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CDLirs du Uliùnc. A pari le chœur et le cloître, qui datent de l'ère gothique, l'abside et le haut du clocher, œuvres de la Renaissance, le reste de rédifice est sans valeur artistique et monumentale. Non loin s'élève le séminaire, l'un des plus beaux de France. De l'Église de Viviers, qui compte 130 évè(iues dont .50 saints, sont sortis deux papes : l'un, Pierre Roger (Clément VI); l'autre, qui appartenait à l'illustre famille des Colonna d'Italie, et qui fut Martin V. Plusieurs cardinaux, Jean de Brogny, qui présida le concile de Constance où l'infortuné Jean Ilus fut condamné, ont été également évoques de Viviers.

Viviers se compose de la vieille ville, aux rues lUroites et escarpées, aux vieilles maisons qui entourent son antique calliédrale, et de la ville neuve, construite sur la route de Lyon à Beaucaire. Cette ville communique avec le Dauphiné par uri pont en fil de fer construit sur le Rhône. Au delà , et appartenant au département de la Drôme, s'élève le bourg de Donzère avec ses vieux remparts et ses coupes abruptes de rochers , l'une des merveilles de la contrée. Rien de sauvage et de grandiose, en effet, comme cette masse de rochers coupés à pic, et qui semblent s'avancer pour intercepter brusquement le cours du fleuve. Au pied de ces rochers dont les pentes sont couvertes de genêts, de genévriers et de chênes verts, serpente la voie ferrée, et le voyageur y jouit d'un spectacle qui rappelle les magnifiques paysages du Rhin.

Viviers a vu naître le célèbre astronome Klaugergues. Appelé à Paris par sa réputation et par sa science, rien ne put le déterminer à quitter sa ville natale. « Que m'importent, disait-il, les honneurs et la gloire que l'on me promet à Paris?... Je n'y trouverais pas le ciel si pur de Viviers. » On remarque dans cette ville un observatoire qui a appartenu à cet astronome , l'ancien hôtel d'Albert de Noé, dont la façade très bien conservée est enrichie de sculptures et ornée d'une quantité d'arabesques, de bustes, de petites colonnades, etc.; la maison dite des Chevaliers et le château moderne de Lafarge. L'évêchéest entouré de beaux jardins. La ville possède une scierie de marbre, des filatures de cocons, des moulinages de soie, une usine métallurgique, des ateliers de construction, des minoteries, des fabriques de tuiles et de briques rcfractaires, et, dans les environs, il y a d'importants fours à chaux hydraulique.

Les armes de Viviers sont : d'azur, à trois fleurs

de lis d'or, 2 et I ; an chef d'argent, cliargé de deux doubles \V de gueules.

Le Tkil. — Le Teil ou Le Tlieil , station de la ligne de Lyon à Alais et Nîmes (section de La Voulte à Vogué-Vals), est une commune du canton de Viviers, située à 10 kilomètres au nord de celte ville, à 38 kilomètres de Privas, sur le versant d'une colline escarpée qui domine le Rhône, et dont la population est de 3,L5G habitants. Ce bourg doit son nom à la montagne à laquelle il est adossé, le Mons Tilius, qn'mi ojipidnm romain contournait. En revenant de la croisade , Adhéinar y construisit un château dont il prit le nom, Adhémar de Monlheil; ce château, dont on voit encore les ruines, fut détruit en 1632, après le combat de Casteinaudary, aujourd'hui. Le Teil est un bourg bien construit, avec de belles maisons qui bordent le Rhône; un pont en fil de fer l'unit à Montélimar, située sur la rive gauche du fleuve. On y trouve des ateliers de moulinage, des filatures, et sur son territoire des exploitations de belle pierre de taille, de marbre, de terre réfractaire et surtout une fabrique de chaux hydraulique dont les produits s'expédient au loin.

La Volute. — La Voulte ( Volta), station des lignes de Lyon à .Mais et Mines, et de Livron à Privas, chef-lieu de canton peuplé de 4,615 habitants et situé à 20 kilomètres au nord-est de Privas, sur la rive droite du Rhône et sur la pente d'une colline escarpée. On y voit un vaste château qui a appartenu aux ducs de Ventadour, el où Louis XIII séjourna en 1629. Celte ville a acquis une grande importance par sa mine de fer hématite rouge, qui alimente six hauts fourneaux dont le feu est entretenu au moyen de machines soufflantes de la force de 120 chevaux ; c'est, pour ainsi dire, une vaste usine qui occupe près de 1,000 ouvriers et qui produit annuellement 60,000 tonnes de minerai, 35,000 à 40,000 tonnes de fonte et 12,000 à 15,000 tonnes de moulage. La Voulle avait rang de baronnic; elle appartint successivement à plusieurs familles el notamment aux Levis-Ventadour, aux Rohan et aux Bourbons. La ville a conservé son aspect féodal, ses rues étroites, raides el tortueuses, groupées autour de son vieux château, aujourd'hui mutilé et défiguré.

