‹ La France illustréeChapitre 191 sur 301 · Arden.nes, 3" Liv · texte numérisé non relu

Arden.nes, 3" Liv

et à song... Le chùleau, tel qu'on le voit aujourd'hui, fut bàli par la famille de La Iloussaie. On tire de son terriloli-e du minerai de fer et de la marne. L'industrie est représentée par des usines métallurgiques, des fabriques de fours à noir animal et de poteries. » (Girault de Sainl-Fargeau.)

FuMAV. — Fumay, chef-lieu de canton, est une ville de 4,857 habitants, dans une situation pittoresque, sur la rive gauche de la Meuse, dans une presqu'île, à 17 kilomètres au nord-est de Rocroi; station (à 700 mètres) de la ligne du chemin de fer de Mézières à Givet (réseau de l'Est). Il y avait là, dès le viu" siècle, une l'erme dépendante du prieuré de Uevin. L'exploitation des ardoisières voisines, qui fat commencée au xn° siècle, dut y amener beaucoup d'ouvriers. Fumay dépendait du diocèse de Liège. Cette ville el quelques localités voisines formaient encore, au dernier siècle, un pays indépendant, qui ne fut réuni à la France qu'en 1770. En 1740, on y découvrit, en fouillant les ruines d'un ancien château, une, grantle quantité de blé enfoui sous les décombres d'une tour cl dans un état de parfaite conservation Outre ses ardoisières, Fumay possède une fonderie et des carrières dé grès. Les environs offrent quelques promenades agréables.

C'est dans le canton de Fumay, près du village de Laifour, que se Irouvent sur les bords de la Meuse les rochers connus sous le nom de Dames de Meuse-.

Revin. — Revin est une petite ville du canton de Fumay, peuplée par 3, .550 habilants, à 10 kilomètres à l'est de Rocroi, dans une situation pittoresque, sur un isthme formé par un détour de la Meuse qu'on y traverse par deux ponts suspendus, au pied de collines assez élevées. C'est une station de la ligne du chemin de fer de Mézières-Charleville-Givet (réseau de l'Est).

Il existait jadis à Revin un prieuré dont on ignore l'origine. En 1649, Philippe d'.\renberg, prince de Chimay, y fonda, pour l'enseignement de la jeunesse, un couvent de dominicains qui fut supprimé à la Révolution. Les bâtiments conventuels, ainsi que l'église, subsistent encore. L'industrie est représentée par des forges, des ferronneries et des tanneries. Il s'y fait un certain commerce de bois.

Givet. — Givet, jolie et forte ville, chef-lieu de '1

canton, slalion de la ligne du chemin de fer de Mézières-Givet-Namur et Bruxelles (réseau de l'Est), peuplée par 5,573 habilants, est située à 40 kilomètres au nord-est de Rocroi. Celte ville se compo.se du Grand-Givet, sur la rive gauche de la Meuse, et du Pclit-Givet, sur la rive droite. La place est prol(''gée par le fort Charlemont. Elle ne con.sislait d'abord qu'en deux hameaux séparés par la Meuse, qui faisaient partie du comté d'Agimonl et appartenaient à l'évoque de Liège. L'empereur Charles-Quint en prit possession en 1535 ety fitbàlirla forteresse que, de son nom, il nomma Charlemont. En 1680, le traité de Nimègue assura à Louis XIV la possession de cette citadelle, et, en 1699, les deux Givet et quelques villages voisins furent cédés à la France. Une partie des forliPicalions date de celle époque; elles ont été faites sous la direction de Vauban. Le pont qui relie les deux Givet a été terminé en 1816. L'année précédenle, les Prussiens s'étaient emparés de Givet; mais ils avaient fait de vains efforts pour s'emparer de la forteresse de Charlemont, qui no se rendit que lorsqu'on connut l'arrivée de Louis XYlIIà Paris. Les environs de Givet sont très pittoresques. Givet, centre d'une industrie active, possède des fabriques de pipes, de crayons, de colle forte, des carrières de calcaire bleu, etc. C'est la patrie d'un de nos plus célèbres musiciens, Méhul, né en 1763, mort en 1817, \\s.\\\.&mA\x Jeune Henri, àe Joseph, de VIrato et de diverses cantates composées pendant la Révolution, et dont la plus célèbre est le CJuDit du départ. Lorsque la Convention fonda l'Institut, le premier membre élu de la classe de musique fui Méhul.

llCTHEi. (lat. 49° 30' 43"; long. 2» 1' 48" E.). — jislhel [Rcgiteste, Ritreste, Retelium), station de Il ligne du chemin de fer de Reims-Mézières-Charleville à Thionville (section de Reims à Mézières, réseau de l'Est), est une ville ancienne, située près de r.\isne et du canal des Ardennes, peuplée par 7,415 habitants, chef-lieu d'un arrondissement et d'un canton, avec tribunal de première instance, société d'agriculture, à 41 kilomètres à l'ouest de Mézières. C'était autrefois la capitale du duché du même nom, et elle dépendait du diocèse de Reims, du parlement de Paris et de l'intendance de Châlons. On croit qu'il existait à cette place un poste militaire du temps des Romains, et u'ils y avaient bùti un fort pour protéger le passage

