‹ La France illustréeChapitre 175 sur 301 · Alpes-.Maritimes, 3" Liv · texte numérisé non relu

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bourg avait prospère : il était devenu ville. Grasse avait alors des consuls, entretenait un commerce étendu et concluait hardiment un traité particulier avec la république de Pise, malgré l'opposition du comte de Provence à qui elle ne craignit pas de tenir tête encore plusieurs fois. Ces libertés donnaient à cette ville une vitalité singulière; trois fois détruite, elle se releva trois fois. Deux de ces désastres furent l'œuvre des corsaires d'Afrique, au xii" et au xiv* siècle ; le troisième fut l'effet de l'héroïsme des habitants, qui détruisirent euxmêmes leur ville à l'approche de Charles-Quint, pour lui ravir les ressources que son armée aurait pu y trouver. En 1536, ils la rebâtirent plus au midi : ainsi Grasse n'occupe pas exactement la même place aujourd'hui qu'avant le xvi" siècle. Ils furent, à la vérité, obligés de rendre leur ville au baron de Vins, le ligueur, et au duc de Savoie, en 1589; mais, quatre ans après, ils chassèrent les troupes étrangères afin do pouvoir « flairer en liberté les agréables odeurs des fleurs de lis, » comme dit Honoré Bouche. Leur énergie se signala plus tard, de nouveau, quand le prince Eugène et le duc de Savoie, revenant de leur expédition manquée, en 1707, mirent le siège devant leurs murs : heureusement les troupes françaises arrivèrent à temps pour les délivrer. Grasse était, depuis 1570, siège de sénéchaussée. Elle avait aussi une viguerie. Elle avait depuis le moyen âge (1252) un évêché à propos duquel le cardinal de Richelieu s'est permis un calembour qui ne vaut guère mieux que ses tragédies : Godeau, évêque de Grasse, n'étant encore que simple abbé, avait présenté au cardinal une paraphrase en vers du cantique Benedicite. «Vous m'avez donné ienedicUe, lui répondit Richelieu, et moi je vous donne Grasse.-» On comptait dans la ville six maisons religieuses. Grasse fut un instant le cliel-lieu du département du Var, en 1794. Elle est descendue depuis au rang de chef-lieu d'arrondissement et n'a plus d'évèché. C'est à Grasse qu'au retour de l'île d'Elbe, en 1815, Napoléon I" établit son premier bivouac sur un petit tertre en gazon qui couronne le rocher de Ribbes ; il put, de cette position élevée, contempler l'immense et magnifique panorama qui se déroulait à ses yeux et saluer une dernière fois la Méditerranée et les montagnes de l'île de Corse qu'il ne devait jamais revoir.

Grasse, que l'odeur de ses parfums annonce de loin, offre de la plaine l'aspect le plus pittoresque. Elle s'élève en amphithéâtre sur le versant méri-

dional du Rocavignon et dans le bassin de la Siagne. Ses maisons ont plusieurs étages; leurs façades sont peintes en blanc ou en jaune, ce qui leur donne un air propre et riant; leur disposition en gradins permet à l'une d'elles, située rue de la Délivrance, d'avoir une entrée de plain-pied à chacun de ses quatre étages. Les rues de Grasse sont étroites, irrégulières, escarpées, mais propres et rafraîchies par plusieurs fontaines, alimentées par une source abondante qui jaillit dans la partie la plus élevée de la ville, et dont les eaux, après avoir mis en mouvement plusieurs moulins et usines, servent ensuite à l'irrigation des prairies et des jardins. La ville est peu riche en monuments : l'hôtel de ville occupe les bâtiments de l'ancien évêché ; la cathédrale est un édifice gothique vaste, mais peu élégant, qu'écrase son massif clocher. Grasse possède en revanche une bibliothèque de 6,000 volumes, enrichie des manuscrits et des archives de l'antique abbaye de Lérins ; un théâtre, construit sur le modèle des salles d'Italie; un hôpital dans la chapelle duquel on voit trois toiles de Rubens léguées à la condition de ne jamais les aliéner. La place du Marché est grande, propre, bien ombragée et bordée de magasins élégants. Les antiquités sont plus nombreuses : ce sont les fondements d'un château qu'on dit avoir été celui de la reine Jeanne, comtesse de Provence; une vieille tour qu'on prétend de construction romaine et attenante à l'hôtel de ville, et la chapelle de Saint-Sauveur, vulgairement appelée chapelle Saint-Hilaire. C'est un bâtiment octogone à l'intérieur; l'inscription latine Fanum Jovis, gravée sur la clef de voûte, et qu'on pouvait lire il y a quelques années, indiquait la date approximative et la destination de ce monument, qui a été converti en magasin à poudres. Citons enfin la belle promenade du Cours, dont la principale allée est ornée d'une très jolie fontaine surmontée d'un obélisque en marbre du pays, et d'où l'on jouit d'une vue admirable sur la vallée de la Siagne, Nice, la mer et les Alpes.

Grasse est la patrie du conventionnel Isnard, du chef d'escadron Bompas, du lieutenant général Gazan, du compositeur Font-Michel, du botaniste Jaume Saint-IIilaire, et du prélat académicien Godeau.

Grasse est le centre d'un commerce important, qui procure à ses habitants un bien-être mérité. Sa parfumerie est réputée au loin; elle compte

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plus de 60 fabriques; elle exporte en quanlilcs considérables des soies écrues et ouvrées, des vins, des fruits, des liqueurs, du miel, de la cire, des savons, pommades, essences et parfums. Grasse possède sur son territoire 3,000 hectares plantés d'oliviers, 67 moulins hydrauliques, faisant mouvoir 108 meules verticales écrasant par an une moyenne de 3 millions de doubles décalitres d'olives, produisant environ 7,200,000 kilo^'rammes d'huile comestible.

Une dos distilleries de Grasse consomme annuellement 23,000 kilogrammes de flrurs d'oranger; une autre, dans l'arrondissement, produit 30,000 litres d'eau de fleur d'oranger. Il y a quatre foires considérables.

Dans une montagne voisine, on exploite des carrières de marbre et d'albâtre.

