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III. STATISTIQUE MORALE

par M. EuG. Boutmy, ancien Professeur.

Les cliiiïres en caractùres gras iiisciits dans cliacune des Irois petites ooloiiiies de ce tableau iiidi<iuent le rang du département relalivcment à la mention devant laquelle ils sont placés.

Religion (2).

Catholiques

Protestants

Israélites

Clergé calholique. .

Pasteurs

Rabbins

Mouvement de la population.

Naissances 3.5'

Mariages 9(

Décès 3.6

9^ Durée moyenne (le la vie. sia.sr

Instruction (3).

Nombre des jeunes gens sachant lire, écrire et compter sur loo jeunes gens maintenus sur les listes de tirage gfi.c

Nombre des établissements d'enseignement secon daire de l'État 3

Nombre dos écoles primaires (publiques ou libres) ... 601

Crimes contre les personnes (i)

COURS n'ASsrsEs.

28« I Rapport du nombre des accusés à la population . 1 sur n.oi3 hab.

I Nombre total des accusés ... 7

Infanticides.

Rapport du nombre des infanticides à celui des enfants naturels (ô)

Nombre total d

Suicides.

I Rapport des suicides au chitTre de

la population. . 1 sur 9.161 hab.

I Nombre total 13

Crimes contre les propriétés.

Rapport du nombre dos accusés à

la population. 1 sur 59.517 hab.

Nombre total 9

Tribunaux correctionnels.

Nombre des affaires. . . .

Nombre des prévenus. . .

Nombre des condamnés .

Procès.

.MTaires civiles (6)

.\ffaires commerciales (7J.

Faillites (8)

Paupérisme.

Rapport des indigents au chiffre de la population. . . 1 sur 192 hab.

Nombre total 6I8

Bureaux de bienfaisance. . SI Hôpitaux et hospices ... 3 Aliénés à la charge du département 65

Sociétésdesccoursmutuels. it

Contributions directes {i)).

85^ I Foncière 5U.528

Personnelleetmobilière. 91.854 I Portes et fenêtres. . . . 67.637

(1) I.cs chiffres contenus dans ce tableau sont empruntés, pour la plupart, à VAnnuaii-c stalisiiQiie de la France (1878), publié par le ministère de l'agriculture et du commerce, ou calculés d'après des données puisées dans cet ouvrage.

(2) Ces chiffres sont antérieurs au recensement de 18"6, qui a néglige ce point de vue.

Culte callwlique. — Êvcché à Gap, suffragani de la métropole d'Aix. Le diocèse de Gap, qui comprend le département tout entier, compte !6 cures, 219 succursales et ïs vicariats rétribués par l'État. Les congrégations ou communautés religieuses étaient, avant ISSO au noinbic de 7 : 3 pour les hem mes, 4 pour les fe m mes.

Culte réformé. — Des pasteurs sont établis à Saint-Laurcnt-du- Cros, à Orpierre, à Rosans, à Aspres-lès-Veyues, à Arvieux et à Fressinières.

(3) Le département relève de l'académie de Grenoble. Collèges communaux à Gap, à Briançon et à Embrun ; 5 établissements libres pour l'enseignement secondaire. École normale d'instituteurs primaires à Gap; 2 institutions de sourds-muets à Gap et à Embrun. Au point de vue du nombre d'élèves inscrits dans les écoles primaires de 6 à 13 ans, sur 100 enfants recensés, les Hautes- Alpes occupent le U' rang. Ce département occupe le t' rang d'après le nombre d'enfants présents à l'école par 10,000 habitants.

Mœurs et coutumes. — L'habitant des Hautes-Alpes est acui, laborieux et persévérant ; ses mœurs sont pures et austères. Rigide observateur de la parole donnée, sa promesse vaut un contrat. Dans ces montagnes, la pauvreté est la règle presque constante ; mais, par contre, la mendicité est inconnue. On s'entr'aide mutuellement dans toutes les circonstances de la vie ; ceux qui sont forts et valides fauchent les prés des veuves et des orphelins, n'exigeant d'autre salaire que la nourriture.

Dans les communes rurales, on pas.se l'hiver dans les étables; le père et la mère fabriquent des étoffes grossières; les fils aînés apprennent à lireaux plus jeunes, à écrire et à compter. Un certain nombre d'hommes émigrent pendant l'hiver et vont exercer 1:. profession d'instituteur dans les contrées voisines; les professeurs, en effet, forment la majeure partie des 4,500 émigranis environ qui quittent le département pendant l'hiver. Parmi ceux-ci, on trouve aussi des ouvriers peigneurs de chanvre, des colporteurs, des cultivateurs, des marchands de fromages, des mégissiers, charcutiers, rémouleurs, teinturiers, cordonniers, marchands de parapluies et bergers.

(4) Au point de vue j udiciaire, le département des Hautes-Alpes ressortit à la cour d'appel de Grenoble. Gap est le siège de la cour d'assises. Chaque chef-lieu d'arrondissement possède un tribunal de première instance. Il n'y a point de tribunaux de commerce.

(5) Aucun infanticide n'ayant été relevé dans le département pendant l'année qui a servi de type à notre statistique {Compte général de la justice criminelle en France pendant l'année 1876 ; Impr. nationale, 1878), nous établissons le rang d'après le nombre des enfants naturels, qui est do 102.

des affaires civiles terminées

(6) Ce chiffre indique le nombr pendant l'année.

(7) Ce chiffre comprend les affaires contentieuses à juger pendant l'année.

(s) Terminées pendant l'année.

(9) Trésorier-payeur général à Gap ; receveurs particuliers à Brianjon et à Embrun ; 29 percepteurs.

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Voir les feuilles 189, 190, 199,200, 201, 2ii de la grande Carte de l'Étal-ilajor, publiée par le Dépôt de la guerre.

Carte physique, politique, routière et administrative du département des Hautes-Alpes, à l'échoUe de 1/lcoOOO» dessinée par Erhard , d'après la carte de l'état-major, complétée par le service des ponts et chaussées, par le service vicinal du département et par l'administration des forêts. Chromolithographie en cinq couleurs. Publication du ministère de l'intérieur.

Carte de la f.-ontièro des Alpes, à l'échelle de 1/320000", en 10 feuilles, publiée par le Dépôt de la guerre, d'après les grandes cartes d'état-major de France, d'Italie et de Suisse.

Carte du Dauphiné, extraite des grandes cartes de France de Cassini et de Capitaine.

Carte du dépancment des Hautes-Alpes, d'après les travaux du ministère de la guerre.

Cartes du département des Hautes-Alpes, par CAar/e,Donii(<. Fremiti, Duvolenay, Dufour, Logerai, Ad. Joanne, etc.

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ALPES-MARITIMES

Chef- lieu : NICE

Superficie : 4,430 kil. carrés. — Population : 203,604 heÛDitants. 3 Arrondissements. — 26 Cantons. — 152 Communes.

DESCRIPTION PHYSIQUE ET GÉOGRAPHIQUE

Situation, limites. — Le département des Alpes-Marilimes doit son nom aux montagnes qui le séparent, au nord, de l'Italie. C'est un département de l'extrême frontière de la région sudest de la France. Il comprend le bassin du Var et les bassins de troisième ordre, du Loup, de la Siagne, de la Gagne, du Paillon, etc. Il a été formé du comté de Nice, cédé à la France par le traite du 24 avril 1860, et de l'arrondissement de Grasse qui a été distrait du département du Var. Déjà, sous la Convention, il existait un département des Alpes- Maritimes, qui avait à peu près la même circonscription.

Les limites de ce département sont : à l'ouest, le département du Var ; au nord la belle chaîne des Alpes maritimes, qui le séparent de l'Italie; à l'est, le district de San-Romo, et, au sud, la Méditerranée.

IVature du sol, iuontagne!<>, passages «les Alpes, côtes, îles. — Le département des Alpes-Maritimes est un pays de montagnes qui s'appuie, au nord, sur la chaîne des Alpes maritimes. Ces montagnes commencent au monlViso, sur l'extrême frontière orientale du département des Hautes-Alpes, et s'étendent jusqu'au col de Cadibone (Piémont) l'espace de 200 kilomètres ; elles n'appartiennent au déparlement que dans leur partie centrale, du col de Tiniers jusqu'au col de Tende ; leur altitude ne dépasse pas 800 à 1,000 mètres en moyenne, et elles ne gardent les neiges de l'hiver que dans certaines expositions. La chaîne principale présente, depuis l'angle nord-ouest du département, les colsou passages de : Valonnet, Becca, Longa ou Long (2,.573 mètres), Porticiol, Molières, Fremia-Morte,Gerise,Pierre-Élroite,Finestre,Pagar, de Ver, de Gordo-Iasca, d'Inferno, de Braus et de Tende : les uns doivent leur nom à la montagne voisine; d'autres l'empruntent au dernier village

que l'on traverse pour les franchir. De tous ces pas.sages le seul qui soit fréquenté est le col de Tende (Italie) [1,873 mètres d'altitude], qui livre passage à la roule de Nice à Turin, par Coni. Le Pic de l'Enchastraye, qui marque au nord la limite du département, n'a que 2,971 mètres, la Cime du Diable, que 2,687 mètres. Trois rameaux principaux se détachent de la grande chaîne et courent dans le département du nord au sud, en séparant les vallées entre elles; au plusoccidental, qui se détache du mont Brascitta pour venir mourir près de Puget-Théniers, appartiennent le col du Pal, le mont Nier, le mont Bougniou, le col de Chasielan, le col Marie, le mont du Colombier, le col de la Roue et le mont de la Croix ; le second se détache de la chaîne principale entre les cols de Pierre-Morte et de Cerise : il sépare la vallée de la Tinée de celle de la Vésubie. On y trouve les monts de Chalanches et Engiarde, le mont de Feàudy et le col du Puits ; le troisième se détache du mont Clapier, à l'ouest du col de Tende, et sépare la vallée de la Roya de celle de la Vésubie, et présente successivement, du nord au sud, le col de Saint-Véran, le mont Laulion, le col Repasset, le col de Lignières et la montagne du Bois-Noir. Ces montagnes forment des vallées longitudinales et étroites ; leurs dernières pentes descendent en gradins vers la côte, et la Méditerranée en baigne le pied. Dans l'arrondissement de Grasse, les montagnes de Bleine, le mont Meunier (2,854 mètres), de Thorenc et du Cheiron (1,778 mètres), la montagne d'Audibergue, du Teil et du Caern appartiennent au rameau des Alpes de Provence qui se détache des Alpes maritimes.

