Basses-Alpes, 1™ Liv
paysages riants et fertiles succèdent des tableaux arides et sauvages, puis les scènes grandioses des régions alpines. On y trouve de hautes montagnes et des vallées agrestes et profondes qu'arrosent des eaux limpides. Là s'étendent des plaines ornées de toute la richesse des cultures méridionales; plus haut verdoient des pelouses émaillées de fleurs ; audessus dominent de belles et immenses forêts. La vallée de Barcelonnette, qui forme le bassin de la rivière d'Ubaye, offre surtout à la fois les aspects les plus gracieux, les plus magnifiques et les plus majestueux.
Le sol du département se divise, d'après sa nature, en pays de montagnes, 607,307 hectares; pays de bruyères, 404,872; sol de riche terreau, 36,000; sol calcaire, 476,943; solde gravier, 93,300; sol pierreux, 44,400; sol sablonneux, 32,000 hectares.
Hydrographie. — Le département des Basses-Alpes a son inclinaison générale du nordest au sud-ouest; il est presque entièrement compris dans le bassin du Rhône par la Durance, sa principale rivière, qui est un des affluents de ce beau fleuve; son angle sud-est seul dépend du petit bassin côtier du Var.
La Durance, nous l'avons dit, est le principal cours d'eau du département; cette rivière prend sa source, sous le nom de Clarée ou Clairée, dans le département des Hautes-Alpes et à 2,900 mètres d'altitude, elle sert constamment de limite, sauf près de Lasaulze et de Rochebrune, jusqu'à Valernes aux deux départements des Hautes et des Basses-Alpes, pendant près de 55 kilomètres ; elle pénètre alors dans ce dernier département, passe à Sisteron, près de Volonne, à L'Escale, entre Peyruis et Les Mées, à Saint-Honoré ; à La Brillanne, à 4 kilomètres à l'est de Manosque, et, après avoir reçu le Yerdon, elle va se jeter dans le Rhône, en marquant la limite entre les deux départements de Vaucluse et des Bouches-du-Rhûne. Sur les 380 kilomètres auxquels on évalue son cours, 130 environ appartiennent au département. Cette rivière joint à la rapidité d'un torrent la largeur d'un fleuve, mais son lit ne se remplit que pendant les crues, qui sont fréquentes et peu durables ; le lit de la Durance semble une continuation de la Crati des Bouches-du-Rhône (voyez ce département) ; on y voit une immense quantité de galets et de cailloux roulés.
La Durance reçoit, dans le déparlement, sur la
rive droite : le Buëch, qui vient affluer au-dessus de Sisteron; le Jabron, qui passe près de Curel et de Saint-Vincent; l'Auzon, qui passe près de Notre- Dame-des-Anges ; le Largue, qui passe près d'Aubenas, de Lincel, de Dauphin et de Voix. Le Calavon, autre affluent de la rive droite de la Durance, a seulement sa source et son cours supérieur dans le département et passe près de Carniol, de Valsaintes et à Oppedette.
Les affluents de gauche sont plus nombreux et plus considérables; les plus importants sont : l'Ubaye, la Blanche, la Sasse, leVançon, laBléone, la Rancure, l'Asse et le Verdon.
L'Ubaye sort du lac de Longet, à 2,655 mètres au pied du Grand-Rubren, passe à Maurin, à Saint- Paul, àSerennes, à LaCondamine, près de laquelle elle reçoit à gauche l'Ubayette, qui passe à Malboisset et à iMeyronne, et à droite la Parpaillou, qui passe près de Chùtelard. A Barcelonnette, le cours de l'Ubaye est un peu moins torrentueux ; il passe alors à Thiriles, en amont de laquelle il reçoit à gauche la Bachelard ; il passe ensuite à Méolans, au Lauzet, à Ubaye et se jette dans la Durance, entre la Saulze et la Bréole, après un cours de 82 kilomètres, dont 13 sont flottables à bûches perdues. C'est cette rivière qui coule dans la jolie vallée de Barcelonnette, encaissée entre deux chaînes de montagnes de 2 à 3,000 mètres, qui ne dépouillent jamais entièrement la neige qui les couvre. Cette vallée se divise en deux parties, désignées sous le nom de Châteaux-Hauts ou de Valdes-Monts, au-dessus de Barcelonnette, et de Châteaux-Bas , au - dessous de celte petite ville , et chacune d'elles a sa physionomie, ses sites et ses aspects particuliers.