Les armes de Grasse sont : d'azur, à un agneau pascal d'argent, posé sur une terrasse desinople, portant une croix d'or et un guidon de gueules.

AuRiBEAu. — Auribeau [Horreum belli) doit, comme l'indique son nom, son origine à des magasins où les Romains enfermaient leurs provisions de guerre. C'est une petite commune de 447 habitants, située au confluent de la Frayère avec la Siagne, à 12 kilomètres au sud de Grasse. Elle a conservé les restes de ses remparts, la porte principale et les greniers d'approvisionnements des Romains. On montre dans son église plusieurs objets provenant del'abbayede Lérins, entre autres un joli reliquaire en vermeil renfermant la mâchoire de saint Honorât, un calice et un curieux plat de cuivre ou de laiton qui représente, au repoussé, une tête romaine autour de laquelle on lit Marcu. Tullus Cicero. Cos; il paraît dater de la Renaissance. Dans la chapelle de Notre-Dame de Valcluse, qui est l'objet de pèlerinages dans le pays, on voit de nombreux ex-voto. |

Auribeau possède des moulins à huile et à farine; elle fait un commerce d'huile d'olive.

Le Bar. — Le Bar, commune de 1,414 habitants, est un chef-lieu de canton situé sur une colline qui domine le cours de la petite rivière du Loup, à 8 kilomètres au nord-est de Grasse et dans une région très pittoresque. Son industrie, connue dans tout le pays, est la fabrication de l'huile d'olive et des essences pour la parfumerie; elle possède aussi des moulins et une papeterie. Son église renferme

un curieux tablcaudu xiv» siècle; il est peint sur bois, et représente une danse macabre au tambourin qui est présidée par deux magistrats; audessous du tableau sont des vers provençaux, malheureusement à peu près illisibles aujourd'hui. On visite aussi l'ancien château des comtes de Bar, dont les oubliettes sont encore bien conservées.

Antibes. — Antibes [Anlipolis), station de la ligne de Marseille à Nice, à 20a kilomètres à l'est de la première et à 23 kilomètres au sud-ouest de la seconde, chef-lieu de canton, arrondissement et à 23 kilomètres au sud de Grasse, très ancienne et forte place maritime de 2' classe, sur le bord de la Méditerranée, a une population de 6,752 habitants.

Cette ville, siège d'un tribunal de commerce, d'une école d'hydrographie de 4° classe, d'un collège communal, dépendait autrefois du diocèse, de la viguerie et de la recette de Grasse, du parlement et de l'intendance d'Aix, formait un gouvernement particulier, avait justice royale, siège d'amirauté, grenier à sel, etc.

Les Phocéens de Marseille, fondateurs d'Antibes, lui donnèrent, dit-on, son nom (Antijjolis) à cause de sa situation sur la côte en face de Nice. Conquise par les Romains, elle obtint le droit latin; Tacite l'appelle municipe. Un cirque, un aqueduc, dont on admire encore les restes, un arsenal maritime, lui donnèrent alors une grande importance. On retrouve chaque jour des traces de ce brillant passé : ce sont des restes de constructions, des débris de statues, d'urnes, d'ustensiles, des pierres tumulaires.

C'est à Antibes que fut trouvée l'inscription suivante :

Pueri septenlri

Onis annos XII qui

Anlipoli in Iheatro

Bi duo sallavit et pla

Cuit

a Aux mânes de l'enfant Septentrion, âgé de douze ans, qui parut deux jours au théâtre d'Antibes, dansa et plut. » Ce pauvre enfant, dit M. Michelet, est évidemment un de ces esclaves qu'on élevait pour les louer à grands prix aux entrepreneurs de spectacles, et qui périssaient victimes d'une éducation barbare. « Je ne connais rien, ajoute le savant historien, de plus tragique que cette inscription dans sa brièveté, rien qui

fasse mieux sentir la dureté du monde romain : « ... parut deux jours au théâtre d'Antibes, dansa » et plut. » Pas un regret!... nulle mention de parents; l'esclave était sans famille. » Les habitants d'Antibes se livraient surtout à la pèche et au commerce du thon, et fabriquaient, avec ce poisson, une saumure fort appréciée de la gastronomie romaine. La chute de l'empire amena la décadence d'Antibes. Les Sarrasins la ruinèrent complètement au ix" siècle. Elle se releva au siècle suivant, avec le titre de comté, et fut donnée par Guillaume n, comte d'Arles, à Rodoard, fondateur de la maison de Grasse.

Antibes avait autrefois un évcché; il avait été érigé au iv" siècle; mais, en 1252, Innocent IV, trouvant Antibes trop exposée aux attaques des pirates, le transporta à Grasse, et l'y maintint, malgré les énergiques protestations des Antipolitains. Ce n'est que sous François P"" que l'on commença à fortifier Antibes. Henri IV fit achever et augmenter ces travaux. Il avait été obligé d'acheter Antibes au duc du Maine et à ses coseigneurs les Grimaldi, en 1608. Mais cette seigneurie retourna, en 1642, aux Grimaldi par la donation que le roi en fit au prince de Monaco. Pendant la guerre du semestre, les Antipolitains se déclarèrent contre le parlement; mais ce qui les rend dignes de la reconnaissance nationale, c'est l'héroïque résistance qu'ils opposèrent toujours aux étrangers. La première fois, en 1746, quand ils- se laissèrent bombarder pendant 29 jours, par le prince Eugène, et donnèrent au maréchal de Belle- Isle le temps d'accourir; la seconde, lorsqu'ils repoussèrent les alliés, en septembre 1815; c'est aussi l'ardeur avec laquelle ils embrassèrent, en 1789, la cause de la Révolution, l'empressement qu'ils mirent à partir comme volontaires, et le courage qui les distingua à la prise de Nice et du fort de .Montalban, en 1792. Masscna, l'Enfant chéri de la victoire, né à Levens, dans le département, commandait alors le 3'= bataillon du Var. Il devint plus tard maréchal de France, duc de Rivoli, prince d'Essling.

