III. STATISTIQUE MORALE (t
par M. EoQ. Bootmt, aacion Professeur.
Les chifTics en caracttres gras inscrits dans chacune des trois petites colonnes de ce tableau indiquent le rang du département relativement il la mention devant laquelle ils sont placés.
Religion (2).
Catlioliques 54G.'
Protestants 5.-
Israélites
Clergé catliolique
Pasteurs
Rabbins
Mouvement de la population.
Naissances 13.544
Mariages 4-366
Décès 13.533
45® Duréemoyenredela vie. 37 ans6m.
Instruction (3).
Nombre des jeunes gens sachant lire, écrire et compter sur 100 jeunes gens maintenus sur les listes de tirage 82,3
Nombre des établissements d'enseignement sec(m daire de l'État 5
Nombre des écoles primaires (publiques ou libres) . . . i,:î3r.
Crimes contre les personnes (4) COURS d'assisks.
Rapport du nombre des accusés à
la population . i sur 13.7G8 hab.
Nombre total des accusés ... 4 1
Infanticides.
Rapport du nombre des infanticides à celui des enfants naturels 159,5
Nombre total 8
Suicides.
Rapport des suicides au chiffre de
la population .... 1 sur 3.459
Nombre total 162
Crimes contre les propriétés.
406 Rapport du nombre des accusés à la population. ... 1 sur 16.483 Nombre total 34
Tribunaux correctionnels.
! Nombre des affaires. . . . 2.951 Nombre des prévenus. . . 3.659 Nombre des condamnés . 3.341
Procès.
Affaires civiles (5) î.057
Affaires commerciales (6). 3.461
Faillites (7) 108
Paupérisme.
Rapport des indigents au chiffre de
la population. . . i sur 26 hab.
Nombre total 20.856
Bureaux de bienfaisance. . 366
Hôpitaux et hospices . . 22
Aliénés à la charge du dé-
partement 350
Sociétés de secours frtutuels. 45
Contributions directes (S).
Foncière
Personnelle et mobilii Portes et fenêtres. .
(i) Les chiffres contenus dans ce tableau sont empruntés, pour la plupart, à VAnnuairt statistique de la France (1878), publié par le ministère de l'agriculture et du commerce, ou calculés d'après des données puisées dans cet ouvrage.
(2) Ces chiffres sont antérieurs au recensement de 1876, qui a négligé ce point de vue.
Culte catholique. — Évêché à Soissons, suffragant de la métropole de Reims. Le diocèse de Soissons et Laon, qui comprend le département tout entier, compte 39 cures, 637 succursales et 46 vicariats rétribués par l'État. Il possédait, avant 1880, de nombreuses congrégations et communautés religieuses : 8 d'hommes et 33 de femmes, en tout 41.
Culte réformé. — Les paroisses protestantes dépendent du consistoire de Saint-Quentin, une exceptée, celle de Monneaux, qui ressortit à l'église consistoriale de ftteaux. Ses pasteurs résident à Saint-Quentin, Fresnoy, Esquehéries, Hargicourt, Joancourt, Landouzy-la-Ville, Lcmé, Lauroy et Templeux.
Culte Israélite. — Un rabbin réside à Saint-Quentin.
(3) Le dép. relève de l'académie de Douai. Lycée à Saint-Quentin; collèges communaux à Laon, à Soissons, à La Fère et à Ch.à. teau-Thierry ; 19 établissements libres pour l'enseignement secondaire. École normale d'instituteurs primaires et une autre d'institutrices, à Laon ; S pensions libres de garçons, an grand nombre d'écoles communales, des pensionnats de demoiselles, des
écoles gratuites de dessin à Laon, Saint-Quentin, Vervins, Soissons une école professionnelle de dessin pour la vannerie, à Origny-en- Thiérache; des cours gratuits de musique, des salles d'asile, des crèches, des ouvroirs, un cours départemental d'accouchement établi à l'Hôtel-Dieu de Laon complètent le mécanisme de l'instruction dans le département. — .Au point de vue du nombre d'élèves inscrits dans les écoles primaires de 6 à 13 ans sur loo enfants recensés, l'Aisne occupe le 36* rang. Il occupe le 32* rang d'après le nombre d'enfants présents à l'école par 10,000 habitants.
(4) Au point de vue judiciaire, le département de l'Aisne ressortit à la cour d'appel d'Amiens. Laon est le siège de la cour d'assises. Chaque chef-lieu d'arrondissement possède un tribunal de première instance; des tribunaux de commerce sont établis à Saint-Quentin, à Vervins, à Soissons et à Chauny ; conseils des prud'hommes à Saint-Quentin et à Guise.
(5) Ce chiffre indique le nombre des affaires civiles terminées pendant l'année.
(6) Ce chiffre comprend les affaires contentieuses à juger pendant l'année.
(7) Terminées pendant l'année.
(8) Trésorier-payeur général à Laon ; receveur particulier dan chaque chef-lieu d'arrondissement; 104 percepteurs.
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Cartes de France de Cassini, de Capitaine.
gero
PsriB.— Iinp. Ve P. I.aroubsb et CI», 19,
I K(JUKK et Cl", Euii
ALLIER
Chef-lieu : MOULINS
Superficie : 7,308 kil. carrés. — Population : 405,783 habitants 4 Arrondissements. 28 Gsuitons. — 317 Communes.
DESCRIPTION PHYSIQUE ET GÉOGRAPHIQUE
Situation, limites. — Le déparlement de IWUier tire son nom de la rivière de l'Allier, qui le traverse du sud au nord et le divise en deux parties presque égales, l'une à l'est et l'autre à l'ouest. Il appartient à la région centrale de la France et di'pend du bassin de la Loire. Il a été formé en 1790de la presque totalité de l'ancien Bourbonnais et d'une petite partie de l'Auvergne au sud-ouest.
Ses limites sont : au sud-est, le département de !a Loire; à l'est, celui de Saône-et-Loire , dont la Loire le sépare en grande partie; au nord-est, celui de la Nièvre; au nord-ouest, celui du Cher; à l'ouest, celui de la Creuse; enfin, au sud, celui du Puy-de-Dôme.
IVatare du sol, montagnes.— Le sol du
département est incliné du nord au sud ; il forme les trois longues vallées parallèles de la Loire, de l'Allier et du Cher, auxquelles viennent aboutir des contre-vallées formées par les collines et les coteaux qui se détachent des montagnes qui séparent ces grandes vallées. Ces montagnes ne sont que des chaînes secondaires ou des rameaux prolongés des monts d'Auvergne. La plus considérable de ces chaînes est celle des montagnes du Forez, qui accompagne la rive droite de l'Allier et forme la ligne d" partage entre les eaux de cette rivière et celles de la Loire. Le point culminant de cette chaîne est le Puy de Montoncel , un des points les plus élevés de la France centrale, sa hauteur étant de 1,292 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce massif se trouve au point de jonction des trois départements de l'Allier, du Puy-de-Dôme et de la Loire; en pénétrant dans le déparlement, il diminue graduellement de hauteur : le bois de l'Assise, I,lGo mètres; la forêt de la Madeleine, 1, 123 mètres ; Saint-Xicolasdes-Biefs, 1,048 mètres; à l'ouest et au nord-ouest de la commune de Prugne, 983 mètres; le roc des France illu.stbée. 1 3
Gabeloups, 922 mètres, la Croix l'uyravel, 878 mètres; Saint-Christophe, 48G mètres; Montaigu-le- Blin, 389 mètres, sont les points principaux de cette chaîne. Les vallées d'une partie de cette contrée sont profondes et abruptes. Les sommets des montagnes sont occupés par des forêts considérables.
Une chaîne moins puissante s'étend sur la rive gauche de l'Allier et forme la séparation des affluents qui se jettent sur ce côté de ceux qui vont se décharger dans le Cher. Les points les plus élevés y ont été produits par une éruption volcanique ; ils se trouvent un peu au-dessous de Montmarault (487 mètres) et s'élèvent de 400 à 600 mètres audessus du niveau de la mer ; au sud de Beaune, un point atteint 584 mètres, et à l'est des Échassièresla-Bosse, un autre mesure 774 mètres. Près de la forêt de Messarges , on trouve encore des élévations de plus de 400 mètres : communes de Mail- 1ers, 434 mètres; de Noyant, 464 mètres; de Chûtillon, 480 mètres. Du reste, l'élévation moyenne du département au-dessus du niveau de la mer est évaluée à 330 mètres, et l'élévation moyenne des collines est de 700 mètres.
C'est dans la partie méridionale du département que le sol est le plus accidenté ; vers le nord, l'aspect général du pays est une plaine assez unie. La vallée de l'Allier, les environs de Gannat et de Monlluçon présentent les plus grandes surfaces planes du département. Les plaines et les coteaux à vignobles forment la partie fertile ; le territoire des parties montagneuses est d'une culture difficile. Les paysages changent souvent de formes et d'aspects; quelques cantons montrent une surface riante; ailleurs sont des gorges arides, plus loin des vallées agrestes où croissent de belles forêts qu'arrosent des eaux vives et abondantes. Quelquesunes des vallées transversales qui aboutissent à l'Allier, telles que celles du Sichon, sont aussi pittoresques que certaines vallées du Rhin.