A ni) EN m: s

de l'Aisne. Mais toutes les traditions qui se rapportent aux premiers temps de l'existence plus ou moins certaine de Uetliel sont obscures et contestées. Au \T siècle, Cyriaque et Quintienne donnèrent ce bourg à saint Rémi, cvèque de Reims, afin que celui-ci, par ses prières, obtînt de Dieu qu'il leur donnât un fils. Leurs vœux furent exaucés. Depuis cette époque, Rethel appartint à l'archevêché de Reims jusqu'au x° siècle, époque à laquelle ce domaine passa entre les mains des moines de Saint-Remi. Ceux-ci se choisirent un avoué, selon l'usage du temps, pour défendre le temporel de l'abbaye; mais l'avoué ne tarda pas à abuser du pouvoir qui loi était confié et, prenant j le titre de comte, s'adjugea la possession des terres qu'il était chargé de défendre. Le comte le plus ancien est Manassès l"', frère de Roger, comte de Chàteau-Porcicn. Tous deux se soulevèrent avec j Arnould, archevêque de Reims, contre Hugues Gapet et défendirent contre lui son compélileur, Charles de Lorraine. Manassès H réunit à son domaine le comté de Porcien, ainsi que Sainte-Menehould et Stenay. L'évoque de Verdun lui enleva i ces deux places et rasa Stenay. Le comte, qui était alors fort vieux, n'avait opposé aucune résistance. Son fils Hugues eut aussi des démêlés avec le j clergé, n avait voulu employer à la construction | d'un château à Rethel les vassaux du prieuré de j Saint-Remi. Excommunié pour ce fait par l'arche- j vêque de Reims, il fut obligé de venir avec son fils 1 aîné solliciter son pardon dans l'église de l'abbaye, i Parmi ses successeurs, nous ne nommerons que le comte Hugues, au commencement du xui° siècle, « grandement amateur du soulagement des peuples, dit un chroniqueur : il ôta plusieurs servages i personnels qui se levoient sur les Relhelois et leur commerce. » Il fil bâtir l'Ilùtel-Dieu. L'un de ses successeurs n'eut qu'une fille, qui épousa, en 1291, Louis de Flandre et porta dans celle maison le comté de Rethel, qui s'y trouva réuni avec celui de Nevers. Le comté passa ensuite dans la maison de Bourgogne, puis dans celle de Clèves, en 14ao, et dans celle de Gonzague en lo6o. L'histoire de Rethel présente peu de particularités intéressantes. La guerre ravagea souvent les environs de cette ville pendant le xvi" et la première moitié du xvn° siècle. Le seul événement important fut la prise de cette ville par l'archiduc Léopold, en IGiiO, qui en fut chassé la même année, et le combat (|ui se livra près de ses murs entre les troupes fran-

çaises, commandées par le maréchal du Plessis- Praslin, et Turenne, alors dans les rangs de nos ennemis. Charles Hl de Gonzague vendit le Rcthelois, en lGo9, au cardinal Mazarin, qui le fit ériger en duché-pairie sous le titre de Mazarin. Après sa mort, le duché, qui comprenait, outre licthel, Mézières, Donchery et cinq autres prévotés, fut possédé par Charles-Armand de La Porto de La Meilleraie, mari de l'une des nièces du cardinal.

La principale église de Rethel, classée parmi les monuments historiques, se compose de deux églises soudées latéralement l'une à l'autre. Cette ville possède, en outre, un hôtel de ville qui date de 1750, un hôpital général et une prison cellulaire modèle. C'est le centre d'une fabrication importante de tissus, principalement des mérinos. On y trouve, en outre, des filatures de laine peignée, des tissages mécaniques; dans les environs, il existe des bri(iueteries et une carrière de craie.

Les armes de Rethel sont : de ffucules, à deux râteaux démanchés d'or, posés en fasce l'un sur l'autre.

Daudy. — Darby est un grand et beau village de 414 habitants, situé à 7 kilomètres à l'ouest de Rethel, au milieu d'une campagne délicieuse; on y fabrique de très bons fromages, et il possède une filature. De ce village dépendait autrefois le hameau de Gerson, où naquit, en 1363, Jean Charlier de Gerson, l'illustre docteur évangélique et très chrétien; U fit ses études à Paris, au collège de Navarre, et il succéda à son ami, Pierre d'Ailly, dans l'éminente dignité de chanceher de l'Université. Il est l'auteur de \' Imitation de Jésus-CJirist, que l'on a longtemps attribuée à Thomas de Kempen ou à Kempis; il mourut à plus de soixantedix ans, à Lyon, dans un couvent de célcstins dont son frère était prieur. Le hameau de Gerson n'existe plus; en 1G66, on voyait encore un reste de muraille de la maison natale du pieux docteur, que les gens du pays appelaient Piijnon de Gerson.

SoRBON. — Sorbon, petit village de 347 habitants, situé à 4 kilomètres au nord-ouest de Rethel, possédait autrefois un château entouré de fossés. C'est la patrie de Robert de Sorbon, qui y naquit en I20I, d'une famille pauvre et obscure. Après avoir fait ses études à Paris et s'être fait recevoir docteur, il s'acquit une grande réputation par ses sermons et ses conlérences et devint chapelain et confes-

seur de saint Louis. On lui doit la fondation du collège de Sorbonne, à Paris, où l'enseignement était donné par une société d'ecclésiastiques séculiers qui, « vivant en commun et ayant les choses nécessaires à la vie, ne fussent plus occupés que de l'étude et enseignement gratuitement. » La Sorbonne fut fondée en 125-2; Robert en fut le premier directeur, et il en rédigea les statuts, qui ne furent jamais réformés ni changes jusqu'à la suppression de l'établissement.

CHATE.ivu-PoRciEN. — Chàteau-Porcien {Caslnim Porcicmï) est une petite ville de 1,768 habitants, chef-lieu de canton, située à 12 kilomètres à l'ouest de Hethel, sur la rive droite de l'Aisne, qui forme en cet endroit une île occupée par une partie de la ville. Elle est dominée par un rocher escarpé, couronné par les ruines d'un vieux château. Nous avons vu, dans l'article Piethel, que Chàteau-Porcien, comté d'abord indépendant, fut réuni à celui de Pielhel. En 1263, il fut cédé à Thibaut, comte de Champagne. Jeanne de Navarre l'apporta en mariage à Philippe le Bel. Philippe le donna à Gauthier de Châtillon, en 1303. Le comté a eu depuis de nombreux possesseurs; mais toutes ces transmissions n'offrent que très peu d'intérêt. Pendant les guerres du milieu du xvii= siècle, Chùteau- Porcien soutint plusieurs sièges et fut pris deux fois par les Espagnols. Des fouilles ont fait découvrir près de ce bourg un assez grand nombre d'antiquités, qui atlestcnt la présence d'un établissement romain dans le pays. Chùleau-Porcien possède aujourd'tuii quelques filatures assez considérables.

