‹ La France illustréeChapitre 127 sur 301 · Ai.N, 4" Li · texte numérisé non relu

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trcrent les armes qu'ils avaient tenues cachées sous leurs vêtements, se précipitèrent tous ensemble vers la citadelle, surprirent les sentinelles, pcnctrèrenl dans la place et passèrent la garnison au fil de Tépce. C'étaient des habitants de Gex et des Genevois, leurs alliés, qui, pour venger la mort de Foucigny, coupèrent la tête du commandant assailli pendant son sommeil et l'attachèrent à la porte du château avec deux flèches plantées dans le front, en façon de cornes, disant que, si les Savo?/ards avaient tiiè le sanglier, ils avaient, eux, pris le cerf. A peine informé du succès de l'expédition, le seigneur de Gex arriva pour présider à la démolition de Marnaiz, mais peu s'en fallut qu'il ne fût surpris par le comte de Savoie, accouru au secours des siens ; il ne dut son salut qu'à la rapidité de son cheval et perdit dans le combat presque tous les soldats qui l'accompagnaient.

C'est vers cette époque, en 1353, quelabaronnio de Gex fut conquise par Amé le Vert à la maison de Savoie. Ilugard, seigneur de Gex et homme lige du dauphin de Viennois, ayant eu à se plaindre de son suzerain, promit au comte de Savoie de lui faire, après sa mort, hommage de sa baronnie; il s'en repentit sans doute, car à sçn lit de mort il institua pour son héritier Hugues de Genève, à la condition que celui-ci se reconnaîtrait vassal du dauphin de Viennois; le legs et ses clauses avaient été acceptés, lorsque Amé le Vert réclama du nouveau seigneur de Gex l'hommage promis par Ilugard; 'le refus de Hugues amena la guerre ; Amé envahit le pays, assiégea Gex qui, après une vaillante résistance, dut ouvrir ses portes à son nouveau maître ; la garnison avait obtenu la vie sauve et défilait devant le vainqueur, lorsque Amé IV aperçut le commandant de la place : « Mon gentilhomme, lui cria-t-il, allez dire à votre maître qu'il n'a plus rien à faire avec moi pour la baronnie de Gex, et que son seigneur le dauphin ne sera cette fois assez puissant pour la lui maintenir. »

Gex, en effet, resta jusqu'en 1601 annexé aux États de Savoie. Les seuls faits à signaler pendant cette période sont l'enlèvement, près de la ville, par Charles de Bourgogne, de la duchesse de Savoie, Yolande, et de ses deux enfants; le duc, en usurpant la tutelle du jeune Philippe, voulait s'immiscer dans les affaires de Savoie ; mais Olivier de La Marche, son gouverneur, ému de pitié par l'âge de cet enfant, le conduisit lui-même à Genève. A deux reprises, en luoG et quelques années après, la répu-

blique de Genève, dans ses démêlés avec les princes de Savoie, s'empara de la ville de Gex ; mais elle ne garda de cette conquête que quelques villages si évidemment désignés par la nature des lieux comme annexes de son territoire, que depuis cette époque ils ont continué à en faire partie. La ville de Gex et tout le pays de ce nom fut compris dans la cession faite à la France en 1601. Son histoire semble terminée à cette époque, tant a éti' profonde la paix dont la contrée a joui depuis.

Cette ville, qui se compose pres([ue uniquement d'une rue assez large, mais d'une pente rapide, est située dans la position la plus pittoresque; le voyageur , placé sur une petite terrasse ombragée de beaux arbres qui domine la ville, peut du regard embrasser le lac Léman, Genève et les montagnes de Savoie, couronnées par le mont Blanc. De l'ancienne distribution de Gex, divisé jadis en trois partics : du château fort, des couvents, des murailles, il reste à peine quelques vestiges; l'ouvrage des hommes a péri au milieu de l'éternelle jeunesse des œuvres de Dieu, sans que rien ait pu altérer l'aspect majestueux des cimes verdoyantes du Jura et du mont Saint-Claude, la grâce des rives toujours fleuries du rapide et harmonieux torrent le Jornant.

La principale industrie des habitants de Gex consiste dans la fabrication de fromages, façon gruyère, qui rivalisent avec ceux de la Suisse , dans la préparation des cuirs, dans un commerce assez étendu de vins et de charbon.

C'est la patrie du théologien Emery et de M. Girod de l'Ain, député et pair de France sous le roi Louis-Philippe.

Les armes de la ville sont : co7ipé d'argent et de gueules, à un geai naturel coxi,ronné d'une couronne de côté d'or. Aliàs : d'azur à trois morailles d'or, liées d'argent l'une sur l'autre, au chef de même, chargé d'ufi lion issant de gueules.

DivoiNNE. — Divonne, à 8 kilomètres au nord-est de Gex et à la base septentrionale du mont Mussy, est dans une admirable position d'où l'on découvre une partie du lac de Genève, les Alpes et le Jura; elle est dominée par un beau château et arrosée par la Versûix ou la Divonne, qui y prend sa source.

