III. STATISTIQUE MORALE (l
par M. EuG. Iîoutjiy, ancien Professeur.
Les chilTres en caractères gras inscrits dans chacune des trois petites colonnes de ce tableau indiquent le rang du département relativement i la mention devant laquelle ils sont placés.
Religion (2).
Catholiques
Protestants
Israélites
Clergé catholique. .
Pasteurs
Rabbins
Mouvement de la population.
Naissances 5.982
Mariages 1.733
Décès 5.471
15^ Durée moyenne de la vie. 29a. 7 m.
Instruction (3).
Nombre des jeunes gens sachant lire, écrire et compter sur lou jeunes gens maintenus sur les listes de tirage 71,8
Nombre des établissements d'enseignement secon dairc do l'Etat. ...... 3
Nombre des écoles primaires (publiques ou libres) . . , J3G
Crimes contre les personnes (i).
couiîs d'assises.
Rapport du nombre des accusés à
la population . i sur lo.iso hab.
Nombre total des accusés ... !0
Infanticides (o).
Rapport du nombre des inTanticides à celui des enfants naturels
Nombre total u
Suicides.
26^ I Rapport des suicides au chiffre de
la population. . 1 sur 6.567 hab.
Nombre total 31
Crimes contre les propriétés.
Rapport du nombre des accusés à
la population . 1 sur 6.362 hab.
Nombre total 32
Tribunaux correctionnels.
Nombre des aflaires. . . . 1.103 Nombre des prévenus. . . 1.30) Nombre des condamnés . i.-.i82
Procès.
Affaires civiles (6)
Affaires commerciales (7).
Faillites (8)
Paupérisme.
Rapport des indigents au ctiitTre de la population ... 1 sur 52 hab.
Nombre total 3.863
Bureaux de bienfaisance. . 82 Hôpitaux et hospices ... 19 Aliénés à la charge du département 191
Sociétésdesecoursmutuels. 17
Contributions directes '9).
Foncière
Personnelle et mobilière.
Portes et fenêtres. . . .
(1) Les chiffres contenus dans ce tableau sont empruntés, pour la plupart, à V Annuaire statistique de ta France (1878), publié par le ministère de l'agriculture et du commerce, ou calculés d'après des données puisées dans cet ouvrage.
(2) Ces chiffres sont antérieurs au recensement de 1876, qui a négligé ce point de vue.
Culte catholique. — Évêché à Nice, suffragant de la métropole d'Aix. Le diocèse de Nice comprend les arrondissements de Nice et de Puget-Théniers; il compte 25 cures, 120 succursales et 46 vicariats rétribués par l'État. Les congrégations ou communautés religieuses établies dans le département étaient, avant I88O, au nombre de 36 : 14 pour les hommes et 22 pour les femmes.
Ciif(e réformé. — Les protestants des Alpes-Maritimes ont été rattachés, pour ce qui concerne l'administration de leurs affaires ecclésiastiques, à l'Eglise consistoriale réformée de Marseille. Ceux de la confession d'Augsbourg ou luthériens ont été réunis à rÉglise consistoriale luthérienne de Paris. Ces derniers ont élevé une église à Nice. On trouve à Nice une église évangélique française libre, desservie par un pasteur. A Carabacel, quartier de Nice, existe une chapelle du culte anglican, placée sous la juridiction de l'évêque anglican de Gibraltar et desservie par un pasteur, il y a aussi à Nice une église presbytérienne écossaise, desservie par un ministre. Le culte réformé possède, à Cannes, un chapelle évangélique française, une autre chapelle, une église écossaise, un temple anglican et une église de la Trinité (culte anglican).
Église grecque ou orthodoxe russe. — Fondée à Nice par l'impératrice-nière de Russie, cette Église relève dans l'ordre spirituel du saint synode de Russie et particulièrement du métropoliain de Saint-Pétersbourg. Pour le temporel, elle est placée sous la pro-
tection du ministre des affaires étrangères de Russie. L'administration économique du culte est confiée à un marguillier élu par les fidèles et assisté par le consul de Russie et par un aumônier. Culte Israélite. — Ce culte possède à Nice une synagogue, un cimetière et une société de bienfaisance.
(3) Le département relève de l'académie d'Aix. Lycée à Nice; collèges communaux à Grasse, à Menton et à .\ntibes; 5 établissements libres pour l'enseignement secondaire. École normale à Nice. Au point de vue du nombre d'élèves inscrits dans.les écoles primaires de 6 à 13 ans, sur 100 enfants recensés, les Alpes-Maritimes occupent le 43" rang. Le même département occupe le 73' rang d'après le nombre d'enfants présents à l'école par 10,000 habitants.
(4) Au point de vue judiciaire, le département des Alpes-Maritimes ressortit à la cour d'appel d'Aix. Tribunaux de première instance à Nice et à Grasse. Des tribunaux de commerce sont établis à Nice, à Grasse et à Antibes.
(5) Aucun infanticide n'ayant été relevé dans le département pendant l'année qui a servi de type à notre statistique [Compte général de la justice criminelle en France pendant l'année 1876, Impr. nationale, 18"8), nous établissons le rang d'après le nombre des enfants naturels, qui est de 333.
(6) Ce chiffre indique le nombre des affaires civiles terminées pendant l'année.
(7) Ce chiffre comprend les alTaii-es contentieuses à juger pendant l'année.
(8) Terminées pendant l'année.
(9) Trésorier-payeur général à Nice; receveur particulier dans chaque chef-lieu d'arrondissement; 26 percepteurs.
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Cartes du comté de Nice de VÉtat-Major sarde.
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raiis. — Imp. Vo P. Laroussc cl C'^, U, rue Montparnasse. — Jllks KOUFF et Cif, EDiriioio.
ARDECHE
Chef-lieu : PRIVAS
Superficie : 5,527 kil. ceuTés. — Popiilation : 384,378 habitants. 3 Arrondissements. — 31 Cantons. — 339 Communes.
DESCRIPTION PHYSIQUE ET GÉOGRAPHIQUE
Situation, lliuitcs. — Le département de l'Ardcche doit son nom à la principale rivière qui le traverse de l'ouest au sud-est, après y avoir pris sa source; c'est un des départements de la région méridionale de la France. Il est situé presque en totalité dans le bassin du Rhône; une petite partie, vers l'ouest seulement, appartient à celui de la Loire et renferme les sources de ce fleuve. Il a été formé, en 1790, du pays du Vivarais, partie de l'ancienne province de Languedoc.
Ses limites sont : au nord, les départemcnls du Uhône et de la Loire; à l'est, le Rhône, qui le sépare des déparlements de l'Isère et de la Drôme; au sud, le département du Gard, et à l'ouest les départements de la Lozère et de la Haute-Loire.
IVature du sol, ntoutagues, plateaux, aspect général. — Le département de l'Ardèche est un pays très montagneux, qui occupe vers l'ouest le faite des montagnes du Vivarais, dépendant de la chaîne des Cévennes méridionales et appartenant à la grande ligne départage des eaux de l'Europe et de la France. Le sol s'élève successivement en amphithéâtre, de l'est à l'ouest, des bords du Rhône jusqu'à la crête des montagnes; les plus élevées de celles-ci sont : le Mézenc, qui a 1,754 mètres, et le Gerbier-de-Jonc, 1,551 mètres. A cette chaîne principale, dirigée du sud-ouest au nord-est et qui va en se rapprochant de plus en plus du Rhône, se rattachent trois groupes ou contreforts importants : le premier, vers le nord, porte le nom de montagnes des Routières (le mont Mézenc en fait partie); le second, qui est le plus important, sépare la vallée de l'Ervieu de celle de l'Ardèche et porte le nom de montagne du Goiron, 1,061 mètres (le Gerbier-de-Jonc en fait partie) ; il part du Gerbier-de-Jonc et vient, en se dirigeant du nordouest au sud-ouest, se terminer près de Roche-
Fkance illustrée. 1 33.
maure, sur le Rhône; le troisième, au sud, forme un plateau assez étendu ; il sépare la vallée de l'Ardèche de celle de la Baume, un de ses afHuents; on l'appelle montagne de Tanargue. Nous avons cité les deux points les plus élevés du département; nous nommerons encore : le plateau de Tanargue, qui a 1,528 mètres; le mont Gros, 1,509; le Grand Felletin, 1,390; le mont Pyfara, 1,,383; la tour de Loubaresse, 1,242; le plateau Champ- Raphaël, 1,223; le Champ-de-Mars, 1,342; le mamelon de Mézillac, 1,166; le mont Rosée, 1,397; la source de l'Ardèche, 1,428; le village du Pouzat, 1,196; la ville de Saint-.\grève, 1,136; la source du Doux, 1,106; la montagne de Cruas, près de Privas, 834, et la montagne du Saut, près de Rochemaure, 709 mètres. Le long du Rhône, les derniers mamelons de ces montagnes sont calcaires; mais, vers l'ouest, elles sont généralement granitiques et volcaniques, et l'on trouve dans ce département, plus que dans tout autre, des preuves irrécusables de commotions volcaniques, des cratères, des laves, des basaltes, etc., d'où s'exhalent encore des vapeurs méphitiques; nous citerons principalement les monts de Nierac et de Saint-Lager, ceux de Chenavari, de Coupe et de Colron.
Le sol, généralement sablonneux, est fertile dans les petites vallées qui avoisinent le Rhône; il donne en abondance des céréales et des fruits, et les collines sont couvertes de riches vignobles. En pénétrant dans les montagnes, les châtaigniers dominent et compensent l'insuffisance des céréales ; dans la grande montagne, on ne trouve plus que des arbres résineux, des sapins, des mélèzes, enfin des plateaux sans arbres peuplés de plantes subalpines et que la neige couvre pendant six à huit mois de l'année. Les pâturages sont le principal dédommagement que la nature ait accordé aux habitants; on y envoie pendant l'été les troupeaux des départements voisins.
