Aube, 1" Liv
L'Aujon prend sa source à la fontaine d'Aujon, non loin du village de Criiley, dans le département de la Haute-Marne ; elle n'appartient à celui de l'Aube que dans la dernière partie de son cours seulement et se jette dans l'Aube un peu au-dessous de Clairvaux.
La Voire, qui est en partie canalisée, prend sa source à Sommevoire, dans le département de la Haute-Marne, et vient se jeter dans l'Aube au-dessous de Lesmont.
La Seine entre dans le département, un peu avant Mussy-sur-Seine, en sortant de celui de la Côte-d'Or, où elle prend sa source ; elle passe successivement à Mussy, Courteron, Gyé, Bar, Courtenot, Saint-Parres-les-Vaudes, Clérey, Verrières, Saint-Julien, Troyes, Saint-Benoît, Mergey, Méry, où elle devient navigable, et près de Courceroy elle entre dans le département de Seine-et-Marne et poursuit son cours vers la Manche, en traversant encore cinq de nos plus riches départements. Son parcours dans l'Aube est d'environ 90 kilomètres.
L'Armance et la Vanne, affluents de droite de la rivière de l'Yonne, prennent leur source dans le département.
Il y a dans l'Aube trois canaux : celui de Courtavant, formé par la petite rivière de Villenauxe ; celui d'Anglure, qui relie l'Aube à la navigation de la haute Seine, et celui de la Haute-Seine, destiné à faire remonter la navigation de la Seine jusqu'à ChâtiUon ; mais il n'est encore exécuté que jusqu'à Troyes. H commence à Marcilly, dans le département de la Marne. Son parcours, dans ce département, est de 11 kilomètres, et dans celui de l'Aube, de 33 kilomètres 728 mètres ; il compte 15 écluses.
On trouve dans la partie septentrionale du département environ une centaine d'étangs, qui, pour la plupart, ne sont que de simples retenues d'eau que l'on pèche ordinairement tous les trois ans. Celui de Lesmont est réputé pour ses bonnes carpes ; ceux de la Horre et de Villemahcu sont les plus étendus.
Voles tle communication. — Le département de l'Aube compte : 5 routes nationales, d'un parcours de 379 kilomètres; 13 routes départementales, 354 kilomètres ; 25 chemins vicinaux de grande communication, 541 kilomètres; 35 chemins vicinaux d'intérêt commun, 650 kilomètres ;
et plus de 1,100 chemins vicinaux ordinaires, d'une longueur approximative de 1,900 kilomètres.
La principale ligne de chemin de fer qui traverse le département est celle de l'Est ; elle y entre en sortant du département de Seine-et-Marne, un peu avant la station de Nogent-s;i:- -Seine, et dessert successivement les stations de Nogent-sur- Seine (111 kilomètres de Paris), Pont-sur-Scine, Romilly, Maizières, Mesgrigny, Saint-Mesmin, Savières, Payns, Saint-Lye, Barberey, Troyes (167 kilomètres de Paris), Uouilly-Saint-Loup, Lusigny, Montieramey, Vendeuvre, Jessains, Arsonval-Jaucourt, Bar-sur-Aube (221 kilomètres de Paris), Bayel et Clairvaux.
A Troyes, un embranchement se dirige sur Chàtillon-sur-Seine ; il dessert dans le département les stations de Saint-Julien, Maisons-Blanches - Verrières, Clerey, Saint-Parres-les-Vaudes, Fouchères, Courtenot, Bar-sur-Seine (199 kilomètres de Paris), Polisot, Gye-sur-Seine, Plaines et Mussy.
La ligne d'Orléans à Chàlons traverse aussi le département et passe par Troyes ; elle dessert dans le département les stations de Vulaines-Rigny-Ie- Féron, Saint-Benoit, Aix-en-Othe, Estissac, Fontvannes, Messon, Torvilliers, Troyes (206 kilomètres d'Orléans, 92 de Chfdons), Lavau, Creney, Assencières, Charmont, Montsuzain, Voué, Saint-Étienne- Nozay, Arcis-sur-Aube (36 kilomètres de Troyes), AUibaudières, llerbisse et Mailly.
D'autres lignes sont à l'étude ou en projet ; citons : celle de Saint-Florentin à Saint-Dizier, qui traverse le département dans la direction du sudouest au nord-est et passera par Brienne , celle de Romilly à Esternay et celle de Jessains à Éclaron.
On peut évaluer à environ 300 kilomètres les lignes actuellement (1879) exploitées.
Climat. — Le département de l'Aube a sa partie occidentale dans la région du climat séquanien et sa partie orientale dans la région du climat vosgien. Il participe donc de chacun des deux climats du nord-ouest et du nord-est. Les hivers y sont rigoureux, et les pluies fréquentes dans l'est. La température habituelle du département est variable et humide ; l'automne est la belle saison. L'air est vif et sec dans la grande plaine au nord de Troyes , mais dans l'ouest il est moins pur à cause du voisinage des marais. Les vents dominants sont le sud-ouest, l'ouest et le nord-ouest; ils amènent, ainsi que celui du sud, des pluies abondantes à la
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fin de Faulomne et au commencement de l'hiver. La température est généralement à Troyes peu différente de celle de Paris. On prétend que la carie des dents y est assez fréquente.
Productions naturelles. — Le département de l'Aube appartient à la région géologique dite de Champagne, mais sa partie sud-est dépend de la région dite de Bourgogne. La première présente une vaste plaine de craie sèche et onduleuse que sillonnent des vallées assci nombreuses, mais à pentes très douces; la seconde offre un plateau composé de calcaire et d'argiles jurassiques, qui forme quelques vallées plus profondes que les précédentes, et qui donne naissance à des sources nombreuses.
L'Aube est un des plus pauvres départements de la France au point de vue minéralogique; on y trouve, cependant, quelques pyrites ferrugineuses, et près de Chennegy une mine de fer, mais elle est depuis longtemps abandonnée à cause de son peu de rapport. On exploite des carrières de pierre de taille et de pierre à bâtir sur plusieurs points du territoire ; celle des bois de Mussy est très belle ; celles de Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine, de Chamenay, de Fontette et de Saint-Usage sont estimées ; celles de Polisy et de Bourguignons sont de médiocre qualité. On trouve du grès à paver près de Courliou, de Nogent, de Crancey, de Ferreux et de Saint-Ferréol. La pierre propre à faire de la chaux se rencontre dans toute l'étendue du département ; celle de Fougères est surtout employée. L'argile se rencontre en beaucoup d'endroits et notamment près de Briel, d'Amance, de Villy-en-Trode, deMagnicourt, de Lassicourt, de Larrivour et de Mesnil- Saint-Père. La marne se trouve dans les environs Je Prunay, de Villeloup, de Ramerupt et de Thcnnelières. A Villeloup et dans beaucoup d'autres communes du département, on exploite les carrières de craie friable à l'aide de laquelle on fabrique le blanc de Troyes, que l'on vend au Parisien sous le nom de blanc d'Espagne. Citons encore des carrières de marbre, de pierres lithographiques et d'argile à creusets, qui sont exploitées avec succès.
Il y a quelques sources minérales à Fuligny, à La Chapelle-Godefroy , à La Ville-aux-Bois-lès-Soulaines et dans quelques autres localités.
Malgré la stérilité du sol sur une grande étendue, le département produit une récolle en céréales
suffisante pour la consommation de ses habitants. Les céréales les plus cultivées sont le froment d'hiver et de mars, le seigle, le méteil, l'avoine, l'orge et le sarrasin ; les plantes potagères et légumineuses sont abondantes et d'excellente qualité. Aux environs de Troyes, et surtout près de Saint-André, on cultive en grand l'ail et l'échalote ; les navels de Montgueux sont réputés les meilleurs de toute la France; dans plusieurs cantons les légumes secs réussissent à merveille.