Cette commune n'est, à proprement parler, qu'un assemblage de plusieurs hameaux : Arbère, Le Château, Le Plan, le Pied-do-la-Monlagiie, Villard et Sainl-Gix; sa population est de 1,427 habitants, et

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elle possède des forges, des scieries. Mais elle doit son importance actuelle à un bel établissement hydrothérapique. Au pied du château s'étendent plusieurs bassins alimentés par des sources d'eau, les plus froides peut-être que l'on connaisse, puisqu'on tout temps elles ne marquent que 6 degrés et demi centigrades; l'eau de ces bassins a la pureté de celle du Rhône à sa sortie du lac de Genève. Ces sources, ces bassins alimentent l'établissement hydrothérapique; elles sont employées avec succès dans les affections rhumatismales, les névralgies, la sciatique, les catarrhes et toutes les affections muqueuses.

Feu.nev. — Ferney ou Ferncx-Voltaire, à 9 kilomètres sud-est de Gex, est un bourg de 1,403 habitants, bâti au pied du versant oriental du Jura dans un vallon entrecoupé de prairies, de bouquets de bois et de terres labourables, presque sur les bords du lac Léman, et qui doit sa prospérité et son illustration au long séjour qu'y fit Voltaire. Le grand philosophe y fit construire, à ses frais, cent dix maisons et y établit l'industrie de l'horlogerie; en moins de dix ans, un pauvre hameau , composé d'une cinquantaine d'habitations éparses dans un sol marécageux, inculte et malsain, s'était translorméen un gracieux village plein d'animation et d"avenir, où respiraient l'aisance, la santé et le bonheur. La demeure que fit bâtir et qu'habitait Voltaire à Ferney ne se fait remarquer que par son élégante simplicité ; on y arrive par une avenue de tilleuls qui coupe le chemin à angle droit; le bâtiment est commode et bien distribué; mais c'est bien plutôt l'habitation d'un citoyen aisé que le château d'un seigneur opulent. Le cabinet de travail de l'éminent écrivain est au rez-de-chaussée, et à gauche de ce cabinet sa chambre à coucher. Devant le château est une petite chapelle, qui ne sert plus au culte, avec cette inscription orgueilleuse dans sa simplicité : Beo erexit Voltaire.

L'industrie fondée par Voltaire à Ferney a prospéré et lui a survécu; les habitants y ontjoint depuis des fabriques de faïence commune et de poterie de terre.

CoLLO.NGES et FORT DE l'Écluse. — CoUouges {Coîonia Allohrogum). station du chemin de fer de

Genève, est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gex, situé à 26 kilomètres au sud de celte dernière ville et au revers oriental du Grand-Credo ; sa population est de 1,086 habitants, livrés pour la plupart à l'industrie agricole et forestière.

Le fort de l'Ecluse est une ancienne forteresse située à'r23 mètres d'altitude, dans un défilé que Jules César décrit dans le passage suivant de ses Commenlaires (liv. I") : Ayiguslum et difficile inler montem Jnram et /lumen Rhodamim, qua vix slnguli carri ducerentur . Mons autem altissimus impendebat ut facile perpauci proJi ibère liassent. A ce tableau, il est impossible de méconnaître ce passage dominé à gauche par le Jura ; la route domine elle-même à droite le Rhône, qu'on voit écumer dans un profond encaissement ou plutôt dans un profond abîme. Au milieu de ce défile s'élève, suspendu sur le fleuve, adossé à une masse verticale qui soutient une haute terrasse et resserré entre deux ravins d'une elTroyable profondeur, le f ni de l'Écluse, qui fut longtemps un des plus anciens boulevards de la Savoie. Les Autrichiens l'ont détruit en partie, dans l'invasion de 1814; il a été réparé en 1824 et compte, depuis cette époque, au nombre des places fortes de seconde classe; mais il a bien perdu de son importance stratégique depuis l'annexion de la Savoie et le recul de notre frontière, à l'est, jusqu'aux Alpes. La route de Genève le traverse, ne pouvant passer ailleurs; elle y pénètre par un pont - levis et en sort par un autre.

Le chemin de fer de Genève à Lyon traverse près de là le tunnel du Credo, qui a près de 4 kilomètres et est à 380-393 mètres au-dessus du niveau de la mer.

TnomY. — Thoiry est une petite commune de 1,356 habitants, située sur un petit affluent du Lavidon, à 14 kilomètres de Gex et à une altitude de 494 mètres; sa principale industrie est l'exploitation des forêts, et elle possède des scieries.

C'est de Thoiry que l'on fait l'ascension du Reculet (1,720 mètres), la plus haute montagne du Jura français après le Crèt-de-la-McIge (1,723 métros). Du haut du Reculet, on jouit d'une vue admirable sur les environs.

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