La surface du département est de 552,665 hec- 341» — Ar.uLCUE, 1" Liv
tares, et le sol se divise, d'après sa nature, en : pays de montagnes, 220,548 hectares; pays de bruyères, 148,400; sol de terreau, 5,000; sol calcaire, 135,500; sol de gravier, 20,000, et sol sablonneux, 9,540 hectares.
Hydrographie. — Le département de l'Ardèche appartient au bassin du Rhùnc pour sa majeure étendue, et sa pente générale est de l'ouestnord-ouest à l'est-sud-est; la partie nord-ouest de l'arrondissement de Largentière appartient seule au bassin de la Loire, dont elle renferme les sources. Ce grand fleuve, qui naît au Gerbier-de-Jonc, près de la petite commune de Sainte- Eulalie, à 1,400 mètres au-dessus du niveau de la mer, a un cours d'environ .35 kilomètres dans le département, cl lorsqu'il en sort, prèsd'Issarlès, pour entrer dans le département de la Ilautc-Loire, ce n'est encore qu'un torrent sans importance.
L'Allier forme un instant la démarcation entre le département et celui de la Lozère, depuis Labastide jusqu'à Langogne, sur une longueur de 20 kilomètres.
Le Rhône, qui sert aussi de limite entre le département et ceux de riscreetdela Drôme sur une étendue de 148 kilomètres, est le seul cours d'eau navigable du département; son lit est encombré d'îles ; il passe à Limony, Serrières, Andance, Sarras, Tournon, Chàteaubourg, près de Saint-Péray; Soyons, LaVoulte, Le Pouzin, Cruas, Rochemaure, Viviers, Bourg-Saint-Andéol et Saint-Just. Les trois principales rivières du département qu'il reçoit sont le Doux, l'Erieux et l'Ardèche.
Le Doux prend sa source auprès des montagnes de Saint-Bonnet, passe à Semons, La Bùlie-d'Andaure, Dcsaignes, Lamàstre, Monteil, Boucieu-le- Roi et se jette dans le Rhône, près de Tournon, après un cours d'environ 40 kilomètres.
L'Erieux prend sa source au nord de Saint- Agrève; elle passe à Saint-Agrève, Saint-Martinde-Valamas , Le Cheylard , Saint-Barthélemy-le- Meil, Saint-Sauveur-de-.Montagut, Les OUières, Saint-Fortunat, Saint-Laurent du Pape et se jette dans le Rhône, près de Beauchastel, après un cours d'environ 45 kilomètres.
L'Ardèche prend sa source au pied du Tanarguc, dans les Cévennes, non loin de celle de la Loire, au lieu dit Cap-d'Ardèche. Elle est formée par un grand nombre de ruisseaux, tels que l'Alignon, la Fontollière, la Salindre, la Volane, qui tombent de cas-
cade en cascade; la plus remarquable de ces cascades est celle du Ray-Pic, un peu au-dessous de laquelle on traverse la rivière sur un pont naturel de 54 mètres d'ouverture, formé par un rocher, et que l'on nomme le pont de l'Arc.
L'Ardèche ne commence à avoir quelque importance qu'après s'être accrue, près de Saint-Alban, dos eaux de la Baume et de celles du Chassezac; elle passe au pied du rocher d'Astet, à Mayres, à Thueyts , à La Bégude, près d'Aubenas, à Saint- Didier, à Balazuc, à Ruoms, près de Vallon, à Saint-.^lartin-d'Ardèche et se jette dans le Rhône, après un cours d'environ 108 kilomètres, à 2 kilomètres en amont du Pont-Saint-Esprit. Cette rivière, qui cause parfois de grands ravages, est flottable au-dessus de Mayres, porte des trains au-dessous du pont d'Aubenas et devient navigable à Saint- Martin-d'Ardèche l'espace d'environ 8 kilomètres.
Les autres rivières moins considérables qui arrosent le département sont: l'Ouvèzc, l'Avezon, la Déome, la Cance, le Chassezac, la Baume, l'Ibie et une multitude d'autres qui ne sont que des torrents dévastateurs.
Le département renferme quelques étangs et un petit nombre de lacs, dont le plus considérable est celui d'Issarlès, qui a environ 1,500 mètres de circonférence et paraît occuper le cratère d'un ancien volcan ; ses eaux sont très limpides et très poissonneuses.
Voies de coniinuuicatioii. — Le déparlement de l'Ardèche est traversé par 8 routes nationales, d'une longueur de 475 kilomètres; par 30 routes départementales, dont le parcours est de 854 kilomètres; par 15 chemins de grande communication classés, dont la longueur totale est de 304 kilomètres, et par 42 chemins d'intérêt commun classés, dont le parcours est de 657 kilomètres. Le nombre des chemins vicinaux ordinaires dépasse 3,000, et leur développement total plus de 6,000 kilomètres. Privas, chef-lieu du département, est relice par un embranchement de chemin de fer de 32 kilomètres à la grande ligne de Paris-Lyon-Méditerranée ; il se soude à la grande ligne à Livron, et dessert les stations de la Voulte, Le Pouzin, Saint-Lager, Chomérac, Saint-Priest et Privas. Sur la rive droite du Rhône court la ligne de Lyon au Teil et Nîmes, qui dessert dans le département les stations de : Serrières, Peyraud, Andance, Sarra=, Vion, Tournon, Mauves, Saint-Péray, Noyons, Charmes, Beauchas-
ARDECIIE
tel, La Voulte, Le Pouzin, Baix, Cruas, Rochemaure, LcTeil, Viviers, Sainl-Montant, Bourg-Saint-Aiidéo! etSainl-Jusl-Saint-Marcel, à peu de distance do laquelle elle passe dans le département du Gard. Au Teil, un embranchement se dirige sur Aubenas et Vais par Aubignas-Aps, Saint-Jean-le-Centenier, Villeneuve-de-Berg, Vogué, Saint-Sernin et Aubenas-Vals; tandis qu'un autre tronçon détaché de cette ligne à Vogué va rejoindre à Alais la grande ligne de Paris à Nîmes par le Bourbonnais, en desservant dans le département les stations de : Balazuc, Ruoms, Grospicrres, Beaulieu-Berrias et Saint- Paul-le-Jeune. Cette grande ligne de Paris àMmes et Marseille par le Bourbonnais longe, en suivant la vallée de l'Allier, la limite occidentale du département l'espace d'environ 20 à io kilomètres.
A la station de Peyraud, un tronçon de 14 kilomètres va rejoindre Annonay en desservant .Midon. Un autre tronçon doit unir La Voulte à Yssingeaux par Le Cheylard, avec embranchemenl du Gheylard sur Tournon.
En 188U, on évaluait la longueur des lignes en circulation à 2-2o kilomètres, et celle des lignes eu construction ou à construire à 26 kiloraè- Ires. Aujourd'hui , plusieurs de ces dernières sont exécutées. Gorriptons aussi, au nombre des voies de communication les plus utiles au déparlement, le Rhône, qui le longe en établissant un debouché facile aux produits du pays vers Lyon ou vers Marseille et la Méditerranée. Le département de l'Ardèche n'a donc rien à envier, sous le rapport des voies de communication, aux départements du Midi les plus favorisés.
Cliiuat. — Le déparlement de l'Ardèche appartient, pour la vallée du Pihône, au climat rhodanien ou du sud-est, et, pour sa partie occidentale, au climat girondin ou du sud-ouest. Ainsi que le doit laire présumer l'aspect du pays, la température est très chaude dans la vallée du Rhône; elle est tempérée dans les vallons du nord et très âpre dans la partie montagneuse, que recouvre pendant longtemps une neige épaisse et où l'hiver dure plus de six mois.
A Viviers, la moyenne de l'hiver est de-f-2°,6du thermomètre centigrade ; celle de l'été est de-l-22'',4. Quelquefois le maximum du froid atteint — 8» et même — 13" en 1801 ; en 1838, il atteignit — 15°. La quantité annuelle moyenne de pluie tombée de 1778 à 1817 a été de 900™™. L'automne et le prin-
temps sont les saisons les plus pluvieuses. On attribue aux nombreux défrichements qui ont eu lieu jusqu'au commencement de ce siècle les changements fréquents que la température éprouve aujourd'hui dans l'Ardèche. On chercherait en vain à cultiver dans l'arrondissement de Tournon l'olivier, qui y prospérait jadis et même sur les plateaux. Les vents du nord et du nord-ouest, qui soufflent avec violence en avril et en mai, causent de grands dommages à la culture.
Profluctious naturelles. — Le département de l'Ardèche appartient à la région naturelle dite du plateau central ; il est formé par des terrains primitifs et l'on y rencontre des massifs d'origine volcanique. Sur les bords du Rhône, les collines sont calcaires, le sol est généralement sablonneux , au fond des vallées qui aboutissent au Rhône et sur les bords du fleuve, on voit quelques bandes étroites d'alluvion.
Les substances minérales sont très variées dans l'Ardèche. 11 y existe des mines de fer, de houille, de plomb, d'antimoine. Les mines de fer sont au nombre de cinq; les plus considérables sont celles de La Voulte, qui alimentent plusieurs hauts fourneaux construits dans cette ville, et celles de Veyras, qui fournissent beaucoup de minerai. Parmi les mines de houille, dont six sont exploitées, les seules qui soient d'un grand rapport sont celles de Prades et de Bannes, qui en fournissent en asser grande quantité. On trouve du plomb en queNiues endroits; une mine d'antimoine existe à Malbosc, près des Vans.
Anciennement, on exploitait une mine d'argent dans les envions de Largentière. Des indices de mines de cuivre se montrent près de Saint-Laurentles-Bains ; des mines de plomb existent dans les environs de Tournon. On trouve encore du granit, du schiste, des marbres calcaires, du grès, du gypse, des basaltes, des laves et des pouzzolanes. Les carrières les plus remarquables sont celles du Crussol, qui fournissent une pierre calcaire de très bonne qualité que l'on transporte jusqu'à Lyon; celles du Pouzin et de Chomérac, d'où l'on tire du marbre assez beau ; celle de Gruas, dont la pierre est tendre et d'une beauté remarquable.
