I.\fTaires civiles
.Affaires commerciales (7 FailUtcs (S)
Paupérisme.
Rapport des indigents au chiffre de la population. . . i sur 159 hab.
Nomljre total 2.417
Bureaux de bienfaisance. . 164 Hôpitaux et hospices. ... 15 Aliénés à la charge du département S39
Sociétés do secours mutuels. 30
Contributions directes (9) 72= I Foncière 945. lis
I (1) Les chiffres contenus dans ce t.ibleau sont empruntés, pour
î la plupart, à VAnnuaire statistique de ta France (187*), publié par le ministère de l'agriculture et du commerce, ou calculés d'après
j des données puisées dans cet ouvrage.
(s) Ces chiffres sont antérieurs au recensement do 1S7G, qui a négligé ce point de vue.
Culte catholique. — Evêché à Viviers, suffragant de la métropole
! d'Avignon. Le diocèse de Viviers, qui comprend le département de
. l'Ardèche, compte 37 cures, 334 succursales et 150 vicariats rétribués par l'Etat. Les congrégations ou communautés religieuses étaient, avant isso : 8 pour les hommes et 20 pour les femmes.
I Culte réformé. — Le département de l'.Vrdèche comprend 9 con-
I sistoircs, composés de 37 conseils presbytéraux.
(3) Le département relève de l'académie de Grenoble. Lycée à
' Tournon ; institutions pu collèges libres à Annonay, à Privas et à Bourg-Saint-Andéol. École normale primaire à Privas. Au point de vue du nombre d'élèves inscrits dans les écoles primaires de 6 à 13 ans, sur 100 enfants recensés, l'Ardèche occupe le 31" rang. Il occupe le iv rang d'après le nombre d'enfants présents à l'école par 10,000 habitants.
(4) Au point de vue judiciaire, le département do l'Ardèche ressortit à la cour d'appel de Nîmes. Privas est le siège de la cour d'assises. Chaque chef-lieu d'arrondissement possède un tribunal de première instance ; des tribunaux de commerce sont établis à .\nnonay et à Aubcnas.
(5) Aucun nfanticide n'ayant été relevé dans le département pendant l'année qui a servi' de type à notre statistique (Compte ijénéral de la justice criminelle en France pendant l'année 1816 ; Impr. nationale, ISTS), nous établissons le rang d'après le nombre des enfants naturels, qui est de 194.
(6) Ce chiffre indique le nombre des affaires civiles terminées pendant l'année.
(8) Terminées pendant l'année.
(9) Trésorier-payeur général à Privas-, receveur particulier dans chaque chef-lieu d arrondissement ; 41 percepteurs.
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Carte du Vivarais.
Carte du diocèse de Viviers.
Cartes do France de Cassini et de Capitaine.
Voir les feuilles 177, 186, 187, i97, 198, 209, 210 de la Carte de France dite do l'État-Major, publiée par le Dépôt de la guerre.
Carte géologique du département de l'Ardèche.
Cartes du département de l'Ardèche, par Dufour, Charte Fremin, Duvotcnay, Logerai, Ad. Joanne.
5se. — Jtî.KS Ri IL' Kl'' et C
ARDENNES
Chef-lieu : MÉZIÈRES
Superficie : 5,233 kil. carrés. — Population : 326,782 hcibitants. 5 Arrondissements. — 31 Gantons. — 502 Conununes.
DESCRIPTION PHYSIQUE ET GÉOGRAPHIQUE
Situation, limites. — Le déparlPiiient des Ardennes doit son nom à la vaste et célèbre forêt des Ardennes [Hardt Arden, terre des landes), dont les restes couvrent sa partie septentrionale. C'est un des départements froiilièresde la région nord-est de la France. 11 est situé dans les deux bassins de la Seine et de la Meuse et a été formé, en 1790, aux dépens des anciennes provinces de llainaut, de Picardie et de Champagne.
Ses limites sont : au nord-est, au nord et au nord-ouest, la Belgique (Hainaut, Namur, Luxembourg); à l'ouest, le dép. de l'Aisne; au sud, celui de la Marne ; au sud-est, celui de la Meuse.
Nature du sol, montagnes. — Le département des Ardennes forme un dos de pays entre la Seine et la Meuse ; la ligne de partage qui le coupe en deux parties à peu près égales du sudest au nord-ouest est une ramification des monts Faucilles , qui se rattachent aux montagnes des Vosges. Les hauteurs qui constituent celte ligne de partage dans le département forment un plateau qui occupe l'espace entre la Meuse et l'Aisne; il reçoit, au-dessous de Saint-Mihiel, la dénomination de plateau d'Argonne, qu'il conserve jusqu'à Mczières, et se lie ensuite aux plaieaicx de Rocroi et des Ardennes, qui vont se ramifier en Belgique. La chaîne principale de l'Argonne, qui détermine les versants de la Meuse, de l'Aisne et de l'Oise, se développe du sud-est au nord-ouest depuis Buzancy jusqu'au delà de Launois et remonte ensuite vers le nord jusqu'à llocroi, dontle plateauest assez élevé. Les points culminants du département sont : dans l'arrondissement de Rocroi, sur les deux rives de la Meuse, près de la frontière de Belgique. Citons : la Croix-Scaille, 504 mètres, sur l'extrême frontière, point culminant du déparlement; la Haute-Bulle, 491; la Bergerie-des-Haies-d'llargnics, 492, au
sud-est de Fumay, le mont Trenet, 454, et la Haute-Manise, tous les deux au sud de Fumay, 469 mètres.
Les forêts du département, derniers restes de celte vaste forêt des Ardennes, séjour vénéré des druides, et qui, au temps de César, s'étendaient jusqu'au Rhin, occupent aujourd'hui environ un cinquième de sa surface. Elles portent les noms de forêt de Saint-Jean, forêt de Saint- Hubert, célèbre par ses légendes, et forêt des Ardennes, au sud des précédentes. Elles comprennent trois sortes de terre bien distinctes : le sol siliceux domine sur la rive droite de la Meuse, depuis Vrigne-.Meuse jusqu'à Laifour, et sur la rive gauche depuis Charleville seulement , mais, en allant jusqu'à l'a source de la Sermonne, une terre calcaire et profonde se remarque dans les bois de Signy-l'Abbaye; une terre calcaire crayeuse distingue les coteaux dans les forêts d'Élan et du Cheneau. La première nature de terre est favorable au taillis de chêne et au bouleau ; la seconde produit des chênes magnifiques; la troisième, enfin, convient particulièrement au hèlre.
La superficie du département est de 523,289 hectares; le sol se divise, d'après sa nature, en : pays de montagnes, 64,500 hectares; pays de landes et de bruyères, 11,000; sol de riche. terreau, 36,700; sol calcaire, 48,300; sol de gravier, 35,000; sol pierreux, 82,600; sol sablonneux, 43,400; sol marécageux, 97,500 hectares.
Hydrographie. — Le département est partagé par les monts ou plutôt le plateau de l'Argonne en deux parties : l'une, orientale, qui a sa pente du sud au nord et appartient au bassin de la Meuse; l'autre, occidentale, qui a sa pente de l'est à l'ouest et appartient au bassin de la Seine. La première est arrosée par la Meuse et ses affluents, qui sont d'amont en aval : la Chiers, la Givonnc, la Bar, la Vrigne, la Vence, la Sormonne, 33. — Ardennes, 1'''= Liv.
la Semoy, le Viroin et la Houille; la seconde est arrosée par l'Aisne, avec ses affluents : l'Aire, grossie de l'Agron, le Migny, la Vaux, grossie du Phimion, et la Retourne; et par le Ton, petit affluent de l'Oise.
La Meuse (voir l'Ilydrograpliie des départements de la Haute-Marne et de la Meuse), qui prend sa source au village de Meuse, à une altitude de 409 mètres, arrondissement et à 27 kilomètres de Langres, traverse d'abord les départements de la Haute-Marne, des Vosges et de la Meuse et cnire dans celui des Ardennes , près de Beaumont, à 260 kilomètres de sa source; elle passe à Mouzon, Villiers, Remilly, Wadelincourt, Sedan, Donchery, Flize, Mézières et Charleville, Monlcy, Nouzon, Joigny, Braux, Chàteau-Uegnault, Monlhermé, Anchamps, Revin, Fumay, Vireux-Wallerand, llam, Chooz, Givet, et quitte prèsd'lleer le territoire français pour entrer en Belgique. Elle est navigable dans son parcours de 178 kilomètres dans le département ; son cours total, qui est de 804 kilomètres, est très sinueux et forme de nombreux méandres ; pour y remédier, on a pratiqué 13 canaux de dérivation qui abrègent la navigation du fleuve de plus de 30 kilomètres.
Auprès de Givet et sur le territoire de la commune de Laifour, la Meuse roule ses eaux sur des schistes ardoisiers entremêlés de quartz, auxquels succèdent, à l'entrée de la Belgiiiue, des marbres blancs et noirs. Des roches hautes et escarpées, appelées les Dames de Meuse, resserrent son lit sur un espace d'un quart de lieue et se penchent en quehjues endroits comme pour le couvrir. Plus loin l'espace s'élargit, et la Meuse coule avec plus de liberté.