Les vignes sont surtout l'objet d'une grande culture et donnent lieu à un commerce de vins assez important; elles occupent près de 22,000 hectares et produisent de 300,000 à 500,000 hectolitres, dont la moitié est consommée dans le déparlement et le surplus livré à l'exploitation. Les meilleurs crus sont ceux des Riceys, de Bar-sur-Aube, de Bouilly, de Laines-aux-Bois et de Javernant; les vins rouges des Riceys, de Balnot-sur-Laignes et d'Avirey sont rangés parmi les vins de première classe. En 1871, la production a été de 494,939 hectolitres, estimés à 17,322,865 francs; en 1874, elle était descendue, à cause de la maladie de la vigne, à 264,437 hectolitres ; en 1875, année abondante, on comptait 1,468,833 hectolitres; enfin, en 1877, on comptait seulement 505,049 hectolitres. Les arbres fruitiers sont encore peu multipliés ; dans le canton d'Aix-en-Othe, on en obtient un cidre de médiocre qualité. Le chanvre réussit parfaitement dans les cantons de Bar-sur-Seine et de Troyes. Les vallées de l'Aube, de la Seine, de la Voire, de l'Aujon et de l'Armance ont des prairies naturelles qui produisent des foins de bonne qualité, dont une partie est dirigée sur Paris. La partie septentrionale et orientale du département est couverte de beaux bois, qui fournissent beaucoup de bois de chauffage, de charpente et de charronnage, et dont une partie est convertie en charbon, qu'on expédie à Paris par Arcis et Nogent. Les principales forêts sont celles de Clairvaux, de Chaource, d'Othe, de Beauregard , d'Orient et de Soulaines. D'immenses plantations de pins d'Ecosse ont eu lieu dans les parties crayeuses du nord du département et y ont parfaitement réussi dans certains endroits.
Les chevaux que l'on élève dans le département sont de taille médiocre, mais vigoureux et bien faits. Les vaches donnent un lait excellent, avec lequel on fait des fromages gras très renommés, notamment ceux de Barberey. On élève des moutons de race perfectionnée; les porcs y sont l'ob-
jet de soins entendus, mais ils ne sont pas en nombre suffisant pour l'alimentation du commerce de Troyes, renommée depuis un temps immémorial pour l'excellence de sa charcuterie. Les bords de la Voire et de la Barse nourrissent beaucoup d'oies et de canards, et le canton de Ghavanges élève un nombre considérable de dindons. Les forêts renferment beaucoup de chevreuils et de sangliers ; le lièvre et le lapin, les perdrix, les alouettes, les vanneaux, les canards sauvages, les bécassines sont très communs. Dans le canton de Méry, on se livre à l'éducation en grand des abeilles. Enfin, les rivières et les étangs nourrissent d'excellents poissons et de grosses écrevisses.
liifliistric agricole, niaiiiifacturlèrc et commerciale. — Le département de l'Aube est un pays agricole et manufacturier; l'agriculture y est en progrès; la culture des prairies artificielles s'étend chaque jour davantage ; les terres y sont convenablement soignées, mais le fumier et les engrais ne suffi-sent pas à la consommation locale; le département de la Marne fournit le surplus; les cultivateurs s'adonnent à l'engraissement des oies, des canards et des dindons, qui sont ensuite expédiés sur les marchés de la capitale. La culture des plantes oléagineuses a été introduite avec succès ; celle des plantes potagères est une branche importante de l'industrie des petits cultivateurs. La superficie du département se partage en superficie bâtie et voies de communication, 57,950 hectares, et en territoire agricole, 542,180 hectares. Ce dernier se subdivise lui-même en: céréales, 227, 574 hectares; farineux, 8,265; cultures potagères et maraîchères, 2,732; cultures industrielles, 6,054; prairies artificielles, 41,585 ; fourrages annuels, 3,687; autres cultures et jachères, 74,139; vignes, 21,216; bois et forêts, 104,861; prairies naturelles, 34,638; pâturages et pacages, 4,676; terres incultes, 12,762 hectares.
L'industrie manufacturière est variée et active ; ses produits les plus importants sont la bonneterie, les tissus de coton (15 filatures) et la draperie; c'est principalement dans les environs de Troyes que cette fabrication est concentrée ; le nombre des fabriques et des manufactures dépasse 300. 11 n'y existe ni forges ni hauts fourneaux, mais on y trouve des poteries, des verreries, des tuileries, des faïenceries (17 fabriques), des papeteries, de nombreux moulins, des scieries hydrauliques, des
distilleries, des corderies, des raffineries de sucre, etc., etc. Les vins, la charcuterie, la bonneterie, les tissus de coton et les laines sont les grands articles de l'exportation ; les autres sont les bois et la tonnellerie, les fourrages, les chevaux, les cuirs, le blanc de Troyes. Le nombre des foires du département est de 174; elles se tiennent dans 53 communes et durent 298 journées. Celle du 20 février à Troyes durs 15 jours; celle du 1" septembre, dans la même ville, en dure 8; celles du 11 août et du 28 octobre, à Nogent, durent 3 jours. A Troyes, il y a le jeudi saint une foire importante pour le lard et les jambons.
Division politique et atlmiiiistratlve. — Le déparlement de l'Aube a pour cheflieu Troyes ; il comprend 5 arrondissements, 26 cantons, 446 communes; le tableau que nous donnons plus loin les fera connaître. Il appartient à la région agricole du nord-est. Ce département forme le diocèse d'un évêché dont le siège est à Troyes et qui est suffragant de l'archevêché de Sens. Il y a un grand séminaire à Troyes et un petit séminaire à Saint-Martin-ès-Vignes. Le diocèse comprend 8 cures de première classe, 32 de seconde et 383 succursales, et 9 vicariats. Il y a à Troyes un temple réformé qui dépend du consistoire de Meaux.
Les cinq tribunaux de première instance des chefs-lieux d'arrondissement et le tribunal de commerce de Troyes sont du ressort de la cour d'appel de Paris. Le département fait partie de l'académie universitaire de Dijon. Il y a à Troyes un lycée, et un collège communal à Bar-sur-Aube. Il y a à Troyes une école normale d'instituteurs, une école normale primaire; dans le département, 12 institutions secondaires libres et 634 écoles primaires, et des écoles commerciale et industrielle à Troyes.
Le département se rattache au 6° corps d'armée et à la Q" région de l'armée territoriale, dont l'étalmajor a son siège à Châlons-sur-Marne ; Troyes est le chef-lieu d'une des subdivisions de région. La compagnie de gendarmerie départementale appartient à la 6* légion, dont l'état-major est à Châlonssur-Marne.
Le département dépend de l'arrondissement minéralogique de Troyes, qui se rattache à la région du nord-est et qui comprend, outre l'Aube, les départements des Ardennes, de la Meuse, de la Marne, de l'Yonne, des Vosges, de Meurthe-et-Moselle. Le département de l'Aube appartient à la 4'= inspection
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des ponts et chaussées et au 8" arrondissement forestier, qui comprend en outre le déparlement de l'Yonne, et dont le conservateur réside à Troyes.
On compte dans l'Aube 59 perceptions des finances ; les contributions et revenus publics atteignent 18 millions de francs.
HISTOIRE Dn DÉPARTEMENT
La tribu gauloise des Tricasses, (jui, dans l'origine, occupait le territoire formant la plus grande partie de l'Aube, est une des moins connues des liisloriens , elle dépendait sans doute de la conféilération rémoise et sénonaise, et son histoire se confond avec celle des Eemi et des Senones, ces fidèles alliés des Romains. César ne fait pas mention des Tricasses ; Pline et Ptolémée ne font que les nommer.
Le pays des Tricasses appartenait à la Gaule celtique et fut ;ompris d'abord dans la première, puis dans la quatrième Lyonnaise. Ravagé par les liagaudes en 286, il fut, en 4SI, le théâtre d'une sanglante bataille, que les Romains et les Francs leurs alliés livrèrent à l'armée d'Attila dans les Champs catalanniques, plaines voisines de Troyes. Attila, vaincu, dut se retirer, laissant, dit-on, trois cent mille hommes sur le champ de bataille.
