LETTRE DE FRANÇOIS
Bonne et chère petite tante Lou, Le régiment part ce soir pour la guerre libéra- 5 trice. Où, je ne sais pas, mais cela n'a pas d'importance, puisque les Allemands y seront. Hein ! quelle chance que, mes 18 ans révolus, j'aie contracté en avril un engagement volontaire ! . . . Il ne s'agit pas de cela. Le temps m'est compté 10 et j'ai tous mes bouts de lettres d'adieu à écrire à toi, à maman et à Jean, qui sont en vacances à notre ferme des Chênerets. Il faut que je donne du courage à Jean. Pauvre petit frère, comme il va s'ennuyer ! Il a à peine 15 ans et devra regarder 15 sans se battre.
Ce mot sera bien décousu, tante Lou. Je me
suis arrêté pour recevoir du vaguemestre, une
carte de maman. Quand tu lui écriras, dis-lui
combien je l'aime, combien je la vénère d'être si
20 bonne et si brave. Écoute ce qu'elle me dit:
« L'Allemand a voulu la guerre. Chacun doit faire tout son devoir, et plus encore. Sois sûr que Jean et moi penserons sans cesse à toi, mais toi, oublie-nous et ne pense qu'à vaincre.
25 « Jean t'embrasse de tout son cœur. Je te bénis. Reviens-nous victorieux. »
Et là-dessus, chère petite tante Lou, le prénom
de maman prend un aspect extraordinaire. Lorraine! notre Étoile des Mages; notre espoir; un claquement de drapeau.
Au revoir, petite tante, meilleurs baisers de ton S neveu si fier d'en êtr François B. .
Le Matin.