La Chiers prend sa source dans le grand-duché de Luxembourg, à Dilï'erdange, à 7 kilomètres de la frontière de France, traverse dans leur partie septentrionale les départements de Meurthe-et-Moselle et de la Meuse , entre dans celui des Ardennes par le canton de Carignan, passe à La Ferlé, Margut, Linay, Blagny, Carignan, Tétaigne, Brévilly, où elle est navigable, Douzy,en faisant mouvoir des usines et des filatures, et se jette dans la Meuse, vis-à-vis du village de Remilly, après un cours de 100 kilomètres. Elle reçoit à Margut la Marche, et à Carignan l'Aulnoy, petites rivières venant de Belgique.
La Semoy, rivière flottable, qui prend aussi sa source près d'Arlon, dans le Luxembourg belge, entre en France près de Sorendal, après avoir coulé
au bas des murs du château de Bouillon, arrose les Hautes-Rivières, où elle devient navigable, Thilay, Haulmé, et se perd dans la Meuse, sur la rive droite, à Monthermé, au milieu des rochers de l'Ardenne. La Semoy est remarquable par la limpidité de ses eaux, qui, dans le lit même de la Meuse, conservent longtemps leur teinte particulière. Son cours total est de 120 kilomètres.
La Bar prend sa source dans le canton de Buzancy, passe : à Brieulles, aux Petites-Armoises, à Tannay, Malmy, Connage, Omicourt, Cheveuges, Saint-Aignan, Villers, et se jette dans la Meuse, sur la rive gauche, entre Dom-le-Ménil et Donchery. Dans toute cette contrée, il y a généralement si peu de pente, qu'à la source actuelle de la Bar, le propriétaire du réservoir dirige à son gré, pour l'en- ■ tretien de ses prairies, les eaux de la source vers la Meuse ou vers l'Aisne , au moyen d'une pale ou vanne servant spécialement à cet usage. Cependant la pale, lorsque les eaux sont dirigées sur l'Aisne, est de 6 pouces plus élevée que dans le ca.-^ opposé; ce qui prouve que leur cours descend naturellement vers la Meuse. La Bar a 60 kilomètres de cours; elle est flottable pendant 37 kilomètres.
La Vence prend sa source dans le canton de Novion, sur le territoire de Neuvisy. Après de longs circuits dans un vallon qu'elle arrose lentement, cette petite rivière vient se jeter dans la Meuse, sur la rive gauche, à Mohon. Elle fait mouvoir, dans son cours d'environ 35 kilomètres, un grand nombre d'usines.
La Sermonne a sa source sur le territoire de la commune de Rocroi; au Gros-Caillou, elle reçoit le tribut de plusieurs petites sources; elle traverse ensuite l'étang du fourneau de la Roche ; de là, elle coule dans une fertile et riante vallée, passe à Étalle, Chilly, Laval-Morency, Chàtelet, Bogny, Murtin, Sermonne, Haudrecy et se jette, à Warcq, dans la Meuse , après un cours total de 40 kilomètres; elle a pour affluent le Thin, et, comme les précédentes, elle fait mouvoir beaucoup d'usines.
L'Aisne (voir l'Hydrographie du département de l'Aisne) prend sa source au village de Sommaisne, dans le déparlement de la Meuse; elle entre dans celui des Ardennes à Condé-lès-Autry et en sort près de Neufchàtel (Aisne), après avoir traversé dans ce parcours, qui est d'environ 92 kilomètres, Vouziers, Altigny, Rethel , Chàteau-Porcien et Asfeld. L'Aisne va se jeter dans l'Oise, un peu audessus de Compiègne, après un parcours total de
AUDENNES
270 kiloniMios, dont 144 naviRables. On a constmit un caaiil IntL'ral à l'Aisne, qui commence dms le déparlement à Vouzicrs et se termine à Condésous-Vailly (Aisne). Sa longueur lolale est de 51,0 kilonièlres. Le principal allUienl de l'Aisne, dans les Ardennes, est l'Aire, qui prend sa source à Saint-Aubin (Meuse); après lui vient la Relourne, qui prend sa source dans le canton de Macliault, passe à Bignicourt, Juniville, Neuflize, Bergnicourt, Sanll-Saint-Remi, L'ÉcaiUe, Houdilcourt, Brienne, et se jetle dans l'Aisne, en face de Neuichàtel. Les autres affluents de l'Aisne sont : la Vaux, sur la rive droite; elle passe à Signy-l' Abbaye, et l'Aire, également sur la rive droite, qui passe à Grandprc. Les rivières de la Meuse et de l'Aisne communiquent entre elles à l'aide du canal des Ardennes. Ce canal, qui fut entrepris en 1823, commence à . Donchery-sur-Meuse et finit à Neufclu'ili'l-sur-Aisne. Sa longueur, d'une rivière à l'autre, de Doncliery à Semuy, est de 38,451 mètres; il a 10 mètres de largeur et 1"',60 de profondeur. Mais, si l'on y ajoute la partie de l'Aisne qui est canalisée depuis Semuy jusqu'à Neufchàtel, sa longueur totale est alors de 93,567 mètres. Le bief de partage, qui est à Pont-Bar, près du Chêne-Populeux, se trouve à 79"', 40 au-dessus du niveau de l'Aisne et à 17"\15 au-dessus de celui de la Meuse. La première pente est rachetée par 27 écluses, et la seconde par 7 seulement. Ce canal traverse un bel ouvrage d'art : c'est le souterrain de Saint-Aignan, long de 262 mètres, qui est pratiqué dans la montagne de Cheveuges. A Semuy, un embranchement de 18,158 mètres remonte sous la rive gauche de l'Aisne jusqu'à Vouziers et porte le nom de oanal de Vouziors. Lo canal de l'Est traverse le déparlenieiil de Mouzoïi à Givet.
Les marais sont nombreux dans la partie septentrionale du déparlement, qui constitue l'Ardenne proprement dite. Les principaux sont ceux de Gespunsart, de Sécheval, de Rocroi et de Haut- Butté. Quelques-uns de ces maraisforment de véritables tourbières, qui font exploitées pour le chauffage des malheureux.
Voies de coniniiiuicatlou» — Le département des Ardennes compte : 7 routes nationales, d'une longueur totale de 386 kilomètres; 9 routes départementales, 212 kilomètres; 27 chemins vicinaux de grande communication, 770 kilomètres; 70 chemins vicinaux d'intérêt commun, 1,205 ki-
lomètres, et 3,250 chemins vicinaux ordinaires, ayant un développement de 3,500 kilomètres.
Les chemins de fer qui le traversent appartiennent au réseau de l'Est. La principale ligne est celle de Reims à Mézières-Cliarleville ; elle pénètre dans le département à 8 kilomètres en amont du Chàteiet, dessert les stations du Chàtelet, de Tognon, de Rclhel (211 kilomètres de Paris), d'Amagne, de Saulces-Monclin, de Launois, de Poix-Terron, de Bouizicourt, de Mohon et de Mézières-Charleville (260 kilomètres de Paris). De Mézières, cette ligne se continue, par Givet, sur Namur et Bruxelles, en desservant les stations de Nouzon, Braux-Levrezy, Monthermé, Deville, Laifour, Revin , Fumay, Haybes, Vireux-.MoIhain et Givet (324 kilomètres de Paris, 64 kilomètres de Mézières), d'où elle passe en Belgique.
Un embranchement part de Mézières pour se diriger sur Thionville et Metz; il dessert dans le département les stations de Mohon, Nouvion, Vrigne-Meuse (avec tronçon sur Vrignc-aux-Bois), Donchcry, Sedan (275 kilomètres de Paris, 15 kilomètres de Mézières), Pont-Maugis, Bazeilles, Douzy, Pourru-Brevilly, Sacby, Carignan (avec tronçon sur Wessempré), Blagny et Margut.
Un autre embranchement de 56 kilomètres unit Mézières avec Hirson et Laon, c'est-à-dire avec le réseau du Nord ; il dessert dans le déparlement les stations de Belval-Sury, Tournes, Lonny-Renwez, Rimogne, Le Tremblois, Maubert-Fontaine, Auvilliers-lîumigny et Signy-le-Pelit.
A Sedan, une ligne de 149 kilomètres va, par Verdun et Lérouville, en longeant le canal de l'Est, se souder à la grande ligne de Paris à Nancy; elle dessert, dans le département, Pont-Maugis, Remilly, Aulrecourt-Villers, Mouzon et Létanne-Ceaumont. A Remilly, un petit tronçon de 10 kilomètres va rejoindre Raucourt par Angecourt et Haraucourl.