A\TR.\iGUES. — Aiilraigues-sur-Volane (du mol

patois entre aiguos, entre eaux) est un chef-lieu de canton peuple de 1,493 liabitants et situé à 36 kilomètres à l'ouest de Privas. C'est, après Rochemaure, le lieu le plus pittoresque du Vivarais. Situé sur la pente de trois rochers de basalte, au pied desquels grondent et serpentent trois impétueux torrents, la Bise, le Mas et la Volane, il est surmonté par une haute tour carrée, seul débris du vieux château des seigneurs d'Antraigues. C'étaient de redoutables voisins, toujours en guerre, soit avec les évêques de Viviers , soit avec les Monllaur d'Aubenas, vivant de brigandage sur les pauvres habitants du pays, à ce point qu'au xvf siècle le baron d'Antraigues fut arrêté, conduit à Toulouse et condamné aux galères; cela ne corrigea pas ses fils qui, en 1605, furent arrêtés et eurent la tête tranchée, à cause de leurs méfaits. En 16G8, Trophimc de Launay, seigneur d'Antraigues et de Lachamp, maréchal de camp des armées du roi, obtint par lettres patentes l'érection en comté de sa terre d'Antraigues. Des hauteurs d'Antraigues, la vue s'étend sur une grande vallée, triste séjour pendant qu'elle est ensevelie sous la neige, mais ravissante au soleil du printemps et de l'été. Ce sont des pics sourcilleux se dressant au-dessus de forêts verdoyantes, des colonnades de basalte à demi cachées sous le lierre, ou des chutes d'eau tumultueuses.

Cette ville a vu naître le constituant Henri de Launay, comte d'Antraigues, et les conventionnels Joseph Gamon et Claude Gleyzal, son beau-frère.

C'est sur le territoire de cette commune qu'est le cratère du volcan si connu sous le nom de cotipe d'Aizac. On l'atteint en escaladant des pentes presque partout couvertes d'une lave d'un beau rouge. Au pied de la montagne (892 mètres) dont il occupe le sommet s'étend un charmant vallon que dominent encore des hauteurs très inégales et très escarpées où le châtaignier croît en abondance.

Villeneuve-de-Berg.— Viileneuve-de-Berg ( Villa Nova de Berco), sur une colline dominant la vallée de Claduègne, dans une contrée fertile, à 27 kilomètres au sud-ouest de Privas, était autrefois le siège d'une viguerie, d'un bailliage, d'une justice royale et d'un gouvernement particulier et dépendait du diocèse de Viviers, du parlement de Toulouse et de l'intendance de Montpellier. C'est aujourd'hui une station de la ligne de Lyon à Alais et Nîmes et un chef-lieu de canton comptant 2,322 ha-

bitants. Elle fabrique des cadis, de la ratine et possède des filatures et des moulinages de soie et des tanneries.

Villeneuve-de-Bergest d'origine féodale. Au commencement du xin" siècle, le lieu qu'elle occupe aujourd'hui était couvert de forêts. L'abbaye de Mazan y possédait un domaine appelé Berg, en langue celtique montagne ou élévation, et qu'elle offrit de céder au roi Louis IX pour y fonder une \ille avec juridiction royale. Ce prince, qui savait combien les bailliages royaux accoutumaient les peuples à reconnaître la royauté, se hâta d'accepter; mais la mort ne lui laissa pas le temps de réaliser son projet A'estaMissement dans le Vivarais, et c'est son fils, Philippe III, dit le Hardi, qui signa, le 14 novembre 1283, l'acte de paréage ou pariage par lequel Guérin, abbé de Mazan , associait la couronne à la justice seigneuriale du territoire de Berg, sur lequel devait être bàlie une ville qu'il voulut qu'on appelât Ville-Neuve-de-Berg [qnam vocarl volumus villam novam de Berco). Deux pierres furent posées en signe de fondation au lieu appelé le Périer d'Une. Telle fut l'origine de Villeneuve-de-Berg. Alors ville royale, indépendante et privilégiée, elle relevait directement de la couronne et ses habitants étaient exempts de tailles et de corvées. D'abord viguerie, puis bailliage en 1646, maîtrise des eaux et forêts en 1671, embrassant dans son action le Vivarais, le pays d'Uzès et leVelay, enfin sénéchaussée en 1780, comme point stratégique, cette ville était maîtresse des passages de la chaîne du Coiron et de la route de Viviers. Son importance n'échappa pas aux protestants, qui, en 1373, surprirent son château, passèrent au fil de l'épée la garnison et livrèrent la ville au pillage. Après le sac de Privas, Louis XIH visita Villeneuve-de-Berg et y fonda un couvent de capucins.

