III. STATISTIQUE MORALE
Par M. Eco. BOUTMY, ancien professeur.
Les cliilTres en caractères gras inscrits dans chacune des trois petites colonnes département relativement à la mention devant laquelle ili
Crimes contre les personnes (4).
COURS d'assises.
Religion (2).
Catholiques 551.808
Protestants 697
Israël tes 67
Clergé catholique *\o
Pasteurs 2
Rabbins. ■
Mouvement de la population.
I Naissances 4-77S
I Mariages, 1.774 Décès 5.786 Duréemovennedelaïie. 36a. 5ra.
lustruclion (3).
Nombre des jeunes gens sachant lire, écrire et compter sur loo jeunes gens maintenus sur les listes de tirage 87,8
Nombre des établissements d'enseignement secon daire de l'État 2
Nombre des écoles primaires (publiques ou libres). . . 63<
Rapport du nombre des accusés à
la population. . isurH.l78hab.
Nombre total des accusés. ... 18
Infanticides.
Rapport du nombre des infanticides à celui des enfants naturels 106,66
Nombre total 3
Suicides.
Rapport des suicides au chiffre de
la population. . i sur 3.402 hab.
Nombre total 75
Crimes contre les propriétés.
14^ Rapport du nombre dfs accusés à la population. . isur ii.096hab.
Nombre total 23
de ce tableau indiquent le rang du i sont placés.
Tribunaux correctionnels.
Nombre des affaires 1 030
Nombre des prévenus. . . . 1.278 Nombre des condamnés. . . 1.133
Procès.
Affaires civiles (5) 1.151
Affaires commerciales (6). . 1.760
Paupérisme.
Rapport des indigents au chiffre de
la population. . . 1 sur 71 hab.
Bureaux de bienfaisance. . . 76
Hôpitaux et hospices. ... 9
Aliénés à la charge du dé-
partement 164
Sociétés de secours mutuels. îo
Contributions directes (8).
Foncière
Personnelle et mobilière Portes et fenêtres. . . .
(1) Les chiffres contenus dans ce tableau sont empruntés, pour la plupart, à YAnmaire statistique de la France (1878), publié par le ministère de l'agriculture et du commerce, ou calculés d'après des données puisées dans cet ouvrage.
(s) Ces chiffres sont antérieurs au recensement de 1S76, qui a négligé ce point de vue.
Culte catholique. — Évéché à Troyes, suffiagant de la métropole de Sens. Le diocèse de Troyes, qui comprend lo département tout entier, compte 40 cures, 382 succursales et 9 vicariats rétribués par l'État.
Culte réformé. — L'Église réforaiéo de Troyes fait partie de l'Église consistoriale de Meaux. Un temple évangélique existe à Troyes, et un autre à Estissac.
(3) Le département relève de l'académie de Dijon. Lycée à Troyes; collège communal à Bar-sur-Aube, auquel est annexée une école normale primaire; école libre à Nogent-sur-Seine. Établissements libres d'instruction secondaire à Arcis-sur-Aube, Bar-sur-Seine, Brienne, Chaource, Nogent-sur-Seine, Sainte- Savine et Troyes ; pensionnats primaires à Troyes et à Villenauxe.
Cours normal d'instituteurs primaires et un autre d'institutrices, à Troyes. Au point de vue du nombre d'élèves inscrits dans les écoles primaires de 6 à 13 ans, sur 100 enfants recensés, l'Aube occupe le 9= "rang. Il occupe le 54» rang d'après le nombre d'enfants présents à l'école par 10,000 habitants.
(4) .\u point de vue judiciaire, le département de l'Aube ressortit à la cour d'appel de Paris. Troyes est le siège de la cour d'assises. Chaque chef-lieu d'arrondissement possède un tribunal de première instance ; celui de Troyes est divisé en deux chambres. Cette ville possède, en outre, un tribunal de commerce.
(5) Ce chiffre indique le nombre des affaires civiles terminées pendant l'année.
(6) Ce chiffre comprend les affaires contentieuscs à juger pendant l'année.
(7) Terminées pendant l'apnée.
(8) Trésorier-payeur général à Troyes, remplissant en même temps les fonctions de receveur particulier; receveur particulier dans chaque chef-lieu d'arrondissement; 59 percepteurs.
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France dite de l'État-Major, publiée par le Dépôt de la
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Carte du département de l'Aube, extraite de la grande Carte
du Dépôt de la guerre.
Cartes du département de l'Aube, par Charte, Fremin, Du-
four, Duvotettay, Hérisson, etc.
Carte du département de l'Aube, d'après les levés de la
Carte de l'Étal-Major, au 40,000™», 18 feuilles, avec courbes de niveau, dressée par Leloup, gravée par Eritard. Carte du département de l'Aube, au i60,ooo«, par Leloup,
agent voyer en chef du département, gravée par Erhard.
■ Iiiil.. V- 1>. l.j
et C", 19, rue Montparnasse.— Jlles ItOL'FF et C'o, Euitburs.
AUDE
Chef-lieu : GARGASSONNE
Superficie : 6,313 kil. carrés. — Population : 300,065 habitîints. 4 Arrondissements. — 31 Cantons. — 437 Communes.
DESCRIPTION PHYSIQUE ET GÉOGRAPHIQUE
Situiitioii, limites. — Le département de l'Aude tire son nom de la principale rivière qui le traverse du sud-ouest au nord-est; c'est un des départements maritimes de la région méridionale de la France, et il est situé en grande partie dans le petit bassin côtier de l'Aude, qui appartient au versant de la Méditerranée.
Il a été formé, en 1790, du Carcassez, du Lauraguais, du Rasez et du diocèse de Narbonne, qui appartenaient à l'ancienne province de Languedoc.
Baigné à l'est par la Méditerranée, il est borné, au nord, par les départements de l'Hérault et du Tarn; au nord-ouest, par celui de la Haute- Garonne; à l'ouest, par celui de l'Ariège; au sud, par celui des Pyrénées-Orientales.
Superficie, nature du soi, montagnes, côtes, ports. — La surface de ce département offre un pays montueux traversé, au nord, par une grande vallée longitudinale, qui s'étend de l'ouest à l'est et que viennent rejoindre, dans la partie méridionale, de nombreuses vallées transversales dirigées du sud-ouest au nord-est.
Sur la lisière occidentale du département s'étend, du sud au nord, un rameau de hauteur moyenne de 800 à 1,000 mètres, contrefort des Pyrénées, qui lie ces montagnes aux Cévennes méridionales. Ce rameau, que l'on désigne sous le nom de Corbières occidentales, fait partie de la ligne de faite générale qui sépare les deux versants maritimes de l'Atlantique et de la Méditerranée; ses dernières pentes viennent mourir près du bassin de Naurouse et forment avec les montagnes Noires un col ou défilé dont on a profité pour y faire passer le canal du Midi. Les principaux sommets sont : fa crête de Paillières, sur les limites du département et de celui de l'Ariège, 2,000 mètres; au nord de Belcaire, 1,116; le plateau au nord de Marsa, 1,292;
FliA.NCE ILLUSTRÉE. 173.
près deSaint-Jean-Paraccl, 746; <à l'est de Puyvert, 66S; le Plantaurel, sur la limite occidentale du département avec celui de l'Ariège, 764. Quelques cols ou défilés sont remarquables ; citons : le col de la Clause, celui d'El-Teil et celui de l'Espinas. Les montagnes Noires couvrent la frontière nord, et elles séparent le département de celui du Tarn. Elles appartiennent à la grande chaîne des- Cévennes méridionales et font aussi partie de la grande ligne de faîte dont nous venons de parler; le pic de Nore, au nord du département, qui a 1,210 mètres, en est le point culminant.
Une autre chaîne, celle des Corbières orientales, traverse encore le département dans sa partie méridionale, du sud-ouestau nord-est; elle se détache des Corbières occidentales entre L'Ilospitalet (Ariège) et Mont-Louis (Pyrénées-Orientales) et sépare le bassin de l'Aude de ceux de l'Agly et de la Têt (Pyrénées-Orientales). Ses pics principaux dans le déparlement sont : le pic Madrés, 2,47 1 mètres, et le pic de Bernard-Sauvage, 2,427 mètres, sur la hmite la plus méridionale du département, dans la forêt de Lapazeuil; la montagne Rase, 1,84S mètres; le mont de Tauch, 810 mètres; la montagne d'Alaric, 600 mètres; le pic Mossot, 2,408 mètres, sur les limites de celui des Pyrénées- Orientales, et le pic ou puech de Cugarach, qui en a 1,231.
C'est principalement des Corbières orientales et occidentales que se détachent les rameaux qui forment entre eux les vallées transversales. En outre, une suite de collines s'étendent le long de la .Méditerranée, entre Narbonne et la mer.
Le sol de la plaine présente généralement une couche de terre végétale assez épaisse, reposant ordinairement sur des terrains de transport formés par des galets et des cailloux roulés, ou immédiatement sur l'argile ou sur des sables et des grès.
Les côtes, dont le développement sur la Méditerranée est d'environ 45 kilomètres, depuis l'étang 4^5. — Aude, 1" Liv.
LA FRANCK ILLUSTREE
de Leucate ou de Saiscs, aux environs de La Croix de Malpas, jusqu'à l'embouciiure de l'Aude, oiïrent une suile de grandes lagunes dont les principales sont celles de Bagcs, de Sigean, de Narbonne, de Périac, de Mer, de Gruissan, de la Palme, de Leucate, etc. Ces lagunes ou étangs salés communiquent avec la mer, dont les séparent d'étroites langues de terre, par différentes passes ou graus. Le seul port de mer est celui de La Nouvelle, situé près de Sigean et défendu par un petit fort placé sur un îlot à l'entrée du grau des étangs de Sigean et de Bages et en face du débouché du canal de Narbonne à la mer.
L'étendue du département est de 613,324 hectares. Le sol se divise, d'après sa nature, en : pays de montagnes, 152, 833 hectares; pays de bruyères ou de landes, 120,103; sol de terreau, 77, 218; sol calcaire, 33,860; sol de gravier, 1,559; sol pierreux. 61,663; sol sablonneux, 8,210 hectares.
Hydrographie. — Ce département forme presque en entier le bassin de l'Aude, et il est arrosé par ce fleuve et ses affluents. Une zone étroite à l'ouest dépend du bassin de la Garonne et est arrosée par le Lhers, tandis que, vers le sud, une autre zone appartient à la vallée de l'Agly.
L'Aude sort de l'étang d'Aude, situé au pied du pic de Carlitte, près du village des Angles, à 8 kilomètres au nord de Mont-Louis, dans le département voisin des Pyrénées-Orientales. Elle pénètre dans le département auquel elle donne son nom à 23 kilomètres de sa source, près d'Escouloubre, où elle commence à être flottable et après avoir reçu de nombreux torrents descendant des montagnes voisines. Elle traverse les trois arrondissements de Limoux, de Carcassonne et de Narbonne, en décrivant, dans son cours de 182 kilomètres, un arc de cercle du sud-ouest au nord-est et en passant près d'Escouloubre, à Axât, à Quillan, à Couiza, à Limoux, à Carcassonne, à Trèbes, à Marseillelte, à Blomac, un peu au-dessous des épanchoirs destinés à verser dans le canal d'atterrissement de Capostang ses eaux limoneuses. Cette rivière, qui, à proprement parler, est un petit fleuve puisqu'elle se jette directement dans la mer, se divise en deux branches, dont l'une, canalisée et devenue navigable sous le nom de canal de la Robine, passe à Narbonne et va à la mer par le port de La Nouvelle ; l'autre continue son cours par Cuxac et Coursan et se jette dans la Méditerranée, près de l'étang de
Vendres. Le cours total de l'Aude est de 208 kilomètres. Parmi les 36 rivières ou ruisseaux principaux qu'elle reçoit, nous citerons, sur la rive droite, la Guette, la Salse, le Lauquet et l'Orbieu, qui a 60 kilomètres; sur la rive gauche, la Rebenti, le Fresquet, la Cougain, l'Orbiel, l'Argendouble et la Ceysse. La Berre se jette dans l'étang de Bages; le Lhers, affluent de l'Ariège, passe par l'industrieuse ville de Chalabre; l'Agly et la Verdouble, son affluent, qui arrosent le département des Pyrénées-Orientales, prennent leur source dans la partie méridionale de celui de l'Aude.
Point de lac proprement dit dans le département ; les principaux amas d'eau qu'on appelle étangs sont pour la plupart des lagunes voisines de la mer. Nous les avons nommées dans l'article précédent; leur étendue est de 9,767 hectares; il y avait autrefois, près de Marseillette, un vasle étang que l'on a desséché et rendu à l'agriculture.
Le canal du Midi (voyez le département de la Haute-Garonne), dont celui de Narbonne ou de la Robine est un embranchement, traverse de l'ouest à l'est le déparlement de l'Aude dans sa partie septentrionale. Le point de partage des eaux entre l'Océan et la Méditerranée est à l'ancien bassin de Naurouse, à 189 mètres au-dessus de la Méditerranée, dans l'arrondissement de Casteinaudary, et cette pente est rachetée par 89 écluses. Le développement total de ce canal est de 240,983 mètres de longueur, dont 127,483 dans le département de l'Aude. Le canal de Narbonne ou de la Robine, dont la longueur est de 31,622 mètres, commence à l'écluse de Cesse, sur le canal du Midi, et vient aboutir à la mer au petit port de La Nouvelle.
