‹ La France illustréeChapitre 169 sur 301 · AI.IM-S · texte numérisé non relu

AI.IM-S

Iri

dans la proii'ie de Camarguet, leur proniil pour le lendemain des violons. Dos canons foudroyèrent la ville, qui s'empressa de lui envoyer des otages. A l'avènement de Henri IV, elle se rendit enfin par capitulation, le 24 août 1S89. Alors Lesdiguières déclara, au nom du roi, que toute guerre civile devait cesser. Le gouverneur de la ville se retira, et la garde en fut confiée aux habitants. Plus tard, Richelieu fit raser le fort de Puy-.More ; mais malheur à la génération qui le verra se relever pour la troisième fois 1 car, en 1546, un moine italien, prêchant sur la place Saint-Arnoux, fut saisi d'une inspiralion prophétique en apercevant le coteau de Puy- More, et, les larmes aux yeux, il prédit qu'à trois reprises différentes des fortifications y seraient élevées, que Gap aurait à en souffrir les deux premières fois, mais qu'à la troisième il serait anéanti de façon à laisser chercher ses traces. Après l'édit de Nantes, il y eut à Gap un synode général de protestants. On y proposa de déclarer que le pape était l'Antéchrist.

A la fin du xvii" siècle, celte ville fut prise par le duc de Savoie. Son armée y séjourna deux semaines, commetlanl toutes sortes d'actes d'hostilité, violant, brûlant les bastides et les gerbiers de la campagne, et finalement la pauvre ville de Gap, qui ne trouva point de quoi lui payer la contribution demandée. Déjà saccagée par les Vandales, les Goths, les Lombards, les Sarrasins et les huguenots, dépeuplée par la peste, en 1630, et par la révocation de l'édit de Nantes, celte ville comptait à peine 8,000 âmes au commencement du xvn^ siècle. Ce grand désastre réduisit la plupart de ses habitants à se construire des chaumières dans des lieux inhabités ou à tendre la main pour vivre.

Cependant, grâce à l'industrie de sa population, Gap se releva de ses ruines, et, depuis la Révolulion, sa prospérité n'a fait que s'accroître. Cette ville est située au centre des Hautes-Alpes, au milieu d'une plaine environnée de collines. Au delà s'élèvent en amphithéâtre des montagnes chargées de neige. Jadis le territoire de Gap était un lac.

Aucune ville n'a plus souffert. Outre les ravages de la guerre et de la peste, Gap a éprouvé cinq tremblements de terre : en 1264, en 1612, où toutes les maisons furent ébranlées; en 1644, en 1808 et en 1828. Il y eut, en 1777, un ouragan extraordinaire qui emporta les toits et dévasta les campagnes. On y trouve, à une profondeur considérable, non seulement des tombeaux de brique ou de pierre, mais

encore des portes en pierres de taille, ce i[ui nu laisse aucun doute sur l'enfoncement du terrain.

Il y a peu de monuments remarquables à Gap : la caserne, vaste bâlimenl terminé en 1810 et siUié à l'entrée de la ville; la préfecture, l'évèché, le palais de justice, l'hôtel de ville et le séminaire méritent cependant d'être cités. A la préfecture, on admire le mausolée de Lesdiguières; la masse du sarcophage est en marbre noir du Champsaur, les bas-reliefs en albâtre. Le connétable y est représente revêtu de sa cuirasse et de sa cotte d'armes. La statue est de grandeur naturelle, couchée sur un manteau; la tôle relevée s'appuie sur les premiers doigts de la main gauche. Au-dessous, on voit des bas-reliefs où sont retracées les principales actions de sa vie. On a conservé ses gantelets, son casque percé d'une balle et cette lance terrible qui frappa, dans ces contrées, des coups si rudes. Ce monument fut érigé sous les yeux du connétable, dans son château de Lesdiguières, en Champsaur. On dit que, mécontent d'abord de l'œuvre du sculpteur, Jacob Richier, il le tint en charte privée, menaçant de lui ôter la vie s'il ne remplissait promptement ses vues. Donné, en l'an VI, au département des Hautes-Alpes, par M"'" Maugiron de Veynes, propriétaire du château de Lesdiguières, ce mausolée fut déposé dans une chapelle de la vieille cathédrale, édifice aujourd'hui démoli, d'où il a été transporté à la prélecture.

La ville possède une bibliothèque contenant plus de 13,000 volumes et à laquelle est annexé un musée.

Entre la route d'Embrun et le torrent de la Luye se trouve la pépinière départementale, longée par une avenue de noyers qui forme une belle promenade.

U y avait autrefois à Gap une maison de templiers près de la porte de Provence, et sur la route de Marseille une maladrerie, sorte d'établissement fort commun dans cette contrée et fondée à la suite des croisades. Aux environs est la ïour- Ronde, où l'on avait placé sans doute, dans le moyen âge, un fanal qui correspondait avec d'autres signaux dont on voit encore les débris sur les montagnes.

Cette ville a vu naître le troubadour Albert le Gapcnçais, fils du jongleur Nizar; Guillaume H, évèque de Gap et ensuite abbé de Saint-Denis; un autre évèque, M. de Narbonne, célèbre par ses goiîts mondains. On assure qu'il se plaisait à danser dans

son château de Charence. De là la chanson popu-

Liire :

Anen, à Tsaranca, maire,

Anen i Tsaranca!

L'avesqiie lei dansa, maire,

L'avesque lei dansa!

Allons i Charence, maman.

Allons h Charence!

Car l'évêque y danse, maman.

Car l'évêque y danse!

Nous nommerons encore : Raymond de Juvcnis, procureur du roi au bailliage de Gap, et auquel ses travaux historiques assignent un rang distingué parmi les illustrations dauphinoises; Artus de Lionne, évoque de Gap, qui a laissé quelques ouvrages de géométrie; iMatthieu- Laurent- Michel Manne, premier chirurgien en chef du sixième arrondissement maritime de Toulon, auteur d'im Traité des maladies des os; Gabriel Rochon de La Peyrouse, maréchal de camp, gouverneur de Valenciennes, etc.

Les armes de Gap sont : d'azur, à tm château d'or crénelé, sommé de Ç2iatre tours du même, couvertes en pointe.

âspres-lès-Vevnes. — Aspres-lès-Yeynes, cheflieu de canton, sur le Buech, arrondissement et à 31 kilomètres à l'ouest de Gap, station de la ligne du chemin de fer de Lycn-Grenoblc à Marseille par Sistcron (réseau Paris-Lyon-Méditerranée), est une petite ville peuplée par 808 habitants. Située dans un territoire fertile et très bien cultivé, Aspres est dominée par les ruines d'un ancien couvent fortifié de bénédictins, démoli par Lesdiguières. On y fabrique du nougat et des biscuits renommés et il s'y fait un certain commerce de grains, de légumes et de bestiaux. On y trouve aussi des eaux ferrugineuses. C'est la patrie du comte d'Haulerive, auteur de divers ouvrages d'économie politique.

Laragne. — Laragne, chef-lieu de canton, station du chemin de fer de Lyon-Grenoble à Marseille parSistcron, à 42 kilomètres au sud-ouest de Gap, est un bourg de 1,043 habitants, sur le Buech, audessus de son confluent avec la Véragne.Son territoire, fertile en plantes rares, possède deux sources d'eau minérale froide. Au village d'Arzélicr, voisin de cette commune , on voit de vieilles tours et le chœur d'une ancienne église. Dans les environs, il existe des gisements de cuivre, de fer et de plomb.

OariEunE. — Orpierre, au pied de montagnes nues ou couvertes çà et là de buissons de genêts et de buis, sur le torrent de Céans, qui reçoit plus ■ loin les eaux de la cascade de Bellerie, chef-lieu de canton, arrondissement et à 60 kilomètres au sudsud-ouest de Gap, est un gros bourg peuple pnr 770 habitants, dont le nom semble dci-ivé de la couleur des rochers qui l'entourent {aurea jKtra). Il existe à Orpierre, outre une promenade planlèe d'arbres, des ruines de constructions attribuées aux Sarrasins, quelques restes de ses antiques fortifications et les débris d'une porte qui fermait au moyen âge le quartier des juifs. L'industrie consiste en fabriques de chapeaux, draps et toiles. Son territoire produit des prunes et des vins estimes; on y rencontre une carrière de marbres gris et, dans la grotte de la Vache d'or, des indices de gîtes aurifères. Aux environs, le défilé de Saint- Roch s'ouvre entre deux énormes rochers.