La Bléone ou Bléonne prend sa source au bas des montagnes de Prads, au nord-ouest d'Âllos; elle passe à Prads, Beaujeu, Blegiers, La Javie, reçoit par la droite la Bés ou Besse, qui passe à Barles et à Esclangon ; passe près de Digne, qu'elle laisse sur sa gauche, à Mallemoisson, au Chaffaud, à Chenevilles, à Lagremuse, prés duquel elle reçoit la Duyes, et enfin se jette dans la Durance, au-dessous de Malijaï, après un cours de 70 kilomètres ; elle est flottable au temps de la fonte des neiges.
L'Asse prend sa source prèsdeBlieux; elle passe à Senez, près de Barrème, à Mézel, à Estoublon, à Saint-Julien, à Brunet et vient se jeter dans la Durance, entre Oraison et Bars, après un cours d'envi-
BASSES-ALPES
ron 60 kilomètres. Cette rivière est flottable à bûches perdues depuis Senez jusqu'à son embouchure.
Le Verdon est formé par les trois torrents d'AUos, du Boucher et de Chadoulin ; il passe à La Beaumelle, à Allos, à Colmars, à Thorame-IIaute, près de Saint-André-de-Méouilles, où il reçoit par la droite rissole, à Castellane, où, après avoir jusqu'alors coulé du nord au sud, il change de direction pour aller de l'est à l'ouest; près de Bougon, il sépare le département du Yar de celui des Basses-Alpes, et sa rive droite appartient seulement à ce dernier département. Cette rivière passe auprès de Montpezat et de Gréoulx, à quelque distance duquel elle reçoit par la droite le Colostre, qui passe à Biez, et se jette dans la Durance, au-dessous de Cardarache, après un cours d'environ 150 kilomètres; c'est, après la Durance, la rivière la plus considérable du département.
Le Var pénètre dans le département pendant l'espace de 20 kilomètres seulement ; il passe alors à Entrevaux et reçoit par sa droite-la Vaïre, grossie, au-dessous d'Annot, du Colomp.
Le département compte un grand nombre de lacs, notamment celui d'AUos, qui a 6 kilomètres de tour, et qui se trouve élevé de 2,000 mètres audessus du niveau de la mer, et ceux du Lauzet, de Fouillouse et de Longet, dans la vallée de Barcelonnelte.
Voles lie coniniunicatlon. — Le déparlement des Basses-Alpes est traversé par 4 routes nationales d'un parcours de 339 kilomètres; par 21 routes départementales d'un parcours de 721 kilomètres; par 21 chemins vicinaux de grande communication, ayant une longueur de 332 kilomètres; par 18 chemins vicinaux d'intérêt commun, ayant une longueur de 383 kilomètres; enfin parOlOchemins vicinaux ordinaires, ayant un développement total de 2,313 kilomètres.
Le département est traversé sur une longueur de 80 kilomètres par le chemin de fer de Marseille à Gap, dépendant du grand réseau du Midi. Il pénètre dans le département en amont deCorbières, à 80 kilomètres de Marseille, passe aux stations de Corbières, Saint-Tulle, Manosque, Yolx, La Brillanne, Lurs, Peyruis, Saint-Auban, Chàteau-Arnoux, Peipin, Sisleron (146 kilomètres de Marseille) etMison, à peu de distance de laquelle il entre dans le département des Hautes-Alpes. A la station de Saint- Auban, un embranchement de 22 kilomètres se
dirige vers Digne, en passant aux stations de Ma-
lijaï, Les Grillons etChamptercier; cet embranchement doit être continué jusqu'à Draguignan, par Barrème, Senez et Castellam^.