Voies de coiiiuiunicatiou. — Le département de l'Aude est parcouru par 3 routes nationales, d'un développement de 340 kilomètres; par 23 routes départementales, ayant une longueur de 638 kilomètres; par 28 chemins de grande communication, 602 kilomètres ; par 72 chemins vicinaux d'intérêt commun, 1,062 kilomètres, et par près de 2,300 chemins vicinaux ordinaires, dont on peut évaluer la longueur totale à environ 1,200 kilomètres.
Les chemins de fer qui traversent le département appartiennent au grand réseau du Midi. La ligne de Bordeaux à Cette y pénètre à 3 kilomètres de la station de Segala et dessert successivement
AUDE
celles de : Le Mas-Saintes-Puelles, Caslelnaudary (31-2 kilomètres de Bordeaux), Pexiora, Bram, Alzonne, Pezens, Carcassonne (348 kilomètres de Bordeaux], Trèbes, Floure, Capendu, Moux, Lczigiian, Villedaigne, Marcorignan, Narbonnc (406 kilomètres de Bordeaux) et Coursan.
A Carcassonne se détache un premier embranchement de 00 kilomètres qui se dirige surQuillan en desservant les stations de : Madame, Couffoulens-Lcuc, Yerzeillc, Pomas, Cepie, Limoux (27 kilomètres de Carcassonne), Alel, Couiza-Montazels, Esperaza, Camp;igne, Quillan.
A Narbonne, un autre embranchement se dirige sur Perpignan et Barcelone; il dessert dans le département : Mandirac, Sainte-Lucie, La Nouvelle et Leucate.
Plusieurs autres lignes sont à l'étude ou en construction; citons celle de Quillan à Perpignan, celle de Pamiers (Ariège) à Limoux, par Mirepoix.
En 1 ss ', on évaluait la longueur des lignes exploitées à ■226 kilomètres et celle des lignes en construction ou à construire à 46 kilomètres.
Climat. — La partie orientale d;i département de l'Aude appartient au climat méditerranéen ou proveni;al, et la partie occidentale appartient au climat girondin ou occidental; dans la première, l'élévation de la température est plus considérable que dans la seconde; mais, en général, le voisinage de la mer et celui des monlagnes rendent le climat et la température du département très variables.
Les vents sont impétueux partout où les montagnes n'opposent pas un abri à leur fureur. Ceux du nord-nord-ouest, connus sous le nom de cers, dominent pendant presque toute l'année et sont, à mesure que l'on s'avance vers la mer, d'une violence dont on ne peut se faire une juste idée; le sud-ouest est très pluvieux dans la partie occidentale; le nord et l'est sont rares; le sud-est ou vent à'auian, ou vent marin, est, après le cers, le plus fréquent ; ce vent est l'inverse de ce dernier; sa force augmente progressivement à mesure qu'il s'éloigne de la mer.
Chaque année, il tombe sur les montagnes du département une grande quantité de neige, qui, sur quelques-unes des plus élevées, persiste en certaines expositions jusqu'au commencement de l'été. Quelques cantons de l'ouest sont exposés à la grêle.
A Carcassonne, le thermomètre centigrade descend rarement à 0° ou à — 3°. Toutefois, en 1789, il tomba à — 12°; à Narbonne, on le vit à — 120,5 en 1803. La quantité annuelle moyenne de pluie a été, pour une période de 5 années, de 728""", et à Castelnaudary de 660""", 5. Le nombre annuel des jours de pluie est de 51 ; mais elle est très abondante, et, en 1772, .M. Gazais, ingénieur, mesura à Trèbes une pluie de 190'""' en 24 heures. Le vent d'ouest-nord-ouest ou le cers souftle pendant 240jours,etleventdusud-estouventmarin pendant 123 jours. En 1827, les températures extrêmes ont élé, à iXarbonne — 0°,oO et -1-34''; enl828,-f-0°,75 et 4- 34'',o0. L'automne, qui se prolonge quelquefois jusqu'aux premiers jours de janvier, est la plus belle saison dans le département. Le voisinage de la mer et des lagunes occasionne des fièvres, et dans les montagnes on rencontre des goitres et des affections cutanées.
Productions uatiircllcs» — La partie sud-est du département de l'Aude appartient à la région géologique dite des Pyrénées, et la partie nord-ouest à la région de l'Aquitaine. Le sol se compose principalement de terrains tertiaires où se trouvent des grès, des liais, des calcaires, des graviers et des sables d'eau douce mêlés d'ossements fossiles.
Le département de l'Aude est assez riche en substances minérales ; il y existe des mines de fer. de cuivre, de plomb, de manganèse, de cobalt et d'antimoine. Outre les beaux marbres de Cannes, de Cascastel et des Corbières, on y exploite des carrières de pierre lithographique, de gypse, de pierre à chaux, d'ardoise et de jayet. On connaît, à Tuchan et à Durban, deux mines de houille de bonne qualité, mais dont les filons ont peu d'épaisseur. On exploite à Sigean des salines importantes. Les montagnes contiennent uu très grand nombre . de sources minérales froides et thermales ; nous citerons celles d'Alet, d'Escouloubre, de Campagne, de Ginois, d'Estribaud, les sources salées non e.\plottées de Durban et de Sougraine.
Le département produit des céréales en quantité plus que suffisante pour les besoins de la consommation locale; le froment, le seigle, le maïs et les vesces sont les principales cultures ; on y récolte aussi la prunelle, l'épeautre, le millet et le sarrasin. Les arrondissements de Narbonne, de Castelnaudary et de Carcassonne sont les plus productifs.
Le blé s'exporte dans les départements riverains de la Méditerranée et le seigle dans les montagnes des Pyrénées , des Corbières et de la Montagne Noire. La culture de la vigne est ici très importante ; sa production est évaluée, en moyenne, à deux ou trois millions d'hectolitres valant de soixante-quinze à quatre-vingt-dix millions de francs; en 1878, la production a été de 2,420,865 hectolitres; en 1879, de 3,000,000 d'hectolitres; en 1880, de 4,500,342 hectolitres. Le vin est donc la principale source de richesses du département ; un tiers est consommé dans le pays même, un autre tiers est converti en eau-de-vie et le reste s'exporte. Pour la table, le vin rouge, et surtout le vin blanc de Limoux, que l'on nomme Hanquelte, véritable clmni'pagne pyrénéen, le vin rouge du Quatourze à Narbonne, la blanquette de Bages sont cités comme des vins supérieurs; ceux de Filou, de La Palme, de Leucate, de Treillhes, lorsqu'ils ont vieilli, ne peuvent être distingues des meilleurs vins du Uoussillon. Les vins de Narbonne sont très recherchés dans le commerce pour l'exportation; ils servent aux coupages. Citons encore les vins de La Grasse, d'Alet, de Sigean, de Ginestas, de Mirepeisset, de Portel, de Néviar, de Villedaigne et le vin blanc de Magrié. Les arbres à fruit sont cultivés presque partout pour la consommation locale; le châtaignier et le noyer ne viennent que dans les parties montagneuses; l'amandier croît très bien et est productit dans les terres légères. La culture a perfectionné l'olivier, et Narbonne est le centre de cette culture. Les environs de Garcassonne abondent en riches prairies; les prairies naturelles sont assez multipliées, et la quantité de fourrages que produit le département est plus que suffisante pour la nourriture des bestiaux. Divers arbustes, comme le houx, le noisetier, l'aubépine, l'arbousier, croissent spontanément ; les principales essences des forêts sont le chêne, le hêtre, le frêne, le pin et le sapin.
Les chevaux que l'on élève dans le département sont de petite taille; les ânes sont nombreux dans les communes voisines de la mer ou dans celles de la montagne; on en exporte dans les départements voisins ; les bœufs et les vaches, de petite taille, sont employés au labourage, et on en élève peu dans le département ; il n'en est pas de môme des moutons, qui sont nombreux et donnent une laine beaucoup plus grosse que celle des moutons de montagne croisés avec les mérinos ; on en fait un
grand commerce. Le département et surtout l'arrondissement de Castelnaudary élèvent une quantité prodigieuse de volailles, que l'on exporte dans les départements voisins et jusqu'en Espagne. L'oie est principalement l'objet d'une spéculation avantageuse et une ressource pour les ménages où on sale la chair et où sa graisse sert à l'apprêt journalier des alimants. Les Guarrigues, la Clapé et les Corbières nourrissent une multitude prodigieuse d'abeilles, qui fournissent une quantité considérable de miel. Tout le monde connaît la réputation méritée dont jouit le miel de Narbonne. Les vers à soie sont l'objet de soins particuliers dans quelques communes ; mais cette précieuse industrie laisse encore à désirer.
Le gibier de toute nature abonde dans le pays; le coq de bruyère, le faisan, la gelinotte et la perdrix blanche sont des oiseaux de passage. Le chamois ou isard se montre sur les pics élevés des Corbières. Les forêts recèlent des loups, des sangliers, des renards; l'aigle et le vautour planent sur les pics neigeux. Des alcyons, des flamants roses et des goélands fréquentent les étangs marins. Les bords de la mer et les étangs sont très poissonneux; on y voit quelques poissons volants, ainsi que l'esturgeon, la muge, le thon, etc.
Industrie agricole» niantifacttirière et comiuerciale. — Le déparlement de l'Aude est un pays agricole et manufacturier; l'agriculture y est dans un état assez florissant. Nous avons dit que la production des céréales dépassait les besoins de la consommation locale ; mais la principale des richesses agricoles est la vigne.
Les prairies naturelles sont soumises à un système d'irrigation fort bien entendu, et nous avons déjà signalé la juste réputation dont jouissait le miel.
La superficie du déparlement se partage en superficie bâtie et voies de communication, 154,360 hectares, et en territoire agricole, 542,189. Ce dernier se subdivise lui-même en : céréales, 131,536 hectares; farineux, 7,317; cultures potagères et maraîchères, 750; cultures industrielles, 351; prairies artificielles, 27,248; fourrages annuels, 4,120; autres cultures et jachères, 56,179; vignes, 142,202; bois et forêts, 28,259; prairies naturelles et vergers, 7,080 ; pâturages et pacages, 26,084; terres incultes, 123,680 hectares.
Les branches les plus importantes de l'industrie
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manufacturière sont : la fabrication des draps et des lainages, depuis longtemps renommés; l'extraction et l'affinage du fer, la préparation et le travail d'un acier de qualité excellente et que l'on convertit en limes, râpes, serpes, faucilles, etc. Les autres produits les plus importants sont les eaux-de-vie, les farines, les papiers, les cuirs, le verdet, les ouvrages en jayet, la tournerie et la peignerie. L'exportation consiste principalement en grains , farines , vins et eaux-de-vie , miel , laines, draps et lainages, articles en fer et en acier.
Le petit port de La Nouvelle, situé au débouché du canal du Midi sur la .Méditerranée, est le véritable port de Xarbonne; il fait un commerce assez important, qui s'accroît de jour en jour. On évalue le mouvement de sa navigation ; pour la grande navigation, à près de 300 navires pour l'entrée et autant pour la sortie; et, pour le cabotage, à 260 navires pour l'entrée et un chiffre égal pour la sortie.
Le nombre des foires du département est de 166; elles se tiennent dans 74 communes et durent 190 journées; les principales se tiennent à Carcassonne, à Castelnaudary, à Chalabre, à Alzonne, à Trèbes, à Roquefort, à Salsigne, à Villepinte, à Cuxac, à Cabardès, à Serviès-en-Val, etc. Les articles de commerce sont les produits de l'industrie du pays, le fer, les laines, les étoffes, les grains, les bestiaux, les porcs, les jambons, les chevaux, les mulets, etc.
Dlvisiou politique et atliuiulstratlve. — Le département de l'Aude a pour chef- lieu Carcassonne; il comprend 4 arrondissements, 31 cantons, 437 communes; le tableau que nous donnons plus loin les fera connaître ; il appartient à la rc'gion agricole du sud de la France.
Le département forme le diocèse d'un évêché suffragant de l'archevêché de Toulouse, et dont le siège est à Carcassonne; il y a dans cette ville un grand séminaire, et un petit séminaire à .Xarbonne. Le d('pnrlement a 6 cures de première classe, 31 de seconde, 387 succursales et 49 vicariats.
Les tribunaux de première instance et de commerce des chefs-lieux d'arrondissement ressortissent à la cour d'appel de Montpellier. Il y a à Limoux une maison cellulaire de détention.
Le département est compris dans le ressort de
l'académie universitaire de .Montpellier; il y a un lycée à Carcassonne, un collège communal à Castelnaudary, 10 institutions secondaires ou pensions dans le département, une école normale d'instituteurs primaires et une école d'institutrices à Carcassonne et 716 écoles primaires.
Le département appartient au 16" corps d'armée et à la 16° région do l'armée territoriale, dont l'élatmajor est à .Montpellier; Carcassonne et Narbonnc sont des chefs-lieux de subdivision. La compagnie de gendarmerie départementale appartient à la 16" légion (i^w), dont l'état-major est à Perpignan.
Xarbonne est un quartier maritime du sousarrondissement maritime de .Marseille, dépendant de la préfecture de Toulon. Xarbonne po.ssède une école d'hydrographie, un commissariat et un syndicat de la marine.
Le département dépend de l'arrondissement minéralogique de Toulouse, qui fait partie de la région du sud-ouest; de la 8° inspection divisionnaire des ponts et chaussées (.Montpellier) et du 25° arrondissement forestier, dont le conservateur réside à Carcassonne, arrondissement composé des déparlements de l'Aude et du Tarn, et euinptanl 44,7u4 hectares de forêts.
II y a à La Nouvelle deux bureaux et une principauté des douanes dépendante de la direction de Perpignan. Le département compte 70 perceptions de finances; les contributions et revenus publics atteignent dix-huit millions de francs.