Enfin, à Amag;ie, un tronçon de 3'J kilomètres va rejoindre Apremont en desservant les stations d'Amagne-Village,Alland'huy,Altigny, Rilly-Semuy, Voncq, Vrizy-Vandy, Vouziers, Sevigny, Saint- Morel, Monthoi.s, Challerange, Vaux, Senne- Termes, Grandpré, Marcq et Chevières, Cornay, Chàlel- Chehéry et Apremont, d'où il doit être prolongé dans la Meuse en remontant la vallée de l'Aire. Un embranchement, en construction, se détache de Challerange vers Sainte-Menehould.
D'autres lignes sont à l'élude ou en construc-
LA FRANGE ILLUSTREE
tion; telles sont celle de Uclliel àSoissons, celle de Mczières à Laon, celle de Ilirson à Vouziers, etc.
Cliiuat. — Le déparlement des Ardennes est partagé dans la direction des plateaux de l'Argonne entre les deux régions climaloriales du nord-ouest, ou climat séquanien, et du nord-est, ou climat vosgien. La température y est généralement froide et sujelle à de grandes variations; l'hiver, qui est très pluvieux, se prolonge souvent jusqu'aux premiers jours du mois de mai. En été, la chaleur au milieu du jour paraît d'autant plus considérable que les nuits et les matinées sont toujours fraîches et souvent humides. On a vu cette variation de température atteindre souvent 8 et 10 degrés du thermomètre centigrade. La plus belle saison de l'année est l'automne. Les vents qui soufflent le plus souvent sont ceux du nord , du nord-ouest et du nord-est.
Productions naturelles. — Le département des Ardennes appartient à deux régions géologiques distinctes; le sud du département apparlieat à la région dite de Champagne et présente ces plaines crayeuses (terrains jurassique et crétacé) et peu fertiles dont nous avons déjà parlé à propos du département de la Marne, tandis que la partie septentrionale offre, sous le nom particulier d'Ardenne, un plateau couvert de forêts, atteignant 504 mètres à l'est et seulement 200 à l'ouest, presque entièrement constitué par des schistes de transition (terrain ardoisier). Le fer et les ardoises figurent au premier rang parmi les richesses minérales du département. Le fer s'exploite à Brevilly, ChampigneuUe, Le Châtelet, Écogne, Grandpré, La Ferté, Montigny, Omont, Poix, Sommerance, Signy-le-Petit, Tailly, Villcrs, Nouart, etc. Fumay, Fepin, Folamprise, Chamois, Rimogne ont des carrières d'ardoise qui rivalisent avec celles de l'Anjou. On exploite dans un grand nombre de localités de belles carrières de pierre de taille de toutes les qualités ; il y a des cendrières à Amblimont, Fresnois, Noyers et Flize. Les autres productions minérales du déparlement sont -. l'ardoise, le marbre, la chaux, le plomb, la calamine, l'argile à creusets, le sable pour verreries, etc. On ne cite aucune source minérale importante dans le déparlement, mais Sedan possède, sous le nom de fontaine de Sainte-Claire, une source thermale.
La production des céréales est en quantité suffi-
sante pour la consommation des habitants; elles viennent pour la plupart, ainsi que les fruits, de la partie centrale du déparlement, et surtout de la vallée de l'Aisne, qui est renommée pour sa fertilité. Les pâturages, où dominent les herbes aromatiques, sont généralement bons. Les vignes, qui réussissent assez dans la partie centrale et dans les terrains crayeux de la partie méridionale, donnent annuellement environ 80,000 hectolitres de vins communs, qui sont consommés dans le pays; ceux que l'on peut ciler sont ceux de Balan, de Baldy, de Vouziers, de Uethel, de Voncq et de Villemontry. En 1874, la récolte a été de 15,877 hectolitres, eslimcs G62,8G5 francs; en 1875, elle a été de 39,870 hectolitres, et en 1877 de 48,765 hectolitres. Le cidre et la bière forment la boisson la plus habituelle des habitants des campagnes, surtout dans les arrondissements de Sedan, de Mézières et de Rocroi. Toute la partie située au nord du département est entrecoupée de montagnes couvertes de bois et de bruyères incultes, dont on est réduit à brûler les herbes pour engraisser ces terres froides. Les essences principales des forets, dont les principales sont celles de l'Argonne, de Mazarin, de Grandpré, de Froidmont, du Ilailly, de Saint- Martin, de Signy-l'Abbaye et des Trémontes, sont le chêne, l'orme, le saule, le hêtre, le charme, le coudrier et le bouleau; parmi les arbustes, nous citerons le houx et la bourgène ou bourdaine. On ne rencontre aucun conifère, excepté quelques genévriers rabougris et peu vigoureux.
Les animaux domestiques sont d'une plus petite espèce dans la vallée de la Meuse que dans celle de l'Aisne; ils sont néanmoins vigoureux. Les moutons de l'Ardenne et de la Champagne y sont renommés pour la qualité de leur laine. Sur quelques points on élève avec succès des porcs ; l'éducation des abeilles est assez répandue dans l'Argonne. Le département abonde en gibier, chevreuils, sangliers, lièvres et lapins; mais les animaux nuisibles, notamment le renard et le loup, y sont malheureusement aussi très communs. Le pays nourrit un grand nombre d'oiseaux, tels que le canard sauvage, la sarcelle, le coq de bruyère, le pluvier, le vanneau, la gelinotte, la bécasse, la grive, le merle à collier noir de diverses espèces. Les rivières sont poissonneuses; la Meuse fournit de beaux saumons; les autres espèces les plus nombreuses sont : le hotu, le chabot, le goujon, la loche, le barbeau, la perche, le brochet, la truite,
AUDENNES
l'anguille et la lolle. L'écrevisse est commune, et l'on on prend surtout dans la Semoy et dans quelques autres pelites rivières, où elles sont trèsgrosses.
IiKliistric agricole, nianiifnetiirière et commerciale. — Le déparlement des Ardennes est un pays agricole et manufacturier; depuis quelques années, les procédés agricoles y ont fait de notables progrès; le pays nourrit assez de bètes à cornes pour en approvisionner les départements voisins.
La race ovine y est d'origine indigène, et elle est, ainsi que les chevaux, l'objet d'un commerce d'exportation productif. Depuis plusieurs années, des défrichements considérables ont lieu sur la frontière dans des terrains jusqu'alors improductifs; mais les plantations de bois qui se font sur d'autres points maintiennent à peu près au même chiffre de 314,222 hectares la superficie des terres labourables. La superficie du département se partage en superficie bâtie et voies de communication, 20,306 hectares, et en territoire agricole, 502,983 hectares. Ce dernier se subdivise lui-même en : céréales, 174,312; farineux, 14,113; cultures potagères et maraîchères, 2,212; cultures industrielles, 7,359; prairies artificielles, 42,912; fourrages annuels, 8,535; autres cultures et jachères, 64,608; vignes, 1,108; bois et forêts, 120,174; prairies naturelles et vergers, 57,028; pâturages et pacages, 8,373 ; terres incultes, 2,069.
L'industrie manufacturière est variée et très active; les draps et les fers y tiennent le premier rang. Les manufactures de draps de Sedan, de Mouzon, les autres manufactures de draps, de casimirs, de cuirs de laine, de castorines et de diverses autres sortes de draperies, occupent un grand nombre d'ouvriers. On fait dans le pays un grand commerce de laines, et on y trouve des manufactures de châles cachemires, de flanelles et de tissus mérinos. Les industries métallurgiques y ont reçu de grands développements; on y trouve des hauts fourneaux, des fours d'affinerie, des laminoirs, des tréfileries, des fonderies de cuivre et de zinc, des fabriques considérables de batteries de cuisine, de chaudronnerie et d'ustensiles de ménage, etc. Outre les ardoisières connues de Fumay, Rimogne, Fépin, etc., il existe aux environs de Givet d'importantes exploitations de marbre. Le département renferme des raffineries de sucre de bette-
rave, des fabriques de céruse et de pipes en lerrci des manufactures de papier, de carton, des faïenceries, des brasseries, des coi'roiries,des fabriques de colle forte, des tanneries, des fabriques de chandelles et de cire, etc.
Givet et Charleviile sont les sièges d'un commerce important de transit; l'exportation consi.«te surtout en objets manufacturés et en ardoises, bois et bestiaux gras.
Il y a 148 foires dans 40 communes, et durant 150 journées; deux seulement, celles de Fumay, ont plus d'un jour de durée. Les principales sont celles de Vouziers, de Charleviile, de Juniville, etc. Outre les objets de consonunalion locale, les principaux articles de commerce y sont les grains, les bestiaux et les chevaux.
Division politiciiic et administrative. — Le département des Ardennes a pour chef-lieu Mézières; il compte 5 arrondissements, 31 cantons et 502 communes; le tableau que nous donnons plus loin les fera connaître. Il appartient à la région agricole du nord-est de la France.
Le département dépend de la circonscription diocésaine de l'archevêché de Reims; il ya à Charleviile un petit séminaire, et dans tout le département G cures de première classe, 2.5 de seconde classe, 409 succursales et 20 vicariats. Les protestants ont une église consistoriale à Sedan, et les israéliles y ont une communauté.
