Ardèche, ¥ Liv
LA FRANCl- ILLUSTREE
Saint-Denis, avec son château, son église goUiique et ses maisons irréguiières, elle ne manque pas d'originalilé. A droite, ce sont les coteaux de Bel-Air; puis, au loin, les montagnes de la Yocance, et, plus loin encore, les cimes neigeuses du mont Pilât. Mais, si l'on regarde derrière soi, le paysage n'a plus qu'un aspect sombre : la Dcôme court rapide et bruyante au milieu de rochers qui s'élèvent sur ses deux rives; à l'horizon, des montagnes chauves. Ainsi que Tournon , Annonay possède un collège célèbre. 11 a clé fondé, au xvH^ siècle, par André de Sauzéa, évoque de [jethléem. Il n'y a pas d'autres monuments remarquables dans cette ville que l'église de Trachi. Construite d'un seul jet, au xiv" siècle, elle est petite; mais son ogive élancée, ses colonnettes fines et légères, aux chapileaux capricieux, ses moulures délicates, ses riches broderies et ses dentelles de pierre , ses fenêtres longues et étroites sont dignes de fixer l'attention de l'artiste et de l'archéologue.
Il y a, dans la ville et dans les environs, un grand nombre d'établissements industriels, tels que des lubriques de draps, de bonneterie en laine, de gants, de cordes, de filatures de soie et de coton; des blanchisseries de cire, des tanneries, des mégisseries renommées, et des papeteries dont les produits sont estimés sur tous les marchés de l'Europe. Ces papeteries, au nombre de cinq, fournissent du papier pour une valeur de plus de 4 millions et occupent plus de l.tiOO ouvriers. La mégisserie y a pris un développement considérable; environ 350,000 douzaines de peaux en poil arrivent chaque année sur la place d'Annonay, où elles reçoivent tous les apprêts nécessaires à leur emploi pour la ganterie. La valeur totale s'est élevée depuis plusieurs années à plus de 15 millions de francs. Cette branche d'industrie occupe plus de 2,000 ouvriers et compte plus de quatre-vingts fabricants. De nombreuses plantations de mûriers, commencées depuis quelques années , augmentent l'éducation des vers à soie; on s'attache à élever les vers qui produisent cette soie blanche connue sous le nom de sma et qui fait l'admiralion de l'Europe. Le moulinage de la soie occupe, à Annonay, près de 2,000 ouvriers et produit 8 millions de francs.
Annonay a vu naître le cardinal 1'. Bertrand, chancelier de Jeanne de Bourgogne; le conventionnel Boissy d'Anglas, auquel la ville a élevé une
statue en bronze; le général Abrial et les frères Montgolfier, dont le nom est depuis longtemps européen. Nés à cinq ans de distance l'un de l'autre (1740 et 1745), ils ont, par leurs découvertes, puissamment contribué aux progrès de la science et de l'industrie. C'est le 5 juin 1783, jour à jamais célèbre pour Annonay, qu'ils firent pour la première fois, en présence des états du Vivarais assemblés, l'expérience publique de leur découverte en aérostats.
A l'angle extérieur de la cour d'honneur du collège, on lit gravée sur la pierre cette inscription :
AUX DF.ux fiièhes josiîini et Etienne montgolfier
P.VU LEURS concitoyens.
Outre ce souvenir reconnaissant, Annonay a érigé sur la place où se fit leur première ascension un obélisque en l'honneur de ces deux hommes célèbres.
Les armes d'Annonay sont : échiqueté, d'or et de gueules.
Saint-Agrève. — Saint-Agrève, à 33 kilomètres à l'ouest de Tournon, est un chef-lieu de canton peuplé de 3,308 habitants. Cette petite ville, qui communique avec le grand réseau de Paris-Lyon- Méditerranée par la station de Tournon, passe pour très ancienne et doit, dit-on, son nom à Agrippanus, ou à Agrêve, évèque du Puy, qui y subit le martyre alors que ce lieu portail le nom de Chinac.
Bàlie sur un plateau élevé qui fait partie de la grande chaîne des Cévennes, à 1,100 mètres audessus du niveau de la mer, cette ville possédait autrefois un château qui, choisi en 1579 par les protestants du Vivarais comme place de sûreté, soutint, l'année suivante, contre les catholiques un siège mémorable. Saint-Vidal, gouverneur du Velay, commandait les assiégeants, dont l'évèque du Puy, Antoine de Senestère, dirigeait et excitait le fanatisme. Si l'attaque fut vive, la résistance fut longue et opiniâtre. .\ peine une position était-elle prise que les assiégés élevaient de nouveaux retranchements. Cependant il ne leur restait plus qu'une dernière muraille, faible rempart qui ne pouvait longtemps les protéger. Alors, ne prenant conseil que de leur désespoir, ils forment un bataillon composé de tous les hommes valides, placent au centre les femmes, les vieillards, les enfants, les blessés, et, profitant de la nuit, ils sortent en silence après avoir mis le feu aux qua-
ARDECIIE
tre coins de leur ville. Subitenient roveillrs par le pétillement et les vives clartés de l'incendie, les assiégeants croient tout d'abord à une ruse do guerre. Bientôt détrompés, ils se mirent à la poursuite des fuyards, qu'ils atteignirent et massaciérent sans pitié. Presque tante la ville fut consumée. Depuis, elle s'est relevée et repeuplée.
