MOUSTIERS
L'église de Moustiers n'a de remarquable que son clocher roman, haute tour carrée, en pierre de tuf, et construite avec tanld'artifice qu'ellese mouvait, dit-on, au branle des cloches. Moustiers possède une papeterie et une fabrique de faïence dont les anciens produits sont très recherchés des amaleurs.
Moustiers a vu naître Hugues-Raymond, évoque de Riez et légat du pape; le célèbre mathématicien Jean de Penna ; le chef d'escadre Bertet de La Clue.
Riez. — Riez [Reia, Reia, Apollinaris, à cause du culte solennel qu'on y rendait à Apollon, Augusta Reiorum, civitas Reienslum), chef-lieu de canton, à 41 kilomètres au sud de Digne, dépendait autrefois du parlement et de l'intendance d'Aix, avait
BASSES-ALPES
Forcalquiep.
cvèché, vigucrie, brigade de maréchaussée, cliapitre, séminaire; collège, etc. Elle est aujourd'hui peuplée de 2,557 habitants. On y trouve des tanneries. Son territoire produit du vin, des fruits et des légumes. Le commerce, favorisé par plusieurs foires, notamment celles du 2 janvier, du lundi après la Quasimodo, du 14 septembre, du 19 octobre, etc., a pour objet principal des vins estimés, une huile excellente, le vermicelle et la corderie.
C'est, de toutes les villes des Basses-Alpes, la plus remarquable par les souvenirs qu'elle réveille et par les ruines qu'elle renferme. Albèce, la capitale des Alhicœi, n'est plus qu'un pauvre village, tandis que la vieille cité des Reii ou Réieus a survécu, malgré les ravages du temps et de la guerre.
Avant la fondation de Marseille, Riez était, à ce qu'on croit, la résidence de Senanus, roi des Sego- Reii. On lit, dans un fragment de Trogue-Pompée, rapporté par Justin, que les Phocéens, s'étant avancés jusqu'à l'embouchure du Rhône, furent
FfiANCE ILLUSTRÉE. G3.
épris de la beauté du lieu et résolurent de s'y fixer. Rs députèrent donc, ajoute Pompée, Peranus et Furius, leurs chefs, auprès de Senanus, roi des Sef/o-Iieii, à qui appartenait le lieu qu'ils avaient choisi, pour taire alliance avec lui et solliciter la permission de s'établir dans ses Étals. Senanus y consent et donne même sa fille Gyplis en mariage à Peranus. A Senanus, roi des Sego-Reil, succède Comnune, son fils. Celui-ci, jaloux de la prospérité de la ville naissante et craignant pour ses propres États, cherche à se défaire de ses habitants par une insigne trahison. La guerre s'engage; Comnune est défait; son royaume lui est enlevé et devient la propriété des Phocéens. Plus tard, les Romains, ayant conquis la Provence, établirent une colonie sur le territoire des Réiens. Ainsi agi'andie et fortifiée, dotée de grands privilèges par Auguste, Riez devint la capitale du pays. Sous le règne d'Honorius, c'était, après la métropole, la ville la plus importante de la seconde Narbonnaise. R y avait à Riez un sénat, 16« — Basses-Alpes, S^'Liv.
chargé du gouvernement de la ville, un collège de prêtres, un temple, uti cirque, un amphilhéàlre et un panthéon dont il ne reste plus que des ruines.
Au temps des invasions. Riez eut sa large part de calamités. A peine saccagée par les Saxons et les Lombards, elle tomba au pouvoir des Sarrasins, qui la brûlèrent après l'avoir pillée. Alors les Réiens, las de voir leurs habitations la proie de la guerre, commencèrent à bâtir sur la hauteur; les évoques eux-mêmes y fixèrent leur résidence. De là division de la ville en ville haute et en ville basse. On désignait la première sous le nom de Casirum, à cause du château fort qui la dominait. C'est devant ce château, palais des évêques, qu'échouèrent, en 1361, les efforts des Espagnols, venus en Provence à la suite des guerres civiles; mais cette résistance causa la ruine de presque toute la ville haute et d'une partie de la ville basse. Au xvi'= siècle, les protestants s'emparèrent de Riez, dont le château leur servit de place forte. Cependant, repris par les catholiques, il fut plus tard rasé par Richelieu. Depuis ce temps. Riez n'a plus joué de rôle dans l'histoire. Drapée dans ses ruines comme dans les magnifiques restes d'un manteau mural, elle se contente de les faire admirer aux voyageurs, aux savants et aux artistes qui viennent la visiter. Ces ruines consistent principalement en quatre colonnes corinthiennes de granit gris, très bien conservées et classées parmi les monuments historiques, et en une salle dite Rotonde ou Panthéon, carrée à l'extérieur, octogonale à l'intérieur, avec colonnes et chapiteaux, coupole, taurobole, etc., et classée également parmi les monuments historiques.
Non loin de la ville, sur un coteau planté de vignes et d'oliviers, s'élève l'antique chapelle de Saint- Maxime, célèbre par les miracles qui s'y sont opérés. On veut qu'elle ait été bâtie, en 433, des débris d'un temple païen. Saint Maxime, alors évèque de Riez, ayant ordonné qu'on transportât ces matériaux sur la colline, un chariot, dit la légende, est préparé et des bœufs attelés en sa présence. Déjà ils traînent ce lourd fardeau; mais à peine l'évèque est-il absent, ils s'arrêtent immobiles et comme frappés de stupeur. Vainement on les aiguillonne; ils n'avancent pas. Alors les conducteurs en instruisent le saint. Il se rend sur les lieux, se met en prière, fait un signe de croix, et au même instant les bœufs se remettent en marche et traînent, sans s'arrêter, le chariot jusqu'au sommet de la colline. C'était, ajoute la légende, c'était le diable qui, pour contrarier le
projet de saint Maxime, épouvantait les bœufs et mettait des bâtons invisibles dans les roues du chariot.
Aujourd'hui, un frère ermite est préposé à la garde de la chapelle. C'est là qu'on vient célébrer tous les ans, dans l'octave de la Pentecôte, cette fête patronale connue sous le nom de fête de saint Maxime.
Riez est la patrie de l'abbé Abeille, ce poète si comiquement tragique. A la première représentation de son Coriolan, une actrice ayant pompeusement déclamé ce vers :
Vous souvient-il/ma sœur, du feu roi notre pJ-re ?
un plaisant du parterre répondit sur-le-champ
Ma foi, s'il m'en souvient, il ne m'en souvient guère.
Ce fut tout le succès de la pièce.
Les armes de Riez sont : d'argent, à un povimier de sinople à pommes de gtieules placé au côté gauche de Vécu et embrassé par un ours de sable, debout sur une terrasse de sinople.
