‹ La France illustréeChapitre 23 sur 301 · JEANNE DARC · texte numérisé non relu

JEANNE DARC

Une jeune paysanne arriva de la Lorraine, racontant que des voix célestes lui avaient ordonné de se mettre à la tête des guerriers français, de délivrer Orléans et de conduire le roi à Reims pour l'y faire sacrer. Son inspiration, sa pureté, son éloquence décident le roi; elle entre avec audace dans Orléans à la tête de quelques braves capitaines, relève le courage des habitants, fait merveille ellemême à la défense de la ville, et en huit jours force les Anglais à la retraite (mai 1429). Elle les poursuit et leur fait essuyer à Patay une défaite qui coijta la liberté au fameux Talbot.Puis elle conduit le roi à Reims et le fait sacrer. Là, elle voulait se retirer : « J'ay acconiply, disait-elle, ce que Messire (Dieu) m'a ordonné, qui esloit de lever le siège d'Orléans et de faire sacrer le gentil roy; je vou-

drois bien qu'il voulust me faire ramener auprès mes père et mère et garder leurs brebis et bétail, et faire ce que je soulois faire. » On ne lui accorda pas celte légitime faveur. La noblesse, jalouse de son ascendant, se réjouit de la voir échouer ou siège de Paris, oii elle fut cruellement blessée, et enfin une trahison la livra aux Anglais, qui la brûlèrent à Rouen (1431).

Le supplice de cette noble martyre du patriotisme est dans toutes les mémoires. C'était encore une fois le peuple qui recouvrait au prix de son sang l'indépendance nationale, perdue par la faute des grands. Ils abandonnèrent l'héroïne après qu'elle les eut mis dans le chemin de la victoire; mais l'impulsion était donnée. Le moral de la France était relevé et celui de l'Angleterre abattu. Ce changement changeait aussi toute la face de la guerre. De braves capitaines, les Dunois, les Lahire, les Xainirailles, n'eurent plus qu'à batailler pendant unevingtaine d'années, et, en 141)0 et 14o3, les victoires de Formigny cl de Castillon avaient consommé l'expulsion des Anglais; Calais seul leur restait.

nUINE DE LA FÉODAUrÉ. — LOUIS XI.

Après un siècle d'interruption, la royauté reprit son œuvre d'utile destruction. Le sol de la France, délivré de l'étranger, était encore encombré de l'échafaudage féodal. Les puissantes maisons de Bourgogne, de Bretagne, d'Orléans, d'Anjou, de Bourbon, n'aspiraient qu'à démembrer le pays en cinq ou six royaumes. « J'aime tant le royaume de France, disait Charles le Téméraire, qu'au lieu d'un roi je voudrais en voir six. » Charles Vil commença, à la fin de son règne, à restaurer la monarchie. Il envoya les bandes des écorcheurs, restes impurs de la guerre de Cent ans, se faire tuer par les Suisses (bataille de Saint-Jacques, 1444). Aux armées irrégulières, mercenaires ou féodales, il substitua une armée permanente, nationale, sous le nom de compagnies d'ordonnance et de francs archers; il consacra l'indépendance de l'Église gallicane par sa pragmatique sanction; il élablit les parlements de Toulouse et de Grenoble ; il réforma les finances, n'hésitant pas pour exécuter ces réformes à appeler dans ses conseils des roturiers comme Jacques Cœur, Jean Bureau, etc. Agnès Sorel, qui, dit-on, releva le courage du roi, était roturière aussi. Les nobles se soulevèrent et furent rigoureusement punis, soit de leur ré-

INTRODUCTION

voile, soit des crimes privés dont ils se souillaient

chaque jour.