Saint-Agrève est le dépôt des vins, huiles, cluilaignes et autres objets importés des cantons voisins ou des départements méridionaux. Il s'y fait un commerce considérable de fer, bois, grains, légumes, beurre, fromage, bestiaux de toute espèce.
Largentière (lat. 44" 32' 32"; long. 1"57' 14"E.). — Largentière ou l'Argentière [Argentaria), cheflieu d'arrondissement et d'un canton, avec tribunal civil, société d'agriculture, est située à 49 kilomètres au sud-ouest de Privas et s'appelait dans l'origine Segnallières, nom qu'elle changea pour celui de l'Argentière après la découverte de mines de plomb argentifère dans son voisinage; elle communique avec le grand réseau de Paris-Lyon-Méditerranée, ligue de Lyon à Alais et Nimes, par la station de P.uoms (section deVogué-Vals àUobiac).
Ce pays était trop riche pour ne pas tenter la cupidité des seigneurs voisins, llaymond V, comte de Toulouse, commença par s'en emparer. 11 y fit bâtir un château oii résidait un officier chargé de le représenter, de veiller à l'exploitation des mines et de faire frapper à l'effigie du comte des lingots d'argent extraits de ces mines. Il y avait un atelier monétaire dans l'une des tours du château. De là le nom de tour d'Argent ou l'Argentière [Tiirris argentaria) que celte tour, qui subsiste encore, a conservé. A l'exemple de Raymond V, l'évèque de Viviers, les seigneurs d'Anduze, de Poitiers et de Monllaur voulurent acquérir des droits seigneuriaux sur ce pays. De là, des conflits sans fin, des luttes sanglantes même dont les habitants furent souvent les victimes. En 1193, Raymond céda à ces seigneurs les mines de Largentière. Raymond VI les reprit; en 1198, il en partagea la propriété avec l'évèque et les seigneurs ; mais, ayant pris parti pour les Albigeois, il fut excommunié et dépouillé de ses États. Bernon de Brabant occupait alors le siège de Viviers. Il avait dé l'ambition et du crédit. Il profita de l'abaissement de la maison de Toulouse pour mettre la main sur Largentière (1215). Il octroya quelques privilèges à la ville, qui lui jura foi et hommage et le reconnut pour son I
seul seigneur. Au xviu" siècle, elle appartenait encore aux successeurs de Dernon de Brabant ; mais François de Villeneuve, l'un d'eux, la vendit en 1732 aux seigneurs de la maison du Roure de Brizon, qui la conservèrent jusqu'à la Révolution. C'était alors le siège d'une baronnie, et il y avait plusieurs couvents, dont l'un, celui des RécoUels, a été converti en caserne.
Cette ville, dont la population est de 2,962 habitants, est située sur le torrent de la Ligne, dans une vallée pitloresiiue et resserrée entre de hautes montagnes. Elle possède un palais de justice et une église assez remarquables. Celle-ci, commencée vers la fin du xni"= siècle, n'a été achevée qm* dans la moitié du siècle suivant. Belle, grande, imposante, elle est divisée en trois nefs et figure une croix latine. C'est, à la fois, l'œuvre du génie roman et du génie gothique. Du vieux château féodal, contemporain de la ville, il reste deux tours et un donjon qui s'élèvent sur un rocher à une grande hauteur. Au xvi° siècle, les protestants s'en emparèrent. A l'aide de constructions modernes, on a pu faire de ce séjour seigneurial un hôpital. Elle est la patrie de l'abbé Jean-Louis-Giraud Soulavie, correspondant de l'Académie des belles-lettres de Paris.
On doit visiter dans les environs les anciens chantiers d'exploitation. Ce sont des grottes curieuses, pratiquées dans les entrailles de la terre pour en retirer le précieux métal. Celle qui est à quelques pas du vieux château se compose de trois vastes salles et de galeries profondes; c'est la plus remarquable. On l'appelle la Baume de Viviers. Nulle part dans le Vivarais on ne trouve plus de vestiges du moyen âge que dans le pays de Largentière. Pas une montagne, pas une colline qui ne porte les ruines d'un château. Attirés par les richesses que ce pays renfermait, tous les seigneurs de la contrée venaient y chercher fortune, pendant que leurs voisins, les seigneurs du Velay, qui n'avaient pas cette ressource, s'en dédommageaient en rançonnant oii en détroussant les voyageurs. (Voir l'histoire du département de la Haute-Loire.!