On remarque à Antibes l'église paroissiale, bâtie sur un rocher élevé qui domine le port, et qui occupe l'emplacement d'un temple dédié à Diane. Près de là sont deux tours qui, selon la tradition, dateraient de deux siècles avant l'ère chrétienne ; l'hôtel de ville mérite aussi d'être cité.

Le territoire d'Antibes est presque entièrement

composé de jardins, de vignes et de vergers; les principales productions de la Provence, l'olivier, le mûrier, l'oranger, le tabac, les fleurs elles plantes odoriférantes, y prennent de magnifiques développements. Des hauteurs qui dominent la \ille, les points de vue sont merveilleux.

Antibes a donné naissance au savant docteur en Sorbonne Honoré Tournely; au lieutenant général comte ReiUe.

Une longue jetée, de 472 mètres, courbée en demi-cercle, protège le port, qui a peu d'étendue, n'est accessible qu'aux navires de 4", 50 de tirant d'eau, mais qui est suret commode; deux forts, dont l'un a été bâti en 1834, en détendent l'accès. Il reçoit annuellement 50 à 60 navires, et son cabotage est de 150 à 200 navires jaugeant 7,000 à 8,500 tonneaux.

Il se fait à Antibes, tant par mer que par terre, un commerce assez actif de bois, draperie, poissons salés, vins, parfumerie, huiles d'olive, oranges, pêches, cédrats, figues, brugnons et grains. L'industrie est représentée par des moulins à huile, des distilleries d'essences de fleurs, des fabriques de vermicelle et de pâtes d'Italie, de poteries, de chapeaux et des salaisons et articles de la marine. Cependant la première place appartient à la culture en général, et particulièrement à celle du tabac. Du sommet de la hauteur de la Garoupe, que couronnent un phare et une petite chapelle de Notre- Dame-de-la-Garde, on jouit d'une vue magnifique sur les environs et la mer.

Les armes d'Antibes sont : d'azur, à une croix d'argent cantonnée de quatre fleurs de lis d'or, aulamhel à trois 'pendants de gueules, brochant sur la croix, au chef d'azur chargé de trois (leurs de lis d'or.

C.\N.\ES. — Cannes [Cannes, Castellum Marcellinum, Castrum de Cannis), station de la ligne de Marseille à Nice, à 194 kilomètres à l'est delà première et à 31 à l'ouest de la seconde, chef-lieu de canton, arrondissement et à 18 kilomètres au sud de Grasse, compte 14,022 habitants; de Cannes se détache un embranchement qui aboutit à Grasse. Cette jolie petite ville maritime est située dans une position pittoresque, au bord de la Méditerranée, sur le penchant d'une colline qui s'avance en cap dans la mer; elle dépendait autrefois du parlement d'Aix, du diocèse, de la viguerie et de la recette de Grasse.

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Cannes est, suivant quelques auteurs, l'ancienne Oxijbia, capitale des Oxijbii. Détruite par les Romains, après leur victoire sur ce peuple celtique, elle aurait été rebâtie par les Marseillais .eus le nom de Castrum MarcelUnum, plus tard Castrum Forum. C'est sur son territoire qu'eut lieu, entre les troupes d'Othon et de Vitellius, cette terrible bataille qui dura la moitié d'une journée et toute une nuit, et après laquelle les soldats d'Othon, quoique vainqueurs, lurent obligés de retourner par mer en Italie. Dévastée durant deux siècles par les Sarrasins, au vni" et au x" siècle, elle fut repeuplée par des familles génoises et forliliée. Elle prit alors le nom de Castrum de Cannis.

Au nom de Cannes se rattache un souvenir contemporain devant lequel s'efface l'intérêt de son histoire passée. C'est là que débarqua Napoléon l", au retour de l'ile d'Elbe.

L'intérieur de la ville de Cannes ne renferme guère de monuments remarquables; nous citerons cependant l'église de Notre-Dame-de-l'Espérance, la chapelle Sainte-Anne, et les deux cercles du Commerce et Nautique, l'un sur les allées du Cours, l'autre sur le boulevard de la Croisette.

Le port de Cannes, formé par une jetée de 130 mètres, est ouvert aux vents du sud-est; il est sujet à s'ensabler. Cependant c'est une des stations des bateaux à vapeur; il reçoit annuellement une cinquantaine de navires, et son cabotage emploie de 230 à 300 petits bâtiments, jaugeant une vingtaine de milliers de tonneaux. Il est commandé par une tour et par un château gothique. L'enceinte extérieure de cet édifice date du moyen âge. Un rocher qui surplombe sert d'assise à une chapelle fréquentée par les marins. Le quai large, bordé de jolies maisons, est ombragé de grands et beaux arbres. Cannes, ou plutôt ses environs, sont des lieux tout privilégiés de villégiature hivernale; ils offrent des sites enchanteurs et de magnifiques jardins couverts d'orangers et de citronniers. On ne voit autour de la ville que villas élégantes, châteaux, habitations splendides et charmantes promenades.

Cannes fabrique des barriques à huile, des chapeaux, des essences, des savons, de l'huile d'olive et divers articles de parfumerie. On y trouve des corderies, des distilleries, des minoteries et des ateliers de salaisons. Son commerce consiste en denrées du pays, figues, oranges, etc., droguerie, fer et quincaillerie, sel, farine et grains, sardines, salaisons, huile d'olive et parfumerie.

Le C.\.n.\et. — Le Cannet, à 3 kilomètres de Cannes, arrondissement et à 13 kilomètres au sudest de Grasse, est un bourg important qui compte 1,738 habitants. La position du Cannet est la plus heureuse qu'on puisse rencontrer sur cette côte privilégiée de la Provence. Elle est abritée de tous les vents par des coteaux couverts d'oliviers et d'orangers. Le Cannet sauve parfois les malades que Nice renonce à guérir; ce n'est pas la ville qui appelle à son aide pour le soulagement de ses hôtes les émotions du jeu, les séductions du luxe, les distractions des bals et des concerts; c'est le calme et austère théâtre où se livrent les sérieux combats entre la maladie obstinée et la nature fortifiante, le soleil réparateur. C'est après avoir fait en vain appel aux chauds rayons du soleil d'Egypte, que cette pauvre Rachel, ce cœur ardent consumé à trente ans, ce souffle usé au service de l'art tragique, vint en 18.37, trop tard, hélas! demander au Cannet une résurrection qui n'était plus possible.

