‹ La France illustréeChapitre 253 sur 301 · C.\NTAL, 1" LlV · texte numérisé non relu

C.\NTAL, 1" LlV

L\ FRANCE ILLUSTREE

Le sol du département se divise, d'après sa nature, en pays de montagnes, 198,000 hectares; pays de bruyères ou de landes, 138,000 hectares; sol de craie ou calcaire, S, 500 hectares ; sol de gravier, 32,000 hectares ; sol pierreux, 83,500 hectares; sol sablonneux, 120,000 hectares.

Hyflrograplilc. — Les montagnes déterminent dans le département du Cantal deux pentes générales d'inégale étendue, l'une au nord et à l'est sur le bassin de la Loire , l'autre à l'ouest et sud sur celui de la Garonne.

De nombreux cours d'eau, dont aucun n'est navigable, arrosent ces deux versants. L'Alagnon, grossi de l'Arcueil, de l'AUanche et de la Sienne, et d'autres rivières secondaires, qui comme lui sont des affluents de l'Allier, appartiennent au bassin de la Loire.

Le versant opposé a pour cours d'eau principaux : la Trueyre, le Goût et la Celle, affluents du Lot; la Cère, la Maronne, l'Auzé, la Sumène et la Rue, tributaires de la Dordogne. La Dordogne ellemême ne pénètre pas dans le département, mais elle le limite au nord-ouest du côté de la Corrèze pendant l'espace de 44 kilomètres environ.

L'Alagnon prend sa source au Puy-du-Griou ; elle passe à Murât, Saint-Mary-le-Gros, Chazalou, Molompize, Massiac, Saint-Victor et entre dans le déparlement de la Haute-Loire pour se jeter dans l'Allier, entre Brioude et Issoire, après un cours d'environ 64 kilomètres; sa trop grande rapidité s'oppose à ce qu'elle soit navigable.

La Trueyre prend sa source dans les montagnes du Gévaudan, non loin du village de Saint-Amans, arrondissement de Monde (Lozère) ; elle entre près de Loubaresse dans le déparlement du Cantal ; elle passe à Chaliers, près de Vedrines, où elle reçoit la Lende ; près de Mallet, où elle reçoit la Dex ; à Sarrus, La Tailhade, Sainte-Marie, Fontanes ; à peu de dislance de cette dernière commune, elle entre dans le département de l'Aveyron pour aller se jeter dans le Lot, au-dessous d'Entraigues, après un cours d'environ 160 kilomètres.

La Cère prend sa source au pied du Puy-Gros, non loin du Plomb du Cantal ; passe à Thiézac, Vie, Polminhac, Yolet, Montagnac, Arpajon, Sansac-Marmesse, Capelle-Viescamps, Saint-Gerous, Saint- Étienne, La Roquebrou et se jette dans la Dordogne, au-dessous de Girac (Lot), après un cours d'environ 100 kilomètres.

La Maronne prend sa source près du village de Récusset, au Puy-Mary ; elle passe à Récusset, Sa- 1ers, Saint-Remy-Saint-Martin, Sainte-Eulalie, Saint- Martin-Cantalès, Saint-Pierre, Monteil, et se jette dans la Dordogne, au-dessous d'.\rgenlal (Corrèze), après un cours d'environ 70 kilomètres.

Toutes ces rivières sont rapides, torrentueuses; leur lit est souvent profondément encaissé; elles tombent de cascades en cascades et roulent bruyamment leurs eaux à travers les roches qui entravent leur lit. La plus remarquable de ces cascades est le saut de la Saule, formé par la rivière de la Rue, dans un site sauvage, à Saint-Thomas, bourg situé à peu de distance de la petite ville de Bort. De toutes parts ■ des monticules d'un gneiss porphyrique montrent des pointes décharnées et des cimes arides. De temps en temps, il s'en détache de grandes écailles, sous les débris desquelles s'ensevelit leur base. Plusieurs d'entre eux portent quelques taillis maigres et des arbres rabougris.