Nous trouvons, dès le s" siècle, ce pays, ainsi que celui des Reml (Reims) et des Cakdauni (Chùlons), désigné, à cause de son apparence physique, sous le nom de Campagnia, Champagne, le pays des plaines. Après l'invasion des barbares , la Champagne fut divisée entre le royaume des Burgondes et celui des Francs, puis, au partage de la Gaule entre les fils de Clovis, elle fit partie du royaume d'Austrasie. Jusqu'au x« siècle, des chefs militaires, nommés à vie et révocables, eurent le litre de comtes ou ducs de Champagne. Deux de ces ducs sont connus pour le rôle important qu'ils semblent avoir Joué à l'époque sanglante de Frédégonde et de Brunehaut : l'un. Lupus, fut le conseiller et le favori de Brunehaut; l'autre, Wintrio, d'abord partisan de la reine d'Austrasie, finit par conspirer contre elle et fut mis à mort par son ordre (597). Quelques-uns mentionnent encore comme ducs de Champagne, vers la fin du siècle suivant, Drogon, Grimoald, Théodoald, qu'ils font fils et pelits-fils de Pépin d'ilérislal.
La dynastie des comtes de Champagne commence avec Robert, troisième fils de ce comte de Vermandois, Herbert II, descendant de Charlemagnc, allié
de Hugues le Grand et qui trahit Charles le Simple. Robert n'avait hérité de son père que de Vilry et de quelques bourgades ; comme tant d'autres, il profita des années tumultueuses qui préparèrent l'avènement définitif de la race capétienne; il s'empara de Troyes contre l'évcque Anségise , s'agrandit encore d'Arcis, de Rhetel, de Mézières, de Donchéry et prit le titre de comte de Troyes. C'est lui, dit-on, qui institua le conseil des sept pairs de Champagne, qui tenaient les états et les grandsjours delà province; ces sept pairs étaient (ou furent plus tard) les comtes de Joigny, de Rhetel, de Braine, de Roucy, de Brienne, de Grand-Pré et de Bar-sur- Seine.
Son frère Herbert et Etienne, fils de celui-ci, régnèrent pieux et paisibles sous le roi Robert. Etienne étant mort sans enfant, son cousin Eudes, petit-fils de Thibaut le Tricheur, déjà comte de Blois, Chartres, Tours, Beauvais, Mcaux, fonde la seconde maison de Champagne et la plus illustre.
Le chef de la maison de Blois et de Champagne, Thibaut le Tricheur, était, suivant les uns, d'origine normande et parent de RoUon ; suivant Raoul Glaber, il était fils d'un Champenois, Ilastang ou Ilastings; les Normands étant venus piller la Champagne, Hastings s'enrôla et fit fortune. Son fils Thibaut, élevé de bonne heure dans le métier, se fit remarquer de ses compagnons et devint un de leurs chefs. Il seconda Hugues le Grand dans ses intrigues et ses luttes contre Louis d'Outre-mer et obtint le comté de Troyes en épousant une fille d'Herbert II de Vermandois. Les vieux vers suivants expliquent le surnom qu'on lui donna :
Tlnbaud Je Chartres fut fil et enguigaux, Chevaliei' fut moult et proux et moult chcvaliroux , Mais moult par fut cruel et moult fut envieux. Thibaud fut plein d'engein et plein de feiutie; A homme ne à femme ne porta amitié; De franc ne de cliétif u'ot mercy ne pitié. Ne ne douta de faire malœuvre ne péché.
Le fils de Thibaut le Tricheur, Eudes, fut le premier mari de la fameuse Berthe, qui épousa le roi Robert et en eut un fils nommé également Eudes ou Odon.
Eudes II et le roi Robert se prétendirent tous deux parents d'Etienne et se disputèrent sa succession ; Eudes s'en empara et la garda. Par la réunion de ces deux grands fiefs de Blois et de Champagne, il comptait plus de grands vassaux et
il se trouva plus puissant que le roi capétien. Il fut le plus turbulent, le plus ambitieux des comtes de Champagne. Il commença par soutenir la reine Constance et son fils Robert contre Henri I""" ; puis il se sentit assez fort pour s'attaquer à l'empereur d'Allemagne. 11 prétendit contre Conrad II à la couronne d'Arles, à celle de Lorraine et rêva un nouveau royaume d'Austrasie. Le roi de Bourgogne, Rodolphe III, avait légué ses États à l'empereur Conrad II. Eudes, neveu de Rodolphe par sa mère Berthe, réclama et courut se mettre en possession de la Bourgogne. Il en soumit tout d'abord la plus grande partie. Une députation de la ville de Milan, révoltée contre l'empereur, vint lui offrir la couronne d'Italie ; la Lorraine l'app^ela contre son nouveau duc, Gothelon, créature de Conrad. Eudes pensait déjà se faire couronner à Aix-la-Chapelle. Il envahit la Lorraine et s'empara de Bar. Mais les vassaux de l'empire marchèrent contre lui ; Eudes fut défait et tué de la main même de Gothelon, qui lui trancha la tète. Il ne put être retrouvé parmi les morts que par sa femme, Ermangarde (1037). Cette puissance redoutable du comte de Champagne s'affaiblit sous ses deux fils, qui se partagèrent ses Etats. Thibaut l"', l'aîné, finit cependanl par les réunir, à la mort de son frère Etienne.
Etienne III, fils de Thibaut I", fut tue en Palestine, où il était allé secourir Baudouin. L'aîné de ses fils, Etienne, hérita de Blois et disputa à Henri Plantagenet le trône d'Angleterre, qu'il finit par occuper; le puîné, Thibaut II ou le Grand, eut la Champagne.
Thibaut II fut l'ami de saint Bernard. Par la protection qu'il accorda au neveu d'Innocent III , nommé malgré le roi Louis VII à l'archevêché de Bourges, il attira d'effroyables malheurs sur la Champagne. Louis Vil vint ravager toute la province. Vitry fut incendiée ; treize cents personnes, hommes, femmes et enfants, qui s'étaient réfugiées dans l'église, périrent au milieu des flammes. Saint Bernard conclut le traité de paix.
Son successeur, Henri I^"" le Large ou le Libéral, fit faire de grands travaux. La Seine fut partagée au-dessus de Troyes en trois canaux, dont deux traversèrent la ville, qui se trouva assainie et où de nouvelles manufactures s'établirent. Il enferma les faubourgs dans la ville en les entourant d'une nouvelle enceinte et de tours. C'est également sous son règne que fut achevée l'église Saint-Étienne.
Henri H le Jeune se croisa avec Philippe-
Auguste, s'attacha à Richard Cœur de Lion et devint roi de Jérusalem en épousant, malgré l'excommunication lancée contre lui, Isabelle, sœur et héritière de Baudouin V.
Thibaut III, son frère, comte de Blois et de Chartres, réunit de nouveau les deux domaines ; il épousa la fille de Don Sanche de Navarre et mit cette nouvelle couronne dans sa famille. Il était suzerain de plus de dix-huit cents fiefs, lorsqu'il fut choisi pour conduire la croisade que prêchait Foulques de Neuilly. La mort le surprit au moment du départ, et le commandement passa au comte de Flandre, son beau-frère. La plupart de ses vassaux partirent cependant, et parmi eux le maréchal de Champagne, Geoffroi de Villehardouin, qui devait être l'historien éloquent de celte merveilleuse expédition.
Le plus célèbre des comtes de Blois, Champagne et Brie fut son fils, Thibaut IV le Posthume ou le Chansonnier, non pour sa gloire de souverain: il porta la couronne de Navarre, alla en croisade comme la plupart de ses prédécesseurs et n'en joua guère un plus grand rôle; mais l'homme, le prince libéral, l'amant de la reine Blanche, l'imitateur original des troubadours, le poète gracieux cl spirituel est resté populaire.
Pendant sa minorité , sa mère , Blanche de Navarre, gouverna; c'était une femme forte comme la mère de saint Louis. Un compétiteur, mari d'une fille du comte Henri II, appuyé de plusieurs puissants seigneurs, Erard de Brienne, ayant attaqué la Champagne, Blanche leva aussitôt l'armée de ses vassaux fidèles, en appela à la cour des pairs de France, se fit rendre justice, obtint du pape une excommunication contre l'envahisseur et assura l'héritage de son fils.
