‹ La France et ses coloniesChapitre 96 sur 283 · I. L« tiuuvenienieiil · texte numérisé non relu

I. L« tiuuvenienieiil

ciner que nos colons auraient mieux aimé pîoclier un ,'sol de carrière, des genêts fleurissant jaune, de grands micocouliers, qui sont arbres fi fourches, des cistes, îles lentisques. des jujubiers, des oliviei-s, des cactus, des aloès agaves. A l'odeur sa-

lubre des pins, à la nauséabonde exhalaison du palus se mêlaient le baume délicieux des herbes de senteur, lavande, sauge, thym, romarin, et

Le frais parfum qui sort des touffes d'asphodèles *.

5® Boufarik. — Trois fois plus loin d'Alger que de Blida, la route arabe d'avant la fatidique année 1830, autrement dit le sentier méfiant de Tune à l'autre ville, rencontrait le campement d'un mai'ché du lundi, lieu quelque peu plus sec que le marais d'alentour.

Hors sa rumeur hebdomadaire, ^beuglements, meuglements, hennissements, braiements, et les exclamations des chameaux et les explosions gutturales des hommes, l'endroit, Boufarik, était silencieux toute la semaine', tout l'an.

Car, dès la nuit tombée, ou même dès que le soleil de l'après-midi s'inclinait vers les monts des Béni-Menasser pour aller s'ensevelir derrière eux dans son or et sa pourpre, hommes et bêtes fuyaient le tertre de la pestilence; ils le laissaient aux hôtes nocturnes, à l'hyène, au chacal, au sanglier; la panthère venait, rampant autant que marchant, y lécher la terre où avait goutté le sang du bœuf et du mouton, et, s'il se pouvait, dévoier des lambeaux de viande avec ses grands ronrons passionnés.

Le champ du souk-el-tnin *, un puits, une koubba vouée au saint maugrabin le plus riche en coupoles, à Sidi-Abd-el-Kader-el-Djilani, quatre vieux trembles, dont on dit que l'un servait aux pendaisons, deux figuiers, un palmier, les marais épanchés par le Bou-€hemla* et autres oueds du prochain Atlas, le porc sauvage, la panthère, alors très nombreuse* en plaine, ainsi que son noble frère le lion dans les halliers de la montagne blidéenne : voilà ce qu'était Boufarik à l'arrivée des Roumis, qui le firent, ou le refirent au cas où jadis il aurait existé comme ville, ou tout au moins comme village.

Mais c'est tout au plus si la conquête d'Alger nous coûta plus de vies tranchées avant l'âge que la purification du marais boufarikois.

Cette boue fut impitoyable durant dix ans, sévère encore pendant dix autres.

Le camp retranché sans lequel on n'aurait pu franchir la plaine ennemie, et d'Alger la maritime

i, Victor Hugo.

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