H y a à Largentière plusieurs établissements où l'on travaille la soie; elle possède aussi des teintureries et des tanneries. Son territoire produit du vin de bonne qualité. On y cultive aussi l'olivier.
Largentière, dit M. Joseph Chabalier, est le centre d'un ensemble de ruines féodales bien conservées. Oulre celles de Moniréal et de Thau-
riers, il faut citer la tour de Brizon, dont le diable emporte, dit-on, une pierre chaque année; le château du sire de Varsas ; celui de Joannas, qui appartenait aux seigneurs de Montréal, et celui du Rocher.
Les armes de Largentière sont : d'azur, au château crénelé de cinq créneaux et donjonné, ayant deux guérites, le donjon aussi crénelé et surmonté d'îme girouette, le tout d'argent, ouvert et maçonné de sable.
Vallon. — Vallon, à "23 kiloniùtre» au sud-sudest de Largentière, est une petite ville peuplée de 2,414 habitants et qui s'élève dans un site charmant, sur les rives fleuries et verdoyantes de l'Ardèche, non loin du confluent de l'Ibie, au milieu de plaines fertiles; d"où ce proverbe local et quelque peu trivial : « Si le Vivarais était un mouton. Vallon en serait le rognon. «Elle communique avec le grand réseau de Paris-Lyon-.Méditerranée, ligne de Lyou à Alais et Nimes, par la station de Ruoms (section de Vogué- Vais à Robiac). Sur le revers d'une colline se dressent les ruines d'un château vulgairement appelé le Ghastelas. C'est l'ancien Vallon. Non loin est bâti le nouveau, qui n'a conserve d'autres vestiges de son importance militaire d'autrefois que son château, moins ruiné cependant que le premier et aujourd'hui converti en hôtel de ville. Au xvi" siècle, ceinte de remparts avec fossé et demi-lune du côté de la plaine, cette ville était en étal de soutenir un long siège, .\ussi, protestants et catholiques s'en disputèrent-ils la possession. Après divers combats, les protestants avaient fini par s'en emparer, lorsque le duc de .Montmorency vint l'assiéger (1621). La résistance fut longue et opiniâtre; mais enfin il fallut se rendre. Les habitants eurent la vie sauve, mais les fortificalions furent rasées et la garnison sortit de la ville sans tambours ni trompettes, les armes basses et la mèche éteinte.
.\ une petite distance de cette ville, on remarque de fort belles grottes et le pont de l'Arc. C'est une arche merveilleuse et gigantesque, la plus hardie peut-être qui existe en France et jetée par la nature, entre deux rives escarpées, dans un énorme bloc de marbre grisâtre percé par les eaux de l'Ar-
dèche; elle est haute de 30 mètres; sa largeur à la surface du lit de la rivière est de plus de 50 mètres. Jadis un fort protégeait ce pont. Il a été détruit par l'ordre de Louis XIIL Ce passage périlleux, que les voyageurs les plus hardis osent à peine envisager en plein jour, les chevriers le traversent tranquillement avec leurs troupeaux, même pendant la nuit.
C'est à Vallon que l'ingénieux auteur des poésies de Clotildc de Surville, Ch. de Vanderbourg, a lait naître cette muse dont M. Villemain a spiritucilenient prouvé l'origine fabuleuse.
Joyeuse. — Joyeuse [Gaudiosa), chef-lieu de canton situé à 12 kilomètres au sud de Largentière, sur la Baume, peuplé par 2,233 habitants, fait un important commerce de soie, et communique avec le réseau de Paris-Lyon-Méditerranée par la station de Ruoms. Celte ville a pour faubourg Rozières , qui compte de son côté 1,408 habitants, et où l'on traverse la Baume sur un vieux pont de neuf arches. De vieux remparts flanqués de tours démantelées, un antique château, une chapelle seigneuriale dans l'église annoncent que l'on est en présence d'une ancienne ville féodale. Joyeuse est, en effet, le berceau de la famille baronniale de ce nom.
Le premier baron de Joyeuse fut Bernard, qui vivait au commencement du xiv" siècle. Charles Vil érigea la baronnie en vicomte en faveur de Louis II de Joyeuse; mais le plus connu de ses seigneurs est .\nne de Joyeuse, l'un des favoris de Henri III, et en faveur duquel la vicomte de Joyeuse fut érigée, en 1381, en duché-pairie. Anne de Joyeuse fut tué en 1387 à la bataille de Coulras, et le duché passa entre les mains de son second frère, le maréchal Henri de Joyeuse, qui mourut capucin sous le nom de père Ange. Sa fille, par son mariage avec Charles de Guise, transporta le duché de Joyeuse dans la famille de Lorraine; il y resta jusqu'en 1787. A la Révolution, le château fut confisqué comme bien d'émigré, et on y a installé les établissements publics de la ville.
Les armes de Joyeuse sont : d'azur, à trois pals d'or, au chef de gueules, chargé de trois hydres d'or.
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