HISTOIRE DO DÉPARTEMENT
Le territoire du département de l'Aude appartenait, avant la conquête romaine, à la confédération des Volces-Tectosages. Il fut conquis avant César par les généraux romains, et compris dans la Xarbonnaise. Les Wisigoths envahirent le pays en 43.5, pendant qu'Aétius était occupé à réprimer les Bagaudes. Ils le conservèrent plus longtemps que leurs autres possessions gauloises, même après la bataille de Veuille, grâce au secours du roi des Oslrogolhs, dont les troupes battirent le fils du conquérant franc (308). Ils eurent ensuite à résister au roi des Curgondes, qui dirigea sur le pays de Carcassonne, de o8o à 388, trois tentatives qui n'aboutirent qu'à affermir leur domination. Ce pays faisait alor^ partie de la Septimanie, ainsi appelée à cause des sept évêchés que les rois wisigoths y avaient établis. La domination gothique ayant été
renversée en Espagne en 711, l'irrésistible invasion des Arabes lut poursuivie par les vainqueurs de ce côté-ci des Pyrénées. L'empire des musulmans y fut court. Le duc d'Aquitaine, Eudes, les en chassa ; mais il travaillait moins pour lui-même et pour son éphémère maison que pour la dévorante ambition des Carlovingiens, qui, peu de temps après, soumettaient Narbonne et Carcassonne (739-762).
Le premier comte de Carcassonne dont il soit fait mention dans les chroniques est .Oliba, de la famille des comtes de Barcelone. 11 était comte en 819, et l'on suppose que son comté venait d'être érigé par Louis le Débonnaire, lorsque ce prince détacha le Carcassez et le Rasez de la Seplimanie pour les réunir au marquisat de Toulouse et au royaume d'Aquitaine (817). Le Rasez, dont le nom venait d'un ancien château appelé Redas, peutêtre la Rennes actuelle, formait un comté particulier, depuis qu'un archevêque de Narbonne, chassé de sa ville par les Sarrasins, y avait transporté son siège épiscopal, et avait procuré à ce petit pays les honneurs du titre féodal. Narbonne était elle-même un comté; ainsi, trois comtés répondaient alors au département actuel de l'Aude. En 880, la Rasez fut uni par un mariage au Carcassez pour n'en être plus jamais séparé.
Le comte Arnaud, le premier que l'on rencontre possédant le Carcassez à titre inamovible et comme propriété (940) , eut trois fils auxquels il partagea ses États. L'aîné fut comte de Carcassonne sous le nom de Roger I'^', et eut à son tour trois fds, dont le second fut le premier comte de Foix, et servit ainsi de souche à une des plus illustres maisons du Midi.
Roger III, mort sans enfants (1067), institua pour son héritière sa sœur Ermengarde, laquelle s'empressa de se donner un premier protecteur en épousant Raymond-Bernard, vicomte d'Albi et de Nîmes, et un secondprotecteuren vendant, moyennant onze cents onces d'or, la suzeraineté du Carcassez et du Rasez à son parent, le comte de Barcelone. La branche cadette des comtes de Foix fit de vains efforts pour faire prévaloir les droits des mâles. Ermengarde avait fait entrer le comté de Carcassonne dans une maison capable de le défendre. En 1150, un seul homme était vicomte de Béziers, d'Albi, d'Agde et de Carcassonne. Nous disons vicomte de Carcassonne ; car, au commencement du xu" siècle, Bernard-Aton avait aban-
donné le titre de comte et s'était contenté de celi i de vicomte; la charge et le litre existaient déjà depuis un siècle à Carcassonne. Ilâlons-nous de dire qu'à la môme époque le même Bernard-Aton avait adroitement transporté son hommage de la maison de Barcelone à celle des Saint-Gilles, comtes de Toulouse (1112). Cette politique était dirigée contre les prétentions de la maison de Foix.
Sous le titre général de vicomte de Béziors, Raymond Trancavel possédait donc, au milieu du xii° siècle, la vicomte de Carcassonne, dont nous ne poursuivrons point fhistoire distincte. Les événements de la guerre des Albigeois se retrouveront dans l'histoire des villes et châteaux. A la suite de cette guerre, la vicomte de Carcassonne passa, avec celle de Béziers, sous la domination des Montfort. C'est en 1211, pendant le siège du château de Minerve, que Raymond Trancavel céda tous ses domaines à Simon de Montfort, par un acte dans lequel il déclarait les abandonner en son nom et au nom de sa postérité, « sans avoir été ni circonvenu, ni trompé, ni entraîné par la force ou la ruse, mais de son propre mouvement, par l'effet de sa pure et simple libéralité. » Mensonges des traités! Espéraient-ils donc, ceux qui firent signer celui-ci, que la postérité crédule prendrait une spoliation pour un don volontaire? Amaury de Montfort, successeur de Simon, céda en 1224 ses droits sur le Carcassez au roi de France, Louis VIII. Plus tard, en 1240, l'héritier légitime, Raymond Trancavel, fit une tentative pour reprendre les domaines de ses pères et enleva les faubourgs de Carcassonne. Mais, obligé de lever le siège et de traiter avec saint Louis, il signa, en 1247, une cession complète en faveur du roi de France ; il lui abandonnait tous ses droits sur la vicomte de Carcassonne comme sur les autres et lui transportait les hommages de ses vassaux. L'acte offre, comme celui de 1211, les apparences d'une volonté libre et consentante; ici, du moins, une chose donnait à la spoliation quelque couleur de transaction et d'échange: c'était une rente de six cents livres assignée par le roi à Trancavel et à ses successeurs, à prendre sur divers fonds de la sénéchaussée de Carcassonne. Le seigneur féodal devenait un pensionnaire de la royauté. Sort précaire, triste fin d'une des plus brillantes puis.sances territoriales du midi de la France au moyen âge! Les domaines des comtes de Carcassonne devinrent une sénéchaussée. Celte sénéchaussée, fondée par
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Casteinaudary.
Simon de Monifort, maintenue par saint Louis, s'étendait alors depuis le pays de Foix jusqu'à Montpellier ; resserrée plus tard dans des limites plus étroites, elle n'en conserva pas moins une grande importance, puisqu'elle comprenait les onze vigueries de Carcassonne, de Cabardez, de Minervois, de Béziers, d'Albi, deGignac, deLimoux, de Narbonne, deFénouillède, de Termenois et des AUemans, le bailliage de Sault, la châtellenie de Montréal, les comtés de Castres, de Pézenas, de Cessenon, les vicomtes de Narbonne, deLautrec et d'Omélas, la seigneurie de Mirepoix. Ces sénéchaux s'intitulèrent d'abord sénéchaux du roi dans les pays d'Albigeois, et plus tard sénéchaux de Carcassonne, Béziers elLimoux.
Depuis sa réunion à la France en 1247, le pays dont se compose le département de l'Aude suivit la destinée des autres contrées qui dépendaient du Languedoc. Les guerres de religion vinrent porter atteinte à la prospérité dont il jouissait; mais elle
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neurit de nouveau sous Louis };iV, surtout lorsque ce prince eut autorisé la création du beau canal du .Midi, auquel les principales villes du département doivent aujourd'hui leur activité et leur industrie.
HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES, BOURGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES
Garc.\ssonne (lat. 43° 12' S4"; long. 0° 0' 46" E.). — Carcassonne {Carcasso, Carcasio, Carcassum, Carcassona), grande et très ancienne ville, peuplée de 23,971 habitants, importante station de la ligne du chemin de fer de Bordeaux à Cette, avec embranchement sur Quillan (réseau du Midi), située sur l'.Aude, qui la divise en deux villes distinctes : la Ville-Basse et la Cité, à 781 kilomètres au sud de Paris et à 93 à l'est de Toulouse, chef-lieu du département, d'un arrondissement et de deux cantons, avec tribunaux de première instance et de
■S-S. — Alde, 2^ Liv.
commerce, conseil de prud'hommes, évêché , grand et petit séminaire, lycée, etc., dépendait autrefois du parlement et de la généralité de Toulouse et de l'intendance du Languedoc; avait recette, présidial, sénéchaussée, chapitre, séminaire, etc.
Sur les bords du fleuve ^^«.2;, aujourd'hui l'Aude, existait autrefois un bourg également appelé Atax. Les Alacins, qui l'habitaient, faisaient partie des Vùlces-Tectosages. Celte ancienne ville n'existe plus aujourd'hui sous le même nom, et il y a lieu de croire, dit le P. Bouges, que dans la suite elle a été appelée Carcasso, lorsque les habitants du pays firent de ce lieu le magasin ou l'arsenal de leurs armes, qui consistaient alors en flèches et en carquois. Quant à la fondation de Carcossonne par des Troyensfugitifs,ou,mieuxquecela,parundespclitsfils de Xoé ; quant à la prospérité de Carcassonne au temps où les Hébreux sortirent d'Egypte, ce ne sont que des traces de cette vanité généalogique qui lient les peuples et les villes comme les individus.
On voyait au siècle dernier, sur la porte principale de la ville, un bas-relief représentant le buste d'une grande femme vêtue en amazone, et audessous on lisait ces deux mois : Carcas sum, je suis Carcas. Voilà une excellente ctymologie: de Carcas sum à Carcassuvi, qui a été une des formes du nom qui nous occupe, il n'y a qu'un pas. Qu'était donc cette Carcas? Du temps que les Sarrasins occupaient toute la Gaule Narbonnaise, Carcassonne était en leur pouvoir. Charlemagne, qui avait résolu de les chasser au delà des Pyrénées, vint assiéger cette ville, et fut retenu devant ses murs pendant cinq longues années. Cette résistance étonnante à l'invincible empereur et à ses vaillants paladins était l'œuvre de notre hcro'ine, de la dame Carcas, Sarrasine qui joignait au plus haut degré la ruse au courage, comme on en peut juger. JLn eil'et, les vivres n'avaient pu durer cinq ans, tous les habitants étaient morts, moins Carcas. Celte femme extraordinaire n'en fut point découragée, mais elle garnit les murs de mannequins armés, et, faisant le tour des remparts, elle lirait des flèches sur les ennemis, étonnés de voir toujours si nombreuse et si vigilante garnison. Comme elle voulait aussi ôter à Charlemagne l'espérance de prendre la ville par la famine, elle eut recours à une autre invention : elle ht manger un boisseau de blé à un porc, et le précipita du haut des remparts ; naturellement, le
porc se brisa en pièces et son ventre gonflé creva. Quelle ne fut pas la stupeur des assiégeants en voyant que dans cette place on nourrissait les animaux de basse-cour avec le plus pur froment! cela supposait des provisions inépuisables. Charlemagne, en homme sensé, abandonna un siège inutile, mais non sans se retourner pourvoir une dernière fois cette place, objet de tant de dépenses perdues. 0 merveille ! Une des tours s'incline et le salue ; depuis ce temps elle s'appelle tour de Charlemagne, et l'on dit même qu'elle ne s'est pas redressée de son salut. Cependant Carcas, satisfaite d'avoir joué l'empereur d'Occident, le rappela, lui ouvrit les portes et le reconnut pour son seigneur. Charlemagne, admirant ses stratagèmes et son courage, voulut que la ville portât son nom et fût appelée Carcassonne. Il est bien dommage que ce nom existât déjà du temps des Romains. Mais il faut que cette légende ait eu de la consistance au moyen âge pour que la ville en ait placé le symbole sur sa principale porte, comme un emblème d'écusson, à voir à tout venant. Pas n'est besoin d'ajouter que le siège de cinq années par Charlemagne et le resie est de l'histoire véridique à peu près comme celle des quatre fils Aymon ou de Roland furieux.
Carcassonne jouissait du droit latin, mais point encore du titre de colonie à l'arrivée de César. Elle fournit à P. Crassus, lieutenant du conquérant des Gaules, un corps de cavalerie servant sous ses propres enseignes, ce qui indiquequ'elle était à peu près indépendante. Plus tard, en 282 après J.-C, elle érigeait à Xumérien, fils de l'empereur Carus, une colonne, trouvée en 1729 dans un champ à 4 kilomètres de la ville et portant celte inscription : Principi. luventutis. Numerio. Numeriano. Nobilissimo. Cesari. iV. M. P. I. Pourtant le P. Bouges est d'avis que les quatre dernières lettres doivent être interprétées ainsi Numeriani milites poni jusserunt ; ce qui changerait l'origine de ce monument, et priverait les habitants de l'honneur de l'avoir érigé eux-mêmes. D'ailleurs, comme le même auteur l'a judicieusement remarqué, n'est-ce pas dans leur ville, plutôt qu'à cette distance, qu'ils l'auraient placé? Du moins avaient-ils une curie, des magistrats municipaux. On est cependant surpris de ne trouver aucun monument romain, sauf la colonne, dans une ville qui paraît avoir eu de l'importance. Il semblerait que sa décadence a été rapide, puisqu'elle n'est
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mentionnée que comme un simple châ'.eau dans rilinéraire de Bordeaux à Jérusalem.
Surprise en 426 par les Wisigoths, perdue, puis reprise par eux en 430, Carcassonne leur demeura jusqu'à l'invasion des Sarrasins, non sans conteslalion pourtant. Clovis l'assiégea en 508 et fut obligé de lever le siège à l'approche de Théodoric, le grand roi des Ostrogoths et le tuteur du jeune roi des Wisigoths, Amalaric. Théodoric entra à Carcassonne et retira de cette ville, si l'on en croit Procope, des trésors considérables que les rois wisigoths y avaient entassés et qui méritent bien l'attention, car il ne s'agit de rien moins que de meubles ornés de pierreries et de vases d'or du poids de cent livres, qui avaient servi à la décoration du temple de Jérusalem et du palais de Salomon, et qui, transportés à Rome par Titus et Vespasien, en avaient été enlevés par Alaric. Théodoric les emporta à Uavenne pour les remettre à son petit-fils quand il serait en état de les garder. D'après une tradition carcassonnaise, ces trésors avaient été jetés dans un puits à la nouvelle de l'invasion de la Gaule par Attila.
