La Guerre par l'Action
25 Clemenceau a quitté son journal pour prendre la première place au gouvernement. Il est devenu
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ministre de la Guerre et président du Conseil après la troisième année de la guerre révolue . . .
Armé de sa plume, il a fait la guerre. Armé de sa parole, il a fait la guerre . . . 5 Ayant parlé, Clemenceau, chaque jour, est parti pour le front de bataille allant trouver les généraux, les officiers, les soldats, quittant le Quartier Général pour la ville détruite, le village incendié, la tranchée bouleversée. On Ta vu partout où il
10 y avait du danger, où éclataient les bombes et les marmites, partout où il fallait apporter le réconfort et affirmer la solidarité. Lui aussi, il a trouvé le réconfort dans ces visites aux combattants. Il est chaque fois revenu débordant d'émotion et
15 d'admiration, puisant de nouvelles forces dans ces prises de contact avec ceux qui offraient leur vie à la défense du sol contre l'envahisseur, à la cause de l'humanité contre la barbarie ... S'il y eut besogne utile, ce fut celle-là. Le troupier exposé à
20 tous les coups du sort, à toutes les formes de l'horreur, avait droit à cette présence du Président du Conseil, Ministre de la Guerre. Et c'est ainsi, mieux encore que dans toutes ses besognes multipliées, journaliste penché sur sa page écrite, ora-
25 teur debout à la tribune, ministre donnant ses ordres dans son cabinet de la rue Saint-Dominique, c'est ainsi que le verra toujours la France, marchant à travers la boue, coiffé d'un chapeau mou, enveloppé d'une houppelande, fortement
30 botté, le bâton à la main, supportant tous les temps, le ciel de feu de l'été, la neige et les averses de l'hiver, pareil à un chemineau par les chemins de la France,
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apportant à tous sa bonne humeur et son émotion, le sourire sous sa moustache blanche, le feu ardent de ses yeux noirs, son mépris du danger, sa foi invincible . . .
5 En ces jours de novembre où j'écris ces dernières lignes, la Bulgarie, la Turquie, l'Autriche, sont abattues. L'Allemagne signe, elle aussi, sa capitulation. Tous ces grands résultats ont été annoncés par Clemenceau à la tribune du Parlement, au
10 milieu d'une émotion indicible et des acclamations de tous. Cette réparation et cette apothéose étaient dues à celui qui a conduit la patrie à la victoire. Le Sénat et la Chambre ont voté une loi qui le consacre, avec les soldats et les chefs,
is comme ayant bien mérité de la Patrie. La France entière ratifiera cet hommage. Elle entendra aussi ses paroles suprêmes, celles qui adjurent tous les citoyens de rester unis malgré leurs différences de conceptions et leurs préférences de régimes. Ces
20 appels à la concorde, en conclusion des articles de l'armistice, ponctués par la voix des canons de la délivrance, c'est le testament d'un homme de pensée qui veut donner à la politique sa signification d'humanité.
Gustave Geffroy
Clemenceau. Édition Georges Crès & Cie., Paris & Zurich,
(( Quand vient l'heure des décisions à prendre, des responsabilités à encourir, des sacrifices à consommer, il faut prendre ces décisions avant qu'elles soient imposées, aller au-devant des responsabilités, s'assurer partout l'initiative, déchaîner l'offensive en tous points ...»
Maréchal Foch
la bataille des nations
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