Sedan (lat. 49» 42' 6"; long. 2» 36' 40" E.). — Sedan [Sedamim), ancienne souveraineté, dépendait du diocèse de P»eims, du parlement et de l'intendance de Metz et possédait gouvernement militaire, bailliage, présidial, arsenal, etc. C'est aujourd'hui un chef-lieu d'arrondissement et de deux cantons; station de la ligne du chemin de fer de Mézières à Thionville et Metz et nœud de la ligne de Paris à Ueims-Mézières, Givet-Sedan et Thionville (réseau du Nord). Elle est située à 22 kilomètres à l'est de Mézières, sur les deux rives de la Meuse, mais principalement sur la rive droite, au pied de hauteurs qui dominent la ville et la rivière. Sa population est de 16,593 habitants, et elle possède des tribunaux de première instance et de commerce, une chambre consultativedes manufactures, une société d'agricul-

ture, un collège communal, un cours d'enseignement secondaire spécial, etc.

Il y eut longtemps un village à la place où s'élève aujourd'hui Sedan; mais cette ville ne figure dans l'histoire qu'à partir du xv° siècle. Clovis de Braquemont, fils d'un chambellan de Charles VI, vendit cette seigneurie, en 1424, à Evrard III de La Marck, et Sedan resta pendant un siècle et demi dans cette famille de hardis aventuriers, qui devaient augmenter rapidement l'importance de cette ville. C'était une famille d'origine westphalienne. Placés sur la frontière entre l'Allemagne et la France, ces seigneurs défiaient tour à tour l'Empire et la Bourgogne et devinrent bientôt précieux à la France, qui, sous Louis XI, se servit habilement de leur courage et aussi de leurs crimes. Evrard III jeta les fondements du château de Sedan, et bientôt une nombreuse population vint s'installer à l'abri de celte forteresse. Jean de La Marck, son fils, chambellan de France sous Charles VII ; Piobert I", qui joignit par mariage à la seigneurie de Sedan celles de Fleuranges et de Jamette, n'ont point joué un rôle important dans l'histoire. Mais Guillaume, frère de Robert, le Sanglier des Ardennes, chassé du palais de l'évêque de Liège, dont il avait assassiné un des officiers, regoit du roi de France des troupes et de l'argent, attire dans une embuscade l'évêque de Liège, qu'il tue de sa propre main, et contraint le chapitre de Liège à nommer son frère évêque de Liège et son frère Robert châtelain de Bouillon. Mais une partie du chapitre nomme évèque le comte de Horn, appuyé par l'Autriche. Cet évoque et l'empereur attirèrent Guillaume à un tournoi à Liège : il est saisi et décapité. Sa mort fut cruellement vengée par son frère Robert, qui, pendant sept ans, commit dans le pays de Liège d'abominables atrocités. Appuyé par la France, Robert joignit définitivement le duché de Bouillon à la principauté de Sedan. Il périt au siège d'Ivoy. Robert II, le grand Sanglier des Ardennes, montra, dans sa conduite envers la France, moins de fidélité que ses devanciers. Sous Louis XII, il fit partie de l'expédition dTtalie, combattit bravement à la bataille de Novare et fournit à la France ces valeureux lansquenets qui se montrèrent si terribles sur les champs de bataille du xvi° siècle. Mais, choqué de quelques méfiances et mauvais procédés de François I" à son égard, il se rejeta du côté de l'Empire et contribua à l'élection de Charles-Quint, avec lequel il ne tarda pas à se brouiller. 11 lança même contre l'empereur un défi

ARDENNES

niidacieux, auquel Charlcs-Quint répondit en envoyant le conilc de Nassau prendre et dévaster les domaines de llobert. Ce fut là l'origine de la longue guerre entre François I" et Charles-Quinl. Robert ne fut rétabli dans ses possessions que par le traité de Madrid, dans lequel François I" stipula expressément celle restitution. Il mourut on Iu36.

Son fils, Robert, plus connu sous le nom de Fleuranges, maréchal de France, resta inébranlable dans sa fidélité à notre pays. Ce fut un des hommes de guerre les plus illustres du xvi" siècle. 11 reçut quaranle-six blessures au siège de Novare, se distingua à la bataille de Marignan, et François 1", après s'èlrc fait armer chevalier par Bavard après le combat, voulut conférer lui-même l'ordre de la chevalerie à l'intrépide Fleuranges. 11 fut fait prisonnier avec le roi à la bataille de Pavie, fut enferme au château de l'Écluse, en Flandre, où il demeura plusieurs années. Rendu à la liberté, il fut promu à la dignité de maréchal de France et mourut en 1S36. C'est lui qui a laissé les curieux mémoires connus sous le nom Aq Mémoires d'un jeune adventureux, récit héroïque et coloré des grands faits d'armes auxquels il avait pris une part si glorieuse.

Robert IV, moins illustre, n'en reçut pas moins, comme son père, le bâton de maréchal de France; il est vrai qu'il avait épousé la fille de Diane de Poitiers, maîtresse du roi; ce sont de ces services que les rois ne sauraient oublier. Robert mourut « par sujet, dit Brantôme, que je ne dirai point, pour fuir scandale, et empoisonné pourtant par ses plus proches. » Ce fut sous lui que Sedan fut érigée en principauté. Robert fixa les coutumes locales dans une espèce de code, agrandit la ville et resserra le lit de la rivière. Sous son fils, Sedan devait jouer un rôle plus important et devenir le foyer du protestantisme dans cette contrée. Henri-Robert se convertit au protestantisme; mais il donna un rare exemple de tolérance et montra des sentiments bien au-dessus de son siècle. Catholiques et prolestants curent également à Sedan le libre exercice de leur religion, et il fut défendu d'y inquiéter qui que ce fût pour motif de religion. Les biens ecclésiastiques furent confisqués, il est vrai, mais le produit en fut consacré à la fondation d'établissements charitables et à l'instruction primaire gratuite, assurée à tous les enfants de la classe pauvre. Sedan devint, surtout après la Saint-Barthélémy, l'asile des réformés; ils y apportèrent leurs graves