Carcassonne fut tranquille et prospère sous les rois Wisigoths, qui surent la défendre avec succès. En 585, Contran, roi de Bourgogne, la fit assiéger par son général ïérenticole ; la ville ouvrit ses portes sans coup férir; puis, se repentant de cette lâcheté, elle chassa le vainqueur, qui périt sous ses murs. Recared, qui arrivait avec une armée, acheva la destruction des Burgondes. En 589, Didier, autre général de Contran, tenta de la reprendre, mais fut tué à son tour. Enfin Boson, troisième général de Contran, amena soixante mille hommes. Carcassonne succomba ; mais l'armée des Wisigoths, campée près de là sur les bords de l'Aude, au lieu où est aujourd'hui la ville basse, triompha de ces forces supérieures au moyen d'une habile embuscade et les tailla en pièces. Contran renonça à prendre Carcassonne et fit la paix avec Recared.
En ce temps vivait Sergius, le premier évoque de Carcassonne dont on ait des preuves authentiques, et qui assista au troisième concile de Tolède (589). Ses succccsseurs sont peu connus. On distingue pourtant parmi eux, mais sans pouvoir fixer l'époque de leur existence, plusieurs saints personnages, entre autres saint Stapin, en l'honneur duquel de nombreuses chapelles s'élevèrent dans le diocèse de Carcassonne et dont le
nom était révéré même au delà des limites de ce diocèse. Saint Stapin était parliculièrement invoqué par les goutteux qui désiraient guérir.
L'empire des Wisigoths ayant été renversé, Carcassonne vit paraître les Sarrasins. Tremblante à la vue du terrible châtiment infligé à la résistance de Narbonne, elle ouvrit ses portes à l'émir Zameh et fut tout étonnée de la clémence de ce vainqueur qui épargna les habitants, leur laissa leur religion, leurs lois, leurs coutumes et se contenta d'un tribut (719). Les Carcassonnais se révoltèrent néanmoins et soutinrent un siège opiniâtre contre Ambiza, en 725. Pris d'assaut, ils se croyaient bien cette l'ois sous le coup d'une vengeance eflVayanle ; il n'en fut rien : Ambiza leur fil le même sort que Zameh leur avait fait. Qui sait si la mansuétude des enfants de Mahomet n'eût point affermi leur domination dans la Septimanie aussi bien que dans l'Espagne, sans cette invincible puissance catholique des Francs, qui veillait des bords de la Seine à ce qu'aucune cité de la Caule ne restât aux mains des infidèles? Carcassonne ouvrit ses portes à Pépin le Bref, en 752; il est vrai que le duc d'Aquitaine, Eudes, l'avait déjà reprise.
En ce siècle furent fondés plusieurs monastères aux environs de Carcassonne. Du temps de la domination arabe, quelques Carcassonnais, voulant échapper au joug des infidèles, s'étaient retirés dans une forêt qui couvrait les rives de l'Orbiel et y avaient dédié une chapelle à la Vierge. Cette chapelle, appelée d'abord Notre-Dame d'Orbiel, devint plus tard, par la libéralité de plusieurs seigneurs puissants, l'importante abbaye de la Grasse. La confirmation que Charlemagne fit de ces donations l'a fait considérer comme le fondateur de ce monastère, qui alla toujours, de siècle en siècle, faisant de nouvelles acquisitions et qui subsista sous la règle de Saint-Benoît jusqu'à la Révolulion.
L'abbaye de Saint-Hilaire, d'abord dédiée à saint Saturnin, sur la rivière de Lauquet, prit naissance dans le même temps que la précédente et ne fit pas une moins belle fortune. Louis le Débonnaire lui confirma ses premières acquisitions. Les comtes de Carcassonne surtout prirent soin de l'enrichir. Le comte Roger étant demeuré vainqueur, en 977, d'Oliba Cabreta, comte de Cerdagne, qui avait envahi ses terres, donna au monastère des domaines considérables, en exécution d'un vœu qu'il avait formé.'
LA I-'HANCE ILLUSTREE
Un autre monastère du même temps est celui de Montolieu, fondé au ix° siècle auprès du château de Malaste, dont il porta d'abord le nom, et qui plus tard prit celui de Wontolieu, à cause des collines couvertes d'oliviers qui l'environnaient. La règle de Saint-Benoit y avait été établie, et Louis le Débonnaire l'avait gratifié de biens considérables.
Les Carcassonnais ne furent pas toujours heureux sous leurs comtes particuliers. En 1104, ils chassèrent de leurs murs, avec le secours des troupes du comte de Barcelone, leur seigneur Bernard-Aton, qui les avait, à ce qu'il paraît, accablés d'impôts, d'amendes, de confiscations, sans épargner lEglise. Bernard rentra en il 10, par un accommodement, au mépris duquel son fils Roger fit subir aux habitants les plus cruels supplices, emprisonnant, faisant crever les yeux, couper les oreilles, le nez, même les mâchoires. Si de telles horreurs sont vraies, les Carcassonnais eurent bien raison de se révolter jusqu'à quatre fois contre Bernard et de le chasser de nouveau en 1120. Il revint assiéger leur ville et la trouva défendue par des hommes déterminés à tout prix à ne plus le recevoir. 11 fut réduit à convertir le siège en un lilocus qui dura trois ans, et ce n'est que par l'intervention de l'évêque de Carcassonne et du comte de Barcelone qu'il obtint de rentrer enfin dans la ville en promettant l'abolition des impôts excessifs. Pour se créer des partisans et des gardiens vigilants de ses intérêts dans la cité, il donna en fief, à seize des gentilshommes qui l'avaient le mieux servi, les maisons des plus compromis parmi les rebelles, à la charge d'y résider, eux et leurs vassaux, les uns huit, les autres quatre mois chaque année et d'y faire le guet assidûment le jour et la nuit. Ces gentilshommes furent d'abord appelés châtelains. Plus tard, saint Louis ayant porté cette garnison à deux cent vingt hommes, recrutés parmi les habitants, ces nouveaux soldats furent payés et désignés sous le nom de mortes-payes. Celle milice bourgeoise subsista jusqu'au xvni° siècle, exempte d'impôts et chargée de garder la ville.
Les vicomtes de Carcassonne semblèrent dès lors vouloir réparer leurs anciens torts envers leurs sujets. Ils leur donnèrent des franchises, des foires, qui attirèrent uu grand commerce, des règlements commerciaux établissanl les rapports des créanciers et des débiteurs, admettant la caution, l'a-
termoiement, la transaction devant un conseil de prud'hommes, en un mot introduisant dans la procédure cette modération et ces sages tempéraments qui ont civilisé le commerce moderne. En 1183, Roger II autorisa les Carcassonnais à construire un pont sur l'Aude, et bientôt il les exempta du péage qu'il y avait d'abord établi. Les coutumes de Carcassonne, tout à fait semblables à celles de Montpellier, furent rédigées au commencement du xiii" siècle.
Cependant, à côté de cette prospérité, grandissait l'hérésie dans Carcassonne. Lorsque, en 1167, Niquinla, le pape des Albigeois, convoqua dans le Lauraguais les représentants de toutes les Églises hérétiques, Carcassonne envoya le sien, elNiquinta lui donna pour évêque Gérard Mercier, auquel il assigna comme circonscription tout l'archevêché de Narbonne. Les légats se présentèrent et furent peu écoutés; les Carcassonnais en furent punis par le ciel, d'après le récit de Pierre de Vaulx-Cernay, car, s'élant mis peu de jours après à faire la moisson, ils s'aperçurent que les épis versaient du sang. Si le ciel se contenta d'aussi doux châtiments, l'historien catholique eût dû maudire les croisés, lorsqu'ils arrivèrent noyant la terre du Languedoc non plus du sang des épis, mais du sang des hommes égorgés. Enivrés de meurtres dans Béziers, ils se présentèrent, le l'"' août 1209, devant Carcassonne, où s'était renfermé le vicomte Roger -avec les populations des campagnes voisines. Carcassonne était très forte; située sur une montagne escarpée, elle était plus formidable encore qu'au temps où les rois wisigoths s'y réfugiaient avec leurs trésors. Les faubourgs s'étendaient au-dessous sur les flancs de la montagne. Elle se défendit d'abord avec courage, électrisée par la valeur de Roger Trancavel. Mais l'eau et les vivres étant venus à manquer, et le vicomte, qui s'était rendu au camp, ayant été retenu prisonnier contre la foi du serment, les habitants décidèrent en commun qu'il fallait quitter la ville, ce qu'ils firent par une avenue souterraine qui aboutissait aux tours de Cabardès, à trois lieues de là (1); les uns allèrent en Espagne, les autres du côté de Toulouse. Les croisés, qui se promettaient à Carcassonne les mêmes plaisirs qu'à Béziers, furent fort irrités de cette escapade. Pour s'en dédommager,
(1) Un liislorien dit qu'on leur permit d'évacuer la ville, h. la condition qu'ils n'emporteraient avec eux que la chemise et les braies (culottes) qu'ils avaient sur le corps.
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ils ramassèrent par la campagne de quoi garnir quelques bûchers et quelques potences : quatre ou cinq cents rustres, plus ou moins bien pensants, furent pendus ou brûlés. Le vicomte lloger fut enfermé dans une tour de son propre château et mourut bientôt après, empoisonné, dit-on, dans sa prison.
Carcassonne, soumise à Simon de Montfort, reçut dans son château le sénéchal, dans une de ses maisons le juge mage, sorte de lieutenant du sénéchal pour les affaires civiles, sans compter un autre lieutenant pour le criminel et un procureur du roi. Si bien gardée par les olficiers royaux, elle n'avait guère de chances de s'affranchir. En 12'i0 pourtant, les faubourgs, travaillés par des émissaires albigeois, se livrèrent volontairement à Raymond Trancavel. Ce malheureux seigneur, dépouillé, poussa vivement le siège de la ville; maîlre des maisons voisines du mur de la place, il fit pratiquer des mines; les assiégés, il est vrai, avertis par le bruit des travailleurs, pratiquèrent des contre-mines par où ils firent pleuvoir sur les assaillants le soufre, la chaux, l'huile bouillante; néanmoins, la brèche était déjà ouverte, et la ville tombait au pouvoir de Trancavel sans le secours que saint Louis envoya sur ces entrefaites. Le comte de Beaumont, qui commandait les troupes du roi, rasa de fond en comble les beaux faubourgs de la ville, afin de punir les habitants et de dégager les abords de la place. La plupart des fugitifs passèrent en Espagne; les autres, au bout de sept ans et à la sollicitation de l'évèque, qui avait perdu à la destruction des faubourgs une partie de ses revenus, obtinrent du roi la permission de s'établir sur une place unie de l'autre côté de l'Aude. Là s'éleva la ville basse, qui est aujourd'hui mfiniment plus importante que la ville haute.
Philippe le Hardi, Philippe le Bel s'arrêtèrent plusieurs fois à Carcassonne. Le second y fit cesser, par ses sages mesures, les rigueurs de l'inquisilion, qui soulevaient les habitants. Il faut dire qu'à peine la ville basse commençait-elle à s'élever que, par crainte sans doute d'y laisser germer les doctrines albigeoises, les moines s'y abattirent par essaims, et l'on vit surgir des couvents de cordeliers, de jacobins, de carmes, etc. Il arriva pourtant que, en 1303, les habitants de la ville basse formèrent le complot de se révolter contre Philippe et de supprimer tout à fait l'inquisition. Les con-
suls du bourg (ainsi appelait-on la ville basse) étaient à la tète, et, de leur part, frère Bernard Délicieux, cordelier, ennemi de l'inquisition, se rendit auprès du roi d'Aragon pour lui demander ses secours. Ferdinand les promit. Exaltés par cette espérance, les consuls voulurent tout de suite entamer l'entreprise et surprendre la cité qui eût pu devenir un obstacle sérieux, lis organisèrent une procession qui devait aller faire une station à la cathédrale et donnèrent l'ordre secret à tous ceux qui en feraient partie de cacher des épées dans de la cire en forme de cierges ; dès qu'on serait dans la cité, on égorgerait la garde et l'on s'emparerait des portes. Ce complot fut découvert, et les huit consuls, déclarés coupables de lèse-majesté, furent, dans leurs robes consulaires, traînés par terre jusqu'à la potence, pendus et leurs biens confisqués. Le consulat fut quelque temps supprimé ; frère Délicieux fut dégradé et mis au pain et à l'eau dans une prison pour le reste de ses jours. II était le chef d'une secte dissidente de l'ordre de Saint-François, celle des Spirituels^ assez semblables aux Fratricelles, et qui donnèrent dans ce siècle beaucoup d'occupation aux inquisiteurs de Carcassonne.
Philippe de Valois fit fortifier la ville basse, ce qui n'empêcha point le prince Noir de la prendre et de la livrer aux flammes. Quant à la ville haute, le prince anglais n'osa pas s'y heurter. C'est à Carcassonne que s'assemblèrent, en 1358, les états de Languedoc, lesquels envoyèrent au roi Jean, captif à Londres, huit commissaires chargés de lui olTrir « les corps, les biens et les familles de tous les habitants de la province pour sa délivrance. » La ville basse fut relevée, et ses consuls confirmés dans leurs privilèges.