Les MiîES. — Les Mées doivent leur nom [Metce] à une suite de rochers coniques et aigus, qui ressemblent de loin aux metœ des cirques romains
Cette petite ville, qui compte 2,214 habitants, est un chef-lieu de canton, situé à 25 kilomètres au sud-ouest de Digne, à peu de dislance et sur la rive gauche de la Durance.
Elle était autrefois bâtie en amphithéâtre, sur le penchant et au midi de l'immense rocher qui la domine aujourd'hui; vers la fin du xv^ siècle ou au commencement du xvi° siècle, les habitants la reconstruisirent au pied du rocher et dans le voisinage de la Durance. Ses rues, ses maisons sont mal alignées, mal bâties; elle fait un grand commerce des vins que l'on récolte sur son territoire et qui sont classés parmi les bons vins ordinaires.
Dans les environs est la ferme-école de Paillerois, fondée en 1849 sur l'emplacement d'un antique monastère qui dépendait de l'abbaye bénédictine de Boscodon, située auprès d'Embrun; on y reçoit une trentaine déjeunes gens, que l'on initie aux meilleures pratiques agricoles.
On visite dans les environs le lit du torrent de la Combe, qui a été percé de main d'homme à travers une masse rocheuse.
Valensole. — Valensole ( Valens Solarium), chef-
BASSES-ALTES
to
lieu de canton, situé sur un affluent du Verdon, à 47 kilomètres au sud-ouest de Digne, avec une population de 3,065 habitants, occupe remplacement d'une ancienne station romaine, et l'on trouve journellement dans ses environs des médailles et des antiquités. Comme toutes les villes de la basse Provence, elle a eu à souffrir des invasions étrangères et des guerres de religion ; elle fut prise d'assaut .en 1588 par le duc do La Valette. Aujourd'hui, elle fait un certain commerce et principalement des amandes et des fruits que l'on récolte sur son territoire. C'est la patrie du bibliographe Chaudon et de l'amiral Villeneuve.
Les armes de Valensole sont : d'azur, à la lellre capitale V d'argent, à un soleil d'or en chef.
Gréoulx. — Gréoulx ou Gréoux {Griselum, Grisolimn, Gresola), canton de Valensole, à 59 kilomètres au sud-ouest de Digne, est une commune de 1 ,260 habitants, qui doit une certaine importance à ses eaux thermales. Ce village est situé sur la rive droite du Verdon, que l'on y franchit sur un pont suspendu ; il est dominé par un ancien château de templiers, vaste construction carrée flanquée de tours et qui est aujourd'hui rangée parmi nos monuments historiques.
Les eaux de Gréoulx étaient connues des Romains, ainsi que le prouvent des vases, des médailles et d'autres débris que l'on rencontre sur divers points de la vallée, et principalement une inscription révélant l'existence et la position d'un lieu nommé Griselum, situé dans cet endroit même, sur le territoire des Reii. Le chilTre XI, qu'on lit dans cette inscription, exprime la distance exacte en milles romains entre Reii, Puez, et Gi'iselum, Gréoulx. On a aussi trouvé une pierre votive, dédiée par iClia Faustina aux njuiplies de Gréoulx celte pierre, parfaitement conservée, est aujourd'hui déposée dans le parc de l'établissement balnéaire.
L'invasion des barbares du Nord et celle des Sarrasins avaient lait oublier Ja vertu des eaux de Gréoulx, lorsqu'au xi« et au xu° siècle elles reçurent une vogue nouvelle de la fréquentation des templiers, qui vinrent s'y établir et y ouvrirent plusieurs bains qui furent encore détruits pendant les guerres civiles et féodales. La source principale fut comblée, t\ ce ne fut qu'au commencement du xvn^ siècle qu'elles rentrèrent en faveur.
La princesse Pauline Borghèse, sœurde Napoléon, fit en 1803 un séjour aux eaux de Gréoulx ; elle
habitait le petit château de Laval. L'établissement thermal se trouve à environ 300 pas à l'est du village et à 100 pas de la rivière du Verdon; le bâtiment est vaste, commode, bien distribué; les baignoires sont on marbre. La source est volumineuse et remplit un puits de G mètres de profondeur, d'où les eaux sont conduites aux bains. Ces eaux, d'une température d'environ 36 degrés, sont chlorurées, sodiques, sulfurées-sodiques et iodo-bromurées; elles offrent beaucoup d'analogie avec celles de Barèges, mais sont moins excitantes. Elles se prennent en bains et en boisson et conviennent dans les cas de phtisie catarrhale, de maladies cufanées chroniques, d'hypocondrie, de paralysie ou de tumeurs articulaires.
L'établissement, situé au milieu d'une belle campagne est entouré de promenades bien ombragées et de jardins plantés d'arbustes odoriférants.
De l'autre côté du Verdon, sur la rive gauche, on visite la petite chapelle de Notre-Dame-des-Œufs, la fontaine des .\moureux, la grotte du Chevalier et le vallon sauvage de Bramo-Vacquc.
Barcelonnette (lat. 44'' 23' 15"; long. E. 4'"19'1"). — Barcelonnette [Barcilona) est une jolie petite ville, au centre de la vallée de son nom, sur la rive droite de l'Ubaye, à 84 kilomètres de Digne ; elle compte une population de 2,082 habitants. Jadis diocèse d'Embrun, parlement et intendance d'Aix, justice royale, gouvernement particulier, bureau des cinq grosses fermes, collège, etc., elle est aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement et de canton et possède un tribunal civil, une société d'agriculture, un collège communal, etc.
Barcelonnette est située dans l'antique pays des Ésubiens ; mais rien ne prouve, comme quelquesuns le croient, qu'elle doive son origine à ce peuple pasteur et guerrier. Probablement détruite par Marins quand il porta la guerre dans cette contrée, ou par les barbares, la cité des Ésubiens n'existait plus et la vallée elle-même était inhabitée, lorsque des colons, originaires d'Italie, vinrent s'y établir au commencement du xu« siècle. Vers 1190, ces colons y avaient jeté les fondements d'une ville; mais, ravagée dans les temps de troubles, elle végétait, chélive. Ce n'est qu'en 1230 que, déjà très renommée par le nombre de ses habitants et par l'importance de ses marchés, elle députa près de Raymond Bérenger IV, comte de Provence, qui résidait alors à Aix, trois de ses
habitants, avec mission d'obtenir pour la ville l'autorisation de s'ériger en commune. Il y avait parmi les députés un riche marchand, appelé Guillaume Eyssautier. Alors, il n'était pas facile à un vilain d'avoir accès à la cour, et le bon Guillaume en eût été pour ses frais de voyage, s'il n'avait eu soin, en homme prévoyant et habile, d'emmener avec lui son fils, Pons, beau jeune homme à la blonde chevelure, aux yeux bleus et troubadour. C'en était assez pour plaire à la cour galante et chevaleresque de Raymond Bérenger, dont la femme, Béalrix, aimait la gaie science et faisait des vers. Béatrix vit Pons, et... les députés reçurent de Raymond Bérenger le plus favorable accueil. Pons chanta dans ses vers la beauté, l'esprit et les grâces de Béatrix, mais il n'osa point lui parler de son amour. Plus heureux, dit-on, mais non moins timide que l'amant de Laure, Pons, du moins, eut le doux plaisir de s'entendre reprocher sa timidité, Béatrix le croyant amoureux de bonne foi. Quoi qu'il en soit, les députés s'en retournèrent satisfaits. Raymond leur permit d'élire leurs consuls ; il voulut, de plus, que leur ville portât' le nom de Barcilona, en souvenir de la Barcelone espagnole, d'où ses ancêtres étaient originaires. Dans la suite, Barcilona changea son nom en celui de Barcelonnette et devint le chef-lieu de laviguerie des montagnes en Terres-Neuves de Provence.