RosAî^s. — Rosans, chef-lieu de canton, arrondissement et à 67 kilomètres au sud-sud-oue-; Je Gap, sur une colline qui domine la vallée de l'Étang, est un bourg peuplé par 814 habitants. Son territoire est coupé par quatre petits vallons qui s'étendent du nord au sud, formés par des collines prenant naissance à la montagne de Fourcha, se dirigeant de l'est à l'ouest, et se terminant à la rivière d'Aygues. La tour carrée, au centre du bourg, reste de fortifications anciennes est d'une époque inconnue. Quelques vestiges d'autres tours apparaissent encore, et le four communal esi bâti dans les décombres de l'une d'elles. On peut faire remonter leur origine aux Sarrasins. Cette tour serait intacte si le seigneur de Rosans ne l'avait fait baisser, au siècle dernier, de plusieurs mètres pour y construire un colombier, et c'est sous cette dernière qualification que les acquéreurs de ses biens l'ont obtenue. En 1660, François de Bonne, seigneur des Diguières ou de Lesdiguières vendit à Jean-Antoine Dise, seigneur d'Ancclle, le château de Rosans.

Sur la place de ce bourg, ornée de belles constructions modernes, est érigée une jolie fontaine à laquelle on a donné le nom de M. de Ladoucctte, préfet des Hautes-Alpes sous le premier Empire. On voit, en outre, à Rosans, une église très élégante, et on a découvert sur son territoire des antiquités celtiques et gauloises. L'industrie de cette localité consiste en fabriques de draps communs, de toiles et de chapeaux.

HAUTES-ALPES

Fort de Queyras.

Serres. — Serres, station du chemin de l'er de Lyon à Marseille par Sisteron, chef-lieu de canton, à 39 kilomètres au sud-ouest de Gap, sur la rive droite du Buech et sur la route d'Espagne en Italie, compte 1,147 habitants.

Cette ville, qui e.Kislait déjà du temps des Romains, jouissait au moyen âge de nombreuses franchises. Elle fut prise par Lesdiguicres en 1374 et donnée, en 1587, comme place de sûreté, aux protestants. Serres possède encore l'ancien château de Lesdiguières et une église romane.

Il s'y fait un commerce actif de prunes sèches pour la teinturerie.

Son territoire est fertile en vins, en fruits et en grains.

La Batie-Montsaléo.n. — La Bàlie-.Monlsaléon (mons Solis, mons Seleucus ou mons Seletcci, suivant l'Itinéraire d'Antonin; mansio Seleucus; Bastida montis Seleucî), sur une éminence, au milieu d'une vaste plaine, entre deux rivières, à 36 kilo-

FrANCE ILLUSTBiE. 1 03.

mètres de Gap, canton et à 7 kilomètres de Serres, est un bourg peuplé par 329 habitants.

C'était jadis une mansio on station romaine, lieu de gîte, d'étape militaire, que les itinéraires placent à la jonction des voies de Milan et d'Arles à Vienne, à 79 milles de Valence et à 31 milles de Gap. Près de là, Magnence l'ut défait par l'empereur Constance, en 353.

De cette ancienne ville romaine, il ne reste que des ruines. A-t-elle été saccagée et détruite par les barbares ou submergée par le Buech, dont les eaux resserrées par des quartiers de roc, au pas de la Ruelle, ont dû refluer sur elles-mêmes et former un lac qui couvrit le sol de Mons Seleucus, comme l'étude géologique de la plaine semble l'attester, c'est ce qu'on ignore. Quoi qu'il en soit, on dirait que la ville entière a été rasée à fleur de terre. Après un long oubli, elle fut découverte par un paysan qui, en conduisant sa charrue, mil à jour plusieurs objets, tels qu'un doigt de bronze, un fragment de mosaïque, des médailles, des lampes SO. — IIautes-.Xlpes, 3° l^iv.

LA FUANCli: ILLUSTREE

sépulcrales, des slatueltes, etc. Plus tard, en 1804, sous radministralion de M. de Ladoucelle, préfet des Haules-Âlpes, des rouilles furent exécutées. On y trouva un édifice dont l'enceinte est de 194 mètres de long sur 122 mètres de large; sa façade, qui regarde le nord, formait dans l'origine un péristyle. Ce péristyle est orné de plusieurs rangs de colonnes d'ordre dorique et de roche coquillière. On les dirait coupées au-dessus du fût. Seize autres plus petites s'élèvent de chaque côté, posées sur un socle de pierre calcaire. A l'intérieur, de petits massifs de maçonnerie assez régulièrement disposés avaient probablement servi de supports à des vases ou à des statues. Les murs sont très bien conservés, mais peu élevés, les pierres en sont équarries, les alignements parfaits. Toutes ces constructions portent l'empreinte du génie romain. Au-dessous de la surface du sol on a trouvé des glacis peints en rouge et aussi polis que le marbre. 11 y avait là des cours, et plus loin des jardins, un bassin, un aqueduc, des bains, des fontaines, etc. Au milieu d'une cour est un autel, près duquel on a trouvé un couteau de sacrificateur et un canal souterrain, qui servait à l'écoulement du sang des victimes.

A l'est de ce palais on a découvert des usines, un bassin demi-circulaire, des fours, des cuves, des canaux et des aqueducs. « Divers objets, dit le rapport qui en a été fait à l'institut, semblaient indiquer la destination de l'édifice. Là on fondait les métaux ; là on fabriquait des armes, des instruments de travail, des vases, des poteries, etc. » — On voit encore des vestiges de la voie romaine qui conduisait de l'usine au forum. Autour de l'usine s'élevaient des maisons, dont quelques-unes avec des colonnes, et dans les ruines desquelles on a trouvé des médailles en or, en argent ou en bronze, à l'effigie de la louve romaine ou à celle des empereurs; des débris de statues, des bas-reliefs en albâtre ou en marbre, des fragments de porphyre ou de granit, des figurines de Mercure, un Priape, un dieu lare, un triton, un squelette gisant sur un autel brisé, des tètes de Silène et de Méduse, un satyre, un Apollon, des fragments de peinture à la fresque, des vases, des coupes, une amphore, rouge encore du vin dont elle avait été emplie; une autre renfermant des ossements, des urnes et des fioles lacrymatoires; divers instruments.de culture, de fonderie ou de forge; des ustensiles de ménage et des objets de toilette, tels que bracelets, pen-

dants d'oreilles, miroirs, pinces épilatoires, épingles, aiguilles, etc., des fuseaux, des styles, des flûtes, des armes, des javelots, des épées, des piques et des haches. Au midi de la ville et à l'extrémité de la plaine était le champ de sépulture.

D'autres fouilles, ordonnées par l'empereur Napoléon I"', devaient se faire ; mais les champs oii avaient eu lieu les premières recherches ayant cessé, en 1810, d'être affermés, « la terre, ajoute le narrateur à qui nous avons emprunté ces détails, a peu à peu recouvert les ruines de la ville romaine, au grand regret de tous les amis des arts. » Cependant, en 1836, les fouilles furent reprises et amenèrent d'autres découvertes.

Plusieurs endroits dans cette plaine ont conservé leurs noms antiques; tels sont le sol de Diane, où étaient des bains, le champ de V Impeireris , dans lequel était le quartier général; le champ Batailleur, où se livra sur le bord du torrent de Malaise, en 353, une bataille entre les généraux de Constance et Magnence. Près de là sont les campi Puri, où l'on pardonna aux rebelles; au-dessous, le champ des Grâces, où l'on fit un sacrifice en l'honneur des dieux auxquels on devait la victoire.

S.MNT-DoNNET. — Saint-Bounct, chef-lieu de canton, situé au centre de la vallée du Champsaur, à 16 kilomètres au nord-ouest de Gap, est un gros bourg qui compte 1,670 habitants. On y fabrique des étoffes de laine grossières.