■î. — Ai 1 1ER. 1" Liv.
LA FHANCE ILLUSTRÉE
Le sol du département est extrêmement varié; il est plutôt léger que fort, plutôt pauvre que riche. Son étendue est de 730,837 hectares, qui se divisent, d'après sa nature, en : pays de montagnes, 190,500 hectares; pays de bruyères ou de landes, 135,500; sol de riche terreau, 5,250; sol de craie ou calcaire, 3,300; sol de gravier, 80,000; sol pierreux, 71,000; sol sablonneux, 117,533; sol argileux, 49,200; sol de différentes sortes, 41,998 hectares.
Hydrographie. — Le département de l'Allier fait partie du bassin de la Loire. Il est incliné du sud au nord, et il est arrosé par la Loire, par ses deux affluents l'Allier et le Cher et par les affluents de ceux-ci. La Loire et l'Allier sont navigables. La Loire, qui forme la limite orientale du département, le côtoie sur une longueur d'environ 80 kilomètres, n'y baigne aucun lieu important; elle y reçoit, par sa gauche, l'Ouzance, la Lodde ou l'Ode, le Roudon et la Besbre. Cette dernière rivière est la plus importante des affluents de la Loire dans le département, et son bassin se fait remarquer par sa richesse et sa fertilité. Elle prend naissance au Puy de Monloncel, près de Saint-Priest- La Prugne (Loire), à la limite méridionale du département, traverse les communes de Saint-Clément, Châtel-.Montagne, Le Breuil, Saint-Prix, Lapalisse, Servilly, Jaligny, Châtel-Perron , Saint-Pourçain, Dompierre, Diou et se jette dans la Loire, après un cours de plus de 100 kilomètres. Jusqu'à Lapalisse, cette petite rivière a l'aspect d'un torrent; sa pente est d'environ 10 mètres par kilomètre. L'Abron et l'Acolin sont aussi deux affluents de la Loire, qui prennent leur source dans la partie nord-est du département, d'où ils passent dans celui de la Nièvre.
L'Allier, qui donne son nom au déparlement, prend sa source dans la forêt de Mercoire, dans les montagnes de la Lozère, près du hameau de Chaballier, à 1,423 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette rivière entre dans le département, qu'elle traverse du sud au nord, après avoir arrosé ceux de la Lozère, de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme; elle y baigne Vichy, Monétay, Moulins et Villeneuve; elle passe ensuite dans les départements de la Nièvre et du Cher et se jette dans la Loire, au Bec d'Allier, après un cours total de 375 kilomètres, dont 112 dans le département de l'AlUer. Cette rivière est navigable , ainsi que la Loire , dans toute la partie de son cours qui arrose le département. Sa largeur moyenne est de 60 à 7U mètres.
L'Allier, qui est guéable en été en beaucoup d'endroits, est sujet en hiver à des crues de 2 à 5 mètres. Alors il déborde, et sa largeur atteint de 300 à 500 mètres. Il reçoit, à droite, le Sichon et le Mourgon ; à gauche , l'Andelot , la Burges , la Bieudre et la Sioule. Cette dernière, le plus considérable de ses affluents, prend sa source dans l'étang de Servières, au pied de la montagne de Combperet (Puy-de-Dôme), forme une partie de la limite de l'arrondissement de Gannat, qu'elle parcourt du sud au nord, arrose les communes de Ghouvigny, Bègues, Mazerier, Mayet-d'École, Bayet, Saint-Pourçain et se jette dans l'Allier, au lieu dit des Escurolles, après un cours d'environ 100 kilomètres, dont 55 dans le département. Cette petite rivière, qui, dans la première moitié de son cours, est très torrentueuse, et dont les crues assez fréquentes causent de grands ravages aux propriétés riveraines, arrose une vallée d'une grande fertilité, que l'on a surnommée la Limagne du Bourbonnais.
Le Cher (voyez l'hydrographie du département du Cher) entre dans le département de l'Allier sur la commune de Saint-Marcel, à sa sortie du département de la Creuse, oii il prend sa source, traverse l'arrondissement de Montluçon sur une longueur d'environ 80 kilomètres et passe au Mas, à Lavaux, Montluçon, Saint-Victor, Vaux, Reugny, La Gucrche et Meaulne. Le Cher n'a sur sa rive droite qu'un seul affluent notable, l'Aumance, grossi du Morgon ; sur sa rive gauche, il reçoit la Magière et la Queugne. Jusqu'à Montluçon, le Cher coule entre des berges escarpées avec la violence d'un torrent. Au-dessous de cette ville seulement, son cours commence à être régulier; il n'est point navigable, mais il est flottable.
Les étangs sont nombreux dans le département, surtout entre la Loire et l'Allier et dans la partie qui confine au département du Cher; ils sont très poissonneux et alimentent plusieurs canaux d'irrigation. Les eaux stagnantes de quelques-uns d'entre eux rendent l'air malsain dans certains cantons. Aux environs de Moulins, ils ont été desséchés et livrés à la culture des céréales et du chanvre.
Le département possède deux canaux : l'embranchement de Rhimbé (Cher) à Montluçon, qui a 68 kilomètres et forme l'une des trois branches du canal du Berry ou du Cher, et le canal latéral de la Loire, qui commence dans le département même, en face de Digoin (Saône-et-Loire), et en sort à Gannay-sur-Loire en suivant la rive gauche de
ALLIER
la Loire, après un parcours d'environ 45 kilomètres.
Voles de communication. — Le déparlement de l'Allier possède , outre les 30o kilomètres de voies de communication navigables que lui offrent ses rivières et ses canaux, 9 routes nationales, d'un parcours de 500 kilomètres; 8 routes départementales, ayant une longueur de 238 kilomètres; 62 chemins vicinaux de grande communication, ayant 1,670 kilomètres de longueur; 34 chemins vicinaux d'intérêt commun, 385 kilomètres, et 6,360 chemins vicinaux ordinaires, ayant un développement de plus de 12,000 kilomètres. Plusieurs autres sont à l'étude ou en construction.
Le département est traversé par le chemin de fer de Paris <à Lyon par le Bourbonnais, appartenant au grand réseau de Paris à Lyon et à la .Méditerranée; cette ligne y pénètre un peu avant Villeneuvc-sur- Allier, à 295 kilomètres de Paris, dessert les stations de Villeneuve-sur-Allier, Moulins (313 kilomètres de Paris), Bessay, La Ferté-Ilauterive, Varennes-sur-Allier, Créchy, Saint-Germain-des-Fossés (355 kilomètres de Paris, 42 kilomètres de Moulins), Saint-Gerand-le-Puy, Lapalisse (372 kilomètres de Paris, 59 kilomètres de Moulins), Arfeuilles et, à peu de distance de cette dernière, pénètre dans le département de la Loire, après un parcours d'environ 89 kilomètres dans celui de l'Allier.
A Moulins, un premier embranchement se dirige vers Màcon, en passant dans le département aux stations de Montbeugny, Thiel, Dompierre-Sept- Fontaines et Diou, à peu de distance de laquelle il traverse la Loire pour pénétrer dans le département de Saône-et-Loire. k Moulins, un autre embranchement de 81 kilomètres prend la direction du sud-ouest pour aller rejoindre à Montluçon la ligne du Centre, de Paris à Clermont. Il dessert les stations de Souvigny, Noyant, Tronget, Chavenon, Villefranche, Doyet-la-Presle, Commentry. Cet embranchement dépend du grand réseau d'Orléans.
A Saint-Germain-des-Fossés, un embranchement de 10 kilomètres conduit à Vichy (365 kilomètres de Paris), tandis qu'un autre poursuit sa route jusqu'à Clermont en desservant dans le département les stations de Saint-Remy, Montaignet et Gannat (379 kilomètres de Paris, 66 de .Moulins). Ces deux embranchements appartiennent au grand réseau de Lyon à la Méditerranée.
La grande ligne de Paris à Clermont par Bourges, et qui dépend du réseau d'Orléans, pénètre dans le département à 2 kilomètres en amont de Vallon et dessert cette station et celles de Magnette , Les Trillers, Montluçon (326 kilomètres de Paris), Commentry (340 kilomètres), llyds, Louroux-de-Bouble, Bellenaves, Saint-Bonnet-Ébreuil, Gannat [394 kilomètres de Paris) et, à 3 kilomètres de là, entre dans le département du Puy-de-Dome. A Montluçon, un embranchement se dirige sur Limoges , par Saint-Sulpice-Laurière, en desservant dans le déparlement les stations de Domerat, Huriel et Treignat. Cet embranchement a 123 kilomètres, dont 25 dans le département.