Thibaut fut de bonne heure envoyé par sa mère à la cour de Philippe-Auguste. Il fit ses premières armes sous Louis Vlll, au siège de La Rochelle; il s'y comporta vaillamment. C'est vers ce temps, diton, qu'il tomba amoureux de la reine et que son génie poétique s'éveilla. « Il se partit tout pensif, et lui veiiolt souvent en remembrance le doux regard de la reine et sa belle contenance. Lors si entroit dans son cœur la douceur amoureuse ; mais quand il lui souvenoit qu'elle estoit si haute dame et de si bonne renommée, et de sa bonne vie et nette, si muoit sa douce pensée en grande tristesse. Et pour ce que profondes pensées engendrent mélancolie, il lui fut dit d'aucuns sages
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Bar-sur-Aube.
hommes qu'il s'estudiât en beaux sons et doux chants d'instruments, et si fit-il. » Lui-même a dit :
Au levenir que je fis de Florence S'émut mon cœur au petit de chanter, Quand j'approcliois de la terre de France Où celle maint que ne puis oublier.
Celle que j'aime est de tel signorie Que sa beauté me fit ontrequider ; Quand je la voiSj je ne sais que je die, Si suis surpris que ne l'ose prier.
Louis VIII mourut en revenant du siège d'Avignon. Thibaut fut accusé de l'avoir empoisonné. Durant la minorité de saint Louis, Thibaut fut, malgré sa versatilité, le meilleur appui de la régente. L'amour et la jalousie, à ce qu'il semble, eurent plus de part à sa conduite que la politique. « Il couroit vers ce lemps-là un bruit..., savoir que le seigneur légat et la reine Blanche ne se comporloient pas ensemble ainsi qu'il estoit convenable. »
l'r.ANCE ILLUSTREE. TO.
Aussi Thibaut pencha-t-il d'abord du côte des barons ; mais il se ravisa et vint rendre hommage au roi. La ligue se trouva une première fois dissoute. Afin de gagner plus siu-ement Thibaut à la cause féodale, Pierre Mauclerc, le chef des mécontents, lui offrit sa fille Yolande, et Thibaut accepta. Yolande fut amenée jusqu'à Valserre. Le mariage allait être célébré, quand un billet de la reine rengagea Thibaut. Pierre Mauclerc, ainsi outrageusement joué, s'en retourna en Bretagne, et la guerre commença aussitôt; elle ne devait pas tarder à punir Thibaut de ses légèretés et de ses trahisons et à amener de grands malheurs en Champagne. La reine avait convoqué le ban royal contre Mauclerc; la plupart des seigneurs, bien que du parti de celui-ci, obéirent. Leur service féodal était de quarante jours; dès qu'ils furent expirés, le duc de Bourgogne, les comtes de Boulogne, de Bar, de Serez, les sires de Coucy, de Chùtillon et d'autres quittèrent l'armée du roi pour aller
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envahir la Champagne. Tout le pays fut dévasté. Le comte de Champagne lui-même, pour se défendre, fut contraint de brûler plusieurs de ses villes , Chaumes, Épernay, Les Vertus et Sézanne. Les bourgeois de Troyes, auxquels s'étaient joints les hommes d'armes du sire de Joinville (père de l'historien), réussirent à se débarrasser du duc de Bourgogne, qui les assiégeait. Mais il fallut que Thibaut implorât le secours du roi. Saint Louis s'avança en personne à la tête de son armée, et les barons se retirèrent. Mais des l'année suivante, après le débarquement du roi d'Angleterre, Henri III, ils revinrent plus nombreux saccager les terres du comte de Champagne. Ils l'accusaient plus haut que jamais d'empoisonnement. Thibaut leur livra bataille et fut vaincu ; deux cents de ses chevaliers furent faits prisonniers; lui-même s'enfuit comme il put jusqu'à Paris. Louis et Blanche s'entremirent, et la paix fut conclue à la condition que Thibaut prendrait la croix et irait combattre les ennemis dit, crucifié.
Thibaut ne se hâta point et ne partit que neuf ans après avec un grand nombre de ses vassaux et de ses anciens ennemis, entre autres Pierre Mauclerc et le duc de Bourgogne. Dans l'intervalle, il était devenu roi de Navarre par la mort de Don Sanche (1234J. La croisade finit assez honteusement pour tous. Thibaut revint la même année, abandonnant soixante-dix de ses chevaliers. Depuis, dit Roderic, il s'appliqua à gouverner ses États de Champagne et de Navarre avec justice et douceur et à y maintenir la paix. Il résidait tantôt à Pampelune, tantôt dans son château de Provins, où, entre autres magnificences, il avait fait peindre en or et en azur ses chansons, paroles et musique, au milieu d'Amours et de cœurs percés de flèches. Le commerce de Champagne prospéra d'ailleurs sous ce règne, et Thibaut établit un grand nombre de « communautés de bourgeois et de villageois en qui il se fiait plus qu'en ses soldats (Albéric). » Il mourut quelques mois avant Blanche de Castille, à Pampelune (1253).
Son fils et son successeur, Thibaut V, épousa Isabelle de France, fille de saint Louis; la demande en avait été faite par son sénéchal de Champagne, le sire de Joinville. Le roi de Navarre suivit son beau-père à sa seconde croisade et mourut comme lui de fatigue au retour ; il mourut en Sicile. Sa couronne et ses seigneuries furent l'héritage de fon frère Henri HI, qui n'est célèbre que pour son
excessif embonpoint et mourut en 1274 dune attaque d'apoplexie.
Henri HI ne laissait qu'une fille, Jeanne, âgée de trois ans. La Navarre se souleva et fut menacée à la fois par les rois d"Aragon et de Castille. Jeanne alors fut confiée par sa mère au roi Philippe III, qui, se déclarant le tuteur delà mère et de la fille, envoya une armée en Navarre pour assurer les droits de l'héritière. Jeanne épousa Philippe le Bel, qui gouverna avec sa femme la Navarre et la Champagne. C'était une princesse remarquable par sa beauté et son esprit ; c'est elle qui fonda le collège de Navarre, à Paris. Avec elle s'éteignit la maison de Champagne (1304). « Famille plus aimable que guerrière, dit M. Michelet, poètes, pèlerins, croisés, les comtes de Blois et Champagne n'eurent ni l'esprit de suite ni la ténacité de leurs rivaux de Normandie et d'Anjou. »
Le fils aîné de Jeanne, Louis le Hutin, devint roi de Navarre et comte de Champagne avant d'être roi de France ; on sait qu'il ne laissa qu'une fille également nommée Jeanne. Philippe le Long s'empara à la fois de la couronne de France, de la Navarre et du comté de Champagne; en 1324, Charles le Bel obtint de Jeanne elle-même et de son mari, le comte d'Evreux, une renonciation à ses droits sur la Champagne et sur la Navarre. Cette renonciation, paraît-il, n'avait été consentie qu'en faveur de Charles et de ses héritiers directs, et à l'avènement de Philippe de Valois, les contestations recommencèrent entre le roi et Jeanne. Philippe rendit la Navarre et obtint une renonciation nouvelle à la couronne de Champagne. Depuis cette époque, malgré les réclamations et les tentatives du fils de Jeanne, Charles le Mauvais, roi de Navarre, la Champagne fut regardée comme une province dépendante du domaine royal. Elle y fut solennellement réunie par le roi Jean en 1361.
Plus qu'aucune autre, la province de Champagne, ouverte de tous côtés, eut à souffrir des calamités de la guerre de Cent ans ; les Anglais, les grandes compagnies, les malandrins la ravagèrent incessamment ; c'est en Champagne que se forma (1362) la grande compagnie composée d'Anglais, d'Allemands, de Gascons, de Belges, qui se donnaient à eux-mêmes le nom de Tard-Venus, parce qu'ils avaient encore peu pillé au royaume de France et s'en voulaient dédommager âprement. »
Rappelons seulement la belle conduite de Henri
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de Poitiers, évêque de Troyes, qui se mil à la t('le dune armée, ballit et chassa Ruberl Knollcs, et la victoire de Barbazan à La Croisette (1430). La Champagne fut donnée par Henri V, roi d'Angleterre, au duc de Bourgogne, et l'une des conditions du traité d'Arras, conclu en 1437 entre Charles YII et Philippe le Bon, fut la cession au duc du comté de Bar-sur- Seine. Ce traité, qui assura la retraite déhnitive de l'étranger, mit fin aux malheurs de la Champagne dans cette période. La Champagne peut disputer à la Lorraine l'honneur d'avoir donné Jeanne Darc à la France. Au siècle suivant, les troupes de Charles-Quint envahirent deux fois la Champagne et incendièrent Troyes.