Placée près de la frontière, entre deux États souvent en guerre, cette ville ne pouvait qu'en souffrir. Vingt fois prise et reprise, pillée, ravagée, toujours convoitée et disputée, elle passa tour à tour des comtes de Provence aux ducs de Savoie et aux Français, qui en sont restés possesseurs. Au xvi° siècle, les protestants, déjà maîtres de la viguerie de Seyne, essayèrent en vain d'établir la religion réformée dans Barcelonnette. Ayant surpris la ville, ils en tuèrent les prêtres ; mais les catholiques ne tardèrent pas à prendre leur revanche : ils chassèrent les huguenots, non seulement de Barcelonnette, mais de la vallée et en tuèrent un grand nombre.
Eàtie avec une sorte de régularité, et même avec un soin inconnu aux petites villes de Provence, Barcelonnette, suivant un auteur, est peut-être la plus jolie ville des Alpes françaises. Au centre d'une magnifique vallée, au milieu de prairies, de vergers et de jardins, au pied de montagnes couvertes de forêts de mélèzes, et dont les décou-
pures fantastiques encadrent son joli bassin, elle s'élève, propre, coquette, élégante, sur les rives de l'Ubaye, où elle semble se baigner et se mirer. Ses rues sont larges, aérées, ses maisons assez bien construites. Sur la place, ombragée d'arbres, se dresse une fontaine carrée. Au-dessus repose une urne funéraire ; c'est le monument de Manuel. Sur l'une des faces de la fontaine, on voit le buste du célèbre tribun, né dans le voisinage de Barcelonnette, au hameau de La Conchette. Au-dessous, on lit cette inscription, empruntée à Béranger :
Bras, tôle et cœur, tout était peuple en lui.
Barcelonnette possède des restes d'anciennes fortifications et quelques édifices remarquables, entre autres le palais du Tribunal et la tour de l'Horloge, que surmonte une haute et élégante flèche, classée parmi les monuments historiques.
Barcelonnette a vu naître le conventionnel d'Herbez-Latour et le maréchal de camp J.-B. Pascalis.
Barcelonnette est une ville plus agricole que commerçante. Cependant l'industrie commence à y prendre de l'extension, et nul doute qu'elle ne s'y développât davantage si les communications entre la vallée et le midi de la Provence pouvaient devenir plus faciles.
C'est dans la vallée de Barcelonnette que se trouvent ces belles montagnes pastorales sur lesquelles viennent séjourner, pendant tout l'été, les troupeaux d'Arles et de la Provence.
Rien de frais et de charmant, pendant la belle saison, comme cette vallée, qui rappelle la Suisse; mais, hélas 1 dès que l'hiver arrive et que la neige recouvre les montagnes, ce paysage si riant se tranforme en désert silencieux, et la population de cette contrée, pauvre et malheureuse, est obligée de s'expatrier en partie pour aller chercher du pain dans le reste de la France.
Jausiers. — Jausiers, canton et à 8 kilomètres au nord-est de Barcelonnette, est une commune de 1,520 habitants, située au confluent de l'Ubaye et du Verdon, dans une partie de la vallée de Barcelonnette qui ollYe une plaine riante, couverte de jardins, de vergers et de prairies. Ses maisons, bien bâties, couvertes pour la plupart en ardoise, communiquent entre elles par des arcades qui bordent les rues ; son église date du xiv» siècle ; elle est assez remarquable; on y voit des statues et quelques tableaux.
BASSES-ALPES
« Au XIV" siècle, dit Ad. Joanne, les Vaudois du Piémont cherchèrent un asile à Jausiers, ainsi qu'à Meyronne, Larche et Maison-Meane; mais, en 13GG, le comte de Savoie, auquel appartenait alors la vallée de Barcelonnette ou des Terres-Neuves, rendit un édit par lequel tous les hérétiques devaient, dans l'espace d'un mois, rentrer dans le giron de l'Église catholique ou sortir du pays, sous peine de mort et de la confiscation de leurs biens. Les Vaudois, traversant le col de Vars, se réfugièrent sur les terres de France, dans la vallée de Freyssinières. Le gouverneur de Barcelonnette voulut alors distribuer aux catholiques les biens abandonnés par les malheureux fugitifs; mais personne ne consentit à les accepter, et lorsque, peu d'années après leur exil, les Vaudois purent rentrer dans leurs demeures, ils trouvèrent leurs propriétés intactes. En 1319, Farelvintprècheraux Jausiers, dans le temple même de ces Vaudois qui s'étaient rattachés au protestantisme. En 1628, leur culte fut interdit, et la révocation de redit de Nantes acheva d'en effacer les souvenirs. »
Les habitants de cette commune s'occupent du moulinage et du dévidage de la soie ; ils fabriquent des étoffes et des draps. Dans le voisinage, on exploite des ardoisières, des tourbières et des gisements de gypse.
Fours. — Fours, sur la rive droite du Bachelard, affluent del'Ubaye, est une commune du canton et de l'arrondissement de Barcelonnette; située à 14 kilomètres au sud-est de cette dernière ville, elle comptait au dernier recensement 391 habitants.
Cette commune se compose de plus de trente hameaux, répandus dans la vallée dont les habitants émigrenl à l'approche de l'hiver, ne laissant au foyer domestique que les vieillards, les femmes et les enfants. Au retour de la belle saison, ils rapportent dans leur famille le gain qu'ils ont fait dans leur campagne d'hiver. Les femmes y sont chargées des travaux agricoles; elles y acquièrent une force et une habileté qui les font remarquer des étrangers qui s'attardent dans leurs montagnes.
Allos. — AUos {Allostrum), chef-lieu d'un canton qui ne comprend que cette seule commune d'Allos, est située à 28 kilomètres de Barcelonnette, à 1,473 mètres au-dessus du niveau de la mer, au confluent de deux torrents, dans une situation des plus agréables.