Un autre embranchement partant de Treignat, près de Montluçon, doit rejoindre Tours par La Châtre. L'embranchement de Saint-Germain-des- Fossés à Vichy doit être continué jusqu'à Thiers, par Saint-Yorre et Mariel.
Outre ces chemins de fer d'intérêt général, il en existe d'autres d'intérêt privé ; citons ceux des mines de Commentry, de Bézenet et de la mine de Bert. Ce dernier, qui conduit les houilles des environs à Sept-Fonds, sur le canal latéral de la Loire, n'a pas moins de 28 kilomètres.
La longueur totale des lignes de chemin de fer du département de l'Allier était en 1877 de 384 kilomètres, dont 342 en exploitation et 42 en construction.
Climat. — Le département de l'Allier appartient au climat girondin ou du sud-ouest. Cependant il est loin d'être aussi tempéré que sembleraient le promettre sa position et un sol où les plaines dominent. Son voisinage des montagnes de l'Auvergne et du Forez l'expose à de fréquents chan^îements de température. Les vents de l'est et du ;ud ne sont pas moins à redouter pour lui, en certaines saisons, que les vents du nord, parce qu'ils ne lui arrivent qu'après avoir passé par des montagnes glacées. Aussi l'hiver y est-il le plus souvent long et rigoureux , et l'été souvent très chaud. Les variations de la température sont fréquentes et brusques. La température moyenne annuelle ne dépasse guère 10 degrés au-dessus de zéro.
Productions naturelles.— Le département appartient à la région géologique dite le plateau central. Le sol comprend, par ordre de superposition, le granit, le gneiss, le terrain houiller, le grès bigarré rouge, alternant avec un grès blanc et
recouvert d'argiles panachées ; le calcaire dit tertiaire, enfin les alluvions plus ou moins épaisses. Les productions minérales sont nombreuses; la houille se trouve en abondance dans le bassin de Commentry, à Doyet, Montvicq, Bézenet, à Buxièrola-Grue, au Montet, à Fins, à Noyant, à Berlh, etc. Les minerais de fer se trouvent dans les communes de Chelzémais, La Lizole, Ébreuil, Isserpent, Saint- Léon, Bourbon-l'Archambault, Saligny et Bagneux.
Des gisements de manganèse se rencontrent aux Gouttes-Pommier, commune de Saligny. L'antimoine et le plomb existent aussi, mais en petite quantité, le dernier dans les environs de Cusset. Le granit, le porphyre, le grès, lequartz, les calcaires abondent dans le département, ainsi que la pierre à chaux et à plâtre, les marbres de Ferrières, de Diou, de Yendelat, l'argile à potier, le kaolin, les sables à verrerie, les marnes de différentes nuances.
Le département a des sources d'eaux minérales renommées. Tout le monde connaît l'importance des établissements thermaux de Vichy, de Néris et de Bourbon-l'Archambault. On cite encore la source ferrugineuse et froide de Saint-Pardoux, les eaux alcalines de CBSset, les sources de Ilauterive-lès- Vichy.
Le département récolte des céréales de toute nature au delà des besoins de la consommation de ses habitants. L'arrondissement de Gannat, où commence le beau bassin de la Limagne, est regardé comme le plus fertile et le plus riche du département. Les cantons de Varennes et de Cusset produisent du lin de belle qualité ; le chanvre est cultivé avec succès, principalement dans l'arrondissement de La palisse. La pomme de terre, la betterave, les plantes oléagineuses viennent partout en quantité suffisante; le châtaignier et le noyer y donnent aussi des produits abondants et de bonne qualité. Presque tous les coteaux, favorablement exposés, sont consacrés à la culture de la vigne ; les vins qu'on y récolte sont généralement de deuxième classe ; on met cependant au premier rang ceux de Scànl-Pourçain , qui, sous Henri IV, étaient réservés à la table royale, ainsi que ceux des garennes d'Ussel, au temps de Louis XL En 1874, la récolte a été de 165,622 hectolitres, ayant une valeur commerciale de 5,899,518 francs; en 1875, elle fut de 511,700 hectolitres, et en 1877, de 305,481 hectolitres.
Après les vins de Saint-Pourçain on cite , parmi
les vins rouges , ceux de Montluçon , de Lapalisse , de Commentry, de Montord, de Mariol ; et parmi les blancs, ceux de La Chaise, de Saulcet, de Louchy et du Creuzier.
Les arbres fruitiers y sont très nombreux ; on cite plus particulièrement les fruits des communes de Saint-Désiré, Courçais, Souvigny et des environs de Saint-Pourçain. Le chêne, le hêtre, le charme, le bouleau et le sapin forment les essences principales des forêts, dont les masses principales sont celles de Tronçais, de Messarges, de Moladier, de Gros-Bois, de Lespinasse, de Munay, de Bagnolet, de la Magdeleine, de Champroux et de Marcenat. Le peuplier et le saule, ainsi que dans toute la France, croissent en abondance le long des cours d'eau, sur le bord des étangs et sur les limites des champs.
Les animaux domestiques sont généralement de bonne race ; les chevaux sont sobres, légers et vigoureux; la race bovine s'améliore. Les moutons, achetés maigres dans les départements du Cher et de la Creuse , s'engraissent dans l'Allier et sont conduits en grands troupeaux aux marchés de Paris et de Lyon. Leur chair est très délicate. Les chèvres et les porcs sont élevés en grand nombre dans certains cantons et deviennent une ressource importante pour l'habitant. Dans un département où les forêts ont autant d'étendue, il n'est pas étonnant que les animaux sauvages, tels que les loups, les renards, les blaireaux, etc., soient très multipliés. Autrefois commun, le sanglier y est devenu rare; mais le gibier de toute espèce, quadrupède et volatile, est extrêmement nombreux. Le poisson abonde dans les étangs et les rivières. Parmi les reptiles, on remarque la vipère, la couleuvre à collier et la salamandre.
Industrie agricole, luaniiractiirière et coinnicreiale. — Le département de l'Allier est un département agricole. Longtemps stationnaire, l'agriculture y a fait, depuis le commencement de ce siècle, de grands progrès, et les nouvelles méthodes y sont en pleine application. La chaux, la marne, le plâtre sont employés comme amendement. Les prairies artificielles sont nombreuses. Le bœuf est employé pour le labour. L'éducation de la race chevaline fait des progrès. Le beurre, les œufs et les fromages sont pour les fermiers une source de revenu considérable. Dans le canton de Montmarault, on fabrique, avec du lait
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de chèvre, des fromages connus sous le nom àeronjadoux, qui sont estimés dans le pays. L'éducation des abeilles et des vers à soie est en progrès , surtout dans les cantons de Moulins et de Saint-Pourçain. La superficie du département se partage en superficie bâtie et voies de communication, 69,367 hectares, et territoire agricole, 661,470 hectares. Ce dernier est lui-même subdivisé en : céréales , 192,760 hectares; farineux, 23,638; cultures potagères et maraîchères, 4,397; cultures industrielles, 3,065; prairies artificielles, 47,197; fourrages annuels, 8,185; autres cultures, jachères, etc., etc., 153,051; vignes, 15,542; bois et forêts, 79,103; prairies naturelles et vergers, 65,574; pâturages et pacages, 11,454; terres incultes, 59,484 hectares.
L'industrie manufacturière acquiert chaque jour de grands développements dans ce département. C'est surtout dans l'arrondissement de Montluçon que le mouvement industriel a pris un développement des plus remarquables, savoir : par le canal de Berry, par les chemins de fer et par des houillères, dont la puissance ne le cède qu'à celle des bassins de Saint-Étienne et de la Loire. On exploite le charbon de terre à Commentry (12,000 ouvriers), àDoyet, au Marais, à Perrière, à Bézenet, à La Courolle, à Buxière-la-Grue, au Monlet, aux Gabeliers, à Fins, à Bert et à Montcombroux. Il y a des forges importantes et des hauts fourneaux à Messarges, à Beauregard, à Tronçais, à Montluçon, à Saint- Jacques, à Commentry, à Vaumas et à Saint-Voir.
Après les mines de houille et les eaux minérales, dont l'exploitation constitue la richesse du pays, il faut citer la manufacture de glaces et les verreries de Montluçon. Souvigny et Molinet fabriquent des bouteilles et des verreries. On fabrique des porcelaines à Lévy et à Champroux. Les tuileries, les briqueteries et les poteries sont nombreuses. Le bois, le grès, la pierre à bâtir sont exploités sur différents points du département. Mayet-de-Montagne a une manufacture de châles ; Marcillat, une filature de laine ; Arieubles, des corderies, des teintureries; Cussct, une papeterie mécanique, et près de cette ville, aux Grivats, il y a une filature importante. La coutellerie de Moulins soutient son antique réputation, quoique sa fabrication soit aujourd'hui assez restreinte. On trouve encore des tanneries, des manufactures de couvertures de laine, de draps, etc. Le commerce du département consiste principalement dans la vente des bestiaux gras, du
poisson, de l'huile de noix , des farines, des bois, les charbons, de la houille et dansTexportalion des vins et des céréales, qui excèdent la consommation ocale. Le nombre des foires du département est de i06; elle se tiennent dans 92 communes. Les principales sont celles de Dompierre, du Pal, près de Saint-Pourçain-sur-Besbre; de Lurcy-Lévy, d'Aude, le Cosne, de Montmarault, de Néris, de Sainl-Pourçain, de ChàtelMontagne, de Lapalisse et de Servilly. Les bestiaux, les grains, le chanvre et le lin sont les principaux articles qui s'y vendent.