On trouve des eaux minérales en beaucoup d'endroits; celles de Vais jouissent aujourd'hui d'une certaine réputation et sont très recherchées. Il existe des eaux thermales à Saint-Laurent-les-
Dainsctà Celles, qui sont très fréquentées pendant la saison des eaux , ainsi que celles de Neyrac, mises en vogue depuis quelque temps.
La recolle des céréales est généralement insuffisante. Les cultures principales sont la vigne, le mûrier et l'olivier; mais ce dernier ne prospère que dans la partie la plus méridionale du département. La production annuelle des vignes est évaluée à 400,000 hectolitres de vins, en général très estimés et dont plusieurs excellents , comme les vins blancs fins de Saint-Péray, les vins rouges de Cornas, ceux des coteaux de Saint-Joseph. Parmi les vins rouges de seconde classe, on cite ceux de : Mauves, Limony, Sarras, Vion, Aubenas, Alissas, ViUeneuve-de-Berg et Largentière ; et parmi les vins blancs, ceux de Saint-Jean et de Guilherand. Les trois quarts de la récolte sont livrés à l'exportation. En 1871, on évaluait la récolte des vins dans l'Ardècheù36G,420hectolitres, estimés 12,824,700 francs; en 1874, on l'estimait à 332,500 hectolitres, valant 7,750,320 francs; en 1875, elle était descendue à 220,436 hectolitres, et en 1877 à 164,903 hectolitres seulement, à cause de la maladie de la vigne. On trouve dans ce département des truffes noires et des champignons. Les coteaux à l'ouest de l'Ardèche sont couverts de vastes forêts de marronniers qui fournissent les excellents marrons dits de Lyon. Dans la plaine, les arbres fruitiers à pépins et à noyau prospèrent.
Il y avait autrefois beaucoup de bois dans le dé- [larlement, presque toutes les montagnes en étaient couvertes; aujourd'hui, il est devenu extrêmement rare dans certaines localités. La partie occidentale du département était naguère couverte par l'immense forêt du Beauzon ; les bots qui y existent aujourd'hui n'en sont que les débris. Les essences principales sont le pin, le sapin et le hêtre; la flore du département est d'ailleurs riche et variée.
Les animaux domestiques, de même que ceux des départements voisins, sont, en général, d'es- |,èces cliétives; on élève beaucoup de moutons, dont la chair est estimée, de chèvres, d'abeilles, mais surtout de vers à soie. On trouve encore beaucoup de lièvres, de lapins, de perdrix rouges, de cailles, d'alouettes, etc. ; et, parmi les oiseaux de passage, des bécasses, des vanneaux, des pluviers, des canards sauvages, etc. Les perdrix rouges des montagnes sont très estimées. Parmi les animaux nuisibles, nous citerons, dans les montagnes : le loup, le renard, le blaireau, la belette et quelques
civettes. On rencontre aussi, mais très rarement, sur les bords du Rhône ou des rivières qui s'y jettent, des castors et des loutres; elles sont, d'ailleurs, très poissonneuses et fournissent en abondance la truite, l'anguille, le barbeau; le Rhône donne l'alose, la lamproie et l'esturgeon, elles ruisseaux de belles écrevisses.
Intlustrle agricole, iiianuracturière et comnicrciale. — Le département de l'Ardèche est un pays agricole et manufacturier ; l'aspect du pays, qui présente des champs couverts de riches produits, des prairies en bon état, des vignes industrieusement échelonnées, de vastes plantations de mûriers, de nombreux vergers couverts d'arbres fruitiers de toute espèce, annonce une agriculture déjà perfectionnée, quoique beaucoup de pratiques agricoles appellent encore des améliorations. La récolte des céréales est insuffisante pour la consommation ; mais on y supplée par les pommes de terre et les châtaignes. On fabrique de l'huile avec les noyers. La vente des bestiaux engraissés, l'éducation des abeilles, qui donnent le miel estimé d'Ognac, et surtout l'élève en grand des vers à soie, sont les branches les plus importantes de l'économie agricole. Les prairies artificielles n'ont pas encore fait de grands progrès.
La superficie du département se divise en : superficie bâtie et voies de transport, 47,917 hectares, et en territoire agricole, 504,748 hectares; ce dernier se subdivise lui-même en : céréales, 83,733 hectares; farineux, 78,948; cultures potagères et maraîchères, 4,220 ; cultures industrielles, 1,810; prairies artificielles, 10,013; fourrages annuels, 1533; jachères mortes, cultures diverses, 27,124; vignes, 33,068; bois et forêts, 89,627; prairies naturelles et vergers, 50,329; pâturages et pacages, 70,393; terres incultes, 53,908 hectares.
La production de la soie et la fabrication du papier sont en première ligne dans l'industrie du pays; le département est à la tête de l'industrie séricicole en France, et Aubenas est le principal marché des soies grèges; on évalue, en moyenne, la production de la soie à environ 25 millions de francs par an. Les soies sont très belles et n'ont pour rivales que celles du Gard ; on les ouvre toutes dans le département (300 fabriques) et on les transporte ensuite à Lyon et à Saint-Élienne. Il existe dans l'Ardèche 10 fabriques de papier, dont 8 aux
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environs d'Âniionoy et 2 à Aubonas; les papiers produits par ces fabriques soutiennent avantageusement la concurrence avec les autres papiers et sont considérés comme de première qualité sur tous les marchés de l'Europe. Xous avons déjà signalé les hauts fourneaux deLa Voulte ; il y a encore dans i'Ardèche deux usines à fer, une à La Voulte et l'autre à Soyons. Des tanneries , des mégisseries sont établies principalement à Privas, à Aubenas, au Cheylard et à Annonay; on prépare avec soin et supériorité la peau de chevreau dans ces deux dernières villes. On fabrique encore dans le département des grosses étoffes de laine dites cadis , des chapeaux de paille, des toiles, des filoselles, de l'huile de noix, du kirsch-wasser, etc. L'exportation consiste en soies grèges et filées, vins, peaux mégissées, papiers, bestiaux gras, marrons, cire et miel, bois et planches.
Le nombre des foires est de 'lOO; elles se tiennent dans 104 communes et durent 444 jours; les articles de commerce sont : les bestiaux de toute espèce, les cuirs, la cire, la soie, la filoselle, le papier, le carton, les marrons et les châtaignes, les étoffes du pays, les plants de mûriers, les bois de construction, etc.
Division politicfue et administrative. — Le département de I'Ardèche a pour cheflieu Privas; il comprend 3 arrondissements, 31 cantons, 339 communes; le tableau que nous donnons plus loin les fera connaître. Il appartient à la région agricole du sud-est de la France.
Le département forme le diocèse d'un évêché dont le siège est à Viviers et qui est suffragant de l'archevêché d'Avignon; il y a un grand séminaire à Viviers, des petits séminaires à Aubenas et à Vernoux, et dans le département 37 cures, 344 succursales et loO vicariats. Il y a aussi dans le département 9 églises consistoriales pour les protestants, établies à Lamastre, La Voulte, Saint-Péray, Ollières, Privas, Saint-Agrève, Saint-PierreviUe, Vallon et Vernoux ; chacune d'elles se subdivise en plusieurs sections ayant chacune un pasteur.
Les tribunaux de première instance de Privas, de Largentière et de Tournon et les tribunaux de commerce d'Annonay et d'Aubenas sont du ressort de la cour d'appel de Nîmes. 11 y a à Largentière une prison cellulaire départementale.
Au point de vue universitaire, le département dépend de l'académie de Grenoble; il y a un lycée
à Tournon , des institutions d'instruction secondaire à Privas, à Annonay, à Bourg-Saint-.\ndéol; une école normale primaire à Privas, 2 écoles d'enseignement mutuel, et 876 écoles primaires communales ou privées.
Le département est compris dons la région du lo" corps d'armée et de la W)" circonscription de l'armée territoriale, dont l'état-major est à Marseille ; Privas est le chef-lieu d'une subdivision. La compagnie de gendarmerie nationale appartient à la 13° légion, dont l'état-major est à .Marseille.
Le département de I'Ardèche est compris dans l'arrondissement minéralogique d'AIais , faisant partie de la division du sud-est; dans la 8'= inspection divisionnaire des ponts et chaussées et dans le 27° arrondissement forestier, dont le conservateur réside à Nîmes.
Le nombre des perceptions des finances est de 41 ; les contributions et revenus publics atteignent 12 millions de francs.
HISTOIRE DO DÉPARTEMENT
Parmi les anciennes peuplades celtiques, celle des Ilelvii, ou Ilelviens, n'était ni la moins puissante ni la moms renommée. Au temps des Tarquins, ils portèrent, sous la conduite de Brennus, la terreur jusque dans P>ome et finirent par s'en emparer. Plus tard, ils prirent part aux guerres des Allobroges et desArvernes contre lesPiomains. 11 y a peu d'années, on voyait encore à Désaignes les ruines d'un temple de Diane, qui paraît être un des deux temples élevés par Quintus Fabius Maximus en souvenir de sa victoire sur Biluitus, chef des Arvernes. Cependant les Ilelviens ne furent assujettis à aucun tribut. Protégés par le Rhône et leurs montagnes, ils occupaient le territoire dont le département de I'Ardèche a été formé. Ils avaient pour cité Alha, aujourd'hui Aps ; mais, s'ils échappèrent au joug romain, ils ne surent pas se préserver des pièges de cette politique habile et prévoyante qui préludait à la conquête par des alliances, et, quand César parut dans les Gaules, il trouva dans les Ilelviens des auxiliaires. C'est ainsi qu'ils s'unirent au conquérant marchant contre Vercingétorix. Ce fut à travers leur pays que le général romain conduisit son armée jusqu'aux frontières des Arvernes. Home, pour prix de leur fidélité, leur accorda le droit latin. Compris sous Auguste dans la Gaule Narbonnaise, régis par des
chefs qu'ils élisaient eux-mêmes, ils conservèrent leurs libertés et leurs lois. Alba, leur cité, joignit à son nom celui à'Auffusta et devint une colonie fiorissante. Il y avait un temple de Jupiter et un collège de flamines. Une double voie romaine reliait rilelvie au pays des Arvernes et à celui des Vellaviens. On en peut suivre encore les traces ; elle est connue dans le Vivarais sous le nom de chemin de César, la tradition voulant que ce soit par là que César ait passé pour pcnélrerdans l'Arvcrnie.