C'est la patrie de Jean de Serres, historiographe de France; de Court de Gébelin, auteur du Monde primitif comparé; mais cette ville est surtout célèbre pour avoir donné le jour, en 1339, à Olivier de Serres, dit le Père de Vagriculture française. Jeune encore, au milieu des guerres civiles et religieuses, il se livra dans sa maison des champs, au Pradel, à des observations et à des expériences qui firent sa fortune et sa gloire. Henri IV l'attira à sa cour. Il ordonna qu'une partie de ses jardins royaux serait mise à la disposition du savant agronome pour y planter des mûriers; ce qui fut fait, notamment dans le jardin des Tuileries. On sait que Chau-

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melle s'autorisa plus lard de ce prc'Ci'doul pour convertir ce jardin en clmmp de navets et de pommes de terre.

On remarque, sur l'une des places de Villeneuve, un obélisque érigé à la mémoire d'Olivier de Serres et sur une autre la statue en bronze de cet agronome célèbre.

A quelque distance de la ville, au l'ond d'une charmante vallée où serpentent les eau\ de la rivière de Claduogne, au milieu de vastes prairies, s'élève encore l'humble maison des champs d'Olivier de Serres. De nouveaux arbres ont grandi dans ces terres où sa main promena si souvent la bêche etlehoyau ; «mais, parmi eux, l'œil distingue facilement encore, notamment dans le jardin, quelques vieux mûriers au tronc crevassé et couvert de mousse, aux branches rares et languissantes, saints et glorieux débris que la cognée se gardera bien de toucher, car ils furent plantés par Olivier de Serres lui-même. » (De Valgorge, Souvenirs de l'Ardèche.) Arthur Young, célèbre agronome anglais, vint tout exprès en Vivarais pour visiter le l'radel. «J'arrivai, dit-il, devant le Pradel le 2 août 1789. Je contemplai la résidence du père de l'agriculture française avec cette espèce de vénération qui ne peut être sentie que par ceux qui se sont fortement adonnés à quelque recherche favorite, et qui se trouvent dans de pareils moments satisfaits de la manière la plus délicieuse. Qu'il me soit permis d'honorer sa mémoire deux cents ans après sa mort! »

Près de S.\i.NT-JE.\N-LE-CENTEMt;Pi , situé à 4 kilomètres de Villeneuve et station de la ligne du chemin de fer de Lyon à Alais et Nîmes, on remarque le rocher de Maillas, qui offre des accidents fort pittoresques. A la cime d'une montagne qui domine Saint-Jean se trouve le cratère de Montbrul ; c'est un abîme vaste et profond qu'on appelle Balmes de Montbrul ou Montbrun. Cet abîme a plus de 1.50 mètres de profondeur sur 100 de diamètre; il est de forme circulaire. Sur une saillie des plus élevées du cratère se dressent les ruines d'un vieux château dont on voit encore la prison souterraine avec les anneaux de fer qui servaient à enchaîner les malheureux prisonniers.

Les armes de Villeneuve-deBerg sont -.iMTti, le 1"' d'azur, à trois fleurs de lis d'or; le 2' d'azur, à une crosse d'or posée en pal.

Vogué. — Vogué, station de la ligue du chemin

de fer de Lyon à Alais et Nîmes, canton de Villeueuve-de-Iierg, à 38 kilomètres au sud-est de Privas et sur la route de Vais (11 kilomètres), est une petite commune de 1,018 habitants, qui fait un commerce assez important en minerai de fer, bois, fromages, vins et soies. Il est dominé par un château, vaste quadrilatère, accompagne de tours d'angle, qui a appartenu à la famille de Vogué; celle-ci l'a fait restaurer et l'a donné à la commune, qui y a établi la mairie, les écoles et les services publics.

