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Narbonne ne conserva pas son illustration sous le régime féodal. Elle fut gouvernée successivement par plusieurs dynasties de vicomtes. L'une d'elles fut castillane, et s'éteignit en 1447. Alors la vicomte passa à la maison deFoix, qui ne la garda pas beaucoup plus d'un demi-siècle : en 1507, Gaston II l'échangea avec Louis XII contre le duché de Nemours ; aiusi s'opéra la réunion de Narbonne au domaine royal. C'est Louis XII qui commença à faire construire les fortifications, qui se continuèrent sous ses successeurs. A partir de ce moment, Narbonne se signala par sa fidélité à la royauté à toutes les époques. Aucune des révoltes qui troublèrent le règne de Louis XIII ne trouva accès dans ses murs, où fut arrêté Cinq-Mars. Elle prit ellemême pour devise : Narho Marcms Deo regique sem.per fidelis.
L'histoire politique de Narbonne a, comme on le voit, peu d'importance au moyen âge et aux temps modernes ; son histoire municipale et commerciale n'en a pas beaucoup plus. Elle avait conservé son ancienne administration et son conseil des Douze ; à partir de 1148, elle fut divisée en deux communautés séparées par le canal de la Robine. Ses consuls furent un instant supprimés par Philippe le Bel à cause de certaines remontrances. Pour le commerce, Narbonne fut encore assez longtemps, au moyen âge, une des premières villes de la Méditerranée; elle signait des traités de commerce avec Gênes, Pise, Tarragone, les rois de Sicile, les empereurs de Constantinople. Jlais elle tomba peu à peu éclipsée par ses rivales; son port de La Nouvelle, que va rejoindre, à travers l'étang de Sigean, le canal de la Robine, déjà creusé au temps des Romains, s'ensablait de jour en jour.
Même comme ville épiscopale, Narbonne était déchue bien avant la fin du moyen âge. Autrefois, les successeurs de Paul Serge s'intitulaient archevêques métropolitains et primats de toutes les Gaules. Les archevêques d'Aix et d'Arles leur cédaient la prééminence, les évêques de Toulouse étaient au nombre de leurs suffragants. Mais, en 1316, Jean XXII diminua considérablement l'étendue de leur diocèse et de leur juridiction métropolitaine en érigeant Toulouse en archevêché, en lui donnant des suffragants , dont quelques - uns l'étaient de Narbonne, et en créant plusieurs autres évèchés, parmi lesquels ceux de Sainl-Papoul et d'Alet furent faits aux dépens du diocèse de Narbonne même; c'est ainsi que ce dernier s'est
trouvé réduit à 131 paroisses et 10 suffragants. Mais il a du moins conservé, ajoute l'abbé Delaporte, le litre de primat et la présidence de l'ordre du clergé, et, par conséquent, des états de la province entière. Les archevêques portaient le titre de ducs de Narbonne.
Les Narbonnais se prononcèrent ouvertement pour la révolution en 1789 ; par là leur ville eût mérité d'être relevée à son ancien rang. Elle n'est aujourd'hui qu'une simple sous-préfecture.
Autrefois entourée de lacs, par lesquels ellecommuniquait avec la mer, c'était un des ports les plus fréquentés de la Méditerranée. Aujourd'hui, pour exporter les produits de son agriculture et de son industrie, elle se sert du canal qui porte son nom, lequel aboutit à La Nouvelle et aussi du chemin de fer qui funit aux grands centres commerciaux. Narbonne est aujourd'hui une ville ouverte ; ses remparts ont été démolis. Parmi les monuments qu'elle a conservés, nous citerons l'église Saint- Just, ancienne cathédrale, classée au nombre des monuments historiques, et qui date du xiii= siècle; l'église Saint-Serge, aussi monument historique, du xiii° siècle ; l'ancien palais des archevêques, monument historique; le musée, qui renferme des antiquités de toute espèce et un grand nombre de tableaux; la bibliothèque, qui contient 7,000 volumes.
La principale industrie de Narbonne est la distillation des vins et des marcs, la fabrication du vertde-gris, des briques, des tuiles, des poteries, la minoterie et la confection des barriques ; mais son produit le plus délicat est ce miel blanc et si aromatique que les abeilles narbonnaises vont butiner dans les champs de thym, de lavande, de romarin, que la charrue défriche chaque jour. De nombreux couvents existaient à Narbonne : dominicains, carmes, augustins, carmélites, ursulines, etc.; il en reste encore plusieurs de femmes. La situation de la ville dans un pays marécageux a l'inconvénient de la rendre assez malsaine : huit pestes l'ont dépeuplée; celle de 1348, selon les annales municipales, y enleva 30,000 habitants, ce qui prouve à la fois et la violence du fléau et la grande population de la ville, qui compte aujourd'hui un tiers de moins d'habitants qu'elle n'en perdit alors. Il résulte aussi de cette situation que quelquesjours de pluie la rendent, ainsi que les environs, assez désagréable.