Mais le plus terrible ennemi, le plus impitoyable destructeur de la féodalité, fut Louis XI. Les nobles croyaient comme Dunois le moment favorable pour eux à son avènement. « Que chacun songe à se pourvoir, » disait-il. Ils avaient jugé superficiellement le nouveau roi. Louis XI montra, en effet, au début une activité un peu brouillonne et imprudente ; les nobles formèrent pour leur bien particulier la soi-disant ligue du Bie7i puMic. Il fallut leur livrer bataille à Montlhéry et signer les traités fâcheux de Conflans et de Sainl-Maur (1465). Louis XI, qui usait de la perfidie comme d'une arme légitime en politique, reprit en détail les concessions qu'il avait faites. Nouvelle coalition. Il crut en venir à bout tout de suite en séduisant par l'habileté de sa parole le chef de la coalition, le duc de Dourgogne, Charles le Téméraire. Mais celui-ci, apprenant qu'à ce moment même le roi poussait à la révolte ses sujets de Liège, entra en fureur et le retint prisonnier à Péronne (1468). Louis XI ne sortit de ce grand danger que par un nouveau traité désastreux. Ce fut sa dernière faute, et depuis ce moment on ne voit en lui que le plus actif et le plus rusé politique qui ait jamais été.

11 fit annuler le traité de Péronne par une assemblée de notables. Il se débarrassa, dit-on, de son frère, le duc de Guyenne, qui conspirait avec les ennemis de la royauté. Il contraignit à la paix par la force des armes le duc de Bretagne, tandis que Charles le Téméraire échouait devant Beauvais (1472); il éloigna avec de l'argent le roi d'Angleterre, Edouard IV, que le Bourguignon avait appelé en France. Enfin, il obligea son terrible ennemi à tourner sur un autre sa fougue malheureuse, en suscitant contre lui les Suisses, l'empereur d'Allemagne, le duc de Lorraine. On ne peut se défendre de quehiue pitié pour le triste Charles, lorsqu'on le voit enveloppé dans les filets que la puissante habileté de son adversaire lui a tendus de tous côtés : plein d'une fureur aveugle, comme un lion pris au piège, il fait la guerre partout sur le Rhin, tandis que Louis en repos le regarde et jouit de son œuvre. Il échoue à Xeuss; il se brise à Morat et à Granson contre les hallebardes des Suisses; enfin, il se fait tuer sous les murs de Nancy (1477). Louis XI ne se sent pas de joie. Voilà la grande puissance féodale abattue, la Bourgogne et la Franche-Comté sont réunies au domaine. Déjà les mai-

sons d'Alençon, d'Armagnac, de Saint-Pol, étaient tombées sous ses coups. Un testament dicté à P,ené d'Anjou acquit à la couronne la Provence, le Maine et l'Anjou. Le Ptoussillon et la Cerdagne avaient été achetés au roi d'Aragon. II ne restait plus de grands fiefs que la Bretagne et le Bourbonnais. Au milieu de cette lutte si active, Louis XI avait trouvé le temps d'encourager le commerce, l'industrie, l'imprimerie, les lettres. Roi savant et instruit comme Charles V, il se servit des roturiers pour détruire la noblesse.

GUERRES D'rrALIE.

On a appelé guerre /o^/elarévolledes seigneurs au début du règne de Charles VIII (1483). Révolte folle en effet, et qui n'aboutit qu'à un nouvel échec de ceux qui l'avaient faite; Charles VllI épousa l'héritière de Bretagne et prépara ainsi la réunion de ce grand fief à la couronne. C'était bien. C'était là l'œuvre de la régente Anne de Beaujeu. Mais quand le petit roi put tenir une lance, il voulut comme Charles VI aller faire des prouesses. Il lui souvint qu'il était héritier du royaume de Naples par la maison d'Anjou. II abandonne follement la Cerdagne, le Roussillon, la Franche-Comté, pour partir plus vite à ses grandes conquêtes. 11 se voyait déjà maître de Constantinople. L'Italie fut aisément parcourue, et Naples prise. Une ligue est formée par les Vénitiens derrière les Français; ceux-ci se rouvrent à Fornoue le chemin de la France, mais perdent tout ce qu'ils ont conquis : et voilà tout le fruit de l'expédition (1494-1493).

