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Allier, 4° Liv

LA FRANGE ILLUSTREE

Plus loin du centre, sur le tracé du chemin de fer, sous la gare, dans les fondations de l'imprimerie Wallon, on a recueilli des débris de même nature; ailleurs, les traces d'une piscine, les vestiges d'un aqueduc et de bassins de distribution des eaux douces.

Jusqu'au xvi' siècle, Vichy, qui faisait partie de la province d'Auvergne, appartint aux seigneurs de Vichy et d'Abrest. A ces différentes époques, une ville s'était reconstruite au-dessus des ruines romaines, comprenant le quartier des Bains, nommé leMoutier; la Ville-aux-Juifs, dont il reste quelques habitations sur la route de Cusset, vers l'usine à gaz, et ce qu'on appelle aujourd'hui le vieux Vichy.

C'est donc dans cette partie du Vichy actuel, limitée par la place Rosalie, la route de Nîmes, les jardins des Célestins et le nouveau parc, que l'on doit rechercher les vieux souvenirs et les traces de ce que fut la cité thermale depuis sa résurrection.

Du reste, point de monuments, de vieilles constructions d'un intérêt médiocre, et que l'on réédifie peu à peu à mesure que leur vétusté en fait une nécessité. Les rues du vieux Vichy sont étroites, tortueuses, mal pavées, d'aspect triste, et si quelque édifice y mérite un peu d'attention, ce ne saurait être la vieille église ; c'est, tout au plus, la vieille tour de l'Horloge, qui faisait partie d'un château bâti par Louis II de Bourbon au xv» siècle; c'est la vieille maison du bailliage, dans la rue Verrier, qui conserve encore une porte d'entrée à ogive et un bel escalier à vis ; ce sont encore les restes du couvent des Célestins, qui fut fondé par Louis de Bourbon, sur la partie la plus élevée du monticule ; c'est enfin le pavillon Sévigné, voisin du rocher des Célestins. En effet, M"° de Sévigné séjourna à Vichy, et elle nous a laissé d'amples détails sur la vie des eaux à cette époque : « J'ai pris des eaux ce malin, écrit-elle à sa fille ; ah ! qu'elles sont mauvaises! On va à six heures à la fontaine, tout le monde s'y trouve ; on boit, et on fait une fort vilaine mine ; car imaginez-vous qu'elles sont bouillantes et d'un goût de salpêtre fort désagréable. On tourne, on va, on vient, on se promène, on entend la messe, on rend ses eaux, on parle confidentiellement de la manière dont on les rend; il n'est question que de cela jusqu'à midi. Enfin on dîne; après dîner on va chez quelqu'un ; c'était aujourd'hui chez moi. M™ de Brissac a joué à l'ombre avec Saint-llérem et Plancy; le chanoine

et moi nous lisons l'Arioste. Il est venu des demoiselles du pays avec une flûte, qui ont dansé la bourrée dans la perfection. C'est ici où les bohémiennes poussent leurs agréments; elles font des dégognades où les curés trouvent un peu à redire ; mais, enfin, à cinq heures, on va se promener dans des pays délicieux ; à sept heures on soupe légèrement ; on se couche à dix. Vous en savez présentement autant que moi. Je me suis assez bien trouvée de mes eaux ; j'en ai bu douze verres , elles m'ont un peu purgée, c'est tout ce qu'on désire. Je prendrai la douche dans quelques jours. »

Il semblerait qu'alors il n'y avait à Vichy que de vrais malades, consciencieusement occupés de se guérir, ce qui a bien changé depuis. On y va souvent aujourd'hui par respect pour la mode, et parce qu'il est de bon air d'avoir besoin des eaux de Vichy, et surtout d'y avoir été. La lettre suivante de M"'^ de Sévigné prouve suffisamment qu'alors les belles dames savaient tirer parti pour la coquetterie même des indispositions les moins poétiques que l'usage des eaux produit assez régulièrement.

« M™" de Brissac avait aujourd'hui la colique : elle était au lit, belle et coiffée à coiffer tout le monde. Je voudrais que vous eussiez vu l'usage qu'elle faisait de ses douleurs, et de ses yeux, et des cris, et des bras, et des mains qui traînaient sur sa couverture, et les situations, et la compassion qu'elle voulait qu'on eût! Chamarrée de tendresse et d'admiration, je regardais cette pièce et je la trouvais si belle, que mon attention a dû paraître un saisissement dont je crois qu'on me saura fort bon gré ; et songez que c'était pour l'abbé Bayard, Saint-llérem, IMontjeu et Plancy, que la scène était ouverte. En vérité, vous êtes une vraie ])itaude, quand je pense avec quelle simplicité vous êtes malade. »

Cependant Vichy n'était encore qu'un grand village quand l'empereur Napoléon III, en 18G1, décréta son embellissement. Alors furent créées les deux grandes avenues qui limitent la ville, l'avenue Victoria et le loidemrd des Célestins ; on construisit un nouveau parc sur lequel s'élevèrent d'élégantes villas et les chalets impériaux. De cette époque datent également la construction de la nouvelle église et le barrage de l'Allier.