Narbonne peut à bon droit être comptée au nombre des cités industrieuses et commerçantes dont
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s'honore la France; elle renferme de nombreuses fabriques et de grandes manufactures et fait un important commerce en grains, vins, miel, huile d'olive et fruits secs. Sa position sur un embranchement du canal du Midi et sur la ligne de Bordeaux à Cette, avec embranchement sur Perpignan, a transformé la ville et fait aujourd'hui sa fortune.
Les armes de Narbonne sont : farti au /" de gueules, à une clef d'or forée en pal ; au 2" aussi de cueilles, à une double croix d'or posée d'argent, au chef d'azur chargé de trois fleurs de lis d'or.
BizANET. — Bizanet, village de 1,230 habitants, situé dans le canton de Narbonne, à 15 kilomètres à l'ouest de cette ville, possède sur son territoire les ruines de l'ancienne abbaye de Font-Froide, fondée en U80. Sa position, dit Girault de Saint- Fargeau, dans un vallon très agréable, au milieu de hautes montagnes couvertes de forêts de pins et entourée de jardins magnifiques, devait en faire un séjour délicieux. Aujourd'hui, cet édifice fait partie d'un domaine assez considérable qui appartient aux hospices de Narbonne. L'église, assez bien conservée et rangée au nombre do nos monuments historiques, olTre le mélange du plein cintre et de l'ogive, caractère des monuments de l'époque de transition à laquelle elle appartient ; c'est aussi ce que l'on observe dans le cloître, une des parties les plus curieuses de ce vieil édéfice. Le couvent, beaucoup plus moderne, et dont la construction ne remonte que peu de temps avant la Révolution, est maintenant aiïecté à un établissement agricole.
CouRS.^N. — Coursan, chef-lieu de canton, station de la ligne du chemin de fer de Bordeaux à Cette (réseau du Midi), arrondissement et à 10 kilomètres au nord-nord-est de Narbonne, est une petite ville peuplée de 2,709 habitants, située sur la rive droite de l'Aude, et sur des canaux de dessèchement, dans une plaine fertile en vins, blés et fourrages. Sur la place jaillit, d'un puits artésien qui n'a pas moins de 15b mètres de profondeur, une eau thermale marquant 20 à 30 degrés centigrades, alcaline, gazeuse, ferrugineuse et légèrement arsenicale, d'un goût analogue à celui des eaux du Boulon et de Vichy. L'eau de Coursan est limpide, incolore, inodore. Elle n'est pas encore utilisée. Coursan possède une église ogivale fortifiée, un pont sur l'Aude qui date du xvii* siècle; dans ses environs, à 2 kilomètres, on
voit un château moderne. L'industrie y est représentée par une distillerie d'eau-de-vie et une fabrique de tartre.
Gruiss.\n. — Gruissan est un gros bourg du canton de Coursan, arrondissement et à 20 kilomètres au sud de Narbonne, peuplé de 2,568 habitants. Il est situé près de la Méditerranée, au milieu d'un étang salin et s'élève en amphithéâtre sur un rocher; dominé par une vieille tour, il est réuni à la terre ferme, d'un côté par une digue, de l'autre par un pont. Le climat y est très sain. Sur les rochers de la Clape se dresse la chapelle de Notre- Dame-des-Aousils, en grande vénération chez les marins. Le jour de la Pentecôte, les habitants de Gruissan se rendent en procession à Notre-Dame; les marins y vont aussi, tenant en leurs mains un petit drapeau représentant le pavillon de leur bâtiment. Un aqueduc de b kilomètres conduit à Gruissan les eaux de la source du Bec. L'industrie y est représentée par une distillerie et une corderie, l'une des plus importantes du midi de la France. On y fabrique aussi de la soude et les habitants se livrent à la pèche, dont le produit annuel est supérieur à 300,000 francs.
L'étang de Gruissan, dont la superficie est d'environ 900 hectares, communique avec le Méditerranée par deux chenaux; une étroite bande de terre, coupée par le canal de Narbonne et le chemin de fer de Perpignan, le sépare de l'étang de Sigean. Il est question de le dessécher.
OuvEiLi..\N. — Ouveillan est un gros bourg du canton de Ginestas, arrondissement et à lo kilomètres au nord-nord-ouest de Narbonne, à 3 kilomètres du canal du Midi. 11 est peuplé de 2,048 habitants; on y remarque les ruines d'un château qui fut, au xii-^ siècle, le théâtre de la guerre entre Roger, comte de Carcassonne, et Pierre Reynard de Béziers, qui le donna ensuite à sa fille, épouse de Pierre de Minerve. Ce bourg est sur le bord d'un étang salé qu'on a vainement essayé de dessécher. Son territoire produit des raisins muscats et l'industrie y est représentée par des distilleries.