L'importance de Carcassonne comme place de guerre était alors fort appréciée. Le duc d'Anjou, accordant divers privilèges et franchises aux sergents et aux habitants, l'appelle le chef, la maîtresse et la clef de la Languedoc et la chère chamlre du roi. Le commandant de la place portait alors le titre de connétable. Elle contenait en outre un dépôt ^artillerie royale, c'est-à-dire des engins et machines en usage à cette époque. Dès le commencement du xiv^siècle, Carcassonne comptait 1,213 feux taillables et 800 feux de pauvres francs de taille, plus 43 notaires, 9 médecins, 13 avocats, 40 sergents, 9 prêtres, '230 clercs, 12 familles de Lombards et 30 de juifs. Philippe le
Bel, en 1310, autorisa la tenue d'un marché hebdomadaire et de deux foires annuelles sur la grande place carrée ou place Royale, ménagée au milieu de la ville basse lors de sa construction. Il y ajouta d'autres mesures favorables à l'industrie. Au reste, le grand nombre de notaires, d'avocats, de Lombards, de juifs, atteste un grand mouvement d'affaires. Carcassonne était une des huit villes du Languedoc où les juifs avaient des synagogues, des cimetières et des boucheries réserves. Ils payaient une taxe séparée dont ils faisaient euxmêmes la perception dans toute la sénéchaussée. En 1288, les clercs royaux les avaient placés sous la juridiction d'un juge particulier chargé de leur assurer pleine justice {7it eis super eorumnegotiis faciat debitœ j^istitiœ covipleme7ihi7n); on reconnaît le gouvernement de Philippe le Bel. En 1302, il amortit un terrain pour agrandir leur cimetière. Ces juifs de Carcassonne fournirent au xiv" siècle plusieurs médecins et chirurgiens habiles et de grand renom.
Le règne de Charles VI fut un temps fâcheux pour Carcassonne, principalement à cause dos pillages du duc de Berry, oncle du roi, dans tout le Languedoc. En 1414, le maréchal de Boucicaut, capitaine général dans cette province, eut à comprimer un soulèvement des Carcassonnais, qui refusaient de payer le subside contre les Anglais. Il fit couper la tète à quatre des plus compromis et retira aux consuls leurs clefs et leurs chaînes. Rattachée de force à la cause du gouvernement du roi, Carcassonne résista d'abord aux tentatives du dauphin Charles. En 1421, pourtant, les états de Languedoc, réunis dans la ville basse, lui offrirent une aide de 200,000 francs, àcausedeson joyeux avènement dans le pats.
Carcassonne fit sous Louis XI, en 1467, un mouvement populaire; le parlement de Toulouse, qui s'avisa de le soutenir, fut transporté à Montpellier. L'afTaire n'eut pas d'autres suites.
Au xvi° siècle, Carcassonne vit plusieurs fois dans ses murs François I" et sa brillante cour; Henri II la dota d'un présidial. Le calvinisme y pénétra des 1551, et, en 1560, les calvinistes de la ville eurent l'imprudence d'arracher de sa niche une statue de la Vierge et de la traîner dans la rue. La grande majorité des habitants, très catholique, se vengea peu de jours après, pendant la procession qui se faisait pour aller replacer la statue : exalté par la fureur religieuse, ce peuple
méridional courut aux armes, égorgea dans les rues tous les calvinistes et pilla leurs maisons. Une scène du même genre eut lieu à l'occasion de redit de janvier 1562 : les commissaires royaux avaient assigné aux protestants, comme lieu de réunion, l'hôpital des pestiférés, situé à l'extrémité de la ville et près du pont; le 15 mars, revenant du prêche, les calvinistes trouvèrent les portes fermées, les canons braqués et furent assaillis par les balles. Repoussés également du pont, par oii ils tentaient de s'enfuir, ils périrent presque tous, tués par les projectiles ou noyés dans la rivière. Charles IX supprima le prêche de Carcassonne. En 1565, il vint dans la ville, et les consuls lui en offrirent le plan en argent, pesant treize marcs. Une population si passionnée contre le calvinisme ne manqua pas d'adhérer à la Ligue (1577), et Scipion de Joyeuse, ayant séduit les mortes-payes, s'introduisit dans la cité. La ville basse restait aux royalistes. Henri III, de son camp de Beaugency, ordonna l'érection d'un parlement à Carcassonne; sa mort étant survenue, Henri IV transféra à Carcassonne le parlement de Toulouse. Ce fut la cause indirecte de l'expulsion des royalistes : le juge mage, irrité de se voir éclipsé par le président du parlement, ouvrit la ville basse aux ligueurs (1591). Voilà comment les petites vanités nuisent aux grands intérêts : le dépit d'un bourgeois blessé dans son importance enlève une ville à un grand parti et la livre pour longtemps au parti rival. C'est seulement en 1596, à la paix de Folembray, que Carcassonne rentra sous l'autorité royale; encore Henri de Joyeuse eut-il soin de se réserver, dans son traité secret, la capitainerie de la cité et du château de Carcassonne. On devine aisément que Carcassonne ne prêta aucun appui, en 1621, au duc de Rohan, chef des protestants révoltés; elle se prononça également, onze ans plus tard, contre le duc de Montmorency, ce qui lui valut l'alîection de Richelieu.
Ce fut surtout le gouvernement de Louis XIV qui favorisa Carcassonne en protégeant sa plus importante industrie, celle des draps. Cette industrie datait du moyen âge et donnait lieu à une exportation sur presque tout le littoral de la Méditerranée. Saint Louis lui ouvrit tous les débouchés possibles lorsqu'il étendit aux peuples de la sénéchaussée de Carcassonne le privilège dont jouissaient déjà ceux de la sénéchaussée de Beaucaire, à savoir de trafiquer partout, même avec les Sarrasins, excepté
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eu cas de guerre (1254). Philippe le Bel, fixant son allenlioa sur l'industrie des draps, défendit la sortie des laines et des bètes à cornes du pays par une ordonnance que Philippe le Long confirma en 1317. Les Carcassonnais rencontrèrent dans le Levant la concurrence des draps anglais et hollandais. La lutte paraît s'être engagée sérieusement au xv siècle. Les Anglais et les Hollandais donnèrent iCurs draps à perte; les Carcassonnais, ne pouvant l'aire les mêmes sacrifices, altérèrent la qualité des leurs, afin de pouvoir baisser aussi leurs prix. Ce fut une mesure fâcheuse, qui décria les fabriques de Carcassonne dans le Levant et laissa pour longtemps ce commerce aux Anglais et aux Hollandais. Vers 1570, les sieurs de Saptès essayèrent de relever la fabrique de Carcassonne et firent confectionner à une lieue de la ville, au lieu appelé les Saptès, des draps fins semblables à ceux de Hollande. Environ cent ans après, le sieur de Varennes s'empara de cet établissement, y introduisit les procédés hollandais, qu'il avait été étudier dans le pays même, et enfin fit embaucher par ses émissaires des ouvriers de Hollande, qu'il établit aux Saptès. Alors on fabriqua en cet endroit non seulement les draps fins en usage en Europe, mais encore ceux dont on se servait dans les États du Grand Seigneur; les mahons, les londrins, etc. Colbert favorisa puissamment l'entreprise de Varennes, qui lui offrait un moyen de contrarier le commerce des Hollandais, de se procurer les soies du Levant par voie d'échange, sans faire sortir d'argent du royaume, afin de donner des ressources au pays de Carcassonne, assez stérile et pauvre en produits. L'affaire ne marcha pas pourtant facilement : les recouvrements se faisaient attendre trois années, à cause de l'éloignement du débouché et de la difficulté du débit. Le sieur de Tarennes n'était pas en état de porter seul le fardeau. Alors se forma, par les soins du sieur Pennautier, une compagnie qui se chargea de prendre 300 pièces de draps fins londrins, de les payer à Varennes à mesure qu'ils seraient fabriqués et de les débiter dans le Levant. Les Hollandais baissèrent leurs prix; la compagnie fit de même, se gardant bien d'altérer les produits, ce qui avait ruiné l'ancien commerce carcassonnais. Ce furent cette fois les Hollandais qui se lassèrent les premiers et qui recoururent à ce procédé toujours funeste : après sept années de pertes, ils diminuèrent la qualité de leurs draps. C'était le triomphe
de Carcassonne : les draps hollandais fombèrenl dans le décri; ceux de Carcassonne demeurèrent maîtres du Levant. L'intelligence du gouvernement de Colbert était pour beaucoup dans ce succès; vers 1678, le roi, par son conseil, fit prêter 130,000 livres sans intérêt, pour trois années, à la fabrique des Saptès et à celle de Clermont, en Languedoc, récemment fondée, et il fit donner par la province une pisloledc gratification pour chaque pièce de drap fin qui s'y fabriquerait. Nous n'énumérerons pas toutes les fabriques qui s'ajoutèrent à celles-là. « La plus grande et la plus considérable, dit le P. Bouges, est cefie de la ville de Carcassonne, car celte ville n'est à proprement parler qu'une manufacture de toutes sortes de draps. Les gros marchands y font travailler un certain nombre d'ouvriers et de familles qui leur sont attachés; ainsi tous les habitants y sont occupés, les uns à filer, les autres à carder, et à tout le reste, ce qui les fait subsister commodément. Les habitants de Carcassonne ne sont pas les seuls occupés à ces fabriques; ce travail se répand aux paroisses voisines et au delà, et tout le diocèse s'en ressent. Les draps destinés pour le Levant n'occupent pas seuls cette manufacture; on y fait encore des draps fins pour le royaume et des grossiers qu'on envoie en Allemagne, en Flandre, en Suisse, à Gênes, en Sicile, à Malte, etc » Ce que le P. Bouges écrivait il y a un siècle est encore à peu près exact aujourd'hui. Les filatures de laine, les manufactures de drap qui expédient leurs produits aux Indes et dans le Levant sont encore la base de l'industrie carcassonnaise.
Carcassonne, oij les états de Languedoc s'étaient réunis vingt-six fois sous l'ancien régime, ne perdit rien sous le nouveau. Elle garda son siège épiscopal et fut érigée, en 1800, en chef-lieu du département de l'Aude. Elle a conservé, dans la cité, le Château, flanqué de tours du xni° siècle; l'église Saint-Nazaire (monument historique). Elle a conservé aussi les imposantes fortifications du moyen âge, si bien étudiées et décrites par Violletle-Duc , qui enveloppent dans leurs flancs épais la vieille et noire cité.
Citons encore, parmi les monuments les plus remarquables de cette ville : l'église Saint-Michel, classée au nombre des monuments historiques, qui date du xni° ou du xiv" siècle, restaurée par Violletle-Duc, et qui sert de cathédrale; l'église Saint- Vincent, monument historique; l'église des Carmes; rilùtel de la préfecture et le Musée.
LA l'RANCE ILLUSTREE
Carcassonne possède, outre ses manufactures de draps, des fabriques de couvertures de laine, molletons, bas, toiles, savons, filatures, des distilleries, des tanneries, etc.; elle fait un commerce important de vins, grains, farines, fruits, draps, etc. Le canal du Midi forme au nord de Carcassonne un port considérable.
Les armes de Carcassonne sont, pour la ville haute : d'azur, à un portail de ville, accompagné de deux tours crénelées d'argent et surmonté d'un écusson d'azur à trois fleurs de lis d'or, 2 et 1; et pour la ville basse : d'aztir, semé de fleurs de lis d'or sans nomire, au lésant d'or mis en cœur, chargé d'un tourteau de gueules, surchargé d'un agneau pascal d'argent supportant une croix d'or avec un guidon d'argent chargé d'une croix de sable, avec cette légende écrite en argent : Hic oves
BENE NATiE AGNUM COMITANTUR.
Caunes. — Caunes, désigné dans les anciens titres sous le nom de Saint-Jean ex extorio, est un gros bourg peuplé de 2,337 habitants, bâti dans une situation agréable, sur l'Argendouble, canton de l'eyriac-Minervois, arrondissement et à 22 kilomètres au nord-esl de Carcassonne. Il existait autrefois dans cette localité une abbaye de bénédictins l'ondée au vni" siècle; son église, édifice fort remarquable, est aujourd'hui l'église paroissiale. On extrait des carrières de Caunes un marbre très renommé, incarnat gris, rouge veiné de blanc, griotte, etc. Les colonnes du Grand et du Petit Trianon, celles de Marly, de l'arc du Carrousel de Paris, du Capitole de Toulouse, sont sorties de ces carrières. L'industrie y est représentée par des fabriques de colle, de barriques, des tanneries, des teintureries de draps noirs et une distillerie. On remarque sur l'une des montagnes qui avoisinent le bourg l'ermitage du Cros, fort ancien et très vénéré; la chapelle de cet ermitage est un édifice décoré avec profusion de marbres de toutes couleurs, dominant un vallon arrosé par une source abondante.
Montréal. — Montréal, chef-lieu de canton, arrondissement et à 18 kilomètres à l'ouest de Carcassonne, est une petite ville peuplée de 2,792 habitants, située sur une éminence qui domine les plaines d'Alzonne et de Carcassonne et d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur les Corbières et les Pyrénées ; elle est entourée de moulins à vent. Autrefois châ-
tellenie, Montréal fut prise et reprise durant la guerre des Albigeois, incendiée en 13b4 et en 1594. L'église, qui date du xiv° siècle et servit jadis de citadelle, n'a qu'une nef composée de sept travées et un chœur formé également de sept travées. L'orgue, dû au célèbre Lépine, est un des plus beaux de France.
La Grasse. — La Grasse ou Lagrasse [Grassa, Crassa), chef-lieu de canton peuplé de 1,335 habitants, est située à 33 kilomètres au sud-est de Carcassonne, dans les Corbières et au confluent de rOrbieu et de l'Alzon.