habitudes, leur amour des lettres et leur industrie. Duplessis-Mornay y résida longtemps; les écoles se multiplièrent. Henri-Robert introduisit dans la législation de ses États des réformes qui sont pour nous un sujet de stupéfaction quand nous songeons au siècle où ces réformes s'accomplirent. Ses ordonn:'.uces statuaient que « nul bourgeois ou sujet ne pourrait cire arrêté sans une information préalable. — La confiscation des biens est abolie, même pour les cas de lèse-majesté, lorsque les condamnés ont dos enfants. — Toute cession ou transport de dettes à une personne privilégiée ou puissante est réputée nulle. — Celui qui assaille un pâtre est puni comme s'il eût assailli quelqu'un dans sa maison. » Grâce à ces dispositions si libérales et à sa vigilance, Henri-Robert fit régner l'ordre dans ses États. Il organisa la garde bourgeoise. Sa veuve compléta son œuvre en faisant nommer par le peuple, tous les ans à la Pentecôte, ses jurés et ses échevins. Son fils, Guillaume-Robert, servit avec distinction la cause protestante par les armes et mourut à Genève à l'âge de vingt-six ans. En lui finit la première maison de Bouillon. Sa sœur, Charlotte, héritière de tous ses biens, épousa, en lo91, Henri de La Tour-d'Auvergne, vicomte deTurenne. C'est là l'origine de la seconde maison de Bouillon. La guerre continuait entre les ligueurs et Henri IV; la nuit môme de ses noces, Henri de La Tour-d'Âuvergne surprit Stenay. « Ventre-saint-gris 1 s'écria Henri IV, quel beau cadeau de noces il me fait là ! si l'on m'en faisait souvent de pareils, je serais bientôt maître de tout le royaume! » Récompensé par le bâton de maréchal de France, Henri oublia pourtant tous ses devoirs envers la France et entra dans la conspiration de Biron, en 1602. Henri IV lui pardonna toutefois. Mais, après la mort du roi, le duc de Bouillon se livra à toutes les intrigues, prit parti d'abord pour le maréchal d'Ancre, puis contre lui et prépara son assassinat; se lia ensuite avec Marie de Médicis, révoltée contre l'autorité royale, et enfin mourut à Sedan en 1623. Son fils aîné, Frédéric-Maurice, hérita de son humeur turbulente, prit part à la conspiration de Cinq-Mars, obtint pourtant sa grâce du terrible Richelieu, grâce qu'il paya en abandonnant la forteresse de Sedan au roi, se jeta dans la Fronde et mourut en 1652. Mais son frère compensa tous les torts de sa famille envers la France; il est de ceux dont on ne raconte pas l'histoire , — c'est le plus grand capitaine du xvii° siècle, en un mol c'est lurenne.

LA FRANGE ILLUSTREE

Nous ne poiu-suivrons pas l'hisloiro de la famille de Bouillon, qui joua sous Louis XIV un assez triste rôle dans la personne de la fameuse duchesse de Bouillon, Marie Mancini, femme débauchée, et qui, mêlée à la terrible affaire des poisons avec la Voisin, fut exilée par Louis XIV. Depuis le milieu du xvn° siècle, l'histoire de Sedan n'est plus celle d'une famille et se confond avec l'histoire de la France. En 1642, le maréchal de Fabert prit possession de la ville au nom du roi et en fit compléter les fortifications. Il attira des ouvriers flamands en drap, qui transportèrent à Sedan une industrie Jusque-là réservée à la Hollande et à la Flandre, et la manufacture de Sedan devint une richesse pour la France tout entière.

La révocation de l'édit de Nantes porta un coup terrible à la prospérité de la ville ; 400 familles furent obligées de s'exiler. Des villages voisins furent entièrement dépeuplés, et 2,000 ouvriers réduits à mendier leur pain. Cependant la ville reprit peu à peu son activité industrielle. Elle resta fidèle aux traditions libérales et accueillit avec enthousiasme la Révolution.

Elle devait être célèbre à un autre titre encore. C'est à Sedan et dans les environs que se passa le dernier acte de cette guerre insensée de 1870-1871 ; c'est là que devait se terminer l'agonie de notre dernière armée régulière. « Ce n'était plus qu'une question d'heures, dit un historien. L'armée française renonçant à l'offensive, il était certain que l'ennemi garnirait, vers midi, toutes les hauteurs opposées à celles qu'il occupait. Dès lors, son énorme supériorité en artillerie défierait toute résistance. Un essai d'offensive sur un point quelconque deviendrait à chaque instant plus difficile. On avait pu, le 30, manœuvrer et combattre. On avait pu fuir dans la nuit du 31 au l"'' septembre; tout devenait bientôt impossible, et la destinée s'accomplissait! »

Nous ne pouvons raconter ici cette funeste bataille. Contentons-nous de faire connaître le champ sur lequel elle se livra et sa terminaison unique dans nos annales, puisqu'elle aboutit à la déplorable capitulation d'une armée de 180,000 hommes et à la reddition de celui qui n'avait pas craint de lancer la nation dans cette déplorable aventure.

