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Aube, 3» Liv

ce point, n'eut que le temps de se réfugier dans un carré polonais qui se forma pour le protéger. Ces braves gens résistèrent avec une héroïque énergie à une pluie d'obus et aux assauts des bataillons alliés. Ce terrible choc passé, Napoléon courut vers Arcis, arrêta les cavaliers en fuite et, mettant l'épée à la main, leur fit exécuter des charges furieuses qui continrent les assaillants. Ney, de son côté, s'apprêtait au combat. Il n'avait, en attendant 6,000 hommes de la vieille garde, dont on apercevait les tètes de colonnes, que 10,000 jeunes soldats à opposer aux réserves russes, autrichiennes et prussiennes, c'est-à-dire à plus de 40,000 hommes d'infanterie, sans compter la cavalerie. Obligé d'abord d'évacuer le Grand-Torcy, il y rentra bientôt et parvint à s'y maintenir. Pendant ce temps, Napoléon se multipliait pour électriser par sa présence ses troupes hésitantes. Il faillit voir là son étonnante carrière terminée d'un seul coup. « Un obus tombe à quelques pas de l'empereur, rapporte M. Achille de Vaulabelle, et vient rouler le long d'un des carrés placés devant lui. Le sentiment de la conservation agit instinctivement sur ces hommes d'élite ; la présence de ce projectile prêt à éclater occasionne une sorte de flottement dans les rangs les plus proches. Napoléon s'en aperçoit; il lance son cheval sur l'obus, el pendant que l'animal flaire épouvanté la mèche enflammée, il demande froidement la cause de ce mouvement ; il s'étonne que des soldats aussi éprouvés fassent attention à pareille chose. A ce moment l'obus éclate ; un nuage épais de poussière et de fumée enveloppe l'empereur ; un long cri d'épouvante éclate dans les rangs ; le nuage se dissipe. Napoléon est toujours debout, ses traits ont conservé leur calme. Les soldats le saluent d'acclamations frénétiques : son cheval était tué; il s'élance sur un autre et court se placer sous le feu de nouvelles batteries. Comme à Montereau, aucun coup, aucun éclat ne l'atteignent. Ce n'est pas là non plus qu'il doit mourir. »

Ces actes de témérité intrépide, accomplis par un chef aimé, électrisent les soldats qui conservent la position. La vieille garde, conduite par Priant, arrive alors ; le général Lefebvre-Desnouettes amène de Paris un renfort de 2,000 cavaliers. Grâce à ce secours inespéré, le général Sébastian! se déploie dans la pleine d'Arcis et culbute à son tour les bataillons ennemis. Mais que pouvait la valeur contre l'écrasante supériorité du nombre? Il était impossible de compter sur une véritable victoire; il

s'agissait de se maintenir jusqu'à la nuit pour échapper au désastre. A la fin de la journée nous n'avions pu mettre en ligne que 22,000 hommes, en comptant les renforts, contre 90,000. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est qu'une armée aussi faible numériquement n'ait pas été broyée par cette masse énorme. Pourtant, elle tint bon jusqu'à la nuit. Le lendemain , la lutte recommença à l'entrée des faubourgs pour protéger la retraite qui se lit en bon ordre. Arcis n'était plus qu'un monceau de cendres. La bataille d'Arcis sur-Aube était la dernière que Napoléon devait livrer avant son abdication.

Desguerrois, auteur d'une Histoire ecclésiastique de Troyes, et Danton, le grand orateur, qui s'écriait en présence de la France envahie : « De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace I » sont nés à Arcis-sur-Aube.

Cette ville renferme des fabriques de bonneterie estimées ; elle fait un important commerce de grains, et son port est fréquenté par de nombreux bateaux qui amènent à Paris du bois de charpente, des planches et du charbon.

Dampierre. — Dampierre, petit bourg du canton de Ramerupt, à 20 kilomètres à l'est d'Arcis, avec une population de 608 habitants. Ce bourg, très ancien, est situé sur le ruisseau du Puis, au bas de coteaux élevés d'où l'on jouit d'une vue étendue.

Plus de cinquante fiefs relevaient autrefois de la tour du château de Dampierre, dont l'existence paraît antérieure au viii" siècle, l^'église fut fondée en 11 1 1 par Guy de Bourbon-Dampierre. DifTérenles armes, qui rappellent les alliances de la maison de Chàtillon, ornent les vitraux du chœur, seule par tie conservée de l'ancienne église. Le sanctuaire renferme le tombeau de Pierre de Launoy, baron de Dampierre, mort en 1522. 11 est représenté couché, la tête sur un chevet soutenu par deux anges, un lion à ses pieds.