Elle était autrefois plus importante; on a cru y reconnaître l'ancienne capitale des G^aZ/iV^*, peuple celto-lygien, dont il est question dans les trophées d'Auguste; on croit que son église a été bâtie par ordre de Charlemagne; une autre tradition l'attribue au vœu qu'avait fait la reine Jeanne de Naples d'élever plusieurs églises à la Vierge Marie, en mtV moire de la sentence du pape qui l'avait proclamée innocente du meurtre de son mari, André de Hongrie.
Allos a une population de 1,121 habitants, disséminée sur son territoire en nombreux écarts ou hameaux.
Au sommet de la haute montagne du Luns, on trouve une dépression que les eaux ont remplie ; c'est le lac d'Allos. Ce lac, entouré de rochers, est situé à 2,239 mètres au-dessus du niveau de la mer ; c'est un des plus étendus des Alpes françaises; il a b à 6 kilomètres de circonférence et une profondeur de 42 mètres ; il faut une heure et demie pour en faire le tour et il abonde en excellentes truites.
CASTELLAKE(lat. 43° 50' 48"; long. E. 4°, 10' 30"). Castellane {Casielîum Saliniensium) est une ancienne ville, à 56 kilomètres sud-est de Digne ; sa population est de 1,904 habitants.
Deux siècles avant notre ère, des colons, chassés de leur territoire par les Phocéens, se réfugièrent dans la plaine et y bâtirent une ville qu'ils appelèrent civUas Saliniensium, cité des Saliniens, du nom d'une grande source d'eau salée dans le voisinage. Ainsi qu'à Massilia, de qui les Saliniens avaient reçu la civilisation, les arts y élnient cultivés, et avec eux l'éloquence et la puésie. Conquise par les Romains, la ville celtique devint une colonie florissante ; elle jouissait du droit de cité. Des Pxomains elle passa successivement aux Francs et aux Wisigoths. Puis vinrent les Sarrasins, qui la pillèrent et la livrèrent aux flammes. Un débordement du Verdon acheva l'œuvre des barbares. Ainsi finit l'ancienne ville des Saliniens.
Cependant Valentinus, ayant rallié les habitants, chassa les Sarrasins; mais les vainqueurs n'avaient plus de patrie ! Nouveau Moïse, Valentinus conduit les Saliniens à la recherche d'une terre nouvelle. Arrivé sur la hauteur, il s'arrête comme frappé de la situation favorable du lieu. A sa voix, hommes, femmes, vieillards, enfants se mettent à l'œuvre ,
mais l'eau manque; on creuse dans le roc une profonde citerne. « Bientôt des retranchements, des murailles, une citadelle, une maison, une rue, une ville, une patrie s'élèvent ; ils la nomment Castellana, du mot latin castcUum, dont le roc avait la forme. » {Annales des Basses- Alpes.) Castellane ouvrit ses portes à une foule d'autres montagnards échappes à la fureur des barbares. Sa prospérité s'accrut, son enceinte s'agrandit. Cinquante ans après, celte ville, avec sa forte citadelle, ses remparts flanqués de tours et sa population active et intelligente, était l'une des plus importantes de la contrée; elle avait un cirque, un évoque et commandait à quarante villes, bourgs ou villages.
Valentinus fut le premier seigneur de Castellane. Qui mieux que lui avait mérité cet honneur? Mais si le libérateur du pays laissa une mémoire chère aux Castellanais, il n'en fut pas de même de son (ils. Celui-ci, prétendant que la terre de Castellane était la conquête de son père sur les Sarrasins, la traita comme son patrimoine, prit le titre de baron, battit monnaie et régna sous le nom de Boniface I". Telle est l'origine d'une foule de principautés au moyen âge. Dès lors, les Castellanais connurent les servitudes féodales, la taille, la corvée, etc. Cependant Doniface IV dota ses vassaux d'une charte d'affranchissement. C'était, dit l'histoire, un vaillant et gentil troubadour. Il aimait la belle Josserande, fille du seigneur d'Ilyères de Pierrefonds. 11 joignait à la physionomie la plus heureuse une taille élégante, que faisaient encore valoir son regard doux et fier et son adresse à tous les exercices du corps ; quoique familiarisé dès sa plus tendre enfance avec le métier des armes, il n'avait pas négligé l'étude des lettres, et, non moins distingué par son esprit que par son courage, il se faisait encore remarquer par une aimable franchise, peut-être poussée à l'excès, puisqu'elle lui faisait souvent répéter : « Ma bouche, qu'as-lu dit"? {Boucha, qu'as dich?) » Charles d'Anjou, comte de Provence, étant parti pour la croisade, Arles, Avignon et plusieurs autres communes se révoltèrent. Boniface, prince libéral autant que brave, prit parti pour elles ; mais, trahi par les autres barons provençaux, il se trouva seul en face de Charles, qui vint assiéger le baron dans sa ville. Boniface monta sur les remparts et y appela en vain ses vassaux. Ceux-ci, ne voyant entre leur seigneur et Charles qu'une querelle particulière, gardèrent la neutralité. On dit que.
la ville prise et son dernier baron vaincu, Charles se vengea de leur révolte par le sac de Castellane et par la mort de Boniface. D'autres, au contraire, affirment qu'il agit en vainqueur généreux. Ce prince, disent-ils, aimait la gaie science ; il pardonna à Boniface et l'attira à sa cour. Ainsi la poésie réconcilia ceux que l'ambition avait divisés.
Sous les comtes de Provence, Castellane ne déchut point. C'était une de leurs bonnes villes. Aux franchises que Boniface IV lui avait octroyées, Charles en ajouta d'autres. Onze magistrats y rendaient la justice; des syndics veillaient à la sûreté de la ville ; son baiUiage était plus étendu que son arrondissement actuel; il avait un chef qui représentait les comtes.
Dans la suite, dépeuplée par la peste, ravagée par le Verdon, cette malheureuse ville se soutenait à peine, quand le roi Picné en fit présent à un seigneur napolitain, qui envoya un de ses officiers pour la gouverner. Politesse de gentilhomme, et dont les habitants se plaignirent au roi. Renés'efforça de réparer la faute qu'il avait commise et rendit aux Castellanais leur ville et leurs privilèges.