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— Le département de l'Allier a pour chef-lieu de préfecture Moulins ; il est divisé en 4 arrondissements, 28 cantons, 317 communes; nous en donnons plus loin le tableau. Il appartient à la région agricole du centre de la France.
L'Allier forme le diocèse d'un évêché, érigé en 1822, dont le siège est à Moulins; il est suffragant de l'archevêché de Sens et compte 5 cures de première classe, 26 de seconde , 279 succursales et 74 vicariats.il y a un grand séminaire à Moulins et un petit séminaire à Yzeure.
Les quatre tribunaux de première instance de Moulins, de Gannat, de Montluçon, de Cusset et le tribunal de commerce de Moulins ressortissenl à la cour d'appel de Riom.
Au point de vue universitaire, le département dépend de l'académie de Clermont; il y a un lycée à Clermont, un collège communal à Montluçon, des écoles professionnelles supérieures à Cusset, Gannat, Montluçon; 2 institutions secondaires libres et plus de 600 écoles primaires communales de l'un et l'autre sexe.
L'Allier forme une des subdivisions du 13« corps d'armée, dont le quartier général est à Clermont, le chef-lieu de la subdivision est à Montluçon; c'est également à la 13" région de l'armée territoriale qu'il se rattache. La compagnie de gendarmerie départementale dépend de la 13'^ légion, dont l'étatmajor est à Clermont.
Le département est compris dans l'arrondissement minéralogique de Clermont-Ferrand, appartenant à la région du Centre, danslalo'^^inspection des ponts et chaussées et dans la i3« conservation forestière, dont le siège est à Moulins , et qui comprend, outre le département de l'Allier, ceux du Puy-de-Dôme, de la Creuse et de la Loire.
On compte dans l'Allier 99 perceptions des li-
nances; les contributions et revenus publics atteignent 18,000,000 de francs.
HISTOIRE DD DÉPARTEMENT
Le département de l'Allier est formé de la presque totalité de l'ancien Bourbonnais. Le territoire de cette province était primitive'nent occupé par les Édtiens, les Arvernes et les Bituriges. Sur la demande des Éducns, alliés de César, celui-ci y établit, sous leur protection, une partie des Boïens, qui, sortis de la Germanie, avaient, en envahissant la Gaule avec les Helvètes, fourni au conquérant un prétexte pour se mêler des affaires du pays, et qui, domptés par lui, avaient mérité par leur courage l'estime du vainqueur. Cette colonie s'établit entre la Loire et l'Allier, entre le pays des Éduens et celui des Arvernes, et fonda une ville appelée Gergovia Boïorum. La cité nouvelle devint en quelques années assez importante. Lors de la grande insurrection gauloise contre César, elle assista à une lutte acharnée et sanglante entre Vercingélorix et les Romains. Sous la domination impériale, le pays appartint moitié à la première Aquitaine, moitié à la première Lyonnaise. Dernier témoin des efforts de la nationalité gauloise contre César, il garda longtemps un esprit d'indépendance qui se manifesta par de fréquentes insurrections. La révolte du Boïcn Maricus sous Vitellius, celle des Bagaudes au m'= siècle de noire ère appelèrent sur celte malheureuse contrée de nouveaux désastres. A l'époque des invasions barbares, elle fit partie de l'empire des Wisigoths et ne fut soumise aux Francs qu'en 739, sous Pépin le Bref.
Le Bourbonnais étant le berceau de la maison royale de Bourbon, la flatterie n'a pas manqué d'assigner une antique origine à la famille qui y dominait, celle des sires de Bourbon. Les uns la font remonter jusqu'à Clovis, d'autres seulement jusqu'à Charlemagne; mais l'histoire ne trouve rien d'authentique sur cette maison avant le règne de Charles le Simple. En 913, ce prince donne à Aymar ou Adhémar quelques fiefs sur les bords de l'Allier ; les successeurs prennent presque tous le nom d'Archambaull, qui resta attaché à la ville de Bourbonl'Archambault. Leur histoire est celle de presque tous les seigneurs contemporains. En guerre avec leurs voisins, ils s'abandonnent à toutes les violences du temps, se faisant absoudre par les moines qu'ils comblent de présents; mais comme ceux-ci
étaient plus avides encore que les sires de Bourbon n'étaient généreux, ces barons tentent parfois de leur reprendre les donations arrachées à leurs prédécesseurs ou usurpées sans aucun titre ; de là des querelles perpétuelles entre le clergé et les seigneurs. L'une de ces querelles fut terminée par le pape Urbain II en faveur de la maison de Bourbon.
En 1115, sous le règne de Louis le Gros, Aymonll envahit le domaine de son neveu, orphelin et encore enfant, et usurpe le titre de baron de Bourbon. La mère de l'enfant porte plainte auprès du roi de France, qui se trouvait alors à Bourges. Celui-ci somme Aymon de comparaître devant lui ; Aymon refuse et s'enferme dans le château de Germigny. Louis le Gros vient l'assiéger , donne plusieurs assauts inutiles et convertit le siège en blocus. Forcé par la famine, Aymon est contraint de se rendre et condamné par une cour de justice à restituer à son neveu les domaines dont il s'était emparé ; mais l'enfant étant mort dans l'intervalle, l'arrêt ne fut point exécuté, et Aymon devint le légitime possesseur de la baronnie de Bourbon.
Son fils, ArchambaullVI, part avec Louis le Jeune pour la Palestine. Pour avoir de l'argent, il s'adresse aux moines de Souvigny, comblés de biens par ses prédécesseurs, et qui semblaient ne pouvoir refuser de contribuer à une si sainte entreprise ; ils refusent pourtant et ne lui accordent la somme demandée qu'après avoir reçu des garanties, non seulement du sire de Bourbon, mais de sa femme, Agnès de Savoie, et d'une trentaine de gentilshommes du pays.
Vers la fin du xa'' siècle, la ligne masculine delà famille de Bourbon s'éteignit; la fille d'Archambault VII, Mahault, épouse Guy de Dampierre, seigneur de Saint-Dizier, en Champagne, et lui apporte en dot l'héritage de ses pères. Leur fils, Archambault VIII, fut un des favoris du roi Louis VIII. Il le suivit à la croisade contre les Albigeois et s'y distingua par sa bravoure et son habileté. C'est par lui que fut racontée au chroniqueur qui nous l'a transmise une anecdote souvent citée, et qui témoigne tout à la fois et de la chasteté du roi de France et de la familiarité dont Archambault jouissait auprès du roi. Louis VIII était tombé malade à Montpensier; les médecins lui déclarent que son tempérament robuste et sanguin ne peut s'accommoder de la fidélité absolue qu'il garde à la reine absente. Pendant son sommeil, on introduit dans sa chambre une belle jeune fille ; le roi en se réveillant la voit,
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Chàleau de La Palisse.
lui parle avec douceur, et après avoir fait appeler Archambault, auquel il attribuait ce piège tendu à sa chasteté, il lui ordonne de reconduire la jeune fille chez ses parents, ajoutant que mieux valait mourir que de se sauver par un péché mortel. En mourant, Louis recommanda son fils au connétable Matthieu de Montmorency et au sire de Bourbon. Ce filsdevait être saintLouis. Archambault lui fut fidèle ; il combattit bravement à côté de lui à la bataille de TaiUebourg et y fut blessé ; il mourut quelques mois après des suites de ses blessures. Son règne avait clé marqué par un agrandissement considérable de ses domaines, par des fondations pieuses et de grandes libéralités envers le clergé, et par la concession de chartes, de franchises aux communes, qui s'établissaient alors par toute la France. Son fils, Archambault IX, suivit saint Louis à sa première croisade et augmenta encore la puissance de sa famille, qui allait pourtant s'éteindre dans sa personne. Il mou-
Fr.^NXE ILLLSTnÉE. 1 4 .
rut pendant la croisade dans l'île de Chypre. Il lais sait deux filles, dont l'une, Agnès, héritière du Bourbonnais, épousa en secondes noces Robert d'Artois, neveu de saint Louis. Elle avait une fille de son premier mariage ; cette fille, son unique héritière, épousa un des fils de saint Louis, Robert, comte de Clermont. De ce mariage sortit la maison royale de Bourbon. Le Bourbonnais appartint depuis cette époque à la maison royale de France.
Le premier prince de cette race, Robert, à l'âge de vingt ans, reçut dans un tournoi un coup à la tête; on craignit longtemps pour ses jours. Il guérit, mais il resta imbécile toute sa vie; il languit dans une perpétuelle enfance jusqu'à l'âge de cinquanteneuf ans. Il mourut à Paris en 1317.