Louis XII apporta de plus à la couronne des droits sur le Milanais. Conquête du Milanais. Il s'occupe ensuite du royaume de Naples, et le partage par le traité de Grenade avec le roi d'Espagne. Conquête du royaume de Naples. Pour qui? Pour le rusé Ferdinand, qui se joua du bon Louis Xll, et ne larda pas sous tel et tel prétexte de s'emparer de tout le royaume de Naples. Louis XII était un prince d'une médiocre habileté, mais honnête; bon pour le peuple, qu'il soulagea, et dont il fut appelé le père. Le roi catholique d'Espagne était un prince excessivement habile, mais malhonnête. Il appartenait à l'école des politiques de ce temps, l'école de Louis XI et des César Borgia, dont Machiavel a écrit la théorie. On rapporta à Ferdinand que Louis XII s'était écrié dans son mécoutenlemeut : « Voilà la première fois que le Roi Catholique m'a

Irompé. — Bon! reprit-il en riant, il aurait dû dire la douzième. » Son plus habile lieutenant, Gonzalve de Cordoue, voulait « que la toile de l'honneur fût d'un tissu lâche. » Le pauvre Louis XII se laissa tellement envelopper par les ruses du renard espagnol qu'il conclut ce désastreux traité de Blois, lequel, sacrifiant non seulement l'Italie, mais la Bretagne et la Bourgogne, exposait la France à voir un jour sur son Irûne Charles d'Aulriche, Charles- Quint. Heureusement les états généraux mirent leur veto et marièrent bien vite l'héritière de France, Claude, avec François d'Angoulême (François I"). Louis XII fit une autre faute en suscilant contre Venise la ligue de Cambrai. Sa victoire d'Agnadel (1309) ne servit qu'à tourner contre lui ses propres alliés : Jules II les réunit sous le nom de Sainte- Ligue, et la France fut seule contre tous. Gaston de Foix, jeune et brillant capitaine, nous donna quelque temps la victoire; mais il est tué à Ravenne, l'Italie est perdue; toutes nos frontières entamées, el Louis XII n'éloigne les étrangers qu'en abandonnant l'Italie et en donnant beaucoup d'argent. Il épousa par le même traité Marie, sœur du roi d'Angleterre; faible et maladif depuis son avènement, celte union avecune jeune femmel'acheva. Malgré ses revers, la France fut sous ce règne en voie de prospérité. » La tierce partie du royaume fut défrichée en douze ans, et pour un gros marchand qu'on trouvoit à Paris, à Lyon ou à Rouen, on en trouva cinquante sous Louis XII, et qui faisoient moins de difficulté d'aller à Rome, à Naples ou à Londres, qu'autrefois à Lyon ou à Genève. »

RIVALITÉ DE I.A FRANCE ET DE L'aUTRICUE. FRANÇOIS l«''.

Entre Louis XII et son successeur le contraste était frappant : autant le premier était prudent, pacifique et maladif, autant le second était fougueux, batailleur et bien portant. Ce pauvre Louis XII, qui n'avait cessé d'être sage qu'à la fin de sa vie, crut tout perdu. « Ce gros garçon va tout gâter, » se disait-il. Il jugeait mal des ressources de la France. Ce pays était désormais trop fort, trop bien uni, pour que la folie d'un roi pût compromettre ses destinées. Au reste, le roi des (jentihhommes débuta bien. Il tomba du haut des Alpes sur le Milanais, el les Suisses étant survenus, il battit celte paysandaille à Marignan (1.51.5). « Combat de géants! » disait Trivulce : les Suisses

marchaient droit devant eux comme des sangliers; trois fois ils enlevèrent les premières batteries ; (rente fois ils soutinrent les charges de la gendarmerie française, le roi en tête; ils ne firent retraite que le lendemain, à l'approche des Vénitiens.

François 1"' recueillit habilement les fruits de sa victoire. La imlx ■perpétuelle avec les Suisses lui assura de bons soldats. Le concordat mit l'Église gallicane dans sa main. Son pouvoir était absolu : si le parlement taisait résislance, il le menaçait de le jeter dans un cul de basse-fosse. Les impôts, il ne les diminuait pas comme Louis XII, il les augmentait et vendait les charges de justice. Il ne vivait point de tisanes et de juicps, mais de bons et succulents repas. Le surcot rapiécé de Louis XI n'eût point été de son goût. Riches habits, cour brillante, grand appareil de chasse, et des femmes, surtout des femmes, luxe plus coûteux que tous les autres, voilà ce qu'il fallait à ce roi bon vivant. La politesse et la galanterie y gagnèrent, mais point le gouvernement du pays. « Elles furent cause (les femmes) qu'il s'introduisit de très méchantes maximes dans le gouvernement, et que l'ancienne candeur gauloise fut rejetée encore plus loin que la chasteté. » (Mézeray.)

