On écrit aussi : Souk-Ahrras, Souk-Harras
points complète, avec abondance et salubrité des eaux, excellence du climat, fécondité des terres, fraîcheur des pâturages, amplitude des forêts, profusion de chênes-lièges, santé des troupeaux de moutons et de bœufs, vins de jeune renommée dans un vignoble conquérant la broussaille à la pente des coteaux ardus. Les Français, Francs-Comtois, Savoisiens, Gascons, Corses, Provençaux, s'y mêlent aux Napolitains, aux Siciliens, aux Sardes, aux Uomains, en familles de complexion vigoureuse. C'est une des portes par où les Algériens français ou francisés commencent à descendre dans la Tunisie intérieure; la seconde porte, c'est le Kef, au-dessus du plateau numide; la troisième, c'est Tébessa, tout au bout de la haute plaine, au pied de l'Aurès à l'origine de la descente vei*s Kairouan, Gafsa, Gabès.
Du pied des monts souk-ahrasiens a l'épanouissement subit de Ghardimaou, la Medjerda se tord pendant une soixantaine de kilomètres dans des étroits dignes de louange, entre des monts aussi forestiers que le comporte le Tell français — gorges par endroits si belles qu'on rêverait volontiei*s d'y vivre (et encore plus dans maint admirable vallon), mais pour l'instant on peut surtout craindre d'y mourir.
Le souffle de la vivifiante mer n'y pénètre point assez, la haute montagne de gauche l'arrête, l'air y est inagité, lourd, torpide, embrasé de soleil; le fleuve s'extravase à chaque cime partout où ses deux rives ne lui font pas une infranchissable prison, et la pourvoyeuse des hôpitaux, la fièvre, règne en ces lieux idylliques.
La route de Souk-Ahras à Tunis y franchit vingtsept fois la Medjerda, sans ponts jusqu'à ce jour : la voiture descend, à la casse-essieux ; elle traverse l'oued sur un perré plus qu'inégal caché par l'eau sans transparence, puis, d'un coup de rein, les chevaux s'élancent au galop sur la berge opposée.
A 75 kilomètres de sa source en ligne droite, à plus de iOO le long de l'eau — car la Medjerda de montagne est fort tortueuse — les hauts talus de l'une et l'autre rive s'écartent brusquement, et le fleuve, qui déjà ne coule plus qu'à 200 mètres au-dessus des mers, pénètre dans ce qui fut le premier de ses grands lacs, dans ce qui est la première de ses grandes plaines, dans le bassin do Ghardimaou comblé par l'amenuisement des monts numides, chaque goutte de pluie abaissant l'amont pour exhausser l'aval.
4° La Medjerda des plaines. — La conque de Ghardimaou dépasse en longueur 20 kilomètres;
ie de H. ^l;u^lcin.
ALGÉRIK
sa largeur va de 5 ou 6 à 8. Aucune cité française n V fleurit encore, ou même n'v sort en ce nîonieiit de terre, parce que jusqu'à maintenant la Tunisie ne se colonise point. Grâce aux incohérences du protectorat, elle s'exploite seulement.
Nue est la plaine, absolument nue, et presque vide. Chemtou, carrière de marbres aux couleurs vives, verts, jaunes ou jaupâtres, rouges ou roses, commémore de quelques ruines la Simitlu fondée, ou, pour dire mieux, augmentée et ornée par la ville qui, « seule, a reçu les vaincus dans son sein; qui, mère plutôt que reine, a fait des hommes un même peuple sous un même nom ; ceux qu'elle a domptés, elle les a nommés concitoyens et se les est noués de loin par les nœuds de l'amour filial* ».
De la plaine de Ghardimaou, le très court étroit de Sidi-Meskhine transmet Foued limoneux, entre berges de terre incessamment rongées, 'à la plaine singulièrement plus ample connue sous le nom de Dakhlat'.