Vers l'an 200, saint Janvier vint prêcher l'Évangile dans l'Helvle; il y fonda l'église d'All^a Augusta; mais celte ville ayant été plus tard détruite par les Vandales, Viviers devint le siège épiscopal et la capitale de l'IIelvie, qui ne tarda pas à prendre le nom de Vivarais {Vivarlensis paffus).
Après la conquête des Gaules par les Francs et les Burgondes, ce pays fit partie du royaume de Bourgogne; mais il en fut détaché, en 924, pour passer : le bas Vivarais, aux comtes de Toulouse, et le haut Vivarais aux comtes de Viennois et de Valentinois. Dans la suite, à la faveur des guerres féodales, les évêques de Viviers, déjà riches et puissants, cherchèrent à s'en emparer. C'était le temps où, sous prétexte d'hérésie, l'Église déposait les princes et confisquait leurs biens à son profit, lîaymond VI, comte de Toulouse, venait d'être excommunié et dépossédé par le pape Innocent 111 comme fauteur de l'hérésie albigeoise, et, dans le partage qui fut fait de ses États, l'évèquede Viviers, alors Bernon de Brabant, ne s'oublia point; il s'adjugea par provision le pays de Largentière et les riches mines qui en dépendaient. A la mort de Raymond VI , son fils et successeur Raymond VII essaya, mais en vain, de faire rentrer Largentière sous ses lois; la spoliation était consomm.ée (1215). Cependant, quoique souverain de fait du Vivarais, l'évèque de Viviers reconnaissait la suzeraineté des rois d'Arles et de la Bourgogne transjurane et des empereurs qui leur succédèrent. Prélat et prince de l'empire, il avait de grands privilèges; mais les rois de France, jaloux d'étendre leur domination, travaillèrent à rendre ce pays dépendant de leur couronne. Philippe le Hardi, en 1271, réunit à son domaine le bas Vivarais. Philippe le Bel, en 1308, et plus lard Charles V achevèrent l'œuvre de leur prédécesseur, et tout le pays rentra sous l'administration d'un bailli royal du Vivarais et du Valentinois. A la vérité, les évoques de Viviers con-
servèrent le titre de comtes et de seigneurs de Viviers et de Largentière; mais, au lieu ùc princes de l'empire, ils durent se résigner à n'être plus que jirinces de Donzère , — un humble bourg qu'ils possédaient de l'autre côté du Rhône, dans le bas Dauphinc.
Cependant, à travers ses vicissitudes, le Vivarais avait su rester indépendant. Cet amour de la liberté, qui avait caractérisé leurs ancêtres et que Rome elle-même respecta , les montagnards helvions n'en avaient rien perdu durant les longues agitations qui suivirent la conquête, et le même esprit qui leur fit, sous les Romains, conserver leurs coutumes les porta sous le pouvoir royal à s'associer pour défendre leurs franchises. De là l'origine des états particuliers du Vivarais, origine antérieure à l'étabUssement des états généraux du Languedoc. Deux ordres seulement les composaient , la noblesse et le tiers. L'évèque de Viviers y avait entrée comme baron , non en sa qualité d'évêque. Deux barons diocésains, ceux de Pradelles et de Lagorce, et les douze barons du Vivarais, ceux dcCrussol, de Monllaur, dcLaVoulte, de Tournon, de Largentière, de Boulogne, de Joyeuse, de Chalençon et La Tourrette, de Saint-Remèze, d'Annonay, d'Aubenas et de Vogué, y représentaient l'ordre de la noblesse; treize consuls ou députés des villes et communautés composaient le tiers état. Les barons siégeaient alternativement et par tour aux états généraux du Languedoc ; .mais ils n'assistaient pas toujours en personne aux étals du Vivarais; chacun d'eux y était représenté par un bailli. Aucune preuve de noblesse n'était exigée ni pour les baillis ni pour les représentants. Ces états étaient présidés par le baron qui avait assisté dans l'année aux états généraux du Languedoc. Il n'y avait rien de fixe pour le lieu où devaient siéger les états; le baron président ou son bailli subrogé les convoquait où bon lui semblait, et même dans sa propre maison. Comme seigneur de Viviers, l'évèque envoyait son bailli aux états. Celuici, qui était ordinairement un des vicaires généraux, y prenait rang et séance avant les baillis des barons. Le sénéchal du Vivarais ou son lieutenant et le premier consul de Viviers avaient entrée aux états en qualité de commissaires ordinaires. Telle était l'organisation des états du Vivarais, les seuls du royaume où l'ordre du clergé n'avait point de représentants. A quelle éjioque eut lieu l'union de ces états à ceux du Languedoc? C'est ce que rien ne
ARDECIIE
Ruines du Clirile.iii de Rocliemauie
nous apprend. Sans doute, le besoin de concerter des mesures générales pour arrêter les incursions des Anglais ou pour apaiser les troubles qui agitaient le pays dut contribuer à celte union, qui, d'abord accidentelle et dépendante de circonstances majeures, ne finit par s'opérer régulièrement que lorsque Charles VIII eut donné aux états généraux la forme stable qu'ils n'avaient pas avant son règne.
Après la bataille de Briguais (1361), si fatale aux maisons de Bourbon et du Forez, les (ard-venns se ruèrent sur le Vivarais et le mirent à contribution. Ces bandits faisaient profession de tout piller et saccager dans les endroits où ils arrivaient, de violer femmes, filles et religieuses et de rançonner toutes sortes d'hommes, nobles et paysans. Ils n'étaient d'aucune religion ; mais ils assistaient les hérétiques pour avoir sujet de voler les clercs, les prêtres et les églises. Plus tard, sous Charles VII, les routiers reparurent dans le Vivarais. Rodrigo
France illustrée. 1 34.
de Villandras, un de leurs chefs, noble aragonais que Jean I", duc de Bourbon, avait jugé digne de devenir l'époux de l'une de ses bâtardes, s'était adjugé par droit de conquête, outre le Velay et le Gévaudan, le Vivarais et avait fait d'Annonaysa capitale et sa place d'armes. Heureusement, il n'y séjourna pas longtemps, et, le 24 mai 1430, le Vivarais vit s'éloigner pour toujours ces bandes de pillards.
A ces temps orageux succéda pour les habitants du Vivarais un siècle de tranquillité; mais ils devaient l'expier chèrement. Naturellement portés à tendre la main à tout ce qui est proscrit ou qui leur rappelle leur antique liberté, ces fiers montagnards avaient pris parti pour les Albigeois. Après la sanglante expédition de Montfort, ils en sauvèrent plus d'un de la fureur des catholiques. Comment le cri du moine saxon n'eût-il pas eu de l'écho dans ce pays? C'est en 1528 que la Réforme y fut prêchée pour la première fois à Annonay, d'où elle ne tarda 3-5. — Ardèche, 2" Liv.
pas à se répandre dans les autres villes du Vivarais. Désaignes, Privas, Le Pouzin, Andance, Le Cheylard, Viviers, Saint-Agrève, Vallon se prononcèrent pour la nouvelle doctrine. Partout les religionnaircs, rappelant le zèle des premiers chrétiens contre les idoles , se Jetaient sur les couvents ou sur les églises, renversant les croix et les autels, brisant les images et foulant aux pieds les vases sacrés. Ces excès en appelèrent d'autres, et les catliuliques usèrent de représailles. Alors commença, en 1.560, cette guerre qui pendant cinquante-huit ans ensanglanta le Vivarais. Saint-Chamond , le terrible chef catholique, était seigneur d'Andance. Ses vassaux, las de ses vexations et de ses tyrannies, secouèrent le joug et se livrèrent aux protestants. Aussitôt Saint-Chamond, qui guerroyait dans le Forez, accourt et assiège la ville. Trop faibles pour résister, les habitants se rendent; mais, pour les punir de leur félonie, Saint-Chamond les chasse de leur ville et les condamne à ne jamais plus y rentrer. Cela fait, il marche contre Annonay, s'en empare et y met tout à feu et à sang. Tels furent les excès des catholiques dans ce pays , qu'au xvn° siècle ils n'y avaient déjà plus l'avantage du nombre. Partout les protestants y dominaient. Privas, Le Pouzin et la plupart des autres villes résistaient encore. Chargé de faire rentrer le Vivarais dans le devoir, le duc de Montmorency vint mettre le siège devant cette dernière ville (1G28). Après une vive résistance, elle se soumit; mais ses murs et son château furent rasés. Déjà Le Cheylard avait subi le même sort. Saint-Agrève n'était plus qu'un monceau de cendres. Annonay, deux fois pillée et saccagée, respirait à peine. Bientôt Privas assiégé par Louis XIII devint aussi la proie des flammes. Ses habitants furent dispersés, et pendant longtemps la main royale s'appesantit sur cette ville comme sur un lieu maudit.
Après la révocation de l'édit de Nantes, l'insurrection des camisards dans les Cévennes agita le haut Vivarais ; mais on y envoya des garnisaires pour empêcher le mouvement de se propager. C'est ainsi que ce malheureux pays, à peine remis de ses désastres pendant les guerres du xvi° siècle, eut encore à subir les dragonnades. Aussi, lorsque la Révolution de 1789 éclata, les montagnards du Vivarais l'accueillirent comme l'ère de la liberté politique et religieuse qu'ils appelaient depuis si longtemps de leurs vœux. Depuis cette époque, nous n'avons plus rien à signaler d'important dans
l'histoire du département de l'Ardèche; ses laborieux habitants se sont appliqués à vaincre la nature de leur sol souvent ingrat, et ils ont trouve dans l'agriculture, dans l'industrie et le commerce, une prospérité croissante et méritée.
HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES, BOURGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES
Privas (lat. 44» 44' il"; long. 2» 15' 31" E.). — Privas {Privatlum caslriim), station du grand réseau de Paris-Lyon-Méditerranée, à 32 kilomètres de Livron, d'où se détache l'embranchement qui y conduit, chef-lieu du département de l'Ardèche, d'un arrondissement et d'un canton, avec tribunal de première instance, société d'agriculture, collège communal, bibliothèque publique, etc., était autrefois le siège d'un gouvernement particulier cl dépendait du parlement de Toulouse et de la généralité de Montpellier.
Cette ville, située à 667 kilomètres au sud-est de Paris, sur une colline qui domine le vallon de l'Ouvèze, à la jonction de trois petites rivières, et dont la population est de 7,753 habitants, passe pour être très ancienne; mais son origine est inconnue. C'était, dans le moyen âge, le chef-lieu du pays des Boutières. « Dès les premiers temps de la féodalité. Privas appartint aux comtes de Valentinois, qui possédèrent en outre les châteaux deTournonlès-Privas, de Baix, du Pouzin, de Saint-Alban et de Boulogne. Elle suivit les destinées de cette illustre famille et devint périodiquement l'apanage des enfants des comtes de Valentinois. En 1355, elle faisait partie du domaine d'Alice de Beaufort, veuve d'Aymar V de Poitiers, nièce du pape Clément VI et sœur du pape Grégoire .XL Plus tard, en 1404, elle passa dans la branche de Saint-Vallier; ce fut ainsi que, en 1547, Diane de Poitiers, héritière universelle de son frère Guillaume de Poitiers, seigneur de Saint- Vallier, devint la suzeraine de Privas et d'une grande partie du Vivarais. » (Chabalier, Hist. de Vais.) Bâtie sur un plateau élevé entre les rivières de l'Ouvèze, du Chazalon et du Mézayon, au sein d'un pays montagneux, coupé par de grandes vallées. Privas était au xvi" siècle une des places les plus importantes de la province. Si la nature, en eiïet, semblait avoir fortifié cette ville, l'art y avait considérablement ajouté. Ceinte de hautes et épaisses murailles avec un abîme pour fossé, elle était protégée par un châ-
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toau et par doux forts, dont l'un, situé en nvant du village du Pelit-Tournon, commamlait toutes les issues qui sur ce point relient les Boutièrcs à Privas, et l'autre, hardiment jeté au sommet du mont Toulon, tenait en respect tout le pays environnant. Aussi, quand la guerre éclata dans le Vivarais entre les protestants et les catholiques, chacun des partis essaya-t-il de s'emparer de cette ville. D'abord aux calvinistes qui y étaient en nombre et en force, Privas, en 1574, soutint un siège contre les calholiiiucs sous les ordres de François de Montpensier, dauphin d'Auvergne. Saint-Romain, l'un des chefs protestants les plus habiles et les plus entreprenants, commandait les assiégés. Il battit les catholiques dans plusieurs sorties et les força de lever le siège. N'ayant pu s'emparer de Privas de vive force, le parti catholique essaya de s'en rendre maître par surprise. Alors cette ville avait pour châtelaine la belle Paule de Chambaud, veuve de La Tour-Gouvernet, capitaine calviniste, mort de froid dans les guerres du Piémont, en 1614. Recherchée en mariage par le comte de Beauvoir du Rourc, seigneur de Brizon, la tète et l'épée des protestants du Vivarais, et par le jeune vicomte de Cheilane, fils aîné de René de Hautefort de Lestranges, baron de Boulogne, l'un des chefs catholiques, elle choisit, contre le vœu et l'intérêt de son parti, le jeune Cheilane, renommé d'ailleurs pour son courage et pour son esprit. Cependant les calvinistes ne se contentèrent pas de protester contre le choix de Paule, choix qui ruinait leurs espérances dans le Vivarais; ils s'y opposèrent par les armes. Dès lors cette guerre prit un caractère héroï-comique, qui rappelle les précautions des tuteurs et les ruses des amoureux dans les romans ou dans les comédies. Pour empêcher toute communication entre les deux amants, des gardes et des sentinelles veillaient nuit et jour aux approches du château. Vains obstacles! R existait, dans l'une des parties du vieux manoir, une ouverture secrète, pratiquée par Paule elle-même et connue de Cheilane seul. C'est par là que les deux amants pouvaient se voir et se parler. Or, une nuit, à l'insu des gardes, Cheilane, s'étant introduit dans le château, appela à lui les catholiques et se mit en état de se défendre. Une lutte terrible allait s'engager quand Blaccons, parent de Paule et l'un des lieutenants du baron des Adrets, intervint et obligea les deux partis à se retirer. Rentré dans le manoir paternel, mais non découragé, Cheilane parvint à
s'introduire de nouveau dans le château et à conclure son mariage avec Paule ; ce qui mit le comble à la colère des calvinistes. Assiégé par eux, sans cesse menacé, ne pouvant fuir, il recourut au duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc. Celui-ci marcha sur Privas à la tête de sept mille fantassins et de trois cents cavaliers. Privas n'essaya même pas de résister; il ouvrit ses portes au duc, qui, après avoir fait reconnaître solennellement Paule de Chambaud comme vicomtesse de Cheilane, reprit le chemin du Languedoc. Montmorency avait laissé dans le château une faible garnison commandée par Saint-Palais; à peine le duc était-il parti que les habitants de Privas réclamèrent la grosse tour du château comme étant leur propriété. Sur le refus de la rendre, le comte du Roure se mit à la tête des bourgeois révoltés ; la tour fut minée, et le château, abandonné par Saint- Palais qui capitula, fut complètement rasé, le 10 (c vrier 1621.
Cependant Louis XIII revenait du Piémont à la tête de son armée victorieuse, pressé d'en finir avec les religionnaircs du Midi. A son approche, les calvinistes du Vivarais se réfugièrent dans Privas et s'y préparèrent à se défendre. Ils députèrent au duc de Rohan, chef supérieur des Églises protestantes de France, pour lui demander le prompt envoi d'un chef et de quelques soldats. Rohan, qui savait les desseins du roi, avait déjà songé à les prévenir; mais les événements ne lui laissèrent pas le temps de réaliser le vaste projet de résistance qu'il avait conçu et qui, enveloppant le Languedoc et les Pyrénées, s'étendait jusqu'aux bords de l'Océan. Néanmoins il se hâta d'envoyer à Privas Saint-André Montbrun avec huit cents fantassins et deux cent cinquante cavaliers. Saint-André avait ordre de maintenir dans la rébellion nonseulement la ville, mais tout le pays des Routières, afin de tenir les troupes royales en échec et de donner ainsi au duc le temps de mener à bonne fin son entreprise. Nul mieux que Saint-André n'était capable de le seconder. C'était le fils de ce Montbrun dont nous avons raconté les luttes héroïques dans l'histoire du Dauphlné. Cependant, quand il parut devant Privas, il n'obtint qu'à grand'peine des consuls d'y entrer avec ses troupes. Dans l'intervalle, le découragement avait gagné les habitants. Saint-André convoqua le conseil de ville. 11 parla aux consuls et aux notables ; il leur rappela le siège glorieux qu'ils avaient soutenu en 1374 ei
leur du que, pour lui, il était prêt à mourir sous les ruines de leur cité. Ces généreuses paroles relevèrent les courages abattus. Consuls, notables, peuple, tous jurèrent de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Saint-André fut chargé du commandement de la ville.
Tandis que les habitants de Privas se préparaient à une vigoureuse résistance et relevaient les fortifications de leur ville, le roi passait le Ilhône à Valence et s'avançait sur la capitule du Vivarais. Le 16 mai 1629, il campa avec son armée au pied des montagnes du Coiron, en face de la ville; la maison qui le reçut, la maison Grosnier, existe encore, dans la plaine du Lac, et en a conservé le nom de logis du roi. Après « auoir demeuré quelques jours devant ladite ville, dit un mémoire du temps, le roy fist approcher un héraut d'armes pour la sommer de rentrer dans son deuoir; mais le sieur de Saint-André, qui estoit uenu avec ordre dudit seigneur de Uohan de n'entrer dans aucune composition, respondit par un refus. » Vainement un émissaire secret vint lui offrir au nom du roi un grade élevé dans l'armée et cent mille écus de gratification s'il voulait livrer la ville; Saint-André indigné chassa honteusement le porteur de celle proposition, et le siège commença. Après un assaut des plus terribles, les assiégeants se retirèrent laissant cinq cents des leurs morts au pied des remparts. Bientôt, revenant à la charge, ils foudroyèrent la ville à coups de canon. Après une résistance de quinze jours, Saint-André, reconnaissant l'impossibilité de la prolonger, demanda à capituler, « espérant ainsi, dit M. de Valgorgedans ses Souvenirs de l'Ardèche, désarmer la colère du roi et obtenir pour les habitants et pour lui des conditions honorables ; mais le roi, irrité par l'opiniâtre résistance des habitants de Privas, ne voulut accorder ni grâce ni merci. » Alors, désespérés, les habitants abandonnèrent la ville et se réfugièrent dans le fort de Mont-Toulon. Quelques-uns essayèrent, sous la conduite du capitaine Chambaud, de gagner la montagne; mais Cheilane, leur châtelain, se mit à leur poursuite, les atteignit et se vengea cruellement de la rude guerre qu'ils lui avaient faite. Bientôt le fort du Mont-Toulon se rendit. « Alors, ajoute M. de Valgorge, l'on vil se consommer l'œuvre la plus épouvantable de sang et de ruine. Tous ceux qui furent trouvés soit dans la ville, soit dans le fort, furent passés au fil de l'épée; les fortifications furent rasées, les maisons
pillées et puis brûlées. » — « Le butin fut très bon au soldat, dit de Marcha, car c'était une ville riche avec de bonnes et belles maisons bien meublées desquelles on n'avoit tiré choses quelconques. »
— « Quelque défense que j'aie pu faire, écrivait le roi Louis .XIII au duc de Yentadour, et quelque soin que j'aie pu apporter pour que la ville ne fût pas brûlée, ayant éteint le feu par diverses fois, elle a été enfin toute consumée, et Dieu a voulu qu'elle portât des marques perpétuelles de sa rébellion. »
— Non content de ce châtiment terrible, le roi rendit immédiatement un édit portant défense d'habiter désormais ce lieu maudit, sous lettres patentes du grand sceau. Quant à Saint-.\ndré, qui avait remis volontairement son épée à l'un des officiers du roi, il obtint la vie sauve; mais, considéré comme prisonnier de guerre, il fut conduit en Dauphiné et enfermé dans la tour de Crest, d'où il s'échappa cinq mois après pour devenir généralissime des armées de Venise.