Les 5 tribunaux de première instance de Charleviile , Rocroi , Sedan, Rethel et Vouziers, ainsi que les tribunaux de commerce de Charleviile et de Sedan, sont du ressort de la cour d'appel de Nancy. Il y a à Vouziers une prison départementale.
Le départ, dépend de l'académie universilaira de Douai; il y a un lycée à Charleviile, et un collège communal à Sedan; Charleviile possède une école normale d'instituteurs et une école normale d'inslitutrices; il y a 3 écoles secondaires libres à Sedan, à Rethel et à Vouziers, et 809 écoles primaires.
Le département dépend du 6° corps d'armée et de la ôTégion de l'armée territoriale, dont l'état-major est à Cliùlons-sur-Marne ; Mézières est le chef-lieu d'une subdivision. Celle dernière ville possède une inspection des forges. Givet, Mézières, Rocroi sont des places de guerre, et à Saint-Ponce, dans la commune de Francheville, il y a une poudrerie de fÉlat. La compagnie de gendarmerie
LA FRANCE ILLUSTRIiE
nationale fait partie de la 6" légion, dont l'étatmajor est à Chàlons.
Le déparlement dépend de l'arrondissement minéralogique de Troyes (région du nord-est), de la 3° inspection divisionnaire des ponts et chaussées et du 10" arrondissement forestier, dont le conservateur réside à Mézièrcs. Charleville est le siège d'une direction de douane qui comprend les bureaux principaux de Rocroi, Givet, Charleville, Sedan et Carignan.
On compte dans les ArdennesTl perceptions des finances; les contributions et revenus publics atteignent 22 millions de francs.
HISTOIRE DU DÉPARTEMENT
La forêt des Ardennes, qui a donné son nom à ce département et qui en occupait la plus grande partie, s'étendait, au temps de César, jusqu'aux bords du Rhin. C'était, dit-il, la plus grande de toute la Gaule. Au xvi° siècle, selon un géographe du temps, elle avait encore plus de cent lieues de longueur. Au sud, elle s'étendait jusque dans le voisinage de Lulèce par les forets de Compiègne et de Sentis, qui en étaient des embranchements. « Pendant bien des siècles, dit M. de Courton, celte immense forêt, dont la sombre majesté frappait si vivement les imaginations au moyen âge, n'eut pas de rivale en France. » Son souvenir se rattache à la plupart des aventures racontées par les poètes et les romanciers. La contrée sur laquelle elle s'étend était encore, au vi" siècle et même au vii°, plongée dans les ténèbres du paganisme. Saint Hubert et sainte Bérégise avaient les premiers implanté la foi chrétienne dans ce pays. Saint Rémacle, évêque de Maëstricht, y avait plus tard retrouvé en pleine vigueur dans certains cantons toutes les croyances anciennes : culte des pierres, des arbres, des fontaines. « Saint Rémacle, saisi d'une douleur inexprimable, dit Hariger, son biographe, se hâta d'exorciser ces lieux infectés des erreurs de la gentilité^ et il y foaida les deux abbayes de Stavelot et de Malmédy. Mais les dieux et les déesses païennes disparus, les fées, les sorciers et les magiciens vinrent aussitôt occuper la place. L'imagination populaire peupla d'êtres fantastiques cette impénétrable forêl d'Ardennc. Dans ses silencieuses profondeurs, les paysans croyaient entendre résonner pafois le cor d'un chasseur nocturne, de saint Hubert, qui continuait son ancien
métier, et dont l'invisible épieu frappait à coup sûr les sangliers, les daims et les cerfs. On racontait, aux veillées des crédules habitants d'alentour, que, dans les clairières de la forêt, des esprits mystérieux venaient prendre leurs ébats au clair de lune au milieu des lions, des tigres et des léopards, bêtes inconnues dans nos climats, mais dont la férocité semblait s'accorder avec l'aspect sauvage de ces bois où régnaient les ténèbres et le silence. Dans le roman de Parthénopéus de Blols, l'Ardenne est représentée comme une forêt hideuse et enchantée, qui, dans sa plus grande étendue, n'avait jamais été foulée par les pieds de l'homme et dans laquelle les esgarés étaient exposés à être dévorés. Les tigres, les lions, les dragons, les léopards n'étaient pas les seuls hôtes effrayants dont on peuplât les solitudes de ce temps-là. Dans ces vastes solitudes, l'imagination poétique de nos ancêtres plaçait des personnages hideux et velus, espèces de sauvages préposés à la garde des châteaux mystérieux où habitaient les nécromanciens. »
La réputation fantastique de cette forêl est constatée par Pétrarque, qui, au xiv« siècle, la déclare « sombre et pleine d'horreur » et s'étonne de l'avoir pu traverser seul et en pleine guerre. Shakspeare y a placé plusieurs des scènes de sa comédie Comme il vous plaira, qui n'a rten de lugubre, il est vrai. H paraît que de son temps la forêt des Ardennes commençait à acquérir une meilleure réputation.
Ne la retrouvons-nous pas encore de nos jours, mystérieuse et terrible, dans cette chanson-légende qui berça notre enfance :
Tout au beau milieu des Ardennes Est un r.liàteau sur le haut d'un i'ocIilt, Où fantômes sont par centaines.
Ilélas! ma bonne, hélas! que j"ai giand'peur!!!
Si, laissant de côté la légende et la poésie, nous consultons l'histoire, nous la voyons, au temps des Césars, devenir le refuge des gens endettés et des fugitifs de toute sorte : c'est Tacite qui nous l'apprend. Et, au xv° siècle, les sejit forêts des Âr- \ demies sont encore l'asile des bannis, des gens ruines par la guerre, lesquels y mènent la vie des charbonniers et de temps en lonips en sortent pour mendier ou pour piller les villages voisins.
AliDliNNES
Aujourd'hui encore, un quart environ du département est couvert de bois. « Tout ce pays est boisé, dit M. Michelet, comme pour marquer la défense et l'alloque aux approches de la Belgique, La grande foret d'Ardennc, laprofonde{arduinn), s'étend de tous côtés, plus vaste qu'imposante. Vous rencontrez des villes, des bourgs, des pûturages; vous vous croyez sorti des bois, mais ce ne sont là que des clairières. Ces bois recommencent toujours; toujours les petits chênes, humble et monotone océan végétal dont vous apercevez de temps à autre, du sommet de quelque colline, les uniformes ondulations. La forêt était bien plus continue autrefois. »
On comprend qu'un tel pays fournisse plus d'éléments à la légende qu'à l'histoire ; aussi trouveral-on ici à l'histoire des villes le récit des faits principaux qui se sont passés sur le territoire de ce département. Il y a plus : ce département ne s'est pas formé, comme beaucoup d'autres, d'une por-
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tion détachée d'une grande province; une partie appartenait à la Champagne et a suivi les destinées de celte province; d'autres, plus petites, appartiennent au llainaut, à la Picardie; enfin le pays d'Ardenne proprement dit a une histoire à part, mais qui ne commence que dans les temps modernes à présenter quelque intérêt.
On trouve un comté d'Ardenne dans les premiers temps de notre histoire ; il faisait partie du royaume d'.\ustrasie. L'histoire du pays devient obscure ou se confond avec celle de la Champagne jusqu'au moment où le comté de Ilethel et la principauté de Sedan commencent à jouer un rùle dans nos annales. Nous renvoyons le lecteur à l'histoire particulière de ces villes. Mais, au commencement de la Révolution, le département des .\rdennes devait jouer un rôle important dans la défense du pays. C'est sur une partie de son territoire que s'étend la forêt de l'Argonue, dont Dumouriez se hùla d'occuper les défilés. De Sedan, où était son
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état-major, il se rabaltil sur celle forèl, que les Prussiens et les Autrichiens devaient nécessairement traverser pour marcher sur Paris. Cette forêt, par ses inégalités de terrain, le mélange des bois et des eaux, est tout à fait impénétrable à une armée, sauf par cinq défilés principaux, que le général français garnit de troupes. Lui-même, posté dans le plus important de ces passages, Grandpré, au sud du département, y attendit l'ennemi dans une position inexpugnable. « Grandpré et les Islettes, écrivait-il au pouvoir exécutif, sont les Thermopyles de la France; mais je serai plus heureux que Lconidas. » Le 11 septembre 1792, il fut attaqué dans ses positions. Mais nos volontaires, remplis d'ardeur, sautèrent au-dessus des retranchements qui les protégeaient et, se précipitant sur l'ennemi, l'obligèrent à se retirer. Cependant la surprise d'un des passages de l'Argonne (celui de La Croix-aux-Bois [voir dans l'histoire des villes et bourgs l'article La Croix-aux-Bois]) par les Autrichiens et les émigrés, repris par les Français, qui tuèrent aux ennemis un de leurs généraux, le prince de Ligne, obligea Dumouriez à renoncer à la défense de l'Argonne; il fit donc retraite vers le sud, et à quelques jours, à (juelques lieues de lu, le 20 septembre 1792, Kellermann et lui livraient à l'ennemi le combat appelé la canonnade de Valmy, qui arrêta l'invasion et força l'ennemi de se retirer. La nouvelle de ce premier succès arriva à Paris le 22 septembre, le jour même où la Convention nationale se réunissait et proclamait la République; et elle fut peut-être pour quelque chose dans l'enthousiasme qui accueillit la nouvelle forme de gouvernement.