Le plateau de Sedan, qu'occupait l'armée française, présente un développement de 8 kilomètres du nord au sud et de 4 kilomètres au plus de l'est à l'ouest. Sur la rive droite de la Meuse, la ville de

Sedan s'étend jusqu'aux premières pentes des hauteurs, sur lesquelles se prolonge en partie un ancien camp retranché. Sur la rive gauche, dans un coude très prononcé de la Meuse, s'étend le faubourg de Torcy, défendu par une tète de pont qui forme la corde de l'arc décrit par le fieuve. Le village de Bazeilles, au nord-ouest de celui-ci, et le faubourg de Balan s'étendent au fond de la vallée. C'est seulement au nord et à l'est de ces deux localités que le sol monte graduellement et s'élève de plus en plus vers le nord jusqu'aux grandes forêts des Ardennes. A l'est, le terrain très accidente du champ de bataille est limité par une vallée encaissée entre des pentes rapides, qui court du nord au sud, et dans laquelle se trouvent les villages de Givonne, Daigny et La Moncelle ; au nord-ouest, il est borné par la vallée de l'Illy, aii fond de laquelle sont situés Floing et Illy. Entre Bazeilles et Sedan, la rive droite de la Meuse forme une plaine d'une largeur de 1,500 mètres; sur la rive gauche, au contraire, s'étendent, depuis Rcniilly jusqu'à Wadelincourt, des hauteurs qui commandent au loin le bord opposé et qui viennent mourir sur le fleuve. A quatre heures, le sort de nos armes était décidé, nous étions vaincus; à quatre heures, le champ de bataille était abandonné et nos troupes s'entassaient pêle-mêle dans l'étroite enceinte de Sedan. L'empereur prescrivit alors d'arborer le drapeau blanc sur un point élevé de la citadelle et se rendit de sa personne à l'ennemi. Le maréchal de Mac-Mahon, blessé, avait été remplacé par le général de Wimpffen, arrivé d'Afrique l'avant-veille, et auquel était réservée la triste mission de régler le sort de l'armée. Voici les ternies de la capitulation qu'il dut signer :

« Article l". L'armée française, sous le commandement suprême du général de Wimpffen, étant cernée dans Sedan par des troupes supérieures, se constitue prisonnière de guerre.

» Art. 2. En considération de la bravoure déployée par l'armée française, sont exceptés de cette mesure tous les généraux, officiers et fonctionnaires assimilés, aussitôt qu'ils auront engagé leur parole d'honneur écrite de ne pas reprendre les armes pendant la durée de la guerre actuelle et de ne nuire en aucune manière aux intérêts de l'Allemagne. Les officiers et fonctionnaires qui souscriront à cette condition conserveront leurs armes et les effets qui leur appartiennent en propre.

ARDENNES

» Art. 3. I.ps armes et le matériel de guerre, tel que drapeaux, étendards, canons, munitions, etc., seront remis à une commission militaire instituée à Sedan par le général français et qui en deviendra aussitôt responsable envers les commissaires allemands.

» .\rt. 4. La place de Sedan, dans son état actuel, sera remise à S. M. le roi de Prusse, dans la soirée du 2 septembre au plus tard.

» Art. 5. Les officiers qui ne souscriront pas l'engagement mentionné en l'article 2 seront désarmés comme les soldats; les uns et les autres auront à rejoindre en bon ordre leurs régiments ou corps respectifs. Cette opération commencera le 2 septembre et devra être terminée le 3. Ces détachements seront conduits sur le terrain entouré par la Meuse à Iges et remis aux commissaires allemands par leurs officiers, qui céderont ensuite le commandement à leurs sous-olficiers. Tous les m'decins sans exception devront demeurer pour panser les blessés. — De Moltke, Df. Wimpffen. »

C'est au cbàleau de Bellevuo, aux portes de Sedan, près de Frénois, où Napoléon III avait été conduit, que fut signée, le 2 septembre 1870, celte funeste capitulation. Le 3 septembre, l'armée sortit par le faubourg de Torcy, descendit la .Meuse et se trouva tout entière emprisonnée dans l'île d'Iges que forment le canal et la Meuse. Elle fut gardée par le i'^' corps bavarois et le xi° prussien. Après quelques jours de cruelles souffrances, aggravées par la faim et le mauvais temps, elle fut internée dans les places de rAllemagne et y resta jusqu'à la la fin de la guerre.

Sedan, importante ville manulacturière, est célèbre parla fabrication de ses draps, dont la réputation est européenne. Son commerce et son industrie ne se bornent pas aux seuls tissus de laine ; on y trouve encore des filatures de laine, des teintureries, des fabriques de cordes, des tanneries et, dans les environs, des établissements métallurgiques.

Cette ville est dominée par un château fort très élevé. Ses rues sont, en général, étroites et propres. Elle ne possède point de monuments curieux. Sur une de ses places s'élève la statue en bronze du plus glorieux de ses enfants, Turenne; elle est l'ouvrage de M. Gois. Sedan est également la patrie du maréchal Macdonald et de M. Cunin-Gridalne, ministre sous Louis-Philippe.

Les armes de Sedan sont : d'argent, à un saii-

jlier passant de sable, adossé à un chêne de sinople et posé sur une terrasse de même.

B.vzEiLLEs. — Dazeillcs est un gros bourg peuple par 1,736 habitants, canton sud, arrondissement et à 3 kilomètres au sud-est de Sedan, situé nu milieu de belles plantations de peupliers, à 1 kilomètre de la rive droite de la Meuse. L'industrie y est représentée par des fabriques et des fouleries de draps, des forges et une fabrique de tôles. C'est une station de la ligne du chemin de fer de Mczières-Charleville-Thionville-.Metz (réseau de l'Est).