Cette commune est très ancienne; elle doit son origine à une abbaye fondée avant le vin" siècle dans un vallon sauvage qu'arrosait l'Orbieu. Les bâtiments de l'abbaye, réparés à différentes époques, existent encore ; ils occupent un vaste espace de terrain, et la partie la plus moderne est d'une belle architecture ; l'église renferme quelques beaux tableaux attribués à l'EpagnoIet. L'industrie de La Grasse consiste en fabriques de draps, tanneries, fabriques de chandelles, de vert-de-gris, distillerie d'eau-de-vie, moulins à huile, et scieries. Dans les environs, on rencontre du minerai de fer et l'on récolte en abondance du miel, du vin et des olives.
Les armes de La Grasse sont : d'azur, à un pont d'argent d'une seule arche, sur une rivière d'argent, et supportant trois tours crénelées du même.
MoNTOLiEU. — Montolieu est une petite ville de 1,418 habitants, située dans le canton d'Alzonne, au confluent de la Dure et de la Rougeanne, à 18 kilomètres au nord-ouest de Carcassonne. Fondée en 1146, par Roger, vicomte de Carcassonne, elle porta d'abord le nom de Castrum Malasti. Elle fut plusieurs fois prise et reprise pendant la guerre des Albigeois, notamment en 1240 par Trancavel, le fameux vicomte de Béziers. L'armée royale s'en étant emparée la même année, elle fut ruinée de fond en comble ; c'est alors que l'abbé de Val-Séguicr la fit rebâtir sur une colline voisine, autrefois couverte d'oliviers, ce qui lui valut le nom de Montolieu, Mo7is Olivarius. Elle fut dévastée en 1361 par les routiers, qui, sous la conduite de Du Guesclin, se rendaient en Espagne au secours de Henri de Transtamare, et, en 1576 et 1590, par les religionnaires et par le duc de Joyeuse. Elle possède
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des fabriques de draps, de bonnets de laine, de chaussons de castor et de maroquins et, dans ses environs, des forges.
Trèbes. — Trèbesestune petite ville de 2,001 habitants, située au confluent de l'Aude, qu'on y traverse sur un beau pont, et de l'ûrbeil, à un kilomètre (le la station de la ligne du chemin de fer de Bordeaux à Cette par Carcassonne et Narbonne (réseau du Midi), dans le canton de Capendu, arrondissement et à 8 kilomètres à l'est de Carcassonne. — « L'Orbiel, dit un écrivain, se jette dans l'Aude à Trèbes par un aqueduc construit par Vauban ; une rigole, longue de 780 mètres, bordée de platanes, amène au canal du Midi les eaux limpides de cette rivière, autrefois reçue en entier par le canal, qu'elle remplissait souvent de ses dépôts. Le mistral souffle quelquefois avec tant de violence dans celle partie de la plaine, que les ingénieurs ont dû border le canal d'une plantation
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très serrée de cyprès, afin de rendre la navigation possible. » L'industrie est représentée à Trèbes par des tonnelleries, des distilleries et des chantiers de construction pour les barques. On remarque dans les environs le beau domaine de Millegrand.
Castelnaudary (lat. 43" 19' 4"; long. 0°2-2' bl"0.). — Castelnaudary {Castellum novum Ariancrum, Castrum Arrii), ville ancienne, située sur une éminence et entourée de moulins à vent, à 36 kilomètres à l'ouest de Carcassonne, station de la ligne du chemin fer de Cordeaux à Cette et de celle de Caslclnaudary à Castres et Mazamet ( réseau du Midi), chef-lieu d'un arrondissement et de deux cantons, peuplée par 9,042 habitants, possède tribunaux de !'■'= instance et do commerce, bourse, société d'agriculture, collège communal, etc. Elle dépendait autrefois du diocèse et de la recelte de Sainl-Papoul , du parlement et de l'inlendance do 44. — Aude, 3° Liv
Toulouse et possédait sénéchaussée, présidial, justice royale et maîtrise des eaux et forêts.
On attribue aux Wisigotlis la fondation de Castelnaudary et l'origine de son nom. Ariens, ils imposèrent, dit-on, au château fort qu'ils avaient construit le nom du chef de leur secte, d'où vient qu'au moyen âge ce lieu est constamment appelé Castelhim ou Castnim novum Arri ou Arii ou de Ario; l'orthographe vulgaire du pays est encore aujourd'hui celle-ci : Castelnatc d'Arrl.
Castelnaudary n'était encore, à la fin du xi" siècle, qu'un château fort. Le pays où il s'élevait, le Lauraguais [Lauracensisow Lauriacensis 2)ag'us), avait pour capitale Lauracle-Grand [Lauracum Castelhim), à 16 kilomètres au sud, dans les montagnes, lequel n'est plus aujourd'hui qu'un village de 576 habitants. Castelnaudary appartenait à la maison de Carcassonne et fut quelquefois détachée et donnée en fief par les vicomtes à leurs enfants. Suivant les mêmes vicissitudes que cette mobile famille des Trancavel, elle fut tantôt sous la suzeraineté des comtes de Toulouse et tantôt sous celle des comtes de Barcelone ou des rois d'Aragon.
Maître de Carcassonne, Simon de Montfort, marchant sur le Toulousain, arriva à Castelnaudary. 11 trouva le château incendié par Raymond VI, qui, ne pouvant le défendre, avait préféré le détruire. Il le restaura, y mit une forte garnison et y resta luimême pour le détendre contre Raymond VI, qui revenait avec une forte armée, où se trouvaient Raymond Roger, comte de Foix, le comte de Comminges, le vicomte de Béarn et le sénéchal anglais d'Aquitaine, Savary de Mauléon. Cette armée comptait, dit-on, cent mille hommes; exagération évidente. Mais Montfort n'avait que cinq à six cents chevaliers. Il appela, de Carcassonne, Gui de Levis, son maréchal, et, de Lavaur, Bouchard de Marly. Ils arrivèrent fort à propos; les machines du comte de Toulouse venant de faire écrouler une des tours de r.aslehiaudary. Bouchard rencontra d'abord les troupes de Raymond Roger qui s'était porté en avant. Deux fois ses troupes se brisèrent contre la vaillante chevalerie du comte de Foix. Montfort, témoin de ce désastre des siens, sort avec presque tous ses chevaliers, et n'en laisse que cinq dans la place. Son arrivée et l'imprudence avec laquelle les soldats de Raymond Roger se livrent à la poursuite changent subitement la fortune du combat. Les croiséo demeurèrent victorieux, et Raymond Roger fut entraîné par les fuyards après avoir tué de sa
main les quatre fils de Bouchard de Marly et brisé son épée à force de frapper. Tandis que Montfort rentrait pieds nus dans l'église de Castelnaudary et y faisait chanter un Te Deum, Raymond VI se retirait sur Puylaurens.
En 1220, Amaury de Montfort se laissa enlever cette place, si vaillamment défendue par son père. Raymond VII en comprit l'importance et ajouta beaucoup à ses fortifications; mais, lors du traité de 1229, elle fut inscrite au nombre des trente villes ou châteaux dont les murs devaient être démolis et les fossés comblés. Quelques années après (1237), deux inquisiteurs, F. Guillaume Arnaud et F. Etienne de Saint-Tibéri, vinrent exercer leur ministère dans la ville ; ils firent en conséquence exhumer et traîner par les rues, sur des claies, à son de trompe, les cadavres de quelques habitants soupçonnés d'être morts dans l'hérésie.
Donné en 1229 à Alphonse de Poitiers, le Lauraguais fut réuni à la couronne par Philippe le Hardi. Louis XI l'érigea en comté et le céda à Bertrand de La Tour, comte d'Auvergne, en échange du comté de Boulogne. Le Lauraguais était jusque-là une des six judicatures de la sénéchaussée de Toulouse; Louis XI ayant déclaré que désormais il relèverait simplement du parlement de Languedoc, Bertrand de La Tour y établit un sénéchal; mais cette sénéchaussée ne fut régulièrement installée qu'en 1353 par Catherine de fllédicis, héritière des de La Tour; le siège en fut fixé à Castelnaudary, où Henri 11 établit aussi un présidial.
Castelnaudary, comme la plupart des villes du Languedoc, accueillit mal le calvinisme. Dans son église de Saint-.Michel avait été instituée par Jean XXII une collégiale dépendante, ainsi que les paroisses de la ville, de l'évèché de Saint-Papoul. Or les chanoines de la collégiale de Saint-Michel excitèrent les catholiques contre les calvinistes de Castelnaudary, lesquels, revenant d'une maison située hors de la ville où ils tenaient leur prêche, furent assaillis, et soixante d'entre eux périrent. Plus tard les habitants de Castelnaudary entrèrent dans la Ligue; Joyeuse tint deux fois les étals de l'Union dans ses murs. Le traité de Folembray (1596) ramena tout le Lauraguais sous l'autorité royale.
En 160G, ce comté fut cédé par la reme Marguerite de Valois, qui en était l'héritière, au dauphin (Louis XIll) et par là fut opérée sa réunion définitive à la couronne. Il fut, en 1632, le théâtre d'un
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des derniers combats livrés par la féodalité au pouvoir royal. Repoussés de l'Auvergne, Gaston d'Orléans et Montmorency se rabattirent surCastelnaudary. La Force et le maréchal de Schomberg y coururent avec les troupes royales et prirent une forte position sur les bords du Fresquel, petite rivière voisine de la ville. Montmorency se jeta imprudemment au-devant du feu de l'ennemi, et se lança comme un fou par-dessus les fossés du camp royal; quelques gentilshommes seulement l'avaient pu suivre; il perça sept rangs d'ennemis, mais son cheval épuisé s'abattit sur lui; les royalistes le relevèrent empêtré dans ses armes et criant : Montmorency! Il avait reçu dix-sept blessures; on le porta dans Castelnaudary sur une échelle où l'on avait étendu de la paille et un manteau. Il fut ensuite conduit à Toulouse, condamné et exécuté par ordre de Richelieu. Ce fut lu à peu près toute la bataille de Castelnaudary. Schomberg se retira dans la ville, sachant bien que la guerre était finie du moment que les révoltés n'avaient plus d'autre chef que Gaston d'Orléans.
Le comté de Lauraguais passa avant la Révolution dans la maison de Brancas; le dernier de cette famille qui en porta le titre fut connu sous le nom de duc de Lauraguais et acquit sous la Restauralion une grande réputation d'esprit.
Castelnaudary, simple place de guerre au moyen âge, acquit sous Louis XIV une importance commerciale par la création du canal du Midi; elle a deux ports ou bassins, bordés de quais, de magasins, de chantiers; le plus grand, terminé par récluse de Saint-Roch, a l,2li0 mètres de longueur et est dominé par une belle promenade d'où l'on peut découvrir les Pyrénées. Le blé, les légumes, les pastels, que produit le sol fertile de son territoire, devinrent l'objet d'une exportation considérable. C'est encore aujourd'hui le fond du commerce de cette ville. Elle possède des distilleries, des moulins à farine et des fabriques de draps. C'est la patrie de Pierre de Castelnau, le légat assassiné par les Albigeois; de l'annaliste de Toulouse Guillaume de La Faille, de l'académicien Alexandre Soumet et du général Andréossy.
Les armes de Castelnaudary sont : de gueules, à une tour d'argent donjonnée de trois tours de même, au chef d'azur, chargèdetrois fleurs delis d'or.
Sal\t-Papoul. — Saint-Papoul, à 8 kilomètres
au nord-est de Castelnaudary, près du canal du Midi et sur le Lembe, affluent du Fresquel, est un bourg de 1,051 habitants, qui est bien déchu de son ancienne importance. C'était jadis une ville épiscopale, qui devait son origine à une abbaye de bénédictins fondée, dit-on, par Charlemagne au lieu même où avait été martyrisé saint Papoul, principal disciple de saint Saturnin. Plus tard, en 1317, le pape Jean XXII, désirant ériger l'abbaye en évèché, dut, pour obéir aux canons de l'Église, qui défendent de placer des évêques ailleurs que dans des villes considérables, l'ériger en cité : Pappuli Clvitas. Cet évèché, dont la juridiction ne s'étendait que sur 4o paroisses, subsista jusqu'à la Révolulion. L'église abbatiale, et depuis épiscopale, est remarquable; le bourg possède des marchés importants ; on y fabrique de la fa'ience.
Les armes de Saint-Papoul sont : d'azur, à la figure de saint Papoul, vêtu d'une dalmatique d'argent, niniM d'or, tenant de la main droite une palme de même.
Fanjeaux. — Fanjeaux {Fanurn Jovis), sur un petit plateau, entre la Vixiège et le Fresquel, est un chef-lieu de canton situé à 23 kilomètres au sudest de Castelnaudary ; sa population est de 1 ,368 habitants. Cette petite ville, qui est un centre agricole important et dont les marchés et les foires sont très fréquentés, doit son origine à un temple de Jupiter, sur l'emplacement duquel on bâtit depuis l'église paroissiale. C'était autrefois une place forte qui eut bien à souffrir pendant les guerres : des Albigeois, contre le? Anglais et de religion; son histoire est celle de la plupart des villes du Languedoc qui avoisinaient Toulouse; elle se résume par ses malheurs: elle fut souvent prise et reprise par l'un ou l'autre des partis guerroyants. C'est aujourd'hui une paisible petite ville qui n'est tirée de son repos habituel que les jours de marchés. Sa situation sur les premières pentes des montagnes qui bordent la plaine à laquelle elle donne son nom lui donne un aspect pittoresque et fait jouir ses habitants d'un panorama fort étendu sur la plaine qui s'étend jusqu'à Castelnaudary, jusqu'à Carcassonne, entre la Montagne Noire et les Pyrénées.