En 1815, le chef-lieu de ce patriotique département, qui avait fourni à la Révolution quelques-uns de ses plus vaillants défenseurs, Mézières, soutint après Waterloo un siège de quarante-deux jours et ne se rendit qu'aux généraux de Louis .WlII.
Durant la guerre franco-allemande de 1870-1871, le département des Ardennes fut envahi et piétine, pour ainsi dire, par les armées ennemies; la plupart des villes furent occupées par les Allemands, notamment les localités suivantes : Grandpré, liuzancy, Vouziers, Attigny, Le Chêne-Populeux, Nouart, Beaumont, Mouzon, Carignan, Rethel, Raucourt, Bazeilles, Sedan, Floing, Mézières, etc.
C'est sur le sol du département des Ardennes que se dénoua le terrible drame; c'est à Sedan et dans les environs que fut livrée la suprême bataille,
ie 2 septembre 1870. C'est là que s'efîondra le second Empire. Nous renvoyons le lecteur, pour les détails, aux ouvrages spéciaux et aux articles que nous avons consacrés aux diverses localités qui turent le théâtre des principaux combats : Beaumont, Bazeilles, Sedan, etc. Le département des Ardennes fut délivré un des derniers de l'occupation. Les pertes qu'il eut à subir se sont élevées à la somme énorme de 40,633,735 francs.
HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES BOURGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES
MiJziÈRES (lat. 49" 45' 43"; long. 2° 22' 4G" E.j. — Mézières [Maceriœ, Maderiacum), petite ville forte, chef-lieu du département, d'un arrondissement et d'un canton, dépendait autrefois du diocèse de Reims, du parlement de Paris et de l'intendance de Chàlons, formait un gouvernement particulier et avait une école du génie. Elle est située au pied et sur le penchant d'une colline, à l'extrémité d'une presqu'île formée par un contour de la Meuse, à 234 kilomètres au nord-est de Paris; sa population est de 5,319 habitants. Mézières est une station de la ligne du chemin de fer de Reims à Mézières et à Charleville (réseau de l'Est). C'est un nœud important de la même ligne qui se continue par Givet sur Namur et Bruxelles. Un premier embranchement s'en détache et se dirige sur Thionville et Metz; un second embranchement unit le réseau de l'Est au réseau du Nord par Ilirson et Laon.
On place à l'année 899 l'origine de cette ville. Ce ne fut d'abord qu'un château appartenant à un comte de Castrices, nommé Guarin; on ne sait pas même où était le siège de ce comté, nommé dans une charte de Charles le Gros; on présume que c'était un bourg s'élevant sur la montagne de Doisenval, à l'orient de Mézières. Au x" siècle, le château de Mézières passa aux comtes de Rethel. Mais la ville n'acquit quelque importance qu'après la bataille de Bouvines (1214), et elle dut cet accroissement à la menace que l'empereur Othon avait faite aux Liégeois de tirer une vengeance terrible de l'appui qu'ils avaient prêté à Philippe-Auguste. Un grand nombre de citoyens de cette industrieuse cité vinrent chercher un refuge au pied de la forteresse de Mézières. Fixés dans cet endroit par les franchises diverses que leur accorda Jean, comte de Rethel, ils formèrent bientôt une cité importante.
ARDENNES
Outre le droit d'échevinage que Jean leur avait assuré, ils virent leurs privilèges augmentés par Hugues, successeur de Jean. Ils en reçurent une charte datée du mois d'août 1233, et dont l'original est encore déposé aux archives de la ville. Ce fut à cette époque que fut construite la première enceinte fortifiée de la ville, et que furent instituées les compagnies bourgeoise!--. En 1308, un incendie dévora le chM.'^au L'ilôtel-Dieu fut fondé en 1412, et l'église Xotre-Dame commencée en 1499 ; elle ne fut terminée que vers la fin du siècle suivant. Au xv" siècle, Wézières dut encore un nouvel accroissement aux malheurs qui vinrent fondre sur ses voisins les Liégeois. Ceux-ci vinrent en grand nombre s'y établir après le sac de leur ville par Charles le Téméraire. Mézières était devenue une des plus fortes places de guerre de la frontière de Champagne, quand la querelle du duc do Bouillon avec Çharles-Quint l'exposa à un siège mémorable (1521). Le roi de France, François l", ayant pris parti pour le duc, envoya à son secours Bayard, qui se jeta dans la place deux jours avant qu'elle fût investie par les impériaux. Le comte de Nassau et le chevalier le plus célèbre de l'Allemagne, son Bayard, Frantz de Sickingen^ arrivèrent devant la place avec trente-cinq mil'e hommes. « Le siège, dit le lo?/al serviteur dans sa très j^^disante et récréative histoire, le siège fut assis en deux lieux, l'un deçà l'eau, l'autre delà L'un tenoit le comte Francisque (Frantz de S'-'-^-ngen) qui avoit avec lui quatorze ou quinze mi'le hommes, et en l'autre estoit le comte de Nasîiii nvec plus de vingt mille. Le lendemain, ils envoyèrent un héraut d'armes devers le bon chevalier poi.r lui remontrer qu'il eust à rendre la ville de Mézières, qui n'estoit pas tenable contre leur p; s anre, et que, pour la grande et merveilleuse chevalerie qu'il y avoit en lui, seroit moult fort déplaisant qu'il fust pris d'assaut; car son honneur grandement en amoindriroit, et, par aventure, lui coûteroit-il la vie; et qu'il ne falloil qu'un malheur en ce monde venir à un homme pour faire oublier tous ses beaux faits; et que, s'il vouloit entendre raison, lui feroient si bonne composition qu'il se devroit contenter. Plusieurs autres beaux propos lui mandèrent par ce héraut, qui après avoir été ouï et bien entendu par le bon chevalier, celui-ci se prit à sourire et lui dit : « Mon ami, je nvesbahis de la » gracieuseté que me font messeigneurs de Nassau » et Francisque, considéré que jamais n'eus pra-
» tique ni grande connoissance avec eux, et ics ont » si grand'peur de ma personne. Iléraul, mon ami, » vous vous en retournerez et leur direz que le roi 1) mon maître avoit beaucoup plus de suffisants » personnages en son royaume que moi pour en- » voyer garder cette ville; mais, puisqu'il m'a fait » l'honneur de s'en fier à moi, j'espère, avec l'aide i> de Notre-Seigneur, la lui conserver si longue- » ment qu'il ennuiera beaucoup plus à vos maîtres » d'être au siège qu'à moi d'être assiégé, et que je » ne suis plus enfant qu'on estonne de paroles. » Si commanda qu'on festoyât bien le héraut et qu'on le mist hors de la ville. Il rapporta au camp la réponse du bon chevalier, qui ne fut guère plaisante aux seigneurs Nassau et Francisque. » Cependant, ceux-ci se mettant en devoir de vaincre lopiniàtreté de Bayard, en moins de quatre jours on tira contre la ville plus de cinq mille coups de canon, et l'on y employa pour la première fois, dit-on, les bombes. « Le bon chevalier, combien qu'il fust l'un des hardis hommes du monde, avoit bien autre chose en lui autant à louer, car c'estoit un des vigilants et subtils guerroyeurs qu'on put trouver. Si avisa en soi-même comment il pourroit trouver un moyen de faire repasser l'eau au seigneur Francisque. » Voici le stratagème qu'il imagina : Il écrivit une lettre à Robert de La Marck, qui était alors à Sedan, et chargea de ce message un paysan ; il savait que son messager ne pourrait passer et que lui et la lettre seraient arrêtés par les ennemis. Or, dans cette lettre^ il avertissait Robert que le lendemain douze mille Suisses arriveraient à trois lieues de là, lesquels attaqueraient Frantz de Sickingen, tandis que lui, Bayard, ferait une sortie de son côté. Il donnait de plus à entendre que tout était concerté avec le comte de Nassau et Robert de La Marck. Frantz ne manqua pas d'intercepter le message et de le lire. Il se crut trahi par le comte de Nassau, fut près d'en venir aux mains avec lui, et tous deux se retirèrent chacun de leur côté. « Si tôt ne se fit pas la paix du côté du comte de Nassau et du seigneur Francisque; car, plus de huit jours furent sans loger ensemble, et s'en alla Francisque vers la Picardie, du côté de Guise, mettant le feu partout, et plus haut marchoit le comte de Nassau; mais, peu après, se rapaisèrent et furent amis. Ainsi, par la manière que dessus avez ouïe, fut levé le siège de devant Mézières, où le bon chevalier sans peur et sans reproche acquit couronne de lauriers. Pendant lequel temps, le roi de
France leva grosse armée, et assez puissante pour combatire ses ennemis, et vint lui-même en personne dedans son camp, où le bon chevalier lui alla faire la révérence et, en passant, reprit la ville de Mozon. Le roi son maître lui fit accueil merveilleux et ne se pouvoit soûler de le louer devant tout le monde. » N'oublions pas de dire que le paysan chargé du faux message s'était tiré heureusement des mains des ennemis et était revenu trouver à Mézières le bon chevalier, « lequel se prit à rire à pleine gorge » en apprenant l'heureux succès de son stratagème.