La Réforme amena des désastres plus terribles encore. La noblesse de Champagne entra tout d'abord dans l'Union catholique. Le prince de Condé, voulant renforcer le parti protestant, y appela les Allemands du comte palatin Casimir. Les reîtres y commirent longtemps toutes sortes d'excès, et V)rsqu'en 1576 Henri III se soumit à payer ces pillards afin de les renvoyer chez eux, l'argent se faisant attendre, ils vécurent encore trois mois à discrétion dans le pays. Presque tout entière à la Ligue, la province ne se soumit à Henri IV qu'après son abjuration (1594).
Constitué dans sa forme actuelle, en 1790, par l'Assemblée nationale, le département de l'Aube n'eut pas à souffrir de l'invasion de 1792, arrêtée à Valmy, ni du règne de la Terreur en 1793, mais il fut en 1814 le théâtre principal de la lutte de Napoléon contre les armées alliées ; les noms de Brienne, de La Rothièi'e, de Rosnay, d'Arcis-sur- Aube, de logent, de Méry appartiennent à l'histoire dé celte immortelle campagne, où les habitants de la Champagne rivalisèrent avec nos soldats de palriolisme et de courage.
Après les Cent-Jours, en 1815, l'étranger envahit de nouveau le département de l'Aube et ne s'en retira qu'après une occupation de trois ans, en 1818. Une ère de prospérité suivit de 1818 à 1870, pendant laquelle la Champagne vit son industrie et son commerce prendre un rapide et profitable essor.
Si, pendant l'invasion de 1870-1871 , il ne se livra point de nouveaux combats dans le département de l'Aube, il eut cruellement à souffrir des excès et des pillages des Prussiens, qui y séjournèrent près de dix mois. On évalue à 6,672,783 francs 16 centimes les pertes éprouvées par le département de l'Aube pendant cette funeste époque.
HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES BOURGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES
TnovES (lat. 48° 18' 3"; long. 1° 44 41" E.). — Troyes {Trecm, civitas Tricassium ou Tricassi- 7ioruni , civiias Trecassina ou T?w«i5M), grande et ancienne ville, chef-lieu du département, du troisième arrondissement et de trois cantons, station du chemin de fer de Paris (167 kilomètres) à Mulhouse, avec tribunal de première instance, tribunal de commerce, chambre de commerce, société d'agriculture, évêché, lycée national, etc., etc.; population, 41,275 habitants; autrefois capitale de l'ancienne province de Champagne, évêché; dépendait du parlement de Paris, de l'intendance de Châlons , avait chef-lieu d'élection , chàtellenie royale, bailliage, présidial, hôtel des monnaies, maîtrise particulière, justice particulière, justice consulaire, collège, abbayes, etc.
Cette ville fut sans doute la capitale de la tribu des Tricasses dont parle Pline, et telle était son importance qu'on y frappait monnaie. Les Romains y construisirent trois tours {très arces) dont on prétendait naguère encore retrouver des vestiges ; de là, suivant quelques-uns, son nom de Trecce ou Treces. Quoi qu'il en soit de ces étymologies, la cité des Tricasses semble avoir eu quelque importance dès le temps d'Auguste. Ptolémée nous apprend qu'elle fut dédiée à l'empereur et prit le nom A'Augustoiona. Adrien, Antonin, Marc-Aurèle, Aurélien y passèrent. En 356, Julien, à la poursuite des AUemans, qu'il devait écraser près de Strasbourg, traversa Troyes avec toute son armée. La ville était déjà entièrement fermée de murs. Dès le milieu du m" siècle, saint Potentien et saint Savinien, prêtres grecs, y avaient apporté de Samos les lumières de l'Évangile. Saint Patrocle, saint Jules et plusieurs autres chrétiens y furent martyrisés. Vers 340, Troyes était déjà siège épiscopal. Son premier évêque lut saint Amator.
Après avoir été repoussé d'Orléans, Attila, se retirant par la Champagne, parut sous les murs de Troyes, qui fut épargnée, grâce aux prières et au dévouement de son illustre évêque, saint Loup, l'adversaire des pélagiens, le compagnon de saint Germain l'Auxerrois. Saint Loup négocia pour la ville sans défense et dut se remettre comme otage entre les mains d'Attila, qui l'emmena jusqu'au Rhin et le renvoya ensuite avec honneur. Moins heureuse au vni'= et au ix^ siècle, la ville de Troyes
LA FRANCK ILLUSTREE
fut saccagée par les Sarrasins d'Espagne (720) el réduite en cendres par les Normands (889). Menacée une seconde fois par les Normands au commencement du x« siècle, elle est sauvée par l'évèque Anségise. Ce même évèque s'empara de l'autorité temporelle, et sans doute que le service qu'il avait rendu favorisa son usurpation. 11 disputa la ville au comte Robert, qui parvint à l'en chasser. Mais l'évoque, protégé par l'empereur Othon, revint avec une armée de Saxons, qui, après un long siège, fut contrainte de se retirer. Robert releva les murailles de la ville et se fit bâtir un palais.
Il y eut, en 1128, un concile à Troyes; saint Bernard s'y fit remarquer par son éloquence.
Un incendie détruisit une partie de la ville en 1188, sous le règne de Henri II, roi de Jérusalem : la cathédrale, Saint-Etienne, l'Ilôtel-Dieu disparurent ; en 1196, la Seine déborda, envahit et mina un grand nombre de maisons. La mère du comte, alors à la croisade, s'appliqua à réparer tous ces désastres.
En 1229, la plupart des grands barons ligués contre la régente Blanche de Castille ayant envahi la Champagne pour se venger de la trahison de Thibaut, le duc de Bourgogne assiégea Troyes. Les bourgeois tinrent ferme ; le sire de Joinville, père de l'historien, vint se mettre à leur tète et réussit non seulement à défendre la ville, mais à faire lever le siège.
Devenue la capitale des comtes de Champagne, la ville de Troyes s'agrandit beaucoup et s'embellit par leurs soins. Elle prospéra surtout par le commerce auquel les nobles mêmes de la province ne dédaignaient pas de prendre part. Les coutumes parlent expressément de nobles vivant noblement et de nobles vivant marchandement. « La coutume de Troyes, dit M. Michelet, la coutume de Troyes, qui consacrait l'égalité des partages, a de bonne heure divisé et anéanti les forces de la noblesse... Les nobles appauvris essayèrent de se relever en mariant leurs filles à de riches roturiers. La même coutume décide que le ventre anoilit. Cette précaution illusoire n'empêcha pas les enfants des mariages inégaux de se trouver fort près de la roture. La noblesse ne gagna pas à cette addition de nobles roturiers. Enfin ils jetèrent la vaine honte el se firent commerçants. Le malheur, c'est que ce commerce ne se relevait ni par l'objet ni par la forme. Ce n'était point le négoce lointain, aventureux, héroïque des Catalans ou des Génois... L'in-
dustrie champenoise était profondément plébéienne. Aux foires de Troyes, fréquentées de toute l'Europe, on vendait du fil, de petites étoiïes, des bonnets de coton, des cuirs... Ces vils produits, si nécessaires à tous, firent la richesse du pays. Les nobles s'assirent de bonne grâce au comptoir et firent politesse au manant. Ainsi peu à peu commença l'égalité. Et le grand comte de Champagne aussi, tantôt roi de Jérusalem et tantôt de Navarre, il se trouvait fort bien de l'amitié de ces marchands...
