‹ La France illustréeChapitre 168 sur 301 · IIaltes-Alpes, 1" Liv · texte numérisé non relu

IIaltes-Alpes, 1" Liv

très; c'est le sommet le plus élevé des montagnes de l'inlérieur de la France; au nord du cirque de la Bérardo, la Maije, 3,987 mètres (c'est-à-dire l'aiguille du Midi, lorsqu'on la voit du Lautaret), le dépasse aussi ; au sud, l'aiguille d'Olan, 3,883 mètres, l'égale presque. De ce massif dépendent, à l'est, la crête granitique dont la cime de la Condamine, 2,936 mètres, est le point culminant; au sud, la crête également granitique des Bœufs -Rouges, 3,651 mètres, et du pic Bonvoisin, 3,306 mètres. » (E. Levasseur, La France.)

Le massif du Pelvoux et ses contreforts sont la région la plus élevée et la plus pittoresque des Alpes françaises.

Au sud-ouest du massif du Pelvoux, entre la Durance et le Drac, est le sombre massif du Dévoluy; c'est la partie la plus nue et la plus désolée des Alpes; son plus haut sommet est le pic de l'Obiou, 2,793 mètres, sur la limite du département et de celui de l'Isère, et sa partie centrale est à la montagne d'Aurouse, 2,715 mètres. Autrefois, le Dévoluy était couvert de forets; mais elles ont été malheureusement défrichées ; alors les eaux l'ont raviné, de sorte qu'aujourd'hui il ne présente plus que des cboulis de cailloux noirâtres sur lesquels l'herbe même a peine à pousser, ce qui lui a valu son nom de Devoluy [devolvere). Voilà ce qu'a fait le déboisement dans ce pays dont les habitants vivent moins de leurs récoltes que du produit de leurs bestiaux et des redevances des bergers provençaux qui y amènent leurs troupeaux pendant l'été.

Au sud-est du massif du Pelvoux, entre la Durance et l'Ubaye, sont deux chaînes que sépare la vallée du Guil; la première, au nord, a pour sommets : le pic de Rochebrune, 3,324 mètres; l'aiguille des Pénitents, 2,746 mètres, et le pic de Grand- Serre, 2,582 mètres; la seconde, qui sépare le département des Hautes-Alpes de celui des Basses- Alpes, a pour sommets principaux : le Grand- Queyras, 3,117 mètres; le pic de Chabrières, 2,700 mètres; le Parpaillon, 2,879 mètres; le sommet de Sonaille, 2,889 mètres, et le pic de Martin- Jean, 2,998 mètres.

Les principales vallées des Hautes-Alpes sont : la vallée de la Duranee avec celles de la Guisanne et du Gil, ses affluents principaux; la vallée du Drac et celle du Buech.

Quelques vallées secondaires, notamment celles de la Clarée, du Monôlier, des Aycs, de Réallon,

de Goldemard et de Queyras, peuvent le disputer en beautés admirables à celles de la Suisse. Le passage suivant, que nous empruntons à l'ouvrage de M. le baron de Ladoucette sur le département des Hautes-Alpes, fera bien comprendre quel est l'aspect de ce département : « Des vallées que les torrents principaux ont formées, qu'ils arrosent et ravagent, les gorges et les vallons qu'on y voit aboutir en tout sens, en toute direction, et qu'ont creusés des torrents secondaires, qui vont grossir les premiers ; les montagnes d'où toutes ces eaux vagabondes s'échappent avec fracas, et qui, s'élevant graduellement en amphithéâtre, grandissent, pour ainsi dire, depuis l'ancienne Provence jusqu'au mont Genèvre; sur leurs pentes, ici des champs ou des vignobles; là, et surtout au nord, quelques forêts et des groupes de bois; trop souvent, au midi, des terrains arides et des crevasses ravinées ; sur les plateaux, de vastes plaines émaillées d'une quantité prodigieuse de fleurs ; la chaîne des hautes montagnes couronnée par des glaciers où se sont entassées à des profondeurs immenses les neiges presque éternelles qui dominent des pics, des rocs nus et décharnés, s'élançant comme pour atteindre les deux; tous les aspects, toutes les expositions, toutes les températures, tout ce qu'il y a de plus varié et de plus monotone, de plus curieux et de moins intéressant, de plus imposant et de plus simple, de plus riche et de plus pauvre, de plus riant et de plus triste, de plus beau et de plus horrible : voilà le département des Hautes-Alpes. »

La superficie est de 558,914 hectares; le sol se divise d'après sa nature en pays de montagnes, 550,000 hectares; pays de bruyères, 252,000 hectares; sol de terreau, 45,000 hectares; sol calcaire, 232,000 hectares; sol de gravier, 20,000 hectares.

Hydi'ographie. — Le département des Hautes- Alpes est incliné vers le sud-ouest et appartient au bassin du Rhône; le massif du mont Pelvoux le divise en deux bassins secondaires, celui de l'Isère au nord, et celui de la Duranee au sud; la Romanche et le Drac, affluents de l'Isère, arrosent la première de ces divisions naturelles du déparlement ; la seconde est traversée, dans une longueurde 140 kilomètres, du nord-est au sud-ouest, par la Duranee, qui reçoit à droite la Clairée ou Clarée, la Guisanne, la Gyronde, formée parles deux torrents de la Gyre et de l'Onde, l'Alp-Martin, la Biouse, la

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Vence et la Luye, et, par la gauche, la Cervières, le Guil, la Grcvoux et la Vachère. Un autre affluent de la rive droite de la Durance, le Buech, plus étendu que les précédents, arrose, du sud au nord, la partie sud-ouest du département.

La Romanche prend sa source dans les plaines du mont Pelvoux, près de La Grave, qu'elle traverse; puis elle passe dans le département de l'Isère et va se jeter dans le Drac, un peu audessous de Vizille, après un cours d'environ 88 kilomètres.

Le Drac prend sa source au col des Deux-Courettes, dans l'arrondissement d'Embrun; il passe à Orcières, Saint-Laurent-du-ljros, Saint-Bonnot, près de Chaseger et du château de Lesdiguières, et se jelte dans l'Isère, au-dessous de Sassenage, après un cours de 148 kilomètres.

La Durance prend sa source dans l'arrondissement de Briançon, au mont Genèvre; elle passe à Briançon, L'Argenlière, Mout-Dauphin, Embrun, Tallard, Le Poét, près duquel elle quitte le déparlement pour traverser ceux des Basses-Alpes et de Vaucluse. Elle \a se jeter dans le Rhône, à 8 kilomètres au-dessous d'Avignon, après un cours très torrentueux d'environ 380 kilomètres; elle est, dans la partie inférieure de son cours, sujette à des débordements qui causent de grands ravages. Sa pente moyenne est de 3 millimètres par mèlrc.

