litres par seconde
4. Elle n'a pas tout à fait disparu du djebel métidjien, ni même de la Métidja, puisqu'elle habite encore la forôt du Uazafran*
atteindre Blida, puis Biédéa la montagnarde, fut moins un camp de jeunes soldats qu'un hôpital de délabrés, et pour beaucoup la chambre de mort ; en 1838, la garnison, qui était de 1400 hommes, en envoya 1360 à l'hospice.
Quant aux colons, la fièvre, le typhus et la dysenterie les dévoraient aussi vile que l'aurait fait une épidémie grandiose, peste, variole confluente, choléra, vomito negro. 11 y eut un mois de l'année 1840, octobre, qui tua 48 personnes sur les 400 du village, et pendant les douze mois de 1842 il ne mourut pas moins de 92 personnes. Boufarik n'ayant plus alors que 300 âmes.
Mais ces premiers colons de l'Algérie furent une race héroïque.
Ils tinrent bon :
Non pas seulement contre l'ennemi tellurique, plus mortel que les dragons de la légende enfouis au fond d'un anli*e à la porte des villes chrétiennes, et qui sortaient, fétides, la flamme à la gueule, le sang dans les yeux, la mort dans les dents, dans les griffes, avec un battement saccadé de la queue, et qui dévoraient le peuple jusqu'à la prouesse du chevalier ou à la blanche descente de l'archange.
ij}, n'était pas assez de marcher à sa fosse en tremblant de fi*isson, à la fois blêmes, verts et jaunes, avec ce visage dont on disait, à voir sa lividité : « C'est une figure de Boufarik! », tout juste dans le milieu de celte plaine au si terrible renom que les Français qui n'y vivaient pas se couvraient la face pour ne point en sentir la puanteur et sentir en même temps le commencement de leur mort, quand la destinée les appelait d'Alger à Blida par l'ossuaire de Boufarik.
11 leur fallait épier le jour, veiller la nuit, faucher, le fusil prêt, et toujours regardant si les Hadjoutes' n'arrivaient pas en rampant dans les hautes herbes ou par derrière le maquis pour repartir au triple galop, avec des têtes de* chrétiens à l'arçon de la selle.
Voilà comment haletait Boufarik, entre des agonies, des enterrements, des escarmouches, des batailles, des poitrines trouées, des nuques sciées, à la lueur de ses foins, de ses meules, de ses gourbis en flammes.
Elle ne mourut point pourtant, la ville, plus que chétive et dolente, née en 1855 de trente-cinq masures de planches, de branches, de joncs et roseaux, habitées par trente-cinq aubergistes, can-
1. Les Uadjoutes, tribu de la Métidja occidentale* saccagèrent la plaine jusque vers 1842.
ALGÉRIE
tiniers, marchands pour soldats, petits ouvriers.
Elle s'appela tout d'abord le Bazar. Puis on la nomma Medina-CIauzel, en Thonneur du maréchal Clauzel, qui gouvernait aloi's l'Algérie. Quant à Médina, qui veut dire ville, c'est le mot arabe, cher aux Musulmans, qui désigne, avant toute autre cité, la « cité par excellence », Médine où le Prophète a son tombeau dans l' « Inviolable mosquée » d'El-Uaram.
Ainsi colonisâmes-nous ici sans espoir, de i855 à 1845.
Après quoi, de 1845 à 1855 on put entrevoir une espérance, car soldats et colons prenaient de moins en moins le chemin du cimetière.
Enfin, à partir de 1856 les naissances vainquirent les décès ; et maintenant la ville-charnier est la cité des platanes, l'ombreuse oasis, l'odorant verger, l'orangerie capiteuse, et ce qui fut l'eau stagnante est aujourd'hui l'eau courante, ruisselante, versée par les canaux aux canalicules, et par les canalicules aux rigoles.
Ainsi advint-il de toute la Métidja, partout malsaine quand nous y vînmes, campagne enflammée, air gorgé de miasmes, sol de pourriture, champs sournois qui pi'omettaient la foi'tune et ne dégageaient que la mort.