» Cette dégradation précoce de la féodalité, cesgrotesques transformations dechevaliers en boutiquiers, tout cela ne dut pas peu contribuer à égayer l'esprit champenois et lui donner ce tour ironique de niaiserie maligne qu'on appelle, je ne sais pourquoi, naïveté dans nos fabliaux. C'était le pays des bons contes, des facétieux récits sur le noble chevalier, sur l'honnête et débonnaire mari, sur M. le curé et sa servante. Le génie narratif, qui domine en Champagne, en Flandre, s'étendit en longs poèmes, en belles histoires. La liste de nos poètes romanciers s'ouvre par Chrétien de Troyes etCuyot de Provins. Les grands seigneurs du pays écrivent eux-mêmes leurs gestes ; Villehardouin, Joinville et le cardinal de Retz nous ont conté eux-mêmes les croisades et la Fronde. L'histoire et la satire sont la vocation de la Champagne. Pendant que le comte Thibaut faisait peindre ses poésies sur les murailles de son palais de Provins, au milieu des roses orientales, les épiciers de Troyes griffonnaient sur leurs comptoirs les histoires allégoriques et satiriques du Renard et de Ysengrin. Le plus piquant pamphlet de la langue est dû en grande partie à des procureurs de Troyes : c'est la Satire Ménippée. »
Les comtes s'appliquèrent toujours à encourager cette industrie qui les enrichissait. Différentes chartes octroyèrent aux bourgeois d'assez larges privilèges ; la Seine fut divisée en un grand nombre de canaux sur lesquelss'élablirent de nouvelles manufactures, quelques-unes fondées par les comtes eux-mêmes; de vastes halles furent construites ; des lois prolectrices et libérales, où les juifs mêmes trouvaient des garanties, attirèrent en foule les marchands de tous les pays.
A partir de la réunion de la Clianipagnc à la couronne, le commerce de Troyes perdit de son importance. La décadence des grandes foires de Troyes commença lorsque Philippe le Bel, en 1291, força les négociants italiens à s'enfuir, et qu'une ordonnance de Louis le Hutin défendit tout trafic
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avec les Flamands. La population décrut en même temps; elle était de cinquante mille habitants au xiu" siècle, elle était tombée à quinze mille au xvni". Un autre chanf,'ement important aux institutions du pays fut la réforme des Grandsjours de Troyes, cour de justice où siégeaient à certains jours les comtes de la province ; les Grands jours furent conservés, mais le roi s'y fit représenter par quatre membres de son parlement.
Une terrible famine en 1304, le mariage de Charles IV avec la fille de l'empereur Henri VII en 13'22, plusieurs attaques des Anglais en I3o9, 1370, 1380 sont les seuls événements remarquables avant l'avènement de Charles VI. Sous le triste règne de ce prince, Troyes fut plusieurs fois la résidence d'Isabeau de Bavière, du roi et du duc de Bourgogne. Le parlement de Paris y fut transféré en 1418, et un des plus célèbres traités de notre histoire y fut conclu.
Le 21 mars 1420, quelques mois après l'assassinat de Jean sans Peur au pont de Montereau, le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon, arriva à Troyes avec les ambassadeurs anglais. Il venait faire ratifier au roi Charles VI le traité qu'il avait conclu avec Henri V d'Angleterre. Le 20 mai suivant arriva Henri V, accompagné de ses frères les ducs de Clarence et de Glocester, et dès le lendemain fut signé l'acte honteux qui porte le nom de traité de Troyes-. Le roi de France déshéritait son fils, le soi-disant dauphin, et donnait au roi d'Angleterre sa fille et la France.
Quinze cents bourgeois réunis à la cathédrale jurèrent fidélité au régent. Le 2 juin, dimanche de la Trinité, le roi d'Angleterre épousa Catherine de France dans l'église Saint-Jean. Henri de Savoisy, archevêque de Sens, les maria et bénit le lit. « S'y furent faictes ce jour-là parles Anglois grands états et bombanz, estant richement vêtus et parés de draps d'or et de soie de riches couleurs etchargiés de pierres, que François et Bourgoignons s'émerveilloient où telles richesses pouvoient avoir été prinses. Là esloient du parti du roi le duc de Bourgoigne, par le moyen duquel les traités et alliances se faisoient, et avec lui le prince d'Orange, le seigneur de Joinville » Dès le lendemain, Henri V
emmenait sa femme, le roi, la reine et le due de Bourgogne au siège de Sens. Pour prix de ses services, Isabeau s'était fait assigner deux mille francs par mois sur la monnaie de Troyes. Depuis, les Anglais occupèrent Troyes ; le régent Bedfort y
épousa la sœur du duc de Bourgogne ; mais le dauphin , en montant sur le troue, sous le nom de Charles VII, ne tarda pas à reprendre la ville. Après la prise d'Orléans, Jeanne Darc, allant faire sacrer le roi à Reims, s'arrêta devant Troyes, qui, dominée par les étrangers, avait fermé ses portes.
Jeanne fit commencer le siège, et au bout de sept jours (9 juillet 1429) les habitants se rendirent aux patriotiques exhortations de l'évêque, Jean Léguisé, et capitulèrent. Le roi accorda une amnistie générale et fit une entrée solennelle dans la ville.
Pendant les guerres de Charlcs-Quinl et de François 1'% la Champagne fut plusieurs fois envahie. Le 21 mai 1524, des émissaires impériaux mirent le feu à la ville. L'incendie commença rue du Temple, à la maison de l'Homme sauvage, et dura plus d'un jour et d'une nuit ; il dévora vingtdeux rues, la porte Bertefroy, reste d'un château de construction romaine où Louis le Bègue avait reçu, en 878, le pape Jean VIII ; le château de la vicomte ; les églises de Saint-Jean-du-Temple, du Saint-Esprit, de Saint-Nicolas, de Saint-Pantaléon, de Saint-Bernard. Troyes se releva promptemenl de ce désastre et trouva dans l'octroi qui lui fut accordé vers ce temps assez de ressources pour réparer ses murailles et armer ses remparts.
L'époque de la Réforme fut marquée à Troyes par des scènes sanglantes. Dès looO, il y avait des calvinistes ; l'évêque Antoine Caraccioli abjura publiquement le papisme, et aussitôt trois prédicants de Genève s'établirent dans une grange. En 1562, cent calvinistes de Sens sont noyés dans l'Yonne ; leurs frères de Troyes, épouvantés, prennent les armes, se rendent un instant maîtres de la ville, puis, forcés de s'enfuir, vont se venger sur les catholiques de Bar-sur-Seine. Dix ans de luttes acharnées et de représailles furieuses précèdent la Saint-Barthélémy, aussitôt imitée à Troyes ; quelques huguenots furent enterrés vivants.
Dès l'année 1568, Henri de Guise, alors gouverneur de Champagne, fit signer au clergé de Troyes la formule de la Sainte-Union, et, en 1577, la ville adhérait publiquement à la Ligue et promettait des troupes.
Après la journée des barricades, le cardinal de Guise vint occuper Troyes ; il l'occupa en maître, s'empara des caisses du roi et de la province, révoqua les magistrats et en fit nommer d'autres par le peuple. « Ayant de l'argent et de l'autorité comme peut en avoir un roi en son royaume, aussi faisoit-
il de la dépense de même ; car il tenoit tableouverte à tous venants, que l'on faisoit boire en grandes coupes d'argent à la santé du duc de Guise et du cardinal, et aucuns buvoient à leurs prédécesseurs morts de longtemps. »
Troyes ne reconnut Henri IV qu'après son aljjuration, et le roi y fit solennellement son entrée le 30 mai 1 59S. Sous les Bourbons, l'histoire de Troyes ne présente aucune particularité remarquable ; deux ou trois visites royales vinrent seules distraire la ville de son existence calme et paisible. Cependant, en 1787, le parlement de Paris fut exilé à Troyes par Louis XVI, et la ville servit alors de refuge aux mécontents, qui formèrent ainsi une petite cour aux indociles parlementaires. La Révolution fut accueillie avec joie à Troyes, parce qu'elle se présentait comme une œuvre réparatrice. Heureusement, la ville eut peu à souffrir; elle fut pourtant le théâtre de plusieurs émeutes. Il n'en fut pas ainsi en 1814 et en I8I5, car elle fut prise et reprise par les alliés et eut à subir tous les maux qu'une guerre d'invasion traîne après elle.