A peine échappée aux guerres féodales, Castellane eut à souffrir des guerres religieuses. Assiégée par Lesdiguières, affaibhe par la. famine, elle était sur le point de se rendre, quand une pauvre vieille femme se dévoua pour la sauver. Sous le prétexte d'aller voir un de ses neveux qui servait sous Lesdiguières, Judith Andrau (c'est le nom de l'héroïne) parvint à pénétrer dans les rangs de l'armée protestante; là, se mêlant aux 'soldats, elle apprend que les principaux elTorts des assiégeants doivent se diriger contre la porte de l'Annonciade, qu'ils croient la plus faible. Soudain, malgré son âge, Judith s'empresse de venir, pendant la nuit, avertir ses concitoyens du danger qui les menace. On court aux armes; la porte est murée; une tour crénelée la protège ; Judith demande et - obtient d'y être placée, voulant, disait-elle, offrir la bienvenue à l'ennemi. Bientôt celui-ci se présente ; il essaye de faire jouer les pétards contre la porte ; a mais chaque fois que les pétardiers s'approchaient, on les voyait bientôt reculer en hurlant et en faisant des contorsions comme des damnés. C'était Judith qui leur avait souhaité la bienvenue, en leur versant sur la tête de la poix bouillante à plein bassin. Le capitaine des pétardiers, ne pouvant se rendre compte de ce qui se
DASSES-ALPES
passait, voulut s'approcher. Alors Judith lui jeta la chaudière à la poix et retendit mort à ses pieds. » {Annales des Basses-Alpes) La troupe, saisie d'une soudaine terreur, mit bas les armes, et Lesdiguicres leva le siège. Tel est le fait mémorable qui a donné lieu à la chanson du Pétard. Depuis longtemps le texte provençal en est perdu. Cette chanson se chantait dans une procession, qui se faisait autrefois avec une grande pompe. Plus tard, en 1729, les consuls voulurent la supprimer, mais elle fut maintenue dans tout son lustre par les évoques de Senez ; elle avait encore lieu sous la Restauration, mais ce n'était plus qu'une cérémonie grotesque. Un tambour ouvrait la marche; les confréries, les congrégations de jeunes filles, les corps de métiers le suivaient avec leurs bannières et les images de leurs patrons. Venaient ensuite l'échevin et ses conseillers revêtus de leurs insignes et portant à la boutonnière de leurs habits un grand bouquet de bois vert auquel on attachait des grains de maïs épanouis sous la cendre chaude (usage établi pour rappeler l'explosion des pétards, les grains de maïs faisant entendre un bruit assez fort en se dilatant au feu). Après l'échevin, marchant d'un pas magistral, s'avançait le prêtre en chantant. Dans toutes les rues, et surtout à la porte triomphale, deux chantres, à mine réjouie et rubiconde, en bas de soie, perruque poudrée, tricorne en tète et besicles sur le nez, chantaient d'une voix nasillarde la chanson du Pétard, dont une trompette répétait le refrain. Des danses et des repas de famille terminaient la fête.
Castellane s'élève dans un site charmant, au milieu d'une plaine fertile arrosée par le Verdon, que l'on traverse sur un pont d'une seule arche, remarquable par la hardiesse de sa construction. Castellane possède quelques restes du moyen âge. Ses rues sont mal percées, mais larges et propres , le collège occupe les bâtiments de l'ancien couvent des Augustins ; elle a une très belle place publique ombragée de platanes, et au sommet de son rocher s'élève, à près de 100 mètres, la chapelle de Notre- Dame à laquelle on parvient par un sentier escarpé et d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur un amphithéâtre de montagnes. A droite et à gauche de la ville s'élèvent des coteaux couverts de vignes, de figuiers et de vergers.
Castellane a vu naître les deux sculpteurs DoUe et Jean Routtier.
Les armes de Castellane sont : de gueules, à tcne
tour d'or crénelée, sommée de trois tourillons d'or.
Senez. — Senez, chef-lieu de canton, à 19 kilomètres au nord-ouest de Castellane, est une petite commune de 60G habitants, située sur la rive gauche de l'Asse. C'était autrefois une ville importante, dont Ptolémée fait mention sous le nom de Sanitum, de celui de ses habitants, \cs San il enses- Au y" çiècle, on y avait fondé un évêché. On y voit une belle cathédrale«romane, rangée parmi les monuments historiques et dont on remarque les chapelles latérales et le bel escalier du clocher. Elle possède des filatures de laine. Les armes de Senez sont : D'azur, à nn bélier passant d'argent, sur une terrasse de sinople.
CoLMARS. — Colmars {Colmartium, Collis Martis), chef-lieu de canton à 48 kifomètres au nord de Castellane, est située au confluent du Verdon et de la Lance, et au pied des montagnes du Monnieret de l'Adroit. Cette petite ville doit son origine à une colline que les Romains avaient consacrée au dieu Mars. Les premiers habitants qui vinrent se fixer au pied de cette colline y élevèrent une église à saint Pierre. Plus tard, elle prit de l'accroissement et devint une petite place forte dont Raymond, vicomte de Turenne(1390), et, après lui, le capitaine Cartier (lo83) s'emparèrent. Au xvi° siècle, François I"'' lui accorda le rang de ville. Sa position la rendait importante au point de vue stratégique; on en a fait une place forte de 3° classe, qui commande le défilé de montagnes qu'elle occupe. Elle compte aujourd'hui 990 habitants. On y fabrique des draps communs; elle possède une scierie hydraulique, des tanneries et fait un certain commerce de grains et d'excellents fromages, dits de Thorame, fabriqués dans ses environs. A peu de distance de la ville, et près de la route d'Allos, on va visiter la fontaine intermittente de Fouenl-Levaiit.
E.NTREv.\i;x. — Entrevaux {Inter Vallès), cheflieu de canton, à 38 kilomètres au nord-est de Castellane, est une petite ville de \,W1 habitants, située sur la rive gauche du Var, au fond d'un espèce d'entonnoir formé par les montagnes qui la dominent. C'est une de nos plus petites places fortes, qui n'a plus d'importance depuis que la frontière a été reportée plus à l'est, par suite de la création du département des Alpcs-.Maritimes ;
aussi le fort qui défend le défilé qu'elle commande n"ejl-il plus gardé que par un faible délachemcnt.
Entrevaux est devenue française au xvi^ siècle ; lors de l'invasion de la Provence par Charles-Quint, la petite ville, qui relevait alors du Piémont, avait été occupée par les impériaux. Quelques années après, unejeunc fille réunit secrètement les paysans des environs, se m.it à leur tête, surprit la garnison et la chassa de la ville. Elle convoqua ensuite les habitants et leur proposa de se mettre sous la protection de la France, ce qui fut fait ; Henri, dauphin de France (plus tard Henri H), accorda aux habitants des privilèges dont nous retrouvons le texte dans la diarte suivante : « Titre primitif concédé en faveur de la communauté, manants et habitants de la ville d'Entrevaux, par Henri, dauphin, en récompense de leurs services et fidélité inviolable. »
Cette ville est la patrie du médecin Delmas, auteur d'un bon travail sur la fièvre jaune.
Les armes d'Entrevaux sont : d'azur, à trois riwntagnes d'or, deux en chef et une en pointe, surmontées chacune d'une fleur de lis d'or ; on les trouve encore : d'azur, au pont d'or de trois arches, doJit les ctdées reposent contre des montagnes d'argent.