Au nord du département, un autre embranchement, suivant la vallée de l'Ubaye, mettra en communication Barcelonnette avec Gap et Embrun.
En 1873, on évaluait la longueur des chemins de fer livrés à lacirculation, dans les Basses-Alpes, à 75 kilomètres et celle des lignes projetées ou en construction à 22 kilomètres.
Dans la montagne, la plupart des transports se font à dos de mulet, surtout dans les arrondissements de Castellane et de Barcelonnette.
On communique de France en Italie par le col de Tinier ou de l'Argentière, qui mène de Barcelonnette à Démonte. Le col d'Entrevaux, qui mène de Castellane à Pugel-Théniers, conduit dans le bassin du Var.
Climat. — La partie septentrionale du département des Basses-Alpes appartient à la région climatérique du sud-est ou climat rhodanien, tandis que la partie méridionale appartient au climat méditerranéen ou provençal. On comprendra facilement que, par sa position méridionale et sa nature montagneuse, le département puisse réunir en quelque sorte tous les climats et toutes les saisons; il suffira de descendre jusqu'au milieu des plaines, ou bien de s'élever dans les montagnes, en variant aussi son orientation, pour rencontrer les températures les plus opposées. Le climat est généralement sain, l'air est vif et pur, mais la température est extrêmement variable. Dans la vallée de Barcelonnette, on ne connaît que deux saisons, l'hiver et l'été; la première s'annonce dès le mois de novembre, et le thermomètre descend quelquefois jusqu'à — 24 degrés centigrades. Ce n'est que vers le mois de mai que commence la fonte des neiges et la belle saison ; les chaleurs de l'été sont toujours supportables, et le thermomètre ne s'élève guère au-dessus de 18 à 20 degrés centigrades; encore la température est-elle modérée pendant cette saison par un vent frais, qui règne dans toute la vallée depuis onze heures jusqu'à midi.
Productions naturelles» — La partie orientale du département des Basses-Alpes appartient à la région géologique dite des Alpes; elle présente des schistes et des calcaires jurassiques
noirs et crétacés, au milieu desquels on rencontre des protubérances de terrains primitifs. La partie occidentale appartient à la région dite de Provence; elle présente aussi des calcaires crétacés, mais ils sont tertiaires; les vallées sont argilo-sableuses, et leur fond est occupé par des dépôts de terrains d'alluvion. Il existe des mines d'argentet des traces de minerai argentifère à Barles, à Ubaye, àMariaud et à Ongles. Quelques indices de fer se montrent dans la vallée de Barcelonnelte. Le plomb, le cuivre, le bismuth, la baryte abondent. On trouve du cristal de roche à Lure et à Champourcin, du jaspe à Saint-Paul, du soufre à Aubenas, du sulfate de cuivre à Dromon, de la houille en beaucoup d'endroits, ainsi que des marbres et des schistes ardoisiers.
Digne et Gréoulx possèdent des établissements thermaux, et l'on rencontre dans les arrondissements de Castellane et de Digne des sources salées à Tartonne, Agnac, Lambert, Gevaudan, Moriez, etc., etc., etc. On récolte dans les plaines du déparlement des céréales en quantité suffisante pour la consommation des habitants. Le sol, naturellement ingrat, stérile, hérissé d'âpres sommets et de cimes aux flancs tourmentés, doit surtout sa fertilité à l'industrieuse et persistante activité de ses habitants. La partie septentrionale produit du seigle, de l'orge, de l'avoine, des pommes de terre, dont on fait un pain d'excellente qualité en les mélangeant avec le seigle, des fruits, des bois propres à la charpente, etc., etc. A mesure que l'on s'approche de la partie méridionale, on rencontre les productions qui conviennent aux climats les plus tempérés de l'Europe. Les mûriers, les amandiers les oliviers, les figuiers s'y cultivent avec succès Dans quelques contrées, la campagne abonde eu arbres fruitiers, tels que châtaigniers, poiriers pommiers, pêchers, abricotiers, amandiers, et sur tout en pruniers, dont le fruit séché forme une branche assez importante de commerce sous le nom de hrignoles et ^^instoles. Dans certains cantons du sud, on récolte des truffes noires, marbrées et blanches, qui sont estimées.