Les Vogué ont rcm[)li un rôle important dans l'histoire du Vivarais; ils possédaient les cinq baronnies de Vogué, d'Aubenas, de Montlaur, de Balazue, de Saint-Agrève, qu'ils conservèrent jusqu'à la Révolution. Ils avaient longtemps habité le château de Rochecolombe, situé au sud-est du village; le château actuel ne dale que de la fin du xvn" siècle.

Dès l'an 1084 apparaît le nom de Vogué, à propos de la fondation du monastère de Villedieu ; plusieurs d'entre eux se croisèrent; ils donnèrent de bonne heure certaines franchises à leurs vassaux, et plus d'une fois ils s'interposèrent entre les sévérités royales et le libéralisme de ces derniers.

Les armes de Vogué sont : d'azur, au coq d'or, le bec ouvert, barlé et crête de gueules. La devise est : FORTITUniNE ET VIGn..\NTl.\.

TouuNON (lat. 45" 4' 2"; long. 2° 29' 56" E.). — Tournon {Turnoitim, Tauredenum], station de la ligne du chemin de fer de Lyon à Alais et Nîmes (section de Givors à La Voulte), à 53 kilomètres au nord-nord-esl de Privas , est un chef-lieu d'arrondissement et de canton, avec tribunal civil, lycée, bibliothèque et une population de 6,083 habitants. Jadis comté, siège d'une justice royale, diocèse de Viviers, parlement de Toulouse, intendance de Montpellier.

« Sur le rivage du llliosne est la maison très ancienne de Tournon, laquelle, comme récite Jehan, le maire des Belges, en son tiers livre des illustrations de France , est descendue de Turnus , Troyen; lequel édifia Tours et Tournon. » Ce n'est là malheureusement qu'une fable. Tournon ne remonte pas au delà du viii' siècle. Alors simple tourelle, dont les eaux rapides et profondes du Rhône qui l'entouraient formaient la seule défense, comprise dans VAger Lugdunensis, elle faisait partie des immenses domaines de l'église métropolitaine

LA FRANCI' ILLUSTREE

de Lyon. Dans le partage des terres et seigneuries ecclcsio tiques que Charles-Martel fit à ses compagnons d'armes, Tournon échut à l'un de ses lieutenants. Alors il n'était pas aisé de dépouiller l'Église de ses biens temporels, et les archevêques de Lyon ne lâchèrent pas leur tourelle sans se promettre de la reprendre. De là des plaintes et des protestations au.xquelles Pépin et Charlemagne furent insensibles, mais que l'empereur Lothaire eut la faiblesse d'écouter. Tournon fit donc retour, en 855, à l'église de Lyon ; retour, cependant, qui ne s'opéra point sans une longue résistance de la part de ses nouveaux possesseurs. Alors la tourelle avait fait place à un château, et le Uhône, chassé du lit qu'il s'était creusé entre la montagne et le rocher au sommet duquel s'élevait autrefois l'humble demeure du compagnon d'armes de Charles-Martel , roulait dans un lit nouveau ses eaux désormais condamnées à l'impuissance. Déjà des habitations couvraient l'espace conquis sur le fleuve, et peu à peu la ville se forma. Philippe le Bely établit un atelier monétaire. C'est là qu'au moyen d'agents répandus dans le Dauphiné, dont les monnaies d'un litre très pur étaient fort estimées et recherchées, ce prince en attirait la plus grande partie, qu'il faisait ensuite refondre en y m(Mant une forte dose d'alliage. Que l'on juge de ses bénéfices. 11 y avait telles de ces monnaies qui, grâce à l'alliage excessif qui venait se mêler dans le fond du creuset, donnaient en pesanteur et en valeur nominales cinq à six fois leur valeur et leur pesanteur primitives. C'est ce qui valut à ce prince la qualification de faux monnayeur .

Située sur le Uhône, Tournon était ceinte de murailles et possédait un château fort, résidence des seigneurs de Tournon. Alors cette ville se trouvait sur la route de France à Avignon , et c'est même pour cela qu'en 1350 le roi Jean lui octroya un barrage sur le Rhône pour, du produit, faire construire un pont sur le Doux, rivière qui vient se jeter dans le Rhône au-dessous d'un des faubourgs de la ville qui en porte le nom.

