JUIN
En 1814, le 11 février, une forte division autrichienne parut devant Nogent. Un général, qui depuis trahit son drapeau, défendit vaillamment la ville. Avec onze cents hommes de nouvelles recrues, il soutint durant trois jours l'effort de toute une armée et ne céda au nombre qu'après avoir assuré la sortie des habitants et fait sauter le pont
Ari;i:
Nogent-sur-Seiae.
Saint-Edme, jeté sur le premier bras de la Seine. L'ennemi se vengea en mettant le feu à la ville. Cent quarante maisons et tous les édifices publics furent consumés. L'église, du xv" siècle, fut seule épargnée. C'est un monument historique.
Nogent est sorti de ses ruines et est devenu une charmante ville ; elle est agréablement située sur les deux rives de la Seine ; deux ponts, séparés par une île pittoresque, mènent de l'une à l'autre.
La partie principale de la ville occupe la rive gauche. Elle possède des fabriques de bonneterie et des corderies; elle fait un important commerce de grains pour le midi de la France et expédie à Paris du bois et du charbon.
Les armes de Nogent-sur-Seine sont : d'azur, à la èande d'argmit, accompagnée de deux doubles cotices potencées et contre-potencées d'or.
Romillv-sur-Seine et Scellières. — En remontant la Seine au delà de Ponts, près de ilomilly, station du chemin de fer de l'Est, chef-lieu de France iLLusTnÉE. 7l2.
canton de 3,190 habitants et patrie du brave général Partouneaux, se voient encore quelques restes de l'abbaye de Scellières, de l'ordre de Cîteaux, fondée en 1167 et ruinée d'abord parles huguenots en 1567, puis au temps de la Révolution. C'est à Scellières que fut inhumé furtivement, malgré l'opposition de l'évèque de Troyes, le corps de Voltaire; il y resta jusqu'à ce que l'Assemblée constituante en eût ordonné la translation solennelle au Panthéon. Le tombeau de ce grand philosophe était recouvert d'une j)ierre portant pour seule inscription les deux lettres initiales entrelacées A V.
Saint-Aubin et Le Paraclet. — A 5 kilomètres de Nogent, près du petit village de Saint-Aubin, qui compte 571 habitants, sur un petit ruisseau qui se jette dans la Seine, était Xabhaye du Paraclei. Abailard, condamné pour son Traité de la Trinité, au concile de Soissons, qu'inspirait saint Bernara, se réfugia d'abord à Saint-Denis. Persécuté de nouveau, abandonné par la cour, « il se sauva 18. — Aube. 4« Liv.
sur les terres du comte de Champagne, se cacha dans un lieu désert, sur l'Ardusson, à deux lieues de Nogent. Devenu pauvre alors et n'ayant qu'un clerc avec lui, il se bâtit de roseaux une cabane et un oratoire en l'honneur de la Trinité, qu'on l'accusait de nier. Il nomma cet ermitage le Consolateur, le Paraclet. Mais ses disciples, ayant appris où il était, affluèrent autour de lui; ils construisirent des cabanes, une ville s'éleva dans le désert à la science, à la liberté ; il fallut bien qu'il remontât en chaire et recommençât d'enseigner. Mais on le força encore de se taire et d'accepter le prieuré de Saint-Gildas, dans la Bretagne bretonnante, dont il n'entendait pas la langue. C'était son sort de ne trouver aucun repos. » (Michclet.) L'abbé Suger chassa également Héloïse du couvent d'Argenteuil, dont elle était supérieure ; elle conduisit alors ses religieuses au Paraclet, qu'Abailard lui donna. « Elle y tint une grande école de théologie, de grec et d'hébreu. Plusieurs monastères semblables s'élevèrent autour, et, quelques années après la mort d'Abailard, Héloïse fut déclarée chef d'ordre par le pape. » (Michelct.)
Abailard mourut, comme on sait, à Cluny dans les bras de Pierre le 'Vénérable. Héloïse obtint que son corps lui fût envoyé; elle le fit déposer dans une chapelle dédiée à saint Denis, qui lui avail servi d'ermitage. Héloïse mourut vingt-deux ans après son époux et fut couchée dans le même cercueil ; le tombeau fut transporté alors dans le chœur de l'église; on l'y voyait encore au siècle dernier avec trois épitaphes , dont deux avaient été placées, en 1701 et en 1709 seulement, par M™' de La Rochefoucauld et M"'° de Roucy, dernières abbesses du Paraclet. Voici l'inscription la plus ancienne :
Hoc iumulo abbutissa jacet prudens Heloissa. Parncletum slaluit, cum Parncleto requiescit. Gaudia sanctorum sua sunt, super alta polorum Nos meritis precibusque suis exultel ab imis.
Pendant la llévolution, de stupides démolisseurs détruisirent en partie le couvent et brisèrent le tombeau d'IIéloïse et d'Abailard. Le cercueil, qui contenait les deux corps, séparés par une lame de plomb, fui solennellement porté dans l'église de
Nogent par les habitants de cette ville. M. Lenoir obtint l'autorisation de le faire déposer au musée des monuments français. Un autre ami des arts, le docteur Boisset, avait également sauvé le tombeau qui avait reçu d'abord les restes d'Abailard au prieuré de Saint-Marcel de Chalon-sur-Saône. C'est une partie de ce charmant édifice qui est aujourd'hui au cimetière du Père-Lachaise.
Les ruines du Paraclet furent d'abord achetées par le comédien Monvel. M. le général Pajol a, depuis, fait déblayer le caveau de l'église; on y retrouva et l'on y voit encore le sarcophage de l'ancien tombeau d'Héloïse et d'Abailard.
ViLLENAUXE OU ViLLEiN'AUXE-LA-GUANDE. — Villo-
nauxe ( Villa Nova), chef-lieu de canton, à 15 kilomètres au nord-est de Nogent-sur-Seine, avec une population de 2,287 habitants. Cette petite ville était autrefois fermée par des murs dont la construction remonte à 1337. On y entrait par quatre portes. Aujourd'hui, ces murailles ont disparu et les remparts ont été remplacés par une jolie promenade plantée de tilleuls; elle est encore entourée de fossés, où coule la Villenauxe. Sa fondation remonte, si l'on en croit une ancienne chronique, au règne de Philippe-Auguste. Les habitants de Nesles, dispersés par les guerres, seraient venus y chercher un refuge. En 1652, les habitants de Villenauxe firent preuve de patriotique courage en repoussant une armée lorraine qui tenta vainement de s'emparer de la ville. Cette localité possède une église paroissiale qui est classée parmi les monuments historiques. Cet édifice, construit pendant le xni% le xiv» et le xv« siècle, est remarquable par sa beauté et sa grandeur; il est surmonté d'une tour commencée au xvi" siècle, achevée au xvni'= et réparée au xix^; les vitraux datent du commencement du xvi" siècle, c'est-à-dire de l'époque où l'art de la peinture sur verre florissait en France dans loule sa splendeur. Outre l'église, dont nous venons de parler, Villenauxe possède d'anciennes maisons en bois où l'on voit de curieuses sculptures. Des tanneries, des mégisseries, des fabriques de chocolat et de vannerie, le commerce des vins blancs et du vinaigre constituent l'occupation de son industrieuse populatioi.
AUBE