Les vignes, cultivées avec soin, produisent des vins de bonne qualité et en quantité suffisante pour la consommation; les plus estimés sont ceux des Mées et de Chabrières, bons vins rouges d'ordinaire. En 1874, on cultivait dans le département 16,498 hectares de vignes, produisant 349,480 hectolitres, d'une valeur de 7,300,637; eu 1873, la production
était descendue à 121,429 hectoUtres, et en 1877, à 72,997 hectolitres seulement. Les essences dominantes des forêts, dont la principale est celle de Mercourt, sont le chêne blanc et vert, le hêtre, le sapin, le pin et le mélèze. La manne, l'agaric et la térébenthine se récoltent dans plusieurs cantons. Les montagnes fournissent d'excellents pâturages et nourrissent de nombreux troupeaux ; elles sont tapissées déplus de 2,500 espèces de plantes, parmi lesquelles un grand nombre sont aromatiques et médicinales; ces dernières forment l'objet d'un commerce d'exportation assez considérable pour les pharmacies du Dauphiné, de la Provence et du Lyonnais. Ces montagnes, où la nature semble se plaire à étaler au soleil tant de richesses végétales, sont visitées à des époques périodiques par des marchands de vulnéraire, dit vulnéraire suisse, qui établissent en plein air leurs ateliers de distillation pour extraire l'huile essentielle du thym, delà lavande et de plusieurs autres plantes aromatiques.
Les animaux domestiques sont généralement de petite espèce; les chevaux, les ânes et les mulets, quoique d'une petite stature, sont forts et vigoureux. On trouve encore dans ce département cjuelques jumarts, animaux provenant de l'accouplement du taureau avec l'ànesse ; on les emploie comme bêtes de trait. Les moutons mérinos sont l'objet d'une éducation très soignée, mais ils sont loin d'être assez multipliés.
Plusieurs communes se livrent à l'éducation des vers à soie. Les ruches sont nombreuses et donnent un miel blanc et estimé. L'ours est devenu rare dans les montagnes, mais il n'en est pas de même du loup, et surtout du chamois; ce dernier se tient dans les lieux déserts et escarpés; il est, ainsi que la marmotte, chassé de préférence par' les montagnards. Les lièvres, les perdrix, les coqs de bruyère sont très multipliés, ainsi que les oiseaux de proie; les plus communs sont le milan, le faucon et le duc; l'aigle occupe les hauteurs neigeuses. Les lacs et les rivières fournissent de très bons poissons ; les truites du Verdon, de la Lance, de l'Issole, du lac d'.-Ulos et les carpes du Lauzet jouissent particulièrement d'une réputation méritée.
Sutlusti-ic agricole, ittaiiiiracturiùrc et eoniMiercîale. — Le département des Basses-Alpes est surtout un département agricole; il produit des céréales cl des \ius en quantité suf-
RASSE?-. ALPES
fisante pour la consommation de ses habitants; l'agriculture y est cepondant encore loin d'être en grands progrès, malgré les bons exemples donnes dans la ferme-école de Paillerols ; la récolte des olives et la culture des abeilles y sont au nombre
'*■ des occupations importantes des cultivateurs ; l'éducation des vers à soie commence à y prendre un développement notable. Un nombre considérable de troupeaux des départements circonvoisins, connus sous le nom de iransAiiviants , viennent chaque année paître les riches prairies naturelles des belles montagnes du département.