Le Buech prend sa source au pied de la Croix- Haute, dans le département de la Drôme. Cette rivière pénètre à peu de distance de là dans le département des Hautes -Alpes et passe à Veynes, Serres, Larogne, Ribiers et se jette dans la Durance, à sa sortie du département et sous les murs de Sisteron, après avoir, comme la Durance, servi un instant de limite entre les deux départements des Hautes et des Basses-Alpes.

Le petit bassin du Drac communique avec 1-2 vallées, celui de la Durance avec 39, celui du Buech avec Ib. Dans chacune de ces vallées coule un torrent qui descend par cascades successives des montagnes et qui lui donne son nom.

Le déparlement renferme plusieurs petits lacs; nous citerons le lac Trouble, près de Champcella ; le lac Neal, qui domine la belle vallée des Ayes; le lac de Leslio, près du mont Viso, où le Guil, affluent de gauche de la Durance, prend sa source; les lacs de Réallon, de Chabrières et de Morgan ; le lac des Cordes, dans le vallon du Bourget ; le lac du Monde, près de Puy-Prés, qui ne gèle jamais; le

petit lac de Mazeliers, dans la vallée des Ores, et les lacs des vallées de Guisanne et de Névache. Il ne faut pas omettre le lac ou plutôt le marais de Pelbaulier, à la superficie duquel se balançait la mode Tremblante, masse de tourbe d'environ, 3 mètres de diamètre et d'épaisseur, qui tenait au fond par quelques racines , et que l'on rangeait autrefois parmi les sept merveilles du Dauphiné.

L'arrondissement de Briançon compte un grand nombre de petits canaux d'irrigation, qui remontent aux wvi" et xiv" siocles ; ils sont dus en partie aux libéralités des dauphins de Viennois; les habitants les entretiennent avec soin depuis celte époque, car ils leur sont d'une précieuse ressource pendant une partie de l'année, au temps des grandes sécheresses.

Voles »le coniiiiiiiiicatiou. — Le département des Hautes-Alpes doit à sa nature physique d'être un des moins favorisés sous le rapport des voies de communication. Il compte 6 routes nationales, d'un parcours de 362 kilomètres; 6 roules départementales, 83 kilomètres; 27 chemins vicinaux de grande communication, 438 kilomètres; 23 chemins vicinaux d'intérêt commun, 221 kilomètres, et 1,180 chemins vicinaux ordinaires, d'un développement de 2,830 kilomètres.

On communiiiue de France en Italie par la belle route du mont Genèvre, qui a été ouverte en 1802 par les soins du baron de Ladoucelle, un des administrateurs les plus habiles qu'ait encore eus ce déparlement.

Le département est traversé, l'espace de 160 kilomètres, par le chemin de fer de Lyon-Grenoble .1 Marseille; il y pénètre, en venant de Grenoble, un peu avant Saint-Julien-en-Bauchêne et dessert les stations de Saint-Julien, La Faurie, Aspres-los- Veynes, Veynes, Chabeslan, Serres, Eyguians- Orpierre et Larogne, après laquelle il entre dans le département des Basses-Alpes, pour se diriger sur Sisteron, et de là sur Aix et Marseille. A la station de Veynes, un embranchement de 26 kilomètres se dirige sur Gap-(257 kilomètres de Lyon, 136 de Grenoble), en desservant les stations de Montmaur et de La Frcissinouse.

D'autres lignes sont projetées ou en construction ; telles sont celles de Gap à Barcelonnette, de Gap à Modane par Embrun et Briançon, de Gap à Crest par Die.

Climat. — Le département des Hautes-Alpes appartient à la région climatérique du sud-est ou au climat rhodanien ; la présence de hautes montagnes rend la température très variable; le printemps est pluvieux et froid ; en été, la chaleur est excessive; l'automne, la belle saison du pays, est frais et fort agréable et se prolonge souvent jusqu'en décembre; l'hiver est dur, et, dans les hautes vallées, sa durée est de huit mois. Pendant ce temps, les habitants sont privés de toute communication avec leurs voisins; le vent du nord est froid et souvent terrible par les dégâts qu'il cause en gelant les pousses encore tendres des arbres; le vent d'ouest, plus redoutable encore, amène avec lui les orages et les tourmentes ; les pluies sont amenées par le vent du sud ; quant au venl d'est, il souffle au printemps. La neige couvre perpétuellement les cirnes les plus élevées des montagnes; sur les montagnes secondaires, elle apparaît à la mi-novembre pour disparaître dans les premiers jours d'avril; en mai, collines et montagnes n'offrent au regard qu'un admirable tapis de verdure.

Une des montagnes du Dévoluy, le mont Aurousc, est connue sous le nom de mont des Orages. Il semble, en effet, dit M. Depping dans son excellent livre des Merveilles de la nature en France, que le pic déchiré qui la couronne attire au pays les effroyables tempêtes qui y éclatent. Quelquefois le ciel est serein, et rien ne semblerait présager le mauvais temps; mais les habitants de Manteyer s'inquiètent s'ils voient un petit nuage noir se fixer au-dessus de leur commune, quoiqu'à une grande hauteur, parce qu'ils savent par expérience qu'une suite d'autres nuages venant du nord va promptement se grouper autour du mont Aurouse. « Le voilà qui prend sa perruque 1 disent-ils ; il est temps de mettre nos troupeaux en sûreté. » Ils se hâtent, en effet, de regagner leur gîte; bientôt ces nuages couvrent le ciel, un vent violent s'élève; l'ouragan ne quitte pas les environs du mont, il balaye les villages d'alentour, ceux du nord exceptés, enlève toitures, moissons, foin, renverse des voitures, des bestiaux, et déracine même les arbres. Les habitants s'estiment heureux- quand la perruque du mont Aurouse disparaît enfin, car alors le vent cesse également.

L'homme n'a pas craint d'établir ses demeures jusqu'au milieu de ces montagnes. Les lieux habités les plus élevés du département sont : le fort de l'Infernet, à 2,400 mètres d'élévation; bourg de

Genèvrc, 2,074; Saint-Véran, 2,0G0 ; Le Monêticr, 1,515; le château dcQueyras, 1,450; Briançon, 1,306; bourg de Yallouise, 1,233; Embrun, 930, et Gap, 760 mètres.