La Dakhlat ou plan de Souk-el-Arba, Beauce de 75 000 hectares encastrée de montagnes — la Beauce ne l'étant même pas de collines, — pourrait aussi nourrir de ses blés une capitale, et, l'irrigation étant facile, on en devrait faire un jardin, dans un sol profond, généreux, plastique. Une ville romaine de par ici, Bulla Fiegia^^, n'avait pas bâti son arc de triomplu», ses murs de défense, son théâtre, ses bains chauds, ses maisons et les villas de sa banlieue dans la plaine même; de sou mamelon, dernier effort des Monts de Kroumirie à l'orée du val, elle voyait dans la Dakhlat autant d'épis qu'aujourd'hui, beaucoup plus d'oliviers, et des cités, des villages, des fermes, des pressoirs, tandis qu'à l'heure présente il n'y a qu'embnons de bourgades, gourbis et masures; plus, des hameaux arabes cachés, selon la saison, derrière les raquettes vertes ou les fleurs rouges du cactus à figues comestibles; un Boutarik manque à cette Métidja tout autant qu'à celle (h Ghardirnaou-Chemtou. L'autre grande cité coloniale voisine s'élevait en amphithéâtre à 12 000 mètres environ de la rive gauche de la Medjerda, au-dessus
1. Ilîfic est in gremium victos quae solu recepit Hmnanmnque genus coinmuui noniine fovit, Matris, non domincT, ritu, civrsquo vocavit Quos donuiit, nexuquc pio longinqua iwinxit
(Claudien.)
2. Il parait que co mot anihc sipiiiflo : Knlrôo des Gorjros.
3. Aujourd'hui Hammam Dori'adji, à 8 kilomètres de Soukcl-Arha, vers le N.-N.-O., tout au bord de la plaine de la rive gauche du fleuve.
d'un vallon latéral : de Vacca ou Yaga ou Baga, nom antique, à Béja, nom moderne, le cliangement n'est qu'apparent.
b'' L'Oued-Mellègue, Tébessa, le Eef. — Oued-Mel lègue, Oued-Tessa, Oued-Ghezala , rejoignent la Medjerda dans cette expansion majeure de sa vallée; le fleuve en sort donc plus puissant en ciTie qu'il n'y entre; de l'étiage il ne faut rien dire, il est assez misérable.
Ni le Tessa ni le Ghezala n'ont de grandeur. Le Tessa (125 kilomètres) ressembla durant l'ère coloniale à une avenue sinueuse (pie bordaient, chacune sur sa colline ou dans sa plaine, des bourgades romaines plus parées de monuments qu'aujourd'hui nos villes : telle Assura ou Assurae, Oppidum Azurilanum, aujourd'hui Zenfour ou Zanfour. Né au pied des liamadas, sur des revers de déchirement, il va de kheneg en kheneg, soit d'étroit en étroit, à travers des bassins plats, très fertiles, appelés blad ou bled (pays, terre) ou bahirt (petite mer et, par extension, plaine), il.e très court Ghezala, venant des ravins de la Krouniirie, roule des ondes pures, et les plus secs étés ne l'abolissent pas, eux qui peuvent au contraire abolir le Mellègue, qui est fort long.
Le Mellègue a bien 2^0 kilomètres, contre les iCO de la Medjerda quand ils se rencontrent en aval tle Souk-el-Arba, en amont de Ben-Bechir ; et il y a encore plus d'inégalité, à l'avantage du Mellègue, entre les aires drainées qu'entre les chemins parcourus.
Très grande est pourtant la supériorité .de la Medjerda, qui ne défaille jamais, alors que le Mellègue défaille souvent : celui-ci, séparé de la Méditerranée par plus de djebels, est un oued de Steppe, errant sous le soleil qui l'appauvrit, dans un plateau dont l'alfa dénonce la sécheresse; cellelà est rivière de Tell, et d'un Tt»ll très abreuvé de pluie en amont de l'entrée dans les plaines.
Mellègue veut-il dire : confluent, de ce que l'oued se forme de la rencontre de deux oueds moindres, au bas d'un mont de il '23 mètres qui est l'un de ces témoins isolés laissés par le déchiquètenïent de l'ancienne montagne sur le haut plateau des Numides?
Ou ce nom signifie-t-il la Salée, à bon droit, cette onde rare étant amère?
Des deux oueds dont il tire l'être, l'un, la Meskiana, part de l'Aurès, où ses sources avoisinent celles de l'Oued-el-Arab, torrent du Sahara biskarien que sa pente jette vers la lagune Melrir (mais il ne l'atteint pres(jue jamais). Meskiana, c'esl-à-
fSO
dire h Pauvre', et, en effet, née dans l'indigence iiiHlgiv la liauteur dti djebel, la Meskiuiia finit diins la pauvreté nialgi-é 100 kiluinètreft de loui's cl détoui-a.