Louis I", son fils, gouvernait déjà depuis longtemps les domaines de son père. 11 se signala dans les guerres de Flandre, et notamment à la bataille désastreuse de Courtrai, où il sauva les restes de -ï. — Allier. 2' Liv.
r,A FRANCE ILLUSTRÉE
l'armée française. Sous Charles le Bel, le Bourbonnais fut érigé en duché-pairie en faveur de Louis I""". Ce prince, qui avait si brillamment contribué à la splendeur de sa maison et en avait augmenté les domaines du comté de la Marche et d'une partie de la Limagne d'Auvergne, mourut en 1341.
Pierre I", son fils, lui succéda. Blessé à la bataille de Crécy, il fut tué à celle de Poitiers en combattant bravement auprès du roi Jean II. Il avait besoin de cette mort glorieuse pour effacer le souvenir des intrigues auxquelles il s'était livré avec Charles le Mauvais, roi de Navarre, le mauvais génie de la France à cette époque. Son frère, Jacques, qui avait obtenu l'épée de connétable, fut blessé et pris à la bataille de Poitiers.
Pierre I"'', fastueux et magnillque, avait contracté beaucoup de dettes, et l'embarras de ses affaires n'avait pas peu contribué à l'engager dans sa triste complicité avec Charles le Mauvais. Louis II, son fils, probe et loyal, se hâta d'engager ses biens pour couvrir les dettes qui avaient failli être si fatales à l'honneur de son père et de sa maison. Les créanciers du feu duc avaient eu recours à la puissance ecclésiastique et avaient fait excommunier Pierre I"'' ; son cadavre même était resté en gage dans l'église de Poitiers ! Son fils alla l'y chercher lui-même, après avoir obtenu de la cour de Rome révocation de l'excommunication lancée contre lui. La France était alors bien malheureuse; livrée par la trahison, déchirée par les factions, désolée par la guerre étrangère, elle fut encore en proie aux horreurs de la Jacquerie, aux fureurs des paysans soulevés contre les nobles par la misère et l'oppression. Dans ce siècle de crimes et de misères, Louis s'efforça de rester toujours loyal et de guérir les maux de son pays. Il se dévoua au service du dauphin (depuis Charles V), alla en Angleterre négocier la mise en liberté du roi Jean et fut un des otages qui le remplacèrent à Londres. Les retards que l'on mit à exécuter toutes les clauses du traité de Brétigny firent durer huit ans sa captivité, qui, du reste, n'eut rien de rude. Il vécut à la cour d'Angleterre, libre sur parole, au milieu des fêtes et des plaisirs ; on l'y appelait le roi d'honneur et de liesse. Il obtint de parcourir l'Angleterre; mais le roi Edouard ne voulait point le laisser retourner en France. En vain les vassaux du duc s'étaient cotisés pour réunir 100,000 florins, dont Louis s'était rendu pleige, c'est-à-dire dont il s'était porté garant, pour la liberté du roi de France. La somme avait été remise
au roi d'Angleterre; mais celui-ci alléguait toujours de nouveaux prétextes pour le retenir. « Enfin, dit M. Béraud [Histoire des ducs de Bourbon), la neuvième année de sa captivité allait commencer, lorsqu'une intrigue de cour vint lui rendre cette liberté qu'il n'avait pu obtenir par le payement de son cautionnement. Edouard avait pour ministre et pour favori Guillaume Wicam, qu'il avait élevé à la dignité de grand chancelier ; il lui destinait l'evêché de Winchester, qui vaquait par la mort du cardinal de Winchester; mais il ne pouvait obtenir les bulles du pape Urbain V pour mettre Wicam en possession du riche bénéfice; il eut recours au duc de Bourbon, dont le crédit auprès du pontife était connu; il lui promit la liberté pour prix du service qu'il en attendait; il l'assura qu'il ha serait bien courtois à la prison. Le duc écrivit à la cour de Rome, et il en reçut un bref par lequel elle le laissa maître de disposer de l'évôché. Bourbon ne le remit au roi d'Angleterre qu'après lui avoir fait signer l'acte de sa délivrance, pour lequel Edouard trouva encore moyen de lui faire payer 20,000 livres. Il fut à peine libre, qu'il se hâta de se rendre dans le Bourbonnais, dont les habitants venaient de fournir encore une somme de 140,000 livres, montant des obligations qu'il avait contractées pendant son séjour à Londres. »
Louis trouva la province dévastée, épuisée ; l'anarchie morale y répondait, comme dans toute la France, au déplorable état de l'agriculture et du commerce. Cette vaillante chevalerie française, si glorieuse au temps des croisades, s'était peu à peu corrompue, affaiblie; la noblesse, après avoir fui honteusement à Poitiers, était l'objet des railleries du peuple et des bourgeois, qui commençaient à sentir leur force et à perdre le respect que leurs maîtres ne savaient plus leur imposer; la vieille organisation féodale avait perdu son prestige, qu'elle ne devait guère reconquérir, et le temps n'était pas loin où une pauvre fille du peuple, .Jehanne la bonne Lorraine, allait donner l'exemple du patriotisme et du courage à ces barons et chevaliers, oublieux des antiques traditions. Louis de Bourbon tenta de ressusciter dans le cœur de ses barons les sentiments d'autrefois et voulut fonder un ordre de chevalerie. Après avoir réuni ses anciens compagnons d'armes, il les traita magnifiquement pendant trois jours, puis leur donna rendez-vous à Moulins pour le premier jour de l'année 1369. Au jour dit, il leur déclara son projet, leur distribua les insignes du nou-
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vel ordre, dont la devise était ce joyeux mot : « espérance, » entendit la messe avec eux et les exhortn à défendre Dieu, la patrie et les dames. « Je prio à tous ceux de l'ordre, s"écria-t-il, qu'ils veuillent honorer dames et demoiselles et ne souffrir en ouïr dire du mal ; car ceux qui mal en disent sont petits de leur honneur et disent d'une dame qui ne se peut revancher ce qu'ils n'oseroient pas dire d'un homme ; dont plus en auroit leur honte ; et des femmes, après Dieu, vient en partie de l'honneur en ce monde; il faut aussi que ceux qui portent cet ordre ne soient jongleurs et médisants l'un de l'autre, qui est une laide chose à tout gentilhomme, mais portent foi l'un à l'autre comme il appartient à tout honneur et chevalerie. Mes amis, à travers mon écu d'or est une bande où il y a écrit : Allen, c'est-àdire : Allons tous ensemble au service de Dieu, et soyons tous un en la défense de nos pays , et là où nous pourrons trouver et quêter honneur par fait de chevalerie. Et pour ce, mes frères, je vous ai dit ce que signifie l'ordre de l'écu d'or , lequel un chacun à qui je l'ai baillé le doit jurer et promettre de le tenir, — et moi le premier. »
Il jura et reçut le serment de ses compagnons. Alors le seigneur de Vichy, prenant la parole au nom de tous les chevaliers : « Notre très redouté seigneur, lui dit-il, voyez ici votre chevalerie qui vous remercie très humblement du bel ordre et grands dons que leur avez donnés; lesquels ne vous savent que donner en ce jour, fors qu'ils vous offrent leurs corps et leurs biens ; qu'il vous plaise les recevoir à cettuy premier jour de l'an, nonobstant qu'ils y sont obligés ; mais leur cœur est ferme et leur volonté est pareille. » — « Je reçois, s'écria le duc ému, je reçois aujourd'hui les plus belles étrennes que seigneur puisse recevoir, quand je reçois le cœur de si nobles chevaliers. »
Mais, comme une apparition anticipée de l'esprit positif des temps modernes au milieu de cette scène chevaleresque, entrait dans la salle maître Huguenin Chauveau, justicier sévère, procureur général du duc, lequel apportait à Louis un registre où étaient relatés les forfaits et désoièissances de plusieurs seigneurs pendant l'absence du duc ; il réclamait justice ; et pour quelques-uns il y allait de la vie. « Maître Huguenin, dit le duc, avez-vous tenu aussi registre des services qu'ils m'ont re7idus? » Et, prenant le rapport, il le jeta dans la grande cheminée, où flamboyait un feu de janvier. Le passé et l'avenir s'étaient rencontrés dans celte
scène singulière, l'un avec ses élans faciles vers le bien comme vers le mal, l'autre avec cet esprit de froide justice, auquel un moment d'enthousiasme ne fait pas oublier si aisément les maux soufferts et les crimes commis.