Proiluctlous naturelles. — Le département des Hautes-Alpes appartient à la région géologique dite des Alpes; il est constitué par des schistes et des calcaires noirs, jurassiques et crétacés, et par quelques protubérances de terrain primitif; les terrains d'alluvion couvrent les pentes des montagnes, les crevasses des rochers et le fond des vallées ; mais la couche de terre végétale n'est jamais bien épaisse, et les habitants ont souvent bien de la peine à la retenir dans leurs champs au moment des inondations ou des grands orages. Le département doit à la constitution géologique de ses roches une certaine richesse métallique; on y rencontre de l'or, de l'zirgent, du cuivre, du plomb (à L'Argenlière). On y exploite surtout de beaux marbres, des granits, des pierres lithographiques, de la syénite, du porphyre, de la serpentine, du cristal de roche, du graphite, de la craie de Briançon, de la pierre ollaire et de la houille.

Il existe des sources d'eaux minérales au Plande-Phazi , près de Mont-Dauphin; au Monêtier, à Saint-Pierre, à Saint-Bonnet et à Trescléoux.

Le plupart des vallées du département sont peu fertiles et suffisent à peine à la subsistance de leurs habitants, qui , du reste, sont fort sobres et patients.

Cependant, dans l'arrondissement de Gap, on récolte des blés de bonne qualité, des vins estimés, de l'huile de noix et des pommes de terre. Les autres productions du sol sont les châtaignes, grande ressource des habitants des montagnes; du seigle, de l'avoine, des légumes potagers, du chanvre, de la graine de mélèze et près de 3,000 espèces de plantes aromatiques.

Les pâturages, la principale richesse du département, forment, suivant l'élévation à laquelle ils se trouvent, trois zones distinctes où les plantes ne sont plus les mêmes : celles de l'été sur les premières pentes; du printemps, celles au-dessus de celles-ci et celles de l'hiver dans les parties supérieures.

Les zones forestières présentent aussi une triple élévation correspondante : celle des chênes, des hêtres et des sapins; de telle sorte que la même montagne est ainsi couverte simultanément des

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végétaux de l'Europe méridionale, de l'Europe centrale et de l'Europe septentrionale.

Les récoltes en céréales sont surfisantes pour les besoins de la consommation locale; mais celles en vin, que l'on évalue en moyenne à 100,000 hectolitres, sont insuffisantes; quelques-uns des vins, ceux des bords de la Durance, sont estimés, et l'excellent vin blanc ou clarette de La Saulce jouit d'une réputation méritée; citons encore les vins rouges de la cùte de Nciïes, de Cliàteauneul , de Chàbre, de La lioche-de-Jarjaie et Lettret. En 1874, la récolte des vins dans le département a été de 116,760 hectolitres, estimée 3,289,280 francs; en 1875, elle fut de 107,549 hectolitres, et, en 1877, de 78,462 hectolitres seulement.

Les races d'animaux domestiques du département sont très belles, et il s'en fait un grand commerce; les chevaux sont employés pour le service de la cavalerie légère ; les mulets et les ânes sont excellents et d'un grand secours dans ce pays de montagnes. Les bètes à laine, et surtout les bètes à cornes, se font remarquer par leur beauté; les vaches forment la richesse principale de plusieurs vallées; les chèvres ont sous leur poil long un duvet analogue à celui des chèvres du Thibet; elles se croisent avec le chamois. Parmi les bètes fauves, on remarque l'ours et le loup; les marmottes se trouvent dans les lieux très élevés. Le gibier de toute espèce est très abondant : daims, chamois, faisans, etc. On rencontre quelquefois le lièvre blanc et la perdrix blanche; la bartavelle est assez commune. Les oiseaux de proie sont nombreux, et le grand aigle des Alpes est la terreur des moutons et des chèvres; les vipères se rencontrent dans certaines vallées et sont très multipliées dans celle du Monètier. Enfin, les rivières sont très poissonneuses.

Industrie agrieole, nianiifactiirlère et commerciale. — Quoique plus d'un cinquième de sa superficie soit formé de terrains incultes et de rochers stériles, la principale industrie du département est l'agriculture, et surtout l'élève du bétail. L'agriculture est cependant encore fort en arrière quant aux bonnes méthodes de pratique et d'assolement; le seigle en forme la base, mais les prairies pastorales ou permanentes y sont excellentes, et près de 50,000 moutons transhumants ou voyageurs viennent, en outre, dans Tété, des départements voisins, paître l'herbe aromatique

des vallées. La superficie du département se partage en superficie bâtie et voies de transport, 58,553 hectares, et en territoire agricole, 500,408 hectares. Ce dernier se subdivise lui-même en : céréales, 82,376 hectares; farineux, 3,825; culture potagère et maraîchère, 700; cultures industrielles, 247; prairies artificielles, 10,652; autres cultures et jachères, 40,406; vignes, 5,520; bois et forêts, 98,374; prairies naturelles et vergers, 25,300; pâturages et pacages, 120,522; terres incultes, 110,416 hectares.

L'industrie manufacturière n'est plus bornée a la fabrication d'articles pour la consommation locale, et l'on exporte jusqu'en Corse les draps et lainages, ferronnerie et boissellerie qu'elle produit. On prépare la mine de plomb noire et la térébenthine. On y travaille le cristal de roche, l'albâtre gypseux et les autres produits des carrières. 11 y a quelques filatures de coton, des filatures de laine à la main, forges et hauts fourneaux, dislilleries d'eau-devie, scieries de bois, fabriques de papier commun. La pelleterie et la mégisserie ont quelque importance, et l'on envoie à Lyon des peaux de la[)in, de renard, de blaireau, de daim, etc. Depui.« quelques années, l'industrie de la soie a pénétré dans les campagnes, et l'on y fabrique des tissus de soie unis. L'importation dans le département consiste principalement dans les vins; l'exportation porte sur les bestiaux, les laines, les fromages, les bois, les planches. On commerce en grains, fruits, noix, manne, graine de mélèze, eau de lavande, plantes tinctoriales, vulnéraire dit de Suisse, châtaignes, viande de chamois, bestiaux, laines et suifs.

Le nombre des foires est de 185; elles se tiennent dans 74 communes et durent 232 jours. On y traite des différents articles que nous venons d'énumérer. Les plus importantes sont celles de novembre, à Gap, qui dure 8 jours; d'août, à Embrun, qui dure 4 jours; de juillet, à Ribicrs, qui dure 4 jours; de septembre, à Briançon, qui dure 3 jours, d'Abriès, de Veynes, etc.

Ce département est l'un de ceux d'où les habitants émigrent annuellement pour aller exercer au dehors leur industrie; le nombre moyen de ces émigrations est de près de 5,000.

Division politique et atlminlstrative. — Le département des llautes-Alpes a pour chef-lieu Gap; il comprend 3 arrondiiseoients.