Ainsi pillée, saccagée et ruinée, « cette pauvre ville ne servit de longtemps de retraite qu'aux hiboux et aux insectes. » Cependant ceux des habitants qui avaient échappé au massacre rentrèrent peu à peu dans les ruines de leur cité; mais tous leurs effets mobiliers, après le sac de la ville, avaient été incendiés avec les habitations. « Les fruits de leurs biens furent longtemps régis par commissaires pour estre employés en payement des tailles deues au roy, et parce que tous leurs fruits ne suffisoyent pas pour le payement d'icelles, les receueurs se pourueurent au conseil pour y obtenir, comme ils firent, leur descharge de ce qui restoit des appres la vente desdits fruits. » Plus tard, en 1644, le roi ayant établi à Privas une chambre de justice tirée du présidial de Valence, il permit aux habitants de rebâtir leurs maisons. Ils y employèrent « non seulement toute leur substance, mais aussi épuisèrent la bourse de leurs amis. » Vingt ans après, le 22 février 16G4, nouvel arrêt du conseil leur enjoignant de sortir de leur ville avec défense d'y habiter. « Alors, ajoute le mémoire déjà cité, on leur enleva, conire toutes les formes de la justice, leurs meubles, leurs denrées, leurs bestiaux, leurs marchandises et leur récolte ; et, non content de cela, on poursuivit un autre arrest qui fust rendu le 30 septembre suiuant, qui estendoit leurs peines en leur dcffendant non seulement l'habitalion de la ville de Priuas, mais aussi celle de la taillabililé et du lieu de Tournon, et,
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bien qu'en sortant de ladite ville on les eusl obligés de rendre les clefs de leurs maisons, on ne laissa pas leur faire payer les tailles aussi bien que de leurs autres fonds, bien qu'ils ne pussent pas les habiter et qu'ils ne trouvassent pas à qui les arrenler, et qu'ils lussent dans l'impossibilité de cultiver leurs fonds accause de leur esloignement, aussi bien dans celle d'y conseruer les fruits qui leur cstoient enleués auant leur maturité, si bien ([uc leurs maisons parl'inhabitation ont esté réduites en des tristes masures, et leurs fonds, faute de culture, sont tombés en frisches. » — C'était peu ; en 1G70, « les rebelles dont du Roure esloit le chef, parce que lesdits habitants ne voulurent pas se rendre complices de leur rébellion, et qu'au contraire ils firent tous leurs efforts pour s'y opposer, vindrent rauager leur ville, pillèrent leurs marchandises et leurs meubles, et ceux qu'ils ne peurent pas emporter, ils les brisèrent ou bruslèrcnt. Ils emportèrent jusques aux gons des portes et des fenêtres, apprès auoir dissippé leurs denrées, beu ou versé leurs vins. » Depuis 1G83, foulés et accablés ou par de fortes contributions ou par des logements de gons de guerre, les habitants de Privas se virent réduits à la dernière misère. Dans ce déplorable état, ils implorèrent la bonté du roi par l'intercession de l'évoque de Lodève. Bientôt, grâce à quelques concessions royales et surtout à l'activité de ses habitants. Privas sortit de ses cendres et répara ses pertes, et quand la Révolution vint changer la division territoriale du royaume, elle fit de cette ville le chef-lieu du département de l'Ardèche.
Privas est une ville toute moderne. Rien n'est resté de l'ancienne. Trois croix de bois s'élèvent là où fut la forteresse du Mont-Toulon, et le manoir de Paule de Chambaud est aujourd'hui un collège. Située à trois heures du Rhône, sur une colline qui domine le vallon de l'Ouvèze et la petite plaine du Lac, à la jonction de l'Ouvèze", du iMézayon et du Chazalon, cette ville ressemble de loin à un nid d'hirondelles suspendu aux flancs d'une montagne; mais, vue à l'intérieur, elle est encore d'une assez triste apparence; ses rues sont étroites, sombres et tortueuses; ses maisons, à part celles qui bordent l'Esplanade, grossièrement construites, sans ordre, sans symétrie. Mais, grâce aux ressources financières de la ville et à une sage administration municipale, cet état ancien tend chaque jour à s'améliorer; on perce de nouvelles rues, on rectifie
les anciennes, on aménage de belles promenades. Il y a peu d'édifices remarquables; citons cependant l'hôtel de la préfecture, qui renferme un musée géologique ; le palais de justice, précédé d'un portique grec ; le temple protestant et le collège, qui, avons-nous dit, occupent l'emplacement de l'ancien château ; l'hôtel de ville, qui renferme la bibliothèque, riche de 3 à 4,000 volumes, et plusieurs magasins, dont le luxe rivalise avec celui des grandes villes. Privas possède un champ de Mars et de vastes casernes, une belle promenade dite de l'Esplanade, d'où l'on découvre d'un côté la vallée accidentée de Ceux, et de l'autre la plaine du Lac et les montagnes saisissantes de relief et de couleur de la chaîne du Coiron.
Privas fait un commerce de soies et de cuirs. On évalue à 1,500 individus la population ouvrière de ses fabriques de soie. Il s'y fait en hiver une vente considérable de cochons gras.
Les productions de son lerriloiro sont le vin et le mûrier. On y exploite des mines de fer découvertes dans la commune de Veyras. Ces mines sont très abondantes et fournissent du minerai de première qualité.
Les armes de Privas sont : d'argent, au chêne de sinople eyiglanté d'or, posé sur une terrasse de sinople ; au cliefdJazur, chargé de trois fleurs de lis d'or.
AuBENAS. — Aubenas {All/a Nova, Albiniacuin), slation de la ligne du chemin de fer de Lyon à Alais, embranchement de Vogué-Vals à Aubenas, à 30 kilomètres au sud-ouest de Privas, dépendant autrefois du diocèse de Viviers, du parlement do Toulouse, de la généralité de Montpellier et de l'intendance du Languedoc, est aujourd'hui cheflieu de canton, possède tribunal de commerce, collège communal, hospice, etc., et compte 7,781 habitants.
Cette petite ville prétend à une haute antiquité. Rien ne confirme cette prétention, k la vérité, la tradition parle d'une cité gallo-romaine bâtie dans le voisinage. Une tour, qui s'élève sur une colline et qui a gardé le nom de tour de César, des tombeaux antiques, des fragments de mosaïque et un grand nombre de médailles à l'effigie des Césars témoignent, en effet, du séjour des Romains dans cette contrée ; mais, s'il y avait là une ville, le souvenir et le nom s'en sont perdus. Cependant quelques archéologues veulent ({u'Aubenas, Alùa Nova,
ail été construite au point de réunion des quatre grandes vallées des Cévennes pour remplacer la ville d'Albe {AIM Auffusta), l'antique capitale gallo-romaine du Vivarais, détruite par les Vandales en 411 ; elle était sous la protection de Voppidum du Jastres (près du village d'Eyrias, Area Cœsaris). Quoi qu'il en soit, Aubenas eut dans le moyen âge des seigneurs particuliers. D'abord les Allard, puis les Montlaur. C'était une baronnic, dont le seigneur avait droit de siéger aux états particuliers du Vivarais et aux états généraux du Languedoc. Au xiii" siècle, Aubenas obtint de ses seigneurs, Pons, Héracle et Pierre de Montlaur, diverses franchises que leurs successeurs conOrmèrenl. La seigneurie d'Aubenas passa, en 1435, à la mort de Louis de Montlaur, le dernier des représentants directs de cette famille, dans celle des marquis de Maubec, dont l'un d'entre eux avait épousé Jeanne, fille aînée de Louis de Montlaur, et plus tard dans celles des barons de Modène, d'Ornano et d'Harcourt. Le prince d'Harcourt, Henri Charles de Rieux, perdit sa baronnie de Montlaur au lansquenet, à Versailles, en jouant contre Melchior de Vogué, et c'est ainsi que la seigneurie d'Aubenas passa, sous Louis XIV, dans la maison de Vogué, où elle resta jusqu'à la Révolution. La position stratégique d'Aubenas lui donnait une grande importance; aussi, pendant les guerres du xvi= siècle, catholiques et protestants se disputèrent-ils la possession de cette ville, que son château, ses remparts flanqués de tours rendaient importante. Après ces longues et sanglantes agitations, elle se livra au commerce et à l'industrie. De là sa prospérité.
Baignée par l'.Ardèche et par la Volane, Aubenas s'élève au centre d'un pays séricicole, au milieu de jardins et de prairies, sur une colline couverte de vignes, de mûriers et d'oliviers, que couronnent la (lèche de son église et les tourelles de son vieux château, aujourd'hui propriété communale et le siège de presque tous les établissements publics, la mairie, la justice de paix, le tribunal de commerce, la chambre de commerce, la condition des soies, les écoles primaires, le collège et la gendarmerie. C'est un charmant paysage. On remarque encore le petit séminaire, élevé en 18o3 par le cardinal Guibert, alors évoque de Viviers; la nouvelle école laïque, le champ de Mars ou l'Esplanade, qui sert de promenade. Du C(Mé que baigne l'Ardèchc sont des esplanades ombragées d'où la
vue peut s'étendre au loin sur le cours de la rivière, sur les falaises volcanisées qui bordent la rive opposée, sur divers étages de montagnes couverts de taillis et de forêts, et au delà desquels s'élèvent les hautes et fières cimes du Coiron.