Celte ville est la patrie de Hugues Destrem, membre de l'Assemblée législative et du conseil des Cinq-Cents, mort en exil à Oleron pour sa courageuse opposition au coup d'État du 18 brumaire.
Les armes de Fanjeaux sont : de gueules, à une
croix vidée, clergée et pommelée d'or, au chef d'azur, chargé de trois fleurs de lis d'or.
Belpech. — Beipech est un chef-lieu de canton de l'arrondissement et à 34 kilomètres au sud-sudouest de Casteinaudary, près du confluent de la Vixiège et du Grand-Lhers, peuplé de 2,254 habitants. C'était autrefois une ville considérable, que les guerres de religion et plusieurs incendies ont désolée à différentes reprises. Au confluent des deux rivières, on a découvert des sépultures galloromaines et franques sur l'emplacement probable de Garnacuvi. Belpech possède des fabriques de draps et de toiles, et on remarque plusieurs châteaux sur les hauteurs avoisinantes.
Li.Moux (lai. 43» 3' 15"; long. 0» 7' 9" 0.). — Limoux [Limosum, Limosium] est une jolie petite ville, peuplée de 6,G61 habitants, située sur les deux rives de l'Aude, au pied de coteaux plantés de vignes qui produisent la fameuse blanquette de Limoux, à 30 kilomètres au sud-ouest de Garcassonne, station de la ligue du chemin de fer de Carcassonne à Quillan (réseau du Midi). C'est aujourd'hui le chef- lieu d'un arrondissement et d'un canton, avec tribunal de l™ instance et de commerce, chambre des manufactures, société d'agriculture; elle dépendait autrefois du diocèse de Narbonne , du parlement et de la généralité de Toulouse et possédait présidial, sénéchaussée, etc.
Le nom de cette ville apparaît pour la première fois dans un diplôme de Charles le Chauve en 854. Elle est bâtie en plaine, sur le bord de l'Aude, à 400 mètres d'une hauteur où s'élevait, avant l'époque que nous venons d'indiquer, la ville ancienne de Flaçan. Ou a découvert, par un ingénieux examen des titres du moyen âge, que ces deux villes eurent les mêmes habitants, et voici comment. Flaçan ayant été détruite, peut-être par les Sarrasins, ses habitants descendirent dans la plaine et bâtirent Limoux. Un débordement leur fit remonter la hauteur et reprendre possession de leurs anciens foyers, et une nouvelle destruction les fit descendre une seconde fois et pour toujours. Il ne resta plus sur la hauteur, sur le Puy [podio], qu'une forteresse que Simon de Montfort détruisit. Limoux était située dans le Rasez; elle se rendit sans résistance aux croisés en 1209, et Amauryde Montfort l'érigea en capitale du Rasez en 1218. Son histoire, après cela, est à peu près la môme
que celle Carcassonne. Comme Carcassonne, elle se déclara pour Raymond Trancavel en 1240 et perdit ainsi les bonnes grâces du roi de Franco. En 1304, elle trempa dans le complot des consuls carcassonnais et de frère Bernard Délicieux, dont le but était de livrer le pays au roi d'Aragon; ce qui coûta la vie à plusieurs de ses habitants et causa l'abolition de ses consuls. Enfin, comme Carcassonne, elle se révolta en 1414 à l'occasion du subside demandé par le roi contre les Anglais et fat ramenée au devoir par l'énergie du maréchal Boucicaut. Même ressemblance au temps des guerres de religion; les calvinistes s'emparèrent d'abord, il est vrai, de Limoux, mais les catholiques y rentrèrent promptement; la Ligue y domina, et la ville ne se soumit à Henri IV que par le traité de Folembray (1596).
La fidélité de Limoux à la royauté dans le xvii« siècle lui mérita constamment la laveur du gouvernement. Louis XllI y institua, en 1640, un présidial et en fit le chef-lieu d'une sénéchaussée particulière pour le petit pays du Rasez. Il rendit l'administration municipale aux consuls, qui étaient élus pour un an et au nombre de six, choisis un parmi les clercs, deux parmi les bourgeois, deux parmi les marchands et un parmi les artisans ou les laboureurs; organisation qui fut, au reste, modifiée plus tard par Louis XIV et Louis XV. Parmi les titres glorieux de leur histoire, les habitants de Limoux peuvent citer la lettre que le jeune Louis XIV leur écrivit pendant la Fronde pour les remercier de l'accueil peu favorable qu'ils avaient fait aux propositions des rebelles. En 1674, il y fonda un hôpital général.
Un autre trait de ressemblance de Limoux avec Carcassonne, c'est la prospérité de l'industrie des draps à cette époque; elle n'en avait pas moins de vingt-cinq fabriques, d'où sortaient des draps façon de Hollande et des londrins. L'importance industrielle de cette ville a notablement diminué pendant ces dernières années. La charmante position qu'elle occupe dans une riante vallée de l'Aude y attire, d'autre part, beaucoup de voyageurs. Autrefois chef-lieu de sénéchaussée, Limoux n'a fait qu'échanger son ancien titre contre le titre nouveau de chef-lieu de sous-préfecture. Elle possède encore des manufactures de draps, des filatures de laine, des tanneries et des teintureries; elle fait un grand commerce de vins estimés dans le Midi, parmi lesquels se distingue entre tous, nous l'avons
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déjà dit, le vin blanc dit blanquette de Limojix; l'huile d'olive, le savon et les 1ers y sont aussi les principaux arlicles commerciaux.
Celle petite ville est la patrie du conventionnel Fabre d'Égianline, auteur du Phil'mte de Molière et de l'aimable idylle : Il pleut, il pleut, bergère!
Les armes de Limoux sont • d'or, à nnefigiire de saint Martin vêtîi, d'azur et de gueules, sur un cheval d'argent posé sur une terrasse de sino2)le.
Alet. — Alet {Elcctum, Aletha), à 10 kilomètres au sud de Limoux, station de la ligne du chemin de fer de Carcassonne à Quilian (réseau du Midi), est un bourgsitué sur la rive droite de l'Aude et dont le territoire est renomme pour ses excellents fruits; il est peuple de 1,26G habitants.
Les Romains construisirent des thermes à Alet.
En 813, Béra, premier comte du Rasez, et sa femme, la comtesse Romella, fondèrent au bord de l'Aude le monastère d'Alet [Electense beatce Marie vionasierium). Ce monastère, de l'ordre de Saint- Benoît, pris par le pape Léon sous sa protection spéciale, s'engagea à payer tous les trois ans une livre d'argent à Saint-Pierre de Rome. En 1318, Jean XXII y transporta le siège épiscopal qu'il avait fondé l'année précédente à Limoux; ce siège dépendait de l'archevêché de Narbonne. Il avait sous sa dépendance 80 paroisses et une abbaye. Aujourd'hui, Alet n'a plus que 1,266 habitants. Ses sources thermales et minérales, qu'on appelle les Eaux rouges, y attirent beaucoup de malades et de visiteurs; elles conviennent, prises en bains, aux maladies de la peau, aux paralysies, aux anciennes plaies, aux maladies vénériennes ; en boisson, elles sont purgatives, et, coupées avec des boissons mucilagineuses, elles sont bonnes pour les affections de poitrine et les maladies de bile. L'établissement est environné de beaux ombrages et lie jardins Les sources sont au nombre de trois deux sont thermales et ont une température de 30° centigrades ; la troisième , froide et ferrugineuse, n'est employée qu'en boisson. Son commerce de bêtes à cornes est considérable à cause du mérite de la laine. Situé dans la partie méridionale du département, elle se rapproche des Pyrénées et est entourée déjà de hautes montagnes boisées, qui la resserrent dans un vallon étroit. Du Pech de Brau, appelé aussi le Pic de rvochetaillade, situé dans les environs, et qui a 6o5 mètres d'altitude , on jouit d'une vue ad-
mirable sur les Pyrénées et la Montagne Noire. Les armes d'Alet sont : d'azur, à une croix patte'e d'or, tenue par le pied de deux mains d'argent, au-dessus desquelles sont deux ailes de 7nême, et deux étoiles d'or en chef.
Rennes. — Rennes-les-Bains est un village de 502 habitants, situé dans le canton de Couiza, à 22 kilomètres au sud-est de Limoux , dans une gorge de montagnes, dirigée du sud au nond, et traversé par la Salse, qui le divise en deux parties, dont la plus considérable occupe la rive droite de cette rivière. Cette localilé communique avec le réseau du Midi par la station de Couiza-Montazels (ligne de Carcassonne à Quilian).
Rennes, autrefois Reddc [Redœ], a donné son nom au Reddez ou Rasez [Pagus Redensis ou Radensis); c'était, au xi= siècle, un simple village flanqué de deux châteaux. Le Rasez dépendait avant Charlemagne du diocèse de Narbonne, dont les archevêques s'intitulaient : de Narbonne et de Rasez. Cet empereur incorpora le Rasez dans le marquisat de Toulouse. Le premier comte de Rasez est Béra, qui vivait au commencement du ix= siècle. Plus tard, les maisons de Carcassonne et de Barcelone vinrent en possession de ce comté, qui eut bien encore quelques seigneurs particiriicrs, mais demeura définitivement, en 1067, à la branche aînée de la maison de Carcassonne.
Rennes n'a plus d'autre importance aujourd'hui que celle de ses eaux minérales. Trois de ses sources sont thermales; deux sont froides. Ces eaux, qui paraissent avoir été connues des Romains, sont désignées sous le nom de Bain fort, Bain doux. Bain de la Reine, Eau du Cercle et Eau du Pont. La température des eaux thermales est de 40 degrés centigrades. L'Eau du Cercle est froide et acidulée, et l'Eau du Pont est légèrement laxative. Ces eaux sont fréquentées par les malades des environs dans la belle saison ; elles conviennent aux maladies de la peau, à la paralysie et aux affections rhumatismales. Dans les environs, on voit les belles ruines du château de Blanquefort. C'est de Rennes-les-Bains que l'on peut faire l'ascension du Bugarach, 1,231 mètres, un des sommets les plus élevés des Corbières.
Chalabre. — Chalabre, chef-lieu de canton, arrondissement et à 20 kilomètres au sud-ouest de Limoux , est une petite ville située sur la rive
droite du Lhers , à l'extrémité de deux vallons arrosés par le Blac et le Chalabreil, peuplée par 2,061 habitants. Elle est régulièrement construite, et ses rues, rayonnant autour d'une place centrale, aboutissent à une ceinture de boulevards plantés de platanes. Un château semi-gothique semimoderne, dans le vestibule duquel on voit la statue en bronze d'un sire de Bruyères-le-Châtel, compagnon de Simon de Montforl, la domine d'une façon pittoresque. Chalabre possède des manufactures de draps, des filatures de laine, des teintureries, des fabriques de bonneterie, de nouveautés, de chapeaux, de jayet, de peignes, des tanneries, des moulins à farine et à foulon. L'église, surmontée d'un clocher dont la flèche est remarquable, date de 1S52. Sur la montagne du Calvaire s'élève l'ermitage du même nom.
QuiLLAN. — Quilian, chef-lieu de canton, station terminale de la ligne du chemin de fer de Carcassonne à Quilian (réseau du Midi), est une petite ville industrieuse peuplée par 2,481 habitants, sur la rive droite de l'Aude, au pied de hauteurs couvertes de forêts, arrondissement et à 32 kilomètres au sud de Limoux; elle est dominée par les ruines d'un vieux château fort. Sur une des places de la ville se dresse la statue de l'abbé Armand. Quilian possède des forges importantes, des fabriques de draps, de plâtre, de sonnettes, de chapeaux, une filature de laine, des scieries. Pour le service d'une de ses usines, on a percé une montagne, afin de dériver l'eau de la rivière d'Aude, qui forme une chute de 10 mètres environ. Son territoire fournit une grande quantité de fruits, et on y trouve des carrières de marbre.
Campagne-sur-Aude. — Campagne, dans le canton de Quilian et à 23 kilomètres au sud de Limoux, est un village de 510 habitants, situé sur la rivière de l'Aude et au pied du mont Saint-Ferréol ; il possède une filature de laine.
Mais ce qui lui mérite ici une mention, c'est qu'il possède deux sources d'eaux thermales accusant 29° centigrades, et qui sont en même temps carbonatées, calcaires, ferrugineuses ; elles sont stomachiques, apéritives, diurétiques et légèrement purgatives. Elles conviennent, en boisson, dans les maladies des organes de la génération et dans les obstructions intestinales; en bains, elles sont efficaces contre toutes les maladies de la peau où
l'irritation prédomine, ainsi que contre les douleurs rhumatismales aiguës et chroniques.
Campagne possède un petit établissement de bains, et lorsqu'il y a trop grande affluence, les baigneurs trouvent à se loger au bourg voisin d'Esperaza, distant à peine d'un kilomèlre.
EscouLOUBRE. — Escouloubre, dans le canton d'Axat, à 77 kilomètres au sud de LimouN, est un village de 739 habitants, qui est également connu par des eaux minérales. Il est situé près de la rive droite de l'Aude, qui coule ici dans des gorges profondes. Les eaux thermales, dont la tcmpéralure varie entre 23 et 43 degrés centigrades, sont sulfurées sodiques ; elles sont très efficaces contre les maladies cutanées.
En face d'Escouloubre, et sur la rive gauche de l'Aude, le village de Carcanières, qui appartient au département de l'Ariège, possède également des eaux minérales qui ont la même matière et les mêmes propriétés que celles-ci.