Un château, construit parMansard en 1671, s'esi élevé sur les ruines de l'ancien, dont il reste cepenlant encore un portail flanqué de quatre tourelles d'un bel effet.

Méry-sur-Selne. — Méry-sur-Seine [Mauriacum in Tricassibus, Mei'iacum), chef-lieu de canton, à 20 kilomètres à l'ouest d'Arcis, peuplé de 1,356 habitants, sur la Seine, qui commence à y être navi-

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gable. Méry est une très ancienne ville, avec une église et des fortifications du moyen âge. On sait que quelques historiens ont placé dans les environs, près du village de La Cheppe, la grande défaite d'Attila. Méry ne compte guère que des désastres dans ses annales. Fortifiée par Philippe- Auguste, prise et saccagée par les Anglais (1251), ruinée plusieurs fois au temps de la Ligue, incendiée deux fois au wni» siècle, elle a été presque anéantie en 1814. Le 21 février, il y eut là entre les Français, conduits par Napoléon, et les Prussiens de Blïicher une lutte obstinée et sanglante, dans laquelle Rliicher fut blessé.

Méry venait d'être occupée par l'armée de Silésie, forte d'environ 48,000 hommes. Napoléon, voulant pousser les alliés, ordonna au maréchal Oudinot de s'emparer de cette ville. L'ennemi, placé sur la rive gauche de la rivière, défendait le pont; culbuté, il met le feu au pont, se rallie de l'autre côté et engage une fusillade meurtrière. Le feu se communique aux premières maisons de la rive droite, et les Russes sont obligés d'évacuer la place. Les tirailleurs français, ne craignant pas de passer sur les planches et sur les madriers enflammés, poursuivent l'ennemi à travers la cité, mais se voient forcés, par un retour offensif de bataillons nombreux, de repasser, au milieu de l'obscurité, le pont presque détruit; retraite périlleuse, dans laquelle plusieurs soldats se noyèrent et d'autres furent tués. Le lendemain, 22 février, les deux armées continuèrent de tirailler d'une rive à l'autre, tandis que la malheureuse ville de Méry était la proie des flammes. L'incendie se propagea avec une rapidité effroyable et chassa les habitants de leurs maisons qui s'écroulaient. Au milieu de cette scène de désolation, des vieillards furent égorgés, des malades arrachés de leur lit. Au soleil couchant, les deux armées gardèrent leurs positions et bivouaquèrent sur le même terrain. Rebâti depuis, Méry est une jolie ville, dont la situation sur deux bras de la Seine, au milieu d'une campagne riante, est fort pittoresque. Elle fabrique de la bonneterie et fait un grand commerce de grains et de planches. Son canton est un de ceux où l'on se livre avec le plus de succès à l'éducation des abeilles. Huon de Méry, trouvère de xni° siècle, est né à Méry-sur-Seine.

Dar-sur-Aube (lat. 48° 14' 2"; long. 2° 22' 21" E.). — Bar-sur-Aube [Bar Albula, Barruus ad Al-

bam), ancienne ville dépendant autrefois du diocèse de Langres, du parlement de Paris et do Pintendance de Châlons, chef-lieu d'élection et gouvernemont particulier. Aujourd'hui chef-lieu du 4° arrondissement communal et d'un canton, avec tribunal de première instance et collège communal; située sur la rive droite de l'Aube, un peu au delà de la station du chemin de fer de Paris à Mulhouse, à 221 kilomètres de Paris et à 53 kilomètres à l'est de Troyes. Elle est peuplée par 4,521 habilants.

Bar-sur-Aube disputait à Joinville le titre de capitale du Vallage (pays des vallées). C'est une petite ville qui n'a de remarquable que sa jolie situation sur la rive droite de l'Aube, au pied d'une assez haute montagne, dans un riant vallon dont les coteaux sont couverts de vignes et de bois. Ces vignes produisent d'excellent vin. La montagne porte le nom de sainte Germaine, jeune vierge qui, au v siècle, y avait fondé un prieuré. La vierge fut massacrée par les soldats d'Attila et devint la patronne du pays. De nombreux pèlerins visitent encore chaque année, au mois de mai, la chapelle Sainte-Germaine. C'est aussi à l'invasion des Huns qu'on rapporte la destruction d'un château fort construit par les Romains, et même d'une ville voisine nommée Florentia; on montre encore les ruines de l'un et de l'autre. Bar ne fut pas non plus épargné par les barbares ; mais rebâti avant la fin du siècle, il devint chef-lieu d'un comté dépendant de Langres. La ville fit ensuite partie du domaine des comtes héréditaires de Champagne. Elle en fut détachée en faveur d'un des fils d'Herbert; l'un des successeurs de celui-ci vendit son apanage à Thibaut le Grand pour s'en aller à la croisade. Elle fut enfin réunie à la couronne avec le reste de la Champagne.