Le Cannet, qui n'offre aux curieux que la chapelle de Notre-Dame-des-Anges et une maison originale dite du Périgaud où les trappes remplacent les escaliers, elles mâchicoulis le toit, possMedes distilleries d'huile et d'essence de fleurs d'oranger, de rose, de jasmin et de tubéreuse, qui font avec les oranges, les citrons, les fruits confits, le principal objet de son commerce.

Ses environs, qui oflrent des points de vue magnifiques, sont couverts de villas et d'habitations de plaisance.

Iles Lérins. — Les îles Lérins [Lerinœ, Planasice Insulce), commune de Cannes, dont elles ne sont éloignées que de 5 kilomètres, forment un petit archipel dont Saint-Honorat et Sainte- Marguerite sont les points principaux. L'attrait de la légende et l'intérêt de l'histoire se réunissent pour faire de ces îles un des endroits les plus remarquables du département. Au commencement du v" siècle, en 408, Honorai (Honoré) et sa sœur, originaires de Toul, pleins d'un zèle pieux, vinrent chercher sur ces bords inhabités le recueillement et la solitude. Marguerite s'arrêta dans la plus rapprochée des îles, et lui donna son nom; Honorât se fixa dans la plus grande, séparée de l'autre seulement par un étroit canal. Le frère et la sœur, pour se donner tout entiers à leurs méditations solitaires, avaient pris l'engagement de ne se visiter qu'à l'époque où les cerisiers sont

en fleurs. Dieu, pour concilier ce serment avec la sainte affection qui les unissait, et pour rendre leur sacrifice moins pénible, donna des fleurs chaque mois aux cerisiers des îles. Ce miracle ne lut pas le seul. Honorât avait trouvé le sol de son île infesté des plus hideux et des plus dangereux reptiles ; plein de foi, il monta sur un palmier et demanda à Dieu de le délivrer do ce péril : aussitôt la mer obéissante se gonfla, monta jusqu'aux bords de l'îlot, les recouvrit, les submergea balayant de ses flots bienfaisants l'engeance immonde, puis se retira paisible quand les ordres du Seigneur et les vœux du saint furent accomplis. Voici la légende, à l'histoire maintenant :

L'île de Sainte-Marguerite [Lero], la plus étendue des îles Lérins et la plus voisine de la côte, dont elle est à 1,500 mètres, mesure environ 6 kilomètres de longueur, sur une largeur moyenne de 600 mètres ; elle devait son premier nom de Lero à une divinité dont on y célébrait Jadis le culte, ou à un pirate qui en fut l'antique possesseur. Elle fut défrichée par les religieux de Saint-Honorat, auxquels elle appartenait et qui y construisirent une chapelle en l'honueirr de sainte Marguerite d'Antioche, dont le nom lui est resté. Prise par les Espagnols en 1635, et reprise sur eux en 1637, elle reçut de Richelieu un gouverneur, M. de Saint- Marc, qui y fit établir une prison d'État, aujourd'hui classée parmi les forteresses de 3° classe. Un des importants personnages qui y furent détenus, M. Talon, fit percer de plusieurs allées une forêt de pins dont elle était couverte dans presque toute son étendue. De pareils loisirs n'étaient pas accordés à tous les captifs. On sait le long supplice qu'y endura une mystérieuse victime, l'Homme au masque de fer. Voici dans quels termes M. Théodore de Banville raconte la visite qu'il fit de cette prison : « La porte céda enfin, et nous entrâmes dans cette chambre d'iniquité, où chaque place du carreau sans doute a été lavée par une larme brûlante. Cette pièce est spacieuse, voûtée et éclairée par une seule fenêtre. Au temps où elle était habitée par le mystérieux captif, on n'y pénétrait que par les appartements du gouverneur, fermés par deux portes couvertes de clous et d'énormes barres de fer. Un petit autel placé au fond de la chambre, et où un prêtre venait quelquefois dire la messe pour un assistant unique, une cellule habitée par le domestique du prisonnier, et un corridor étroit,

sombre, muré à chaque extrémité, qui lui servait de lieu de promenade, étaient les seules dépendances du réduit désert où s'écoula, en minutes longues comme des siècles, l'épouvantable agonie de vingt années. » Il paraît certain, d'après les curieuses investigations de M. Marius Topin (voyez son livre : \ Homme au masque de fer), que ce prisonnier mystérieux n'était autre que Hercule- Antoine Matlioli, ministre du duc de Mantoiie, qui avait trahi un secret d'État.

« La fenêtre, creusée dans un mur qui a plus de douze pieds d'épaisseur, est garnie de trois grilles quadrillées et peintes en blanc, qui forment des carrés trop étroits pour permettre do croire raisonnablement à l'histoire du plat d'argent ramassé par un pêcheur. C'est tout au plus si une soucoupe passerait à travers ces mailles terribles, et il est facile de voir que les bourreaux avaient pensé à tout. La fenêtre est grande, je dirais presque trop grande, car elle permettait à la victime de Saint-Marc de voir à toute heure la nature dont elle était exilée, la Méditerranée caressante, les grandes montagnes du Var, majestueuses et fertiles et toute une vaste étendue de ciel éclairée par un soleil d'or ou semée de blanches étoiles dont les feux bleus se reflétaient en traînées d'argent dans les eaux lumineuses et ravies. »

Plus récemment, la forteresse de l'île Sainte- Marguerite servit de prison, du 26 décembre 1873 au 10 août 1874, à l'ex-maréchal P.azaine, qui sans doute y fut moins sévèrement gardé que l'Homme au masque de fer, car il s'en échappa dans la nuit du 9 au 10 août.

