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PHILIPPE LE BEL. — ÉTATS GÉNÉRAUX

Le règne de riulippeleBel(128b-1314) commence les funérailles du moyen âge. Le caractère de ce roi concourut avec lescirconstances pour introduire des changements d'un aspect tout moderne. Non seulement il accrut le domaine royal comme ses prédécesseurs, y ajoutant la Navarre et la Champagne par un mariage, la Marche et l'Angoumois par un arrêt du parlement; Lyon, i\Iontpellier et une partie de la Flandre par transaction ou par conquête; mais encore il affranchit les couronnes parla lutte violente et victorieuse qu'il engagea avec la papauté, et, pour attirer à lui la nation dans une entreprise si périlleuse, il convoqua les premiers étatsgénéraux(1302). Il organisale parlement et se servit des hommes de loi comme du meilleur instrument pour ruiner la féodalité ; de sorte que, soit dans les étals généraux, soitdansle parlement, les roturiers participèrent au gouvernement. Il cul grand besoin d'argent, et, s'il recourut quelquefois aux moyens les plus tyranniques, il en imagina un qu'on ne peut que louer : il rendit la liberté aux serfs qui purent l'acheter. iMieux eût valu la donner, mais c'était déjà beaucoup pour l'époque. Il attaqua le droit de battre monnaie dont jouissaient les seigneurs. C'est sous son règne, à Courtrai (1.302), que la noblesse française, déjà battue par les roturiers sur le terrain des affaires et des lois, commença à se laisser battre aussi sur les champs de bataille. Philippe le Bel vengea Courtrai en conduisant à Mons-en-Puelle soixante mille fantassins. L'infanterie des vilains répara le désastre de la cavalerie féodale. Le besoin d'argent poussa Philippe le Bel à la terrible exécution des templiers : c'était un ordre orgueilleux, riche et dangereux, qui réunissait la puissance de la religion à celle des armes; mais Philippe les traita avec toute la cruauté que l'Église avait coutume de déployer contre les hérétiques.

Malgré la réaction féodale qui éclata à la laort de Philippe le Bel, ses fils poursuivirent son œuvre.

Louis X continua de vendre la liberté aux serfs du domaine royal et proclama ce beau principe que, « selon le droit de nature, chacun doit naître franc. »

Philippe V convoqua trois fois les états généraux, donna à des roturiers des lettres de noblesse, permit aux bourgeois des villes de s'organiser militairement. Il songeait môme à établir l'unité de poids et de mesures « pour que le peuple marchandât plus sûrement. »

Charles IV, sans écouler ni les supplications des nobles ni les prières du pape, oncle de la victime, fit pendre un puissant baron du Midi, le sire de L'Isle-en-Jourdain, qui croyait que sa barounie le mettrait à couvert du châliment dû à ses crimes.

Avec le dernier fils de Philippe le Bel s'éteint la première branche des Capétiens (1328).

GL'ERnE DE CENT ANS. — PUILIPPE VI ET JEAN.

Un terrible fléau, une guerre d'un siècle vient arrêter la France dans son progrès. A la mort de Louis X, les états généraux avaient écarté sa fille du trône pour y appeler son frère, établissant la loi d'État qu'on a nommée loi salique. A l'extinction de la famille de Philippe le Bel, Edouard III. roi d'Angleterre, qui descendait de ce prince par sa mère, prétendit succéder à Charles IV ; les états, confirmant la loi salique, donnèrent la couronne à Philippe de Valois. Edouard se soumit d'abord et prêta hommage pour la Guyenne à Philippe VI. Mais, dix ans après, à l'instigation de Robert d'Artois et des Flamands révoltés sous le brasseur Arteveldt, il renouvela ses prétentions, prit le titre de roi de France et commença la guerre (1337). La Flandre et la Bretagne en furent d'abord le théâtre. Mais, en 1346, Edouard débarqua en Normandie, ravagea le pays et poussa ses coureurs jusqu'à Saint-Cloud. Philippe VI l'alla attendre avec une immense et brillante armée féodale en Picardie. Alors fut livrée la bataille de Crécy. Tout fut conduit du côté des Français avec maladresse et désordre; on fit une marche decinq lieues par la pluie avant le combat. Les seigneurs, au lieu d'accepter un ordre de bataille raisonnable, se portèrent tous en avant pour être des premiers à frapper. Ils étaient si pressés de porter des coups qu'ils passèrent sur le corps des archers génois qui formaient l'avant-garde française. C'était assez pour perdre la bataille, et