C'est à travers cette multitude de buttes qu'on parvient au saut de la Saule. Resserrées entre les roches, les eaux de la Rue rencontrent dans leur cours un mur de gneiss, long de plusieurs centaines de pas; comme leur encaissement les empêche de s'épandre d'aucun côté ou de tourner le rocher, elles l'ont franchi dans ses parties les plus basses, et, malgré la dureté du roc, elles s'y sont creusé un passage pour faire une chute de 7 à 10 mèlres ; c'est ce qu'on appelle le saut de la Saule. Étranglée dans ce canal élroil, la Rue, naturellement rapide, se précipite avec une telle impétuosité, qu'à plus de cinquante pas avant le saut on sent la brume causée par le choc des eaux contre les pointes saillantes du rocher, et que le fracas de la chute devient étourdissant. Au-dessous de la cataracte, elle s'est creusé un lit très profond, et tourbillonne au milieu des saillies de roche qui l'arrêtent. Plus loin le lit s'élargit; cependant le courant, quoique beaucoup plus libre, continue de tourbillonner très rapidement et de se couvrir d'écume. Dans les grandes crues, une partie des eaux s'écoule par une seconde ouverture plus élevée et plus large que la première ; ce canal suit alors la pente du rocher.

Il n'y a pas de lacs dans le département, mais on trouve quelques amas d'eau au fond des cratères des anciens volcans.

Voies de coiuuiuuleatiou» — Le dépar-

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temenl du Cantal est traversé par 5 routes nationales d'un développement de 376 kilomètres; par 18 routes départementales, 388 kilouitHres; par 21 chemins vicinaux de grande communication, 617 kilomètres; par 80 chemins vicinaux d'intérêt commun, 1,473 kilomètres; enfin par plus de 2,330 chemins vicinaux ordinaires, dont la longueur totale dépasse 4,500 kilomètres.

Les chemins de fer qui le traversent appartiennent au grand réseau d'Orléans. La ligne principale est celle de Figeac à Arvant, ligne transversale unissant la ligne de Paris, Limoges, Toulouse à celle de Paris, Nevers, Clermont, Nimes. Elle pénètre dans le département un peu avant Maurs et dessert les stations de Maurs, Boisset, Le Rouget, La Capelle- Viescamp, Ytrac, .\urillac(661 kilomètres de Paris), Arpajon, Polniinhac, Vic-sur-Cère, Thiézac, Saint- Jacques, Le Lioran, Murât, Neussargues, Ferrières, Molompize et Massiac. Sa traversée dans le département est de 128 kilomètres.

Les autres lignes en construction ou projetées sont (1878) celles : d'Aurillac à Bourges par Montluçon ; d'Aurillac à Bordeaux, par Sarlat et Bergerac; d'Aurillac à Limoges, par Tulle; d'Aubusson à Mural et Saint-Flour.

On évalue la longueur des lignes exploitées à 128 kilomètres et celle des lignes à construire ou projetées à 230 kilomètres.

Climat. — Le département du Cantal appartient à la région climatoriale dite du sud-ouest ou du climat girondin. Il éprouve en quelque sorte trois degrés de température ; l'arrondissement d'Aurillac a le climat le plus doux et le plus humide; l'arrondissement de Mauriac a un climat humide et froid ; il est froid et sec dans les arrondissements de Murât et de Saint-Flour. Dans la partie centrale du département qui appartient aux quatre arrondissements, et qui forme ce que l'on appelle le pays des montagnes, le froid est très vif; la neige y dure pendant six mois, et il y gèle presque dans tous les mois de l'année. Le maximum du froid peut être évalué à — 14 ou — 15 degrés centigrades, et celui de la chaleur à -h 23 ou -|- 24 degrés. Le Cantal est sujet à des ouragans terribles ; ceux qui éclatent en hiver sont redoutables; on les nomme éch'S. Les plus dangereux sont les écirs neigeux, qui ont la violence des trombes, poussent la neige devant eux, comblent les vallées et engloutissent les habitations.