Au temps de Thibaut le Chansonnier, la ville acheta du comte d'assez grands privilèges et en obtint l'établissement d'une foire franche, qui attira tout de suite beaucoup d'étrangers. On bâtit, en effet, quatre grands quartiers pour les marchands qui venaient à ces foires; les juifs eurent le leur et une synagogue. Un fait intéressant pour l'histoire des progrès du pouvoir royal en France est consigné dans les annales de Bar. En 1328, Philippe le Long ayant cédé a Jacques de Croï le domaine de la ville, les habitants la rachetèrent et la rendirent au roi, mais à condition qu'elle serait dorénavant inaliénable. En 13G0, Charles V, pour récompenser les bourgeois de leur bravoure et les

indemniser de leurs pertes pendant la guerre, leur abandonna la propriété des remparts et des fossés.

Il existe sur le pont (construction du xv« siècle, récemment restaurée) une petite chapelle marquant la place d'où fut précipité dans l'Aube le bâtard de Bourbon, qui s'était révolté contre Charles VII; il vint braver le roi dans Bar; il fut saisi et condamné à être rue et jeté dedans un sac à la rivière, et tant que mort fût accomiMe ; et ainsi fut fait. (Monstrelet.)

La ville et les environs furent désolés au xvu° siècle par une peste qui dura, dit-on, plus de dix années (1636-1648).

Le 24 janvier 1814, le maréchal Mortier repoussa de Bar-sur-Aube les Autrichiens. Le combat fut acharné et coûta 1,500 hommes à l'ennemi.

Jeanne de Navarre, reine de France (1272-1305) ; le littérateur Des Perriers; Nicolas Bourbon, poète latin et membre de l'Académie française, mort en 1644; Jacques-Claude, comte Beugnot, homme d'État; Alexandre Dusommerard, le fondateur du musée de Cluny, sont nés à Bar-sur-Aube.

La ville possède deux églises fort anciennes, Saint-Pierre qui date du xii' siècle, et Saint-Maclou, qui renferme les tombes des anciens comtes de Bar. Il ne reste que des pans de murs des anciennes fortifications. Sur l'emplacement des fossés sont des jardins et des promenades. Celle qui va le long de l'Aube est charmante.

Bar renferme des fabriques de clous, de calicots et de toiles cirées, des tanneries et des meuneries importantes. Elle fait en outre un grand commerce de grains, de laines, de chanvre, de bois et de vins.

Les armes de Bar-sur-Aube sont : d'azur, à wie bande d'argent accompagnée de deux doubles cotices d'or potencées et contre-potencées.

Arconville. — Arconville est un village situé près de la forêt de Clairvaux, canton, arrondissement et à 9 kilomètres de Bar-sur-Aube ; il compte une population de 286 habitants. Si nous en faisons mention, c'est parce que son territoire renferme une espèce de monticule ou de tumulus moderne dont la formation et l'existence peuvent servir à expliquer comment quelques-uns des tumulus antiques se sont formés. La tradition rapporte qu'au temps de la guerre de la Ligue, dans le bois de Fontenie, et près du chemin qui le traverse, un malheureux protestant fut tué; le lieu en a conservé jusqu'à nos jours le nom de Huguenot.

Depuis lors, une coutume superstitieuse s'est établie dans la contrée. Chaque passant jette une pierre sur la fosse où le protestant a été enterré. Beaucoup, sans doute, obéissent à l'habitude sans se rendre compte du motif de l'acte qu'ils commettent. Quoi qu'il en soit, les pierres ainsi jetées forment un amas considérable.