L'île de Saint-Honorat, que l'on appelait autrefois Y Ile des Saints, aussi riante, aussi agréable que l'autre est triste et stérile, et qui n'en est séparée que par un canal de 700 mètres, était jadis couverte de pins si hauts, si toufl^us et d'une si verdoyante végétation, que les marins l'appelaient \' Aigrette de mer. Elle n'a pas plus de 1 kilomètre de long sur 400 mètres de large. Quelques débris antiques font penser qu'elle fut occupée par les Romains; mais son illustration date d'une autre époque. L'exemple d'Honorat, sa réputation de sainteté, lui attirèrent dans sa retraite de nombreux compagnons : c'était le temps où le mysticisme religieux portait les esprits aux méditations solitaires. Les merveilles de la Thébaïde surexcitaient la foi, et il arriva que 3,500 chréliens.

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dit-on, cherchant chacun l'isolement du désert, se trouvèrent réunis sur l'étroit îlot de Saint-Honorat. Les cellules plus pressées se groupèrent, et la première abbaye des Gaules fut fondée. Ce monastère devint bientôt le plus célèbre, comme il avait été le plus ancien. Ce fut dans cette retraite que les Hilaire, les Fauste, les Eucher, les Vincent, puisèrent les connaissances nécessaires pour répandre au loin les lumières de la foi et pour combattre les ennemis que le paganisme lui suscitait. Les martyrs ne manquent pas plus à la gloire de Saint- Honoral que les savants Pères de l'Eglise. Cruellement éprouvée par des dissensions intestines, la communauté eut à souffrir les attaques et les persécutions des Sarrasins et des pirates d'Afrique pendant le vm» et le ix° siècle. Ce fut pour se défendre contre ces barbares que, vers 1088, Aldebert II, abbé de Lérins, fit jeter les fondements de la tour qui existe encore à la pointe méridionale de l'île; impuissante barrière qui semble attirer sur l'île infortunée de nouveaux désastres ! Après les infidèles, dont la dernière invasion date de 1107, un jour de Pentecôte, viennent les pirates génois, le 10 mai 1400; puis ce sont les gentilshommes de Provence, aidés de la milice de Grasse. En 1633, les Espagnols y détruisent vignes et jardins; enfin, en 1746, elle tombe au pouvoir des Anglais et des Autrichiens, qui ravagent les champs et coupent les bois. Pendant la Révolution, l'île de Lérins fut vendue comme domaine national ; après avoir passé par les mai-ns de plusieurs propriétaires, elle fut achetée en 1838 par M^"- Fordany, évoque de Grasse, qui, après avoir fait réparer l'église et les anciens bâtiments, y a établi un orphelinat agricole BOUS la direction des franciscains.

Près de l'église est le château fort qui servait de retraite aux moines lors des incursions des Sarrasins et des pirates. C'est un donjon carré couronné de mâchicoulis et entouré de quelques bâtiments que protège une muraille percée de meurtrières. Aux deux extrémités de l'île sont deux chapelles, dites de Saint-Sauveur et de la Trinité, qui, avec l'église et le château, sont aujourd'hui classées au nombre des monuments historiques.

naître l'emplacement du Cuslrum Vaîerii de l'Itinéraire d'Antonin.

Le mot de spécialité, dont on abuse si souvent, ne peut être appliqué nulle part plus justement qu'à ce petit pays. Il a la spécialité de la lavande. Par la culture, la distillation ou les mélanges, la lavande est l'occupation exclusive, l'exclusive richesse des habitants. Auprès de Sainl-Vallier, on peut voir un camp retranché dit le Castellaras de la Malle, qui remonte à plus de vingt siècles et qui servait autrefois d'abri et de défense aux habitants, à l'époque où les Oxybiens et les Décéates occupaient la contrée. Ce camp a 108 mètres de long sur 34 de large; il est entouré de murs de 6 mètres de hauteur sur 3™, 30 de largeur ; ils sont formés d'énormes blocs dont plusieurs ont plus d'un mètre cube. Du camp, on descend dans le domaine de la Malle, où l'on traverse une plaine de galets absolument polis comme ceux du bord de la mer ; et l'on remarque dans les flancs des montagnes trois couches horizontales de fossiles séparéesentre elles par une distance de 13 à 20 mètres, ce qui indique que les eaux qui étaient sur ce plateau élevé de 1,200 mètres au-dessus du niveau de la mer se sont successivement retirées et par périodes de plusieurs siècles.

Saint-Césaire. — Saint-Césaire [Castrum Cœsaris), sur le bord d'un plateau qui domine le cours de la Siagne, dans le canton de Saint-Vallier et à 16 kilomètres à l'ouest de Grasse, a conservé son aspect du moyen âge: ses rues sont étroites et escarpées ; son église est romane, et le vieux château qui la défendait olTre des restes intéressants. Le bourg possède deux vastes citernes dont on attribue la construction aux Romains. Au quartier des Piiades, on remarque un dohnende grande dimension et encore bien conservé ; il est connu dans le pays sous le nom de Pierre des Fées, Peîro dei Fados . Sur un rocher isolé, dominant le cours de la Siagne, s'élève le Château desFées, appelé aussi Castellar de Saint-Ferréol, du nom d'une chapelle voisine. La population de Saint-Césaire, entièrement livrée aux travaux agricoles, est de 1,319 habitants.

S.AiNT-V.vLLiER. — Saint-Vallier, chef-lieu de canton, arrondissement et à 11 kilomètres au nordouest de Grasse, est un bourg situé dans une plaine fertile et peuplé de 333 habitants. On croit y recoa-

Ve.nxe. — Vence [Vincium], chef-lieu de canton, arrondissement et à 22 kilomètres au nordest de Grasse, compte 2,770 habitants. C'est une petite ville située dans une charmante position