Louis, surnommé le Grand ou le Bon, et qui a mérité au moins le second de ces titres, ne se borna pas à conférer ces insignes de chevalerie à ses barons ; il voulut qu'ils les honorassent par leur valeur et les mena contre les Anglais. Cette guerre endetta encore son duché; mais le devoir le retint auprès de Bertrand Du Guesclin, son frère d'armes et son ami. Une trêve étant survenue, il en profita pour courir à de nouvelles aventures et avec cent chevaliers passa en Espagne, où Henri de Transtamare l'appelait à une croisade contre les Sarrasins. Mais celui-ci ayant voulu lui faire combattre les Portugais au lieu des infidèles, le duc refusa et, repassant les Pyrénées sans avoir tiré l'épéc, revint guerroyer contre les Anglais. Tuteur du jeune roi Charles VI, de moitié avec le duc de Bourgogne, il s'acquitta de son devoir avec loyauté, fit deux croisades en Afrique seul avec quelques centaines de chevaliers. Cet homme, qui, par sa valeur chevaleresque et son esprit d'aventure, appartenait aux temps anciens, n'en sut pas moins par des alliances et d'heureuses acquisitions augmenter considérablement les domaines de sa maison. Il réunit au Bourbonnais le Forez, une partie de l'Auvergne, le Beaujolais et la principauté de Dombes. Mêlé aux querelles sanglantes qui désolèrent le règne de l'insensé Charles VI, il prit parti pour le duc d'Orléans contre le duc de Bourgogne, Jean sans Peur. Celui-ci envahit le Bourbonnais et se rendit maître de quelques villes ; mais Louis, alors âgé de plus de soixante-dix ans, lève une armée et chasse les Bourguignons. Il mourut peu de temps après à Montlugon.
Nous avons passé rapidement sur la partie de la vie de ce prince qui appartient à l'histoire générale de notre pays ; nous ferons de même pour ses successeurs, de plus en plus mêlés aux affaires du royaume.
Le fils du duc Louis, Jean I"'", débauché et prodigue, n'avait hérité que de son courage. Fait prisonnier à la bataille d'Azincourt, il mourut à Londres après dix-huit ans de captivité. Il avait, pour se racheter, souscrit à un traité honteux, qui donnait aux Anglais les meilleures places de l'Auvergne et du Bourbonnais. Son fils, Charles I", qui
gouvernait ses États, et ses vassaux refusèrent d'exécuter un pareil traite ; mais ils lui envoyèrent une rançon de cent mille écus, que les Anglais acceptèrent, sans se dessaisir de leur prisonnier. Sous le gouvernement de Jean I", qui tenait pour le duc d'Orléans, le Bourbonnais avait été exposé aux plus affreuses dévastations, commises par le parti contraire. Le nouveau duc Charles I" rendit de grands services au jeune roi Charles VII, alors fugitif, l'accueillit et combattit pour lui reconquérir son royaume, auprès de Xaintrailles et de Dunois. Mais, plus tard, le duc de Bourbon excita contre Charles VII son propre fils (depuis Louis XI) et l'entraîna dans une ligue armée contre son père. Charles VII vint lui-môme en Bourbonnais à la tète d'une armée pour y chercher le dauphin, qui y avait trouvé un refuge. Toutes les villes qui lui résistèrent furent impitoyablement pillées. Cependant le roi pardonna aux chefs de la rébellion et donna même sa fille Jeanne en mariage au fils du duc de Bourbon, lequel succéda à son père en 1456 sous le nom de Jean IL
Ce prince imita son père dans son esprit de révolte contre l'autorité royale ; mais Louis XI le gagna par d'habiles concessions, et, sous la minorité de Charles VIII, Jean II reçut l'épce de connétable. Il n'en prit pas moins part à la ridicule levée de boucliers du duc d'Orléans (depuis Louis XII) contre la régente. Il mourut en 1487. Son frère, Pierre II, était le mari de la régente même, Anne de Beaujeu. Sous son gouvernement, ou plutôt sous celui de sa femme, le Bourbonnais jouit d'un calme et d'une prospérité ininterrompus. Le pays s'enrichit et répara ses anciens désastres. Pierre II mourut en 1503. En lui s'éteignit la branche aînée de la maison de Bourbon, qui possédait le duché depuis Robert, fils de saint Louis.
Le riche héritage échut à l'arrière-petit-fils du duc Jean I" de Bourbon, Charles de Montpensier, qui épousa la fille du dernier duc, sa cousine, laide et contrefaite, mais qui lui apportait en dot la puissance et la richesse. Ce jeune homme est celui qui devint depuis si tristement célèbre sous le nom du connétable de Bourbon. Magnifique, intrépide, il éblouit par son faste et étonna par son courage. La part qu'il prit aux guerres d'Italie lui donna la renommée d'un grand homme de guerre. Il reçut l'épée de connétable et commanda l'avant-garde à Marignan. Mais, par son orgueil, il avait excité la colère du roi François I", et celui-ci-, étant venu à
Moulins pour tenir le fils du duc sur les lonts du baptême, fut blessé de la splendeur des fêtes que lui offrit son vassal. « Un roi de France n'en sauroit faire autant, » dit-il avec amertume ; et, refusant de l'indemniser des dépenses qu'il avait failes à son service, il lui retira ses traitements et ses pensions. Le connétable n'en suivit pas moins le roi à la défense de la Champagne, qu'avait envahie l'armée de Charles-Quint. Mais le roi ayant donné au duc d'Âlençon le oommandement de l'avant-garde, qui appartenait de droit au connétable, celui-ci se retira à Moulins, une fois la campagne finie. Son fils venait de mourir ; sa femme mourut peu de temps après en lui faisant donation de ses biens, précaution qui semblait inutile, puisque, le connétable n'eùt-il pas été le gendre du dernier duc de Bourbon, Iliéritage de cette famille lui devait encore revenir comme chef de la maison de Montpensier.
Mais Charles s'était fait une ennemie implacable, Louise de Savoie, mère du roi, dont il avait repoussé, dit-on, les amoureuses avances. Cette femme excita contre lui le roi son fils, et, au mépris de toute justice, on suscita contre le droit évident du duc les subtilités de la chicane et les arguties des avocats. Le séquestre fut mis sur l'héritage. Dès lors le connétable ne garda plus de mesure. Il prêta l'oreille aux propositions que Charles-Quint lui faisait faire, le sachant tenté de trahir son pays par haine contre le roi. L'empereur lui offrait la main d'une de ses sœurs, deux cent mille écus de dot et un royaume créé dans le midi de la France démembrée. A ce prix , Bourbon vendit son honneur et son pays. François I", averti de ce marché au moment de partir pour l'Italie, l'invita à le suivre. Bourbon feignit d'être malade pour se dispenser d'obéir. Le roi lui-même vint à Moulins ; il s'approcha du lit du connétable et eut avec lui une entrevue secrète. François 1°'' lui parla avec douceur, ne lui dissimulant pas qu'il avait été prévenu des tentatives de corruption dont le connétable avait été l'objet. Celui-ci prétendit qu'il les avait repoussées, et que la maladie seule l'empêchait de suivre le roi immédiatement ; qu'au reste, il le rejoindrait aussitôt que ses forces le lui permettraient. François P"' le quitta en laissant auprès de lui un de ses gentilshommes, Warty, chargé d'espionner le connétable. Bourbon partit en effet quelques jours après, se faisant porter en litière; mais, arrivé à Lapalisse, il apprend que le roi est
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instruit de tout; dès lors il ne songe plus qu'à fuir. Il feint de se sentir plus malade ; le mal fait des progrès rapides; Bourbon réunit autour du lui ses gentilshommes, leur commande de se lamenter sur son sort et fait appeler Warty. Celui-ci arrivé, le connétable lui dit d'une voix mourante d'aller trouver le roi, de lui faire savoir sa position désespérée et de lui exprimer ses amers regrets de ne pouvoir lui rendre de nouveaux services. Warty part ; Bourbon monte à cheval, arrive à Chantelle, place forte, où il réunit aussitôt tous les éléments d'une vigoureuse résistance. Le roi, prévenu, envoie contre le duc le maréchal de Chabannes avec des troupes. Alors, désespérant de tenir dans Chantelle contre un siège en règle, Bourbon, accompagné d'un seul gentilhomme, Pompérant, se décide à fuir et à quitter la France. Après des dangers et des aventures de toutes sortes, les deux fugitifs atteignirent la frontière de Savoie, d'où le duc se rendit en Italie, où il se mit à la tête des troupes de Charles-Quint.
Le reste de son histoire est trop connu pour être rapporté ici. On sait ses déceptions à la cour de Charles-Quint, les mépris à peine dissimulés que trouva partout ce traître, le mal qu'il fit à son pays et les sévères paroles que lui adressa Bayard mourant : Monsieur, dit le loyal chevalier au duc qui s'apitoyait sur son sort, il n'y a point de pitié en moi, car je meurs en homme de bien ; mais j'ai pitié de vous voir servir contre votre prince et votre patrie et votre serment! Bourbon fut tué en escaladant les murs de Rome à la tête des soldats allemands.