Vuxe-sous-la-Ferté, — CLAmvAux. — Villesous-la-Ferté, commune de '533 habitants, située à 17 kilomètres au sud-est de Bar-sur-Aube. De cette commune dépendait autrefois la célèbre abbaye de Clairvaux, située près de la rive gauche de l'Aube, à 12 kilomètres au sud de Bar. Clairvaux et à l'autre extrémité du département le Paraclet sont deux localités qu'ont immortalisées deux fameux adversaires, les deux plus grands hommes du xu' siècle, saint Bernard et Abailard. On sait que, cherchant à vingt-quatre ans des austérités nouvelles, saint Bernard quitta Citeaux, où il avait passé sa jeunesse, et vint (11 14) avec douze moines élever une pauvre église et quelques cellules dans la vallée d'Absinthe. Cette vallée alors inculte et déserte, repaire de brigands, s'appela plus tard lorsqu'elle fut défrichée, ou peut-être dans un sens mystique, la Claire vallée, Clairval. Le génie, la sainteté du fondateur attirèrent bientôt un grand nombre do novices, de pénitents et de visiteurs. Il fallut agrandir le monastère ; Thibaut le Grand s'en chargea, et en peu d'années, grâce aux dons des rois de France et d'une foule de souverains, Clairvaux devint une des plus vastes abbayes de France. Saint Bernard y maintint la règle la plus austère sur près de 700 moines. Il y mourut en 1153. Il ne quittait sa chère solitude que lorsqu'il y était contraint par quelque grand intérêt: pour prêcher la croisade, diriger les conciles, imposer le pape à Rome et établir dans toute la chrétienté 72 couvents de son ordre. Les lettres de Clairvaux gouvernaient l'Égiise et les rois. Avec le temps, Clairvaux ne fut plus qu'une riche abbaye; l'opulence, la rapacité, l'insolence des moines soulevèrent plusieurs fois les nombreux vassaux qui dépendaient d'eux. La maison de saint Bernard resta surtout célèbre pour ses immenses caves et sa fameuse cuve de 800 muids, qui n'avait sa pareille qu'à Heidelberg. L'abbaye de Clairvaux, dont relevèrent jusqu'à 800 couvents de bernardins répandus dans toute l'Europe, fut supprimée avec les autres couvents par un décret de l'Assemblée con-

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sliluantc. Voici ce qu'elle était encore en 1765 : « Les murs de l'enclos de l'abbaye ont 1,000 toises de tour. La grande église, construite en 1174 et bénite par Gauthier, évêque de Langres, est partagée en trois parties : le chœur, la nef divisée en 300 stalles, places destinées aux frères convers, et enfin le chœur des infirmes. Elle est très ornée et offre derrière le maître-autel les tombeaux de saint Bernard et de saint Malachie. On a élevé dessus deux petits autels pour y dire la messe, et l'on fait voir dans la sacristie les calices qui ont servi à ces deux saints. Près du grand autel sont les tombeaux de Marguerite, reine de Navarre, comtesse de Champagne, d'Elisabeth, fille de saint Louis, et de plusieurs cardinaux, évêques et seigneurs du pays, bienfaiteurs de l'abbaye. — Attenant cette grande église est une petite chapelle dans laquelle sont enterrés Philippe, comte de Flandre, et Mathilde, son épouse. Tout auprès est le cimetière qu'on appelle des abbés, et où sont inhumés les plus anciens successeurs de saint Bernard. Sous l'autel est un petit caveau qui contient les ossements des douze premiers religieux que ce saint amena de Citeaux. Il y a deux autres cimetières : l'un desiiné pour la sépulture des grands seigneurs qui voulaient se faire enterrer à Clairvaux, et l'autre pour les simples religieux. — Les bâtiments claustraux sont, en général, beaux et commodes. On y montre des monuments curieux de la dévotion des princes et seigneurs des xn" et xm" siècles et de la simplicité monastique, des mœurs et des usages de ces temps-là. La salle du chapitre est très vaste, et l'on y voit les statues de la plupart des personnages illustres de l'ordre des bernardins. Des deux grands cloîtres qu'il y a dans ce monastère, l'un n'est éclairé que par de beaux vitrages, et l'on est obligé d'y garder un silence perpétuel. Mais le second cloître, qui est par delà le réfectoire, s'appelle le cloître du colloque, parce qu'on peut y parler en liberté. Douze petites chambres donnent dans ce cloître, et l'on y voit autant de pupitres sur lesquels sont douze manuscrits attachés avec des chaînes de fer. Chacun de ces manuscrits a été écrit par le même nombre de moines. La bibliothèque, d'ailleurs, contient encore des manuscrits précieux. — Le réfectoire est d'une très grande étendue ; et à cette occasion je ne dois pas oublier la fameuse tonne ou cuve de Clairvaux. Elle est dans le goût de ce qu'on appelle en Allemagne foudre. C'est un bâtiment plutôt qu'un tonneau; car il contient plus