24 cantons, 189 communes; le tableau que nous donnons plus loin les fera connaître. Il appartient à la région agricole du sud-est de la France.

Le département forme le diocèse d'un évêché dont le siège est à Gap, et qui est sufTraganl de l'arche^ôché d'Aix ; le séminaire diocésain est à Gap et le petit séminaire à Embrun, il y a 3 cures de première classe, 23 de seconde, 219 succursales et 28 vicariats. Les protestants ont une église consistoriale à Orpierre, et des temples en divers lieux.

Les trois tribunaux de première instance des chefs -lieux d'arrondissement ressortissent à la cour d'appel de Grenoble. Il y a à Embrun une maison centrale de détention.

Au point de vue universitaire, le département dépend de l'académie de Grenoble ; il y a des collèges communaux à Gap, à Briauçon et ù Embrun; une école normale d'instituteurs à Gap ot 601 écoles primaires. Embrun est le siège de l'Académie Flosalpine, société savante des Ilautes-Alpes.

Le département se rattache au 14° corps d'armée et à la 14° région de l'armée territoriale dont l'étalmajor est à Lyon, et Gap est le chef-lieu d'une subdivision de région. Il compte quatre places de guerre : Briançon, avec le fort des Trois-Têtes et dépendaces; le fort de Queyras, Mont-Dauphin et Embrun. 11 existe dans cette dernière ville un bureau d'artillerie et un bureau du génie. La compagnie de gendarmerie nationale appartient à la 14" [iis] légion dont l'état-major est à Chambéry.

Le département dépend de l'arrondissement mlnéralogique de Chambéry, faisant partie de la région du sud-est; de la G" inspection des ponts cl chaussées, dont le siège est à Grenoble, et du 33= arrondissement forestier, dont le conservateur et l'inspecteur résident à Gap.

On compte dans les Ilautes-Alpes 29 perceptions des finances; les contributions et revenus publics atteignent 5 millions de francs.

HISTOIRE DU DÉPARTEMENT

Le territoire du déparlement des Hautes-Alpes dut, dans l'origine, être occupé par des émigrations successives des peuplades qui occupaient les contrées voisines, et qu'une surabondance de population et les chances contraires de la guerre chassaient de leur pays natal.' Quoi qu'il en soit, avant la conquête romaine, on y comptait quatre

peuplades : les Segusianl, dans le pays de Sur,e; les Caturlffes, au sommet des Alpes; les Brlgantini, dans le territoire appelé depuis le Briançonnais, et les Tricorii, au nord-est des Caluri(/vs. Presque tous alliés ou dépendants des Voconcc.'i, ces peuples avaient chacun leur cité : les Sei/tisiani, Segusio (Suse); les Caturiges, Caiwigce (Chorges) ; les Brigantini, Briganilum (Briani.'oii) ; les Tricorii, Vapincum (Gap); mais les plus puissants et les plus célèbres étaient les Catiiriges, dont le nom signifie, suivant les uns, monta gnards , selon d'autres, bons guerriers. Pline les fait descendre des Caturigenses, ancien peuple d'Italie (IU^ habitait la partie du Milanais située au pied des Alpes. Ayant été chassés de leur pays, ils se retirèrent dans la contrée connue aujourd'hui sous le nom de X Emhrunais et du Gapenç.ais. C'est par là qu'Annibal passa quand il se rendit en Italie. Après avoir traversé la Durance au-dessus, croit-on, de rUbaye, il gravit avec son armée la cime des Alpes. « Lorsque l'œil put voir de près la hauteur des monts, dit Tite-Live, les neiges qui semblaient se confondre avec les cieux, les huttes grossières suspendues aux pointes des rochers, les chevaux, le bétail paralysés par le froid, les hommes sauvages et hideux, les êtres vivants et la nature inanimée presque engourdie par la glace, cette scène d'horreur, plus affreuse encore à contempler qu'à décrire, renouvela la terreur des Carthaginois. » Annibal eut à combattre les Caluriges; ce qui ne les empêcha point, dans la suite, de le servir contre les Romains. Après avoir pris part aux guerres puniques, ils s'unirent aux Allobroges et suivirent leur fortune dans la guerre de l'indépendance; mais, quand les Allobroges embrassèrent le parti de Scrtorius, les montagnards des Alpes s'abstinrent, et douze de leurs cités furent déclarées villes mxiniclpes. Cependant ils s'opposèrent au passage de César lorsque ce conquérant traversa le mont Genèvre pour aller réduire les Helvètes. Du temps d'Auguste, ces peuples obéissaient à un prince nommé Cottius, et Suse était leur capitale. Il y avait dans cette ville un arc de triomphe sur lequel on voyait inscrits les noms des quatorze peuples dont Coltius s'était fait un petit royaume. Il est le premier qui ait cherché à tracer un chemin régulier, la roule du Mont-Genèvre, à travers les Alpes ; la postérité s'en est montrée reconnaissante en donnant à celte partie des Alpes le nom à' Alpes Coitieiines. Ce prince fit alliance avec Auguste, qui

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Murailles des Vaudois, à l'entrée de la Vallouise.

lui laissa ses possessions; mais, après sa mort et celle de son fils, elles passèrent à l'empire. Jusqu'au règne de Constantin, les villes municipes cottiennes jouirent de certaines franchises. Constantin les soumit au tribut comme le reste de la Gaule. Taxés et ruines par l'avarice des préleurs, outre le capage ou droit de vivre et la scriptura ou droit de parquerage, les habilanls payaient aux Romains la vingtième partie des legs et successions, le vingt-cinquième du prix des esclaves et le centième de loulcs les marchandises vendues. Avec la liberté, ils perdirent le sentiment national. Vainement Vindex et Civilis les appelèrent aux armes pour la délivrance commune : leur voix fut sans écho dans ce pays dégénéré, tant il est vrai que la misère est l'éternelle compagne de la servitude!

Quand les barbares se ruèrent sur l'empire, c'est par là qu'ils se dirigèrent vers Rome. Sarmales, Alains, Huns, Gcpides, llérules. Saxons, Vandales

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y laissèrent tour à tour des traces de leur passage; mais les Bourguignons et les Wisigoths s'y fixèrent. Puis vinrent les Francs et les Lombards. Battus par le patrice Mummol, ceux-ci se retirèrent, laissant les Francs seuls maîtres du pays.