Les vents suivent généralement la direction des vallées. Les Auvergnats appellent le vent d'est veni de nuii le vent nord-ouest traverse, le vent d'est, vent solaire, et le vent nord-est bise.

Profluctlous naturelles. — Le d('partcment du Cantal appartient ù la région naturelle dite du plateau central; il est formé par des terrains primitifs. C'est un pays de montagnes, de plateaux et de profondes vallées ; les montagnes y sont formées par des massifs élevés, coniques, arrondis, et des buttes volcaniques; les laves couvrent les pentes et les plateaux. Au fond des vallées seulement on rencontre un sol argilo-sableux et un peu d'alluvion. Les minéraux que l'on trouve dans le Cantal sont : le cuivre, le fer, l'argile, le plomb, les pyrites, le soufre, l'alun, l'anlimoine, le cristal, la houille, la tourbe, la pierre à chaux, le basalte, le granit, le schiste, le porphyre, l'argile noire, etc.

Parmi ces productions, la houille, la tourbe, le granit et le plomb argentifère sont au premier rang de l'exploitation. Selon les anciens historiens du pays, la Jordanne roulait jadis des paillettes d'or.

Les sources d'eaux minérales sont très nombreuses dans ce département ; les plus fréquentées sont celles de Ghaudesaigues, de Condat, de Marcenat, de Cheylade, de Jaleyrac, de Vie, de Saint-Martin-Valmcroux, de Mandaille, de la Bastide, de Tessières-les-Bouliés, d'Aurillac, d'Absac- Availles, de Sainte-Marie, de Fontanes, etc., etc. Ces eaux sont plus ou moins chaudes, froides, tempérées, alcalines, ferrugineuses, gazeuses, acidulés, etc.

La récolte en froment et en avoine est insuffisante dans le Cantal; les récoltes principales et qui donnent le plus sont : le seigle, le sarrasin, les pommes de terre, et surtout les châtaignes; viennnent ensuite le chanvre et le lin. Les terres labourables sont, en général, très légères, peu profondes et communément pierreuses; les terres fortes, entrés petit nombre, sont en grande partie au centre du département. Le froment est particulièrement cultivé dans la Planèze, entre Murât et Saint-Flour; cette plaine, qui n'a pas plus de 20 kilomètres d'étendue, peut être considérée comme le grenier du Cantal. Dans quelques cantons, et notamment dans celui de Montsalvy, on cultive des légumes secs, tels que pois et lentilles; dans d'autres, on récolte de bons fruits notamment des pommes de

reinette. La culturedela vigne est circonscrite dans quelques communes des arrondissements d'Aurillac et de Saint-Flour; elle donne annuellement une moyenne de 6,000 hectolitres de vins plais, très chargés en couleur et de difficile digestion. Le cidre est la boisson ordinaire des habitants. Sur les montagnes on récolte l'orseille, des plantes médicinales et tinctoriales en grand nombre ; car la flore du Cantal est très riche et offre, à la fois, les plantes des Alpes et celles des Pyrénées. Les prairies et les pacages couvrent plus du tiers de la surface du département, dont ils sont la principale richesse; ils fournissent une nourriture aussi saine qu'abondante aux nombreux bestiaux dont ils sont couverts, qui produisent celte immense quantité de fromages qu'on vend dans tout le Midi sous le nom de fromage d'Auvergne et dont la quantité s'élève annuellement à 50,000 quintaux. Les forêts étaient autrefois plus nombreuses dans le département; les principales sont aujourd'hui celles de Combret, de Sinig, du Lioran, d'Algères, de Marmiesse, de Margeride, deMontvert, de Chalvignac, deTrémouille et de Mauriac; elles fournissent des bois à l'exportation. Les essences principales sont : les conifères, le chêne, le hêtre et le bouleau.