de 800 muids de vin, qui sont conduits de quatre grands pressoirs par des canaux pratiqués à cet effet. Indépendamment de cette énorme tonne, il y en a quatre autres qui contiennent depuis cent jusqu'à quatre cents tonneaux. » (L'abbé Dclaporte.) Aujourd'hui, Clairvaux est une maison centrale de détention et renferme les personnes des deux sexes de treize départements, condamnées à des peines afflictives et infamantes ou à des peines correctionnelles qui excèdent une année d'emprisonnement. Un directeur, 20 employés, 68 gardiens et 200 hommes de garnison sont affectés à la garde d'une moyenne de 3,000 prisonniers, lesquels sont assujettis au travail et au silence ; ils y sont occupés, dans de vastes ateliers, à des travaux de toute sorte.

Brienne-le-Chateau ou Brienne-Napoléon, — La RoTHiÈRE. — Brienne-le-Chàteau [Brena, BrienJia), chef-lieu de canton, à 24 kilomètres au nord-ouest de Bar-sur-Aube, avec une population de 1,889 habitants. Cette petite ville est divisée en deux parties : Brienne-le-Chàtel, sur une hauteur, et Brienne-la-Vieille, dans la plaine, plus près de la rivière de l'Aube. On croit que l'origine des habitants de Brienne remonte aux Brannovii ou Btgnovices, dont César parle dans ses Commentaires. Au y siècle de notre ère, ce peuple, près d'être emmené en esclavage par les Allemands, fut sauvé par l'intercession de saint Loup. En 838, Louis le Germanique et Charles le Chauve se trouvèrent en présence sous les murs de Brienne; mais, avant qu'on en vînt aux mains, Charles fut abandonné de son armée et contraint de s'enfuir en Bourgogne.

Le château de Brienne fut élevé par deux brigands, Gotbert et Angilbert, en 951. De ces deux brigands, ou, suivant quelques-uns, d'Érard I'^'', qui vivait au xi" siècle, et qui était d'une autre famille, descendirent les puissantscomtes de Brienne, pairs de Champagne, dont quelques-uns sont illustres dans l'histoire. Parmi eux on distingue Érard, frère de Jean de Brienne, qui, pendant la minorité de Thibaut le Posthume, disputa la Champagne à la régente Blanche de Navarre ; il la réclamait au nom de sa femme Philipote, fille du comte Henri II; l'affaire, soumise à la cour des pairs, fut décidée contre lui ; il n'en ravagea pas moins la Champagne. Une excommunication de Rome le força de transiger et de renoncer au comté. On connaît Jean de Brienne, roi de Jérusalem et empereur de Constan-

tinople, tant célébré par les poètes du moyen âge. Le dernier comte de cette famille, Gauthier YI, qui porta le vain titre de duc d'Athènes, lut connétable sous le roi Jean et mortellement blessé à la bataille de Poitiers. Ce comté fut porte par les femmes dans la famille de Luxembourg, et le titre en passa par mariage et vente aux Loménie. L'ancien château fort de Brienne, assiégé et démoli en 1431, rebâti et assiégé de nouveau durant les guerres de religion, a complètement disparu. Mais, au xvni" siècle, le dernier comte de Brienne a fait élever un magnifique château que l'on admire encore.

Dès 162S, des minimes avaient été établis à Brienne. En 1730, ces religieux ouvrirent un collège. M. de Loménie obtint du roi, en 1776, l'éreclon de ce collège en succursale de l'Ecole militaire de Paris ; il devait recevoir cent élèves du roi et cent pensionnaires. Le 23 avril 1779 , Napoléon Bonaparte, âgé alors d'environ dix ans, entra à cette école; il y resta jusqu'au 17 octobre 1784; il y eut le P. Patrault pour professeur de mathématiques, et pour répétiteur Pichcgru. L'école fut supprimée en 1790 et démolie.

Lorsque Napoléon revit Brienne, les Prussiens et les Cosaques l'occupaient, la France était envahie. Le 29 janvier 1814, Napoléon, accourant de Saint- Dizier, espérait atteindre et entamer les troupes du feld-maréchal Bliicher.