Déjà saint Alarcellin y avait prêché l'Évangile, mais son esprit ne demeura pas longtemps avec ses successeurs. Au vi° siècle, les évoques des Hautes-Alpes avaient pris les mœurs barbares; deux, entre autres, Solonius et Sagiltarius, son frère : le premier gouvernait l'Église d'Embrun, le second celle de Gap, tous deux chargés de crimes, maudits du peuple, cxacleurs, tyrans, meurtriers et adultères. Un jour, ils attaquèrent à main armée Victor, évoque de Saint-l'aul-Trois-Chàteaux. Au milieu d'une fête, ils envahirent sa maison et frappèrent ses serviteurs. Après le meurtre, le pillage. Déposés par un synode assemblé à Lyon, ils en appelèrent au pape, qui les rétablit. Alors, se croyant tout permis, ils s'abandonnèrent à toute la fureur

3G« — Hautes-Alpes, 2' Liv.

de leurs passions. Il fallut les emprisonner; mais la peur les fit relâcher. 11 n'était pas prudent, croyait-on, de toucher aux oints du Seigneur. A peine sortis de prison, de pécheurs ils se métamorphosèrent en dévols. Repentants et contrits, on les voyait sans cesse jeûner et prier; mais cela ne dura pas, et ils retournèrent, comme dit l'Apôtre, à leurs vomissements. Ils passaient la nuit dans les orgies. Pendant que les clercs chantaient matines dans l'église, ils faisaient des libations et sacrifiaient aux plaisirs. Le jour les trouvait encore à boire. Alors, se couvrant de vêtements moelleux, ils s'endormaient, plongés dans l'ivresse, et ne se levaient que pour se remettre à table. Telle était la vie que menaient ces deux évoques. Déposés de nouveau par un concile de Chalon-sur-Saône, en 579, ils furent enfermés; mais ils parvinrent à s'échapper. Solonius finit obscurément ses jours. Pour Sagittarius, comme il s'enfuyait, caché sous un froc de moine, il fut pris et mis à mort.

Au commencement du V siècle, les Sarrasins parurent dans les vallées des Alpes, pillant les abbayes et dévastant les églises. Nombre de chrétiens qui s'étaient réfugiés près d'Qulx y furent massacrés par les infidèles; ce qui valut à ce lieu le nom de plebs martyrum, peuple de martyrs. Après un long séjour dans ce pays, les Sarrasins en furent chasses. Montmaur, le torrent du Sarrasin, la montagne de Puy-de-Maure, la tour de Moron, Villars-Mourin et plusieurs autres lieux du Champsaur, où ils étaient connus sous le nom de Barharins, ont conservé des restes de leur passages. Tel est le souvenir qu'ils ont laissé, que les mères menacent du retour des Bariarins leurs enfants qui ne sont pas sages.

Au siècle suivant, nous voyons ce pays en proie à l'anarchie féodale. Comme dans le reste du Dauphiné, le second royaume de Bourgogne y laisse debout, en tombant, une foule de petits souverains ecclésiastiques ou laïques. Déjà riches des dépouilles des Sarrasins, ils se disputent à main armée l'héritage de Boson. Vainement l'empereur Conrad essaye de les ramener à l'obéissance; il est obligé de légitimer leurs usurpations. Alors le pays des Hautes-Alpes se trouva divisé en trois petits États indépendants : le Briançonnais , XEmhrunais et le Gapençais, ayant chacun ses souverains et sa capitale. Situé dans les Alpes Cotliennes, le Briançonnais, apvcs avoir fait longtemps partie du marquisat de Suse, obéissait aux comtes d'Albon.

Il avait pour chef-lieu l'antique cité des Brigantini, Briançon. Au midi du Bria?içonnais, dans le pays des Caturiges, était VFmôrunais, qui, successivement possédé par les Romains, les Francs et les Bourguignons, reconnut pour maîtres, d'abord les comtes de Forcalquier, puis les archevêques d'Embrun, à qui l'empereur Conrad le céda en 1020 ; sa ville principale était Embrun. A l'occident de V Embriinais s'étendait le pays de Gap, soumis tour à tour aux comtes de Provence, aux comtes de Toulouse et aux comtes de Forcalquier. Dans la suite, ces divers pays passèrent aux dauphins de Viennois. Cependant, libres du joug de la conquête et rendus à leur première énergie, les montagnards des Alpes avaient jusque-là vécu dans une sorte d'indépendance. Ils conservèrent, sous les dauphins, leurs lois et leurs libertés particulières ; ils ne reconnaissaient l'autorité de leurs princes qu'à la condition qu'ils seraient maintenus dans leurs anciens droits et privilèges, sans qu'il y fût rien changé. Ilumbert II leur conféra la qualité de francs (libres) et les exempta des contributions et des servitudes féodales. Il octroya, en outre, aux communes du Briançonnais, le droit de s'assembler pour leurs affaires générales et particulières.

Dans ces conseils, on s'occupait de la répartition des impôts ; on y traitait de la paix et do la guerre, et l'on y veillait aux subsistances. A la réquisition du bailli, tous les habitants devaient prendre les armes pour le dauphin. Hors du pays, ils n'étaient tenus que de 500 hommes, moitié armés d'arcs et de flèches, moitié de lances avec pennons ; tous équipés de pourpoints, d'épées, etc. Le prince payait la solde, qui était d'un gros tournois par jour. Les villes de Gap et d'Embrun devaient chacune 100 fantassins ; Chorges levait 50 cavaliers ; Savines n'était obligée qu'à 5 hommes d'armes, 3 chevaux et 2 roussins. Tel était, en temps de guerre, le contingent de la plupart des communes des Hautes-Alpes au moyen âge.

Sous le règne paternel de Humbert II, le Briançonnais jouit d'une paix profonde. Ce prince fonda en 1340, sur le mont Genèvre, dans la combe de Malaval, des maisons hospitalières, et des greniers d'abondance dans plusieurs communes. Chaque vallée avait des archives centrales; les comptes annuels des deniers communaux s'aflichaient à la porte de l'église et se discutaient par les habitants au sortir de la messe. Il y avait des lois sévères contre l'usure. Heureux pays, si les

HAUTES-ALPES

guerres de religion n'étaient pas venues l'a^iler et le diviser 1

Née dans ses montagnes, la secte des Vaiidois y avait lait de grands progrès, ils menaient la vie des pasteurs, cultivant les chanips et élevant des troupeaux. Leurs docteurs s'appelaient barJjes, nom qui, dans la langue du pays, signille oncles. Simples, sobres et chastes comme les prêtres de l'ancienne Église, ces barbes visitaient les chaumières, prêchant la paix et la charité. « Dio t'absolve et te pardonne, disaient-ils à leurs pénitents, comme il pardonna à Maria-Madalina ! » Chaque jour, malgré les menaces de l'archevêque, le nombre des hérétiques croissait et leur doctrine se propageait. Alors l'inquisition avisa : elle chargea Borelly de leur faire leur procès. Celui-ci, secondé par le vicebailli du Briançonnais, ne remplit que trop bien son office. Nombre de Vaudois furent pris. Ceux qui se convertirent devaient porter deux croix de drap jaune, l'une sur la poitrine et l'autre entre les épaules. Pour les hérétiques obstinés, c'était l'affaire du bourreau. Dans la seule année 1397, il en périt deux cent trente sur les bûchers. Sous prétexte d'hérésie, la persécution frappa même des catholiques. Souvent on condamnait au feu sans formalité de justice. Des moines mendiants, se disant inquisiteurs de la foi, vexaient, torturaient et pillaient les habitants qui leur paraissaient suspects. C'était un véritable brigandage , et l'on s'en plaignit au roi Louis XL qui, tout dévot qu'il était, y mit bon ordre par lettres patentes du 18 mai 1478.