Jadis duché-pairie, puis bailliage, auquel ressortissait tout le Champsaur, Saint-Bonnet » devint, à l'époque de la Réformation, dit M. Ladoucelte, la Genève des Hautes-Alpes. » Son territoire est très fertile. C'est le grenier d'une grande partie du département.

Saint-Bonnet est célèbre pour avoir donné le jour à Lesdiguières. On raconte qu'un incendie s'y déclara le jour de la naissance et le jour de la mort de ce grand capitaine, « comme si le ciel, dit un historien, avait voulu désigner ainsi l'éclat orageux d'une vie qui dura quatre-vingt-cinq ans 1 »

On voit encore dans ce bourg la maison de Lesdiguières. Sa famille était noble et ancienne, mais très pauvre. Ses parents le destinaient à la magistrature. Il se fit en effet recevoir avocat au parlement de Grenoble; mais bientôt cette profession l'ennuyant, il emprunta une jument à un aubcr-

HAUTES-ALPES

giste de son village et alla chercher fortune. Bien lui en pi'it, car, de simple archer qu'il était en lo62, il devint bientôt l'un des chefs du parti reformé; de zélé protestant, il se fit catholique en 162-2 dans l'église Saint-André de Grenoble et reçut, en échange de sa soumission, l'épée de connétable. Plus tard, il tomba dans la disgrâce et mourut le 28 septembre 1626, à Valence. C'est lui qui répondait à des moines à qui il avait déjà donné 4,000 ccus, et qui le tourmentaient à son lit de mort pour en avoir encore autant et lui promettaient le paradis en récompense : « Voyons, mes pères, si je ne suis pas sauvé pour 4,000 écus, je ne le serai pas pour 8,000. Adieu! » Quelques instants avant sa mort, il avait reçu avec résignation les dernières consolations de la religion.

Saint-Étiennp.-en-Dévoi.lv. — Saint-Étienne-en- Dévoluy, chef-lieu de canton, arrondissement et à 33 kilomètres au nord-ouest de Gap, au pied du pic de Bure, près de la Souloise, est un bourg peuplé par 753 habitants. L'église de Sainl-Étienne fut donnée, en 1080, par Léger, évoque de Gap, au [Wieuré de Saint-André-lès-Gap. « Le Dévoluy, dit .M. de Ladoucelte est un canton si sauvage que le juge de paix a assuré n'y avoir entendu le rossignol qu'une seule fois en quarante-trois ans. » 11 offre un plateau parsemé de vallons et de ravins. Dans les plus grandes chaleurs, le thermomètre y monte rarement à 20 degrés centigrades et l'hiver y dure de sept à huit mois.

Le Glaizil et LESDicuiicnEs. — Le Glaizil est un village de 544 habitants, dans le canton de Saint- Firmin, à 25 kilomètres au nord de Gap. Le village de Lesdiguières, anciennement Les Diguières (1), dépend de cette commune. Il ne reste plus de son ancien château que deux grands portails, un vivier et quelques pans de murs. Au pied du rocher est la chapelle où, d'après son ordre, fut transporté le corps du connétable dans le mausolée qu'il avait fait construire de sou vivant.

Guillal'me-Pevrouse et Les Anorieux. — Guillaume-Peyrouse est un village du canton de Saint- Firmin, situé à 44 kilomètres au nord de Gap et peuplé de 391 habitants. Le hameau des Andrieux,

(1) C'est le connétable lui-même qui fit prévaloir l'altération du nom de lieu de sa naissance, en signant Lesdiguières en un seul mot.

dépendant de celte commune, entouré de rochers et de neiges, est privé, pendant cent sept jours de l'hiver, de la vue du soleil. Le jour où cet asire reparait sur l'horizon du hameau est une fête pour les habitants des Andrieux. « Ils se rendent, dit .AI. Depping, avant l'aurore, avec un vénérable à leur tète, au pont construit sur un ruisseau du voisinage; chaque habitant porte une offrande qui consiste en une omelette. Pendant que l'aurore dissipe les ténèbres, ils se livrent à la danse et exécutent une farandole; mais, dès que le soleil darde ses premiers rayons sur le hameau, chacun reprend son offrande et la présente à cet astre comnui une marque de sa reconnaissance. Le cortège reprend ensuite le chemin du village. L'omelette se mange en famille, et la journée se passe en réjouissances. Si l'on demande à ces hommes simples quel rapport a leur omelette avec le retour du soleil, ils répondront que leurs pères et leurs grands-pères ont également présenté une omelette à cet astre, et s'ils avaient une histoire, on y suivrait peut-être cet usage jusqu'aux temps les plus reculés. »

Tallard. — Tallard, sur la rive droite de la Durance, à 14 kilomètres au sud de Gap, mis en communication avec la ligne de Lyon-Genoble à Marseille par la station de Sisteron, est un bourg peuplé par 963 habitants. On récolte des vins estimés sur son territoire qui offre des sites pittoresques.

C'est l'ancien Alarente. Vicomte de Provence dans le moyeu âge, Tallard a beaucoup souffert des guerres civiles et étrangères.

Sur la hauteur s'élèvent les ruines d'un vieux château qui fut jadis le boulevard de toute la contrée, et dont Lesdiguières s'empara. Sa chapelle a été classée parmi les monuments historiques. Dàti, suivant la tradition, avant la fin du x» siècle, ce château comptait, dit-on, autant de tours qu'il y a de mois, autant de portes que de semaines, autant de fenêtres que de jours et autant de marches que d'heures dans l'année, c'est-à-dire 8,760, ce qui supposerait des souterrains très profonds.

Au commencement du xni'-' siècle, Tallard appartenait à la maison d'Orange, qui en fit don à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Celui-ci l'échangea, en 1322, contre un comté du Labour avec Arnaud de Trian, originaire de Provence et neveu du pape. Plus lard, les maisons de Sassenage et de Clermont-Tonnerre possédèrent cette seigneurie, qui passa, en 1600, aux barons d'Auriac. Pris et brûlé

par le duc de Savoie en 1G92, puis érigé en duchépairie en 1702, Tallard, après des vicissitudes diverses, écliut au marquis de Dérenger, allié à la famille de Sassenage.

Les armes de Tallard sont : d'or, à une hande componnée d'or et sinople.

Vevnes. — Veynes ( Veuelnm), chef-lieu do canton, à 2b kilomètres à l'ouest de Gap, station du chemin de fer de Lyon-Grenoble à Marseille par Sisleron , point de raccordement de l'embranchement qui se dirige sur Gap et qui atteindra Embrun, Briançon et Suse, est une petite ville située dans la vallée du Petit-Buech, au centre d'un bassin qui domine des coteaux couverts de vignes. Elle est peuplée par 1,735 habitants.

Le duc de Savoie, Victor-Amédée, l'incendia en 1626. Elle fut reconstruite par Louis XIII; mais la révocation de l'édit de Nantes lui porta un coup dont elle ne s'est jamais relevée depuis. On y voit quelques ruines d'anciennes fortifications et une église paroissiale qui faisait partie, dit-on, d'un monastère de Templiers. Elle possède deux châteaux; celui des anciens marquis de Lavillette est dominé par une grande tour. Une source très abondante, qui se jette presque aussitôt dans le Buech, jaillit sur le territoire de cette commune.

L'industrie de Veynes est peu importante : elle consiste en tanneries, fabrication de draps et de biscuits renommés; il s'y fait un commerce de laines et de bestiaux.

MoNTMAUR, — Montmaur, station du chemin de fer de Veynes à Gap, au pied d'un coteau et près de la rive gauche de la Béouze , à 16 kilomètres à l'ouest de Gap, dans le canton de Veynes, peuplée de 662 habitants, doit son nom aux Sarrasins, qui l'ont occupée longtemps. C'était, au moyen âge, une des quatre baronnies du Dauphiné. Sur la montagne dite du Château s'élèvent les ruines d'une chapelle et d'un manoir féodal. Il y avait jadis dans la plaine une commanderie de Templiers.