r « Les montagnes pastorales, dit un auteur qui
écrivait il y a cinquante ans, nourrissent annuellement 400,000 moutons transhumants, qui, pendant l'été, abandonnent les immenses plaines de la Crau et de la Camargue. Ces moutons, divisés par troupeaux d'environ 2,000 tètes, ne font que 1 2 à 16 kilomètres par jour; encore leur marche se trouve-t-elle partagée par une station. Leur marche, toujours uniforme , s'annonce par le bruit d'énormes sonnettes suspendues au cou des boucs qui précèdent et conduisent les troupeaux; ces animaux portent la tète haute, étalent des cornes contournées et dans les plus grandes proportions, font parade d'une barbe qui leur descend jusiju'aux genoux et semblent fiers des fonctions qui leur sont déléguées. Arrivent-ils devant un torrent, sont-ils barrés par un obstacle quelconque, on les voit s'arrêter et ne reprendre leur marche que lorsque l'ordre d'un berger ou les cris des chiens les ont rassurés sur le danger ou leur ont démontré la nécessité de le braver; alors ils s'élancent avec courage et ébranlent toute la masse, qui suit scrupuleusement tous leurs pas.
» Les bergers, vêtus d'une longue casaque, couverts d'un chapeau rabattu et armés dun long bâton ferré, stimulent les traînards. A leurs côtés sont leurs lils, qui font la route à pied dès qu'ils ont atteint l'âge de cinq ou six ans. Sur leurs flancs sont de très gros chiens, qui courent sans cesse de la queue à la tête et font rentrer dans la ligne les moutons qui s'en écartent. La marche se termine par les mères, les jeunes filles et les enfants en bas âge; ces femmes conduisent un troupeau d'ânes, qui portent les enfants trop petits pour marcher, les agneaux qui naissent dans la marche, les bagages, les vases pour traire le lait, et enfin tous les ustensiles nécessaires pour la fabrication du fromage et du beurre. Arrivés sur les montagnes, les bergers et leurs troupeaux se distribuent par quartiers les
pâturages immenses qui existent sur les sommets ; ils suivent les troupeaux nuit et jour et veillent sans cesse avec leurs chiens pour les garantir des loups, très communs dans ces contrées. Le bayle, ou chef du troupeau, habile une cabane centrale, d'où il peut tout diriger. Les femmes, les enfants, les vieillards ont pour demeure une espèce de chaumière renfermant les bagages et les ustensiles de ménage, les provisions et la paille, lit commun de toute la famille. » Aujourd'hui la famille ne suit plus le berger. Parmi les plus considérables des montagnes pastorales, on dislingue celle duLans, près d'AIlos; celle de Monnier, à Colmars, et les montagnes de l'Arche et du Lausanicr, près de Barcelonnette.
On évalue le sol productif à 641,157 hectares, dont : en céréales, 77,224 hectares; farineux, 13,127; cuUures potagères et maraîchères, 1,850; cultures industrielles, 3,185; prairies artificielles, 10,466; fourrages annuels, 1,725; autres cultures et jachères, 44,800; vignes, 16,200; bois et forêts, 111,500; prairies naturelles et vergers, 15,247; pâturages et pacages, 54,124; terres incultes, 291,709 hectares. Les superficies bâties et les voies de communication occupent 54,261 hectares.
L'industrie du département ne s'étend guère au delà des bassins locaux, et le commerce n'offre pas de vastes développements. Les productions du sol donnent lieu à plusieurs exportations, telles qu'amandes fines, olives, raisins, figues, noix, prunes de Brignoles et pistoles, truffes, fromages de lait de chèvre et de brebis, laines de mérinos et communes, soie en petite quantité, miels blancs paillés estimés et cire jaune des .Mées ; graines de trèfle, de luzerne, de sainfoin. L'industrie manufacturière a pris un certain développement, et l'on compte plusieurs manufactures de draps à Digne, à Saint-Andrc-de- .Méouilles, à iMoriez, à Beauvezer, Villars-Colmars, Colmars. Ou fabrique aussi des cadis, des cuirs tannés, des peaux de chevreau préparées, de la coutellerie commune, des bonnets, des toiles. La préparation des fruits confits et la distillation des eaux-de-vie et des eaux essentiellement aromatiques sont fort importantes; le plomb et l'alun sont les principaux minéraux exploités. Depuis quelques années, l'industrie séricicole a fait de grands progrès, et il s'est établi dans le département plusieurs filatures et des métiers à tisser la soie. On y trouve encore, ainsi que dans tous les autres départements de la France, des fa'ienceries, des papeteries, des corderies, des chapelleries, des brique-
teries, des huileries, des dislilleries de miel, d'eau-de-vie et de plantes aromatiques pour les parfumeurs, etc., etc., etc.