Jusqu'en 1863, Aubenas était privé d'eau et justifiait ainsi, quant à cette ville, un vieux dicton du pays : Aubenas sans eau. Joyeuse sans joie, Larff entière sans argent, et Les Vans sans vents, lorsqu'un de ses concitoyens, Jean Mathron, dont le nom mérite de passer à la postérité, y fit amener, par l'ingénieur Nadault de Buffon, petit-neveu du grand naturaliste, des sources recueillies à Entraigues, à 18 kilomètres d'Aubenas. Elles y arrivent par un siphon qui traverse le lit de l'Ardèche à la Bégude, et elles servent à alimenter une cinquantaine de bornes-fontaines.
Cette ville, qui, après Annonay, est la plus industrieuse du département, est généralement bien bâtie. Son heureuse situation au pied des montagnes et au point d'intersection de deux routes nationales d'une route départementale, et sur un chemin de fer qui la relie à Lyon , à Marseille et aux centres commerciaux, lui assure un commerce de transit et d'entrepôt fort considérable. Elle possède d'importantes papeteries, des filatures et des ateliers de sélection de graines de vers à soie. C'est à Aubenas que les habitants de toutes les montagnes environnantes jusqu'aux limites de la Haute- Loire et. de la Lozère viennent vendre leurs produits en beurre, fromages, bestiaux, ainsi que leurs bois de construction. Ils emportent en échange des vins, des fruits et tous les produits que leur refuse l'âpreté de leur climat. Mais c'est surtout à sa position centrale, au milieu de pays producteurs de soie, que la ville d'Aubenas doit son importance commerciale. Outre la Volane et l'Ardèche, de nombreux cours d'eau descendant des montagnes arrosent son territoire ; la pente de ces rivières et leurs eaux abondantes ont fourni à l'industrie des moteurs puissants qu'elle n'aurait pu trouver dans aucune autre partie du département, et qui ont permis d'élever dans un rayon fort rapproché de la ville un grand nombre d'usines et surtout de moulins à soie, employant annuellement de 12o à 130,000 kilogrammes de soies grèges, représentant en numéraire une valeur de 8 à 9 millions. Cette double circonstance de la proximité des pays séricicoles et des ateliers de consommation a l'ait du marché d'Aubenas le marché régulateur
ARDECIIE
lo
du commerce des soies grèges et attire sur celle place une grande partie des soies de la Drôme, du Gard, de l'Héraull, de l'Ardcclie et des autres départements où le mûrier est cultivé. Aubcnas a élevé une statue à Olivier de Serres qui, au xvi» siècle naturalisa en France l'industrie de la soie. Cette ville est aussi le centre de mines de l'er et d'un bassin houiller; les concessions des mines de ior sont celles d'Aubenas, de Merzelet et d'Ailhon ; sa mine de houille produit en nioxenne ;îO, 000 quintaux par an.
A Vesseaux, dans les environs d'Aubenas, on récolte des marrons qui, transportes à Lyon, sont vendus à Paris sous le nom de marroi^ de Lyon.
Aubenas a vu naître le jurisconsulte Deliclières.
Les armes de cette ville sont : d'azur, au nom de JÉSUS, en lettres capitales d'or en chef, avec le nom de MARIA en pointe, coxwonné d'une couronne d'or.
Vals. — Vais, sur la Volane, à 3 kilomètres de son confluent dans l'Ardcche, dans le canton et à G kilomètres au nord d'Aubenas, à 31 kilomètres au sud-est de Privas, est une petite ville de 3,301 habitants qui tire toute son importance de ses eaux minérales; elle est mise en communication avec les lignes du réseau de Paris-Lyon-.Méditcrranée par la station d'Aubenas.
Elle doit son origine à un château qui commandait l'entrée de la vallée de la Volane. Vais eut pour seigneurs les seigneurs d'Aubenas, feudataires de révoque du Puy, c'est-à-dire, successivement, les Montlaur, jusqu'en 1433; les Maubec de Montlaur, jusqu'en 1331; les Modène de Montlaur, jusqu'en 1608; les Ornano de Montlaur, jusqu'en 1G33; les d'Harcourt d'Ornano, jusqu'en 1700, et les de Vogué, jusqu'en 1789. Ces seigneurs avaient pour demeure le château dont on aperçoit les ruines audessus de l'église; mais ils donnaient eux-mêmes Vais en arrière-fief à d'autres familles qui habitaient un second château.
L'histoire de cette petite ville se confond avec celle des troubles religieux du Vivarais, et elle resta longtemps une des principales places des huguenots dans ce pays. « Vais, dit de Alarcha, historien contemporain, est, en 1620, un lieu protestant, près de la ville d'Aubenas, fort d'assiette, clos de murs, bordé par l'Ardèche; pays montagneux, d'où sortent ordinairement 300 hommes de guerre qui en attirent 200 à 300 autres habitant les pays ca-
tholiques environnants. Au bout de ce lieu sont deux châteaux, l'un appartenant aux marquis d'Aubenas, et l'autre au sieur de Vais, desquels les habitants sont sujets. » Elle fut plusieurs fois prise et reprise par les catholiques et les prolestants; Montmorency l'assiégea deux fois, en 1021 et en 1628; en 1652, ce fut le tour du comte de Rieux qui détruisit le château; enfin, en 1709, Vais fut encore le foyer d'où partit la dernière insurrection des Camisards. On sait qu'elle fut cruellement réprimée; Vais, pour sa part, vit ses maisons rasées, et ses habitants furent réduits à la plus grande misère.
Aujourd'hui, Vais, qui n'est guère visitée que depuis 1860, est une station thermale fréquentée par les touristes et les malades du midi de la France; elle rivalise avec Vichy. Les sources minérales sont au nombre de neuf principales, savoir : la Marie et la Marquise, les deux plus anciennement connues (1609); la Chloé, la Dominique, la Saint-Jean, la Rigolette, la Précieuse, la Désirée et la Pauline. Ces eaux sont froides, carbonatées, sodiques, gazcuzes. La Marquise a les mêmes propriétés que les eaux de Vichy ; la Saint-Jean, la Précieuse s'expédient au loin, en bouteilles, à des prix très réduits qui laissent loin derrière eux les 71 livres 2 sols que coûtaient au temps de M"" de Sévigné la douzaine de bouteilles expédiées à Versailles. Les eaux de Vais sont efficaces dans les maladies des voies digestives, les afl"ections calculeuses, les obstructions du foie et les maladies des femmes. En 1864, elles recevaient 500 visiteurs ; en 1874, ce nombre atteignait 4,800 et 5,300 en 1875. Le nombre de bouteilles expédiées, qui était de 25,000 en 1864, atteignait en 1873 le chiffre de 2,925,000; en 1878, il approchait de 4,000,000 de bouteilles.
Une des curiosités de Vais est la source intermittente qui a été découverte en 1865 et qui rappelle les geysers d'Islande.
On visite aux environs de Vais les ruines des châteaux de Ventadour, de Boulogne et de Jaujac ; à Montpézat, celles du Chastelas et du château de Pourcheyrolles ; et aussi les sites de la Gueuled'Enfer et de l'Échelle-du-Roi.
BoLRG- Saint -Andéol. — Bourg-Saint-Andéol [Burgugiata, Bergoiates, Burgias), sur la rive droite du Rhône, à 54 kilomètres au sud-est de Privas, est une petite ville commerçante et l'une des plus riches et des plus importantes du Viva-
rais; elle communique avec la grande ligne Paris- Lyon et Marseille (par la Bourgogne, réseau Paris- Lyon-Mcditerranée) par la station de Pierrelatte, entre Montélimar et Orange.
Son origine est fort ancienne ; on croit qu'elle remonte au ii" siècle. La ville porta d'abord le nom de Gentibus ; elle était située dans une petite île, en face du bourg actuel, et c'était alors, après Albe, la ville la plus importante de la province. Vers l'an 208, sous le règne de l'empereur Sévère, saint Andéol y fut, dit-on, martyrisé et son corps fut jeté dans le Ubùne ; mais les eaux le portèrent sur le rivage où il fut recueilli par une jeune patricienne qui le renferma dans le sarcophage romain que l'on voit aujourd'hui dans l'église. Un monastère s'éleva sur le lieu de sa sépulture, et la ville qui se forma autour prit le nom du saint martyr. Au xvi° siècle, après la prise et le sac de Pierrelatte, le baron des Adrets passa le Rhône et vint assiéger Bourg-Saint-Andéol, qui se rendit; mais, en 1777, les catholiques s'en emparèrent et en chassèrent les protestants.
Les évêques de Viviers, seigneurs de la ville, y avaient un château qui renfermait une belle bibliothèque; l'un et l'autre furent détruits en 1790, et aujourd'hui une vieille tour carrée indique seule l'emplacement du château.
Chef-lieu de canton peuplé de 4,313 habitants, Dourg-Saint-Andéol s'élève dans un site charmant. Bâtie en amphithéâtre sur les flancs d'une colline dont le Rhône baigne les pieds, cette ville communique avec le Dauphiné par un pont en fil de fer construit sur le fleuve; elle est l'entrepôt des grains qui sont tirés de la Côte-d'Or, de la llaute-Saône, de Saône-et-Loire , du Doubs et même de Meurthe-et- Moselle et de la Meuse. Bourg-Saint-Andéol renferme quelques beaux édifices, parmi lesquels on remarque la maison mère de la congrégation des sœurs de la Présentation de Marie et la maison des comtes de Grave, célèbre dans les fastes de notre ancienne marine. Cette maison, qui date de la Renaissance, a reçu le roi Louis XIII.
Bourg-Saint-Andéol est la patrie du jurisconsulte Jacques Mosnier, de François de Paule Combalusier, auteur d'un savant traité de la Colique des peintres, et du constituant Madier de Montjau.
