‹ La France illustréeChapitre 20 sur 301 · DERNIERS CARLOVINGIENS · texte numérisé non relu

DERNIERS CARLOVINGIENS

Dans cet état de division et d'ébranlement général, l'empire de Chariemagne fut assailli par les pirates du Nord. Un jour que le vieil empereur visitait un port de la Méditerranée, il aperçut leurs barques qui s'approchaient et se mit à pleurer. Puis, voyant que les grands s'étonnaient de ses larmes, il leur dit : « Savez-vous, mes fidèles, pourquoi je pleure amèrement? Certes, je ne crains pas qu'ils me nuisent par ces misérables pirateries ; mais je m'afflige de ce que, moi vivant, ils ont manqué de toucher ce rivage et je suis tourmenté d'une vive douleur quand je prévois tout ce qu'ils feront de maux à mes neveux et à leurs peuples. » Ces pirates, sortis du Danemark, de la Suède, de la Norvège, arrivaient par flottes do barques sous le commandement d'un chef. « Le Roi de mer était partout suivi avec fidélité et toujours obéi avec zèle; parce que toujours il était renommé le plus brave entre les braves, comme

celui qui n'avait jamais dormi sous un toit de planches, qui n'avait jamais vidé la coupe auprès d'un foyer abrité. Il savait gouverner le vaisseau comme un bon cavalier manie son cheval... Egaux sous un pareil chef, les pirates danois cheminaient gaiement sur la route des cygnes, comme disent leurs vieilles poésies nationales. Tantôt ils côtoyaient la terre et guettaient leur ennemi dans les détroits, les baies et les petits mouillages; tantôt ils se lançaient à sa poursuite à travers l'Océan. Les violents orages des mers du Nord dispersaient et brisaient leurs frêles navires, tous ne rejoignaient pas le vaisseau du chef au signal du ralliement; mais ceux qui survivaient à leurs compagnons naufragés n'en avaient ni moins de confiance ni plus de souci : ils se riaient des vents et des flols, qui n'avaient pu leur nuire. « La force » de la tempête, chantaient-ils, aide le bras de nos » rameurs ; l'ouragan est à notre service, il nous » jette où nous voulons aller. » Ces terribles brigands de mer remontèrent tous nos fleuves et portèrent le ravage jusqu'au cœur du pays. Il est peu de villes de France qui n'aient souffert de leur férocité. Ils pillaient surtout les riches monastères. « Nous avons chanté, disaient-ils, la messe des lances; elle a commencé de grand matin et elle a duré jusqu'à la nuit. » Robert le Fort, ancêtre des Capéliens, fut, de tous les officiers de Charles le Chauve, le seul qui résista, entre la Seine et la Loire. La gloire qu'il acquit en protégeant le pays fut sans doute l'origine de la fortune à laquelle sa famille devait parvenir un siècle après.

L'impuissance du pouvoir central se manifesta dans ces circonstances. A vrai dire, il n'existait plus : les gouverneurs de provinces s'étaient rendus indépendants, et l'édit de Kiersy-sur-Oise, qu'ils arrachèrent à Charles le Chauve, en 877, consomma l'établissement du régime féodal en leur reconnaissant en droit d'hérédité des fiefs et des offices. .\lors deviennent, en effet, héréditaires la plupart des grands fiefs de France : comtes de Toulouse, d'Angoulème, de Poitiers, d'Auvergne, de Flandre; duchés de Gascogne, de France, de Bourgogne, etc. On compta cinquante-deux fiefs principaux, sans parler des fiefs secondaires. La couronne chancelle sur la tête des derniers Carlovingiens. Après l'éphémère et dernière réunion de tous les sceptres de Chariemagne dans la main de Charles le Gros, empereur incapable qui se laisse déposer (888), le fils de Robert le Fort, Eudes, duc de France,

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également célèbre dans le pays par ses succès contre les Normands, est élu roi de France. Le sang de Cliarlemagne reparaît sur le trône avec Charles le Simple ; mais ce roi, au lieu de battre les Normands, comme Eudes, leur cède une province, la riche Neustrie, qui prend de ses nouveaux maîtres le nom de Normandie (912). Odieux aux habilanls du duché de France, à cause de l'appui qu'il trouve chez les Lorrains et les Allemands et de la faveur qu'il leur accorde à sa cour, il est détrôné. Robert, duc de France, puis Raoul, duc de Bourgogne, prennent sa place. Louis IV, d'Outremer, autre rejeton carlovingien ramené sur le trône, fut éclipsé par Hugues le Grand, duc de France, comme les derniers Mérovingiens par les maires du palais. Enfm Lothaire et Louis V furent les derniers de cette lignée, à laquelle Hugues Capet substitua, en 987, la dynastie qui a porté son nom.

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