LA PAIX EST SIGNEE
Versailles, 28 juin içiç Recueillie, vibrante et émue, impatiente d'ap-
10 prendre que la Paix tant attendue est enfin signée, une foule où se coudoient fraternellement toutes les classes de la société, assiste, derrière les murs du Palais, à la cérémonie historique, que célébreront plus tard les annales de plus de vingt na-
15 tions . . . Gardes municipaux, agents de police, soldats, spectateurs s'interpellent familièrement; de bons mots s'échangent; des conversations bruyantes s'engagent; puis soudain, le canon tonne . . . Un grand silence se fait . . . Haletantes,
20 les poitrines cessent de proférer des cris ! L'assistance écoute les salves, qui annoncent que le grand Drame est enfin terminé . . .
C'est alors une explosion de joie ! Tandis que les grandes eaux, en gerbes blanches, s'élancent
25 vers le ciel, les plénipotentiaires sortent du château par l'escalier de marbre, au bas duquel la
Garde Républicaine, qui a remplacé les mousquetaires gris, leur rend les honneurs.
Mais voici que s'ouvre la porte centrale donnant sur le grand perron ... M. Clemenceau paraît le 5 premier . . . Souriant, le haut de forme légèrement incliné, le chef du gouvernement s'apprête à descendre les marches du perron, en compagnie de MM. Wilson et Lloyd George . . .
La joie alors devient du délire; d'un seul coup
10 les barrages sont rompus; la foule enthousiaste entoure les présidents en voulant voir de plus près encore les artisans de la victoire commune . . . Pressés, bousculés, portés, environnés d'un nuage de poussière que soulèvent les milliers de curieux,
15 les « Trois », se tenant par le bras, formant ainsi un véritable faisceau vivant de la nouvelle alliance, arrivent à grand'peine, précédés d'officiers, à se frayer un chemin pour regagner le Sénat où doit avoir lieu une ultime conférence . . .
20 Le « Premier » français, qui vécut les heures tragiques de 70 et les heures angoissantes de 1918, vécut hier les plus belles heures de sa vie, et aussi les plus belles heures de l'Histoire nationale. Le Monde Illustré, 5 juillet 1919.
(( Ces héros modestes donnent à l'Arc de Triomphe une noblesse qu'il n'avait pas. Il est aujourd'hui comme le porche colossal d'un palais disparu; on dirait qu'ils en ont fait éclater le vantail, et, devant eux, s'ouvre un horizon immense où flottent tous les espoirs de la France qu'ils ont sauvée. »
Léo Larguter