Vers la fin de l'été 1536, le jeune dauphin, fils de François I""", vint à Tournon; il fut magnifiquement reçu par les habitants et par la famille du cardinal de Tournon, ministre du roi, son père. 11 y avait alors un jeu fort à la mode, le jeu de paume. C'était le jeu de prédilection du jeune prince, qui y excellait. Il voulut y jouer le lendemain de son arrivée. C'est dans le cours de cette partie que, cé-

dant à la fatigue, il se reposa un moment et tout baigné de sueur demanda à son grand échanson, le comte de Montecuculli, un verre d'eau fraîche que celui-ci s'empressa de lui présenter. Or, soit que le breuvage fût empoisonné, soit (ce qui est plus probable) que la fraîcheur de l'eau eût saisi le jeune prince et lui eût glacé le sang, il mourut deux jours après. Son corps resta quelque temps dans l'église paroissiale, mais ensuite il fut transporté à l'abbaye royale de Saint-Denis. Quant à Montecuculli, arrêté et mis à la question , puis condamné à mourir de la mort des traîtres, il fut traîné sur une claie et écartelé (1536).

Tournon est dans une situation charmante. Lâtie au pied d'un rocher escarpé sur les bords d'un grand fleuve, sous un ciel constamment pur, dans un pays fertile, elle s'élève au centre de plusieurs grandes routes. On y passe le Rhône sur deux ponts suspendus, dont l'un est le premier de ce genre qui ait été construit en France (en 18'2'i). C'est par là que Tournon communique avec Tain et le département de la Drôme. Son port est heureusement situé et favorable à l'abordage. Ses coteaux, à l'ouest, sont couverts de vignes, de mûriers et d'arbres fruitiers ; l'aspect en est des plus pittoresques. L'ancien château, qui n'offre d'intéressant qu'une chapelle gothique, a été aménagé pour recevoir l'hôtel de ville, le palais de justice et la prison. La ville conserve encore quelques vieilles maisons remarquables ; sur la place des Capucins se dresse la statue en marbre du général Rampon. Tournon fait un commerce assez important de soieries, draperies, bois de construction, et aussi de vins de l'Ermitage ; elle partage avec Annonay l'entrepôt des draps qui se fabriquent dans les cantons de Vernoux et de Saint-Félicien ; elle possède des moulins à soie et des fabriques de foulards imprimés.

Il y avait autrefois à Tournon des couvents de carmes et de cordeliers, souvent pillés et dévastés pendant les guerres religieuses. Son église a été classée parmi les monuments historiques. Bâtie au commencement du xiv° siècle et dédiée à saint Julien, elle eut à souffrir des guerres religieuses , et elle n'a conservé de son ancienne splendeur que ses trois nefs dont les belles voûtes ogivales furent détruites par les calvinistes. Tournon doit en grande partie sa célébrité à son collège, l'un des plus anciens de France et le premier que les jésuites y aient dirigé. Il a été fondé en 1542

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par le cardinal de Tournon et conserve son ancienne réputation. Il a été restauré il y a quelques années. — Ce prince de l'Église jouissait d'un très grand crédit à la cour. Il possédait à la fois les quatre plus beaux archevêchés du royaume et les six plus riches abbayes, .\ussi se irouva-t-il en état de prêter à gros intérêt de l'argent à François P'' et à Henri II. Il signa le honteux traité de Madrid et fut le premier prolecteur des jésuites. Cependant il contribua à la renaissance des lettres. « C'était, ditVarillas, un ministre laborieux, capable selon le temps, qui avait l'esprit pénétrant et le jugement net, et qui se piquait d'aller au solide. » Après l'exlinction de sa maison dans la personne de Juste- Louis II de Tournon, qui mourut au siège de Phiiipp.sbourg, le 7 septembre 1644, sa baronnie passa dans la maison de Levis-Venladour, et de celle-ci aux Rohan-Soubise, qui la possédèrent jusqu'à la Révolution.

Les seigneurs de Tournon étaient barons du Vivarais et avaient, en cette qualité, entrée aux états du Languedoc.

Le vin blanc de Saint-Jean-de-Muzoles, que l'on récolte aux environs de Tournon, est très estimé ; il rivalise avec le saint-péray de troisième qualité; mais il ne s'en produit qu'environ 100 pièces. 11 est peu connu au dehors.