La Méditerranée baigne les côtes du département depuis l'embouchure de la rivière de l'Argentière, qui y reçoit le ruisseau du Riou, jusqu'à l'embouchure de la Roya, sur une longueur d'environ 100 kilomètres. Le golfe de la Napoule, le golfe de Jouan, séparé de la baie d'Antibes par le

5â« — Alpcs-Maritlmes, l''' Liv.

cap Gros, l'embouchure du Var, le cap de Nice, le cap Saint-Hospice, le cap d'Aglio, le rocher de Monaco et le cap Saint-Martin, tels sont les points les plus importants de cette côte.

A l'entrée du golfe de la Napoule, entre le cap Roux et le cap de la Croisette, sont les îles Lérins au nombre de deux principales : les îles historiques de Sainte-Marguerite et de Saint-Honorat et quelques îlots rocheux, tels que l'île Saint- Ferréol. L'île Sainte-Marguerite, l'antique Lero, est la pius grande et la plus voisine de la côte, dont elle n'est éloignée que de 2 kilomètres. Elle offre la forme d'une ellipse allongée ; sa circonférence est d'environ 7 kilomètres. L'île Saint- Honorat, séparée de la précédente par un canal de 1 kilomètre, n'a pas 800 mètres de longueur sur 300 mètres de largeur. Nous reviendrons sur ces deux îles dans la partie descriptive du département.

Hydrographie. — Le département des Alpes-Maritimes n'est arrosé que par quelques petites rivières dont les bassins côtiers sont de peu d'étendue. Le Var est son principal cours d'eau ; après lui viennent la Siagne, le Loup, la Cagne, le Paillon, et d'autres torrents sans importance.

Le Var prend sa source au mont Cameleone, et, après un cours de 9 kilomètres, quitte un instant le déparlenient pour entrer dans celui des Basses- Alpes et arroser Entrevaux ; mais il y rentre bientôt, passe à Puget-Théniers, reçoit, sur sa rive gauche, la Tinée et la Vésubie ; sur sa rive droite, l'Estéron, passe à La Rochette, à Saint-Martin, Lebroc, Garros, Gattières, et se jette dans la Méditerranée, près de Saint-Laurent, après un cours d'environ 133 kilomètres.

Gette rivière est très capricieuse dans son cours ; et, dans sa partie inférieure, elle forme une grande quantité d'îles. Elle se grossit de la fonte des neiges aux premières chaleurs du printemps; elle est alors très large, très rapide, et ses débordements causent de grands ravages ; dans les autres saisons, son lit se rétrécit, et il est à peine sillonné en été par quelques filets d'eau. La Tinée descend du col de Tiniers; elle arrose Saint-Etienne, Isola, Saint-Sauveur, Sainte-Marie et Clans. La Vésubie descend du col de Pierre-Étroite ; elle arrose Saint- Martin, Venanson,Roquevillère, Durances et Saint- Sauveur. L'Estéron prend sa source entre le mont

de Valplanne et celui de Taillers, dans le département des Basses-Alpes ; il arrose Le Mas, Aiglun, Roccastéron, Les Ferres et Gilette. La Siagne sort des montagnes d'Audibergue, se dirige du nord-est au sud-est, passe à Saint-Gézaire, Auribeau, et se perd dans le golfe de la Napoule. Le Loup descend aussi des montagnes d'Audibergue, mais du versant opposé. Cette petite rivière arrose les territoires de Cipières, Gourmes, Le Bar, Le Rouvet, Villeneuve, et se Jette dans la Méditerranée à 8 kilomètres au nord d'Antibes. La Gagne prend sa source près de Courségoules ; elle passe près de Vence, de Saint-Paul, à Gagnes, se divise en plusieurs bras pour venir se jeter dans la mer à 1 kilomètre au nord-est de la précédente.

Le Paillon, qui se jette à Nice dans la mer, n'est qu'un ruisseau grossi par quelques torrents, tels que celui de l'Arénier.

La Roya vient du Col de Tende et arrose Saorge et Breil. Le caractère de toutes ces rivières est de rouler des eaux peu abondantes et fort limpides dans la belle saison ; l'hiver et le printemps les convertissent en torrents aux eaux froides et limoneuses.

Voles de comniiinicatioii. — Le département des Alpes-Maritimes compte : 4 routes nationales d'une longueur de 308 kilomètres; 10 routes départementales, 196; 17 chemins vicinaux de grande communication, 372; 127 chemins vicinaux d'intérêt commun, 123; et 680 chemins vicinaux ordinaires, 2,810 kilomètres.

Le déparlement est traversé par la ligne de Marseille à Nice-Viniiniille, qui se rattache au grand réseau de Paris-Lyon-Méditerranée. Cette ligne y pénètre près de La Napoule et dessert successivement les stations de : Le Trayas, Cannes (194 kilomètres de Marseille, 1,057 de Paris), Golfe- Jouan, Antibes, Vence-Cagnes, Var, Nice (225 kilomètres de Marseille, 1,088 de Paris), Villefranche, Beaulieu, Èze, Monaco (240 kilomètres de Marseille, 1,103 de Paris), Monte-Carlo (242 kilomètres de Marseille, 1,105 de Paris), Cabbe-Roquebrune. Menton (249 kilomètres de Marseille, 1,112 de Paris).

A Cannes, un tronçon de 20 kilomètres dessert Grasse, en passante la station de Mouans-Sartoux.

Plusieurs lignes sont en construction ou projetées; citons: celle de Nice à Puget-Théniers; celle de Draguignan à Grasse et à Nice, par Gagnes.

ALPES-MARITIMES

En 1880, on cvaliiait la longueur des lignes en exploitation à 88 kilomètres.

Climat. — Le département des Alpes-Maritimes appartient à la région climatérique dite du climat méditerranéen. Ce climat est très tempéré

» relativement à la latitude sous laquelle il est placé. Il doit la douceur de ses hivers aux montagnes qui l'abritent des vents du nord et du nord-est. L'air atmosphérique, dans la partie moyenne du déparlement, est très sec ; les vents du sud-ouest et du sud-est amènent les pluies; le vent le plus redouté, celui du nord-ouest, le mistral, amène les brusques changements de température; encore quelques communes privilégiées en sont-elles abritées par leur exposition.

A Nice, les vents du nord-est et du nord-ouest dominent ; néanmoins, grâce à son voisinage de la mer, la température moyenne de ses hivers est plus élevée que celle des hivers de Rome ou de Florence. La belle saison arrive tard, mais elle se prolonge jusqu'au déclin de l'automne ; les chaleurs de l'été sont tempérées par les brises qui soufflent de la mer ; la pureté du ciel, l'agrément de la situation , ont beaucoup contribué à la réputation de Nice comme station médicale ; mais il paraîtrait que ce climat renommé ne saurait toujours convenir aux tempéraments nerveux. En résumé, la moyenne de la température annuelle de Nice est de la", 8 du thermomètre centigrade ; la température moyenne de l'hiver est de 9°; celle du printemps est de 18"; celle de l'été est de 23",2 ; enfin celle de l'automne l-2'',8.

Mais la clémence de ce climat cesse lorsque l'on quitte les côtes pour pénétrerdans les hautes vallées et dans la partie montagneuse du département; on y retrouve la température variable et capricieuse des pays de montagnes, et elle est dès lors soumise aux deux lois de l'exposition et de l'altitude.