BniANçoN (lat. 44» 54' 0"; long. 4" 18' 20" E.). — Briançon [Brigantium vicum, Brigantio,Brigantium), au centre de quatre vallées, sur un plateau qui domine le confluent de la Durance et de la Guisanne, à 91 kilomètres au nord-est de Gap, est chef-lieu d'un arrondissement, place do guerre de première classe, avec tribunal de 1™ instance et

un collège communal. La ville, qui communique par Gap avec le réseau Paris Lyon-SIéditerranée, est resserrée dans son enceinte fortifiée; ses maisons sont en giMiéral très noires et très élevées ; elle est percée de rues étroites et pour la plupart tellement rapides que les voilures ne peuvent y circuler.

Briançon, dont la population actuelle est de 4,491 habitants, est très ancienne. Sirabon la place au sommet des Alpes. Il en est fait mention dans les Itinéraires et dans la Table Ihéodosiennc. Ptolémée, Alticus et Ammien Marcellin en parlent également. Pline en attribue la fondation à des Grecs chassés des environs du lac de Cùme por les Boïens et les Sénonais, qui détruisirent leur ville, Brigantium. Ces Grecs, s'étanl réfugiés dans les Alpes, se fixèrent entre le mont Genèvre et Sisteron et bâtirent une ville qu'ils nommèrent Brigantium, en mémoire sans doute de la cité qu'ils avaient habitée en Italie. D'autres veulent que ce soit Bellovèse ou Brennus qui ait fondé cette ville.

C'était, sous les Romains, une mansio et un castellum, c'est-à-dire un lieu d'étape militaire et une ville fortifiée. Une voie romaine la traversait, passait par7?«;«a(Rame), Ebrodumim{£mb'c\in), Caturigœ (Chorges), Vapincum (Gap), Alarente (Tallard), Alavionte (Monètier-Allemond) et Segastra (Sisteron). Une autre se dirigeait de Brigantium à Cularo (Grenoble). On en voit encore des vestiges.

Au moyen âge, le château de Briançon s'élevait sur la montagne avec un grand donjon fortifié d'une vingtaine de murailles. Au milieu du donjon se dressait une tour carrée. Ce château avait pour enceinte la Durance et un rocher. Aujourd'hui, il se compose de sept forts dont les feux se croisent. Chacun de ces forts a vue sur l'une des rampes de la route, qui se développe dans une forêt de pins, au mont Genèvre. On communique avec les forts au moyen d'un pont très large, jeté sur un précipice avec une hardiesse remarquable. Dans le cas où la ville viendrait à être prise, le canon d'un fort placé sur la rive droite, vis-à-vis de la clef du pont, intercepterait tout à coup cette communication.

Pendant l'invasion des barbares, Briançon sut rester indépendante. Après la chute de l'empire d'Occident, elle se constitua en république. On dit cependant qu'en 1032 elle se livra volontairement aux comtes d'Albon, pour s'affranchir dos factions qui la déchiraient.

Briançon a été brûlée en partie dans les guerres du xvr siècle. « C'est, dit un auteur, la clef de l'I-

IIAU TES-ALPES

talie, le point central d'altaque ou de défense, soit que, pour l'offensive, nos troupes débouchent sur ce point même, ou par leur gauche sur le mont Cenis, le Sainl-B^rnard ou le Siinplon, par leur droite sur le col de Tende; soit que, pour la défensive, elles se portent sur le flanc des communications que l'ennemi se serait ménagées, ou qu'elles veuillent rendre plus difficile, d'un côté, le passage du Var ou des llaules-Alpes, de l'autre coté celui du nhône ou des montagnes de la Savoie. » En 181r>, Briani;on refusa d'ouvrir ses portes aux alliés et soutint un blocus de trois mois.

Driançon est l'arsenal, le magasin et l'entrepôt des Alpes françaises. L'industrie y est représentée par des tanneries, chapelleries, distilleries; on y fait le commerce de talc connu sous le nom de craie de Brianron, et qui n'est autre que la prétendue poudre de savon employée par les bottiers et les gantiers. Celte ville a été de tout temps un lieu de passage et de garnison. « Aussi, ajoute le même auteur, y a-t-il toujours eu plus de mouvement, plus d'industrie, plus d'instruction que dans le reste du département. Si quelques essais ont eu lieu pour l'établissement de fabriques, de manufactures, c'est dans ce pays, où des communications plus fréquentes avec les étrangers autant que l'ingratitude du sol et la rigueur du climat ont dû tourner les esprits vers les produits industriels. »

Il y a encore à Driançon des vestiges de la vieille cité romaine. Avant la Révolution, on y lisait cette inscription sur l'une des portes :

COn.NELI.E SOLO.MN.E AUGUST.E CO.NJUGI.

Briançon possède une belle église et une fontaine remarquable par l'exlrème limpidité de ses eaux. Son territoire est peu fertile. Cependant, fécondé par l'aclif labeur des habitants, il produit d'excellents pâturages.

C'est dans les montagnes du Briançonnais que, vers le milieu du xvn" siècle, on trouva ces deux sauvages dont parle Salvaing de Boissieu. « Au mois de juillet 1646, dit-il, quelques bûcherons, au nombre de six ou sept, allant travailler dans le bois de la Combe, ouïrent une voix fort agréable, mais sans articulation, qui donna curiosité à l'un d'eux de s'avancer jusqu'à l'endroit d'où venait la voix, pour savoir ce que c'était; et, après avoir fait trente ou quarante pas, il découvrit une femme velue par tout le corps, à la réserve d'un petit espace audessous des yeux, ayant les cheveux pendants jus-

qu'auprès du coude et qui étaient repliés en forme de flocons, les mamelles fort avalées, dont le bout lémoignait qu'elle était nourrice, et les pieds fort petits et semblables à ceux d'un enfant de trois ans. Mais comme ils étaient couverts de poil, il ne put pas remarquer s'ils avaient des doigts. Il demeura plus d'une demi-heure à la considérer de huit ou dix pas sans qu'elle en fût effarouchée; mais quant à lui il n'eut pas la force d'aller à elle et il s'enfuit. Ayant ensuite raconte son aventure, un autre bûcheron plus déterminé dit qu'il irait le lendemain au bois, que s'il avait la même rencontre il ne serait pas aussi timide. Il tint parole; car à peine il eut donné quelques coups de cognée à un arbre, qu'il entendit le chant de cette sauvage; et étant allé avec un aulre bûcheron qui l'avait suivi vers l'endroit d'où venait la voix, il l'apergut et courut à elle; et comme elle s'enfuyait, il la prit par les cheveux. Cette femme alors poussa un cri sans articulation et fit un signe de la main pour appeler à son secours le mâle, qui vint en même temps à grands pas, laissant tomber quelques racines qu'il tenait dans la main. Le bûcheron, qui se voyait abandonné de son compagnon, eut peur, de sorte qu'il lâcha prise. A l'instant le mule prit la femelle par la main, et tous deux gagnèrent fort vite le haut du rocher, étant vus des deux paysans l'espace de trois ou quatre cents pas. Ils étaient de fort petite taille, mais ramassés et menibrus; le poil dont ils étaient couverts était noir, sauf à l'extrémité, qui était blanche. Voilà, ajoute Boissieu, tout ce qui est véritable de ces deux sauvages. »

Briançon est la patrie du lieutenant général Colaud, du conventionnel Colaud de La Salcelle et du mathématicien Bérard.

Les armes de Briançon sont : d'azur, à deux jjals échiquetés d'or et de gueules de trois pièces. Autrefois elles étaient : de trois tours d'argent, surmontées d'une quatrième, avec la devise .• petite

VILLE, cnA.ND RENOM.

Aiguilles. — Aiguilles, chef-lieu de canton, arrondissement et à 65 kilomètres au sud-sud-est de Briançon, bâti en amphithéâtre sur le penchant d'un coteau au pied duquel coule le Guil, entre le mont Genèvrc et le mont Viso, est un bourg peuplé par 671 habitants. En face de ce bourg s'étend la foret de Maressant, qui fut pendant six sic-cles (du xiii« au xix") l'objet d'un procès entre les communes d'Aiguilles et d'Abriès. Une sentence arbi-

traie, confirmée par le tribunal civil de Briançon et par la cour d'appel de Grenoble a fixé pour limite une pierre dite BlancMroiiosus. On discute encore à propos de cette borne à Aiguilles et à Abrics.