Les animaux domestiques sont de petite taille; on nourrit et l'on engraisse un nombre immense de bestiaux, qui se vendent dans toute la France; ceux de Salers tiennent le premier rang et sont plus vigoureux que ceux du reste du département. On élève aussi des chevaux et des mulets nerveux et durs à la fatigue, mais de petite taille; les ânes sont aussi très multipliés. La race des bêtes à laine est généralement assez belle; il y a des mérinos et des métis ; on compte dans la belle saison beaucoup de troupeaux transhumants, venant des départements voisins. Les porcs et les chèvres sont très nombreux; on élève des abeilles. La volaille abonde dans les basses-cours; on l'engraisse et l'on en fait des salaisons pour l'hiver.

Le département est abondant en gibier et renferme aussi beaucoup d'animaux sauvages, tels que sangliers, loups, renards, fouines et belettes. Les parties élevées du pays servent d'asile à un grand nombre d'oiseaux de proie. Le saumon et la truite abondent dans les rivières, ainsi que l'ombrechcvalier, etc., etc.

Intiustrie agricole, nianufacturièrc et commerciale. — Le département du Cantal

est un pays presque exclusivement agricole ; cependant la rigueur du climat ne permet pas à la culture céréale de prendre un grand développement, et à peine le tiers du sol y est-il mis en culture. Mais ce sont les hautes montagnes couvertes de neige pendant six mois sur douze qui forment la vraie richesse du pays; leurs excellents pâturages nourrissent et engraissent une grande quantité de bestiaux et de troupeaux transhumants, et c'est dans les burons ou chalels qui les couvrent que se fabriquent les fromages connus sous le nom de fromages d'Auvergne. La ferme régionale d'agriculture de Saint-Angeau est consacrée à l'amélioration du bétail et de ses produits, pour la région des montagnes du centre de la France.

La superficie du déparlement se partage en : superficie bâtie et voies de transport, 50,834 hectares; et en territoire agricole, 523,313 hectares. — Ce dernier se subdivise lui-même en : céréales, 99,394 hectares; farineux, 19,636 hectares; cultures potagères et maraîchères, 1,949 hectares, cultures industrielles, 1,433 hectares, prairies artificielles , 12,389 hectares ; fourrages annuels, 835 hectares; jachères et autres cultures, 5,500 hectares; vignes, 400 hectares; bois et forêts, 64,399 hectares; prairies naturelles et vergers, 87,802 hectares ; pâturages et pacages, 140,036 hectares ; terres incultes, 50,000 hectares.

Nous avons dit que les principaux minéraux exploités étaient la houille, le plomb argentifère, l'antimoine et différentes sortes de carrières. L'industrie manufacturière est à peu près nulle et se borne à quelques tanneries, parchemineries, fabriques de colle forte, chaudronneries, boisselleries, papeteries et verreries ; au tissage de quelques étoffes grossières de laine et de quelques toiles de chanvre (21 filatures ou tissages de laine); à la fabrication de dentelles grossières. On exploite des bois pour l'exportation. Un grand nombre d'habitants émigrent annuellement pour aller dans les grandes villes de France, surtout à Paris et même à l'étranger, exercer les métiers les plus pénibles et les plus modestes. Les chevaux, le bétail et les moutons ; les châtaignes, les cuirs, le parchemin et les peaux de chèvre; les fromages, les planches de sapin et le merrain de chêne; les toiles de chanvre et la colle forte sont les grands articles de l'exportation. Le nombre des foires est de 252 ; elles se tiennent dans 61 communes et durent 268 journées. Les principales sont celles d'Aurillac, Saint-Flour, Mauriac, Montsalvy,

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Maurs, Laroqucbrou, Chaudesaigues, etc., etc., elc. Los chevaux, les mulets, les bestiaux, les bêtes à laine, les porcs, les fromages, la cire, les châtaignes, le lin, le chanvre, etc., y sont les principaux objets de commerce.

Division polltlciiie et administrative.

— Le département du Cantal a pour chct-lieu Aurillac; il est divisé en4 arrondissements, 23 cantons, 264 communes; le tableau que nous donnons plus loin les fera connaître. 11 appartient à la région agricole du sud de la France.