Ses biens avaient été confisqués et réunis à la couronne en 1.531. Depuis ils en furent détachés, pour former divers apanages, jusqu'en 1622. A celte époque, ils entrèrent dans la maison de Condé, qui les conserva jusqu'à la Révolution. Ils y apportèrent encore la trahison. Le grand Condé imita le connétable en combattant contre la France ; mais il sut réparer sa faute et par son repentir et par des victoires sur les ennemis de son pays. Le Bourbonnais, depuis le grand connétable, n'a plus d'histoire qui lui soit propre, et, si le titre de duc de Bourbon reparaît encore dans l'histoire sous Louis XV et depuis, les aunales de la province se confondent avec celles de la France.
Le département de l'Allier n'a pas eu à souiïrir de la dernière invasion allemande (guerre de 1870- 1871),
HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES, BODRGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES.
MouLi.NS (lat. 46» 33' 59", long. 0» 59' 46" E.]. — Moulins, grande et belle ville peuplée de 21,774 habitants, autrefois du diocèse d'Autun et du parlement de Paris, avec généralité, bailliage, élection, maîtrise des eaux et forêts, prévôté, etc. ; aujourd'hui chef-lieu du département, d'un arrondissement et de 2 cantons, avec tribunaux de première instance et de commerce, lycée, etc., importante station et nœud principal du chemin de fer de Paris à Lyon, à 288 kilomètres au sud-est de Paris et 182 au nord-ouest de Lyon.
La ville de Moulins ne peut se vanter d'une antique origine, quoique l'on ait voulu y voir l'antique Gergocia de César . Les sires de Bourbon y eurent d'abord un rendez-vous de chasse et un château, qui devint plus tard un riche palais. Alais l'existence de la ville ne paraît pas remonter au delà du X* siècle. En 1232, Archambault VIII affranchit ses habitants de la taille, moyennant une redevance annuelle de 200 livres, monnaie courante. Moulins semble avoir été déjà à cette époque une ville assez importante. En 1269, Robert, fils de saint Louis, y fonda un hôpital ; mais ce n'est guère que du xiV siècle que date la prospérité de Moulins. Le duc Louis II, à son retour d'Angleterre, en fit sa résidence habituelle et la capitale de ses États. La ville, beaucoup plus petite qu'aujourd'hui, était entourée de murailles; on y entrait par quatre portes protégées chacune par deux tours et par un pont-levis. Cette enceinte, abattue dans la seconde moitié du xvii" siècle, a fait place à de belles promenades appelées cours, qui en marquent encore le contour.
L'existence de celte ville fut très paisible, et pai conséquent son histoire présente peu d'intérêt. Les Anglais firent quelques incursions dans les environs au commencement du xiv« siècle, pillèrent le couvent des Carmes, placé dans les faubourgs ; mais ils n'osèrent attaquer la place. Pendant les guerres civiles, les faubourgs eurent encore à souffrir ; mais la ville, par un privilège bien rare, échappa aux dévastations qui désolèrent tant de villes de France. Ses annales ne présentent guère que le récit des fêtes qui y furent célébrées pour le mariage d'Anne de France, fille du roi Louis XI, avec Pierre de Bourbon ; plus tard pour le baptême du fils du connétable de Bourbon, où parut Frau-
çois I" ; enfin pour les noces d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret, mère de Henri IV, lequel, devenu roi, visita Moulins en 1595. Quelques années auparavant, en 1566, Charles IX et sa mère, Catherine de Médicis, y avaient convoqué une assemblée des états pour remédier aux maux du royaume. L'amiral de Coligny et le cardinal de Lorraine y assistèrent. Le chancelier de L'Hospital y exposa, avec la franchise et l'énergie d'un honnête homme, les malheurs du pays ; il montra combien le peuple avait à souffrir des brigandages des hommes de guerre et des gentilshommes, auxquels la complicité des juges assurait toujours l'impunité. Sur sa demande fut rendue l'ordonnance dite de Moulins, qui ôtait aux gouverneurs de province le droit d'accorder des lettres de grâce et de lever des impôts sans l'autorisation du roi.
En 1587, Moulins devint le centre d'une généralité qui comprenait sept élections ; on y établit un bureau des finances, qui remplaça la chambre des comptes du duché. La ville avait été administrée jusque-là d'abord par des consuls nommés par les bourgeois, puis par un maire et quatre échevins. En 1788, Moulins, qui avait toujours fait partie du diocèse d'Autun, devint le siège d'un évêché ; mais il fut supprimé par la Révolution et rétabli seulement en 1823.
Moulins est une ville toute moderne, dont l'aspect ne présente guère plus d'intérêt que son histoire. « Elle n'a rien conservé, dit M. de Jolimont, ni de son état primitif, ni des diverses modifications successives survenues dans chaque siècle. A part sa principale église et quelques fragments inaperçus, on trouverait difficilement un souvenir de l'état de ses anciennes constructions et de ses aspects antérieurs. Pas une pierre des murs, des tours, ni des donjons fortifiés, que l'on commença à détruire vers 1688, rien qui puisse maintenant donner une idée de ce palais, de ce château somptueux qui fut longtemps la demeure des princes de la maison de Bourbon. Plus de ces maisons en bois aux étages en saillie des xni% xiv» et xv siècles ; plus de ces maisons du xvi" siècle aux poteaux recouverts des riches arabesques de la Renaissance; presque plus même de ces maisons en briques mosaïquées qui caractérisent encore quelques villes du centre de la France et qui étaient si nombreuses à Moulins. Là, comme partout, la mode, le préjugé plus que la nécessité ont détruit ces spécimens des âges passés, sans respect pour les souvenirs histo-
riques, les traditions de famille et l'étude des arts. Là, plus qu'ailleurs peut-être, tel propriétaire a fait et fait encore reconstruire, ou tout au moins replâtrer ou badigeonner son logis, uniquement par mépris et par haine des formes anciennes et pour avoir une maison bien blanche. Moulins est donc aujourd'hui une ville toute moderne; elle s'est agrandie de ses vastes faubourgs, qui y sont maintenant réunis. De belles et riantes promenades ont remplacé les fossés et les esplanades ; les maisons se sont alignées, les rues ont plus de largeur et se décorent chaque jour d'élégantes boutiques; les places sont plus nombreuses et plus régulières. »
Son église de Notre-Dame (aujourd'hui la cathédrale) est un monument historique, dont le style appartient à la troisième période ogivale. Commencée en 1468, elle n'a été achevée que de nos jours ; elle se fait remarquer par la légèreté de ses proportions ; les figures des gargouilles sont d'un fantastique assez curieux ; les vitraux du chœur sont fort beaux. Les autres monuments de Moulins ne présentent rien de remarquable. Nous devons cependant mentionner la chapelle du Lycée (xvii« siècle), renfermant le magnifique mausolée du duc Henri II de Montmorency, sculpté par Coustou, Regnaudin, Thibaut, Poipant et François Anguier; la tour dite de l'Horloge. Cette tour, qui date du xvi" siècle, est carrée, haute de 30 mètres environ et surmontée d'une horloge et de cloches où les heures sont frappées par quatre statuettes : d'un homme, d'une femme et de deux enfants, qu'on nomme la famille Jacquemart. Le faîte de cette tour était jadis orné d'une couronne royale avec des fleurs de lis dorées. Elle fut détruite pendant la Révolution.
Il ne reste du château qu'une tour carrée dite la Mal-Coiffée, qui sert de prison. Le château avait été détruit en partie par un incendie au siècle dernier.
Moulins possède, en outre, un palais de justice, un hôtel de la préfecture, un hôtel de ville, un théâtre, une bibliothèque, deux musées et un très beau pont de treize arches sur l'Allier.
Moulins a produit quelques hommes célèbres : Lingendes, prédicateur fameux, au commencement du xvii° siècle, et qui peut passer pour le type de cette fausse éloquence semée de pointes, d'antithèses et de citations, fort admirée dans le temps, mais à laquelle Bossuet et Bourdaloue vinrent substituer la vraie et solide éloquence, celle du cœur
ALLIER
et de la raison ; le maréchal de Villars, qui sauva la France à Denain ; le maréchal de Berwick, d'origine étrangère, mais qui se montra Frantjais par son dévouement envers son pays d'adoption, ses services et sa mort au siège de Philipsbourg, où il fut tué en 1734; le sculpteur Thomas Regnaudin ; Claude Berroyer, avocat au parlement de Paris ; enfin Deslutt de Tracy, esprit distingué, caractère honorable, qui tint noblement sa place parmi cette réunion de philosophes et de littérateurs restés fidèles, sous l'Empire, aux traditions du xvni« siècle et que Napoléon désignait sous le nom A' idéologues. Les armes de Moulins sont : d'argent, à trois croix ancrées de sable deux et un; au chef d'azur, chargé de trois fleurs de lis d'or.