Vingt, trente années ont mis le Jaixlin des Hespérides à la place de la baraque des agonisants. Et ce jardin a 95 kilomètres de longueur de l'est à l'ouest, des collines du Corso jusqu'à l'Atlas d'entre Métidja et Chéliff, et 12 à 20 de largeur — 15 en moyenne — du sud au nord, du pied de l'Atlas au pied du Sahel, dans le sens de sa pente : car si son altitude est de 80, de 100, de 150 mètres suivant les lieux au bas de la montagne, haute de 1000 à 1629 mètres, elle n'est plus que de 50, de 40, de 50, de 20, mémo de 10 au bas de la colline, haute de 200 à 407 mètres.
60 Torrents de la Métidja : la Chiffa. — Le vivificateur de Boufarik, l'Oued-Bou-Chemla, n'est qu'un des moindres torrents de l'Atlas métidjien, lequel incline vers la plaine 266 000 hectares de djebels ravinés. Boudouaou, Hamise, Harrach, Mazafran surtout, le dépassent fort en longueur, en aire, en puissance.
Le Boudouaou (40 kilomèti'es) ne demande qu*à suspendre 6 millions de mètres cubes derrière une levée de 34 mètres, ou 14 millions derrière une digue de 48 mèti^es, au plus étroit de ses corridors, à la racine du mont Bou-Zegza. C'est la rivière de TAlma.
L*Hamise (55 kilomètres) suspend déjà 14 millions de mètres cubes pour le service de la Métidja orientale, à 7 kilomètres en amont du Fondouk : la hauteur du barrage est de 59 mètres. Si nous appelons ce torrent l'Hamise, c'est par abréviation et corruption d'Oued-el-Khemis, la rivière (du marché) du cinquième (jour de la semaine), la rivière du marché du jeudi.
L'Harrach (72 kilomètres) recueille l'Oued-el- Mocta, désigné pour abreuver Alger de son eau vive. Après avoir coulé devant le Hammam- Melouan, dont les eaux très salines* ont 39 à 40 degrés de chaleur, il entre en plaine près de Rovigo.
Le Mazafran réunit trois courants d'eau : la Chiffa, qui est la rivière mère, le Bou-Roumi, l'Oued-Djer.
La Chiffa (65 kilomètres), c'est d'abord l'Oued- Ouzéra, qui laisse à gauche dans la montagne, à 500 mètres au-dessus de son flot rapide, la paisible Médéa, bâtie à 920 mètres d'altitude sur le penchant d'une colline appartenant au massif du Dakla (1062 mètres). Malgré sa proximité du torrent de l'Ouzéra, cette ville a son inclinaison vers le fleuve du Chéliff.
De par son altitude Médéa, en réalité Lemdia', est un des sanatoires de l'Atlantide, un de ses meilleure séjours d'été. Quand les prés y verdissent, que les jardins y fleurissent, on s'y croirait en Douce France, devant des vignes d'excellent vin, des ormes, des poiriers aux fleui*s blanches teintées de rose ; et la ville elle-même ressemble aux villes de France, car ce n'est point un bloc de chaux aveuglante aux maisons à terrasses, mais un amphithéâtre sombre aux tuiles rouges — en quoi elle est pareille à Conslantine.
Devenue plus loin la Chiffa, ou plus exactement rOued-el-Chifa, la Rivière des Crues, elle échappe à travers monts, à droite le djebel des Béni-Salah, à gauche le djebel des Mouzaïa, par de beaux défilés dont l'entaille est la route normale entre Alger et Médéa, c'est-à-dire entre le Nord et le Sud, entre le Littoral et le Steppe.
Les gorges de la Chiffa sont désertes ; elles ne l'étaient pas autant quand les singes y riaient et grimaçaient tout le long du jour; mais ils ont presque disparu des bois penchés sur les cascades du