Profluctîous iiaturclles» — Le département des Alpes-Maritimes appartient à la région géologique dite de Provence. Sur le bord de la mer se montrent les roches granitiques et schisteuses appartenant aux terrains de première formation ; les montagnes sont micacées et calcaires; on y rencontre des couches carbonifères, et la plupart des massifs appartiennent aux formations secondaires et tertiaires. On a trouvé des traces de gisements métalliques dans le département, mais ils

ne sont pas exploités ; le marbre, le gypse, l'ardoise sont seuls l'objet do l'exploitation industrielle. ALaGuerz, près de Saint-Sauveur, clà Berthémont, on a trouvé des eaux minérales acidulées et sulfureuses, chaudes et froides. Les productions varient avec les expositions. Sur les montagnes et les plateaux, on trouve do bons pâturages et d'épaisses forêts ; les espèces dominantes de ces dernières sont le pin, le sapin et le mélèze; le chêne y est plus rare. Dans les vallées, le sol est fertile et propre à la production des différentes espèces de céréales; toutefois, les récoltes sont insuffisantes pour la nourriture de la population. La culture de la vigne y donne des vins estimés; mais ils sont tous consommés dans le pays. La vigne produit en moyenne 100,000 hectolitres de vin, dont une partie est convertie en vins de liqueur ou en eau-de-vie; les vins les plus estimés sont ceux de Vallette (Tourrelte-Vence), de La Gaude, de Bellet, de Touet, de Guillaumes, de Paille (Peglia). En 1874, la production a été de 169,600 hectolitres, estimée 5,936,000 francs ; en 1873, de 83,967 hectolitres seulement, et, en 1877, par suite de la maladie de la vigne, elle était descendue à 39,689 hectolitres, c'est-à-dire au tiers d'une année moyenne; enfin, en 1880, elle remontait à 72,4u2 hectolitres. Le déparlement est l'un de ceux dans lesquels la culture du tabac est autorisée. On voit peu de prairies naturelles ou artificielles; la flore est des plus brillantes et l'on recueille un grand nombre de plantes médicinales. L'olivier, le citronnier, le limonier, l'oranger, le grenadier viennent en pleine terre ; la plupart des arbres fruitiers de nos jardins y prospèrent; les animaux domestiques sont ceux que l'on rencontre dans le reste de la France; les mulets et les chèvres, qui sont l'objet d'un commerce étendu, y sont de fort belle race. Parmi les animaux sauvages, on cite le loup, le renard, la belette; les rivières et les côtes sont très poissonneuses. Dans les baies et les golfes, on pèche le thon et l'anchois. Parmi les insectes, citons la luciole particulière au département et la tarentule si redoutée • mais il est facile de prévenir les suites, fort exagérées d'ailleurs, de sa piqûre.

Industrie agricole, luanuractiirlère et coiunierciale. — Le département des Alpes- Maritimes est un département agricole et d'exploitation. Les terres qui bordent le littoral sont assez bien cultivées, ainsi que les dernières pentes

des collines ; et si les récoltes ne suffisent pas à la consommation, c'est à cause du peu d'étendue des champs consacrés à la culture des céréales. La superficie du département se partage en : superficie bâtie et voies de communication, 55,942 hectares et en territoire agricole 335, 720 hectares. Ce derniersesubdivise lui-même en: céréales, 39,106 hectares; farineux, 4,634 ; cultures potagères et maraîchères, 1,000; cultures industrielles, 16,449; prairies artificielles, 1,248; fourrages annuels, 1,327; autres cultures et jachères, 10,000 ; vignes, 9,662 ; bois et forêts, 9,418; prairies naturelles et vergers, 19,513; pâturages et pacages, 90,000; terres incultes, 52,363 hectares. Les produits des oliviers, des orangers, des citronniers, les fruits confits sont l'objet d'un commerce actif, et le département n'a pas de rival pour l'industrie de la parfumerie en gros et la préparation des essences, dont les centres commerciaux sont à Grasse et à Nice. L'éducation des vers à soie et des abeilles, l'élève du gros bétail, sont aussi une des branches principales de l'industrie des habitants. On compte dans le département un grand nombre de fabriques d'essences et de parfums, des distilleries, des moulins à huile, des scieries, des savonneries, des papeteries, des tanneries, des tuileries, des filatures de soie et des manufactures de draps grossiers, de couvertures de laine et de toile de fil.

En dehors des objets d'utilité générale sur lesquels s'exerce le commerce et qui sont communs à tous les autres départements, celui-ci voit ses transactions porter principalement sur les bois, les essences, les fruits confits, l'huile d'olive, la parfumerie et la soie. Grasse, dans l'intérieur du département, est le centre de la fabrication et des industries que nous venons de signaler; Cannes, Antibes, Menton et surtout Nice en sont les ports d'exportation.

Division polltifiiic et atlniiiiisti'ative. — Le département des Alpes-Maritimes a pour chef-lieu Nice; il comprend 3 arrondissements, 26 cantons, 152 communes; le tableau statistique que nous donnons plus loin les fait connaître. Il appartient à la région agricole du sud-est de la France.

Le département furme le diocèse d'un évèché dont le siège est à Nice et qui est suffragant de l'archevêché d'Âix. Il y a à Nice un grand et un petit séminaire, à Grasse un séminaire, et dans le

déparlement 5 cures de première classe, 20 de seconde, environ 120 succursales et 'i6 vicariats. Nice compte, en outre de nombreux établissements religieux. Pour les autres cultes, Nice possède un consistoire Israélite, un temple luthérien, une église grecque ou orthodoxe russe et des chapelles anglaises et allemandes; il y a aussi des chapelles et des temples à Cannes et à Menton.

Les tribunaux de première instance des trois chefs-lieux d'arrondissement, et les tribunaux de commerce de Nice, de Grasse, d'Antibes, ressorlissenl à la cour d'appel d'Aix.

Le département est comprisdans l'académie d'Aix. Il y a un lycée et une école normale d'instituteurs à Nice, et des collèges communaux à Grasse, à Antibes, à Menton; 5 institutions secondaires libres et plusieurs pensions dans le département; le nombre des écoles primaires est de 436.

Le diipartement des Alpes-Maritimes appartient au 15° corps d'armée et à la 15'^ circonscription de l'armée territoriale dont le quartier général est à Marseille ; Antibes est un chef-lieu de subdivision. Antibes et le fort Sainte-Marguerite sont comptés au nombre des places fortes de troisième classe, et Nice au nombre des places fortes de deuxième. La compagnie de gendarmerie départementale appartient à la 15° légion dont l'état-major esta Nice, et dont la circonscription comprend, en sus du département des Alpes-Maritimes, ceux du Var et des I5asses-.\lpes.

Au point de vue maritime, Nice forme un sousarrondissement dépendant de la préfecture maritime de Toulon. Ce sous-arrondissement comprend les quartiers maritimes de Nice et d'Antibes; du premier relèvent les ports de Nice, de ViUefranche, de Menton ; du second, ceux d'Antibes, de Cannes, deFréjus. ViUefranche a un arsenal et des chantiers de construction.

Le département des Alpes-Maritimes est compris dans l'arroudissemenl minéralogique de Marseille appartenant à la région du sud-est, dans la 7° inspection des ponts et chaussées (Marseille) ; avec le Var dans le 34° arrondissement forestier (Nice).

Nice est le siège d'une direction des douanes. La ligne des douanes passe, dans le département, à Saint-Dalmas-le-Sauvage, Saint-Étienne, Saint-Sauveur, Valdeblore, Saint-Martiu-de-Lantosque, Roccabigliera, Borgo, Saorge, Breil, Sospel, Castillon, Castellar, Garavans, Menton, Cap Saint-Martin,

ALPES-MARITIMES

Moulin de la ïufbic, Turbie, Saint-Laurent, Eze, Beaulieu,Saint-Hospice,Villefranctie, Pont-Magnan, Garas et le pont du Var.

Les bureaux sont établis aux points ci-aprùs : Saint-Étienne, Saint-Sauveur, Saint-Martin-de- Lantosque, Saorge, Breil, Sospel, Caslillon, Castellar, Menton, Turbie, Saint-Hospice, Villefranche et Nice.

Le nombre des perceptions des finances est de 26 ; les contributions et revenus publics atteignent li millions de francs.

HISTOIRE DU DÉPARTEMENT

Le territoire compris dans la circonscription actuelle du département des Alpes-Maritimes fut d'abord habité par les Liguriens, chassant, devant la civilisation qu'ils apportaient d'Orient, les sauvages aborigènes, sur l'histoire et les moeurs desquels on ne possède aucune notion. Le premier héros qui ait laissé sa trace sur ce sol, foulé depuis par les pas de tant de vainqueurs, fut Hercule. On lui attribue la fondation de Villefranche. Trois siècles plus tard, dit-on, les Phocéens de Marseille, jaloux de la prospérité de ce port, en creusent un autre à l'embouchure du Paillon; émerveillés de la fertilité des campagnes, de la beauté du climat, ils y envoient de nombreux colons ; on défriche le sol, on y apporte la vigne et l'olivier delà Grèce. Les llomains convoitent à leur tour ce qui a séduit les Phocéens : sur ces rivages fortunés, ils plantent leurs aigles dominatrices. Le Forian Juin (Fréjus), le monument de la Turbie sont comme deux empreintes de la puissance romaine. La voie de mer, les vaisseaux de Marseille et du port d'Hercule ne suffisent plus aux besoins de communications nouvelles; des routes sont ouvertes à travers les rochers ; la voie Aurélienne, faite pour les légions, livrera bientôt le passage des Alpes aux barbares. Ils sont précédés par les apôtres de la foi évangélique : saint Barnabe descend des Gaules, saint Nazaire débarque d'.\frique.