L'AuGENTiÈnE. — L'Argenlière, dans la vallée de ce nom, chef-lieu de canton, à 19 kilomètres au sud de Briançon, est bâtie sur une terrasse qui domine le confluent de la Durance et du Fournel. La commune se compose de quatorze hameaux.

Celle pelite ville de 1,143 habitants doit son nom aux mines de plomb argentifère que l'on exploitait jadis sur son territoire. Elle s'appelait autrefois ville i'Urgon. Au moyen âge, elle possédait un château sur un roc escarpé. Il a été détruit à la fin du xvu"^ siècle. Après avoir été exploitées pendant longtemps, les mines de L'Argentière avaient été abandonnées, lorsque, en 1789, on les reprit. Aujourd'hui, on y exploite avec succès le plomb argentifère.

Au temps des croisades, il y avait dans cette commune une maladrerie. On y voit encore une chapelle qui fut, dit-on, fondée par les Templiers.

La Grave-en-Oysans. — La Grave-cn-Oysans, sur la rive droite de la Ptomanche, chef-lieu de canton, à 39 kilomètres au nord-ouest de Briançon, est un bourg, à constructions disséminées, peuplé par 1 ,260 habitants. Au sud se dressent les glaciers de Tabuchct, de Pacave et du Vallon. C'est à La Grave qu'est né le géographe Nicolas de Nicolaï (1517-1583). Jean-Jacques Rousseau est venu herboriser dans ses montagnes, qui passent pour les plus belles des Alpes. On y compte 1,500 espèces de plantes ou de fleurs.

A l'extrémité de son territoire, fertile en beaux pâturages, à l'entrée de l'horrible gorge de Malaval, se trouve l'hospice de Loche. Déserté par les moines à cause de sa pauvreté, il a été loué à très bas prix à un cabaretier chez leiiuel le plus souvent on ne trouve aucunes provisions.

Le Monètieii-de-Briançon. — Le Wonètier-de- Briançon {Mo7iasterium) est situé dans une fertile vallée, sur la rive gauche de la Guisanne, à 15 kilomètres au nord-ouest de Briançon.

Ravagé en partie par un incendie en 1834, ce bourg a su réparer ses ruines. Ses usines et ses filatures attestent l'active industrie de sa population, qui est de 2,360 habitants. Deux sources ther-

males (sulfatées calcaires) jaillissent l'une au nord, l'autre au sud du bourg; les eaux de la première sont prises en boisson, celles de la seconde en bains. Un établissement de bains a été édifié.

Le Monètier est le chef-lieu de la vallée de la Guisanne. Rien de plus charmant que les environs de cette commune. De la maison des bains on voit, à gauche, la ville et les forts de Briançon; à droite, des monlagnes; en face, la Guisanne, qui serpente à travers des prairies et des vergers. Sur les hauteurs, des forêts de sapins et de mélèzes; çà et là, des chalets qui s'élèvent ; à l'horizon, des glaciers.

Ce bourg, assez bien bâti, est plein de ruines qui témoignent du long séjour des Romains dans cette contrée. On y a trouvé des lampes sépulcrales et un grand nombre de pièces d'or, d'argent et de bronze, à l'effigie des empereurs.

La vallée de Monètier est citée comme l'une des merveilles des Alpes. Traversée d'un bout à l'autre par la Guisanne, elle commence aucoldeLautaret. Cette montagne , riche en végétaux , domine la vallée et lui envoie les eaux de la Guisanne, et quelquefois des avalanches aussi redoutables que celles de la Suisse. Pendant une partie de l'année, on peut descendre du Lautaret en traîneau. Les monlagnes qui bordent la vallée sont hérissées, du moins depuis la Maison-Blanche, des cônes verts des mélèzes; de leurs flancs descendent des torrents qui roulent beaucoup de pierres. D'énormes blocs de schiste et de granit ont été entraînés dans la vallée. Çà et là se montrent des montagnes ravagées et déchirées, entremêlées de villages et de cultures.

Le MoNTGENt;vuE. — Le Montgenèvre ou ftlont- Genèvre [mons Jovis, aljils Collia) est un bourg situé sur le plateau de la montagne de ce nom, à 11 kilomètres au nord-est de Briançon, peuplé par de 350 habitants. 11 fut brûlé, en 1708, par Victor- Amédée de Savoie. On y remarque des ruines qui remontent au siècle d'Auguste.

Janus y avait, dit-on, un temple, et Cottius y fit de grands travaux pour rendre le passage du col praticable. C'est le chemin des conquérants pour franchir les Alpes. Bellovèse, Annibal, Marins, César, Auguste, Claude, Galba, Valons, Domitien, Maximin, Constantin, Magnence, Gratien, Théodose Charlemagne et François l""' l'ont successivement traversé.

Sous le Consulat, en 1802, plusieurs communes

HAUTES-ALPES

du Driançoniiais, jointes aux soldais de la garnison de Briançon, enlreprirent d'ouvrir la roule du Monlgenèvre. Pour perpétuer le souvenir de ces grands travaux, on éleva, près du point de passage de la France et du Piémont, un obélisque de roche coquilliùre, avec deux inscriptions, l'une latine et l'autre française, sur deux tables de marbre noir.

En 1815, les alliés respectèrent le monument, mais non les inscriptions. Après 1830, le roi Louis- Philippe les fit réiabllr.

Ilumbert H avait fondé sur le Monl-Genèvre une maison hospitalière; mais, pauvre et délaissée par les moines, elle est desservie aujourd'Inii par un chanoine de l'église de Gap.

Des bois de sapins et de mélèzes couronnent le Monl-Genèvre. Ils sont infestés par les loups.

C'est dans la vallée du Monl-Genèvre que la Doire prend sa source, auprès de la Durance; elle va tomber dans le Pô, tandis que la Durance se précipite vers le Rhône. De là ce quatrain local :

AJieii donc, ma sœur la Durance!

Nous nous séparons sur ce mont.

Toi, tu vas ravager la France; Je vais féconder le Piémont.

Si l'on s'éloigne de la Durance, ;< on peut, dit M. Depping, sur la rive droite de celle rivière, se diriger vers le mont Viso et monter au col de la Traversetle, à l'extrémité de la France... Un pic escarpé de tous côtés, et haut de 4, "219 mètres, fait apercevoir le Viso de loin. Quoiqu'il se perde dans les nues, il ne conserve pas de neige en été; seulement il en reste à sa base. On en voit au plus fort de l'été une longue et large traînée le long de la rampe qui conduit au col, haut de 3,047 mètres, sous une pointe de rocher nommée Visolotto ou Visolo. Un souterrain de 72 mètres de long traverse la montagne de l'est à Pouest. Ce passage, dit le trou de la Traversette, est très ancien. Plus d'une armée l'a franchi avant et après celle de François \". A la sortie du souterrain, on découvre le Piémont, le Milanais et même l'État de Venise ; c'est une des plus belles vues du monde... Des tourmentes menacent la sûreté des voyageurs au col de Viso, comme aux autres cols des Alpes, surtout dans les temps de neige. »

Vai.louise. — Vallouise, dans une vallée en parlie froide, peu cultivée et cependant 1res productive, à 24 kilomètres au nord-ou'îst de Uriançon, est peuplée par 1,093 liabilants.

Jadis cette vallée, qui doit son nom à Louis XI, ne renfermait qu'une seule commune, divisée en trois tierces, dont chacune avait un consul. Aujourd'hui, elle en comprend quatre : Vallouise, La Pisse, Les Vigneaux et Puy-Prés. Arrosée par la Gyronde, la Vallouise offre les plus beaux paysages des Alpes dauphinoises. Elle a vu naître le célèbre hérésiarque Pierre de Druys et mourir sur les bûchers de l'inquisition un grand nombre de ses habitants qui avaient embrassé la religion des Vaudois. (Voir l'Histoire générale du département.)

Au centre de la vallée sont l'église et le baptistère, œuvres de la Pienaissance. Le baptistère est formé d'une seule pierre, soutenu par des colonnes, recouvert d'un chapiteau et orné de basreliefs.

