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Jusqu'à 95 degrés

ALGERIE

et obstruaient Va œil » de la fontaine, ces sources ont, de siècle en siècle, rempli des ravines, dressé des murs de tuf, bâti des cônes de 3, 5, 8 et 10 ou 12 mètres de hauteur, jusqu'à la limite de la force ascensionnelle.

Elles ont splendidement montré leur puissance de lapidification dans tout le fond d*un cirque de quelque 5000 hectares; elles la montrent encore aujourd'hui, mais diminuée par Tâge, h la grande cascade pétrifiée et toujours pétrifiante du plus fort ruisseau brûlant qui jaillisse ici de la très grande profondeur du sol « infernal ». Londe fumante tombe de 10 mètres, en une cataracte qui est flot clair sur marbre diversicolore; chaque goutte, en sa chute, accroche à la paroi dont elle glisse son grain blanc de neige ou d*argent et sa molécule rouilleuse, rose, violette, ou teintée de gris, de bleu, de bleuâtre.

Les Romains recouraient à ces fontaines, leurs Aquœ Tibilitanœ, Eaux de Tibili, d'après une ville dont quelques débris parsèment le site d*Announa, dans la montagne d'entre l'Oued-Cherf et l'Oued- Zenati.

A Meskhoutin on est déjà dans le bas pays, et Guelma, la première cité riveraine de la Seybouse, a son assise à 244 mètres seulement, non loin du lieu qu'occupait, au pied de la Mahouna (1370 mètres), la ville carthaginoise de Kalama\ devenue plus lard romaine avec toute l'Atlantide, — mais restée phénicienne de langue durant tout le temps de la domination des Latins, et même au delà. — Ainsi le nom gracieux de Guelma remonte à l'antiquité noire.

C'est prés de Guelma qu'arrive au fleuve le beau ruisseau thermal d'Hanmiam-Berda, né d'une fontaine de 80 litres par seconde, à côté de ruines romaines, aux environs du bourg français qui s'appelle lléliopolis.

7« Le lac Fetzara. — En aval de la conque de Guelma, belle vigne bientôt, et déjà beau verger, le val seybousien se serre aux gorges du Nador, jusqu'à contracter la rivière en un lit facile à franchir pour les ponts d'une travée ou de deux à trois petites arches. Enfin, après avoir effleuré la racine du djebel des Béni -Sala, le fleuve voit s'éloigner le mont de droite, le mont de gauche, et s'ouvrir en immense expansion la plaine bônoise, non encore affranchie des marigots croupissants,

1. Kalama serait une forme interverlic de Malaka, adjectif punique signifiant la Royale.

des garaas empestées, de la fièvre meurtrière. Hais aussi nul fonds d'Algérie n'a planturosité supérieure, et Bône se loue de sa campagne autan! qu'Alger de sa Métidja.

De la gauche du fleuve au Fetzara, pas d'escarpement, pas même de relief garantissant la plaine et ses monts de reboi'd contre les fermentements dudit lac-marais, qui a 1 2 700 hectares d'une eau puante, immobile là même où passa jadis et repassa la vague turbulente. Sans aucun doute la mer Méditerranée habitait ici, et l'Edough en était le briselames au nord.

Cette encoignure de la Méditerranée avait-elle profondeur de gouffre? Le lac ne nous en peut rien dire, n'ayant que six, sept, huit pieds au milieu et, tout autour du creux central, des fanges peu couvertes d'une eau où flotte le cygne, où le flamant pèche du bout de son bec, du haut du perchoir de ses jambes.

Non seulement le Fetzara n'a pas conservé comme lit le fond du golfe dont il tira l'être dès qu'une ceinture d'alluvions l'eut isolé de tous côtés, mais l'atterrissement a levé le plus bas de sa vasque à 11 mètres en contre-mont du niveau de la Méditerranée : altitude plus que suffisante pour rendre aisé le creusement d'un déversoir et mettre un terme à l'empoi&onnement de la plaine bônoise par le palus fetzarien.

L'œuvre de dessèchement de ces 12 700 hectares a été tentée.

Mais elle n'a point réussi, par la seule couardise des ingénieurs, qui n'ont pas osé tailler dans la terre meuble du plan de Bône un canal égal à sa tâche.

On prétend qu'une station romaine. Ad Plumbaria, ressort encore par quelques bouts de murs au plus épais de la vase du lac. Si ces murs sont bien des murs, et s'ils parlent de Rome, il s'ensuit que le Fetzara ne naquit pas directement de la Méditerranée, par dissociation, mais qu'il s'amassa petit à petit, par l'eau des oueds, dans le plus bas de la terre qui avait succédé à la mer.

Ad Plumbaria, c'est Plombières, le Gîte au Plomb. Pourtant ce n'est pas le plomb qu'on tire de la montagne de l'Edough, près du rivage septentrional de la mare.

C'est le fer — un fer très pur, très fort, égal, dit-on, aux plus résistants de la Suède et merveilleusement abondant'; il s'extrait des célèbres

i. Ces mines de fer oxydulé magnétique contiennent 62 pour 100 de matière fen*èe : aucun gite connu ne donnerait proportionnellement autant de minerai.

mines dt^ Mokls-cl-Hadid ' ou Ain-Hokhra, dans un djebel qui comprime aussi, vers son cfiilre, du zinc et du cuivre, aux veines d'Aïn-Barbar.

8" Bflne. — Bùne est la reine coquelte, fièrc, ambilieuse, de son golfe, qui a 40 kilomèti'es d'ouverture, entre le Cap Itosa (du cAté de Carthagc) et le cap de (îarde (du côté d'Alger).

Dotée dès maintenant d'un avant-porl de 65 hectares et d'un port de 10 hectares qui n'est pas autant que plusieurs en Afrique un insolent déii à la nature, elle a comme Philippeville. cl plus que Philippeville encore, l'avantage de régner sur un Tell plus vaste que celui d'Alger ou d'Oran.

A mesure qu'on s'éloigne de la borne du Mai-oc a mesure qu'on se rapproche de celle de la Tunisie,

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Cascide p«rlflée de Hammam-el-fcilihouUii (toj. p. IM). — Dessia de 'lijlor, cl'»pr*« une phalegraphw de M. ^ell^^^elll.

la largeur de la terre choisie s'accroU. Do Biine on arrive au Sahara sans que tes Hauts Plateaux sur lesquels on chemine longtemps cessent réellement de faire partie du Tell.

Et avant qu'on aperçoive, de la cime d'une dernière montagne, les immenses bas-fonds du lac salé de Mehir, cuvette saharienno. la roule est

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