« De la part des manants et habitants de la Valloyse, Fraissinicres, Argcntiêre et autres lieux, tous tels qu'ils se tiennent et comportent, nous a été exposé qu'aucuns .religieux mendiants, sous ombre d'office d'inquisiteurs de la foy, les aucuns ont mis en géhenne et question sans information précédente, ont pris et exigé fortes sommes et deniers, et par divers moyens les ont injustement vexés et surveillés à leur grand préjudice et dommage... Pourquoy avons, après bonne délibération, de notre certaine science, gré spécial, pleine puissance, et de notre autorité delphinale et royale, mis et mettons à néant, par ces présentes, toutes poursuites et entreprises quelconques. »

Cependant l'inquisition passa outre, et les Vaudois ne cessèrent pas d'être persécutés. Ceux de la Vallouisc se retirèrent, en 1485, à \ Aile-Froide, caverne située sur les flancs du Pelvoux. Ils étaient pourvus d'armes et de vivres pour deux ans. On

] prêcha la croisade ; les catholiques s'armèrent, et, j bénis par le nonce, ils marchèrent, après la messe, à l'attaque des Vaudois. Le comte de Véras les commandait. Ils avaient, en outre, comme auxiliaires, une compagnie de cimiuante à soixante soldats. Aux sommations qui leur furent faites, les Vaudois répondirent en faisant rouler sur les assaillants des (juartiers de roc qui en blessèrent plusieurs. Après huit jours de siège, des Vallouisiens étant parvenus, à l'aide d'un long câble, à escalader la montagne qui domine la caverne, y pénétrèrent sur le derrière de la Baume et y mirent le feu, afin d'étoulïer les proscrits par la fumée. Ceux qui voulurent s'échapper furent massacrés ou se précipitèrent du haut des rochers, pour ne pas tomber vivants entre les mains de leurs ennemis. Vieillards, femmes, enfants, rien ne fut épargné. Il en périt, dit-on, plus de trois mille! D'où le nom de Baume des Vaudois resté à ces lieux funestes. Ainsi frappée et dépeuplée, la Vallouise ne fut plus qu'un désert. Proscrits, dépouillés de leurs biens, les malheureux Vaudois étaient condamnés à errer, comme si Dieu leur eut mis sur le front le signe maudit ! Cependant, en 1498, ils se rendirent à Paris, au sacre de Louis XII, pour solliciter de ce prince la rentrée en possession de leurs biens. Le roi entendit leurs plaintes et compatit à leurs maux. « Us sont meilleurs chrétiens que nous, » disait-il; et il chargea Burelli, son confesseur, de prononcer sur l'interdit, qui fut levé solennellement, en 1500. Bien que tardif, cet acte de justice rendit la vie à ce canton, « auquel, dit un historien des Hautes-Alpes, la reconnaissance publique confirma le nom de Vallouise, qu'il avait reçu de Louis XI, et qu'il porte encore. »

Aux Vaudois succédèrent les calvinistes. C'est de la vallée de Champsaur que partit le signal du mouvement protestant dans les Hautes-Alpes. Jusquelà paisible, la bourgeoisie y prit parti pour les idées nouvelles. .\près avoir donné le jour à Lesdiguières, Saint-Bonnet devint la Genève de celte partie du Dauphiné. D'autres communes, telles que Bénévent,Lamotle, Saint-Laurent, Lafare, Ssinl-Julien, suivirent son exemple. Bientôt la guerre éclata partout avec fureur. Cen'étaient que villes prises et reprises, bourgs réduits en cendres, églises pillées et saccagées, prêtres fugitifs et demandant l'aumône. A l'entrée de la Vallouise, les catholiques, en 1587, avaient élevé une muraille flanquée de tours. Celte muraille arrêta Lesdiguières pendant

deux ans. A la fin, maître du pays, Lesdiguières s'y fortifia et le gouverna sous le nom de roi des montagnes. Après tant de vicissitudes, ces vallées semblaient renaître à la vie, quand la révocation de redit de Nantes vint leur porter un nouveau coup. Plusieurs communes, réduites au tiers de leur population, y virent périr leur industrie. Sur la fin du règne de Louis XIV, quand l'étranger envahit de toutes parts notre territoire, les Hautes- Alpes furent occupées par le duc de Savoie. Après avoir brûlé Gap, Chorges et plusieurs places fortes, l'ennemi allait dévastant et rançonnant les villages, ravageant les campagnes et enlevant les troupeaux. Catinat le força à la retraite. On montre encore dans le Champsaurla fontaine où, sans descendre de cheval, ce grand capitaine se fit donner à boire dans l'aile de son chapeau.

Comme le reste du Dauphiné, cette contrée paya son tribut aux fléaux qui ravagèrent la France au moyen âge. Vers 516, la vallée du Champsaur fut dépeuplée par ce qu'on appelait le mal noir. Ou dit qu'à Villars-Mouren une femme y survécut seule aux habitants. On n'y voyait que maisons désertes ou abandonnées. Aujourd'hui encore, les ruines de ces habitations pestiférées, couvertes de broussailles, attestent, après tant de siècles, l'effroi qui s'attache à ce souvenir. Dans le Champsaur, on dit d'un homme qui en hait un autre à la mort : li voua lou maou nier (il lui souhaite le mal noir). Plus tard vint la famine avec tous les maux qui l'accompagnent : les habitants étaient réduits à faire du pain avec les fruits du cynorhodon môles avec la farine des semences acres de la renoncule et de la caucalide, qui avaient pris, dans les champs, la place des moissons. Après Xamal «o^r et la famine, la peste. De 1531 à 1720, ce dernier fléau visita trois fois les vallées des Hautes-Alpes. On se cachait dans les cavernes. Beaucoup mouraient au bord des fontaines, pris d'une soif inextinguible. Une source de la commune de La Fare en a garde le nom de fontaine de la peste.