A 3 kiiomèlres environ de cette \ille, on voit un pont en pierre composé d'une seule arche de plus de 50 mètres d'ouverture, construit sur le Doux, et tout près de là les ruines d'un ancien pont construit par les Romains et appelé pont de César.

Les armes de Tournon sont : de gueules, à trois tours d'or.

Glun. — Glun n'est qu'une pauvre petite commune de 564 habitants, située sur le Rhône, dans le canton et à 7 kilomètres au sud de Tournon. Ses habitants vivent de la batellerie du fleuve.

Au milieu du Rhône, on voit une roche granitique qui supporte les ruines de l'ancien château de La Roche-de-Glun, détruit par saint Louis en 1248. (Voir le département de la Drôme, article L\

lÎ0CHE-DI£-Gl.U.\.)

Saint-Pér.vy. — Saint-Péray, station de la ligne du chemin de fer de Lyon à Alais et Nimes (section de Givors à La Voulte), est une pelitc ville, cheflieu de canlon, assise dans une position charmante,

à l'entrée d'une fraîche et riante vallée et au confluent du Mialan et du Merdari. Sa population est de 2,815 habitants. Située à 14 kilomètres au sud de Tournon et à 2 et demi du Rhône , presque en face de Valence (Drôme), Saint-Péray ne doit son importance qu'aux vins délicieux que produisent ses ferliles coteaux et connus sous le nom de mousseux de Saint-Péray . Les crus les plus renommés sont ceux de : Coteau-Gaillard, Soligmes, Thioulet et Hongrie. Saint-Péray tire chaque année de ses vignobles, dont on évalue la superficie à 172 hectares, et livre au commerce environ 1,500 pièces de vin. Autrefois moins abondants qu'aujourd'hui, les vins de Saint-Péray étaient consommés sur les lieux mêmes par les producteurs, qui n'en comprenaient ni le prix ni la valeur. Ce furent les Bourguignons et les Champenois qui, les premiers, les découvrirent. Tous les ans, à l'approche des vendanges , des marchands venus de la Bourgogne et de la Champagne se rendaient à Saint-Péray et y achetaient à bas prix ces vins, qu'ils revendaient fort cher. Plus tard, les propriétaires s'avisèrent d'exploiter eux-mêmes leurs vins. De là l'établissement de plusieurs maisons, dont la plupart aujourd'hui embrassent dans leur action commerciale la France, l'Allemagne, la Suisse, la Russie, l'Angleterre, la Belgique, le Piémont, etc.

Le vin de Saint-Péray est le premier de tous les vins qui se récoltent dans cette partie du Rhône, n paraît que les Romains l'ont connu, et c'est sans doute le vinum heltiacum àoni parle Pline. Ce vin laisse échapper un parfum de violette très prononcé. On le garde souvent dix-huit à vingt ans, et sa qualité ne fait que s'accroître.

A quelque distance de Saint-Péray, on aperçoit l'ancien château de Beauregard , qui a servi do prison d'État et de maison de réclusion. Au sud de ce château et sur le sommet d'un rocher apparaissent les restes de l'ancien manoir des seigneurs de Crussol , tige des ducs d'Uzès. Ces restes, vulgairement appelés les Cornes de Crussol, dominent le cours du Rhône et le vaste bassin des campagnes de la Drôme. Sur le revers oriental de la montagne qui les supporte sont ouvertes des carrières, d'où l'on extrait le marbre et une pierre calcaire fort recherchée pour les constructions.

Le CuEVLAnD. — Le Cheylard esl une petite ville, chef-lieu de canlon, à 56 kilomètres au sud-ouest de Tournon et peuplée de 3,242 habitants; elle

LA FRANCE ILLUSTRÉl::