YzEURE. — Cette petite ville, de 4,195 habitants, qui n'est éloignée de Moulins que de 2 kilomètres, peut être considérée comme un des faubourgs de cette ville. On a remarqué comme une chose singulière que les habitants deMoulins, qui ont toujours eu une certaine renommée de dévotion, semblent pourtant s'être assez peu préoccupés de multiplier chez eux les édifices religieux. Yzeure fut, jusque dans le siècle dernier, la seule paroisse en titre de Moulins ; cependant, dès le xiv° siècle, on se vit dans la nécessité d'établir dans cette dernière ville de nouvelles églises. Mais les desservants faisaient les offices et administraient les sacrements sous la juridiction du curé d'Yzeure. Ce bourg, que l'on voit cité dès le ix° siècle, avait déjà à cette époque une église et une abbaye. Un acte de 817 constate la cession de la viguerie d'Yzeure faite par un certain comte Hildebrand à l'abbesse du monastère d'Yzeure. Ce monastère, avec ses dépendances, appartint ensuite au chapitre de Nevers, puis aux sires de Bourbon et enfin fut réuni à l'abbaye de Saint-Menoux. L'histoire de ce couvent et de sa paroisse n'est qu'une longue suite de procès scandaleux entre les curés et les abbesscs pour des intérêts très temporels. En 1789, les religieuses furent dispersées ; on fit de leur couvent un hospice départemental. Aujourd'hui on y a installé le petit séminaire diocésain. L'église de ce bourg, grande, mais sombre et basse, est l'œuvre successive des XII», xui=, xv" et xvi" siècles. C'est un monument historique. Sous le chœur existe une crypte ou église souterraine qui suffirait pour en démontrer la haute antiquité. Les chapiteaux des colonnes sont ornés de figures d'animaux de formes bizarres.
L'église contient un grand nombre de statues de pierre ou de bois coloriées ; presque toutes sont mutilées, mais les couleurs ont gardé leur fraîcheur et leur éclat.
BouRBON-L'AncHAMBAULT. — Bourbon-l'Arcluimbault {Borio ErchenMldi), chef-lieu de canton, peuplé de 3,784 habitants, <à 25 kilomètres à l'ouest de Moulins, dépendait autrefois du diocèse de Bourges, du parlement de Paris, de l'intendance et de l'élection de Moulins, et possédait une sénéchaussée, une châtellenie et une justice royale. Faut-il, avec l'abbé de La Porte, assigner l'étymologie suivante au nom de la ville? « Le mot burbo, dil-il, est celtique et signifiait dans cette langue eau chargée ou imprégnée de matières étrangères, sôit que ce fût d'un vrai limon, d'où est venu notre français bourbe, soit que ce fût de sels minéraux ou toutes autres substances. » Ce serait là une origine assez humble pour l'un des noms les plus retentissants des temps modernes. Quoi qu'il en soit, Bourbon paraît avoir existé sous les Romains. Ce fut longtemps un château, qui appartint d'abord aux Wisigolhs, puis aux ducs d'Aquitaine. Pépin le Bref, en 759, faisant la guerre au duc Waïfre, lui prit cette forteresse. Plus tard, ce château donna son nom aux sires de Bourbon, qui, en échange, joignirent au sien leur prénom ordinaire, Archambault. Cetl baronnie fut érigée en duché-pairie au xW siècle Ce fut alors que les sires de Bourbon, devenus de puissants seigneurs, commencèrent à bâtir le nouveau château. La ville, qui, peu à peu, s'était groupée autour de la forteresse, fut primitivement la capitale du Bourbonnais, jusqu'au moment où Moulins lui enleva cette prérogative. Depuis le xvi" siècle, ce n'est plus qu'une châtellenie que visitent quelquefois ses ducs pour y contempler le berceau de leur puissance, mais où ils ne résident plus. Leur château ne fut achevé qu'au xV siècle par le duc Pierre II et par sa femme, Anne de Beaujeu. Il était flanqué de vingt-quatre tours et présentait l'aspect le plus formidable; sa forme était celle d'un parallélogramme. Il reste encore trois tours et quelques pans de murs. L'une de ces tours est appelée la Q^uiquen grogne, parce que, lorsqu'on la bâtissait, les bourgeois réclamèrent, se sentant menacés par cette fortification qui dominait leur ville. Le duc, entouré de ses estafiers, leur déclara que la tour serait terminée, malgré leurs plaintes. On la bâtira, messieurs, qui qxCen grogne. Ce
nom lui est resté. La Sainte-Chapelle, dont il reste des ruines, était une construction gothique de la plus grande importance ; elle avait été élevée pour conserver un fragment de la vraie croix apporté d'Orient par saint Louis pour son fils Robert et que l'on gardait dans un reliquaire d'or d'un travail précieux, enrichi de perles, de rubis, de saphirs et surmonté d'une couronne royale. On vantait aussi les vitraux et les sculptures de cette chapelle. La foudre y tomba en 1648 et en commença la destruction ; le toit et la flèche furent renversés. La Révolution épargna le reste; mais la spéculation s'en est plus tard emparée, et les débris ont servi à bâtir une partie de la ville. Le peu qu'il en reste fait déplorer cet acte de vandalisme. En 1832, ces ruines, ainsi que celles du château, appartenaient au duc d'Aumale, alors enfant, comme provenant de la succession du dernier prince de Condé. Les administrateurs j ugèrent à propos de mettre en vente cet antique berceau de la maison de Bourbon; une affiche annonça l'adjudication comme devant être faite à l'audience des criées du tribunal de première instance; mais un archéologue du pays, indigné, déclara, par une lettre rendue publique, que, si ces ruines historiques étaient mises en vente, il les achèterait et ferait graver sur ces murs une inscription rappelant à qui elles avaient été achetées... Cette déclaration produisit son effet; le château ne fut pas vendu.
Bourbon possède des eaux thermales qui ont joui jadis d'une grande vogue. De tout temps elles ont été visitées par des malades célèbres. Ce fut surtout au xvu" siècle qu'elles furent le plus en faveur. M"'^ de Sévigné nous a laissé des détails sur la vie qu'on y menait. « Il y a deux jours, écrit-elle à sa fille, que je prends les eaux à Bourbon ; elles sont douces, et gracieuses, et fondantes; elles ne pèsent point; j'en fus étonnée et gonflée le premier jour, mais aujourd'hui je suis gaillarde; on les rend de tous les côtés; point d'assoupissements, point de vapeurs. Si je continue à m'en trouver si bien, je ne me servirai point de celles de Vichy, que l'on fait venir ici en un jour. Jamais union ne fut si parfaite entre deux rivales ; on les fait réchauffer dans le puits le plus bouillant de ceux qui sont ici; on les fait boire comme les autres; cellesci reçoivent celles-là dans leur sein ; c'est cela ce qui s'appelle précisément le même degré de chaleur, car les bouteilles y sont comme dans leur propre maison. » Scarron, dans son épitre à M"= de Haute-
fort, y décrit, avec sa verve satirique et burlesque, sous le titre de Légende de Bourion, la société qu'il y vit en songe en 1641. Boileau séjourna également à Bourbon, et M""= de Montespan vint y mourir. Mais, depuis cette époque. Vichy et Néris ont enlevé à Bourbon son ancienne vogue.
Les armes de Bourbon-l'Archambault sont : d'or, au lion de gueules, à l'orle de huit coquilles d'azur.
SouviGNY. — Souvigny {Sylviniacum), station du chemin de fer de Moulins à Montiuçon, chef-lieu de canton, peuplé de 2,927 habitants, à 12 kilomètres à l'ouest de Moulins. On attribue à cette petite ville une origine fort ancienne. On veut qu'elle ait existé du temps de César, que le conquérant y ait installé une colonie de Boïens; elle aurait alors porté le nom A' Umbramllis . Une autre tradition place en 400 sa fondation, qui serait due à une co lonie de Vénètes, chassés par les Huns des bords de l'Adriatique. Ces traditions ont exercé la sagacité des antiquaires et surtout leur imagination. Ce qui est certain, c'est qu'en 913 Souvigny fit partie de la donation faite par Charles le Simple à Aymar, premier sire de Bourbon. La fondation du célèbre prieuré de Souvigny date de la même époque. Un des sires de Bourbon en fit don à Pierre le Vénérable, abbé de Cluny. Ce fut bientôt un riche monastère, pourvu de nombreux privilèges, le second prieuré de l'ordre des bénédictins, la fille aînée de Cluny. L'église seule subsiste encore et sert d'église paroissiale. « Cette belle basilique, dit M. de Jolimont, est assurément un des plus remarquables monuments religieux du département. Plusieurs fois reconstruite, agrandie ou restaurée, elle présente une telle réunion de types et de styles différents, depuis le roman primitif jusqu'à la dernière période ogivale, qu'on pourrait presque y trouver tous les documents d'une histoire de l'architecture religieuse du moyen âge en France. » Elle a 84 mètres de longueur sur 38 de largeur et 17 de hauteur. Deux chapelles latérales d'une rare élégance contiennent les mausolées du duc Louis II et d'Anne, sa femme ; du duc Charles I" et d'Anne de Bourgogne. L'église a perdu ses vitraux, quelques-uns de ses plus précieux ornements et des flèches qui s'élevaient sur les tours du portail. Une flèche, également détruite, surmontait le centre du transept ; elle avait été construite au xv^ siècle par un soldat condamné à mort pour désertion, et qui, ayant