Ainsi que la Drùme et l'Isère, le déparlement des Hautes-Alpes prit une part active à la Révolution. Pendant que ses bataillons de volontaires se signalaient dans les guerres de la République, il sauva la vie à plus d'un proscrit qui vint chercher un asile dans ses montagnes.

Napoléon, revenant de l'île d'Elbe, traversa ce déparlement. C'est là, disait-il, qu'il avait reconnu le sol français. Il s'avançait, monté sur un petit

I cheval blanc, velu de la redingote grise et portant I le petit chapeau. Les paysans allumaient des feux de joie sur son passage. Au bataillon de l'île d'Elbe s'était jointe une caravane grotesquement équipée Napoléon ne pouvait s'empêcher d'en rire. Les officiers supérieurs cheminaient lentement, hissés, comme le chevalier de la Manche, sur de tristes rosses ou sur des mulets rétifs enlevés aux travaux des champs. « La caravane, dit un témoin oculaire, allait pêle-mêle avec une gaieté folle. Quelques lanciers polonais, talonnant leurs chétives montures, ouvraient et fermaient la marche, suivis à peu de distance par les grenadiers dont les moustaches grisonnantes et le teint noirci justifiaient l'épithèle de vieux grognards. Les habitants les arrêtaient à chaque pas et leur offraient des rafraîchissements. »

Après Waterloo, l'autorité supérieure crut devoir, pour éviter des malheurs, faire ouvrir aux alliés les portes de Briançon, du Mont-Dauphin et du château Queyras; mais ces places restèrent fermées par le patriotisme des habitants.

Dans les longs et rigoureux hivers, un grand nombre de communes du département des Hautes- Alpes sont privées, par l'accumulation des neiges, de toute communication entres elles: les passages, les sentiers, les grands chemins eux-mêmes sont obstrués et deviennent impraticables. On a dû établir, dans les principaux cols, pour porter quebiue remède à ce fâcheux état, des refuges destinés à servir d'abri momentané aux voyageurs en détresse. Ces refuges, au nombre de six, comprennent tous une salle commune, une chambre à coucher et le logement du gardien et de sa famille. « Ils s'élèvent, dit le Grand Dictionnaire universel du xix° siècle (Supplément), sur le col d'Isoard, route de Briançon au Queyras ; sur le col Lacroix, roule de Ristolas à Boby (Italie) ; sur le col du Noyer, route de Saint-Bonnet à Saint-Étienne-en-Dévoluy; sur le col de Manse, route de Gap à Orcières; sur le col de Vars, route de Guillestre à Saint-Paul ; sur le col d'Agnel, route de Molines à La Chanel (Italie). Ils ont été construits au moyen des 500,000 francs pour lesquels le département des Hautes-Alpes était inscrit dans le testament de Napoléon 1'"'. »

Les habitants des Hautes-Alpes sont actifs et laborieux, durs à la fatigue, intelligents, de mœurs austères et probes ; leur vie sévère les dispose à la charité ou plutôt ils comprennent d'instinct la soli-

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tlarité, car les plus pauvres mêmes ont horreur de la mendicité.

Les fêtes patronales sont nommées vogues dans les Hautes-Alpes. C'est dans les communes de la vallée du Champsaur que ces vogues ont conservé la physionomie la plus originale. On plante un mai dans le champ destiné à la danse ; on élit un directeur de la fête, qui, sous le titre A'allé, est le régulateur des plaisirs et le maître des cérémonies. Une canne, des rubans et de la poudre sur les cheveux, tels sont les insignes de sa dignité. Le jour de la fête, et de grand matin, l'abbé, accompagné de quelques amis et du ménétrier, se rend dans chaque maison où il y a des filles à marier; avec la permission des parents, il les invite à venir à la danse ; chacune d'elles accepte en attachant un ruban à la canne qu'il porte. Après avoir fini sa tournée, il se rend au lieu du bal, où de joyeuses acclamations saluent son arrivée. C'est lui qui fait commencer la musique, règle les places, désigne les danseurs. Il a un pouvoir dictatorial ; toute la jeunesse de sa commune est prête, lorsqu'il lève sa canne, à se précipiter contre les étrangers téméraires qui refuseraient d'exéculer ses volontés. Ces querelles étaient autrefois malheureusement assez fréquentes, et souvent le lieu du bal se changeait en une arène sanglante; mais des habitudes plus pacifiques se sont introduites avec la civilisation dans le département depuis une trentaine d'années.

Parmi les danses usitées dans le pays, il en est une qui rappelle les danses provençales, de même que \'abié de la vogue semble être un pâle reflet de Vaiié de la jeunesse à Aix. C'est une espèce de pyrrhique qui s'est conservée au Pont-de-Cervières, hameau dépendant de Briançon. Les danseurs, au nombre de neuf, onze ou treize, sont armés d'épées courtes et sans pointe, comme celles des AUobroges. Ils décrivent en dansant douze figures avec une gravité et une lenteur bien différentes des mouvements précipités de la pyrrhique grecque. On peut voir d'autres détails concernant cette danse, les mœurs et usages des habitants des Hautes-Alpes dans le bel ouvrage de M. le baron de Ladoucctle, qui a été plusieurs fois réimprimé.

Parmi les hommes éminents auxquels le département des Hautes-Alpes a donné naissance, nous citerons, en suivant l'ordre alphabétique : l'économiste Anthoine, baron de Saint-Joseph, né à Embrun en 1749; Ignace de Cazeneuve, évêque con-

stitutionnel de Gap, né à Gap en 1747; Antoine Fantin des Odoards, publicisle et historien, né à Embrun en 1738; le célèbre Guillaume Farel, l'un des plus ardents prédicants de la Réforme, né à Gap en 1489; le conventionnel Isoard, né à Embrun en 1765; le duc de Lesdiguières, maréchal de France, né à Saint-Bonnet en 1543; le romancier Ponson du Terrait, né à Montmaur en 1829; le conventionnel Jean-Joseph Serres ; le botaniste Dominique Villars, et le baron Eugène de VitroUes.

HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES, BOURGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES.

Gap (lat. 44° 33' 30"; long. 3° 44' 31" E.). — Gap [Vap, civitas Vapinceiitium, Vapigensis, Vappium, Vappigum, Vapincum), ancienne ville située au pied des Alpes, sur la rive droite du petit torrent de Luye, station du réseau Paris-Lyoa- Méditerranée, qui communique par l'embranchement de Gap à Veynes avec la grande ligne du chemin de fer de Lyon à Marseille par Sisteron ; chellieu du département, du 3" arrondissement communal et d'un canton, avec tribunal de 1" instance, évêché et collège communal; à 657 kilomètres au sud-est de Paris et peuplée de 9,294 habitants, dépendait jadis du parlement et de l'intendance de Grenoble, était chef-lieu d'élection et possédait bailliage, évêché, chapitre.