SiGE.\\. — Sigean, chef-lieu de canton, à 25 kilomètres au sud de Narbonne, est une ville peuplée par 3,912 habitants. Sigean {ad signa), comme l'indique l'origine de son nom, possédait un phare du temps des Romains.
Elle donne son nom à l'étang sur les bords duquel elle s'élève. A peu de distance est le grau de La Nouvelle {grau, dans la langue du pays signifie emboxichure), où aboutit le canal de la Robine, et qui sert de portiîNarbonne. C'est sur ce rivage que Charles Martel défit, en 737, une armée de Sarrasins, qui venait par mer pour le forcer de lever le siège de Narbonne. Sigean appartenait au moyen âge au monastère d'Aniane. Son château relevait de l'archevêque de Narbonne. Elle fut brûlée, en 1503, par les Espagnols. En 1813, les gardes nationales de Sigean et de Narbonne rejetèrent à la mer les Anglais qui avaient débarqué au port de La Nouvelle.
Sigean fait un commerce assez important de vins etd'eau-de-vie ; mais sa principale source de richesse est dans les abondantes salines de son territoire, qui fournissent annuellement environ 50,000 quintaux métriques de sel. Elle possède, en outre, plusieurs distilleries et des carrières de marbre.
La Nouvem.k. — La Nouvelle, le seul port que possède le déparlement de l'Aude, est une ville de 2,099 habitants, du canton de Sigean, arrondissement et à 26 kilomètres au sud de Narbonne, à 2 kilomèlres de la Méditerranée, sur l'étang de Bages et de Sigean; station de la ligne du chemin de fer de Narbonne à Perpignan et Barcelone. Cette ville est de création récente. En 1820, il n'y avait encore sur cette triste plage que quelques cabanes de pêcheurs. C'est surtout depuis la conquête de l'Algérie que ce petit port, le seul qui existe sur la Méditerranée entre Agde et Port-Vendres, s'est développé. En effet, réuni au canal du Midi par la Robine, plus rapproché des plaines du haut Languedoc et de la Gascogne que les ports d'Agde et de Cette, très voisin du Roussillon, servant enfin de débouché naturel à tous ces pays fertiles, qui produisent en abondance des céréales, des vins, des alcools, il est appelé, par sa position même, à devenir le point d'embarquement des marchandises qui s'échangeront "entre l'Océan et la Méditerranée, et qui, grâce au chemin de fer du Midi, n'ont plus à courir les risques de la traversée par le détroit de Gibraltar et le golfe de Gascogne. Formé par le chenal qui relie l'étang de Bages et l'étang de Sigean à la mer, le port de La Nouvelle a 2,400 mètres de longueur ; sa largeur varie entre 60 et 80 mè-
tres. Malheureusement, son entrée est souvent obstruée par les sables de la mer et il est quelquefois encombré par les boues provenant de l'Aude et des étangs. Malgré ces obstacles et les difficultés de la navigation, il règne dans le port de La Nouvelle une grande activité commerciale. En 1866, le mouvement de la navigation y a été, à l'entrée : grande navigation, 287 navires; cabotage, 260; à la sortie : grande navigation, 291 navires; cabotage, 259. On y a établi un phare à feu fixe, haut de 10 mètres et d'une portée de 10 milles, bâti sur un fort. Il y a à La Nouvelle un établissement de bains de mer très fréquenté; des chantiers de construction de navires d'où sont sortis dans ces dernières années des bâtiments de 250 et même de 350 tonneaux. Depuis 1869, La Nouvelle possède une église romane de construction moderne.
L'île Sainle-Lxicie, qui se trouve dans les environs de la ville, et qui est formée par le canal de l'étang de Sigean, est très intéressante au point de vue de la botanique.
Leucate. — Leucale est un petit port de mer du canton de Sigean, station du chemin de fer de Narbonne à Perpignan et Barcelone (réseau du Midi), peuplé de 1,052 habitants, à 43 kilomètres au sud de Narbonne, à l'extrémité septentrionale de l'étang auquel elle doit son nom.
Le nom de Leucate parait d'origine grecque, et fut donné sans doute au lieu qui le porte par les Phocéens frappés de l'aspect blanchâtre des rochers de la côte. Cette petite ville est située au nord de l'étang qui porte son nom. Leucate fut défendue avec héroïsme, en 1590, contre les Espagnols par Françoise du Roure, femme du gouverneur Barri de Saint- Aunays, qui avait élé fait prisonnier et mis à mort par les assiégeants. Les Espagnols revinrent en 1637 et furent encore repoussés. Leucate avait alors, comme on le voit, des fortifications fort utiles; c'est qu'elle était encore place frontière, le Roussillon étant aux mains des Espagnols. Après la conquête de celte province, celte place fut démantelée, en 1664.
.Les vins récoltés sur le territoire de Leucate sont très alcoliqueset très colorés.
L'étang du même nom dont le chemin de for traverse une partie, a environ 5,700 hectares.
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