L'action s'engagea par un feu d'artillerie et de mousquelerie et se prolongea jusqu'à près de cinq heures du soir sans avantage de part et d'autre. Napoléon, impatient, prescrit à ses troupes de s'avancer sur Brienne, afin de s'emparer du château. Les mouvements s'exécutent; mais Bliicher fait charger par quarante escadrons les bataillons français qui sont ramenés en désordre et perdent une partie de leur artillerie. Toutefois, le maréchal Victor pénètre jusqu'au château et descend dans Brienne. A neuf heures du soir, la mêlée devient affreuse; chaque maison est prise et reprise plusieurs fois. Tous les corps se trouvent confondus, et Brienne, éclairée par l'incendie, oiïrc moins le tableau d'un combat que celui d'une effroyable boucherie. Enfin, à onze heures et demie, Bliicher ordonne à ses troupes de se retirer sur la route de Bar-sur-Âube. Épuisés, les deux partis cessèrent alors leur feu. Le Prussiens opérèrent néanmoins leur jonction avec le corps de Schwartzenberg. « Une fois réunis, les deux généraux, descendant

la rive droite de l'Aube, revinrent ensemble sur Napoléon et ne s'arrêtèrent qu'à deux lieues et demie au-dessus de Brienne, au village de La Ro- THiÈRE (à 18 kilomètres au nord-ouest de Bar-sur- Aube, canton de Soulaine, population : 109 habitants), où se trouvaient nos avant-postes. Une bataille devenait inévitable ; elle eut lieu le 1" février. L'acharnement fut égal des deux parts. Les Français combattaient au nombre de 40,000 hommes contre 160,000. Grâce aux efforts du plus héroïque courage, nos troupes parvinrent à conserver leur champ de bataille; elles ne purent rien obtenir au delà. Trop faibles pour tenter la fortune le lendemain, elles profitèrent de la nuit pour passer sur la rive gauche de l'Aube, à l'aide de ponts rétablis durant les deux jours précédents, et se retirèrent sur Troyes. Les alliés ne pouvaient se vanter de nous avoir battus; l'échec n'en fut pas moins réel, car il nous fallait une victoire. La journée de La Uothière était la première bataille rangée de la campagne; elle se terminait par une retraite. Le chilTre des morts et des prisonniers fut, dit-on, le même de chaque côté; on l'évalue à 12,000 pour les deux armées; mais la perte n'était pas égale : elle s'élevait poumons au septième environ des combattants, tandis qu'elle allait à peine au vingt-cinquième pour les alliés. » (M. A. de Vaulabelle.)

Le maréchal Jlarmont fut chargé de couvrir avec 6,000 hommes la retraite de l'armée et de se diriger sur Arcis. 23,000 Bavarois, établis sur la hauteur et dans la plaine de Rosnay-sur-la-Voire, tentèrent de lui barrer le chemin. Tout ce qui s'opposa aux Français fut tué, pris ou jeté dans la Voire, et le maréchal arriva à Arcis au même moment oii Napoléon entrait dans Troyes.

Brienne possède une église du xiv' siècle, remarquable par ses vitraux, et une belle place sur laquelle s'élève la statue en bronze de Napoléon en costume d'élève de l'École militaire de Brienne.

Brienne a vu naître Jean de Brienne, roi de Jérusalem et empereur de Constantinople, et le maréchal Yalée.

Vendeuvre. — Vendeuvre [Vendopera), chef-lieu de canton, de 2,091 habitants, situé à 27 kilomètres à l'ouest de Bar-sur-Aube. Vendeuvre, œuvre des Vandales, dit la tradition ; ce n'est probablement qu'un jeu de mots, et tout porte à croire que l'antique château que l'on voit encore fut bâti, non par les Vandales, qui détruisirent plus en France

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qu'ils ne bùlirent, mais au xiu' siècle seulement. Au ix° siècle, le pape se prétendait, on ne sait comment, seigneur de Vendeuvre. Au xii'' siècle, la ville eut des seigneurs particuliers; deux frères, Houlin et llédouin, en portent le nom en 1121 et font aux couYcnls de Poullières et d'Arrivour de riches donations. En 1271, les seigneurs de Vendeuvre affranchirent leurs hommes. Cette terre passa au xiv siècle aux Desnoyors, et plus tard aux Luxembourg et aux Mesgrigiiy.

L'église date de la Renaissance; elle a un beau portail sculpté et renferme un grand nombre de tombes; sur celle d'une femme on lit, avec la date de 1599, cette simple inscription : Qui aime bien tard oublie.