Cn.\TE.vc-\ iLLci-ViiîiLi.E et QuEVRAS. — Château- Ville-Vieillo, sur la rive droite du Guil, au centre de quatre vallées, d'où son nom latin de vallis Quadrala, à 43 kilomètres au sud-sud-est de Briançon, est un bourg peuplé par 91 1 habitants ; il est divisé en deux parties : Ville-Vieille et le château de Queyras, qui en est assez éloigné. Ce dernier s'élèv« sur la pointe d'un rocher que baigne le Guil. Audessus du portail s'élance une grande tour carrée. Ce château, d'origine féodale , passe pour être le chemin couvert de Briançon.

Ville-Vieille est bâtie en bois. Assiégée et prise par le connétable Lesdiguièrcs, en 1387, elle a vu passer sur son territoire le maréchal Calinat allant combattre le duc de Savoie.

Son église est l'une des plus belles de la vallée.

Des champs où le lin, l'orge, l'avoine et le seigle viennent à une très grande hauteur; des prairies à travers lesquelles serpente le Guil, et s'étendanl jusque sous de vastes forcis de mélèzes, qui cou:ronnent les montagnes; sur celles-ci d'immenses pâturages et une foule de plantes rares; quelques villages presque tous épars; des hameaux dont la plupart ne sont habités que pendant la belle saison, des canaux, qui, sur des échafaudages soutenus par des quartiers de roc au-dessus du Guil, portent la fécondité d'un côté à l'autre du vallon : tel est l'aspect de ce pays.

Les armes de Chàteau-Ville-Vieille, pour Queyras, sont : d'azu?; à la bande componnùe d'or cl de gueules.

EMuauN (lat. 44" 33' 45"; long. 4" 9' 3U" li). —

— Embrun [Ehrodiinum ou Eieredunuvi), sur un rocher escarpe qui domine la rive droite de la Durance, à 40 kilomètres à l'est de Gap, ville forte de S' classe, qui a perdu son importance comme place de guerre depuis la contruclion du fort du Mont- Dauphin, est peuplée par 3,957 habitants.

Jadis archevêché, parlement et intendance de Grenoble, élection, collégiale, elle est aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement et de canton, sous-préfecture, avec tribunal de l" instance, collège communal et petit séminaire.

Cette ville est d'origine celtique. Suivant les étymologisles, son nom vient de deux mots, l'un grec,

— c'est le nom d'une divinité qui était adorée dans cette contrée; — l'autre celtique, Dun ou Dunum, et usité chez les Celles pour exprimer un lieu âlevé, ce qui répond à la position d'Embrun.

Strabon est le premier qui ail parlé de cette ville. D'abord sous la dépendance des Calurigcs, puis mansio sous les Romains, elle s'accrut rapidement dans la suite. Bien qu'elle ne fût pas colonie, Néron la déclara ville latine, et donna à ses habitants le droit d'entrer dans les magistratures elles charges de l'empire. Rangée parmi les villes alliées sous Galba, elle devint, sous le règne d'Adrien, chef-lieu ou métropole des Alpes maritimes. Il y avait un questeur, un receveur des tributs des montagnes et un ordre de décurions. Dans les guerres de l'empire contre les barbares, elle fut fortifiée pour défendre les passages, soit par delà, soit en deçà des Alpes. Au v= siècle, les Vandales vinrent l'assiéger; mais, dit la légende, saint Marcellin protégeait la ville; il fondit l'épée à la main sur l'ennemi, qui, saisi d'épouvante, s'éloigna. Après la levée du siège, le peuple alla se prosterner devant le tombeau de ce martyr et le remercier de sa délivrance. Ravagée par les Huns, les Lombards el les Saxons; pillée et saccagée par les Sarrasins, à qui la trahison l'avait livrée; assiégée sous Charles V par les grandes compagnies, lacilécaturige eut encore à souffrir de la tyrannie de ses archevêques

C'est en 364 que le siège épiscopal d'Embrun avait été fondé. Dans la suite, il acquit une telle importance, qu'on se le disputait comme une proie. Au vu» siècle, un concile dut intervenir et déposer Chramlin , qui s'en était injustement emparé. Créés métropolitains en 794, puis investis par les empereurs du titre de prince, des droits régaliens cl du pouvoir de frapper monnaie, les archevêques

d'Embrun ne se servirent de leur puissance que pour opprimer leurs vassaux. Sans cesse en guerre avec la ville, celle-ci finit par les chasser de leur palais el de leurs châteaux (1238); mais ils ne lardèrent pas d'y rentrer. Plus tard, l'Embrunais ne passa aux comtes de Forcahiuier, el de ceux-ci aux dauphins de Viennois, qu'à charge d'hommage aux archevêques. Les dauphins avaient fait bâtir près de la ville un palais ou plutôt une citadelle. De là des prétentions qui amenèrent des démêlés avec les princes d'Embrun. Par une bulle de 1297, le pape Urbain VI menaça le dauphin de lui retirer l'autorité qu'il exerçait dans le comté, s'il ne se reconnaissait point vassal de l'archevêque. Le dauphin se soumit. Cependant, après la cession du Dauphiné à la France par Ilumbert II, le pouvoir des archevêques alla déclinant. Dès 1401, le conseil delpbinal défendit de » commercer ni de recevoir aucune espèce de la monnoie que l'archevêque avoit fait fabriquer. » Plus tard, Louis XI mil des bornes à la juridiction épiscopale d'Embrun en créant un bailliage dans celte ville.

«On sait, dit un historien, quelle était la dévotion singulière de ce prince pour Notre-Dame d'Embrun, dont il portail toujours attachée à sa toque une statuette en argent; il lui donna un bel orgue à tuyaux d'argent el lui promit une grille du même métal; mais, comme elle le négligea dans une occasion importante, et que Notre-Dame de Lorcltcvinl à son aide, cette dernière eut la grille d'argent, et Notre-Dame d'Embrun dut se contenter de celle de fer. Cependant il se recommanda encore à sa protectrice, et l'on prélend qu'à son heure dernière il murmura ces mois : « Notre-Dame d'Embrun, ma 1) bonne maîtresse, aidez-moi ! » Il lui avait attribué une guérison miraculeuse, après laquelle il vint, en 1481, exécuter le vœu qu'il avait fait. Suiva'nt l'usage des dauphins, il entra processionnellemenl dans la cathédrale comme chanoine, revêtu du camaileldu rochet, et précédé par l'archevêque et le chapitre, au son des cloches. » Dès lors, l'archevêque ne fut plus que le second de son église : le roi, d'après les bulles du pape, en était le premier, el les revenus de sa prébende servaient à célébrer tous les dimanches la messe du roi.

Au xvi° siècle, les protestants, s'élant rendus maîtres de la ville, brùlcrenl le palais de l'archevêché. Plus tard, Richelieu en fit démolir les châteaux, sous prétexte ([u'ils pouvaient servir de retraite aux calvinistes. Sous le règne de Louis XIV,

HAUTES-ALPES

V'iip d'Embrun.

en 1692, elle fut bombardée et prise par le duc de Savoie.

Embrun est assez bien bàlie. Située sur un plateau, dominée par le mont Saint-Guillaume, entourée deremparls, de bastions etd'un fossé profond, elleest défendue, du côté de la Durance, par un rocher inaccessible. Jadis place forte de première classe, elle n'est plus aujourd'hui qu'un entrepôt. Sa citadelle s'élève sur le lieu même où se trouvait le palais delphinal. Il ne reste que peu de traces de l'ancienne ville gallo-romaine. On y a trouvé, en 1811, près de la porte, un tombeau qui renfermait une urne cinéraire, une lampe sépulcrale et un lion augurai. La cathédrale, que l'on dit avoir élé fondée par Charlemagne, est fort belle. Des colonnes carrées, massives, à soubassement, soutiennent d'un côté une voûte en ogive, celle de la grande nef, et, de l'autre, les voûtes des bas cotés, qui sont en plein cintre; mais dans la seconde partie de la nef, le monument change de style et de caractère. Jusque-là d'une seule couleur, les arcatures et les

France illustrée. 104.

frisesdeviennent jaunâtres et grises; lesmodillons, d'une sculpture toute grossière, représentent des masques sauvages et grimaçants, des tètes de monstres, des visages humains à barbe longue et touffue; en un mot, c'est la barbarie à côté de la civilisation, c'est l'histoire du ix' et du x' siècle écrite sur la pierre. L'autel est en marbre de Carrare, les vitraux sont ornés de rosaces avec portraits des douze apôtres. Le portail, quoique petit, présente un double rang de colonnettes dont les chapiteaux sont en feuillage. Au-dessus du portail est une magnifique rosace : les rayons , au nombre de douze, sont formés par des colonnettes à chapiteau corlnlhion en feuilles de vigne et de platane.