Le trône impérial fut vacant en 1319, Charles- Quint et François I" se mirent sur les rangs. L'argent de France passa dans la cassette des électeurs; nos ambassadeurs grisèrent les seigneurs allemands, et Charles-Quint fut élu. François I" lui avait bien dit à l'avance qu'ils étaient deux rivaux pour une même maîtresse, et que le moins heureux se résignerait en galant homme. Joli mot comme en savent dire les princes. Il n'en fut pas moins piqué d'avoir échoué, et bientôt la guerre éclata.

Cette guerre eût été mesquine si la situation de l'Europe ne lui eût prêté une grande portée. La puissance exagérée de la maison d'Autriche menaçait tous les États européens : ce fut la France qui eut l'honneur de lui tenir tête, de la contenir, et plus tard de l'abaltre. Celte fois, au reste, tout alla mal d'abord. Nos Suisses furent battus dans le Milanais, parce qu'ils n'avaient pas d'argent; et ils n'avaient pas d'argent, parce que Louise de Savoie avait vole au surintendant Semblançai celui qui leur était destiné. Semblançai fut pendu : c'était trop juste. Le connétable de Bourbon, traître à son pays, envahit la Provence avec une armée impériale. Il disait bien haut que Marseille allait lui en-

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Maniifacliiro d'armes de Sainl-Étienae.

\oyer ses clefs. Marseille lui envoya des boulets.

Il se retira précipitamment. François I" se jeta à sa poursuite ; avec une armée fraîche et un peu de bon sens, il anéantissait les troupes fugitives et délabrées de l'ennemi. Il avait l'armée, il n'eut point le bon sens; de chevaleresques maladresses lui firent perdre la bataille de Pavie (Ui2o) : il se jela follement devant son artillerie, qui faisait merveille, pour avoir le plaisir de charger l'ennemi et de faire des prouesses. Le voilà prisonnier à Madrid. « De toutes choses, écrit-il à sa mère, ne m'est demeuré que l'hcnneur et la vie, qui est sauve. » Qu'avait-il besoin de parler de sa vie? Eût-il écrit s'il eût été mort? L'honneur et le salut de son peuple, n'élaient-ce pas là les seules pensées qui devaient l'occuper? II ne sortit de sa prison que par un traité désastreux (1326). Non seulement toute l'Italie était abandonnée, mais même la Bourgogne, et Bourbon rentrait dans ses biens; traité qui ne fut point signé de bonne foi. Charles-Quiut

France illustrée.

en fit le reproche au roi de France. « Il en a menti par la gorge 1 » s'écria celui-ci. Guerre nouvelle, malheureuse expédition de Laulrec au royaume de Naples. Nouveau traité funeste : c'est le Iraité de Cambrai (1529). Moins la cession de la Bourgogne et la clause en faveur de Bourbon, qui s'était lait tuer devant Rome en 1527, c'est une seconde édition du traité de Madrid.

On eut alors six années de paix. C'est à ce moment que François 1°'' se montra plus habile. Les revers avaient calmé sa fougue : il fut moins batailleur et plus politique. Roi Très Chrétien^ il lendit hardiment la main aux Turcs et aux hérétiques, et bientôt Charlcs-Quint eut assez de besogne sur le Danube et au cœur de l'Allemagne. La France eut du repos. L'indépendance européenne fut sauvée. Irrité de celte politique, qui ruinait ses ambitieux desseins, Charles-Quint, dès qu'il fut libre, se jeta sur la France et envahit la Provence. « Combien y a-l-il de journées d'ici à Paris? demanda-t il à ua

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