Le 6 février 1814, Napoléon se décidait à quitter Troyes pour se rendre à Nogent. Il y laissait le maréchal Mortier, qui dut lui-même évacuer la place le lendemain. Celui-ci, grâce à un stratagème, opéra sa retraite sans être inquiété par le prince de Schwarlzenberg. La grande armée alliée entra dans Troyes le 7. « Jusqu'alors, dit un historien , aucune ville de France n'avait fait de mouvement en faveur de la maison de Bourbon; celle de Troyes reçut bien les alliés et ne montra ni opposition ni adhésion aux démarches faites auprès d'.\lexandre par quelques royalistes. »
« La chronique scandaleuse de Troyes rapporte, dit de son côté Girault de Saint-Fargeau, une aventure curieuse arrivée à plusieurs belles dames de la ville lors de l'invasion étrangère. Pour témoigner aux Ions alliés l'admiration où il était de leurs succès, un haut et puissant personnage invita les officiers autrichiens, russes et prussiens à un grand gala, auquel succéda un bal où avaient été invitées tout ce que la ville renfermait de cœurs féminins bien pensants. Les officiers, enflammés à la vue de toutes ces beautés champenoises et excités sans doute aussi par les nombreuses libations du dîner, trouvèrent plaisant de témoigner à leur hôte leur satisfaction en expulsant de la maison les pères, les frères et les maris de ces dames. Après cette équipée, les galants du Nord rentrèrent
dans la salle. Le bal commença aussitôt, et les dames, qui ne supposaient dans l'éloignement de leurs maris ou de leurs parents qu'une innocente plaisanterie, se livrèrent avec ardeur au plaisir de la valse. Tout à coup, à un signal donné, les lumières furent éteintes, et danseurs et danseuses furent plongés dans une complète obscurité, qui ne se dissipa qu'aux rayons du jour naissant... »
Moins de trois semaines après sa retraite, le 24 février, l'avant-garde de l'armée française rentrait dans la ville. Cette fois, les soldats furent reçus et traités en libérateurs. Les malheurs de Troyes n'étaient pas finis. Le 4 mars, l'ennemi se présentait en force devant cette ville que l'armée française fut forcée d'abandonner. Le prince de Schwarlzenberg y établit de nouveau son quartier général. Située sur plusieurs bras de la Seine, à gauche du chemin de fer et à 170 mètres au-dessus du niveau de la mer, la ville de Troyes est en général mal bâtie; les maisons, construites en bois à charpente apparente, sont d'un assez triste aspect; cependant, elle offre de jolies promenades plantées d'arbres qui occupent l'emplacement des anciens fossés. Parmi ces promenades ou mails, dont le développement est de 4 kilomètres environ, la plus fréquentée, bordée d'élégantes maisons modernes, part du canal et mène au faubourg Saint-Martin. Il ne reste plus rien du palais des comtes de Champagne ; un grand nombre d'abbayes, dont les plus célèbres étaient celles de Saint-Loup et de Notre- Dame-aux-Nonnains, ont disparu; mais on admire encore à Troyes deux églises, chefs-d'œuvre d'architecture gothique et classées parmi les monuments historiques.
L'église cathédrale Saint-Pierre -et- Saint- Paul offre un remarquable spécimen des diverses phases de l'art ogival. C'est, pour l'étendue du vaisseau, la hauteur des voûtes et surtout l'harmonie, l'eflet majestueux de l'ensemble, une des plus belles cathédrales de France. L'église fut construite sur l'emplacement d'une plus ancienne élevée au ix" siècle, ruinée en 898 par les Normands, rebâtie et détruite par le grand incendie de 1188; commencée en 1208, elle ne fut achevée qu'au xv^ siècle; la tour, qui malheureusement jure avec le reste de l'édifice, et le portail sont du xvi" siècle.
La construction de cet édifice n'a pas duré moins de quatre cents ans ; on ne doit donc pas s'étonner si son état, qui depuis longtemps menaçait ruine, exigeait d'urgentes réparations. En 1849, sous l'é-
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piscopat de W' Cœur , la restauration commença ; elle fut confiée à M. Millet et se continua durant seize ans. La longueur totale de la cathédrale de Troyes, qui affecte la forme d'une croix latine, est de 117 mètres; sa largeur, de Bl'^.SS au transept, de 45"*, 30 à la nef et de 39 mètres au chœur. Elle mesure en hauteur 30'", 23 sous voûte. Deux tours surmontent le portail occidental : la tour du Sud est inachevée; la tour du Nord, qui est complète, a une hauteur de 62 mètres. Le trésor de cette église contient de nombreux émaux et deux coffrets qui proviennent du pillage de Constantinople en 1204.
La grande rose et les vitraux sont magnifiques; on y remarque un grand nombre de portraits de comtes de Champagne, de rois de France, d'évèques et d'autres personnages du xni° siècle. Cette église a été restaurée de 1849 à 1866.
La collégiale de Saint-Urbain, dans le goût le plus pur du xm" siècle, est égalée à la Saintc-Chapclle de Paris. Ce charmant édifice fut fondé par le pape Urbain IV sur l'emplacement de la maison où il était né. Ce pape était le fils d'un cordonnier de Troyes nommé Pantaléon. Élevé par charité et distingué par ses maîtres, Jacques Pantaléon fut envoyé aux écoles de Paris par l'évèque de Troyes. De difficiles et heureuses missions dans le nord de l'Europe lui valurent le patriarcat de Jérusalem, et, en 1262, il fut élevé au trône pontifical. C'est ce pape qui offrit la couronne de Sicile à saint Louis.
Un beau tableau de Mignard, un des plus remarquables de ce maître, et deux anges de Girardon décorent le maître-autel de l'église Saint-Jean. L'église Saint-Ucmi possède un magnifique Christ en bronze de Girardon. On remarque dans l'église de Sainte-Madeleine , qu'on croit la plus ancienne de la ville, de très précieux vitraux et un jubé, chefd'œuvre de hardiesse et d'élégance. Il est d'un Italien du xvi^ siècle, nommé Gualdo. L'église Saint- Nicolas, pour quelques-unes de ses statues et ses jolies grisailles; l'église Saint-Pantaléon, pour la richesse de sa décoration intérieure ; l'église Saint- Nizier, pour ses portails et ses vitraux; l'église Saint-Martin-ès-Vignes , pour ses peintures sur bois, et la chapelle de Saint-Gilles, monument historique, méritent aussi d'être visitées. Il y a dans ces différentes églises un certain nombre de statues fort remarquables, qu'on attribue à François Gentil, mort à Troyes en 1S80.
La façade de l'hôtel de ville, achevé en 1670, est
de Mansard. La grande salle est ornée des bustes des hommes les plus remarquables nés à Troyes cl d'un médaillon de Louis XIV, sculpté en marbre blanc par Girardon. Nous mentionnerons encore : le lycée, très bel édifice moderne; l'IIùtel-Dieu et ses belles grilles de 1758; l'hôtel de la préfecture; le temple protestant; le théâtre; la bibliolhè(iue publique (dans l'ancienne abbaye de Saint-Loup), riche de plus 110,000 volumes et de près de 2,500 manuscrits ; le musée ; parmi les anciens hôtels particuliers, ceux de Vaulaisant, Mosgrigny et des Ursins ; et enfin, comme curiosité, ces fameuses douc/ieries de Troyes, si fraîches, si bien disposées que, dit-on, aucune mouche n'y pénètre.
Deux grands artistes, le sculpteur François Girardon et le peintre Pierre Mignard, et un grand nombre d'hommes distingués sont nés à Troyes : Pierre Comcstor (le dévoreur de livres), qui dirigea au xii" siècle l'école de théologie de Paris ; le savant rabbin Salomon Jarchi (1105), dont on a en hébreu de précieux commentaires sur la Bible; Chrétien de Troyes, un des plus féconds trouvères du xn" siècle; le pape Urbain IV; le prévôt des marchands Juvénal des Ursins; Thibaut IV, dit le Chansonnier, comte de Champagne; Lebé, graveur et fondeur de caractères sous François I<=''; Jean Passerai, jurisconsulte et poète; Pierre Pilhou, savant jurisconsulte, qui tous deux eurent part à la Satire Ménljipée; François Pithou, fondateur du collège de Troyes ; le jésuite Caussin , l'oratorien Lecoinle, l'historien et antiquaire Grosley, etc.