Le nom de Bayard est resté populaire à Mézières. Chaque année, le 27 septembre, on promenait solennellement dans les rues un étendard qu'on prétend être le sien, et que l'on conserve à l'hôtel de ville. C'était un jour de fêle pour cette cité.
François ^^ visitant les places de la fronlicre , vint à Mézières vingt-quatre ans après la levée du siège et en fit augmenter les fortifications. Ce fut dans l'église de Mézières que fut célébré, en 1570, le mariage de Charles IX avec Elisabeth d'Autriche. On mangea, dit-on, à ces noces le premier dindon qui ait été apporté en France ; on sait que cet animal a été importé du nouveau monde en Europe par les jésuites.
Mézières, en opposition avec Sedan, qui devint le centre de la Réformation dans le pays, tint pour la cause catholique et résista aux troupes de Henri IV. La ville, dont l'importance décrut rapidement , ne présente plus rien d'intéressant pendant les deux siècles suivants. En 1750, Louis XV y fonda une école du génie mihtaire , qui eut pour professeurs Bossut, Bezout et Mongc. Ce fut cette école que Monge proposa pour modèle à la Convention nationale, lorsque cette assemblée créa TÉcole polytechnique. Parmi les élèves de l'école de Mézières, on cite l'organisateur des armées républicaines , l'illustre Carnot. En 1815, la ville, comme nous l'avons dit, soutint contre les armées étrangères un siège mémorable. Vingt mille Prussiens, Hessois, Wurtembcrgeois, l'investirent le 29 juin. La place contenait peu de troupes de ligne ; mais les bourgeois s'unirent aux soldats pour la défense commune, et, pendant quarante-deux jours d'artillerie, servie en grande partie par les canonniers de la garde nationale, riposta bravement au feu de l'ennemi, dont elle démoulait les batteries à mesure qu'on les établissait. La place ne capitula qu'après la pacification générale de la France. Le
siège avait coûté 5,000 hommes à l'ennemi. Durant la guerre franco-allemande de 1870-1871, Mézières fut assiégé et pris par les Prussiens le 31 décembre 1870, après en avoir fait un amas de ruines.
Mézières, place de guerre de première classe, est entourée de fortifications respectables et pourvue d'une bonne citadelle, qui renferme un arsenal, un magasin à poudre et un parc d'artillerie. Les rues en sont étroites, tortueuses, mais lavées par un grand nombre de fontaines publiques, au nombre de dix-neuf. L'église de Notre-Dame est le seul monument remarquable, avec l'hôtel de la préfecture. Le commerce de celte ville, longtemps peu actif, a pris une grande extension. Il consiste en ferronnerie, clouterie, brosserie, etc. Mézières est la patrie de l'ingénieur-géographe Lapie et du physicien Savart, membre de l'Académie des sciences.
Les armes de Mézières sont : de gueules, à deux râteaux d'or, posés en fasce, accompagnés en pointe d'une M viajuscule d'argent.
CiiABLEViLLE. — ÇAiw\Qs'i\\Q[ArceRemenses, Carlopolls), chef-lieu de canton, sur la rive gauche de la Meuse, à 1 kilom. au nord de Mézières, avec tribunal de 1''° instance, cour d'assises, tribunal de commerce, lycée, n'est séparée de Mézières que par un pont et une chaussée; station des lignes de chemin de fer de Reims-Mézières-Charlcville (réseau de l'Est) et de Valenciennes-Anor-Hirson-Charleville.
Cette ville, autrefois fortifiée, est cependant une ville toute moderne, qui date de 1606, et doit sa fondation et son nom à Charles, duc de Nevers. Le duc, ne pouvant subvenir aux dépenses, obligea les villes de son domaine et de son gouvernement de Champagne à bâtir chacune une maison. Voilà pourquoi on lit sur la principale porte d'entrée de quelques pavillons les noms de Reims, d'Épernay, deChâlons, etc. Les maisons furent d'abord livrées assez aisément à ceux qui se présentaient, sous l'obligation d'une faible redevance; mais, la ville commençant à se peupler, on accorda simplement autant de terrain qu'en voulaient ceux qui s'offraient pour habiter la nouvelle ville, à charge d'élever les constructions selon un plan uniforme. On leur accorda divers privilèges et immunités. Les avantages oiïcrts aux habitants de CharleviUe portèrent un coup funeste à la prospérité de Mézières.
Cette ville, d'une construction très régulière, comple 13,759 habitants. Les promenades sont
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fort belles. Si Mczières est la ville militaire, Ciiarleville est la ville industrieuse. Les principales industries sont la clouterie, la ferronnerie, les tanneries, les fabriques d'étaux, de crics, de poêles, de brosses, de pipes, de briques, etc. Le commerce, qui y est actif, a pour objet les divers produits de son industrie. Tendant la flévolution, Charleville porta un instant le nom de Libreville. Les armes de Charleville sont : d'azur, à un Iras dextre d'argent, mouvant ati deuxième parti, tenant une épée d'argent, à la garde d'or et côtoyée d'une palme d'or à droite, d'un laurier à gauche, et un soleil d'or en chef sur la pointe de l'épée.
JIontcv-Notre-Dame et Montcv-Saint-Pierre. — .Montcy-Notre-Dame, village de 830 habitants, situé à 2 kilomètres au nord-est de Charleville, dans une presqu'île, sur la rive gauche de la Meuse, possède sur son territoire communal des carrières de marbre.
Les antiquaires donnent à ce village une origine païenne; ils y voient le Mo)is Cythereus, ou montagne consacrée à Vénys. Ce n'était probablement dans l'origine qu'un petit château bâti sur le rocher à l'endroit où se voit actuellement l'église. Au XVI' siècle , Montcy-Notre-Dame faisait partie de la seigneurie souveraine de Mohon, et il appartint successivement aux maisons de Brandebourg, d'Apremont, d'Anglure et de Châleau-Regnault. Ce village avait haute, moyenne et basse justice. Le poteau armorié indiquant le droit de juger souverainement existait encore sur la place publique en 1789.
Montcy-Notre-Dame avait un seigneur particulier dont la véritable seigneurie était le fief des Waibes, de Woirie ou du Waridon, autrement dit le Château défait. En 1789, la seigneurie particulière de Montcy appartenait au marquis de MoiroUos.
Le Château, défait, que l'on désignait, par corruption, dans le pays sous le nom de Château des Fées, ne consiste plus aujourd'hui que dans quelques débris de murs sur un rochersaillant et pendiculaire, situé à l'embouchure dans la Meuse du petit ruisseau du Waridon ou de la Folie, qui parait lui avoir donné son premier nom. Placé dans l'angle formé par deux défilés assez profonds, ce rocher termine au midi un plateau qui va en s'élargissant vers le nord. On a dit, sans que rien puisse venir le jus-
tifier, que le Château défait était pilmilivcment un temple dédié à Julien l'Apostat. Ce qui est certain, c'est qu'il fut élevé au commencement du xvi" siècle par François d'Apremont, seigneur de Buzancy, de Lûmes, de Mohon, de .Montcy, etc., au lieu connu sous le nom de Woirie ; et, au moyen de ce fort, il coupa toute communication à la ville de Mézières par la Meuse. Du haut de ce nid d'aigle , il descendait dans la plaine et rançonnait les voyageurs et les passagers ; aussi les habitants de Mézières, lorsque la paix eut succédé aux agitations religieuses, demandèrent-ils sa destruction, et, en 1629, il était depuis longtemps abattu. On a, il y a quelques années, trouvé sur son emplacement deux puits taillés dans le roc dont l'un renfermait une grande quantité d'ossements calcinés.
De l'autre côté de la Meuse, et presque en face de Montcy-Notre-Dame, se trouve la petite commune de .Mo.NTcv-S.M.NT-PiERRE, qui a o7o habitants, sur le territoire duquel on a trouvé des ruines romaines. Près de là est la montagne du Mont- Olympe, où l'on voit les ruines d'un château bâti en 1611 par Charles de Gonzague et démoli en 1686.
,MoNTHER.MÉ. — Montliemié, chef-lieu de canton, station de la ligue du chemin de fer de Mézières- Charleville a Givet et de la petite ligne de Monthermé à Laval-Dieu (réseau de l'Est), est une petite ville de 3,024 habitants, à 15 kilomètres au nord de Mézières, située au fond d'une presqu'île de la Meuse, un peu au-dessous du confluent de ce fleuve avec la Semoy, entre des collines abruptes qui y laissent à peine pénétrer le soleil. On y passe la Meuse sur un beau pont suspendu.