• Le nombre des foires du département est de 1S4; elles se tiennent dans 48 communes et ne durent pour la plupart qu'un seul jour. Les principaux articles de commerce sont les bestiaux, les grains, les truffes, le^ amandes et les fruits; des cuirs, des toiles et des draps communs, de la faïence, du chanvre, etc., etc., etc.
Les habitants du déparlement des Dasses-Alpes émigrent annuellement pour aller exercer au dehors, surtout à Marseille, d'humbles industries, dont les profits, lentement amassés, leur permettent de revenir au pays acheter quelque petit coin de terre, qui devient le patrimoine d'une nombreuse famille. Le nombre de ces émigrations est moins grand que dans les Mautes-Alpes ; cependant on l'évalue encore à plus de 30,UUU individus.
Division politiciue et atlniinistratl vc.
— La superficie du département des Basses-Alpes est, avons-nous dit, de 695,419 hectares; sa population, d'après le dernier recensement, est de 136,166 habitants, savoir : 70,731 hommes et 63,435 femmes. Cette population est en décroissance d'environ 16,000 habitants depuis 1832. Il fait partie de la région agricole du sud-est. Le chef-lieu de préfecture est à Digne; il est divisé en 5 arrondissements communaux, 30 cantons, 231 communes; le tableau statistique que nous donnons plus loin les fera connaître.
Le département forme le diocèse d'un cvèché, dont le siège est à Digne, et qui est suiïragant de l'archevêché d'Aix; il compte une cure de première classe, 34 de seconde, 314 succursales et 41 vicariats. Digne possède un grand et un petit séminaire.
Les cinq tribunaux de première instance des chefs-lieux d'arrondissement sont du ressort de la cour d'appel d'Aix ; il y a un tribunal de commerce à Manosque.
Il y a des collèges communaux à Digne, Barcelonnette, Sisteron et Manosque, 3 écoles secondaires libres à : Annot, Forcalquier, Castellane, une école normale primaire d'instituteurs à Barcelonnette et une autre d'institutrices, à Digne ; 528 écoles primaires dans le département. Les frères et les sœurs dirigent également des pensions et des écoles. Tous ces établissements d'instruction ressortissent à l'académie d'Aix.
Le déparlement des Basses -Alpes appartient à la 15° région de l'armée territoriale ; il est compris dans le 13° corps d'armée, dont le quartier général est à Marseille; il renferme cinq places de guerre : Tournovo, près de Barcelonnetle; Sisteron, Saint-Vincent, Colmars et Entrevaux. La compagnie de gendarmerie départementale fait partie de la 13° légion (bis), dont le chef-lieu est à Nice.
Les Basses-Alpes sont comprises dans l'arrondissement minéralogique de Marseille qui dépend de la division du sud -est, de la 26° conservation forestière et de la 6° inspection divisionnaire des ponts et chaussées, dont le chef-lieu est cà Marseille.
Barcelonnette possède une inspection et un bureau des douanes ; enfin Digne possède tous les chefs de service de l'adminislration financière départementale. Il y a dans les Basses-Alpes 32 perceptions; les contributions et revenus publics sont évalués à six millions de francs.