Il y a, près de la cathédrale, une tour gothique de forme carrée et d'une grande élévation, et, en face, une maison antique avec cintres et sculptures. On la croit contemporaine de l'église.

De l'ancien collège et séminaire des jésuites on a fait une maison centrale de détention. C'est la première qui ait été établie en France.

S6. — Hautes-Alpes, 4'= Liv.

Citons encore le pont dit de la Clapière, jeté sur la Durance pour le service de la route nationale et bâti en pierre de taille de Mont-Dauphin. On rapporte qu'il fut emporté par un débordement en 1S38 et que la Durance força les voyageurs à se jeter sur la montagne par Héallon. Des promenades d'où l'on découvre des points de vue magnifiques sur la vallée de la Durance ont été établies.

L'industrie d'Embrun consiste en fabriques de draps, de couvertures, de chapeaux, filatures de coton, tanneries; on y fait un commerce de vins, de fruits, de cuirs et de bestiaux.

Parmi les personnages célèbres que cette ville a vus naître, on cite Jean Morel, ami d'Érasme; le général du génie La Peyrouze et le baron Anthoiiie de Saint-Joseph, à qui la France dut le commerce de la mer Noire.

Au nombre de ses archevêques, l'Église d'Embrun compte Henri de Suse, cardinal d'Ostie ; le célèbre Guillaume d'Àvançon et le cardinal Pierre- Guérin de Tencin. Sa sœur, Claudine-Alexandrine, ayant pris secrètement le voile, ne tarda pas à s'en repentir. Relevée de ses vœux, elle tint chez elle, suivant Gœthe, les états généraux de la littérature, appelant les gens de lettres ses bêtes. On sait que, maîtresse de Destouches-Canon, officier d'artillerie, elle en eut un fils, d'Alembert, qui ne voulut pas la reconnaître pour sa mère, celle-ci n'en ayant pas rempli les devoirs.

Les armes d'Embrun sont : de gueules , à la croix d'argent; — aliàs ; de gueules, à la croix d'or.

GaoRGEs. — Chorges [Caturiges, Caturiga, suivant les Itinéraires; Catorigomagus , d'après la Table théodosienne), à 23 kilomètres à l'ouest d'Embrun, est un bourg peuplé par 1,770 habitants. Situé au milieu d'un bas-fond que menacent deux torrents dévastateurs, il est sujet à des épidémies et à des fièvres intermittentes, à cause des miasmes qui s'élèvent journellement des marais qui l'avoisinent.

Chorges a une origine fort ancienne. C'est l'antique cité des Caturiges, qui s'étendaient depuis Valpis Cottia iusqu'à Fi7ies, près de Vapincum (Gap). Au iv« siècle, mansio comme Brigantium, puis ville considérable , elle fut détruite par les barbares. Alors les habitants bâtirent sur un terrain plus élevé une bourgade où l'archevêque d'Embrun possédait soixante-douze maisons, vulgairement

appelées alierges et situées près de l'église, sur le fief de laquelle il avait la justice.

Pendant les guerres d'Italie, 1,500 Allemands à la solde de la France, ayant été licenciés, descendirent les hautes Alpes en 1517, semant la terreur sur leur passage ; leur commandant s'appelait Chien. Il vendait aux bourgs l'exemption du droit de logement et les dévastait ensuite. Chorges lui ayant fermé ses portes, il les força, tua plusieurs habitants et livra au pillage la commune et l'église.

Plus tar.i, Lesdiguières vint mettre le siège devant cette ville. Retranchés dans leur forteresse, qu'ils croyaient imprenable, les habitants répondirent par des bravades aux sommations de l'ennemi ; cependant Lesdiguières força la ville en 1585; mais, l'année suivante, elle fut reprise par les catholiques, sous les ordres de d'Epernon et deLavalette, qui démantelèrent la place et en rascreut les fortifications.

De la vieille cité gallo-romaine il reste deux rues, le temple de Diane, aujourd'hui l'église, et des ruines importantes. Au pied de l'ancieu rempart, on a découvert l'emplacement de la citadelle et des fossés. Sur la place de l'église s'élève encore un socle de marbre dont l'inscription porte le nom sinistre de Néron. Des tronçons de colonnes gisent devant les habitations et y servent de bancs. Dans le voisinage, enfin, on a trouvé des chapiteaux, des fûts et d'autres fragments d'architecture (jui attestent le génie et le goût artistique des Romains.

Il y avait anciennement près de Chorges uue église, dite du Saint-Sépulcre, bâtie en rotonde, sur le modèle de celle de Jérusalem, après la première croisade; elle formait, avec les bâliments et les terres qui en relevaient, une riche commanderie de Templiers, sous la dépendance directe du grand maître. Il n'en reste que des ruines.

Dans la vallée de Chorges existait, il y a cent cinquante ans, une chapelle rustique sous le vocable de Notre-Dame-de-Bon-Rencontre. On rapporte que la sainte Vierge y apparut à une jeune bergère. Benoîte Bencurel, et lui commanda de bâtir une église ; mais la sainte Vierge ne lui ayant pas dit comment il fallait s'y prendre, la pauvre fille fit part de son embarras à ses compagnes. Bientôt la nouvelle s'en répandit dans toute la vallée : chacun apporta sa pierre et l'église s'éleva. Benoîte mourut dans un âge avance; on lui fit de magnifiques funérailles. Son corps fut déposé dans un caveau, en avant du grand autel, à l'entrée du sanc-

IIAUTES-ALPES

tuaire élevé sur les débris de la chapelle. Ce pctil sanctuaire est l'objet principal de la dévotion ; il rappelle la Santa-Casa do Notre-Dame de Lorelte, à Parme. Chaque année, à la Pentecôte, des paroisses entières s'y rendent en procossion. « C'est un spectacle curieux, dit M. de Ladoucette, de voir une foule immense suivre les sinuosités des sentiers, avec des coslumos différents; les parents, les amis se retrouvent sans s'être donné rendez-vous, et la fête de la religion devient une fête de famille Après les devoirs de dévotion, on se répand dans la campagne et sur les prairies, on se forme en groupes pour le repas rusliiiue. »

Mont-Daupiii.\. — Mont-Dauphin est bâtie au confluent de la Durance et du Guil, au nord-est de Gap et à 18 kilomèlres nord-est d'Embrun. Cette ville, peuplée de 355 habitants, n'a que deux rues, qui forment la croix; mais toutes les maisons en sont tirées au cordeau.

Au-dessus s'élève la forteresse. Bâtie sur un plateau presque inaccessible, au centre de quatre vallées et dominant le cours du Gui! et celui de la Durance, elle bat les routes d'Embrun et deBriançon.

Victor-Amédée, duc de Savoie, passant à la tête de son armée sur ce plaleau, dit : « Voilà une porte à fortifier. » Louis XIV ne négligea pas l'avis et il envoya sur les lieux Vauban et Catinat, qui en firent l'une des clefs de la France du côté de l'Italie. On y voit deux grands corps de caserne et un arsenal considérable. Toutes les fortifications sont construites en marbre rougeâtre. On y a élevé, en face des Eygliers, des remparts massifs et deux foris parallèles qui, croisant leurs feux sur le chemin de sortie, rendent celte place inaccessible aux assiégeants.