FoncALQUiER (lat. 43° 57' 3i"; long. 3° 20' 41" E.). — Forcalquier {Forum Neronis, Furmcs calcarius, Forçai querinm) est une petite ville très ancienne, à 54 kilomètres au sud-ouest de Digne, jadis comté, parlement et intendance d'.\ix, diocèse de Sisleron,viguerie, sénéchaussée, chapitre, couvent; c'est aujourd'hui un chef-lieu d'arrondissement et de canton, avec tribunal de 1" instance et collège communal. Sa population est de 2,717 habitants.
Celle ville est d'origine celtique : c'est l'antique cité des Memini. Prise par César, qui en partagea le territoire entre ses soldats, elle s'appela Forum Xeronis, du nom d'un des lieutenants de César, qui l'agrandit et l'embellit. Plus tard, elle changea ce nom en CQ\\iiAQFurmis calcarius, four à chaux, probablement parce qu'il y en avait un dans le voisinage. C'est du moins le nom qu'elle porte dans les titres des x" et xi° siècles, et d'où est venu celui de Forcalqiierium, Forcalquier. Possédée en 474 par les Llurgondes, en 536 par les Francs, qui les en chassèrent, puis ravagée successivement par les Normands, les Lombards, les Saxons, les Hongrois
et les Sarrasins, cette ville tomba au pouvoir des comtes de Provence. Dans la suite, elle échut en partage à Geoffroy I", l'un des neveux du comte, et devint le chef-lieu d'un comté, qui renfermait tout le pays compris entre la Durance, l'Isère et les Alpes.
Pendant plus d'un siècle, les comtes de Forcalquier y régnèrent en souverains indépendants; mais, en 1162, ils se reconnurent hommes liges et vassaux des comtes de Provence. A la mort de Guillaume XI, leur comté passa à la Provence, et dès lors les comtes de Forcalquier ne le furent plus que de nom. Au commencement du xni* siècle, Raymond Bérenger IV tint à Forcalquier un plaid célèbre, et, vers 1307, Charles II, comte de Provence, y établit une sénéchaussée, dont le ressort embrassa la vallée de Cornillon, les bailliages de Sisteron, de Digne, d'Apt et du Perthuis, la viguerie de Tarascon, les villes d'Avignon, d'Arles, etc.
Au xvi« siècle, la ville de Forcalquier était l'une des places les plus importantes de la contrée; elle commandait, avec celle de Sisteron, tout le territoire d'outre-Durance. Aussi, pendant les guerres de la Ligue, le gouverneur Lavalelte se saisit-il de ce point fortifié pour tenir le pays sous la main du roi.
Bùlie sur une hauteur en pain de sucre, dans un pays riche et fertile, cette ville fait face au nord. Elle est assez mal construite, et les rues en sont tortueuses, étroites et sales. Cependant elle possède une belle église romane(monument historique) et d'agréables promenades sur le boulevard de la Tourelle et l'esplanade du Bourguet. Au midi et à l'est du Forum Neronis, on voit encore des vestiges de l'ancienne ville gallo-romaine.
Les armes de Forcalquier sont : de gueules, à trois pots d'or.
Manosque. — Manosque [Manuasca, Manoasqué), chef-lieu de canton, au pied du Mont-Dor, près de la Durance, à 23 kilomètres au sud de Forcalquier, compte une population de 6,136 habitants.
C'est, après Digne, la ville la plus peuplée, la plus riche et la plus considérable des Basses-Alpes. On ne sait rien sur son origine. Simple mansio ou stalion militaire sous les Romains, elle prit peuà peu de l'importance. Ruinée vers l'an 900 par les Sarrasins, elle ne larda pas à se relever. Au moyen âge, elle se composait de six villages, savoir : le
BASSES-ALPES
lotir g de Manosqx'.e, là où est la ville; le château, sur la montagne dite le Mont-Dor ; le tillage de Saint-Pierre ; CQ\\iï Aq Toutes-Anres, sur la colline du même nom; enfin ceux de Saint-Maxime et de Montagut ou Monfaigut.
De ces deux derniers il ne reste plus aujourd'hui aucun vestige.
Bien que distants et séparés l'un de l'autre, ces six villages formaient une seule et même ville divisée en plusieurs quartiers.
Au commencement du x« siècle, Manosque fut pillée par les Sarrasins, et dut plus tard son importance à un château que les comtes de Forcalquier y firent bâtir. C'était alors la résidence d'hiver des comtes souverains qui y tenaient leur cour.
Plus tard, en vertu d'une donation faite par le comte Guignes, elle passa, dans le courant du xu° siècle, aux religieux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui l'érigèrent en bailliage et en commanderie ; mais les successeurs de Guignes
Fa.\NCE ILLUSTRÉE. 64:.
protestèrent contre cette donation. Bertrand 11. entre autres, chassa les religieux de Manosque et s'empara de leurs possessions comme de son héritage. Ceux-ci en ayant appelé au pape, il fut convenu que les hospitaliers jouiraient tranquillement et à toujours de tous les biens qu'ils avaient à Manosque avant la donation du comte Guignes. Pour les autres terres ou châteaux en litige, ils devaient être partagés entre les parties par égales parts, à charge, par le comte, de payer chaque année aux religieux, le jour de la Pentecôte, la censé d'une livre d'encens. Cette dernière condition rendait les comtes suzerains des hospitaliers ; elle ne fut point acceptée. Après diverses contestations, réintégrés dans leurs biens par Bertrand III, puis par Guillaume VI, les religieux se virent seuls maîtres et seigneurs de Manosque. Cependant, avant d'abdiquer, Guillaume eut la sagesse d'affranchir ses vassaux, en récompense « du boa et loyal service et de la fidélité qu'il avait IC. — Basses-Alpes, 4' Liv.
trouvée en eux. » C'est la veille des ides de février 1206 qu'il octroya aux habitants deManosque celte charte mémorable que la ville possède encore dans ses archives. « J'abolis pour vous tous communément, y est-il dit, petits et grands, riches et pauvres, tant présents que futurs, tous les mauvais usages, toutes les mauvaises charges et toutes les méchantes et mauvaises coutumes que moi ou les administrateurs de mes biens avions établies et prescrites dans ledit bourg de Manosque. » Par cette charte et les dispositions nouvelles que le comte y ajouta dans la suite, il permit aux habitants du bourg et du château de s'assembler et de délibérer sur toutes et chacunes affaires. Soixante citoyens choisis parmi les plus probes et les plus sages devaient former le sénat, ou conseil de ville, sous la présidence de douze consuls élus par eux. Ces consuls avaient le droit de censurer le recteur, le bailli et le juge, s'ils remplissaient mal leurs fonctions; ils administraient la commune, défendaient ses droits et privilèges et la représentaient en justice. D'autres clauses établissaient le droit de rachat de propriété en faveur des habitants que la misère ou le malheur aurait obligés de donner en gage ou à caution ce qu'ils possédaient. Les instruments aratoires, le lit, les vêtements et les bestiaux ne pouvaient être saisis qu'à défaut d'autres biens. C'était une servitude, pour les habitants du château, de faire le guet ou d'aller la nuit avec une lumière; ils en furent affranchis et eurent le droit de vendre en tout temps leur vin en gros ou à la taverne. Jaloux de conserver à toujours la constitution qu'il venait d'établir, le comte voulut que les habitants ne pussent jamais y renoncer.