communique avec le grand réseau de Paris-Lyon- Médilerranée par la station de La Voulte. Située sur les bords de la rivière de Dorne, dans une vallée resserrée par des montagnes très élevées, on la dirait bâtie d'hier, tant tout y semble neuf, tranquille et heureux. Cependant, s'il faut en croire la tradition et quelques vestiges épars dans la ville basse, son origine remonterait au ix° siècle. Celte ville eut des seigneurs particuliers qui reconnaissaient pour suzerain le baron de Chalençon. Au xvi' siècle, elle se déclara pour les calvinistes; mais les catholiques s'en emparèrent, et ce ne fut qu'après une longue lutte que les habitants les forcèrent à une honteuse et désastreuse retraite (1.580). Plus tard, en 1621, retombée au pouvoir des catholiques, elle ouvrit, le 6 juillet, vers minuit, ses portes à Blacons, chef protestant. Celui-ci attaqua le château, appartenant alors au duc de Ventadour ; mais Dubourg, capitaine châtelain, se défendit vaillamment et repoussa l'ennemi. Ventadour, en punition de la félonie de ses vassaux, fit raser les murailles et les tours duCheylard ; ce qui a eu pour cette ville les suites les plus heureuses, car son enceinte s'est agrandie et son commerce a pris un essor rapide. Cependant l'éloignement des mégisseries, qui sont allées fixer le siège principal de leur industrie à Annonay, avait un peu nui à son commerce, quand rétablissement de fabriques de soieries , de foulards , les filatures de cocons et les lissages mécaniques sont venus rendre au Cheylard son ancienne prospérité.

A 12 kilomètres au nord , le château de Piochebonne présente des ruines très pittoresques.

k-s>^n^K\ .—k\\\w[i^^ {Annoneum, Annoniacum), station de la petite ligne d'Annonay à Saint-Rambert, est la ville la plus importante du département de l'Ardèche. Située à 34 kilomètres au nord-nordouest de Tournon, elle est chef-lieu de canton, avec tribunal de commerce, justice de paix, chambre consultative des arts et manufactures, collège, bibliothèque, musée, société de statistique et une population de 13,848 habitants. Jadis marquisat, sénéchaussée, bailliage, cette ville dépendait du diocèse de Vienne, du parlement et de la généralité de Montpellier. Il y avait grenier à sel et brigade de maréchaussée.

Quehjues-uns veulent qu'Annonay soit une ville gauloise ; d'autres, qu'elle doive son origine et son nom aux Romains, qui y avaient des magasins de

blé [annona); mais l'opinion la plus commune est qu'elle remonte seulement aux croisades. Après le retour de la première croisade, de pauvres ouvriers parcheminiers, égarés dans les montagnes du haut Vivarais, arrivèrent sur les bords de la Déôme. Surpris et charmés de l'abondance de ses eaux, ils résolurent de s'y fixer et d'y exploiter leur industrie. Celte petite colonie prospéra, et, quelque temps après, elle couvrit de ses habitations les deux bords de la rivière. Au xiv'= siècle, elle était déjà une ville riche et considérable. Comment eût-elle échappé à la cupidité de ces bandes qui, sous les noms de tard-venus , escorcheurs , roidiers, malandrins, cottereaux, 7iavarrais , aventuriers^ mille diables, etc., s'abattirent sur le Vivarais après avoir ravagé le Forez? Ils pillèrent et saccagèrent Annonay. On dit môme qu'ils ne craignirent pas d'y violer les tombeaux, y croyant de l'or caché. Rodrigo de Villandras, un de leurs chefs, trouvant la position avantageuse, fit d'Annonay sa place d'armes, d'où il envoyait ses bandes rançonner le pays. Cependant, les routiers partis, cette ville répara ses perles. On vantait ses parchemineries et l'esprit industrieux de ses habitants. Bientôt la découverte de l'imprimerie vint lui apporter de nouveaux éléments de prospérité. A ses ateliers de parcheminerie succédèrent de vastes établissements de papiers qui ne tardèrent pas être célèbres.

Annonay voyait se développer chaque jour son industrie, quand les guerres religieuses vinrent l'agiter profondément. C'est à Annonay, dans la maison de Hugues Morin, au quartier du Champ, que la Réforme fut prèchée dans le Vivarais. Au mois de novembre 1528, il parut sur cette ville un halo à la lune dont le cercle était d'une étendue extraordinaire. A quelque temps de là, l'on y vil deux soleils pâles qui se cachèrent et se perdirent dans une épaisse nuée à l'heure de midi. Présages de grands malheurs, dit un chroniqueur; et, en effet, des menaces les prolestants en vinrent à l'action. Ils sommèrent les consuls de leur remettre les clefs de la ville, nommèrent des dizainiers et firent guet tous les soirs avec armes. Après le massacre de Vassy, se sentant plus inquiétés, ils devinrent plus hardis et plus entreprenants. Partout ils prirent l'offensive dans le Vivarais. Annonay était en leur pouvoir quand Saint-Chamond, ce baron des Adrets des catholiques, parut devant ses murs à la tète de cinq cents fantassins et de

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