Durant la guerre franco-allemande de 1870-1871 et comme préliminaires de la bataille de Sedan, Bazeilles fut le théâtre d'une lutte acharnée. « Ce ne fut que vers dix heures, après six heures d'une effroyable mêlée, dit un historien de cette guerre, que les Bavarois réussirent à pénétrer dans Bazeilles. Mais il fallut l'emporter maison par maison, jardin par jardin. Les marins défendaient chaque bouquet d'arbres, chaque recoin avec acharnement. Leurs munitions épuisées, ils se précipitaient à la ba'ionnette sur leur ennemi et allaient recommencer plus loin, vendant chèrement leur vie, car ils savaient que l'Allemand barbare ne faisait pas de quartier. Les Bavarois massacraient sans pitié tout ce qui s'offrait à leurs coups ; femmes, enfants, vieillards, rien ne fut épargné. Des enfants en bas âge eurent la lète broyée contre des pans de muraille; de malheureuses femmes, affolées et fuyant le feu, étaient repoussées à coups de crosse au milieu des flammes. Après de tels actes de sauvagerie et lorsque la première fureur du combat eut été apaisée, il semblait que l'humanité allait reprendre ses droits; il n'en fut rien. Lorsque les Bavarois eurent emporté Bazeilles, ils trouvèrent encore beaucoup d'habitants qui avaient survécu au désastre; ils les emmenèrent derrière le village, sans distinction d'âge et de sexe, et les fusillèrent impitoyablement, malgré leurs larmes et leurs supplications. »

C.^niG.NAN. — Carignan, chef-lieu de canton, est une petite ville peuplée par 2,113 habitants, arrondissement et à 20 kilomètres au sud-ouest de Sedan, au pied de hauteurs, dans une position pittoresque, sur la rive droite du Chiers. C'est une station de la. ligne du chemin de fer de .Mézières à Thionville et à Metz et de la petite ligne de Carignan à Messempré.

LA FRAiNCE ILLUSTREE

Celte ville poi-lait aulrefois le nom u'ivoy ou Yvois [Epoissium, Ejmsum, Ivoslmii); c'clail une station mililaii-e des Romains mentionnée dans l'Itinéraire d'Antonin; elle était traversée par la route de Reims à Trêves. Après avoir appartenu aux comtes de Chimay, aux ducs de Luxembourg, aux maisons de Bourgogne et d'Autriche, elle fut définitivement cédée à la France en 1639, par le traité des Pyrénées. Louis XIV en fit relever les fortificalions et la donna, à titre de seigneurie, à Eugène-.Maurice, comte de Soissons, fils du prince de Carignan, dont elle a pris le nom qu'elle porte aujourd'hui. Elle passa, en 1762, au duc de Pcnthièvre qui la donna à sa fille, la duchesse de Chartres, mère du roi Louis-Philippe.

Au moment de la bataille de BazeiUes, durant la guerre de 1870-1871, Carignan était occupé par la garde prussienne qui défendait une position en avant de cette ville.

Carignan est aujourd'hui un centre industriel important, qui renferme des filatures, desfouleries de draps, des laminoirs et des fabriques de pointes et d'épingles, des tréfileries et des moulins. Il s'y fait un certain commerce de bois.

CuEVEUGiîs. — Cheveuges est un village de 632 habitants , situé à 8 kilomètres au sud-ouest de Sedan, sur la rive droite de la Par.

C'est sur le territoire de celte commune qu'a été donnée la bataille de la Marfée, en 1641, dans un lieu situé entre le bois de la Marfée et le village de Chaumont. Les combattants étaient, d'un côté, le duc de Bouillon, Frédéric-Maurice, et le comte de Soissons; de l'autre, le maréchal de Châtillon et Fabert. Ces derniers, qui commandaient l'armée royale, furent vaincus, et le comte de Soissons fut tué. Cette victoire ne profita pas au duc de Bouillon, qui fit sa soumission à Louis XIII et à Richelieu. La mort du comte de Soissons est encore un mystère. Suivant les uns, le comte aurait eu la tête fracassée d'un coup de pistolet tiré à bout portant par un cavalier qui ne l'avait pas reconnu, et qui périt à son tour sous les coups des gens du comte; suivant d'autres, il se serait involontairement donné la mort à lui-môme en relevant imprudemment la visière de son casque avec le bout de son pistolet. Richelieu, sorti triomphant des embarras que les intrigues du comte de Soissons et de la maison de Bouillon voulaient lui susciter, poursuivit tous ceux qui avaient pris part au complot du

comte avec l'Espagne. Cinq-Mars et l'infortuné de Thou furent alors victimes de son inexorable politique.

MouzoN. — Mouzon [Mosomar/us Remorum, Mosonium), station de la ligne du chemin de fer de Lérouville à Sedan, est une petite et ancienne ville du diocèse de Reims, du parlement et de l'intendance de Metz, aujourd'hui chef-lieu d'un canton, à 17 kilomètres au sud-est de Sedan, sur la rive droite de la Meuse, et peuplée par 1,983 habitants. On prétend que celte ville existait à l'époque de la conquête des Gaules par César. Clovis la donna à saint Rémi. La seigneurie de Mouzon continua d'appartenir aux archevêques de Reims. Elle possédait une abbaye de filles et un château, qui, en 882, furent brûlés par les Normands. L'abbaye rebâtie passa plus tard aux bénédictins. Il eu reste une église, le plus bel édifice du département, qui sert aujourd'hui de paroisse. En 1630, Mouzon fut assiégée et prise après sept semaines de résistance par Turenne. Elle a depuis ce temps perdu de son importance. C'était jadis une cité toute religieuse; il fut question d'y instituer un évèché, et, au moyen âge, il s'y est tenu trois conciles.

Le 30 août 1870, un combat sanglant, suite de celui de Beaumont, fut livré à Mouzon.

Au moment de la bataille de Bazeilles, cette ville fut occupée par le iV^ corps de la 111" armée prussienne.

Mouzon possède quelques fabriques de draps, des filatures et des tanneries.

Beaumont. — Beaumont est un bourg peuplé par 1,190 habiants, sur une colline dominant la Meuse, canton de Mouzon, à 23 kilomètres au sud de Sedan. C'est aux environs de ce bourg que, le 30 août 1870, fut surprise par les Allemands la 3° division du 3" corps de l'armée française (division Goze), sous les ordres du général de Failly. « Ce fut, dit un historien, une surprise complète et désastreuse. Les obus prussiens et saxons signalèrent tout d'abord la présence de l'ennemi; avant qu'on eût pu prendre des dispositions pour le repousser, le campement se trouva envahi, et les restes de la division s'enfuirent en abandonnant l'artillerie et les bagages. » A la suite de cette échaulTourée, le combat se généralisa et nos troupes durent se mettre en retraite. C'étaient les préliminaires de Bazeilles et de Sedan. En effet, à la suite du com-

ARDENNES

ChAteau de Bcllevue, près de Sedan.

bat de Beaumont, la garde royale prussienne s'était portée jusqu'à Carignan, et, le 31 août, Wadelincourt et Frénois étaient occupés par les Bavarois.