LA FRANCn: ILLUSTRÉE

jamais désastre ne fut plus compleL L'année suivante, Edouard s'empare de Calais : les habitants furent épargnés grâce à l'admirable dévouement d'Euslache de Saint-Pierre; mais la ville resta deux siècles aux mains des Anglais, pour qui elle fut -mainte fois l'entrée de la France.

. Le règne de Jean fut encore plus malheureux que celui de Philippe. La race des Valois se montra au début brillante et courageuse, mais dépensière, frivole et sans habileté. Jean trouva le trésor vide : il appela les états généraux et les pria de le remplir. Ceux-ci, interprètes des misères du peuple, et déjà pénétrés du sentiment de leurs droits et de leur rôle, proposèrent des réformes tout à fait révolulionnaires et profondément justes, comme de souif' ïltre à l'impôt les prélats et les nobles, et de surv^Uer par une commission nationale l'emploi des deniers publics. Jean prit l'argent, éluda les réformes et s'en alla en campagne du côté de Poitiers, où il pensait enlever avec ses soixante mille chevaliers la petite armée du prince de Galles. Celui-ci, avec six mille fantassins et deux mille hommes d'armes, le battit complètement et le fit prisonnier (1336). Le roi pris, une grande partie de la chevalerie française couchée dans la poussière, la France était perdue si le peuple ne l'eût sauvée.

Ce fut à cette époque que furent convoqués les étals généraux de 1336 et de 1357, dont le membre le plus remarquable fut Élienne Marcel, prévôt des marchands de Paris. C'est alors que le tiers état, sous ce chef audacieux et habile, arracha au dauphin cette magnifique ordonnance de réforme dont l'exécution eût fait faire à la France un pas de quatre siècles; la réunion périodique des états tous les deux ans, l'établissement de trente-six élus du pays pour assister et surveiller le gouvernement dans l'intervalle, le vole des impôts; l'armement de tout homme en France, la défense aux nobles de guerroyer entre eux; la réformation de de la justice, etc. Voilà ce qu'établissait l'ordonnance et ce qui ne fut nullement pratiqué. Le peuple de Paris, irrité, se souleva et massacra aux pieds du dauphin les maréchaux de Champagne et de Normandie Les hommes des campagnes, qui soulTraient bien plus encore de la guerre, se répandirent par tout le pays sous le nom de Jacques et y firent d'affreux ravages. La misère les poussait là : mais ils savaient faire mieux quand l'Anglais se préf^entait. Deux cents laboureurs s'('laient re-

tranchés sur une hauteur, près de Compiègne, pour résister; les Anglais arrivent inopinément, s'introduisent dans la place et tuent le capitaine. Parmi les paysans, il s'en trouvait un d'une force prodigieuse, nommé le Grand-Ferré. Quand il vit son capitaine mort, il fondit avec fureur sur les Anglais, « maniant une lourde hache, frappant et redoublant si bien qu'il fit place nelte; il n'en touchait pas un qu'il ne fendit le casque ou n'abattît les bras. Voilà tous les Anglais qui se mettent à fuir, et plusieurs sautent dans le fossé et se noient. Le Grand-Ferré tue leur porte-enseigne et dit à un de ses camarades de porter la bannière anglaise au fossé. L'autre, lui montrant qu'il y avait encore une foule d'ennemis entre lui et le fossé : « Suis-moi donc, » dit le Grand Ferré. Et il se mit à marcher devant, jouant de la hache à droite etàgauchejusqu'àceque la bannière eût été jetée à l'eau. Il avait tué en ce jour plus de quarante hommes. Le Grand-Ferré, échauffé par cette besogne, but de l'eau froide et fut saisi de la fièvre. 11 s'en alla à son village, dans sa cabane et se mit au lit, non toutefois sans garder près de lui sa hache de fer, qu'un homme ordinaire pouvait à peine lever. Les Anglais, ayant appris qu'il était malade, envoyèrent un jour douze hommes pour le tuer. Sa femme les vit venir et se mit à crier : — 0 mon pauvre le Grand, voilà les Anglais, que faire? Lui, oubliant à l'instant son mal, se lève, prend sa hache et sort dans la petite cour : — Ah ! brigands ! Vous venez donc pour me prendre au lit? Vous ne me tenez pas encore. Alors, s'adossant à un mur, il en tue cinq en un moment, les autres s'enfuient Le Grand-Ferré se remit au lit; mais il avait chaud, il but encore de l'eau froide, la fièvre le reprit plus fort et, au bout de quelques jours, ayant reçu les sacrements de l'Église, il sortit du siècle et fut enterré au cimetière de son village. Il fut pleuré de tous ses compagnons, de tout le pays; car, lui vivant, jamais les Anglais n'y seraient venus. »