Avant la Révolution, il y avait dans cette commune une abbaye dite de Val-Dieu, de l'ordre des prémontrés, fondée en 1128 par un comte de Rethel et dont l'église, qui date du xvii» siècle, renferme de belles boiseries et des pierres tumulaires.
L'industrie de Monthermé est représentée par des établissements métallurgiques considérables; on exploite dans ses environs des carrières d'ardoise importantes , et il s'y fait un certain commerce de bois.
0.MONT. — Omont, chef-lieu de canton, est un bourg peuplé par 400 habitants et situé à 24 kilomètres au sud de Mézières, par laquelle il communique avec les lignes du réseau de l'Est. On y voit les restes d'un vieux château, bâti au ix" siècle par
Foulques, archevêque de Reims, pour réprimer les brigandages d'un certain Garlache, qui étendait ses dévastations jusque dans les environs de Reims. Ce château, qui passait pour très fort, résista à plusieurs sièges pendant le moyen âge. Sous Louis Xll, les habitants des villages voisins étaient encore obligés de venir chaque année, à leur tour, faire le service du château, ou de payer une indemnité au capitaine qui y commandait. En 1391, cette forteresse fut assiégée par Henri IV. Les soldats se disposaient à monter à l'assaut, quand le roi voulut pointer lui-même un canon sur la forteresse; le coup part et lue le capitaine qui commandait la place, son lieutenant et un enseigne. La garnison, déconcertée, rendit immédiatement la place. Cependant, après le départ de Henri IV, les ligueurs, qui dominaient à Mézières, vinrent pour reprendre le château d'Omont avec huit pièces d'artillerie; les compagnies bourgeoises de Mézières montèrent à l'assaut et s'emparèrent de la place. Il subsiste encore des vestiges de la forteresse.
Chateau-Regnault. — Château-Regnault {Castrum Reginaldis) est une petite ville sur la rive droite de la Meuse, peuplée par 1,6.50 habitants, à 12 kilomètres de Mézières et à 3 kilomètres de la station de la ligne du chemin de fer de Paris à Givet. Le château, qui a donné son nom à ce village, était jadis le siège d'une principauté souveraine, dont dépendaient vingt-sept villages. Hugues, comte de Rethel, l'avait bâti en 1227. Il ne reste plus de vestiges de ce château, qui était placé sur un rocher élevé nommé le Châtellier; seulement, on aperçoit encore sur ce rocher une grande pierre carrée, qu'on regarde comme un monument druidique , et qu'on désigne sous le nom de table de Maiigis. Au xvi" siècle, le duc de Guise déclare dans un acte « pouvoir se dire et nommer roi ou empereur des terres souveraines de Château-Regnault, y ayant autorité d'y porter couronne d'or ou d'acier; reconnaissant icelle tenir de Dieu seul et non d'hommes ou supérieurs quelconques. » En 1629 , Louis XIII donna Pont-sur-Seine à la veuve du prince de Conti, en échange de la principauté de Cliâleau-Regnault.
MoNTcouNET. — Montcomet [Mons Comutus), village de 293 habitants, canton de Renwez, arrondissement et à 12 kilomètres au nord-nord-ouest de Mézières, possède les ruines imposantes d'un
château dont les souterrains s'étendaient au loin. C'était jadis un marquisat important, connu dès le XI" siècle. La forteresse a été détruite par le duc d'Aiguillon. On y fait un commerce de chanvre, de toiles de lin et de bestiaux.
Signy-l'Abbaye. — Signy-l'Abbaye, chef-lieu de canton de 2,907 habitants, à 30 kilomètres à l'ouest de Mézières, sur la Vaux, communique par la station de Launois avec la ligne de Reims à Mézières- Charleville. Elle doit son origine à une abbaye de bénédictins, fondée en 1 134 par le seigneur de Chàteau-Porcien, à l'instigation de saint Bernard. Celte abbaye fut enrichie par les donations des comtes de Champagne et prit un rapide accroissement; plusieurs cures importantes en dépendaient. Le fils du com te de Château-Porcien, qui avait donné ces terres au couvent, ayant voulu y chasser, les frères convers, aidés des vassaux de l'abbaye, lui résistèrent les armes à la main ; il y eut quelques hommes tués dans celle rixe, et on plaça au lieu où elle s'était engagée une croix , qui garda le nom de croix des convers. La mense abbatiale valait plus de 30,000 livres. On conservait dans la bibliothèque du couvent, rebâti peu de temps avant la Révolution, divers manuscrits précieux, entre autres la chronique de Gembloux. Cette abbaye fut supprimée à la Révolution; ce qui en reste aujourd'hui sert à une exploitation industrielle. Des usines métallurgiques, des filatures de laine et des fabriques de châles sont établies dans cette ville.
Lûmes. — Lûmes est un village de 281 habitants, à 5 kilomètres au sud-sud-est de Mézières, sur la rive droite de la Meuse, près de la ligne du chemin de fer de Mézières-Charleville à Thionville. Près de ce village se trouvent les ruines d'un ancien château, qui, en 1351, tenait pour le parti impérial. Les Français tentèrent de s'en emparer et furent repoussés. Le capitaine Villefranche, avec sa compagnie, s'avisa d'un assez bon tour, que nous laisserons racontera François de Rabutin, acteur dans cette guerre. « J'estime que chacun sait assez que le château de Lûmes n'est qu'à une demi-lieue loin de Mézières. Or est-il que le plus souvent les soldats du capitaine Villefranche alloient voir ce château, qui tenoit le parti impérial, pour inviter ceux de léans [du dedans) à donner le coup de pique ou d'arquebuzade ; tant qu'une nuit, assez près de la sentinelle, allèrent planter des fantômes de paille.
ARDIÎNNES
armés et habillés, ayant la façon et faisant mine d'arquebuziers, avec les nirehes et cordes allumées, et, d'autre cùlé, firent donner cliaudement l'alarme. Ceux de dedans, découvrant ces marmousets, les jugeant être hommes en camisade {attaque faite par surprise), firent tirer sur eux force coups d'artillerie; cependant, les soldats entrèrent en un jardin , où ils coupèrent une grosse voiture de choux, et avec des limes ayant détaché des senlines qui étoient dedans les fossés, enchaînées au pied de la muraille, les mirent dedans pour les avaller à Mézières. D'autres, avec des solives et grosses pièces de bois, rompirent et enfoncèrent la muraille d'une bergerie en la basse-cour et emmenèrent un bon troupeau de moutons et bètes blanches à Mézières. Puis, voyant que c'csloit petit l'ait s'ils ne se montroient vivement, dressèrent avec l'escopeterie une brave et furieuse escarmouche. Parquoi une enseigne blanche avec les croix rouges se voulut avancer de sortir la première, qui fut tantôt rembarrée là dedans et remise jusque dans les portes. Ainsi nos soldats, ayant exécuté acte de bonne grâce et digne de mémoire, retournèrent joyeux au logis, bien pourvus de chairs et herbages pour vivre et passer un long temps en la garnison. » Comme on le voit, le château ne fut point pris; ce qui n'empêche pas les livres, qui se copient les uns les autres, de déclarer, après avoir raconté ce stratagème, que le capitaine Villefranche s'empara du château ; on voit qu'il ne prit que des choux et des moutons, ce qui est moins héroïque, mais plus exact.
r.ocRoi (lat. 49" 55' 32"; long. 2° 11' 5"E.). — Rocroi {Rupes regia) est une ville forte, près de la forêt des Ardennes, sur un plateau qui domine la vallée de la Meuse, chef-lieu d'un arrondissement et d'un canton; tribunal de première instance, société d'agriculture. Située à 28 kilomètres au nord-ouest de .Mézières et peuplée de 2,381 habitants, celte ville dépendait autrefois du diocèse et de l'élection de Reims, du parlement de Paris, de l'intendance do Châlons et formait un gouvernement particulier.