Pendant trois siècles, le pays fut incessamment traversé et ravagé par les barbares. Ges colonies isolées, qu'aucun lien ne rattachait entre elles, ne pouvaient offrir aux envahisseurs aucune résistance ; elles imploraient le secours de leurs voisins. La Ligurie eut pour première protectrice la république de Gènes, au vu'= siècle. Elle s'abrita, en 741. sous le bouclier de Charles-Martel.

L'impuissance des c.escendanls de Charleniagne livra la malheureuse province à de nouveaux et plus redoutables ennemis, aux Sarrasins, aux pirates d'Afrique. Pas un point de la côte n'était à l'abri de leurs invasions; ils s'étaient construit de distance en distance, sur des rochers, dans des endroits inaccessibles, des espèces de repaires du haut desquels ils s'abattaient sur les campagnes et sur les villes. Cet étal de choses devint si intolérable, ces horreurs furent poussées à un tel point que la chrétienté s'en émut, et le pape Marlin 11 organisa une espèce de croisade contre les Maures, qui possédaient tous les passages des Alpes maritimes et qui en opprimaient si cruellement les habitants.

C'est à Olhon, le grand empereur d'Allemagne, que revient l'honneur d'avoir porté le coup décisif à la domination des Sarrasins; c'est lui qui prit d'assaut La Garde-Fraxinet, la plus redoutable de leurs forteresses.

L'époque de cette délivrance, le xi" siècle, coïncide malheureusement avec les développements les plus caractéristiques de la féodalité. Aussi les guerres intérieures, les discordes civiles permirentelles à peine de relever les ruines que les Sarrasins laissaient derrière eux. D'une part, les Grimaldi travaillent à affranchir et à étendre leur souveraineté de Monaco; ici, le spectacle des prospérités de Gènes et de Pise suscite des conspirations républicaines; ailleurs, les héritiers de Boson, les comtes de Provence, revendiquent leurs droits sur ce qu'ils prétendent cire une dépendance du royaume d'Arles. Il n'y a de trêve à ces déchirements que pendant le règne de Raymond-Bérenger IV, comte de Barcelone et de Provence, dans la première moitié du xni<^ siècle. En 1246, recommence, avec l'avènement de Charles d'Anjou, une longue période de calamités. Entraînée par ce prince dans sa désastreuse croisade et dans sa fatale expédition contre Naples, la Ligurie y perdit quatre galères et l'élite de ses enfants. Le comté de Nice fut ruiné et vit disparaître les trois quarts de sa population, qui était alors de 80,000 âmes, en comprenant les bailliages de Barcelonnette et de Puget-Théniers. Le commerce était presque anéanti, la désolation régnait dans les familles décimées par la guerre. Les terres, faute de bras, restaient incultes. L'autorité était exercée au nom du souverain absent par un grand sénéchal qui faisait peser sur les petits une tyrannie d'autant plus

impitoyable qu'elle était plus impunément bravée par les grands. Les possesseurs de hauts fiefs, l'évêque de Nice et l'abbé de Saint-Pons, les Caïs et les Badat, les Marquesans et les Riquieri, les Grlmaldide Vintimille échappaient à sa juridiction et agitaient de leurs querelles incessantes l'intérieur de la cité ; à l'extérieur, c'étaient do grands vassaux plus indépendants encore : les Lascaris, comtes de Tende, qui descendaient par les femmes des empereurs de Constantinopie, et les Doria de Dolceaqua, qui dominaient dans la vallée de la Roya; par eux le Piémont et la république de Gènes pesaient sur le comté de Nice. Il y eut pourtant une compensation à tant de malheurs. Le pays de Nice doit aux règnes des deux Charles les orangers de Sicile, qui, arrosés à leur naissance de bien des larmes, font aujourd'hui la fortune de la contrée. Après l'extinction de la branche aînée d'Anjou, et la renonciation de la branche cadette, le S octobre 1419, le comté de Nice vint s'ajouter aux États déjà si considérablement agrandis d'Amédce VIII, duc de Savoie. Pendant plus d'un demisiècle, la Ligurie put s'applaudir d'avoir changé de maîtres. Mais l'Europe tremblait sur ses bases, bientôt allait commencer le grand duel entre la France et l'Espagne; Charles-Quint et François I"'' allaient se disputer l'Italie; les Alpes-Maritimes étaient le passage indiqué des deux armées; elles étaient destinées à la fois à devenir théâtre et vic- Umes de ces luttes acharnées. Peste, guerre et famine, tels furent les fléaux qui inaugm-èrent le xvi" siècle.

- L'entrevue de ViUefranche, ménagée par le pape Paul III entre François 1'='' et Charles-Quint, devait procurer une trêve de dix années; au commencement de la cinquième, les hostilités recommencèrent, le monarque français amenant cette fois avec lui lefoi'ban apostat, devenu bey de Tunis, llariadan Barberousse.

Après la paix de Cateau-Cambrésis, sous l'administration réparatrice de Philibert-Emmanuel, la Ligurie respirait à peine, heureuse de pouvoir effacer de si longs et de si cruels désastres, quand survint le fameux tremblement de terre du 20 juillet 1564. Les secousses se prolongèrent jusque dans les premiers jours d'août et bouleversèrent tout le pays. Le fond du port de ViUefranche s'affaissa, le cours de la Vésubie fut un moment interrompu; les villages de Bollène, Lantosque, Belvédère, Saint-.Martin, Roccabigliera et Vcnanson,

furent écrasés par la chute des rochers environnants, etbeaucoupùe sources non thermales jusquelà devinrent chaudes et sulfureuses. Les règnes les plus heureux dans les Etats voisins, les administrations les plus habiles semblent être pour notre malheureuse province l'occasion, la cause de nouvelles infortunes. C'est elle encore qui paye une paitie de la gloire de Henri IV et de ses généraux; et quand, rompant la paix de Suse, Richelieu endosse la cuirasse par-dessus la pourpre romaine, c'est la Ligurie que menace le cardinal, devenu capitaine. En 1689, lorsque se forma la ligue d'Augsbourg, Victor-Amédée, contraint de renoncer à la neutralité, prit parti contre la France; ce fut le signal d'une nouvelle invasion, et, le 11 mars 1691, Catinat établissait son quartier général à Saint-Laurent-du-Var; l'occupation française dura jusqu'à la paix de Turin, signée le 29 août 169G. Quelques années plus tard éclatait la guerre de Succession; c'est sur les mêmes rivages et sous les mêmes murailles que le prince Eugène et le duc de Berwick développèrent leurs talents stratégiques; Louis XIV victorieux ordonna, en 1706, de raser toutes les fortifications du comté. La guerre cependant continua encore avec des succès divers jusqu'au traité d'Utrecht, en 1713; son œuvre avait été complétée par les rigueurs de l'hiver de 1709, pendant lequel, dans la nuit du 13 au 14 février, un froid de 9 degrés gela tous les oliviers.

Une trêve de vingt années, dans cette suite con linuelle de guerres, permit aux princes de Savoie, Victor-Amédée et Charles-Emmanuel , de faire preuve des bonnes intentions dont ils étaient animés envers les Liguriens; mais il était écrit que toute secousse européenne devait avoir son contrecoup au pied des Alpes. A propos de la succession de Pologne, les soldats de l'Autriche, les vaisseaux de l'Angleterre et les armées franco-espagnoles se mettent en marche; c'est encore dans le couloir et dans les ports des Alpes-Maritimes que s'établit le principal courant des troupes et des arrivages ; l'excessive sécheresse de l'été de 1734 occasionne disette et famine, laissant à l'année suivante le nom de mortelle.

Nous renonçons à décrire les péripéties de ces luttes éternelles, qui sont presque aussi semblables dans leurs di'taiisque dans leurs résultats; toujours des sièges, des batailles, puis des traités, l'un refaisant ce que l'autre a défait; c'est à peine si les

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noms des lieux changent. Le traité d'Aix-la-Chapelle ne fait que rétablir un état de choses qui avait existé auparavant. Ce qu'il constate surtout, ce sont les inépuisables ressources de ce pays, qui, pour célébrer la paix, surprend l'Europe par le faste et l'éclat de ses fêtes, alors qu'on pouvait le croire épuisé par tous les sacrifices de la guerre.

Le 24 mars 1760, fut signée, à Paris, la partie du traité définitif qui rectifiait la ligne de frontière entre la Savoie et la France. Les communes de Gattières, Dosfraines, Bouyon, Ferres, Conscgudes, Aiglun et la moitié de Roquesteron, situées au delà du Yar et de l'Estéron, furent échangées contre les villages provençaux de Balnis, Auvare, Saint-Léger, La Croix, Puget, Rostang, Cubéris, Saint-Antonin et La Pêne, qui passèrent au comté de Nice. La sagesse du roi de Piémont conserva la paix à ses États pendant la guerre de Sept ans. Les afflictions d'une disette, que les sécheresses rendaient imminente en 1767, furent épargnées aux populations

France illustrée. 20G.

par d'habiles mesures; d'importants travaux d'utilité publique furent menés à bonne fin : la route du col de Tende fut considérablement améliorée; deux beaux ponts enpierre, jetés sur la Roya, assurèrent le dangereux passage des gorges de Saorgio. Ce calme fut troublé, en 1788, par des calamités, préludes d'autres orages. A la suite de pluies torrentielles et de tempêtes effroyables, d'affreux éboulements eurent lieu dans la vallée de Roccabigliera; la montagne du col de Becca s'affaissa et ensevelit, avec de nombreuses victimes, une partie du territoire deCoaraze. Pendant l'hiver de l'anniie suivante, dans la nuit du II au 12 janvier, à la suite d'une tempête qui avait couvert le sol de deux pieds de neige, une désastreuse gelée de 9 degrés frappa de mort jusque dans leurs racines les orangers et les oUviers: c'était la richesse de toute la contrée, et elle était ruinée pour longtemps. Quand éclata la Révolution française, des liens de parenté unissaient trop étroitement la maison de Savoie aux

5S> — ALrES-M.\mriMEs, 2' Liv.