DoNcnERY. — Donchery [DoncJieriaciim), à 5 kilomètres à l'ouest de Sedan, station du chemin de Ter de Mézières, Thionville et Metz (réseau de l'Est), est une petite ville de 1,970 habitants, entourée de murailles et assez agréablement bâtie sur la rive droite de la Meuse. Elle existait sous Louis le Débonnaire. Elle appartint successivement aux comtes de Castrices, aux ducs de Lorraine, aux comtes de Rethel. Elle fut fortifiée pendant les guerres de la Jacquerie, en 1338. On y montre la maison où Henri IV, après la reddition de Sedan, en 1606, écrivait à Gabrielle d'Estrées : « Je suis plus heureux que César, car j'ai vamcu avant d'avoir vu. »

Cette ville possède des usines métallurgiques,

France ILLUSTRÉE. 132.

des fabriques d'enclumes, des filatures, des manufactures de draps et tapis, etc.

Durant la guerre de 1870 et au moment de la bataille de Bazeilles, Donchery fut occupé par un corps de la III" armée prussienne.

Les armes de Donchery sont : de gueules, à deux râteaux démanchés d'or en chef, et une lettre capitale D d'argent en j^olnte.

Voi'ziERs (lat. 49^ 23' 53"; long. 2» 22' 6" E.). — Vouziers est une petite ville de 3,458 habitants, chef-lieu d'un arrondissement et d'un canton, avec tribunal de première instance, société d'agriculture, située à S2 kilomètres au sud de Mézières, sur l'Aisne et sur le canal qui porte son nom ; c'est une station du tronçon qui se détache à Amagne de la ligne du chemin de fer de Reims-Mézières- Charleville, pour aller rejoindre Sainte-Menehould, par Apremont. Vouziers prétend à une origine romaine. Il est question dans l'Itinéraire d'An-

33» — Ardennes, 4= Liv.

tonin d'un endroit nomme Vovgus, à mi-chemin entre Reims et Ivoy; est-ce le Vouziers d'aujourd'hui? Quoi qu'il en soit de celte grave question, ce n'était, au xiv siècle, qu'un village nommé Vourcq, avec litre de vicomte, et bâti autour de deux fermes appelées les Vouziers. Par lettres patentes de François 1", il y fut établi un marché aux grains, qui devint très considérable et accrut l'importance de cette localité. Cette ville est située dans une contrée fertile, sur la rive gauche de l'Aisne. Elle est propre et assez bien bâtie; elle fait un commerce assez important de grains, vins, huiles et bestiaux; elle fabrique de la vannerie fine, des biscuits et de l'huile à brûler.

La Croix-aux-Dois. — La Croix-aux-Bois, village de 438 habitants, situé à 8 kilomètres à l'est de Vouziers, sur la route de cette ville à Montmédy, n'était, en IG'iîî, qu'un modeste hameau de 40 habitants; les maraudeurs espagnols des garnisons de Montmédy et de Virlon ayant voulu les piller, ils coururent aux armes, livrèrent courageusement bataille à leurs ennemis et les continrent jusqu'à ce que les garnisons françaises les plus voisines fussent venues à leur secours. Mais leur héroïque résistance leur coûta cher, car 27 d'entre eux avaient été tués.

Celte même petite conunune est encore célèbre dans la campagne de l'Ârgonne, on 1792, par un combat qui précéda de quelques jours seulement la glorieuse journée de Valmy.

Dumouriez occupait Sedan ; il avait devant lui l'armée coalisée, qui marchait sur Paris. Montrant du doigt la forêt de l'Argonne, il s'était écrié : « Ce sont là les Thermopyles de la France; si je puis y être avant les Prussiens, tout est sauvé. » En effet, celte forci, aujourd'hui en partie défrichée, qui s'étendait de Sedan à Passavant (Marne) sur un espace de 55 à 60 kilomètres, était alors tout à fait impénétrable à une armée, excepté dans quelques passages principaux, à cause des inégalités du terrain, des clairières, du mélange des bois et des eaux.

Les quatre défilés dits du Chêne-Populeux, de Grandpré, de la Chalade et des Isleltes furent gardés et fortifiés. Le passage de La Croix-aux-Bois, situé entre Le Chêne-Populeux et Grandpré, fut négligé. « Accablé de soins immenses, dit M. Tbiers [Histoire de la Révolution, tome II, livre vu), Dumouriez n'était pas allé juger par ses propres yeux de

ce passage. N'ayant d'ailleurs que peu de monde à y placer, il avait cru trop facilement que quelques cents hommes suffiraient à sa garde. Pour comble de malheur, le colonel qui y commandait lui persuada que l'on pouvait même retirer une partie des troupes qui s'y trouvaient, et qu'en brisant les routes quelques volontah'es suffiraient à y maintenir la défensive. Dumouriez se laissa tromper par ce colonel, vieux militaire cl jugé dignj de confiance.

