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La Guerre par la Parole

La vie de Clemenceau, c'est soixante années 15 de bataille pour la Liberté, pour la Justice, pour le sort meilleur des hommes, et, à travers tout, dominant tout, un amour passionné de la France, qui, pour lui, s'identifie avec cet idéal et qui le résume . . .

20 Depuis le 2 août 1914, jour où l'Allemagne commit son premier crime contre la France sans même — tant sa frénésie meurtrière était violente

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— avoir la patience d'attendre que la guerre fut déclarée, M. Clemenceau, n'ayant plus d'autre pensée que la sauvegarde du pays, lui consacra toute son énergie, toute sa clairvoyance vigilante, 5 toute l'autorité que sa flamme, son passé de patriote, son talent, les services rendus lui donnaient sur les hommes . . .

Ses magnifiques articles dans son journal YHomme libre, d'une fermeté vivifiante et d'une

10 tendresse qui, tout en réconfortant ses lecteurs,

leur mettait les larmes aux yeux, retentirent alors

comme des appels aux armes, comme des cris

d'amour et de douleur . . .

Maintes pages de Clemenceau, qu'il est facile

i5 de retrouver dans ses vingt ans de quotidiens articles, prouvent qu'il n'avait pas attendu le cataclysme pour répéter que, si le malheur voulait que le spectre rouge de la guerre se levât sur le monde par le fait de l'Allemagne ... ce ne serait

20 plus seulement pour telle et telle province que la France devrait lutter, mais pour son existence même. Et la France, arrachée à sa noble illusion pacifique, venait, dans une illumination soudaine, de comprendre que tel était bien l'enjeu.

Georges Lecomte Clemenceau. Bibliothèque Charpentier, 19 19.

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