Bourbons de France pour qu'elle pût assister indifférente et iuactive au grand drame qui allait se dérouler. Turin devint un centre d'émigration, un foyer de conspirations royalistes. Une armée sarde fut réunie sous les ordres du général Courten et du major Piuto, qui firent garnir de redoutes les hauteurs de la rive gauche du Var, depuis le rivage jusqu'au delà d'Aspremont, sur une étendue de 12 kilomètres. A ces dispositions hostiles, l'Assemblée constituante opposa un rassemblement de volontaires marseillais campés à La Brague, entre Gagnes et Antibes; ordre fut donné à M. Lesueur, consul à Nice, de demander ses passeports qui lui furent refusés. Une panique que rien ne justifiait entraîna dans les montagnes les défenseurs de la frontière piémonlaise. Les notables du pays vinrent implorer la présence des forces françaises comme garantie d'ordre, et ce l'ut sans brûler une amorce et commeUbcrateurquelegénéralAnselmeprit possession de la Liguric. Alors fut organisé le département des Alpes-Maritimes, qui était compris entre le Var et la rive droite de la Taggia; ilavaitpour chef-lieu Nice et comprenait les arrondissements de Nice, de Monaco et de Puget-Théniers; sa superficie était de 322, Go4 hectares et sa population (1804), de 88,000 habitants. Plus tard, l'Autriche, alliée au Piémont, voulut nous enlever notre conquête. La Convention envoya sur les lieux trois de ses membres : l'un d'eux était Robespierre jeune, qui venait d'assister à la délivrance de Toulon ; il amenait avec lui deux jeunes officiers dont il avait remarqué l'ardeur et deviné les talents ; l'un était Corse, l'autre était né près d'Antibes : c'étaient Bonaparte et Masséna. Pour l'Autriche, ce n'était déjà plus la Ligurie qu'il fallait songer à reprendre, c'était l'Italie qu'il s'agissait de garder. Le premier corps d'armée qui s'organisa dans le département des Alpes-Maritimes, et qui en partit pour cette première fabuleuse campagne d'Italie, comptait dans ses rangs Junot, Berthier, Charlet, Laharpe et Suchet. Le pays fut administré, de 1802 à 1814, par un préfet qui y laissa d'excellents souvenirs, M. le vicomte Joseph du Bouchage.

Nous touchons aux événements contemporains; il nous suffira de les indiquer pour que les détails en reviennent dans la mémoire de nos lecteurs. Rappelons seulement le débarquement de la duchesse de Berry, venue en France sur un navire sarde, imitation malheureuse de l'épisode du golfe Jouan ; mentionnons aussi les révolutions microsco-

piques de Monaco. Ce furent les seules agitations qui troublèrent le pays pendant la période pacifique du xix° siècle. La dynastie de Savoie avait été chaleureusement accueillie des populations liguriennes lorsque nos désastres de 1814 la ramenèrent au milieu d'elles; elle a répondu à ces sympathies par une administration douce, sage et équitable. Nous ne voulons pas rechercher si la province dont il s'agit tient plus par ses mœurs, par ses antécédents historiques, à la Provence qu'à l'Italie, ou si le Ligurien est plus Italien que Français; mais, des faits que nous avons consciencieusement et impartialement rapportés, de ces annales de deux mille ans qui ressemblent à un long martyrologe, où les jours de tranquillité et de paix sont de si rares exceptions, nous conclurons seulement que le passage des Alpes, aux mains d'une nation forte comme la France, eût été exposé à de bien moins nombreuses tentatives, et nous sommes convaincus que l'annexion, à ce titre, est pour l'avenir de cette contrée une garantie de sécurité, de paix et de bonheur.

HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES BOURGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES

Nice (la t. 43° 41' 58"; long. 4° 56' 32"). — Nice [Nici£a,Nicia,Nizzia), station de la ligne de Paris à la frontière italienne, à 1,088 kilomètres de Paris, à 576 de Lyon et à 225 de Marseille, chef-lieu du département des Alpes-Maritimes, autrefois capitale du comté qui portait son nom, siège d'un évcché, de tribunaux de commerce et de première instance, possède un lycée, une école normale d'instituteurs, un petit et un grand séminaire, et compte 53,397 habitants.

Cette grande et charmante ville est située à l'embouchure du Paillon [Paglione] et à 6 kilomètres seulement de l'embouchure du Var, sur le versant méridional d'une colline dont les pentes adoucies aboutissent à la Méditerranée. Le majestueux rempart de montagnes qui arrête les vents du nord , l'incroyable richesse de la végétation, font de ces lieux la résidence la plus salubre, le séjour le plus délicieux qu'on puisse rencontrer. Nice tire son nom d'un mot grec qui signifie victoire. C'est, /(qu effet, en souvenir d'une victoire qu'ils venaient de remporter que les Phocéens de Marseille fondèrent cette ville, dont ils voulaient faire la rivale du port d'Hercule. On fait remonter la date de cette

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fondation au iii" siècle)^ La prospérité de Nice fut si rapide, que, dans sa description des villes italiennes, Strabon ia cite immédiatement après Rome. Pendant les guerres puniques, le grand Scipion y relâche deux fois, et les flottes romaines y trouvent tout ce qui est nécessaire à leur ravitaillement.

Nice, comme presque toutes les petites républiques de la Confédération ligurienne, prit parti contre César et perdit son indépendance après le triomphe de l'usurpateur. Pendant la triste période de l'invasion des barbares, qui firent des Alpes-Maritimes leur grande route vers l'Italie, Nice, devefnue tour à tour la proie des Golhs, des Vandales, des Wisigoths, des Bourguigons et des féroces Loml bards, ne fut bientôt plus qu'une misérable bour- \gade. Elle recueillit les habitants de Cimiès, qui; vinrent y chercher un asile après la destruction de leur cité, et, avec leur aide, elle releva ses propres ruines et retrouva quelque chose de son ancienne grandeur. Elle ne pouvait toutefois se passer de protecteurs, dans cet âge de violences; elle reconnut d'abord la souveraineté des rois francs, puis se jeta dans les bras de la république génoise, sous la menace des pirates sarrasins qui commençaient à se montrer sur les côtes de la Ligurie. Gènes fut souvent impuissante, et les mauvais jours revinrent; ils durèrent plus de deux siècles, jusqu'à la venue d'Othon le Grand, qui, secondé par un vaillant enfant de Nice, Gibalin Grimaldi, seigneur d'Antibes, délivra pour toujours le pays de ses barbares opiiresseurs. Nice, après cet affranchissement, éprouva de sérieuses difficultés dans son organisation intérieure. Deux puissantes familles, les Caïs et les Badat, s'y disputaient l'influence et l'autorité. Les Ca'is appuyaient leur ambition sur les prétentions des comtes de Provence; les Badat voulaient une république ; ces derniers triomphèrent, malgré l'intervention d'une armée provençale, qui perdit son chef, Raymond-Bérenger III, dans un assaut sous les murs mêmes de la ville. Alphonse!" d'Aragon, dix ans après, en 1176, vengea son prédécesseur. Le courage déployé par les chevaliers établis dans la cité depuis 1133 ne put la sauver. Alphonse et ses successeurs usèrent modérément de cette victoire. Le règne de Bérenger IV compte même parmi les meilleurs jours de Nice. Nous trouvons de curieux détails sur les mœurs de cette époque dans une intéressante publication due aux recherches de M. le commandant Fervel. a Le numéraire était si rare, dit-il, qu'on

prêtait légalement au taux de 20 pour 100. Une j charte de 1060 établit pour les denrées de détail les prix suivants en sols melgoriens, qui représentaient la cinquantième partie d'un marc d'argent : une journée de manœuvres, 3 sols ; un bœuf, 13 r sols; un cheval, 20 sols; un mulet, 17 sols; une paire de souliers, 3 sols ; un manteau avec capuchon, 18 sols; une tuniquede femme, 23 sols; une servante, gages annuels, 40 sols; une livredepain, 3 deniers ; de viande, 2 deniers et demi ; de poisson, 2 deniers. Les hommes des hautes classes, coifl'és d'un petit chapeau de velours noir, portaient les cheveux longs flottant sur l'épaule, avec les moustaches et la barbe. La chemise, à col tombant, découvrait une partie de la poitrine. Les robes à longs plis et, en hiver, les manteaux ajoutaient à la noblesse du costume. Les paysans et ouvriers n'avaient qu'un épitoge à capuchon. Les dames nobles et bourgeoises portaient un surcot boutonné qui tombait jusqu'aux talons, et, pardessus, une tunique descendant jusqu'aux genoux. Leurs cheveux étaient bouclés, et leur tète couverte d'un long voile qui cachait entièrement la figure et la gorge. Les femmes du peuple remplaçaient la tunique par la mantille à capuchon et sans manches ; leurs cheveux étaient roulés en couronne au-dessus du front. Un chapeau de forme cubique et à larges bords, dit capellina, les préservait du soleil et de la pluie. A défaut de voiles, elles portaient des masques de dilTérentes couleurs ; car il n'y avait que les femmes notées d'infamie qui marchassent à découvert. Elles y étaient forcées; si elles y manquaient, toute femme honnête pouvait leur courir sus. La vie était sobre, active, réglée ; un homme de soixante ans semblait être dans toute la force de l'âge, elles centenaires n'étaient point alors des phénomènes. On parlait à Nice la langue provençale avec la prononciation italienne. Le peuple et les religieux étaient illettrés : en 1189, sur dix-huit moines profès de la célèbre abbaye de Pons, quinze ne savaient pas écrire leur nom. »