Aujourd'hui, de quelque côté qu'on aborde Vichy, le regard est charmé par l'aspect de cette petite ville, couchée au milieu de la verdure, comme dans un nid, sur les bords de l'Allier. Ses tuiles rouges

ALLIER

et ses toits d'ardoise, le tuyau noir de ses laboratoires, où se distillent les sels de ses sources, et par-dessus tout les deux flèches de l'église Saint- Louis captivent l'attention. Partout, en efTet, les arbres de la plus belle venue mêlent leurs toits verts à la teinte blanche ou à la couleur rose des maisons, et les hôtels qui entassent leurs étages les uns sur les autres semblent s'élever au milieu d'un bois touffu.

Chaque année, pendant la saison des eaux, plus de trente mille personnes y viennent et y séjournent l'espace de quatre mois. C'est alors une ville sans rivale ; un vrai caravansérail. La santé et les plaisirs s'y disputent ses hôtes et finissent toujours par se mettre d'accord en cédant le pas à la santé ; mais, aux premiers froids de l'automne, on voit de toutes parts fuir la foule élégante qui embellissait la ville et lui donnait sa vie. Alors c'est à peine si on voit errer dans les rues quelques rares habitants, surpris de leur solitude. Les plus grands hôtels sont fermés, leurs propriétaires sont partis ou se tiennent prisonniers dans quelque coin retiré de leur vaste habitation. La ville entière ressemble à une immense nécropole. L'étranger que le hasard y jette se demande si quelque fléau n'a pas ravagé la cité ou s'il ne se trouve pas dans un de ces pays légendaires, condamné, pour sa généreuse hospitalité envers ses hôtes, à dormir pendant toute la saison des froids pour ne se réveiller qu'au retour du printemps.

Vichy compte neuf sources appartenant à l'État, savoir :

Grande-Grille, Puits-Carré, Puits-Ckomel , Eôpltal, Lucas, Les Célestins, Mesdames, Hauterive, Parc.

Ces sources ont une origine commune; elles sourdent toutes du calcaire d'eau douce qui forme le fond de la vallée de l'Allier, mais elles proviennent évidemment des terrains primordiaux, et probablement elles forment, au contact de ces terrains et du dépôt lacustre, une nappe plus ou moins étendue ; elles arrivent ensuite à la surface en traversant les couches du terrain tertiaire, soit par les fissures naturelles existant dans ce terrain, soit par les orifices qu'on peut y ouvrir artificiellement.

La proportion des substances salines extraites de l'intérieur de la terre par l'ensemble des eaux minérales du bassin de Vichy est évaluée par M. Bouiîuet à 5,102 kilogrammes par vingt-quatre

heures, soit 1,862,230 kilogrammes par année. Les rivières voisines, et notamment l'Allier, reçoivent la presque totalité de ces substances salines ; seul, l'acide carbonique provenant de la décomposition des bicarbonates ou dissous à l'état de liberté par les eaux se répand dans l'atmosphère et va au loin alimenter la végétation.

Les eaux de Vichy sont toutes extrêmement alcalines, très limpides ; elles ont une saveur de lessive qui n'a rien de désagréable à cause de l'acide carbonique qui s'y trouve en grande quantité ; leur température varie de 14 à 46 degrés. La célébrité et la vogue dont elles jouissent depuis des siècles sont justifiées par l'énergie de leurs prmcipes mméralisateurs et par l'efficacité de leurs propriétés médicales , notamment dans les affections chroniques et dans tous les cas d'engorgement, d'obstruction des viscères, de calculs biliaires, maladie du foie, gravello, calculs urinaires, cystite chronique, goutte, rhumatisme, diabète, etc.

Ch.\tei.-Montagne. — Châtel-Montagne, bourg de 1 ,679 habitans, à 22 kilomètres au sud de Lapalisse. C'était autrefois le siège d'une des premières baronnies du Bourbonnais. Le cours sinueux de laBesbre en rend les environs très pittoresques. L'église de cette petite ville est un monument remarquable du xi° siècle. On y monte par onze marches; un porche en trois arcades, fort bien conservé, des détails curieux, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'église, offrent aux antiquaires un objet d'étude intéressant. Cette église était autrefois celle d'une ancienne abbaye fondée par des religieux de l'ordre de Cluny. Près de là se trouvent les débris d'un vieux château; il se composait d'une enceinte polygonale irrégulière, flanquée de tours aux angles. Au xiVet au xv= siècle, Châtel-Montagne était possédé par la famille Oudin de Piollat; elle passa ensuite dans celle de Humières.

Ferrières. — Ferrières, à 31 kilomètres au sud de Lapalisse, située dans un beau vallon arrosé par le Sichon,est une commune agricole qui ne compte pas moins de 3,410 habitants.

