‹ La France illustréeChapitre 206 sur 301 · GEOFFROI DE VILLEIIARDOUIN , SÉNÉCHAL DE CHAMPAGNE · texte numérisé non relu

GEOFFROI DE VILLEIIARDOUIN , SÉNÉCHAL DE CHAMPAGNE

Geoffroi de ViLLEriARDouiN, scnûclial du comté de Champagne, le naïf historien de la quatrième croisade, à laquelle il prit part, naquit près de Troyes, au château de Villehardouin, vers 1153. Depuis le mauvais succès de la troisième croisade, on oubliait Jérusalem, et l'on ne voyait dans le monde chrétien que guerres entre les rois et les peuples. Le grand pape Innocent III voulut rappeler la Terre sainte aux uns et aux autres et fit prêcher la croisade par Foulques, curé de Neuillysur-Marne. Foulques se rendit à un tournoi qu'on célébrait en Champagne, et son ardente parole fit prendre la croix à tous les princes et à tous les chevaliers qui s'y trouvaient. Le sire de Villehardouin fut l'un d'eux. On résolut de faire route par mer; le sénéchal de Champagne se rendit à Venise avec d'autres députés pour obtenir du doge Dandolo la promesse de transporter les croisés en Palestine, moyennant 8.5,000 marcs d'argent et la moitié des conquêtes que feraient les chevaliers.

Thibaut, chef désigné de la croisade, étant mort, Villehardouin fit donner le commandement au marquis de Montferrat. On se rendit donc à Venise; mais les croisés ne pouvaient payer à la république la somme convenue; celle-ci consentit à attendre, à condition que les Français l'aideraient à reprendre Zara, en Dalmatie. Ils y consentirent.

Celte conquête faite, les Vénitiens persuadèrent à leurs alliés que les clefs de Jérusalem étaient à Constantinople. Un jeune prince grec, Alexis, s'offrit à les conduire, à condition qu'ils rétabliraient sur le trône son père, Isaac l'Ange. Des difficultés ne tardèrent pas à s'élever entre Alexis Comnène et les croisés; Villehardouin réussit en partie à les aplanir, et l'on se mit enfin enroule. Quand, arrivés en vue de Constantinople, les Français aperçurent ses hautes murailles et ses innombrables édifices dont les dômes étincelaient au soleil, et que leurs regards se furent promenés, dit Villehardouin, « et de long et de large sur ceste ville, qui de toutes les aultres estoit souveraine, sachez qu'il n'y eust

si hardy à qui le cœur ne fréniist... et chascun regardoit ses armes que bientôt en auroit besoing. » En effet , sur la rive s'alignait une armée de 60,000 hommes. Des barques conduisirent à terre les croisés tout armés.

Avant môme de toucher la plage, poursuit notre chroniqueur, « les chevaliers sortent des vaisseaux et saillent en mer jusqu'à la ceinture, tous armés, les hommes lacés, les glaives es mains, et les bons archers, et les bons sergents, et les bons arbalestriers. Et les Grecs firent moult grand semblant de les arrester. Et quant ce vint aux lances baisser, les Grecs leur tournent le dos et s'en vont, fuyant et leur laissant le rivage. Et sachez que oncques plus orgueilleusement nul pas ne fust pris. »

Constantinople tombée, un empire latin y fut fondé; Baudouin IV, comte de Flandre, fut élu empereur. Dans le partage, le sire de Villehardouin, qui s'était conduit avec la plus brillante valeur, reçut, avec le titre de maréchal de P.oumanie, plusieurs places en Macédoine; après la défaite de Baudouin par les Bulgares, ce fut lui qui sauva l'armée. Il ne servit pas avec moins de dévouement Henri, frère et successeur de Baudouin.

Le sire Geoffroi de Villehardouin mourut en Thessalie, vers 1213.

Ce n'est pas la part qu'il a prise aux pieuses expéditions de son temps qui a rendu son nom à jamais célèbre; la gloire du chevalier serait assurément depuis longtemps ensevelie dans l'oubli sans le chroniqueur. Villehardouin, en effet, a laissé une intéressante Histoire de la conqueste de Constantinople par les croisés ou Chronique des empereurs Baudouin et Henri, qui est un des plus vieux monuments de la prose française. Cette Chronique embrasse les années 1198 à 1207. Du Gange en a donné, en 1GG7, une édition enrichie d'un glossaire et d'une traduction en français moderne. Ou la trouve dans les Historiens des Gaules et de la France et dans les Mémoires sur l'histoire de France.

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