L'autiv, l'Uued-Chabro ou Cliabrou, reçoit plus d'?au vivante. Issu des monts tébessîens, il cuuiiiience par une des meilleures funtaines de notre Arrique, Ain-Cliabm, dont l'expansion dépasse 200 litres par seconde; il boit des sources comme celle d'Yauks ou d'Ukkous, qui sont longtemps des torrent» nocturnes dans la fi-aicheur des antres de la craie aurasieniie avant de monter i> la chaleur. il In lumière, par quelque n doux » intarissable; il absorb«> ce que n'a pas consoiimié l'irrigation des Jardins (le Tébessa la romaine, K 011 la monnaie de Rome impériale avait coui's en 1842, lors de l'entrée des França'[f< a.
f^lle ville h 1088 mètres d'altitude, bâtie au pied de l'Usnior, qui est un baslion du massif des Nêmencha , consene maint monument de l'époque où l'une des gi'andes roules du monde lalin l'unissait,
de ville joyeuse en l„yenée âe li Me<(jerd» entre Ghirdlmuiu el Sidi-Holibiiio (v ville Joyeuse, h (]ar- fc«in û'Eub. Girardet. d'a|ip;.s im troqui* de H. Salmi
llia;^e sortie de sa
ruine et devenue la seconde cité du domaine latimipliune de l'empire. En ce temps Tébessji, oà rt'spiraient, croit-on, 40000 hommes, se nommait Tiiévesle. Elle s'abwuve par le moyen du même aqueduc nu même aîii que sous les empei-eurs logés de pourpre; son arc île triomphe est toujours Il quadritrons i?, el l'on y entre ou l'on en sort par les quatre côtés, uu lieu de deux seulement. Son enceinte de 7 mètres de liaiileur n'a pas (léclii, qui reste intacte, avec ses treize toui-s carrées ; il proprement dire, ce nmr n'est pas romain, mais byzantin, et fait de pierres tirées par un général grec des décombres de la ville latine qui.
fondée au i" siècle et très prospère au m*, notamment sous l'empeieur Sévère, avait été jetée à bas par les Vandales.
Au nord-est de celte ville, Haïditi et Tbnla, cette derniêiv à 60 kilomètres, l'autre à 40, sont parmi les lieux numides ou puniques, puis romains, où cent générations dorment, ii jamais soulagées de la lourdeur des jours.
Les 200 hectares de ruines et débris d'Haidra sont l'effondré ment et la dispersion d'Animaedar.i ou Admedera.
A Thala — c'esl là u
Tiinin de mcskin : de ec terme arabe, l'espagnol a I nieti(iniio; el du louiie casIiUan iiiciquiiio, les i 01)1 lire leur moi t mcsi|Uiii i.
nom purement berbère, que traduit le mot « fonlaine » — la plupail des antiquain's fixaient le lieu oii Jugurtlia pensait sauver des Romains tout ce qii'il avait de plus cher, femmes, enfants, or et bijoux ; la citadelle fut prise, mais nilles femmes, ni les filles, ni les joyaux, rien n'y récompensa les légionnaires d'un assaut de plus de six semaines. Les assiégés, ayant allumé leurs maisons, flambèrent avec elles, et l'assiégeant n'y trouva que des cendres. Ainsi avaient fait Sjigonte el N m lia ne e.
Ur il prirajti'ail, maintenant, que Thala n'est point cette redoute héroïque. Ce serait, non pas dans le haut pays, entre les bois, près des aîoun, mais tout au contraii'e dans les bas steppes, dans la région du dattier, de l'olivier, du gommier, enti-e la ville deGafsa, les palmei-aies des chotts et la mer, que l'usurpateur numide avait cm metti'e ù l'abri son trésor. Nouvelle preuve, entre mille, de la vanité des batailles acharnées que se livrent les archéologues autour de quelque texte indigent, jusqu'à ce qu'une pierre ait enfin parlé.
Quoi qu'il en soit, les ruines de Thala sont majestueuses, el la fontaine superbe : il n'y en a guère de plus ruisselante en Tunisie, mais les Arabes la souillent, les chameaux, les bœufs, les moulons lu piétment.
On croirait que l'indigène doil vénérer les fonbiines, chose divine on ce royaume alléré; mais au lieu de les garder amoureusement, il les empoisonne d'ordures, de débris, de pourritures, et plus d'une, lentenieul aveuglée, refuse enfin de jaillir, comme si, cliaale, elle Tuyail la bourbe et les immondices.
Haidra et Thala étaient comme Tébessa des villes de haut plateau : l'une à 1007 mètres, vers les