C'est certainement, dit M. de Jolimont, une des plus importantes de la partie du département que l'on appelle la Montagne. « Elle présente aux étrangers quelques curiosités naturelles, telles que la Grotte aux Fées, \q Rocher de Saint- Vincent, etc. La grotte aux Fées est une caverne qui s'enfoncc

dans la montagne à une très grande profondeur ; les parois en sont couvertes de stalactites qui présentent des formes singulières, auxquelles on a donné différents noms fantastiques, analogues à leurs formes ; ainsi, on voit : la Femme au linceul, le Magicien, la Nymphe, V Atlas, le Chameau, etc. La Source des Fées est une immense cascade qui descend en mugissant à travers les roches et couvre tout ce qui l'environne d'une onde ccumante. h&Roc ou Rocher Saint-Vincent est une énorme masse pyramidale de rochers inclinés vers le sud et n'ayant pas moins de 33 mètres de hauteur; on arrive au faîte par un sentier étroit et difficile, et l'on y jouit de la vue la plus étendue et la plus admirable que l'on puisse imaginer. On y trouve aussi quelques vestiges assez considérables d'anciennes constructions, restes de vieux chàtaux aussi formidables qu'inaccessibles. »

Varennes. — Varcnnes-sur-AUier, station de la ligne de Moulins à Clermont-Ferrand, chef-lieu de canton peuplé de 2,510 habitants, à 30 kilomètres au nord-ouest de Lapalisse, avait autrefois des seigneurs, qui la possédèrent du x" au xiV siècle, époque où la ville fut réunie au Bourbonnais. C'était alors une place considérable. Elle prit part aux guerres du Bien public et du xvi" siècle. Mais tout ce qui pourrait consacrer le souvenir de son histoire a aujourd'hui disparu. Cette ville fait un grand commerce de froment et de vins.

Près de là, dans une riante position, on voit le château de Gayelte, transformé en hôpital en 1694 par le don qu'en fit généreusement aux pauvres jjmc (Je Pingré-Farinvilliers.

BiLLV. — Billy, petite ville de 1,000 habitants, située à 16 kilomètres à l'ouest de Lapalisse, sur la rive droite de l'Allier, et sur la ligne de Moulins à Clcrmont-Fcrrand, au milieu d'un territoire très fertile, qui produit des vins assez estimés. Les ruines de la forteresse attestent son ancienne importance. On y remarque plusieurs maisons qui datent du xv" siècle. Un édifice qui appartient à l'époque de la Renaissance porte cette devise : Dieu est ma tour et ma forteresse; sur un autre, décoré d'une tourelle en saillie, on voit au cul-de-lampe un ange qui tient un parchemin sur lequel est écrit :

L'homme est plus chargé de son péché que moi de ma tour. Le château, dont une partie existe encore aujourd'hui, était flanqué de dix tours. Un autre château, qui y est enfermé, servait d'habitation aux seigneurs; il domine le premier et est également flanqué de tours; on l'appelle le Donjon. Il appartenait au wm" siècle aux ducs de Montmorency.

Le Donjon. — Le Donjon, chef-lieu de canton de 2,150 habitants, situé sur la Lodde, à 40 kilomètres au nord-est de Lapalisse, doit à ses 9 foires annuelles une certaine importance commerciale.

Son nom lui viendrait, à ce que l'on croit, de ce que, à l'époque de la féodalité, elle possédait un château dont le donjon, c'est-à-dire la maîtresse tour, était remarquable par sa forme ou quelque événement important.

En 1450, un de ses seigneurs y avait fondé un couvent de cordeliers. Agnès de Bourgogne, veuve de Charles P'", duc du Bourbonnais, le fit augmenter et lui donna dans la suite une certaine importance. L'église de ce monastère, qui est aujourd'hui celle de la paroisse, n'a jamais été achevée. Près de l'église s'élève une tour ronde, où est placée l'horloge de la ville. On cite aussi, dans une des auberges, une chambre décorée d'une large et belle chi'minée aux armes de France et de Bourbon. En 1793, Le Donjon prit un instant le nom de Val-Libre.

J.\LiGNY. — Jaligny est situé sur la rive droite de la Besbre, à 18 kilom. au nord do Lapalisse ; c'était unedesplusanciennesvilles du Bourbonnais, aujour d'hui réduite au rang de simple chef-lieu de canton,avec une population de 1,014 habitants. Comme la plupart des villes de la contrée, elle dut son origine à un château fort qui eut ses seigneurs particuliers au XI" et au xii" siècle. Depuis, cette terre fut possédée par la maison d'Amboise et de Chàtillon, par les dauphins d'Auvergne , les sires de La Fayette, la maison de La Guiche et celle de Barrai.

Le château, qui a été restauré et converti en habitation moderne, conserve des parties du xv" et du xvi'= siècle. La partie la plus curieuse est l'ancienne chapelle que fit faire le cardinal d'Amboise.

Un des seigneurs de Jaligny avait fondé près de la ville un prieuré appelé le Moustier du Saint-Sépulcre; il n'en reste nulle trace aujourd'hui.

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J. Rouff Editeur.

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