Les armes de Troyes sont : d'azur, à la lande d'argent accomi^agnée de deux doubles cotlces poteiicées et contre-potencées d'or, au chef d'azur chargé de trois fleurs de lis d'or.
Saint-André. — Saint-.\ndré, village de 1,064 habitants, à 2 kilomètres au sud-ouest de Troyes, est fort agréablement situé au milieu de jardins très productifs arrosés par de nombreux canaux. Son église, du xvi° siècle, offre quelque inlérèt ; Gentil en a décoré le portail en 1549.
Près de Saint-André sont les ruines de l'abbaye de Montier-la-Celle, dont on admirait encore l'église au siècle dernier. Dans celte église, reconstruite en 1317, s'était déployé tout l'art délicat du xvi° siècle; on y remarquait de nombreuses sculptures, des peintures à fresque et de magnifiques vitraux ; un cul-de-lampe percé à jour était suspendu avec une grande hardiesse à la voûte du rond-point.
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Cette abbaye avait été fondée des ie vii« siècle par saint Frobert, au milieu des bois et des marécages.
Le grand saint Robert (Robert de Champagne), fondateur de l'ordre de Cîleaux, est sorti de ce monastère.
Pont-Sainte-Marie. — Pont-Hubert. — Pont- Sainle-Marie est une commune de 605 habitants située sur un des bras de la Seine, à 4 kilomètres au nord de Troyes; elle fait un important commerce de cire, de miel et de bonneterie. Au hameau de Pont-Hubert, qui en dépend, on voit une jolie église du xvi° siècle, dont le portail et les stalles sont d'une curieuse exécution.
Sainte-Savine. — Sainte-Savine est une commune située à 1 kilomètre à l'ouest de Troyes, dont elle est considérée comme un faubourg. C'est une station de la ligne de l'Est. Elle est peuplée par 2,577 habitants, appartient au deuxième canton et à l'arrondissement de Troyes. On y remarque une église du xvi° siècle , où se trouvent des débris de vitraux de la même époque, des statues, des retables et un triptyque. Dans le collatéral de droite s'élève le tombeau du dix - septième évoque de Troyes, Ragnégisilc. Une voie romaine et une lombelle celtique attirent l'attention des archéologues. A Sainte-Savine, on fabrique de la bonneterie.
Vii.lehardouin. — Villehardouin, village du canton de Piney, situé à 27 kilomètres au nord-est de Troyes et peuplé par 254 habitants, est resté célèbre pour avoir donné son nom à une illustre famille et au premier de nos grands historiens, de nos grands prosateurs. On croit que Geoffroi de Villehardouin, l'historien, y est né vers 1155. Le titre de maréchal de Champagne était dans sa famille; il y joignit celui de maréchal de Remanie après la conquête de Constantinople. Son neveu , Geoffroi de Villehardouin , moult preux et moult vaillans et moult bon chevalier, conquit avec quelques chevaliers la principauté d'Achaïe et y fonda la dynastie de Villehardouin, qui régna près d'un siècle. La famille des seigneurs de Villehardouin s'éteignit en Champagne au commencement du xiv siècle; il ne reste plus que des rumes de leur château.
Ervy. — Ervy, chef-lieu de canlon, autrefois baronnie et bailliage royal, est une jolie j)etite ville de 1,588 habitants, située à 31 kilomètres au sudouest de Troyes. Elle occupe un des plus jolis sites
du département de l'Aube, sur le revers et au haut d'une colline dont l'Amance baigne le pied; d;; sommet de la colline et des charmantes promenades qui y conduisent, on jouit d'une vue admirable : elle s'étend, au midi, sur une immense et verte prairie, et, au nord, sur une multitude de villages séparés par des ravins et des bois; la forêt d'Othe encadre ce beau paysage.
Ervy existait déjà au iii'= siècle; elle fut affranchie, en 1199, par le comte de Champagne, Thibaut \\\. Un château, qui occupait le point le plus élevé de la ville, fut attaqué et emporté au xV siècle par les Bourguignons. La ville était d'ailleurs beaucoup plus considérable autrefois qu'elle ne l'est aujourd'hui; elle paraît avoir occupé le penchant de la colline. La ville actuelle s'est élevée sur l'emplacement de l'ancien château. Elle possède une église gothique, un hôpital cl une ancienne porte qui sert de prison. On y fabrique des coutils, des treillis et des toiles. Elle possède des fabriques do clous et de poteries.
Les armes d'Ervy sont : d'azur, à un portail d'église d'argent, accompagné de deux tours carrées couvertes, ayant entre elles îine lanterne sur le milieu du portail.
Ancis-suR-AuBE (lat. 48° 32' 14"; long. 1°48' 21" E.). — Arcis-sur-Aube (Arcis , civitas Arciaca, Arceyœ), ancienne et jolie ville, à 30 kilomètres au nord de Troyes, dépendait autrefois du diocèse et de l'élection de Troyes, du parlement de Paris et de l'intendance de Châlons; aujourd'hui cheflieu d'arrondissement et d'un canton , avec tribunal de première instance et une population de 2,817 habitants.
Cette ville doit aux incendies qui la ravagèrent en 1719, en 1727 et en 1814, d'être aujourd'hui régulièrement percée et bien bâtie. Située sur la rive gauche de l'Aube, au point où cette rivière commence à devenir navigable, elle possède un beau pont en pierre et une église du xvi° siècle, surmontée, au-dessus du portail de l'ouest, d'une tour en pierre.
La ville paraît être très ancienne ; elle est mentionnée dans l'Itinéraire d'Antonin sous le nom à' Arciaca. Une hauteur qui commande le cours de l'Aube dut lui donner une certaine importance militaire, placée comme elle était sur la route de Sens à Reims. Une tradition rapporte que la reine Brunehaut, chassée par Austrasiens, errante dans
AUBE
Art:,,-sui-Aubc.
ies environs d'Arcis, fui reconnue par un paysan qui lui servit de guide. Ce n'est pas ici le lieu de raconter la tragique histoire de la malheureuse reine d'Austrasie, qui joua dans l'histoire de son temps un rôle si considérable. Rappelons cepe> dant que, chassée une première fois, elle était parvenue à rentrer en Austrasie et à ressaisir le pouvoir, qu'elle garda jusqu'au moment où tes «mbùches de Frédégonde la forcèrent de nouveau d'abandonner ce pays et de se réfugier en Bourgogne.
Après l'incendie de 1727, un riche propriétaire du pays, M. Grassin, employa une partie de sa forlune à rebâtir la ville. Piron , à la prière des habitants, composa le quatrain suivant qu'on grava sur une colonne :
La flamme avait détruit ces lieux; Grassin les rétablit par sa munificence. Que ce marbre à jamais serve à tracer aux yeux Le malheur, le bienfait et la reconnaissance!
•Franxe illustrée. 7 1 .
Une des plus sanglantes batailles de la campagne de 1814 fut livrée à Arcis.
Affaibli par ses victoires mêmes, Napoléon avait conçu le plan audacieux de se porter sur les derrières de l'ennemi ; mais auparavant il fallait le battre de manière à retarder sa marche.
Le 20 mars. Napoléon arrivait vers midi à Arcis. Ney et Sébastiani étaient très inquiets et croyaient que l'armée de Bohème tout entière était concentrée entre Arcis et Troyes; leur avis était de repasser l'Aube en toute hâte; car, avec moins de 20,000 soldats, il n'était pas possible de livrer bataille à l'armée de Schwarlzenberg qui comptait 90,000 hommes. Napoléon ne partageait pas ces craintes, cependant très fondées. Vers deux heures, le prince de Schwarlzenberg, après avoir rallié ses troupes, se trouvait en face d'Arcis. Les divisions Colbert et Exelmans montèrent à cheval pour s'opposer au torrent de la cavalerie ennemie ; elles furent culbutées, et l'empereur, qui accourait sur