Le département forme le diocè-se d'un évùché, dont le siège est à Saint-Flour et qui est suffraganl de l'archevêché de Bourges. Il y a un séminaire diocésain à Saint-Flour, un petit séminaire à Pléaux, une institution ecclésiastique secondaire, dite de la Présentation-de-Sainte-Marie, à Saint- Flour et de nombreux établissements ecclésiastiques dans les principales villes du département. Il compte d'ailleurs 4 cures de première classe, 20 de seconde, 288 succursales et 208 vicariats.

Les tribunaux de première instance d'Aurillac, de Saint-Flour, de Mauriac et de Murât et les tribunaux de commerce d'Aurillac et de Samt-Flour sont du ressort de la cour d'appel dont le siège est à Uiom.

Le département fait partie de l'académie de Clermont. 11 y a des collèges communaux à Aurillac, Saint-Flour et Mauriac, un pensionnat d'instruction secondaire à Murât, une école normale primaire, une école primaire supérieure avec pensionnat à Aurillac et 632 écoles primaires (publiques ou libres).

Le département du Cantal dépend du 13° corps d'armée et de la 13° région de l'armée territoriale, dont le quartier général est à Clermont-Ferrand ; Aurillac est le siège d'une des subdivisions. La compagnie de gendarmerie nationale appartient à la 13° légion, dont le quartier général est à Clermont-Ferrand.

Le département est compris dans l'arrondissement minéralogique de Clermont-Ferrand, faisant partie de la région du Centre; dans la l;j"= inspection des ponts et chaussées, dont le siège est à Lyon, et dans le 28° arrondissement forestier, dont le conservateur réside à Aurillac.

On compte dans le Cantal 43 perceptions des finances ; les contributions et le revenu public atteignent 9,000,000 de francs.

HISTOIRE DU DÉPARTEMENT

C'est de la haute Auvergne qu'a été formé le département du Cantal. Il doit son nom au Plovib du Cantal, montagne volcanique, la plus élevée de la haute Auvergne, et dont les cimes, comme celles des Alpes, sont presque toujours couvertes de neige. Cette montagne, très connue des anciens, s'appelait mons Cellarum, mont des Celtes; elle est, en effet, située dans la Gaule celtique. On croit que la via Celtica de la Table de Peutinger passait près du Plomb. Ce qui est certain, c'est que ce pays, comme toute l'Arvernie dont il faisait partie, était, avant la conquête romaine, habité par l'un des plus anciens, dos plus puissants et des plus célèbres peuples de la Gaule. On connaît les expéditions des Arvernes au delà des Alpes et leurs luttes contre Piome; on sait que, joints aux Allobroges, ils s'opposèrent longtemps au progrès de ses armes conquérantes ; mais enfin, vaincus par César à Alesia, ils se soumirent et restèrent fidèles aux Romains, qui leur laissèrent leurs lois et leurs libertés. Du temps de Pline et de Ptolémée, ils étaient encore peuple libre, liieri. Rome fonda chez eux des colonies et les fit participer aux bienfaits de sa civilisation. Il y a, dans la haute Auvergne, notamment dans le canton de Saignes, de nombreux vestiges du long séjour qu'y firent les Romains. Alors ce pays, déjà converti au christianisme par saint Mamet et saint Mary, faisait partie de la première Aquitaine ; il était gouverné par des présidents et des comtes. Vers l'an 475, les Wisigoths l'envahirent et s'en rendirent maîtres ; mais, en 507, Clovis parvint à les en chasser. Il le donna, en 311, à Thierry, son fils aîné, roi de Metz. Pendant les guerres domestiques des fils de Clovis, l'Auvergne passa de Thierry à son frère Childebert ; mais Thierry ne tarda pas à la reprendre. Après les Francs vinrent, en 303, les Saxons, puis, en 731, les Sarrasins, qui la pillèrent et la ravagèrent. « Des ruisseaux, dans l'arrondissement de Mauriac, dit un historien du Cantal, portent encore leur nom, et la tradition rapporte que les eaux furent teintes du sang de ces barbares. » A peine délivrée des Sarrasins, la haute Auvergne se vit disputée par les armes de Pépin et celles de Vaïffer, duc d'Aquitaine. Pépin s'empara du château de Tournemire (767). De 831 à 923, les Normands parurent cinq fois dans ce pays, d'où le comte d'Auvergne les chassa. Après diverses vicissitudes, cette pro-

vince fut enfin réunie à la couronne en 1213, par Philippe-Auguste.