Cette place forte s'élève au milieu d'une plaine entourée de toutes parts par des bois et des marais. Ce n'était qu'un misérable village au xv* siècle, si misérable que des lettres patentes de Charles VII exemptèrent de tout impôt ses habitants comme trop pauvres pour payer. François I" fortifia Rocroi, qui s'accrut assez rapidement. Les
environs de Rocroi furent, en 1553, le théâtre d'un grand nombre de combats entre les Français et les impériaux; mais tous ces souvenirs s'effacent devant la mémorable bataille que, le 19 mai iG'i3, y livra le duc d'Enghien. Tout le monde connaît le récit épique que Bossuet a fait de cette journée. Nous empruntons à une relation du temps, insérée dans le Mercure français de 1643, un récit moins brillant, mais plus circonstancié. « Don Francisco de Mello, général des Espagnols, s'étant imaginé que la ville de Rocroi ne résisterait pas aux efforts qu'il voulait faire pour l'emporter parce qu'elle n'était défendue que par une garnison de quatre cents hommes, la fil investir, le 13 du mois de mai, par les troupes que le comte d'Isembourg avait amassées autour de Cambrai et s'y rendit deux jours après avec tout le corps de l'armée. Les approches du comte Isembourg lui coûtèrent deux cents soldats ; l'ouverture des tranchées, qui se fit le jour de l'arrivée de ce général espagnol, ne lui causa guère moins de pertes. La nuit du 16 au 17, les assiégeants atla(iuèrent en même temps la (lomi-lune du iMoulin-à-Vent et celle de la porte Maubert, lesquelles n'étant défendues que par les épaules des bastions et des courtines, et point du tout par la garnison, qui, pour sa faiblesse, s'était retirée dans la place, furent emportées sans beaucoup de peine. Les Espagnolss'y retranchèrent dès le point du jour, avec résolution de ne rien relâcher de cette conquête; mais ce courage ne demeura pas longtemps sans être abaissé, car le sieur de Joffreville, gouverneur, ayant lait sortir une partie de la garnison avec cent fusiliers du roi, que le sieur de Gassion avait fait entrer dans la ville, il regagna le même jour la demi-lune de la porte Maubert avec perle de soixante Espagnols qui demeurèrent sur la place. »
Cependant le duc d'Enghien arrive avec toute son armée et la déploie dans la plaine en présence des Espagnols. La bataille est fixée au lendemain. Pendant la nuit qui précéda la bataille, « un cavalier français, qui servait les Espagnols, le venant trouver, lui demanda pardon de l'infidélité qu'il avait commise, d'avoir embrassé le parti des ennemis de Sa Majesté, et l'avertit tout d'un même temps des nouvelles qu'on avait au camp espagnol du général Beck, qui devait arriver sur les dix heures du matin. Cet avertissement suffit pour confirmer le jeune prince dans la résolution de donner bataille dès le point du 'our. Aussi, fai-
sanl appeler les principaux chefs, il disposa de la conduite de son armée comme il avait fait le jour précédent ; le sieur Gassion fut chargé du commandement de l'aile droite, et le sieur de La Ferté-Senneterre de celui de la gauche. Au même temps que le jour parut, le duc d'Enghien visita ses bataillons et ses escadrons et, voyant que la contenance de toute l'armée répondait à la généreuse envie qu'il avait d'aller à la charge, donna pour mot de ralliement Enghien, fit battre et sonner tout en même temps.
» Le premier exploit de celte mémorable journée se fit par l'aile droite des Français, commandée par Gassion, et fut un présage que la victoire se tournerait de ce côté-là; car cette aile ayant rencontré dans sa marche un petit rideau fort proche d'un bois où les Espagnols avaient logé mille mousquetaires, elle les fit tous passer au fil de l'épée; et parce qu'elle trouva quelque cavalerie de l'aile gauche des ennemis qui s'avançait pour soutenir ces mousquetaires, elle la poussa si gaillardement qu'elle ne lui donna pas le loisir de faire sa décharge avec quelque ordre.
» Le second choc qui se fit de l'aile gauche des Français contre la droite des Espagnols ne fut pas de même nature; le combat ayant conservé longtemps la chaleur avec laquelle il avait été commencé par les deux partis, les Espagnols emportèrent de ce côté -là ce que leurs compagnons perdaient de l'autre. Le sieur de La Ferté-Senneterre fut percé de deux coups de pistolet, de trois coups d'épée, vit mourir son cheval sous lui, fut fait prisonnier. Le canon vint au pouvoir des ennemis par la mort du sieur de La Bane, lieutenant de l'artillerie; et comme la fortune se déclarait pour les Français dans l'aile droite, elle embrassait si chaudement le parti de leurs ennemis dans la gauche qu'elle semblait vouloir faire plus de ce côtélà que pour l'autre. Mais le maréchal de L'Hôpital, ayant promplement rallié la meilleure partie de cette aile qui ne combattait plus qu'en désordre, il regagna le canon et remit les choses en si bon état, qu'il avait une main dessus la balance pour faire pencher tout à fait la victoire de son côté, quand il reçut un coup de mousquet dans le bras, qui, l'ayant mis hors de combat, réduisit les affaires en très mauvais termes ; car ceux qu'il commandait se trouvant derechef ébranlés et plus bas de courage qu'ils n'avaient été, ils laissèrent reprendre le canon par les Espagnols, qui en firent tourner les bouches contre les Français. L'honneur du combat
n'était plus alors en balance, et les Espagnols pouvaient dire qu'ils étaient les maîtres de ce côté-là ; ce qui faisant avancer le baron de Syrop, meslre de camp de cavalerie, qui commandait le corps de réserve, il rallia promptement toutes les troupes que la peur avait écartées, fit front et soutint si courageusement l'effort de tous ses ennemis qu'il donna le temps à l'aile droite des Français, laquelle avait mis à bas tout ce qui s'était rencontré devant elle, de gagner le derrière des Espagnols et d'altaquer leur infanterie en ([ueue et en flanc.
» Ce fut alors que le combat devint furieux; car sept ou huit charges n'ayant pu faire plier cette infanterie espagnole, elle semblait capable de faire douter encore de l'événement de cotte bataille après deux heures de résistance; mais enfin l'infanterie de l'aile droite française donnant d'un côté et toute la cavalerie d'un autre, pendant que le baron de Syrop combattait en front, la chaleur des Espagnols se trouva tellement refroidie que, ne combattant plus avec vigueur, ils s'abandonnèrent à la fureur de leurs ennemis, lesquels, usant de l'occasion qu'ils avaient, les chassèrent avec une fureur étrange.
» Les armées étaient grandes, le choc avait été furieux, la résistance des uns et des autres bien peu croyable; l'échec fut aussi merveilleux. Le nombre des morts espagnols alla bien jusqu'à six mille; celui des prisonniers fut de cinq mille sept cent trente-sept; le butin des Français fut le bagage de toute l'armée, vingt pièces de canon, cent soixante et douze drapeaux, quatorze cornettes et deux guidons, qui furent portés à Sa Majesté par le sieur de Chevert. Mais ils perdirent deux mille hommes, parmi lesquels se trouvèrent dix-huit capitaines ou Ueutenants. Pour le nombre des blessés, il y fut grand, et peu de personnes de commandement s'exemptèrent des marques honorables que l'on rapporte ordinairement d'une bataille bien disputée. Le duc d'Enghien y reçut même cinq coups de mousquet : deux portèrent dessus la cuirasse, qu'ils n'eurent pas la force d'ouvrir; deux autres, donnant dans le ventre de son cheval, l'obligèrent d'en prendre un autre ; le cinquième, n'ayant fait qu'effleurer sa jambe, ne lui laissa qu'une meurtrissure qui ne l'empêcha pas d'aller à la chasse de ceux qui fuyaient. » {Archives curieuses de l'histoire de France, 2" série, tome IV. 1
Le comte de Fuentès (de Fontaine), le général octogénaire de l'infanterie espagnole, qui se faisait
Une rue à Relhel
porter en litière au milieu de ses soldats, fut trouvé parmi les morts. Le général Beck arriva trop tard ; il ne put que recueillir les débris de l'armée espagnole et protéger leur retraite jusqu'à Marienbourg. Dix ans plus tard, Coudé, traître à la France, qu'il avait si vaillamment défendue, lui enlevait Rocroi, à la tète de ces mêmes Espagnols vaincus par lui ; la ville ne fut restituée à Louis XIV que lors du traité des Pyrénées, en 1639. Pendant la Révolution. la ville a porté le nom de Roc-Libre. En 1813, quelques compagnies de gardes nationaux mobilisés défendirent Rocroi contre dix mille Prussiens ; la ville ne capitula qu'après un mois de siège. Le comnierce de Rocroi a beaucoup souffert depuis celte époque de la cession faite alors aux alliés de sept cantons qui faisaient partie de cet arrondissement. On y élève une grande quantité de bestiaux dans la vaste plaine où fut livrée la fameuse bataille. On a, sous le roi Louis-Philippe, augmenté les fortifications de la place. En
FnA.NCE ILLUSTRÉE. 131.
1871. Rocroy s'est rendue aux Prussiens après un bombardement qui incendia plusieurs maisons.
Les armes de Rocroi sont : d'azur, à trois croissants cV argent entrelacés, côtoyés de deux fleurs de lis d'or en fasce, et mie fleur de lis d'or en cJief.
Sig.\y-le-Petit. — Signy-le-Petit est une petite ville sise à la lisière d'une forêt, sur un afOuent de l'Artois, à 23 kilomètres au sud-sud-ouest de Rocroi. C'est un chef-lieu de canton peuplé par •2,033 habitants et une station de la ligue du chemin de fer de .Mézières-Charleville à Hirson et à Laon. « Ce bourg doit son origine à Nicolas de Rumigny, qui y fit construire, en 1222, une maison forte et un hôpital. 0 fut brûlé presque en entier par les .\nglais en 1340; en 1612, ilfutencore saccagé par suite des guerres de la Ligue; enfin, en 1636, les habitants delà terre de Chimay, joints aux Espagnols, vinrent au.ssi y mettre tout à feu