sur un rocher qui dnmine le cours de la Lubiane et sous un des plus beaux climats de la France. Elle est d'origine fort ancienne, car elle occupe l'emplacement de l'ancienne Viiicium, capitale des JVurusii. « Décorée du nom de cité par Auguste, elle fut ravagée par les Lombards, puis par les Sarrasins. C'était au moyen âge le siège d'un évèché, fondé vers 374, et réuni depuis à celui de Fréjus. Pendant de longs siècles, trois pouvoirs .se disputèrent la ville: l'évoque, le seigneur et le municipe élu par les habitants eux-mêmes; aussi les révolutions étaient constantes. A l'époque des guerres de la Réforme, Vence fut une des villes les plus remuantes, et souvent elle fut mise à contribution par les deux partis. Le connétable de Lesdiguières subit un échec sous ses murs, en 1S92; les impériaux s'en emparèrent, en 1704, pendant la guerre delà Succession d'Espagne; mais elle fut épargnée en 1746. La vieille ville de Vence, qui a conservé presque intacte son enceinte de murailles flanquées de tours et percées de portes, est composée de rues étroiles et tortueuses, mais très propres ; la nouvelle ville, construite en dehors des remparts, est mieux bâtie. » (IVlce Express.) Sa cathédrale, construite sur les fondations d'un ancien temple de Mars et de Cybèle, est très intéressante à visiter ; on y remarque un ancien baptistère, de beaux retables et des stalles délicatement sculptées ; l'hôtel de ville et l'ancien évèché sont dignes d'attention. Vence a compté au nombre de ses évcques l'académicien Godeau: il était très impopulaire dans le pays, parce qu'il avait fait rendre un arrêt du conseil d'État, prohibant la danse du rigaudon. Le territoire est fertile et bien cultivé; les environs en sont délicieux. De nombreux débris, des inscriptions antiques sont ses titres à l'intérêt des touristes, des artistes et des savants.

Vence possède des huileries, des tanneries et des papeteries ; elle fait un commerce assez considérable, qui consiste principalement en figues renommées, en fruits secs et en huile d'olive. Elle possède des moulins à huile, des distilleries d'essences, des parfumeries, des chapelleries, des papeteries et des tanneries.

Gagne. — Gagne, chef-lieu de canton, arrondissement et à 27 kilomètres au sud-est de Grasse, est un bourg riche et important dont la population atteint 2,400 habitants. Tout semble fait pour la prospérité de ce petit pays. 11 est situé sur la pente

adoucie d'une riante et fertile colline dominant le conflueQt de la Gagne et du Malvan; il est entouré de champs où poussent à lenvi fleurs odoriférantes, céréales, oliviers ; il a la mer à ses pieds, et sur cette mer, au hameau de Gros, un port qui semble construit à son usage. 11 est environné des ruines les plus intéressantes et les plus pittoresques ; son vieux château, ancienne demeure des Grimaldi, dans lequel on voit un beau plafond représentant la chute de Phaéthon, que l'on croit être du peintre Garlone et que Napoléon I" voulut faire transporter aux Tuileries ; de plus, non loin de l'embouchure du Loup, les débris du monastère Saint-Vëran, fondé au xi° siècle, et aujourd'hui convertis en ferme. L'industrie et le commerce ajoutent à tout cela la vie, le mouvement, la richesse. Il y a des filatures de soie, des fabriques de barriques, de chapeaux de feutre, de cordages, des huileries, des parfumeries, des distilleries de fleurs d'oranger, des ateliers de salaison pour les anchois et les sardines. La draperie, les nouveautés, les toiles, la mercerie, la quincaillerie, l'huile et le vin y sont l'objet de transactions importantes.

Puget-Thénikrs (lat. 43» 57' 21"; long. 4° 32 34" E). — Puget-Théniers, chef-lieu d'arrondissement, ne compte, malgré ce litre, que 1,403 habitants. Cette petite ville, située à 65 kilomètres au nord-ouest de Nice, sur la rive gauche du Var, est traversée par un torrent nommé le Roudoule. On y voit une église dite des Templiers, et les ruines d'un château fort, souvenirs d'une époque où cet ordre avait de nombreuses possessions dans la contrée. Puget-Théniers possède des manufactures de draps, des tanneries, et aussi sur son territoire une source d'eau minérale ferrugineuse.

GuiLLAUMES. — Guillaumcs, chef-lieu de canton, arrondissement et à 32 kilomètres au nord de Puget-Théniers, petite ville située près de la rive gauche du Var et du confluent de laTurbie avec ce petit fleuve, ne possède que 1,154 habitants. Son aspect, comme son vieux château, nous reporte aux temps féodaux, à cette époque de guerres et de discordes continuelles.

L'emplacement était bien choisi pour de sinistres prévisions de brigandages et d'assauts. La ville a pour assises une montagne escarpée. Au nord, le rocher à pic se perd dans les profondeurs d'un effroyable précipice, d'épaisses et solides mu-

ALPES-MARITIMES

Cannes.

railles ajoutaient de formidables défenses naturelles. Combien ne serait-il pas désirable de voir aujourd'hui les habitations transportées au sein de la riante vallée qu'elles dominent et où régnent maintenant la paix et la fertilité !

Cette commune fait un certain commerce de graines et de cocons de vers à soie.

S.\int-Étienne. — Saint-Étienne {Stefano),ch&{lieu de canton, arrondissement et à 30 kilomètres au nord de Puget-Théniers, est une ancienne ville forte, peuplée de 2,147 habitants. Elle est située dans la vallée supérieure de la Tiiiea, au milieu d'un bassin que rafraîchit et fertilise ce cours d'eau. Saint-Étienne a partagé le sort de la contrée dont elle fait partie, sans qu'aucun fait important se rattache à ses annales particulières. Le seul monument que nous ayons à citer ici est le clocher de l'église paroissiale, remarquable surtout par son élévation. Cet édifice est golhiiiue,

France illustrée. 208.

mais d'un moins bon style et moins intéressant à visiter que la chapelle dite de Saint-Sébastien, qu'on trouve à peu de distance de la ville.

L'élève et le commerce des bestiaux constituent les principales ressources de Saint-Étienne.

Principauté de Monaco.

Il n'est pas possible de décrire, de visiter les villes du département des Alpes-Maritimes sans s'arrêter à Monaco, qui y est enclavée, comme la perle dans l'or qui la fait valoir. Nous espérons donc que cette annexion, toute littéraire, à la France [illustrée), ne portera pas ombrage au Prince Souverain, et qu'elle nous sera pardonnée par nos lecteurs.