Ce furent ces résistances populaires, pleines d'héroïsme et probablement multipliées, mais ensevelies dans le silence des chroniqueurs du temps, qui dégoûtèrent Edouard III de la guérie de France et le décidèrent à la paix. Cette paix, signée à Brétigny (1360), était, au reste, aussi avantageuse pour r.\nglelerre que honteuse pour le gouvernement de la France, qui abandonnait presque toutes les provinces de l'Ouest.

INTRODUCTION

La sagesse de Charles V restaura un peu la malheureuse France. C'était un roi instruit. «Complètement il entend sou latin et sufnsammcnt savolt les règles de grammaire. » H appela auprès do lui des clercs et des philosophes. Edouard HI n'en lut pas moins lorcé d'avouer qu'aucun roi ne lui avait donné autant à faire. Charles V mit à la tète de ses armées un petit gentilhomme breton, Bertrand Du Guesclin, l'un des plus habiles capitaines de son temps. Vainqueur à Cocherel, Du Guesclin lut cependant fait deux l'ois prisonnier : à Auray, en Bretagne, et en Espagne, à Nojara. C'est que ces deux batailles furent livrées malgré lui, par la volonté des princes dont il défendait la cause en ces deux pays, Charles de Blois et Henri de Translamare. La Bretagne fut, à la vérité, perdue pour le prétendant français; mais Henri de Transtamare finit par triompher en Espagne, et la France s'y débarrassa des Grandes Compagnies qui la désolaient. En France point de grandes batailles, Charles V n'en voulait pas ; il fermait ses villes, et l'Anglais n'avait plus autre chose à faire que de traverser le pays, de brûler les champs et les villages. Charles V regardait impassiblement ce douloureux spectacle; il se consolait en pensant que « ces fmnières ne lui enlèveroienl pas son héritage. » Bientôt les armées anglaises fondaient par l'épidémie, la disette, les fatigues; Du Guesclin ou quelque autre capitaine les harcelait, et s'introduisait par force ou par ruse dans les places que rennemi possédait encore; aux villes qui ouvraient leurs portes ou même aux villes recon- (juises, Charles offrait des privilèges, des exemptions d'impôt et opposait la douceur à la férocité' du prince Noir. Ce système, pratiqué avec une invariable persévérance, affranchit notre territoire. Las Anglais n'y possédaient plus, à la mort de Charles V, que Calais, Brest, Bordeaux et Bayonne.

CHAULES VI.

Le règne de Charles VI (1380-1422) défit ce qu'avait fait celui de Charles V. Dès le début et pendant sa minorité, ses oncles mirent au pillage le trésor, où une sage économie avait enfui ramené l'ordre et même la richesse. Et les impôts de pleuvoir sur le peuple. Le peuple avait appris à se soulever contre la tyrannie; il se révolta, non seule-