Cependant, vers 1357, les Anglais portèrent la guerre en Auvergne et s'y emparèrent de plusieurs châteaux ; mais partout les hahitants leur firent la chasse. Chapelain, dans son poème de la Pucelle d'Orléans, a fait le dénombrement des enfants d'Aurillac, de Saint-Flour, de Mural et de Cariai qui prirent part à cette lutte mémorable contre l'étranger.

Après avoir parlé du contingent fourni par la basse Auvergne, il ajoute en assez mauvais vers :

A ceux-ci l'on voit joints deux cents liommes d'élite,

Vieux guerriers qu'au^^périls la Lelle gloire invile,

Nourrissins d'Aurillac, où dans ce siècle encor,

Le fond d'un lac séché brille de veines d'or.

Même nombre leur joint Saint-Flour, montagne nue,

Qui n'a, pour y gravir, qu'une roide avenue.

Même nombre leur joint et Murât et Cariât,

Et tous sont à l'envi désireux du combat.

Cantal, le mont neigeux, cette Alpe de la France,

Pour assister son roi découvre sa puissance.

Et joint seul aux premiers trois fois cent montagnards.

Grands coureurs, grands lutteurs et grands lanceurs de dards.

Après la guerre, Charles VII vint remercier les habitants de la haute Auvergne de leur patriotique assistance. A Aurillac, comme à Saint-Flour, les magistrats lui firent présent de douze tasses d'argent (1437).

A la suite des Anglais vinrent les grandes compagnies. Aimerigot Marcel, dit le roi des pillards, parut dans la haute Auvergne à la tète de l'une de ces bandes. Il s'empara du château de Cariât, qu'il vendit aux Anglais. Cependant, une trêve ayant été conclue entre la France et l'Angleterre, Aimerigot jura, sous peine de la vie, de l'observer. Vain serment : il ne tarda pas à recommencer ses ravages; les habitants effrayés recoururent au roi, qui leur envoya Robert de Déthune, vicomte de Meaux, avec une armée de quatre cents lances et de cent vingt arbalétriers. Aimerigot s'était retranché dans le château de la Roche-Vandeix ; Robert essaya de l'en débusquer. Ne se sentant pas assez fort pour résister, Aimerigot laisse le commandement de la forteresse à Guiot d'Ussel, son oncle, et en sort secrètement pour aller demander du secours aux Anglais. A son retour, il trouve Robert de Réthune maître de la place. Il ne savait où se réfugier ; « en ses plus grandes tribulations, il s'auisa, dit Froisïart, qu'il auuoit en Auuergne vn sien cousin ger-