Le château de Vendeuvre se présente fort bien, avec ses portes à herse et sa haute tour, au milieu de vieux arbres, au bout d'une belle pelouse, sur un coteau d'où s'échappe la Barse. Dans le voisinage est le joli hameau du Val-Suzenai, tout au bord d'un bois. On s'y rend en foule à la fête de Notre- Dame de septembre.

Cette petite ville possède des manufactures de faïence fine, une forge, une papeterie; on y fait un assez grand commerce de moutons.

B.\r-sur-Sei.ne (lat. 48» 6' 50" ; long. 2° 2' 11" E.). — Bar-sur-Seine (5«rr«»i adSequanam), autrefois comté, diocèse de Langres, parlement de Paris, chef-lieu d'élection, bailliage et prévôté, aujourd'hui station de chemin de fer, chef-lieu du S" arrondissement et d'un canton, avec tribunal de l™ instance et une population de 2,803 habitants.

Située sur la rive gauche de la Seine, à l'extrémité d'une vallée resserrée entre deux coteaux que couvrent de riches vignobles et à 33 kilom. à l'est de Troyes, Bar-sur-Seine était autrefois la capitale d'un des sept comtés-pairies de Champagne. Ce comté devint héréditaire dans la famille d'un certain Milon vers le commencement du xi° siècle et revint, au xiu° siècle, aux comtes de Champagne. Jeanne de Navarre l'apporta avec toute la Champagne à Philippe le Bel; il fit partie du domaine jusqu'en 1433; à cette époque, Charles VII le céda au duc de Bourgogne ; cette cession fut une des conditions du traité d'Arras, et, bien que Louis XI eût réuni de nouveau le comté de Bar-sur-Seine à la couronne, il continua d'être compris dans le duché de Bourgogne jusqu'à la dernière division territoriale de \:\ France.

En 1359, le Lorrain Brognart de Fénestrange, qui avait aidé l'cvèque de Troyes à chasser les Anglais, n'ayant pas été payé, se vengea sur la ville de Bar. Froissard rapporte deux vers, devenus dicton dans le pays, qui attestent l'importance ancienne de la ville :

La graiid'villo de Bar-sur- Seine

A fait trembler Troie en Chaiiipaigne.

A l'époque de nos guerres de religion, la ville de Bar fut le théâtre d'un affreux massacre.

Outre les restes de son château sur la hauteur, cette ville possède un ancien pont sur la Seine, une église et plusieurs maisons de la Renaissance.

Bar-sur-Seine fabrique des droguets ; elle possède une papeterie, des tanneries, des distilleries d'eaude-vie, et commerce en grains, vins, eaux-de-vie, chanvre, laines, bois et cuirs. Sur un coteau voisin s'élève au-dessus d'un bois de chêne une petite chapelle rustique dédiée à Notre-Dame-de-la-Pitié; l'aspect en est très pitloresque.

Les armes de Bar-sur-Seine sont : ])arli, le premier de gueules à deux bars adossés d'argent; le deuxième d'azur à ime bande d'argent accompagnée de deux doxMes colices d'or potencées et contre-potencées .

Les Ricevs. — Les Riceys, chef-lieu de canton de 2,810 habitants, à 15 kilomètres au sud de Bar-sur- Seine. Cette commune est formée de trois bourgs distincts, situés dans une vallée formée par les montagnes les plus élevées du département et arrosée par la petite rivière de Laignes. Ces trois bourgs sont connus sous les noms de Ricey-IIaut, Ricey-Hauterive et Ricey-Bas. Ce dernier est le plus considérable; il possédait autrefois un des plus anciens châteaux de la Bourgogne, qui fut érigé en marquisat sous Louis XV; il en reste encore des vestiges. Le château actuel a été reconstruit vers le milieu du xvm" siècle. L'église, qui date de la Renaissance, .se fait remarquer par son portail et parla délicatesse de sa flèche en aiguille; c'est un monument historique.

On trouve aux Riceys, dont la population est, croit-on, suisse d'origine, des distilleries d'eau-devie, des tanneries et des teintureries; mats le commerce principal est celui des vins. Les vignobles des Riceys donnent des produits estimés, qui sont rangés, dans la classification des vins de France, entre ceux de la Côte-d'Or et ceux du Maçonnais.