Mont-Dauphin fut érigé en ville en 1753. Pendant la Révolution, elle porta le nom de Mont-Lyon, et, en 1815, elle refusa d'ouvrir ses portes à l'armée austro-sarde. 11 y règne des vents réguliers et périodiques dans l'intervalle de l'équinoxe du printemps à celui d'automne, qui en rendent le séjour peu agréable ; aussi les anciens appelaient-ils ce plateau Mille Aura (mille vents).

Les armes de Mont-Dauphin sont : parti, lex>remier d'azur à trois (leurs de lis d'or, 2 et i ; le deiixième d'azur, au danp/ii/i d'argent.

A 8 kilomètres de Mont-Dauphin, et près de la grande route, est situé l'établissement thermal de

Pr.A\-i)E-PHAZi, alimenté par quatre sources d'eaux minérales acidulés et ferrugineuses, qui coulent du midi au nord dans des canaux anciennement creuses. Ces eaux, qui sont purgatives et apéritives, sont employées avec succès dans les maladies du foie et de la peau.

GuiLLESTRE. — GuiUcstre , chef-lieu de canton peuplé de 1,479 habitants, à 19 kilomètres au nordest d'Embrun, est un bourg situé dans la vallée du Guil, au confluent du Rioubel et de la Chagne.

Jadis place forte, elle fut prise et reprise par les catholiques et les protestants au temps des guerres de religion. Le duc de Savoie s'en empara en lôl'i, après six jours de siège. C'est aujourd'hui une petite ville paisible, qui sert d'entrepôt aux produits de la montagne. Sa foire de la mi-octobre y attire un grand nombre d'habitants des communes voisines, qui viennent s'y approvisionner des objets dont ils ont besoin. Son industrie consiste en fabriques de draps, teintureries, cardes mécaniques et une tannerie.

C'est par Guillestre que passa François \" en 1515, lorsqu'il allait en Italie livrer la célèbre bataille de Marignan. « Les Suisses, dit M. Henri Martin au tome IX de sa belle Histoire de France, gardaient les gorges du mont Cenis et du mont Genèvre, les seules routes praticables de France en Italie en usage alors. Forcer le passage sur l'un ou l'autre de ces points était impossible; faire descendre l'armée jusqu'à l'embouchure du Var et entrer en Italie par le chemin étroit et difficile appelé la Corniche, qui serpente entre les Alpes maritimes et la mer, le long de la côte ligurienne, c'était encourir une perte de temps peut-être irréparable, pour retrouver plus loin, au passage de Ligurie en Lombardie, des embarras et des périls analogues à ceux qu'on aurait évités. François I"" s'arrêta au parti le plus audacieux et le plus sage, à celui de s'ouvrir une route nouvelle à travers les Alpes. Un gentilhomme piémontais, Charles de Soliers, seigneur de Moretle, parent d'une ancienne maîtresse de Charles VIII, amène au roi les plus expérimentés des chasseurs de chamois et des pâtres de la montagne. Trivulce, Lautrec et Navarre allèrent avec ces guides reconnaître les principaux cols qui conduisent du Dauphiné dans le pays de Saluées et qui n'étaient pas gardés par l'ennemi ; ils choisirent les défilés qui mènent d'Embrun à la source de la Sutura par la vallée de

Barcelonnelte. Ce sentier semblait à peine praticable pour une colonne de fantassins ; Navarro promit de le rendre accessible à la grosse artillerie.

» Le gros de l'armée traversa donc la Durance à Embrun et se porta par Guillestre sur Barcelonnette, tandis qu'une colonne de cavalerie, commandée par La Palice.d'Aubignc, Dayardetlejeune Montmorency, suivait, par Briançon, Sestrière et Rocca-Sparviera (La Roque-Épervière), un autre chemin où jamais cheval de guerre n'avait passé. L'armée escalada lentement le gigantesque amphithéâtre des Alpes; obligée à cho(iue instant de livrer combat à la nature rebelle, jetant des ponts sur les abîmes, faisant sauter les blocs énormes avec la poudre, traînant les canons et les hissant de roc en roc à l'aide de câbles, les soldats furent admirables d'ardeur et de persévérance. Après cinq jours d'efforts et de fatigues inouïes, la nature sauvage des Alpes fut aussi glorieusement domptée par les iM-ançais qu'elle l'avait été autrefois par le grand Aniiibal ; le troisième soir, l'armée campa sur les sommets de la gronde chaîne qui sépare le système fluvial du l'.hùne et celui du Pô, la France do l'Italie ; le quatrième jour, elle atteignit L'Argentière et la source delà Sutura; le cinquième, enfin, elle descendit dans les plaines de Saluées sans que l'ennemi eût eu le moindre soupçon de sa marche; les montagnards dévoués à la France et à la maison de Savoie avaient fidèlement gardé le secret. »

Freissinièues et Don.>nLuousE. — Freissiuières est une commune de 792 habitants, située dans le canton de Guillestre, à 31 kilomètres au nord-ouest d'Embrun, et de laquelle dépend lo petit village de Dormilhouse. Il est situé dans la vallée de la Biaisse, la plus sauvage peut-être de toute la France; un seul sentier y conduit à travers d'affreux précipices que l'œil du voyageur ne mesure qu'avec une admiration mêlée de terreur. Vers le milieu de la montagne, la rivière de Biaisse se précipite avec fracas d'une hauteur de 400 mètres. La rivière, en tombant, offre le perpétuel spectacle des mille couleurs de l'arc-en-ciel. .\ travers la nappe d'eau qui couvre la montagne, l'œil cherche en vain le chemin qu'on a suivi. Les habitants sont les descendants des Vaudois si cruellement persécutés, pendant cinq sièclob, pour leurs opinions religieuses.

V.^ns. — Vars est un bourg du canton de Guillestre, situé sur une montagne, à 25 kilomètres au nordest d'Embrun, et peuplé par 832 habitants. Vars domine une longue vallée de près de 19 kilomètres, qui est encaissée par de hautes montagnes. Cette vallée aboutit par une montée fort douce au col de ce nom, très fréquenté pour aller dans l'arrondissement de Barcelonnette. Les montagnes de la vallée de Vars sont peut-être, avec celles du Lautaret, les plus belles des Alpes; leur base offre de charmants tapis de fleurs et de verdure; les coteaux et leurs sommités sont couverts de mélèzes. On peut visiter dans ses environs, le camp de Tournoux. Le col de Vars fait communiquer le département des Hautes- Alpes avec celui des Basses-Alpes.

OncuîREs. — Orcières, à 52 kilomètres nord d'Embrun, chef-lieu de canton, sur le Drac, commune composée de vingt-trois hameaux disséminés sur le flanc des montagnes et dans les vallons avoisinants, est peuplée par 1,200 habitants. Sur sou territoire existent des carrières de plâtre, d'ardoise et des gisements inexploités d'anthracite. Commerce de laines, de beurre et de fromages.

Savines. — Savines, chef-lieu de canton, arrondissement et à 10 kilomètres au sud-sud-oucsl d'Embrun, à la base septentrionale du Morgon, visà-vis de l'embouchure du torrent de Réallon ou de Savines dans la Durance, est un gros bourg peuplé par 1,123 habitants. Il occupe l'emplacement d'une ville antique qui passe pour avoir été la ville principale des Savliiates ou Savinctates, mentionnés dans l'inscription de l'arc de Suse, qui fait le dénombrement des peuples soumis au gouvernement de Cottius. Savines a, dans sa circonscription, cinq hameaux; son église unique était dans celui des Charines; depuis, on en a édifié une autre aux Charrières, au bas desquelles Kellermann fit jeter un pont de bois, remplacé plus tard par un pont en pierre de taille. Pie VI s'arrêta à Savines en 1790. On aperçoit sur un rocher assez élevé, les ruines d'un château. Dans les environs se trouvent les forêts du Morgon et de la Maynonne.

Les armes de Savines sont : D'azur, au huchet d'or, lié de sable, accompagné de trois étoiles d'or, deux en chef et une en pointe.

AUasdclal'Vaiirt' niusliHu'-

No-

Cram pai- Krhajd , 8 j-iie Nicole

J.KoutTKdiU-nl

,dili«ii

ji^ .

loilrv S^Ilonort'

//»*/?. pu/^ Erhani

Page 1