POUR LA FRANCE
Noble légion des grands écrivains, De dieux révérés couronne immortelle, Fiers historiens et poètes saints, Vous qui, façonnant la langue rebelle,
5 L'avez assouplie à vos chants divins, Pour qui les splendeurs de votre- éloquence, Rois de la pensée, ardents orateurs?
Et vous dont les chants disent: Espérance! Pour qui chantez-vous, poètes vengeurs?
10 — C'est pour la France!
Par l'hiver glacé, le printemps vermeil,
Par l'été brûlant, par la pâle automne,
Par l'âpre froideur ou l'ardent soleil,
Qu'on fauche, qu'on sème ou bien qu'on moissonne,
15 Le jour, sans repos; la nuit, sans sommeil; Quand, par toi, toujours l'œuvre recommence, Paysan ! pour qui, sous ton aiguillon, Tes grands bœufs ont-ils couvert la semence? Pour qui l'as- tu mise aux flancs du sillon?
20 — C'est pour la France !
Réponds-moi, mineur, lutteur éternel, Dont le pic, fouillant la profondeur sombre, Ravit sa richesse au sein maternel . . . Quand la mort est là qui veille dans l'ombre,
Pour la France 219
Pour qui braves-tu le grisou mortel, Loin des tiens, tout seul, tout nu, sans défense? . . . Pour qui, forgeron, dans ton noir enfer, Quand du haut fourneau la lave s'élance, 5 Forges-tu l'acier, la fonte ou le fer?
— C'est pour la France !
A vous, maintenant, maîtres du pinceau, Vous qu'un même culte anime et rassemble; A vous devant qui, maîtres du ciseau,
10 Le bronze frémit et le marbre tremble ! Vous tous qui de l'art suivez le drapeau . . . Pour qui cet essor, cette renaissance, Ces grands souvenirs: Martyrs ou héros Tombés pour l'honneur ou la délivrance? . . .
15 Pour qui ces chefs-d'œuvre en vos mains éclos?
— C'est pour la France!
Et vous, les matelots, enfants du gouffre amer, Voyageurs sans repos de l'un à l'autre pôle, Vainqueurs de la tempête et dompteurs de la mer... 20 La mer, la glorieuse et grande nécropole !
Pour qui, sans redouter ni le ciel en courroux,
Ni le fer, ni le feu, ni les flots en démence,
Pour qui combattez- vous, et pour qui mourez- vous?
— C'est pour la France !
25 Et vous, soldats, qu'inspire un noble et saint amour, Soldats, les défenseurs de toute noble cause, Vous qui pour la patrie entrevoyez le jour Des destins glorieux et de l'apothéose ! . . .
Lorsque l'heure a sonné, pour qui, répondez-nous, Sans reproche et sans peur, méprisant la souffrance . . .
Pour qui combattez- vous, et pour qui mourez- vous? S — C'est pour la France !
Ainsi, France! pour toi, pour le suprême effort, Partout où Ton combat, partout où Ton travaille, C'est le mot héroïque et le grand réconfort; C'est là le chant de paix ou le cri de bataille . . . io Ah ! ce cri généreux, nous le répéterons,
Car c'est là le devoir, et c'est là l'espérance . . . Aimons-nous, travaillons, combattons et mourons !... — C'est pour la France!