‹ La France éternelleChapitre 32 sur 66 · LE SALUT DU GÉNÉRAL PERSHING · texte numérisé non relu

LE SALUT DU GÉNÉRAL PERSHING

Le général Pershing, lorsqu'il arriva en France, 15 déclara qu'il voulait d'abord aller en pèlerinage à la tombe de La Fayette. On l'y conduisit. Il posa sur la dalle une gerbe de sombre feuillage, et parla vraiment en soldat : il ne prononça que trois mots.

20 — La Fayette, dit-il, nous voilà!

Trois mots, et tant de choses en trois mots! La Fayette, nous voilà! Il y a près de cent cinquante ans, un gentilhomme de France sut que les colons américains prenaient les armes pour s'af- 25 franchir et former un peuple entièrement libre sur une terre entièrement libre. Notre La Fayette comprit que cette insurrection commençait une

très grande aventure, une très noble histoire, et il traversa l'Océan pour aller offrir aux colons son épée, sa vaillance. Il combattit avec eux, il vainquit avec eux, et ce qu'il avait rêvé devint 5 une réalité: les Américains s'affranchirent, la terre d'Amérique porta un nouveau peuple, une nouvelle humanité . . .

Et depuis lors (en moins de cent années) quel travail et quelle croissance ! . . . Cent dix millions

10 d'âmes, quarante-huit États, une humanité et un monde, tel est aujourd'hui le peuple dont la croissance fut défendue par notre La Fayette, telle est la force qui aujourd'hui s'arme pour nous et vient à nous . . .

15 La Fayette , nous voilà ! Le salut de Pershing occupe mon esprit; et il me semble qu'une voix s'élève du fond de la vallée, qui le répète et l'amplifie :

« La Fayette, nous voilà! tu es venu seul; nous venons tous. Ton pays souffre; nous venons

20 souffrir avec lui. Ton pays est appauvri par une longue guerre; nous le savons, nous ne lui prendrons rien. Nous habiterons des camps construits avec des bois que nous aurons apportés, cloués avec des clous qui viendront de chez nous. Nous

25 apporterons nos viandes, nos farines, notre lait; nous ne demanderons à ton pays que son air pour le respirer, son eau pour nous désaltérer, sa terre pour la défendre et recouvrir nos corps si nous devons tomber comme tant des tiens sont tombés.

30 La Fayette, aie confiance; mais, aie patience aussi ! Tu es venu seul, et tu es venu vite. Tu étais soldat, et tu savais la guerre . . . Nous vivions

La Fayette, nous voilà! 131

sans armée. Nous ignorions la guerre: laisse-nous le temps de l'apprendre; laisse-nous le temps d'apporter nos machines, nos richesses, toute la matière en même temps que tous les jeunes hommes 5 de notre Amérique. Les Français, tes enfants, ô La Fayette, sont toujours forts. Ils protègent les camps où nous nous préparons, et ils attendront d'un cœur vaillant l'heure où nous serons près d'eux ...»

Daniel Halévy

Avec les Boys Américains. Berger-Levrault, Éditeurs, Paris.

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