Dien avant la charte de Guillaume de Forcalquier, cependant, la ville de Manosque jouissait d'une organisation communale. Il y avait une classe de citoyens exerçant, sous le nom de prohl homliies (prud'hommes), des fondions municipales ; ces prud'hommes avaient succédé aux municipes romains.
A peine mise en vigueur, la charte du comte rencontra parmi les seigneurs et les religieux, dont elle blessait les droits et les intérêts, de puissants adversaires. Tous se liguèrent pour faire abolir « celte chose nouvelle et détestable. » Pierre de Castellane, commandeur de Manosque, se plaignit à Raymond, évoque d'Uzès et légat du saintsiège, de ce que les habitants avaient créé un consulat, contrairement aux droits des hospitaliers sur cette ville. Celui-ci déféra la cause à un com-
I missaire du pape, qui supprima le consulat par sentence arbitrale. C'était pendant la guerre des Albigeois ; la terreur régnait dans le Midi ; l'excommunication frappait les évêques et les seigneurs suspects ; les consuls de Manosque , menacés de l'anathème, résignèrent leurs fonctions, et la ville retomba sous le joug des commandeurs. Cependant, les habitants n'avaient point renoncé à leurs franchises; mais, trop faibles pour lutter contre l'oppression, ils s'y résignèrent dans l'attente de jours meilleurs. Bientôt, l'indiscipline et le relâchement minèrent peu à peu la puissance de l'ordre ; des chevaliers parcouraient en armes les campagnes, frappant des contributions extraordinaires sur les paysans, extorquant des amendes par force et, au moindre prétexte, appelant les citoyens devant le juge à la dévotion du commandeur. Une nuit du mois de mai 1333, la femme de Jacques Bertui, la fille de Guillaume Arnoux et Douce, qui, depuis peu, avait épousé Hugues Galbert, se trouvaient dans la maison de Chabot. Avant le premier chant du coq, un jeune homme se présente à la porte ; c'est Foulque de Brignole, Heutenant du juge. Quelques amis l'accompagnent dans cette expédition nocturne. Il heurte en criant: « Ouvrez 1 je suis le sous-viguier. » On ne lui répond pas ; il enfonce la porte, et, « malgré les cris de ces trois femmes éplorées, dit la chronique, il entraîne avec violence dans un carrefour la jeune Douce, et là il attente à son honneur. A celte nouvelle, le bailli n'ose pas d'abord alTronter l'indignation publique, et il fait emprisonner les auteurs de l'attentat. Mais à peine a-t-il appris que Douce, à qui le juge devait être suspect, a porté sa plainte à la cour de Forcalquier, qu'il fait relâcher les coupables, saisir et enfermer la victime dans la prison du château. » Alors les prud'hommes s'assemblent et protestent contre cet acte arbitraire. Douce est rendue à la liberté; mais son malheur, comme celui de Lucrèce, devient le signal d'une révolution : le peuple de Manosque se prononce, les prud'hommes élisent douze consuls, et la commune est rétablie après cent vingt et un ans d'interruption.
Alors comprise dans la viguerie de Forcalquier, Manosque était une des villes les plus considérables de la contrée. Vers le milieu du xv« siècle, on y comptait plus de 8,000 habitants. Plus tard, ce nombre s'éleva à 12,000. Aussi avait-elle entrée aux étals de la Provence.
DASSES-ALPES
A son retour de la conquête du Milanais, en 1516, François I" passa par Sisteron et se rendit à Manosque. Antoine Yoland, consul, eut l'honneur de le recevoir dans sa maison. Une de ses filles avait clé choisie pour présenter au roi les clefs de la ville; elle était dans la première fieur de la jeunesse ; belle, naïve, gracieuse, elle plut au roi, qui ne put s'empècherdelaisservoir son'émotion ; ses regards, fixés sur la jeune fille, ayant trahi les mouvements de son cœur, celle-ci s'en aperçut, et aussitôt elle se détermina au plus grand sacrifice que puisse faire une femme. Rentrée dans sa chambre, elle se jette à genoux devant une image du Christ, pleurant et maudissant la triste cause de son malheur. « Périsse ma beauté, dit-elle, puisqu'elle peut me coûter l'honneur ! » Alors elle cherche tous les moyens d'effacer l'éclat de son visage. Aucun no réussissant au gré de ses désirs, elle s'arrête enfin à un dernier, mais terrible expédient : elle répand du soufre sur des charbons ardents, et, penchant sa figure sur la flamme, elle détruit jusqu'au dernier vestige de sa beauté. Le roi, instruit de celte action héroïque, en fut ému jusqu'aux larmes ; il se montra aussi généreux qu'il avait paru ardent dans ses désirs. Il fit compter à la jeune fille une somme considérable pour lui tenir lieu de dot, et pour être en même temps un gage de son estime.
Station du chemin de fer de Digne à Marseille, Manosque est située dans une contrée riante et fertile, arrosée de plusieurs sources et couronnée de charmants coteaux. C'est une ville assez jolie et offrant un point de vue très agréable. Bien que ravagée par le temps et par la guerre, elle a conservé quelque chose de sa physionomie du moyen âge ; elle est ceinte encore de murailles percées de deux portes, la porte Soubeiran et celle de la Saunerie, et flanquées de tours, les unes rondes, les autres carrées, mais la plupart tombant en ruine. Sur le Monl-Dor, planté d'oliviers, se dressent, dans un ciel d'azur, les noirs débris d'une vieille tour. Pendant les guerres de la Ligue, cette tour, quoique sans défense, protégeait la ville et la vallée de Manosque. On y plaçait une sentinelle pour avertir, par le son d'une cloche, les citadins et les paysans de l'approche de l'ennemi . De l'ancien palais des comtes il ne reste que le souvenir. Bâti sur une éminence dominant la ville et ses avenues, il était de forme carrée; quatre grandes tours rondes flanquaient chacun des angles. Sur le milieu de chaque mur d'enceinte, celui du nord excepté, s'élevait une
autre tour carrée, massive et haute. On arrivait au palais par deux ponts-levis, l'un sur le fossé, l'autre à la porte d'entrée. Aujourd'hui, de la terrasse où s'élevait le palais féodal, on a fait une place publique, celle du Terreau, la plus vaste de toutes celles de Manosque. A la Saint-Pancrace, fête patronale de la ville, cette place est convertie en champ de Mars, où lescavalcadesviennent faire leurs évolutions. Citons encore l'église Saint-Sauveur, dont le clocher, surmonté d'une horloge en fer, a été classé parmi les monuments historiques ; l'église Notre-Dame, qui possède une statue de la Vierge, très ancienne ; l'hôtel de ville, où l'on remarque un buste de Gérard Zang par Puget; les Lysses, promenade fort belle et fort large, ombragée de deux rangs d'ormeaux séculaires ; de belles fontaines, un pont suspendu sur la Durance, etc.