On ignore l'époque de la fondation de cette ville. On croit qu'elle fut bâtie par les Calurigenses, peuple du Milanais, que des révolutions chassèreni de leur pays et conduisirent dans ces contrées. D'autres lui donnent une origine celtique. S'il faut en croire un savant archéologue, mille ans avant l'ère chrétienne, la ville de Gap était bâtie sur le flanc occidental du moni Eapados (Saint-Main), où une petite ferme a même encore retenu l'ancien nom delà montagne. Cité à'napagus celtique, puis gallo-grecque, plus tard capitale des Tricorii, qui prirent part aux expéditions de Bellovèse et de Sigovèse, elle aurait eu pour armoiries une lionne, emblème de toutes les colonies phocéennes. Du mont Kapados descendue dans la plaine, elle ne fut point conquise par César. C'est du temps de Néron qu'elle subit le joug romain. Alors mansio, comme Brigantmm et Caturlge, comprise parmi les cent quinze cités gauloises, lorsqu'on divisa cette vaste région en dix-sept provinces, elle fil partie de la Narbonnaise. Alors même son enceinte

LA l'-RANCE ILLUSTIŒE

était plus vaste qu'elle ne l'est aujourd'hui. Ravagée par les Lombards et les Sarrasius, tour à tour aux Burgondes, aux Francs, aux empereurs d'Allemagne, aux comtes de Provence, aux comtes de Forcalquier et aux dauphins de Viennois, cette ville passa enfin aux rois de France avec le Dauphiné. Son premier évêque fut saint Dcmétrius, en 366. Avec le temps, le siège qu'il y fonda prit de l'importance. Il suivit la fortune temporelle de la ville. Au v° siècle, il étendait sa juridiction sur les lieux qui en relevaient. Cependant les successeurs de Démétrius étaient loin d'avoir hérité de ses vertus. Hommes de guerre et de plaisir, ils laissaient volontiers le bâton pastoral pour l'épce et l'Église pour le monde. Nous avons dit la vie et la fin de Sagittarius. A son exemple, Rupert, l'un de ses successeurs, commit de tels excès que le clergé et le peuple s'en plaignirent au pape Alexandre II, qui ledéposa. Saint Arnoux le remplaça et consola, par sa sagesse, cette Église si longtemps négligée.

Ainsi que les seigneurs duDauphiné, lesévêques gapençais surent se faire leur part dans le démembrement du royaume de Bourgogne, et les empereurs, en leur octroyant des titres et des privilèges, ne firent que sanctionner leurs usurpations. Déjà princes vers la fin du xW siècle, ils se qualifiaient de seigneurs et comtes de Gap. Us possédaient treize châteaux avec les régales, le droit de rendre la justice et le pouvoir de frapper monnaie. Le dauphin se reconnaissait leur vassal. Par une bulle de 1178, l'empereur Frédéric condamna quiconque les troublerait dans la possession de leurs droits et de leurs biens à leur payer vingt livres d'or.

Cependant, de temps immémorial, Gap jouissait de certaines franchises. Il avait, entre autres, le droit d'élire ses consuls, dont la juridiction s'étendait sur la ville et sur son territoire. De là des luttes d'autorité entre les consuls, le dauphin et l'évoque. A la fin, la cour de Rome intervint, et par sentence arbitrale du 5 septembre 1300, elle régla les droits du dauphin, de l'évêque et de la cité. A l'évèque fut dévolue la garde des clefs de la ville, ainsi que la police et le costeil ou carcan, qui étaient auparavant sous la dépendance des consuls. De son côté, la ville fut tenue de fournir au dauphin cent hommes de pied, armés et équipés, lorsque des chevauchées auraient lieu dans le Dauphiné. Cette sentence ne satisfit personne, et la guerre recommença jusqu'en 1378, que les habitants obtinrent de Jacques d'Artaud, alors évoque, une charte d'at-

franchisscmcnt que ce prélat jura sur les saints Évangiles, tant pour lui que pour ses successeurs, de respecter et d'observer inviolablement, Mais les successeurs d'Artaud ne tinrent point ses promesses. Pendant le séjour de Louis XI en Dauphiné, la ville de Gap avait pour évoque Gaucher de Césarée. C'était un tyran. Près de sept cents familles, fuyant la proscription, s'étaient réfugiées dans le Champsaur. Ayant fait dresser dans la ville des fourches patibulaires, l'évoque voulut y faire attacher Jean de Monlorsier, le chef des feudataires el vassaux de Louis, qui méditait d'étendre les franchises de la cité. Il fallut employer la force armée pour le délivrer. Le parlement dauphinois cita l'évoque à comparaître. Il refusa; mais le dauphin (Louis XI) s'empara de ses châteaux, le soumit au tribut, se déclara souverain de Gap et établit François de La Roche gardien et défenseur de ses droits. C'est ainsi qu'il s'essayait à la royauté. Plus lard, en 1511, Louis XII se fit reconnaître comme souverain seigneur et justicier de Gap ; il confirma les privilèges de la ville et délia les habitants du serment de fidélité qu'ils prêtaient aux évèques, dont les juges d'appeaux perdirent le droit important de justice supérieure.

Après avoir longtemps souffert des guerres féodales, cette ville, tour à tour huguenote et catholique, paya son tribut aux guerres de religion qui ensanglantèrent le xvi° siècle. Il y eut, en 1560, un premier mouvement protestant. Déjà nombreux dans la ville, les calvinistes y brûlèrent la croix du mont Calvaire et s'emparèrent de l'église de Sainte- Colombe, où l'évoque lui-même, Gabriel de Clermont, parut aux prêches, dépouillé de ses habits pontificaux. Dix ans après, en 1570, la jeunesse catholique de Gap ayant fait une sortie dans le Champsaur, sous les ordres du chanoine Lapalu, elle y trouva Lesdiguières qui revenait de l'Embrunais. Un combat s'engagea sur les rives du Buzon; la petite armée catholique fut vaincue et passée au fil de l'épée. Alors Lesdiguières marcha sur Gap et s'en empara sans coup férir. Chassé par les catholiques, il y rentra par escalade au milieu du trouble d'une fête, et, pour tenir la ville en respect, il fit reconstruire l'ancienne forteresse sarrasinede Puy- More, qui la domine vers le nord-ouest. Cependant les catholiques essayèrent de reprendre la ville. Après divers combats, les deux partis signèrent une trêve. La veille du jour où elle devait expirer, Lesdiguières, rencontrant des dames qui dansaient

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