La domination des comtes de Provence et de la maison d'Anjou dura jusqu'au traité de Chambéry (3 octobre 1419), qui consacra la cession de Nice à la Savoie. Cette nation, malgré l'habileté de ses princes, ne pouvait efficacement défendre une place qui devenait la base des opérations des grandes puissances occidentales dès qu'elles entraient en lutte. Nice eut donc à subir, pendant

trois siècles encore, les calamiteuses alternatives auxquelles l'exposaient sa position géographique, la politique mobile de ses maîtres et l'insuffisance des forces qui devaient la protéger. Toutefois, ces luttes, quoique inégaies, ne furent pas sans gloire. Nice peut citer avec fierté les exploits des frères Galléan, armateurs intrépides, qui lancèrent dans son port, le 3 avril 1489, le Saint-Jean, navire de 1,600 tonneaux, qui devint la terreur et l'admiration de la Méditerranée. Au siècle suivant, quand l'alliance de François I" et du terrible sultan Soliman 11 jeta dans de si grands périls les campagnes comme les côtes du comté de Nice, la cité assiégée, en 1543, par terre et par mer, trouve parmi ses enfants une héroïne qui, comme notre Jeanne de Beauvais, la hache à la main, renversait du haut des murailles le porte-étendard des janissaires, en criant victoire! Elle s'appelait Cathenne Ségurana. Moins poétique que nos vierges de Picardie et de Vaucouleurs, elle était d'une laideur repoussante, qui lui avait valu le surnom de Manufaccia; elle avait trente-sept ans; ses allures étaient viriles et soldatesques. Elle obtint les honneurs du triomphe, et on lui éleva dans la suite, sur la porte Parolière, une statue en pierre, d'un travail brut, comme le modèle. Chaque période de paix correspond à la date de quelques agrandissements ou embellissements de la ville. Après le traité de Catcau-Cambrésis (15S9), la plupart des édifices sont restaurés ; les nobles, les citoyens, rivalisent avec les princes de dévouement patriotique et de générosité. La paix d'Aix-la-Chapelle, deux siècles plus tard, est le signal d'améliorations plus notables encore. On étendit alors la ville Neuve et le faubourg de la Croix-de-Marbre; le palais épiscopal fut relevé; les consuls décorèrent la façade de l'hôtel de ville, et une société de capitalistes organisa la belle promenade de la Terrasse. La paix, dont le pays a joui depuis 181S, a fait la ville telle que nous la voyons aujourd'hui.

Nice se divise en vieux Nice et eu ville Neuve. Le vieux Nice, situé sur la rive gauche du Paillon, ressemble à beaucoup de villes du Midi; les rues en sont étroites, tortueuses, bâties pour éviter le soleil, et pavées de petites dalles de granit. Ces ruelles sont bordées de boutiques primitives, qui ne prennent jour que par leur porte, et sillonnées d'une foule remuante, couverte de vêtements aux couleurs vives, qui leur donnent un certain air de ressemblance avec les bazars d'Orient. Il y a comme

une coquetterie du hasard dans le gracieux contraste que présentent ces quartiers pittoresques avec les grandes et belles avenues de la ville Neuve, située sur la rive droite du Paillon, où brille dans tout son éclat le luxe moderne, où s'étalent avec complaisance les opulentes fantaisies de toutes les contrées de l'Europe.

L'aspect de toutes ces richesses, la réunion de toutes ces élégances cosmopolites n'est cependant pas ce qui donne à Nice son caractère le plus original et le plus saisissant. La nature y domine, y efface toutes les grâces de la civilisation, toutes les séductions de l'art. Nice, et c'est là son charme suprême, Nice n'est point une ville, c'est un grand parc, où les plus splendides palais disparaissent dans des bosquets d'orangers, sous des touffes de roses. Nice n'est pas plus dans ses rues ombragées que sur la pente de ses collines ou dans l'ombre de ses vallées ; on ne voit ni où elle commence ni où elle finit ; c'est un immense jardin où chacun semble avoir planté sa tente au hasard, sûr de trouver, n'importe sur quel point de ce paradis terrestre, la santé et le bonheur.

Nice a peu de monuments. Nous citerons cependant, dans l'ancienne ville, l'antique cathédrale Sainte-Itéparade, place Roselti ; l'église Saint- Augustin, dans laquelle Luther prêcha avant sa rupture avec Rome; l'église Saint-Jacques; dans la nouvelle ville, l'église du Vœu ou Saint-Jean-Baptiste, élevée en 1833 par la ville, en reconnaissance d'avoir été préservée du choléra ; l'église Saint- Pierre et la nouvelle église de Notre-Dame de Nice, rue de la Gare, construite dans le style du xiii" siècle. Nice est une ville cosmopolite; aussi ne peut-on s'étonner d'y voir un temple anglican, une église écossaise, une église russe, une église évangélique, un temple allemand, un temple américain, une synagogue. Parmi les monuments civils, nous nommerons: la préfecture, la mairie, la tour de l'Horloge, le tribunal de paix, le grand lycée, le petit lycée, le théâtre français, le théâtre italien incendié le 23 mars 1881, mais que l'on doit reconstruire dans un des nouveaux quartiers ; les hospices de la Croix, de la Charité, de Saint-Roch, le palais Lascaris et la galerie des Beaux-Arts, sur le boulevard du Bouchage. Les plus belles places sont : la place ou square Garibaldi, qui a successivement porté les noms de place Victor et de place Napoléon; la place ou square Masséna, décorée de la statue du maréchal; la place Charles-

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Albert et la place Cassini, près du port. Outre la promenade des Terrasses, l'une des plus anciennes de la ville, et de celle du Château, qui couronne un monticule rocheux de 96 mètres de hauteur, autrefois occupé par l'ancien château détruit en 1706 par l'ordre de Louis XIV, Nice cite avec orgueil la belle promenade des Anglais, avenue de plus de 2 kilomètres de longueur, bordée de splendides habitations et ayant pour horizon la côte, et plus loin la mer; le jardin public et le jardin des Phocéens, où s'épanouissent les plantes des tropiques. Sur le quai Cassini et près du port, qui se compose de deux bassins, on montre la maison où est né Garibaldi. Nice n'est une ville ni très industrielle ni bien commerçante; sa richesse essentielle consiste dans le tribut que lui payent les malades et les voyageurs. Cependant elle a un port qui exporte du chanvre, des citrons, des oranges, des fruits confits, de l'huile d'olive, du riz, de la soie, des parfumeries et des salaisons ; elle reçoit en échange des denrées coloniales, du cuir, des farines, de la mercerie, de la morue, du savon et du vin. Elle a, comme toute ville de son importance, brasseries, distilleries, tanneries, vermicelleries, tonnelleries, filatures de soie, fabriques de chaussures, de cire, d'essences, d'eaux minérales et de fruits confits. Elle fait un grand commerce de fruits confits et des fleurs de ses admirables jardins.

Nice est une des stations d'hiver des plus à la mode et des plus fréquentées ; mais si son climat est favorable aux goutteux, aux rachitiques, aux asthmatiques et à ceux que les travaux intellectuels ont affaiblis, il est juste de remarquer que ce même climat n'est plus aussi favorable aux gens affectés de maladies de cœur ou dont le système nerveux est attaqué.

Nice compte, parmi ses plus glorieux enfants, les frères Cassini et Garibaldi, dont le nom appartient désormais à l'histoire. Les opinions et les œuvres de cet homme remarquable peuvent être discutées; mais ses adversaires eux-mêmes reconnaissent en lui une probité indiscutable, une foi indomptable, le patriotisme le plus pur et le plus ardent.

Les armes de Nice sont : d'argent, à Vaigle éployée de gueules, reposant sur trois ruonts de sinople.

Environs de Nice. — Les environs de Nice, entre la ville et le Var, offrent d'intéressantes

excursions, dans lesquelles les souvenirs historiques rivalisent avec la beauté des sites.

A Clmiès, l'antique Cemeneluni , à 'i kilomètres au nord, ville romaine fondée par César et détruite par les Vandales, on voit encore les restes d'un amphithéâtre, un temple d'Apollon, des thermes, des aqueducs, et aussi un beau couvent de récollets, qui vinrent s'y fixer lorsque, en 1543, les Turcs eurent incendié leur maison de Nice.