» Pendant ce temps, Brunswick avait fait examiner nos divers postes, et il avait eu un moment le projet de longer la forêt jusqu'à Sedan pour le tourner vers cette extrémité. Il parait que, pendant ce inouvement, des espions révélèrent la négligence du général français. La Croi.x-aux-Bois fut attaquée par les Autrichiens et des émigrés commandés par le prince de Ligne. Les abatis avaient à peine été commencés, les roules n'avaient pas été brisées et le passage fut occupé sans résistance dès le 13 septembre au matin. A peine Dumouriez eut-il appris celle funeste nouvelle, qu'il envoya le général Chasot, homme d'une grande bravoure, avec deux brigades, six escadrons et quatre pièces de huit, pour occuper de nouveau le passage et en chasser les Autrichiens. Il ordonna de les attaquer à la baïonnette avec lu plus grande vivacité et avant (|u'ils eussent trouvé le temps de se retrancher. La journée du 13 s'écoula, et celle du 14 se passa encore sans que le général Chasot pût exécuter cet ordre. Le 15, enfin, il attaqua avec vigueur, repoussa l'ennemi et lui fit perdre le poste et son chef, le prince de Ligne. Mais, deux heures après, attaqué lui-même par des forces très supérieures, et avant d'avoir pu se retrancher, il fut repoussé de nouveau et entièrement dépossédé de La Croixaux-Bois. Chasot était, en outre, coupé de Grandpré et ne pouvait se retirer vers l'armée principale, qui se trouvait ainsi affaiblie. Il se replia aussitôt sur Vouziers. Le général Dubouquct, commandant au Chêne-Populeux et heureux jusque-là dans sa résistance, se voyant séparé de Grandpré, pensa qu'il ne fallait pas s'exposer à être enveloppé par l'ennemi, qui, ayant coupé la ligne à La Croix-aux-Bois, allait déboucher en masse. Il résolut de décamper et de se retirer, par Atligny et

Sommc-Puis, sur Châlons

Le seul obstacle qu'on pût opposer à l'invasion , l'Argonne, était franchi, et la route de Paris était ouverte. »

AUDENNES

On sait comment à quelques jours de là, le 20 septembre , Dumouriez , ayant sous ses ordres Kellermann, Chasot, Duval et le duc de Chartres, depuis Louis-Pliilippe, livrait près du moulin de Valmy la fumeuse bataille où furent tirés plus de vingt mille coups de canon, à la suite de laquelle l'armée coalisée regagnait en désordre la frontière.

Attignv. — Attigny {Attbiiacum) est un cheflieu de canton peuplé de 1,873 habitants, situé sur la rive gauche de l'Aisne, à 14 kilomètres de Vouziers, troisième station du tronçon qui se détache à Amagne de la ligne du chemin de fer de Reims- Mézières-Charleville (réseau de l'Est), se dirigeant sur Vouziers. C'était une ville importante sous les rois de la première et de la seconde race. Un palais y fut bâti par Clovis II en 647 et fut souvent la résidence des successeurs de ce prince. Pépin, maire du palais, y tint une cour plénière en 730, et quand il fut parvenu au trône il y convoqua une assemblée générale des Francs. C'est dans un palais de cette ville qu'en 786 le chef intrépide des Saxons, Wilikind, enfin dompté, reçut le baptême en présence de Charlemagne. C'est là également que Louis le Débonnaire, effrayé par les remords de sa conscience, qui lui reprochait sa cruauté à l'égard de son neveu Bernard, et aussi ses mesures, moins rigoureuses pourtant , à l'égard des moines Wala et Adalhard, qu'il s'était contenté de renvoyer aux devoirs de leur état, voulut être soumis à une pénitence publique, au grand mécontentement de ses guerriers, qui rougissaient de voir le front de leur chef s'humilier devant un prêtre. Divers conciles se tinrent à Attigny. Mais la puissance de cette ville cessa lorsque les rois n'y firent plus leur résidence; elle devint la propriété des archevêques de Reims, et le palais des souverains l'ut une de leurs résidences. Ce palais, voisin d'une antique voie romaine , avait pour dépendances de vastes jardins, un vivier dont on peut reconnaître encore les vestiges; il existe encore un portail de ce palais; il forme l'entrée de l'hôtel de ville actuel. L'église, ornée de sculptures curieuses, mais gâtée par des constructions modernes, subsiste aussi au-

jourd'hui; elle appartient à l'époque de transition du roman au gothique. Depuis l'avènement de la troisième race, l'histoire d'.\ttigny ne présente plus rien de notable. La forteresse, qui défendait la ville, et le palais furent détruits au commencement du xvu" siècle, et l'importance de cette ville si déchue n'a semblé se relever un peu que de nos jours depuis l'ouverture du canal qui fait communiquer l'Aisne et la Meuse.

Atligny possède une sucrerie, une filature, une fabrique de chicorée, des tanneries, des briiiucteries; son territoire produit en abondance des céréales d'excellente qualité.

BuzANCv. — Buzancy ou Barles , chef- lieu de canton, à 22 kilomètres au nord-est de Vouziers, est situé dans un vallon entouré de prairies. Ce bourg, qui compte 826 habitants, existait au vin» siècle; c'était une baronnie. Il était entouré de murs, dont une partie subsiste encore. Des deux côtés de la principale porte du château habité aujourd'hui par le général Chanzy, né à Nouart à 7 kilomètres de Buzancy, sont placés deux lions qui ornaient jadis à Lunéville le palais du roi de Pologne; ils datent de Louis XV. Sur la partie la plus élevée du bourg s'élève un édifice carré, trapu, percé de fenêtres assez petites ; on l'appelle la mosquée de Mahomet. Il fut bâti par Pierre d'Anglure, comte de Bourlemont, à son retour des croisades. Ce chevalier, fait prisonnier avec saint Louis, n'obtint sa liberté qu'à la condition d'aller dans son pays chercher sa rançon et la rapporter. Pierre, revenu dans son pays, vendit une partie de ses biens et retourna en Orient porter sa rançon. Le sultan fut si touché de sa loyauté qu'il refusa l'argent et, le mettant en liberté, ne lui imposa d'autre condition que celle de bàlir dans son pays une mosquée semblable à celles qu'il avait vues en Orient. Cette mosquée sert aujourd'hui de mairie et d'école communale. A l'ouest du bourg se trouve le château de la Cour qui a remplacé une maison habitée par saint Rémi.

Le 29 août 1870, il y eut dans le canton de Buzancy, aux confins du déparlement de la .Meuse, une canonnade qui fut le prélude de la bataille de Beaumont, livrée le lendemain.

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