main, escuyer et gentilhomme, lequel on nommoit lean Tournemine (Froissart écrit Tourneminc pour Tourncmire), et qu'il iroit devers luy : et lui monstreroit toutes ses besongnes : et prendroit conseil de luy. Si comme il deuisa, il fit. Il s'en vint, luy et son page seulement chez ce Tournemine, et entra au chastel. Il cuida trop bien estre arriué pour cause de lignage : mais non fut. Car celuy escuyer, nommé Tournemine, n'estoit pas bien en la grâce du duc de Rerry : mais le hayoll moult fort, et bien le sauoit l'escuyer; dont en esloit plus douteux. Si s'auisa, quand il veit venir en son hostel son cousin Aimerigot, qu'il le prendroit, et retiendroit : ne iamais de là parlir ne le [airroit, et sa prise signifieroit au duc de Rerry : en lui remontrant que, s'il luy vouloit remettre son mal talent, il lui enuoyeroit Aimerigot Marcel, et puis en fist ce qu'il voudroit. Tout ainsi comme il le proposa il fit ; car quand Aimerigot fut venu dedans le chastel de Tournemine à son cousin, et il eut mis son épe lus, et on luy eut baillé chambre pour soi appareiller, et il fut reuestu et mis à point, il demanda aux varlets : — Où est mon cousin Tournemine? car encores ne l'auoit-il point veu. — Il est en sa chambre, répondirent les varlets, venez l'y voir. — Volontiers, répondit Aimerigot... Ceux le menèrent tout droit où Tournemine estoit. Quand il fut venu iusques à luy, Aimerigot le salua, qui nul mal n'y pensoit. Tournemine respondit Comment, Aimerigot, qui vous a mandé et vous a fait venir céans? Vous me voulez bien déshonorer, le vous pren et arresle pour mon prisonnier. Autrement le ne m'acquiteroye pas bien enuers la couronne de France et monseigneur de Rerry, car vous estes faux et traistre, qui auez les treues enfreintes et brisées. Si le vous faut comparoir, et pour la cause de vous monseigneur de Rerry me hait et traite à mort, mais ie ferai ma paix de vous, car ie vous y rendray mort ou vif, ne iamais d'ici ne saudrez. — De ces paroles fut Aimerigot tout esbahy, et respondit : Comment, Tournemine, ie suis voslre cousin ; est-ce tout à certes ce que vous me dites? le faites-vous pour moy essayer? le suis venu ici en grand'fiance, pour vous veoir et remonstrer mes besongnes : et vous me faites si creuse chère et me dites parolles si dures. — le ne sçay (dit Tournemine) que vous voulez dire ne proposer : mais ce que ie vous ai dit ie vous le tiendray... Tournemine ne se voulut souffrir, que des deux iambes, il ne le fist mettre en vus fers tresfort, et

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Vic-les-Bains.

dedans une tour forte et bien fermée, et bonnes gardes sur luy. » Après quoi, il en écrivit au duc de Berry à Paris. « A ceste nouvelle, ajoute le vieux chroniqueur, le duc commença à sousrir, et à dire à ses cheualiers qui estoient près de lui : Aimerigot Marcel est attrapé. Son cousin germain Tournemine (comme il m'escril)le tient en prison. — Monseigneur, respondirent les cheualiers, ce sont bonnes nouuellcs pour le pays d'Auuergne et de Limosin, car en Aimerigot ils ont eu longtemps vn mauuais voisin. Il a tant fait de mal, que si vous voulez il passera parmi le gibet, n'autre pardon ne rançon il ne deuroit avoir... Depuis ne demeura gucres de temps, que le seneschal d'Auuergne, par une commission qu'il eut de monseigneur de Berry, s'en vint au chastel de Tournemine : et là luy fut déluiré Aimerigot Marcel qui fut tout esbahi, quand il se trouua en la compaignie de ses ennemis. Que vous feroie-je long record ? Le seneschal l'emmena en la compaignie de gens

t'RAN'CE ILLUSTRÉE. 154.

d'armes, tout parmi le pays, et passèrent Seine et Marne, au pont de Charenton : et de là ils vindreni au chastel Saint-.\nthoine (la Bastille)... On ne l'y garda gueres longuement, quand il fut rendu et déluiré au preuost du Chastelet de Paris, et amené en Chastelet. Bien et vérité qu'il offroit pour sa rançon soixante mille francs, mais nul n'y vouloit entendre ; on lui respondy que le roy estoit riche assez : et que de son argent il n'en auoit que faire. Depuis qu' Aimerigot Marcel fut rendu au preuost du Qiastelet, on n'en fist pas longuement garde. Il fut iugé à mourir honteusement, comme un traistre à la couronne de France. Si fut mené vn iour en une charrette, en une place qu'on dit aux halles : et là tourné au pilori , plusieurs fois depuis on lisit tous ses forfaits, pour lesquels il receuoit la mort... Il fut là exécuté. On luy trencha la teste: et puis fut écartelé... »

Cet événement mit fin au pillage des Anglais dans la haute Auvergne.

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