Mussv. — Mussy-sur-Seinc [Mussium Episcopi) est une petite ville de 1,628 habitants, station de chemin de fer, chef-lieu de canton, située à 22 kilomètres au sud-est de Bar-sur-Seine, sur la Seine et près d'une belle forêt. Les évèques de Langres en étaient seigneurs et y possédaient un beau château, dont il ne reste plus que des ruines ; aussi la nommait on autrefois Mussy-l'Évêque. Jean d'Amboise la fit réparer en 1481, et le cardinal de Givry, autre évoque de Langres, y mourut en 1561. L'église de Mussy était du xni' siècle ; elle a été classée parmi les monuments historiques.

Celle petite ville est la patrie du littérateur Boursault. Les armes sont : d'azur, au sautoir de gueules canlonné de quatre fleurs de lis d'or.

Chaource. — Chaource [Cadujjpa, Chaorsium), chef-Ueu de canton de 1,479 habitants, situé à 21 kilomètres à l'ouest de Bar-sur-Seinc, près des sources de l'Amance, qui sont si abondantes, que, à peu de distance de leur origine, leurs eaux alimentent plusieurs moulins.

Chaource est une ville ancienne qui, comme bien d'autres en France, doit son origine à un château. Charlcmagne fil don de cotte terre au comte Robert. Elle était- souvent visitée par les comtes de Champagne et même par les rois de France, qui y avaient une résidence et venaient chasser dans la belle forêt voisine qui porte son nom. Des fêles s'y donnaient, et c'est dans l'une d'elles qu'une comtesse de Champagne fonda Vordre de la Constance, dont la décoration consistait en un cœur en diamants attaché à un ruban bleu ; les femmes comme les hommes, les roturiers comme les nobles y étaient admis, et on ne demandait aux iniliés que ces rares qualités du code de l'amour : fidélité et constance.

Aujourd'hui, Chaource offre à la curiosité des visiteurs des vieilles maisons à façade en bois sculpté, une église du xv" siècle, où sont de beaux vitraux, et trois belles fontaines. Elle fait un important commerce de grains, de vins, de bois et possède des fabriques de poteries, de cordes, de boissellerie. Elle a vu naître Amadis Jamyn, l'un des poètes les plus célèbres du xvi"^ siècle, qui y fonda un collège pour l'instruction des jeunes enfants de sa ville natale.

Nogent-sur-Seine (lat. 48° 29' 35"; long. 1°9 44" E.). — Nogent-sur-Seine [Novigenium ad Sequanam] dépendait autrefois du diocèse de Sens, du

parlement et de l'intendance de Paris, était cheflieu d'élection et avait bailliage royal, grenier à sel etgruerie. Aujourd'hui chef-lieu du 2"= arrondissement et d'un canton, celle ville possède un tribunal de première instance elune population de 3,4.33 habitants; station du chemin de fer de l'Est, elle est située à 65 kilomètres au nord-ouesl de Troyes.

Suivant une tradition peu éclaircie, Nogent fut bâti sur les ruines d'une ville plus ancienne appelée Richebourg, et son nom actuel viendrait de nova gens. Il y a près de là un chemin qu'on nomme encore chemin des Romains ; on en a conclu que la ville existait de leur temps.

Quoi qu'il en soit, Nogent était connu au ix" siècle, et l'on sait qu'au xw'd appartenait aux moines de Saint-Denis; plus tard, il revint aux comtes de Champagne et enfin au domaine royal. Sous la régence de Charles V, il s'y livra une furieuse bataille entre Eustache d'Auberticourt, général anglais, et un Lorrain au service de France, Brognarl de Féneslrange. « Par devers Ponts-sur-Seine, dit Froissard, esloit le pays si entreprins de gucrroyeurs, qu!on n'osoit issir hors des cités et des bonnes villes A Ponts-sur-Seine et à la fois au fort Nogent se tenoit niessire Eustace d'Auberthicourt, à tout cinq autres combatlanls, et pilloient tout le pays d'environ eux. » L'évèque de Troyes, Henri de Poitiers, se mit à la tète d'une petite armée, se joignit à Brognarl, et l'on marcha contre l'Anglais. « INIonseigneur Eustace d'Auberthicourt, qui sut cette chevauchée, assembla des garnisons qui à lui se tenoient jusqu'à quatre cents lances et deux cents archers, avec lesquels il se partit de Ponts-sur- Seine et n'eut guère chevauché quand il ouït

des nouvelles des François. Monseigneur Eustace recueillit ses gens au dehors de Nogent. » Là il fut vaincu et pris. Une petite chapelle, détruite pendant la Révolution, réédifiée depuis, rappelait cet événement et portait l'inscriplion suivante :

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