Les anciens habitants de Monaco appartenaient

à la grande famille des Ligures, qui occupaient

tout le littoral de la côte. Selon les uns le mot

Ligur viendrait de Ligurjs, fils de Phaëton, selon

53« — Alpes iMahiii.mls, 4= Liv.

d'autres, il signifierait montagnard. Les Ligures, suivant la tradition, remplacèrent dans ces contrées des tribus sauvages qui vivaient de chasse et de pêche. Nous laisserons dans le domaine de la Fable la conquête des Alpes maritimes accomplie par Hercule, et nous en tiendrons, comme première donnée historique, à rétoblissemenl d'une colonie phénicienne. Lorsque les Phocéens vinrent plus tard jeter les fondements de Marseille et de Nice, ils étendirent leur domination maritime jusqu'à la station existant déjà et connue sous le nom de Port-iV Hercule, et ajoutèrent à cette antique dénomination celle de y.ovoç-&!'xoç ou |/.ùvo;-oi'xojv qui caractérisait l'Hercule Phénicien, le. l/(?/^'/'«r^, le dieu jaloux, qui n'admettait pas d'autre culle à côté du sien, dans les lieux qui lui étaient consacres. De ces deux mots on a lait Monœcus en latin, puis enfin Monaco. Rome fit de longs efforts pour asseoir sa domination dans cette partie de la Ligurie. Pendant la lutte de César et de Pompée, Lucain nous apprend que Monaco suivit la fortune de César, tandis que Nice et Marseille tenaient secrètement pour son rival. Une victoire d'Auguste donna au pays une paix passagère, et fut signalée par l'érection d'un trophée monumental désigné aujourd'hui sous le nom de Tour d'Auguste, et dont les ruines illustrent encore la montagne de la Turbie. Deux grands faits signalent le iv et le v° siècle : les invasions des barbares et l'avènement du christianisme. Vandales, Alains, Hernies, Bourguignons, Goths et Lombards laissèrent dans les Alpes-Maritimes des traces sanglantes (le leur passage. C'était comme l'expiation du martyre des pieux apôtres qui avaient payé de leur vie les premières victoires de l'Évangile en Ligurie. Saint Dalmas, saint Bassus et saint Pons mouraient pour la foi, pendant que Monaco recevait miraculeusement de l'île de Corse les reliques d'une vierge, sainte Dévote, qui devait être un jour sa protectrice vénérée. Pendant cette désastreuse période, la Ligurie ne rencontra quelques années de tranquillité que sous la puissante protection de Charlemagne. La mort du grand empereur fut le signal d'irruptions qui se continuèrent pendant plusieurs siècles. C'est alors que les redoutables Sarrasins apprirent le chemin de ces côtes, où ils établirent une si longue et si implacable domination. De cette époque date la fondation de ces forteresses, véritables aires de vautours, qui étreignaient tout le pays: Le Fraxinet, Saint-

Hospice, La Turbie, Saint-Agnès et bien d'autres. dent les ruines se voient encore. Enfin, sous Ollion le Grand, empereur d'Allemagne, Boson, roi d'Arles, parvint à expulser les insolents envahisseurs; parmi ses compagnons s'était distingué un noble génois, Niçois d'origine, Gibalin Grimaldi ; le prince, en récompense de ses services, lui donna, à titre de fief, les terres comprises dans l'étendue du golfe de Sambracie, lequel fut désigné dès lors sous le nom de golfe Grimaud. Telle fut l'origine de cette maison de Grimaldi, dont la fortune a été, depuis, si étroitement liée à celle de Monaco. De 980, date approximative de l'expulsion des Sarrasins, s'écoule, jusqu'à la bataille de Pavie, en 1525, une époque de luttes continuelles, de troubles et de confusion qu'il nous faut résumer en quelques lignes. Gènes et l'empire se disputent avec acharnement le malheureux pays ; guelfes et gibelins en font le théâtre de leurs discordes fratricides; les papes, la France, la Savoie, interviennent tour à tour dans ces interminables querelles. Le pouvoir des Grimaldi, presque toujours contesté, souvent vaincu, subit de fréquentes interruptions ; mais nous le retrouvons consoUdé et élevant enfin, sous Charles-Quint, Augustin Grimaldi au titre de prince et aux plus hautes dignités de l'empire. Un siècle environ plus tard, Richelieu venge l'échec de François I" sur les successeurs de Charles- Quint. H détache Honoré H de l'alliance espagnole; un traité secret est signé à Péronne, en septembre 1641, et la principauté de Monaco est placée sous la protection française. Honoré fut créé duc et pair par Louis XIII ; il reçut de la libéralité du roi de France, entre autres fiefs considérables, le duché de Valentinois et le marquisat des Baux, qui le dédommagèrent amplement des biens qu'il perdait en Espagne. La famille des Grimaldi s'est éteinte, en 1731, dans la personne du duc Antoine. Le successeur de ce prince fut un comte de Goyon-Matignon, appelé, par son contrat de mariage, à la succession de son beau-père. La Révolution française trouva dans la principauté d'ardentes sympathies. Le 19 janvier 1793, les trois communes élurent des représentants qui se constituèrent en convention nationale et votèrent la réunion à la l{épubli(iue. Le 15 février suivant, un décret de la Convention, à Paris, ratifiait ce vote et déclarait qu'à l'avenir le territoire de la principauté ferait partie du département des Alpes-Maritimes. En 1815 les princes de Monaco furent réintégrés dans leur principauté.

ALPES-MARITIMES

L'annoxioii du comté de Nice à la France, en ISiJO, a respcelé les droits des Goyon-Malignon-Grimaldi ; la petite principauté vit heureuse et à l'abri des grandes agilalions de la politique, protégée qu'elle est par ses franchises séculaires.

MoxACO (la'., 43»43'52"; long., S"5'2" E.). — Monaco [Porlus Herculis, Portiis îlonœcï), station de la ligne du chemin de fer de Toulon à Vinlimille et Gènes, à 1,103 kilomètres de Paris, et 16 kilomètres, à l'est, de Nice, capitale d'une principauté autonome, qui compte une dizaine de mille habitants, a perdu son ancienne importance stratégique par suite des perfectionnements de l'artillerie moderne.

Son origine est fort ancienne. Les historiens en font mention cinq siècles avant l'ère chrétienne. Les anciens attribuaient sa fondation à Hercule; c'est sans doute la personnification d'un navigateur égyptien ou phénicien, qui choisit ce port naturel pour aborder la côte, et y nouer des relations commerciales en y apportant le culte de sa nation.