A Pons ou Saint-Po.\'s i^ô kilomètres) existe un beau couvent de bénédictins, fondé en 775 par saint Syagrius, neveu ou contemporain de Charlemagne, détruit par les Sarrasins en 890 et par les Turcs en 1548, restauré par un évoque de Nice, supprimé en 1792 et rendu à sa destination religieuse en 1853 : il est occupé par les oblats.

Plus au nord encore se trouvent : la Source du Roy, {& Fontaine l/ouraille elsoa aqueduc qui, au temps des Romains, alimentaient Nice; la Fontaine du Temple, qui rappelle une ancienne maison des templiers ; le Mont Chante d' Aspremont et le.s Grottes des Chauves- Sour is ; les Ruines de Châteauneuf, avec son donjon et ses prisons, qui servirent plus d'une fois de repaire aux bandits.

ToLUETTES, joli village qui doit son nom aux trois tours que les Romains y avaient élevées pour défendre ou surveiller le pays, et qui, plus tard, furent occupées par les Sarrasins.

A l'ouest de la ville, le Couvent Saint-Barthélémy , le Vallon de la Magdeleine, la Vallée Magnan.

Au sud-ouest, V Embouchure du Var et le Jardin d'acclimatation.

Toutes ces excursions offrent des points de vue ou des panoramas que rendent encore plus remarquables la luxuriante végétation qui les entoure et les tons chauds du soleil de la Provence.

Breil. — Breil {Breglio), chef-lieu de canton de l'arrondissement de Nice, à 69 kilomètres au nord de cette ville, est une petite ville peuplée de 2,576 habitants. Elle est bâtie entre les cols de Jou et de Brouis, au pied d'un rocher que couronne la tour de la Crivella, au milieu d'un petit vallon arrosé par la Roya et entourée de riantes prairies. C'était autrefois une place fortifiée, ayant des remparts et une enceinte de murailles. Le pont jeté sur la Roya, et composé de trois arches, était luimême muni d'ouvrages de défense ; il était fermé par une porte à pont-levis et protégé par de forts bastions percés de meurtrières.

CoARAZE. — Coaraze [Coaraza), canton de Contes, à 26 kilomètres au nord de Nice, est un bourg de 6S5 habitants, situé sur un monticule aride, au milieu d'une petite plaine qu'environnent de toutes parts des montagnes dépourvues de végétation. Au pied de Coaraze, un torrent appelé le Gravier fait sa jonction avec le Paillon de Contes ; ces deux cours d'eau, répandant sur leurs bords la fertilité et la fraîcheur, donnent au bassin qu'ils arrosent un aspect riant qui contraste avec l'aridité qui règne alentour. L'église s'appuie sur une vieille tour du xivsiècle qui lui sert de clocher. Aux environs, le sol est jonché des ruines éparses d'un ancien château.

Peiixe. — Peille {Pcglia), canton de L'Escarène, à 20 kilomètres au nord-est de Nice, est une petite ville, jadis fortifiée, qui compte aujourdhui 1,.^80 habitants. Elle est située sur un plateau qui domine l'éminence connue sous le nom de Castelet et au pied de laquelle coule, en hiver, le torrent de la Peille; elle a une physionomie très pittoresque; la plupart des maisons sont construites dans un ancien style qui rappelle le gothique ; l'église, bâtie au sommet de la ville, est surmontée d'un clocher en forme de pyramide, très hardi et très élevé. La mairie et l'école occupent l'ancien palais des L'ascaris. Le sol de Peille et de ses environs renferme d'importantes richesses. On en extrait de la chaux hydraulique; on y a trouvé des mines de houille qui ne sont point encore exploitées; il produit enfin une espèce de vin muscat mousseux très estimé, et dont il se fait un commerce considérable.

AsPREMONT. — Aspremont, canton de Levons, arrondissement et à 13 kilomètres de Nice, est un village de 313 habitants. Il est situé sur le versant septentrional du mont Chauve et domine les collines qui descendent jusqu'à la rive gauche du Var. Rien ne prouve qu'Aspremont ait fait partie d'un système de fortification organisé anciennement sur le mont Chauve; mais de nombreuses ruines attestent que le sommet de ces hauteurs fut jadis protégé par d'importants ouvrages de défense. On cultive, sur le territoire d'Aspremont, une espèce de vigne qui fournit des vins estimés, rouges, muscats blancs, mousseux, dont il se fait une exportation considérable.

Menton. — Menton, station de la ligne de Nice à Gènes, à 249 kilomètres de Marseille et à 1,112 de

Paris, chef-lieu de canton, arrondissement et à 31 kilomètres de Nice, est une charmante petite ville située près de la mer et peuplée de 7,819 habitants. Rien n'est plus gracieux que l'aspect de Menton : le sommet des constructions, les clochers des églises apparaissent au voyageur au milieu de bosquets d'oliviers, de citronniers et d'orangers ; les routes qui y conduisent ressemblent aux avenues d'un parc bordé d'un côté par de splendides montagnes, et de l'autre par l'azur éclatant, immense, de la Méditerranée.

Menton est divisée en deux parties : la vieille ville et la ville neuve ; la première porte encore l'empreinte des époques orageuses qu'elle a traversées : les rues sont étroites, sinueuses, disposées dans des prévisions d'attaque ou de lutte intérieure. Honoré II, prince de Monaco, s'y est construit une habitation, qui ne peut guère passer pour un palais, avec les débris de l'ancien château du prince Jean. La ville neuve est bâtie sur un plan plus moderne; elle est sans doute plus agréable à habiter, mais elle a moins de caractère. Des trois églises de Menton, une seule est remarquable : c'est celle de Saint-Michel ; on voit dans une chapelle, qui appartenait aux constructions primitives, un maître-autel orné de précieux bas-reliefs ; le bâton de la croix de cette paroisse est une lance turque, trophée de victoire rapporté de Lépante par Honoré P'', qui y avait glorieusement accompagné et commandé les galères de son petit État. L'hôpital, le collège et le cercle, et la mairie qui renferme la bibliothèque, méritent une mention. Le port, protégé par une jetée, reijoit annuellement 130 à 150 navires ; son cabotage est de 400 navires jaugeant près de 2,000 tonneaux. Parmi les points intéressants qui environnent Menton, citons seulement le cap Martin, qui sert de promenade à la ville, et le Castellar, longtemps possédé par les Lascaris de Vintimille, dont on voit encore, en entrant, la maison seigneuriale, dernier souvenir du passé ; et plus près de la ville, les ruines du château de Jean II, qui se dressent au sommet de la colline. Menton a des fabriques d'essences très renommées, des vermicelleries et de nombreux moulins. Il s'y fait une exportation considérable de citrons et oranges, de figues, de fruits confits, d'écorces sèches, d'essences aromatiques, de farines, de grain, d'huile d'olive, de pâtés dits de Gènes, de salaisons, etc. Menton est la patrie du général de Bréa.

ALPES-MARITIMES

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RoQUEBRUNE. — Roqucbrune [Roccairuna), station de la ligne de Nice à Gènes, à 1 , 108 kilomètres de Paris, canton de Menton, arrondissement et à 23 kilomètres au nord-est de Nice, est un bourg d'une origine très ancienne, peuplé de 847 habitants. C'était une des trois communes de la principaulé de Monaco dans laquelle son histoire se confond. On attribue sa fondation aux Liguriens auxquels succédèrent, comme dominateurs du pays, les lîomains et les Sarrasins. Roquebrune a bien, en elTet, l'aspect d'une cilé toujours en garde contre d'incessantes agressions : elle est perchée sur les derniers plans d'un bloc de rochers, au-dessus de la route de Gènes, qui n'a pas toujours été cette merveilleuse route de la Corniche que nous admirons aujourd'hui. Les premiers habitants de ces contrées belliqueuses recherchèrent nécessairement une position favorable à leur sécurité ; ils y bâtirent et s'y fortifièrent; tels durent être les commencements de ce bourg. Ses rues, pavées de pierres aiguës, sont étroites, tortueuses, escarpées, bonnes seulement pour des montagnards ou des chèvres. On pénètre dans ses maisons, vieilles comme des siècles, par des escaliers à pie qui en rendent la visite périlleuse. L'église, qui est ancienne, est simple et fraîchement ornée. Quant aux fortifications, elles ont peu à peu disparu, et le château, habité sous les anciens princes par le châtelain, ou officier spécialement chargé de sa garde, tombe maintenant en ruine. Les habitants sont, au dire d'un historien, braves et énergiques comme leurs ancêtres, forts comme le granit qui fut leur berceau, ardents comme le soleil qui les brûle. Ces robustes cultivateurs sont plus laborieux que l'abeille, plus économes que la fourmi. Près de Roquebrune, au-dessus delà route, une petite éminence, disposée en terrasse naturelle, oITre un des plus admirables panoramas qu'on puisse imaginer,

La principale industrie consiste dans la fabrication des tresses de paille. Roquebrune fabrique aussi des bouchons, des cierges, des bougies, de l'huile d'olive, des pipes de bruyère ; elle possède des filatures de soie, des scieries hydrauliques et des fabriques de bonbons. W existe sur le territoire de la commune une forêt de chênes blancs et une mine de charbon de terre non exploitée. De la montagne de la Roque, on a une vue très étendue sur les environs.