Les armes de Manosque sont : écarieïé le I" et le 4" d'azur avec une main dextre d'argent, le 1^ et le 3° de gueules avec %ine main dextre aussi d'argent. El pour devise : Urbs florida.
Ueillanne. — Picillanne [Aullania, Rallania), chef-lieu de canton, est une petite ville de l,50o habitants, à 18 kilomètres au sud-ouest de Forcalquicr, au milieu des montagnes qui séparent le Calavonde la Largue. On a cru y reconnaître VÂlaunia des Romains ; au mtiins possède-t-elle des ruines qui attestent leur présence, entre autres une inscription portant les noms de Pompeia Rufina. Successivement ravagée par les Sarrasins, les Lombards, les impériaux, les protestants el les calvinistes, elle s'est relevée de ses ruines; c'est aujourd'hui une petite ville, centre d'un commerce important pour les environs. On y remarque les ruines de son château, de ses fortifications et une ancienne église dont quelques parties remontent au xii" siècle.
Sisteron. — Sisteron {Segustero, Cistero, Secustero, Civitas Segestereorum), sur la Durance, à 40 kilomètres au nord-ouest de Digne, jadis ville forte et évêché, parlement et intendance d'.\ix, viguerie, gouvernement particulier, chapitre, séminaire, prieuré, est aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement et de canton, place de guerre de 3'= classe, elle possède un tribunal de première instance, un collège communal, etc.
Sisteron a une origine fort ancienne, mais on ignore l'époque de sa fondation. Ville municipale sous les Romains, elle subit les vicissitudes des
longues guerres qui agitèrent l'empire. Pillée et ravagée par les Vandales et les Huns, possédée par les Wisigoths, puis parles Bourguignons, enfin par les Sarrasins, qui la couvrirent de ruines, elle ne commença à se relever et à se repeupler qu'au X"" siècle. Alors chef-lieu d'un comté, elle passa tour à tour aux comtes d'Arles, aux marquis de Provence, aux comtes de Forcalquier et aux comtes de Provence. Depuis les Romains, Sisteron jouissait de quelques franchises municipales ; elle les conserva sous ses nouveaux maîtres. Charles l"', duc d'Anjou, la confirma, en 1257, dans le maintien de ses privilèges. Jusque-là cependant, gouvernée par des coutumes, non par une constitution, à l'exemple des Romains, à qui elle devait ses franchises, elle avait laissé subsister dans ses conseils le désordre et le tumulte du Forum. Convoqués à son de trompe, tous les habitants, rassemblés sur la place publique, prenaient part à la délibération et réglaient euxmêmes leurs affaires; en 1307, ils confièrent le gouvernement de la commune à quatre syndics et à un conseil temporaire, où chaque classe de citoyens, comme chaque quartier de la ville, avait son représentant. « A côté du fier gentilhomme, du grave jurisconsulte et du riche marchand, dit M. de La Plane dans son JI isloù-e municipale de la ville de Sisleron, le petit mercier, l'utile artisan et l'humble laboureur trouvent leur place, apportant chacun à la direction des affaires publiques le tribut de ce bon sens et de ces lumières naturelles que la science n'a point faussés, tribut modeste et qui pourtant a sa valeur. Ce n'est qu'un denier, mais un denier d'or. » En 1364, le conseil fit consigner, dans un registre, tous les titres de la commune à la liberté. Ce registre ou cartulaire, exécuté par l'organiste de la cathédrale, est un chef-d'œuvre de calligraphie. « C'est le code de la patrie, ajoute M. de La Plane, code précieux, destiné à servir d'âge en âge au gouvernement de la cité, et qui, du jour encore où ces mêmes libertés, dont il est le dépositaire, ne seront plus, les recommandera aux souvenirs et aux regrets peut-être de la postérité. »
Sisteron n'est pas moins remarquable par l'histoire de son église que par celle de sa commune. Dès le vi" siècle, elle était le siège d'un évêché. Raoul II, l'un de ses premiers évêques, chassa, dil-on, de dessous la Durance un esprit malin, qui entraînait les bateaux au fond de la rivière. Au IX* siècle, les évêques de Sisteron eurent à défendre
leur cathédrale et leur ville épiscopale contre les Sarrasins et les Hongrois; mais leur premier soin fut de sauver le corps de saint Marius ou Mary, qu'ils regardaient comme le protecteur de leur ville. Ils le transportèrent à Forcalquier. De là, pour les comtes de Forcalquier, la prétention d'ériger leur église en métropole. Il y eut rivalité entre les deux églises et les deux chapitres; ceux de Sisteron s'intitulèrent chanoines de Sisteron et de Forcalquier, et ceux de Forcalquier, chanoines de Forcalquier et de Sisteron. Heureusement cette guerre n'eut pas de suites plus fâcheuses que celles de la fameuse querelle chantée par Boileau dans son Lulrin. Cependant elle durait encore au XIV" siècle et ne finit qu'après la réunion du comté de Forcalquier au comté de Provence.
Pendant les guerres de la Ligue, Sisteron ne pouvait manquer d'être convoitée à cause de l'importance de sa place, qui dominait, ainsi qu'Apt, Manosque et Forcalquier, le territoire d'outre-Durance. Aussi fut-elle prise et reprise par les protestants et les catholiques. Sommarive, gouverneur de Provence, étant venu l'attaquer en 1562, Lesdiguières et le baron des Adrets se jetèrent dans la ' citadelle et forcèrent, par leur résistance, le gouverneur à lever le siège. Mais les femmes de Sisteron ayant saisi et pendu son lieutenant Boccanegra, Sommarive revint en forces pour le venger. Cette fois la ville fut emportée et livrée au sac et au pillage; elle ne répara ce désastre que longtemps après.
Cette ville, dont la population est de 4,280 habitants, s'élève dans une situation charmante. Assise au confluent du Bucch et de la Durance, sur la pente d'un rocher, elle est dominée par une citadelle qui commande le passage de la Provence au Dauphiné, et qui reçut, au commencement du xvn* siècle, un prisonnier illustre, Casimir, frère de Ladislas Vil, roi de Pologne.
Sisleron n'est pas riche en monuments remarquables ; cependant, elle se recommande à l'attention des voyageurs par les ruines d'une vieille tour, son église Notre-Dame du xn° siècle, son ancien hôtel deLesdiguières, les restes de ses vieux remparts et de belles promenades.
Les armes de Sisteron sont : d'azur, à la lettre capitale S couronnée d'or, cantonnée de deux fleurs de lis d'or en, chef, avec un lésant d'or en pointe-.
Atlas delà France Illustrée
DÉPARTKME> r ,