C'est aujourd'hui une station hivernale très fréquentée, à raison de la douceur exceptionnelle du climat, et une plage de bains de mer des plus confortables. Le gouvernement du prince se distingue par la protection éclairée qu'il accorde à tous les intérêts, et par l'absence d'impôts et de toute obligation de service militaire pour la population.

Autrefois, on allait de Nice à Monaco par la route de Gènes, dite de la Corniche. Aujourd'hui le trajet est plus direct. Il se fait en moins d'une heure par le chemin de fer et en une heure et demie par la nouvelle route du littoral. On côtoie la mer en traversant successivement Ville franche, dont la rade profonde et sûre sert souvent de station aux escadres françaises, russes et américaines de la Méditerranée; Beaulieu, qui se peuple de villas élégantes; Eze (la gare), la Turbic-sur-mer, et l'on arrive dans la Principauté, l'œil ébloui des merveilles du paysage, par le côté qui permet le mieux d'en embrasser le panorama véritablement enchanteur.

A droite, l'antique palais des Grimaldi, entouré du jardin des Hespérides, domine la presqu'île rocheuse sur laquelle est bâti Monaco. Les rues étroites de la vieille ville ont conservé un aspect particulier qui frappe le touriste, en même temps que les jardins Saint-Martin, toujours verdoyants

et fleuris, l'attirent et le charment. Une nouvelle cathédrale de style roman a remplacé l'ancienne église Saint-Nicolas, et les restes des fortifications entourent encore la capitale monégasque d'une ceinture de pierres qui se profile admirablement sur l'azur du ciel.

On traverse la Condamino, naguère vaste jardin peuplé d'orangers et de citronniers, aujourd'hui centre du commerce local, bâtie sur la plage fréquentée dans la plus haute antiquité par les navigateurs de l'Orient qui y faisaient le commerce avec les tribus alpines. Leurs comptoirs ont fait place à la chapelle de la vierge martyre, sainte Dévote.

Le port, dont le poète Lucain vantait la sécurité, est maintenant le rendez-vous des yachts de plaisance et des caboteurs des environs.

Les diverses expositions internationales de Paris, de Vienne, de Nice, etc., ont porté partout la réputation des productions de la poterie artistique et de la distillerie de Monaco. La céramique, les essences, parfums et liqueurs sont aujourd'hui les articles d'exportation.

Monaco, siège de la résidence souveraine, du gouvernement et des diverses administrations publiques, des postes et des télégraphes, possède plusieurs beaux établissements d'instruction secondaire et de superbes écoles primaires gratuites pour les deux sexes, un orphelinat, trois églises, un Ilotel-Dieu, un musée où sont recueillis les objets antiques trouvés dans les fouilles, etc.

Malgré les révolutions économiques, les transformations de toute nature dont la Principauté a été témoin, elle a conservé un caractère pittoresque dont le voyageur est agréablement frappé.

Ce qui excite également l'admiration des étrangers, c'est la propreté exquise des voies publiques et l'élégance des habitations.

Théodore de Banville célébrait en ces termes les sites monégasques :

« J'ai enfin vu, ô bonheur! un pays pareil au lis de l'Écriture, un pays qui ne file pas et ne travaille pas. Cette terre heureuse s'appelle la principauté de Monaco. Dans ce paradis étrange, oi!i les fruits d'or mûrissent à l'ombre des oliviers, pas de blé, pas de charrue, pas de laboureur, et il n'existe pas non plus ce travail farouche dont parle Virgile. Ah! farouche travail, supplice etgloire de l'homme, dans cette presqu'île où fréquentent les dieux, tu n'as pas besoin de savoir tout vaincre, lu n'as rien

à vaincre, car la nature y est pareille à l'Oupès d'Éphèse, à celte divinité aux cent mamelles, que Rubens nous montre en sa gloire triomphale, portée sur un char d'or que traînent des lions éblouis. C'est l'âge d'or : l'orange et l'olive sont à qui veut les cueillir : du haut des roches tombent et bondissent des sources froides, pures comme le cristal; et ce cri désespéré : il faut du pain! ne trouverait pas d'écho chez une race qui laisse les fruits à terre pour ne pas se donner la peine de les ramasser. A La Condamine, oia j'avais reçu la plus gracieuse hospitalité, j'ai vu des rosiers d'un ridicule inexprimable. Ils étaient si bien étouffes sous les feuilles, si bien chargés, accablés, couverts de fleurs, enterrés, noyés et dérobés sous les fleurs, qu'ils ressemblaient à ces méchants rosiers d'opéracomique, brossés par des vitriers ivres de rose, 0 cher, cher adorable mauvais goût au mois de janvier! un arbre de vingt pieds de haut, fier, superbe, au tronc robuste, aux branches hardiment jetées dans l'espace, réjouissait mes yeux par ses longues fleurs de pourpre ; j'ai demandé son nom :

c'était un fuchsia! Oui, le fuchsia, cette plante misérable, dont les corolles, grises de poussière, se meurent dans les pots d'argile de nos marchés aux fleurs! Le fuchsia dont je parle aurait abrité, lui, tout un marché aux fleurs, avec ses étalages et ses bouquetières. »

MoN'TE Carlo. — IWonte Carlo, station du chemin de fer de Toulon à Vintimille, à 2 kilomètres au N.-E. de l\Ionaco,à 1,103 kilomètres de Paris et 18 kilomètres de Nice, étage ses constructions élégantes et ses merveilleux jardins au N.-E. de la baie de Monaco. Là se trouvent le Casino avec sa magnifique salle de concerts édifiée par Charles Garnier, l'éminent architecte de l'Opéra de Paris; le tir aux pigeons, célèbre dans le monde du Sport; l'église Saint-Charles, monument de style Renaissance construit par l'architecte de la cathédrale de Monaco, Charles Lenormand, et les parcs dessinés par André, l'auteur de VAr( des jardins. C'est le quartier qu'affectionnent les riches amateurs de villégiature hivernale.

Atlas de la Fiancclllustit'c

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