à-vis de lui, comme l'Ouaransénis, un Dahra, mais seulement des collines, des sables, des falaises.

A l'ouest de la plaine du Sig, le Grand Lac Salé d'Oran miroite en eau sans profondeur ou en sel dont la blancheur fait cligner les yeux; au sud il a le Tcssala, qui est un prolongateur occidental des Béni-Chougran; au nord il se butte presque au massif du Mont Oranais.

Le crayeux Tessala (10G5 mètres) domine moins ses vis-à-vis du nord-est et du nord qu'il n'est dominé par ses voisins du sud-ouest. Inférieur de

600 à 800 mètres aux monts de V « impériale » Tlemcen, il ne commande que de 400 à 500 mètres le massif d'Arzeu (631 mètres) et le Mont Oranais (584 mètres).

C'est lui qui cache les horizons lointains du Sud aux quartiers élevés de la ville d'Oran. Tessala veut dire Mont de la Brousse, des broussailles et ronces. Djebel très raviné, son dos porte des plateaux si féconds en céréales qu'il a reçu des Arabes le surnom de Terre du Blé.

Il est compris entre deux plaines ardentes, dont l'une, celle de la Lagune Salée, est moins froide en hiver que celle de Sidi-bel-Abbès. S'élançant ainsi d'un bas-fond, il condense les nues, trop rares en ce parage de l'Oranie; c'est pourquoi les brumes le visitent parfois, qui sont un présage de la pluie, désirée ici plus qu'ailleurs le soleil; d'où le dicton : (( Quand Tessala met son bonnet de nuit, il pleuvra : Sidi-bel-Abbès se réjouit ».

A l'ouest du Rio Salado — mots espagnols là où nous devrions user des mots français de Hu Salé — le Tessala se continue par les Monts des Médiouna (664 mètres); puis, à l'ouest de la Tafna, qui coule dans une brèche, le Filaoucen (1137 mètres) ou Mont de Nédroma continue le djebel des Médiouna; enfin, à l'ouest de la frontière, dans le « Maroc algérien » de la Cismaloula, les Monts des Béni- Snassen (1420 mètres) continuent le Filaoucen : ils ont été nôtres, après des bat^nlles et assauts, en 1859; mais nous les avons rendus étourdiment, pour les regretter aussitôt, à l'empereur aux trois . capitales, au Barbaresque qui réside tantôt à Fès. tantôt à Maroc, tantôt à Méquinez.

u Tell alBL'riOn. — ftcssi

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