HISTOIRE DU DÉPARTEMENT
Parmi les treize peuplades qui habitaient jadis le territoire des Basses-Alpes, on cite celle des ^IW^'c^i ou Albici, du nom à'Alièce, leur cité, aujourd'hui Albiosc, petit village près de liiez. Alliés des Celto- Ligures, ils formaient, avec les .Se/iJ (Riez), les^odiotitici on Brodiontii (Digne), les Esubiani (vallée derUbaye),les<S'«/«iiCT5e5 (Castellane) et quelques autres peuples, une confédération ayant ses chefs, son sénat et ses magistrats. Ainsi que dans tout le reste de la Gaule, on y pratiquait la religion druidique; les prêtres tenaient le premier rang dans l'État, puis venaient les nobles; le reste était esclave. Peuples remuants et belliqueux, ils étaient souvent en guerre avec leurs voisins. Vers l'an de Piome 568, les Ésubiens, joints aux Ligures, s'opposèrent au passage du préteur LœliusBabius conduisant ses légions en Espagne. Percé de flèches, Lœlius tomba, et sa mort, dit Tite-Live, devint le signal d'un épouvantable massacre. Les vainqueurs ne firent aucun quartier. Pas un soldat romain n'échappa au carnage. Plus tard, Mariusles surprit dans leurs montagnes et vengea la mort de Babius et de ses légions.
Déjà les Phocéens avaient fondéil/flm^ifl. D'abord ennemis de la colonie, les Albiccei s'en rapprochèrent dans la suite et recherchèrent son alliance. Dès lors tout changea : lois, mœurs, religion, usages. Peu à peu, les sciences, les lettres et les
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arts civilisèrent ces peuples à demi sauvages; les champs mieux cultivés se couvrirent de moissons. Avec l'agriculture naquit le goût du commerce et de l'industrie, et l'art de la guerre fut perfectionné. Aussi, quand, jaloux do sa puissance, les Romains attaquèrentMassilia, vit-on les Alùicœila défendre, en reconnaissance des bienfaits qu'ils en avaient reçus. César vante leur bravoure et ne craint pas de les comparer aux Romains; il les appelle des hommes forts, endurcis au travail, exercés dans les armes, infatigables à la guerre et ne reculant jamais à l'aspect du danger.
C'était peu de les avoir vaincus, Rome voulut les soumettre ; elle n'y parvint qu'en établissant chez eux des colonies, et comme si elle ne voulait rien laisser à regretter de la civilisation grecque qu'ils perdaient, elle accorda aLn\Albicai\e droit italique et couvrit la Provincia, dont ils faisaient partie, de temples, de palais, d'aqueducs, de cirques et de voies romaines, qui étonnent encore par l'aspect imposant de leurs vestiges.
Cependant le christianisme avait pénétré dans ces
Fr.^nxe illustrée. 02.
montagnes : Digne, Riez, Sisteron, Senez et Glandôves avaient leurs églises. Ce pays prospérait, quand la grande tempête du nord se leva et l'enveloppa dans la ruine commune. Bourguignons, Wisigoths,Ostrogoths, Francs, Lombards et Saxons vinrent tour à tour s'y combattre, et les Basses- Alpes, après avoir fait partie du royaume des Wisigoths, furent conquises par les Francs en 507 et comprises dans la province d'Arles. Au milieu des ravages de la guerre, l'esprit chrétien étendait ses conquêtes pacifiques, fondant des églises, prêchant la paix et la fraternité. Bientôt paraissent les Sarrasins. Sortis par milliers des flots de la Méditerranée, ils se répandent dans la Provence, le fer et la flamme à la main. Riez et l'anticiue cité des Saliniens tombent en leur pouvoir et sont réduites en cendres; Digne, Sisteron, Manosque sont pillées et saccagées ; les abbayes de Val-Benoit et de Lure détruites. Dans les champs comme dans les villes régnent la solitude et la mort. Chassés par Charles- Martel, ils reparaissent et ne se retirent que pour revenir une troisième fois vers 973 ; mais la main