Narbon.ve (lat. 43° 11' 8"; long. 0» 40' 0" E.). — Narbonne [Colonia Decumanorum, Narbo, Narbo Marcms) est une grande et très ancienne ville située sur le canal de la Robine qui la divise en deux parties, à 8 kilomètres de la Méditerranée, à 36 kilomètres à l'est de Carcassonne et à 783 au sud de Paris; importante station de la ligne du chemin de fer de Bordeaux à Cette, avec embranchement sur Perpignan et Barcelone (réseau du Midi); c'est le chef-lieu d'un arrondissement et d'un canton; elle possède un tribunal de première instance et de commerce, une direction des douanes, une école d'hydrographie, avec une population de 19,968 habitants; autrefois archevêché, elle dépendait du parlement de Toulouse, de l'intendance du Languedoc, était chef-lieu d'une recette, avait hôtel des monnaies, viguerie, amirauté, gouvernement particulier, collège, séminaire, etc.
L'étymologie celtique du nom de Narbonne [nar, eau; bo, habitation) exprime fortement la situation de cette ville dans un bassin autrefois envahi par la mer. Tout ce littoral, déchiré par des étangs qui communiquent avec la Méditerranée, porte la trace d'anciennes révolutions physiques. Des secousses terrestres soulevèrent, à une époque reculée, le fond du bassin où s'élève aujourd'hui Narbonne. Les eaux furent rejetées à la mer, non pas complètement cependant, puisqu'à l'époque gallo-romaine
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les terrains bas qui avoisinent la ville étaient encore submergés par les eaux d'un lac salé qu'on appelait lacus Narionensis, îacus Rnhrcsus ou Rnbrensis, aujourd'hui à peu près comblé par les atterrisements de l'Aude. Le peuple celtique qui occupait le pays avant l'invasion romaine était celui des Volces ou Elysices :
Gens Ebjsicum prius
Loca hœc feiiebrit, atque Nnrbo civilas Erat feioci's mnximuiu regni cnpul.
(I-'eStls Avhînus.)
Quant à la tribu des Volces qui occupait Narbonne, c'était celle des Tectosages.
Narbonne faisait partie de la confédération des Celtes, à la tète de laquelle se trouvait Dituit, roi des Arvernes ; elle succomba comme ses alliés sous les coups du consul Q. Fabius Maximus. Le sénat, immédiatement frappé de la position avantageuse de Narbonne, nomma une commission de triumvirs chargée d'y installer une colonie (G7 av. J.-C); L. Crassus en était le chef. Il nomma la ville Narbo Marcius,Avi nom du consul Quintus Marcius llex, alors en exercice à Rome. Jules César renouvela celte colonie et, après Pharsale, y établit la dixième légion, d'où le surnom de Narbo Deciimanornm. Cette succession de colonies donna à Narbonne une importance considérable, et déjà Cicéron l'appelait : Spécula ac 2^^'02)UU'!iacttlum popuU Romani. Organisée, comme toutes les colonies, à l'image de Rome, avec ses tribus et ses centuries, ses édiles, ses questeurs et ses préteurs, ses pontifes, ses flamines et ses augures, elle était la capitale des possessions romaines dans toute l'ancienne Gallia Braccata, appelée désormais Gaule Narhonnalse. Auguste accorda à son préteur le jugement en dernier ressort de tous les appels élevés dans cette province. Elle avait conservé le remarquable privilège de voter elle-même ses impôts dans un conventus annuel où se rendaient les députations des diverses bourgades de la province. Aussi réclama-t-elle énergiquement contre la taxe dont le préteur M. Fonteius osa frapper ses vins. Tout le monde sait qu'elle eut le malheur de rencontrer pour adversaire le plus grand orateur romain. Cicéron n'eùt-il pas dû se récuser lui-même plutôt que de prendre la parole contre une cite; qui avait donné le jour à Terentius Varro, son ami, et le plus savant homme delà république romaine?
Auguste convoqua à Narbonne l'assemblée générale de toute la Gaule; ce l'ut sans doute à cette
occasion qu'elle lui consacra le fameux autel retrouvé, en l;i(jiJ, dans les fouilles que l'on faisait alors pour la fondation des murs. Ce monument, que nous possédons, porte une longue inscription, qui témoigne de la reconnaissance du peuple narbonnais pour l'empereur, lequel avait bien voulu prendre la cité sous sa protection et lui accorder le nom de Colonia Julia Paterna.
Une industrie fiorissante, de magnifKiucs édifices, des écoles fameuses faisaient de Narbonne une des plus belles cités de l'empire. Le commerce d'une grande partie de la Gaule, et même de pays plus lointains, passait par ses murs : elle avait un dépôt des étains de la Cornouaille. On vantail partout la teinturerie de pourpre établie dans ses murs et qui devait le succès de ses produits au petit ruisseau de Livière (Ligurice). Quant aux édifices, tout l'appareil monumental des grandes cités romaines s'y trouvait : un Capitole, des temples de Jupiter Tonnant, de Bacchus, de Mercure, d'Esculape, de Vulcain ; des cirques et des théâtres, des thermes, des marches, etc. L'un de ces temples, en marbre de Paros, était digne de Rome ellemême. Mais ce qui est extraordinaire, c'est que presque tout cela a péri. Les fatales vicissitudes de l'existence de Narbonne ont brisé et dispersé tant do constructions, plus heureusement conservées presque partout ailleurs. 11 n'en restait plus que des débris mutilés, épars dans le voisinage, lors(iue l'ingénieur de Frani;ois l", chargé d'ajouter aux murs de la ville trois nouveaux bastions, ceux de Saint-Félix, de Saint-Côme, de Saint-François, y employa ces pierres respectables qu'on recueillerait aujourd'hui avec vénération dans un musée. Du moins, comme dit M. Mérimée, il raisonna la barbarie, et le soin qu'il prit de ranger ces monuments, inscriptions, frises, bas-reliefs, fragments de toutes sortes, sur deux lignes, autour des murailles, en plaçant les plus curieux de ces débris à l'intérieur des portes, nous vaut aujourd'hui l'avantage de pouvoir parcourir des yeux ces richesses archéologiques en circulant autour des remparts. Il n'y a pas longtemps qu'on a découvert les fondations de l'amphithéâtre de Narbonne; on reconnaît l'ellipse qu'il formait, mais pas un pan de mur n'est debout : c'est au quartier de la Roquette, à peu de distance de la porte Sainte-Catherine. Dès le temps de Tibère un incendie terrible avait consumé Narbonne. Antonin le Pieux l'aida à relever ses édifices; mais elle alla toujours baissant en
importance et en dignité pendant la fin de l'empire. -Elle ne lui plus le clief-lieu que de la première Narbonnaise, depuis la division de la Gaule en 17 provinces. Résidence d'un proconsul jusqu'à -Théodose, elle n'eut plus, à partir de ce rrgne, qu'un président.
L'apôtre et le premier évèque de Narbonne fut Paul Serge, au m" siècle. Les martyrs qui soulîrirentdans ses murs furent nombreux, surtout sous Dioclétien ; l'un d'eux, saint Sébastien, appartenait à une des grandes familles de la ville et commandait la première cohorte des gardes prétoriennes. C'est en l'année 419 que le siège épiscopal de Narbonne fut érigé en archevêché ; il eut- dans la suite pour suffragants les évèques de Béziers, Agde, Carcassonnc, Nîmes, Montpellier, Lodève, Uzès, Saint-Pons, Met, Alais, et tous les sièges du nouvel archevêché de Toulouse.
A la chute de l'empire, Narbonne vit passer dans ses murs le long défilé de l'invasion barbare : les Vandales, les Suèves, les Alains dévastateurs; puis les Wisigoths, plus respectueux. Ataulph, vain- .queur de Jovinus, s'y arrête. Dans cette ville d'aspect tout romain, ce barbare, qui rêvait le rôle de conservateur de l'empire, célèbre son mariage avec Placidie, sœurd'llonorius, s'imaginant célébrer en môme temps le mariage de la civilisation et de la barbarie. Ce furent des fêtes merveilleusement somptueuses. Un des plus riches citoyens de la vfile, Ingenuus, avait prêté sa maison. Tout se fit à la romaine. Le portique superbe sous lequel s'assirent les époux était décoré suivant l'usage romain ; Ataulph portait la toge et tout le costume des enfants du Tibre. Les présents mêmes offerts à la mariée étaient romains, hélas I c'étaient des pièces d'or et des pierres précieuses enlevées dans le pillage de Rome ; cinquante jeunes gens vêtus do soie les portaient dans des disques qu'ils tenaient à chaque main. Et le chef d'orchestre lui-même...., c'était Altale, ci-devant empereur romain.
Peu de temps après, Ataulph s'enfuit précipitamment devant le comte Constance, et alla périr en Espagne. Narbonne échappa aux Wisigoths, et ils en furent constamment repoussés jusqu'en 461. L'empereur Sévère la leur céda alors, avec le pays voisin jusqu'à Nîmes, pourgagner leur alliance. Elle conserva son administration romaine et ses privilèges. Prise en 507 par les Francs, elle fut rendue au jeune Amalaric par Théodoric, roi des Ostro-
golhs. Amalaric y célébra son mariage avec Clotilde, fille de Clovis ; mariage funeste pour lui. Maltraitée par son époux arien, la princesse catholique appela pour la venger son frère Childebert. Une bataille se livra près de Narbonne ; Amalaric vaincu relarda sa fuite pour aller chercher ses trésors dans la ville ; les Francs l'y surprirent, et il fut égorgé sur le seuil de l'église des catholiques, où il cherchait un asile. Childebert emporta ses trésors (S31). Nundis, successeur d'Amalaric, chassa les Francs de la Narbonnaise, qui prit vers cette époque le nom de Septimanie, à cause des sept diocèses qu'elle renfermait. Narbonne était en première ligne. Les rois wisigoths la regardaient comme leur principale place de guerre et de commerce de ce côté-ci des Pyrénées. La révolution religieuse opérée par Renaud faillit la leur enlever. L'arianisme, ce semble, y était bien établi. Athalocus, évêque de Narbonne, forma, avec les autres évêques ariens de Septimanie, une ligue puissante, délia les Wisigoths du pays de leur serment de fidélité au roi, et offrit le pays à Contran, roi des Ijurgondes. Renaud triompha (V. C.vrcassoNiN'E), et tinta Narbonne un concile où furent prises des mesures pour prévenir toute nouvelle tentative de ce genre. On voit dans les canons de ce concile qu'il y avait dans le pays, outre les Wisigoths elles Gallo-Romains, des Juifs, des Grecs et des Syriens. En dépit des mesures de Renaud, il y eut de nouveaux mouvements séditieux à l'avènement de Wamba (672), parmi les chefs septimaniens, et le duc Paul, envoyé par lui pour les comprimer, y fut à peine, qu'il se tourna du côté des rebelles et se fit proclamer roi à Narbonne. Wamba accourut, prit Narbonne d'assaut, poursuivit Paul jusqu'à Nîmes et le fit prisonnier. L'évêque, cette fois, aval télé fidèle ; mais Wamba chassa les juifs, ce qui prouve qu'ils trempaient dans ces complots. Au reste, comment les traitait la loi des Wisigoths ?
Les Sarrasins, commandés par Zameh, prirent Narbonne après vingt-huit jours de siège, au moyen de ces machines de guerre dont les Arabes entendaient si bien le maniement. Les hommes furent passés au fil de l'épée, les femmes et les enfants emmenés en esclavage, la ville pillée et incendiée. Les Arabes voulaient frapper de terreur tout le pays; ailleurs, ils montrèrent une grande clémence. Au reste, Zameh répara et augmenta les fortifications de Narbonne, se proposant d'en faire la prin-
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Hôtel de ville de Narbonne.
cipale place d'armes des musulmans au nord des Pyrénées. La Septimanie fut le refuge des débris de l'armée d'Abd-el-Uhaman, détruite par Charles Marlel en 732. Le vainqueur les y poursuivit et assiégea Narbonne, défendue par le wali Joussouf. La résistance fut énergique, et Charles, rappelé dans ses Etats, abandoinia le siège. Pépin le Bref le reprit et en laissa la conduite à son fils Charles (Charlemagne). Ce ne fut qu en 7b9, après un blocus de sept années, que la ville succomba par la trahison des Goths, las de la domination des Arabes. Ceux-ci reparurent encore en 793, sous la conduite d'Abd-el-Mélek, et assiégèrent Narbonne, dont ils détruisirent un faubourg. Une armée envoyée contre eux les battit au confluent de l'Aude et de rOrbieu, et Abd-el-Mélek perdit la vie.
Charlemagne fit de la Septimanie un duché, avec Narbonne pour capitale. Il prit celte ville en affection, voulant en faire une place forte contre les Sarrasins. Il l'érigea en vicomte et en partagea la
France illusthûe. i 76.
seigneurie en trois lots : une partie de la ville fut donnée au vaillant Aymeric ;une autre à l'archevêque Daniel; la troisième, bâtie tout exprès et appelée la Ville neuve, aux juifs. La légende dit qu'il voulait s'acquitter envers eux de certaines obligations et de leur dévouement à sa cause. Qui sait si ces ennemis du Christ ne créditaient pas déjà l'empereur d'Occident? Toujours est-il que Narbonne devint le quartier général des juifs au moyen âge. Là se forma une célèbre école de talmudistes et d'alchimistes, où brillèrent les frères Moïse et David Khimkhi.
C'est à Narbonne que l'archevêque Daniel convoqua, par les soins d'Alcuin, le concile qui condamna l'hérésie de Félix d'Urgel. Daniel était un des évêques aimés de Charlemagne, qui lui envoya un de ces beaux évangiles qui s'écrivaient dans son palais, sous la direction d'Alcuin. On l'admire encore aujourd'hui. La couverture porte: Ex dono Caroli magni.