ment à Paris, mais à Itoucn, Reims, Orléans et dans le Languedoc et s'entendit avec les Flamands. Cette insurrection formidable menaçait d'anéantissement toute la noblesse. Elle s'arma, et le petit roi, enchanté de mettre une cuirasse et de porter une lance, s'empressa de se mettre à la tète de l'armée féodale. Les Flamands furent vaincus à Rosbecque, la révolte étouffée partout. Les oncles du roi recommencèrent leur coupable gaspillage du trésor public. Une expédition préparée à grands frais contre l'Angleterre échoue par leur maladresse. D'autres entreprises aussi coûteuses furent menées avec le môme succès. Charles VI était tombé en démence; tout frein de l'autorité était brisé; les princes exploitaient le gouvernement, la cour se livrait à tous les excès ; la noblesse s'en allait chercher jusqu'au bord du Danube, à Nicopolis (13'JG), un autre Crécy ou un autre Poitiers.

Le duc-d'Orléans, prince brillant, mais plein d'insouciance pour le peuple, dirigeait le gouvernement avec la reine Isabeau de Bavière, dont il était aimé. Le duc de Bourgogne, qui flattait le peuple par contre, fut jaloux de son ascendant. Un soir de novembre, le ciel étant tout à fait obscur et les boutiques fermées, le duc d'Orléans sortit, avec une suite de quatre pages seulement, de l'hôtel d'Isabeau, rue Vieille-du-Temple. Il allait nonchalamment à cheval, chantant à demi-voix et jouant avec son gant. Tout à coup il est assailli par plusieurs assassins et égorgé. Jean sans Peur nia d'abord le meurtre; mais peu après, ayant quitté Paris, il l'avoua, s'en glorifia et en fit établir la justification par le moine franciscain Jean Petit. L'audacieux meurtrier rentra ensuite à Paris, promettant au peuple l'abolition des impôts. Toute une populace violente, recrutée surtout parmi les bouchers, forma le parti des Bourguignons, tandis que les nobles en formaient un autre sous le nom d'Armagnacs. Pendant huit années, Paris, livré tour à tour à ces deux factions haineuses, fut inondé de sang, en proie à la discorde, à la famine et à la peste. Dans le même temps (1413), la noblesse allait recevoir à Azincourt sa quatrième leçon. Jamais on ne vit plus d'insubordination, de désordre et d'incapacité. On laissa les chevaux piétiner toute une nuit un terrain défoncé par la pluie ; le lendemain, ils n'en pouvaient plus retirer leurs pieds. « D'autre part, dit un témoin oculaire, les François csloient si chargés de harnois qu'ils ne pouvoienL aller en avant. Premièrement esloient chargés de

colles d'acier, longues, passant les genoux et moult pesantes, et par dessous harnois de jambes, et par dessus blancs harnois, et de plus bacinels. Ils estoienl si presses l'un de l'autre qu'ils ne pouvoicnt lever leurs bras pour férir les ennemis, sinon aucuns qui esloient au front. » Les archers anglais criblèrent à plaisir cette masse confuse, et ne perdirent que seize cents hommes, tandis qu'ils tuèrent dix mille Français, dont sept princes et cent chevaliers bannerets.

Les Armagnacs, alors maîtres du gouvernement, furent égorgés dans Paris, où rentra Jean sans Peur. Le gouvernement bourguignon ne fit guère mieux; il laissa prendre Rouen. Le dauphin crut améliorer l'état des choses en assassinant Jean sans Peur au pont de i\Iontereau. Le résultat de ce crime fut le traité de Troyes (1420), le plus honteux que jamais roi de France ait signé. Charles VI y reniait son fils Charles (VII) et transportait la couronne de France à celui qu'il appelait son fils, à Henri V, roi d'Angleterre. 11 mourut peu de temps après, et la France eut deux rois anglais, Henri V et Henri VI. Charles VII se fil proclamer roi de son côté, à Meung-sur-Yovre, au delà de la Loire.

Sa petite cour était pleine d'intrigues et de rivalités mesquines. Les affaires mal dirigées et de nouveaux revers amenaient les Anglais jusqu'à la Loire; ils assiégèrent Orléans et furent sur le point de s'en rendre maîtres. Cette place conquise, la barrière de la Loire était franchie ; Charles VII devait fuir derrière la Garonne. Tout semblait donc désespéré.

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