Les environs de Bourg-Saint-Andéol sont très agréables et offrent plusieurs points de vue magnifiques. La vigne et le mûrier y croissent en abondance. On y remarque, à 300 ou 400 mètres au sud
de la ville, la fontaine de Tournes, dont les eaux, comme celles de Vaucluse, sourdent au pied d'un rocher, et près de la fontaine une grotte taillée dans le roc vif, reste, dit-on, d'un monument gaulois. Suivant la tradition, cette fontaine devrait son nom à un certain Turnus, qui délivra la contrée d'un serpent monstrueux. On remarque sur la paroi extérieure du rocher un vieux bas-relief représentant un jeune homme vêtu d'une chlamyde et coiffé du triclaris, sacrifiant un taureau accroupi qu'un chien mord au cou et dont un scarabée pique les génitoires. Un serpent rampe au-dessous. On veut que ce soit l'image symbolique du dieu Milhra, dont le culte avait été apporté de la Perse à Rome par Pompée, et plus tard dans la Gaule. A peu de distance, à l'ouest de la ville, s'élève à environ 700 mètres le plateau de Rez, qui domine toute la vallée du Rhône de Vienne à Arles. Les Gaulois y avaient un ojjindum, qui plus d'une fois servit d'abri aux habitants de Bergoiates. Après eux, les Romains et les Sarrasins s'y établirent, ainsi qu'en témoignent encore aujourd'hui les débris de tours et de murailles que l'on y rencontre.
Les armes de Bourg-Saint-Andéol sont : de gueules, à trois hourdons d'or 2)osés en iml, av, chef d'azur, chargé d'un gros coutemi d'argent emmanché d'or.
RociiEM.\URE. — Rochemaure {Rupes Maura), sur la rive droite du Rhône, à 24 kilomètres au sud-est de Privas, station de la ligne de Lyon à Alais et Nimes, est un chef-lieu de canton peuplé de 1,200 habitants. Ce bourg tire très probablement son nom d'une roche de basalte noir qu'on remarque dans les environs. Rochemaure eut, au moyen âge, de puissants seigneurs, terribles à la guerre, mais magnifiques et hospitaliers dans la paix; d'abord les Adhémar de Montheil, d'antique et noble race, puis les Cheylus et les Fages. Au xvi" siècle, elle ferma ses portes aux protestants. Plus tard, le seigneur de Rochemaure se déclara contre Louis XIII, qui fit raser son château.
Le château avait trois enceintes; chacune d'elles était séparée par un ravin profond de plus de 60 mètres que l'on franchissait sur un pont-levis. Dans la première se trouvait le bourg avec les habitations des justiciables du château ; dans la seconde était le château seigneurial, et enfin dans la troisième le donjon et ses défenses, dont la construction parait remonter au xu*" siècle. « Le châ-
ARDÈCUE
Clidteau de Ventadour.
leau seigneurial, dit M. Joseph Ciiabalier, abrité sous le donjon, quoique complètement ruine, laisse découvrir les traces d'un édifice plus luxueux et moins ancien, l'ogive qui orne les ouvertures, des cheminées en marbre sculpté encore suspendues contre les pans de mur, les fresques des voûtes assignent à ce château une date qu'on ne peut reculer au delà du xv" ou du xvi= siècle. Et si nous considérons ces frontons sculptés sur une des portes et portant les armes des Clieylus : d'azur, à un daxqyhin d'argent et un lévrier courant d'or colleté de gueules, affrontés, nous acquérons la conviction que c'est un des Cheylus qui fut le constructeur du château et le restaurateur de ses enceintes. » Les fortifications et le château n'ont été détruits qu'à la grande Révolution.
Non loin de Rochemaure est le volcan de Chenavari dont la gorge est toujours béante. C'est une magnifique colonnade de prismes basaltiques. On l'appelle dans le pays la Chaussée des Géants
Franxe illustrée. 135.
Rochemaure a peu de commerce; ses habitants se liM'ent à l'agriculture et au travail du fil de soie mouliné dans quelques usines; elle possède de belles fontaines toujours fraîches et abondantes. Un pont suspendu sur le Rhône y ouvre une communication facile avec le Dauphiné. Le territoire de Rochemaure est, en général, volcanique et maigre, à l'exception de celui de la plaine, qui est sablonneux et gras. Aux environs, dans la vallée de Barrés, on visite le château de Pampelonne en fort bon état, féglise souterraine de Cruas avec un antique mausolée et les ruines du château qui arrêta les conquêtes du prince de Rohan.
Viviers. — Viviers [Vivarium), station de la ligne de Lyon au Teil et à Nîmes, sur les bords du Rhône, au pied d'un rocher calcaire, à 39 kilomètres au sud-est de Privas, est une des plus anciennes villes du Vivarais. On y compte 3,270 habitants. Simple bourg avant le v° siècle. Viviers 34a — Ardèche, S^ Liv.
paraît avoir eu pour origine uu oppidum romain situé sur la montagne qui domine la ville et que l'on appelait Castra Ilelviomvi ou HdvlArea, par contraction Vlvarea, Viviers. Après la destruction par les Vandales, en 411 , û'Alba Augiisla, capitale gallo-romaine de l'ilelvie (située dans la vallée de l'Escoutaye), Auxonius, qui en était évoque, vint se réfugier à Viviers avec son troupeau. Dès lors, Viviers devint le siège épiscopal du pays des llelviens, et dans la suite la capitale du pays du Vivarais. Pendant quelque temps, le nom A'Allje7isis resta attaché à ce siège; mais celui de Vivarensls finit par prévaloir et par s'étendre à toute l'ilelvie. Il faut croire que la ville subit plus tard le sort d'Albe, puisque saint Venance, successeur d'Auxonius, la fit reconstruire. Saint Venance en occupa trente ans le siège. Au moyen âge, l'évcque de Viviers était seigneur de sa ville épiscopale et prince de l'empire. Après la guerre des Albigeois, il s'enrichit des dépouilles de Raymond VI, comte de Toulouse, et s'adjugea le pays de Largentière que le comte possédait dans le bas Vivarais. C'est Bernon de Brabant, prélat ambitieux ot cupide, qui ajouta au patrimoine de saint Vincent, patron de son église, ce riche pays si longtemps convoité par ses prédécesseurs (1210). Vainement Raymond VI essaya de le reprendre. Accusé de sacrilège par Bernon de Brabant, outre l'abandon d'un de ses domaines au profit de l'évêque, il dut, en expiation de son crime, se rendre en personne à Viviers pour y faire amende honorable à saint Vincent. Alors on vit un prince souverain portant l'épée et l'éperon d'or de chevalier, seul, sans gardes, la chaîne au cou, s'humilier aux pieds d'un évêque qui l'avait dépouillé et demander pardon à Dieu et aux hommes de ce qu'il avait osé se plaindre. Mais, dans ce temps-là, les foudres de l'Eglise en avaient obligé bien d'autres à courber la tète. Au delà du Tihone, les évèques de Viviers possédaient encore l'abbaye et le château de Donzère. Ainsi riches et puissants, ils étaient de fait les souverains du Vivarais et commandaient au delà du Rhône la plaine de Donzère. Toutefois, comme princes temporels, ils relevaient de l'empire, ce que les rois de France ne virent pas sans jalousie. Aussi l'héritage de Bernon de Brabant passa-t-il dans la suite à la couronne (1307). Cependant l'évêque conserva ses titres de seigneur de Viviers et de Largentière et de prince de Donzère. Jean II visita Viviers en 1352 et y assista à la fête de la Chandeleur. Plus tard,
François I" s'y arrêta et fit enlever les armes de l'empire, que l'on voyait encore à la porte du château. Bien que ville épiscopale. Viviers, dont les habitants n'avaient pas toujours vécu d'accord avec leurs évèques, se livra, en 1S62, aux prolestants. Reprise en 1.507 par les catholiques, elle ne larda pas à rouvrir ses portes aux religionnaires. Après redit de pacification, quand, de toutes parts, les villes insurgées se soumettaient, seule elle refusa de remettre ses clefs aux envoyés du roi. Assiégée de nouveau par les catholiques, elle retomba en leur pouvoir le 17 mai 1568. Albert de Noé commandait la place. Il fut pris les armes à la main et paya de sa vie le tort d'avoir été vaincu. Cependant Viviers s'était rendue, mais non soumise. Après la Saint-Barthélémy, elle chassa de ses murs les catholiques, qui y rentrèrent en 1577 pour n'en plus sortir.
Avant la Révolution, Viviers était une ville triste et mal bâtie ; ses rues étroites et sales en rendaient le séjour malsain. Aussi l'évêque résidait-il habituellement à Bourg-Saint-Andéol. Depuis, la ville s'est embellie et aérée. Un de ses évê(|ucs, François de Villeneuve, y fit bâtir, en 1732, sur les bords du Rhône, un palais épiscopal, magnifique maison de plaisance plus digne d'un prince que d'un pasteur. 11 vendit sa terre de Largentière pour l'aire face à la dépense.
Si l'on en croit la tradition, l'église de Viviers aurait été fondée par Auxonius, qui en fut le premier évêque. Dédiée d'abord à saint Vincent, puis, en 1107, à la Vierge Marie, elle fut consacrée solennellement sous ce double vocable par le pape Pascal II. Debout sur un rocher qui domine les environs, presque en face du Serre-Paijan et du Crozas, d'où l'œil découvre la belle plaine de Donzère, elle ressemble à un château fort du moyen âge. « Rien ne manque à l'illusion, dit un voyageur, pas même le clocher, dont la forme massive et carrée rappelle cette tour du Nord si chère aux romanciers et aux faiseurs de légendes. » C'était, en effet, un véritable donjon, dont le rez-de-chaussée servait de baptistère; le premier étage, contenant le trésor de l'évêché, n'était éclairé que par une ouverture circulaire percée dans son plafond et recevait le jour des douze croisées du second étage. Le troisième étage, de forme octogonale, était coupé d'étroites meurtrières qui mettaient à l'abri les défenseurs de l'église; enfin, une plateforme crénelée dominait au loin la campagne et lo