‹ La France illustréeChapitre 18 sur 301 · CLOVIS ET LES MÉROVINGIENS · texte numérisé non relu

CLOVIS ET LES MÉROVINGIENS

La petite peuplade des Francs, qui comptait seulement cinq mille guerriers, était encore cantonnée au delà de la Somme lorsque Clovis la conduisit à la conquête de la Gaule. A la bataille de Soissons (486), il balaya le dernier débris de la domination romaine en Gaule. Cette victoire lui livra le centre de la Gaule jusqu'à la Loire. Devenu l'époux de Clotilde et chrétien, il s'ouvrit le midi par ses relations avec les évoques orthodoxes, persécutés par les ariens burgondes et wisigoths. En 500, les Burgondes sont soumis au tribut; en 507, les Wisigoths, vaincus près de Vouillé, sont rejetés au delà des Pyrénées et l'empire des Francs est fondé. Des assassinats et des perfidies achevèrent de réunir sous l'autorité de Clovis les autres tribus franques qui avaient encore des rois particuliers. C'est une époque d'affreuse barbarie que celle des Mérovingiens. « Il y avait encore à Cambrai un roi nommé Ragnacaire... 11 arriva que Clovis, ayant fait faire des bracelets et des baudriers de faux or, car c'était seulement du cuivre doré, les donna aux leudes de Ragnacaire pour les exciter contre lui. Il marcha ensuite avec son armée, battit Ragnacaire, que ses propres soldais amenèrent au vainqueur avec son frère Richaire, tous deux les

mains liées derrière le dos. Quand il fut en présence de Clovis, celui-ci lui dit : « Pourquoi as-tu » fait honte à noire famille en te laissant enchaîner? » Il le valait mieux mourir. » Et ayant levé sa hache, il la lui rabattit sur la tête. Ensuite il se retourna vers son frère et lui dit : « Si tu avais porté se- » cours à Ion frère, il n'aurait pas été enchaîné. » Et il le frappa de môme de sa hache. Après leur mort, ceux qui les avaient trahis reconnurent que l'or que leur avait donné le roi était faux. Us le dirent au roi; mais on rapporte qu'il répondit: « Celui qui, de sa propre volonté, traîne son maître y à la mort, mérite un pareil or. » (Grégoire de Tours.)

Les quatre fils de Clovis, s'étant partagé :on empire, vécurent entre eux de la même manière. « Thierry voulut tuer son frère, et, ayant disposé en secret des hommes armés, il le manda pour conférer de quelque chose. Il avait fait étendre, dans sa maison, une toile d'un mur à l'autre et placé derrière des hommes armés. Mais comme la toile était trop courte, les pieds des hommes parurent au-dessous à découvert; ce qu'ayant vu Clotaire, il entra dans la maison, mais avec ses armes et bien accompagné. Thierry comprit que son projet était connu ; il inventa une fable, on parla de choses et d'autres, et, ne sachant pas de quoi s'aviser pour faire passer sa trahison, il donna à Clotaire un grand plat d'argent. Clotaire partit après l'avoir remercié de son présent et retourna à son logis. Mais Thierry se plaignait aux siens d'avoir perdu son plat sans aucun motif, et dit à son fils Théodebert : « Va trouver ton oncle et prie- le de te céder le présent que je lui ai lait. » Il y alla et obtint ce qu'il demandait. Thierry était très habile en de telles ruses. » Voilà des récits où se montrent dans toute leur naïveté les passions basses et cupides de la barbarie.

Un psu plus tard, Clodomir, roi d'Orléans, étant mort, ses trois fils furent dépouillés par leurs oncles qui en égorgèrent deux, tandis que le troisième devint le moine saint Clodoald ou saint Cloud. Clotaire, l'un des assassins, fut celui qui pratiqua le mieux celle poUtique exécrable; aussi demeurat-il seul maître de l'empire des Francs agrandi de la Bourgogne depuis Clovis (5^8).

A sa mort, il y eut de nouveau quatre royaumes francs, et l'on continua de voir des frères se dépouiller, se tendre des embûches et ravager mutuellement leui'S Étals par de sauvages expéditions. Une légende du vu» siècle raconte que le père do

INTRODUCTION

Page 1