Belvédère. — Belvédère, canton de Saiut-Mar-

tin-de-Lantosque, arrondissement et à .53 kilomètres au nord de Nice, est un bourg, autrefois fortifié, peuplé de 1,198 habitants. R est situé sur un riant et fertile plateau qui domine le confluent de la Yésubie et de la Gordolasque, et aussi les campagnes de Roquebillière. Le panorama qui se déroule de toute part est d'une beauté remarquable et justifie pleinement le nom du lieu : ce sont de riches coteaux, de verdoyantes prairies et des forêts aux teintes les plus variées, se détachant sur l'azur d'un splendide horizon.

Près du bourg, sur le territoire duquel on a découvert une mine de plomb argentifère, on voit les ruines d'un vieux château, et tout autour les débris de murailles qui dessinent encore l'enceinte primitive de Belvédère.

Roquebillière . — Roquebillière [Roccabigliera], canton de Saint-Martin-de-Lantosque, arrondissement et à oO kilomètres de Nice, compte 1,744 habitants. Ce bourg, situé aujourd'hui près de la rive gauche de la Vésubie, n'a pas toujours occupé l'emplacement actuel; les nombreusesantiquités, monnaies, armes, ustensiles, trouvées près de là, sur la rive droite de la rivière, dans un amas de rocliers, semblent indiquer que le village a existé antérieurement dans cet endroit. L'église, édifice assez misérable, construit cependant en pierres de taille au milieu du gravier, prouverait qu'il a existé des habitations sur ce bord de la Vésubie.

Non loia de là, à Berthémont, on trouve trois sources d'eaux minérales séparées par un bloc de rocher; l'eau des deux premières, Saint-Julien et Saint-Jean-Baptiste, est chaude, sulfureuse, et a 30 degrés; l'eau de la troisième, Saint-Michel, est sulfureuse aussi, mais froide. On prétend que les Romains y avaient un établissement de bains ; il n'en reste aucune trace.

Les environs de Roquebillière sont réputés pour leur beauté; on y récolte des châtaignes estimées.

SosPEL. — Soi'^Q\[Sospello), chef-lieu de canton, arrondissement et à 40 kilomètres au nord-est de Nice, est une ville très ancienne, dont la population est aujourd'hui de 3,463 habitants. Située au pied du col deBrasuel, au milieu d'un fertile bassin qu'arrose la Révère, elle était jadis fortifiée. Elle est divisée en deux parties par la petite rivière que nous venons de nommer, et sur laquelle a été jeté un pont en pierre, composé de deux arches, qui

est dominé par une vieille tour. Son église, dédiée à saint Michel, est assez remarquable ; c'est une grande nef soutenue par une double rangée de colonnes, toutes d'une seule pièce. Sur une éminence voisine se dressent les ruines du vieux château, connu dans le pays sous le nom deCastel d'Appi.

Le territoire de celte commune possède des gisements inexploités de mines de fer, de houille, de marbre et d'albâtre.

Utelne. — Utelle, chef-lieu de canton, arrondissement et à 43 kilomètres au nord de Nice, est une petite ville qui compte 1,815 habitants. Utelle était autrefois située sur la crèle d'un mamelon où l'on aperçoit encore des vestiges d'habitations et les débris des murailles qui les protégeaient. Quand des temps plus calmes ont succédé aux époques de violence et de guerre, la petite ville est descendue de son rocher et est venue s'asseoir sur les bords de la Vésubie où elle est actuellement. Elle possède un bel hôtel de ville qui décore un des côtés de sa place publique. Son église mérite d'être citée : c'est un des plus vieux et des plus beaux monuments de l'ancien comté de Nice ; le portail en est délicatement sculpté et son clocher élevé est d'un bel effet. Au-dessus du bourg s'élève la chapelle de Notre-Dame des Miracles.

Utelle fabrique des fromages estimés et fait un certain commerce d'olives et d'huile d'olive que fournit son territoire.

ViLLEFRANCHE. — Vlllefranche (Villafranca), station du chemin de fer de Nice à Gènes, à 1 ,092 kilomètres de Paris et à 229 de Marseille, chef-lieu de canton, arrondissement et à S kilomètres à l'est de Nice, est une petite ville de 3,002 habitants, à laquelle son port et sa belle rade, l'une des plus sûres de la Méditerranée (2,900 mètres de long sur 1,800 de large, et une superficie de 3,500 mètres carrés) donnent une certaine importance. Située au fond du golfe de Nice, ses destinées ont toujours été étroitement liées à celles de cette ville. Sa fondation remonte à l'année 1293; elle fut bâtie par les ordres de Charles II d'Anjou, qui la dota de la franchise du commerce ( Villa franca), afin d'y attirer les habitants des localités voisines. Pendant plusieurs siècles, cette place fut le seul arsenal maritime des princes de Savoie. C'est dans son port que Barberousse débanjua son armée pour aller faire le siège de Nice.

Vlllefranche est défendu par le fort de Salnt- Alban, et elle possède un arsenal. Cette ville resserrée entre la mer et la montagne, n'offre rien d'intéres.sant; elle est rangée au nombre de nos places fortes de 3» classe, et possède des chantiers de construction et un lazaret. Son commerce a une certaine activité ; elle exporte, comme les principales localités de la côte, du chanvre, des oranges, des citrons, de l'huile d'olive, des parfumeries, du riz, des salaisons et de la soie. Son commerce intérieur consiste surtout en cuirs, denrées coloniales, draperie et mercerie, farines, morue, savon et vin.

On va visiter au hameau àeBeaulieu, qui en est proche, un magnifique olivier séculaire. Le tronc a 12"', 42 de circonférence, les rameaux couvrent un circuit de plus de 30 mètres.

La rade de Villefranche est une des stations de notre marine militaire dans la Méditerranée.

La Turbie. — La Turbie est une commune de 1,568 habitants, située à 15 kilomètres à l'est de Nice, au pied du col qui porte son nom, entre le mont Agel et le promontoire de la Tète-de-Chien, célèbre par les restes de ce que l'on nomme dans le pays la Tour d'Auguste, mais qui paraît être un monument, un trophée, élevé à ce prince vingt-cinq ans avant notre ère. C'est un massif qui parait avoir été quadrangulaire et entouré de colonnes doriques ; il était orné des statues des lieutenants d'Auguste et de celles des barbares vaincus, et couronné par une statue colossale de l'empereur, dont la tête fut retrouvée, en 1585, par un moine franciscain. Ce monument fut transformé en forteresse au moyen âge, et sur le massif on éleva une tour : plus tard, il servit de carrière de pierres aux habitants du voisinage.

Du mont Agel, qui s'élève au nord-est de la Turbie à une hauteur de 1,156 mètres, on jouit d'une vue admirable sur les cotes de Provence et de Gènes ; par un temps clair, on aperçoit même la Corse et les Apennins.

Grasse [lat. 43» 39' 28"; long. 4° 33' 19" 2). — Grasse [Grassa, Grinniaciim), tête de ligne de l'embranchement de Cannes à Grasse, est une jolie ville peuplée de 13,087 habitants, située à 40 kilomètres à l'ouest de Nice, dans une charmante position sur le revers méridional d'une colline très élevée qui présente un superbe amphithéâtre. C'était, avant

ALPES-MAHITIMRS

l'annexion du comté de Nice, le chef-lieu d'un arrondissement du déparlement du Var. Grasse fait actuellement partie, au même titre, des Alpes- Maritimes. Cette ville possède, avec des tribunaux de première instance et de commerce, une société d'agriculture, un collège communal, un petit séminaire; elle était autrefois le siège d'un évèché, dépendait du parlement et de l'intendance d'Aix, et avait viguerie, recette, sénéchaussée, justice royale, etc.

L'origine de Grasse n'a rien de bien authentique; le territoire qu'elle occupe était habité par les Ligauni et les Oxybii, tribus de race ligurienne ; quelques auteurs en font la capitale de ces peuples; le fait ne nous semble pas suffisamment prouvé. La même incertitude plane sur l'étymologie de son nom. Les Romains, qui entretenaient des forces pour assurer le passage des Alpes liguriennes, avaient en cet endroit une station pour protéger des magasins de vivres et une source abondante

France illusthée. 207.

qui existait dans les environs; un général romain nommé Crassus aurait donné son nom au camp qu'il commandait, Castrum Crasseuse, et la ville succédant au camp aurait hérité du nom. Suivant une autre version. Grasse fut fondée seulement en S8S par une colonie de juifs sardes qui s'étaient convertis au christianisme etqui, enreconnaissancc de la grâce qu'ils recevaient, appelèrent Gralia leur nouvelle patrie. On cite à l'appui de cette thèse les vieilles archives où le mot Grasse est écrit par un c: Grâce.

Enfin les paysans, qui, pour être moins érudits, n'en sont peut-être pas moins logiques, prétendent que ce sont ses grasses terres et la fertilité du sol qui ont donné à la ville son nom de Grasse.

Quoi qu'il en soit. Grasse n'était encore qu'un bourg au xi° siècle. Elle dépendait de la principauté de Callian. Plus tard, Guillaume II, comte d'Arles, la céda à un certain Rodoard, qui fut la souche de la maison des comtes de Grasse. Au xn° siècle, le

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