‹ La France illustréeChapitre 254 sur 301 · Cant.\l, 2« Liv · texte numérisé non relu

Cant.\l, 2« Liv

Par suite d'un traite passé en 1387 entre le comte d'Armagnac elles trois Etats d'Auvergne, du Velay et du Gôvaudan, à l'effet de chasser les capitaines anglais des places qu'ils occupaient dans le pays, le comte prit possession du château de Cariât. C'est là que Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, engagé dans la ligue du Bien public, soutint, en 1469, contre les troupes de Louis XI, un siège de dix-huit mois. Cependant le roi lui avait déjà fait grâce, et Nemours lui avait juré solennellement fidélité sur la croix deSaint-Lô. Voyant qu'il ne cessait de conspirer, Louis XI ordonna au duc de Beaujeu de l'arrêter dans son château de Cariât. Nemours s'y défendit vigoureusement ; mais, sur la proposition d'un envoyé du duc de Beaujeu, qui lui pvomil,surIa foi et conscience du roi Très Chrétien, qu'il ne lui serait rien fait, il se rendit. Ce n'était qu'un piège. Conduit prisonnier à la forteresse de Pierre-en-Scize, à Lyon, et de là à Paris, à la Bastille, où on l'enferma dans une cage de fer, il fut, contre la foi des traités, et malgré son nom, sa qualité et l'illustration de sa race, déclaré criminel de lèse-majesté et condamné à être décapité.

Au xvi" siècle, la haute Auvergne eut à souffrir des guerres civiles et religieuses. A peine rendue à la tranquillité par l'avènement de Henri IV, elle se vil de nouveau troublée par les déprédations des seigneurs féodaux, que Louis XIV fit châtier pendant les Grands jours tenus en Auvergne en 1665. Depuis ce temps jusqu'à nos jours, ce pays n'a pas cessé de jouir du repos ; mais il n'a pu encore se refaire de la perle de ses forêts, qui couvraient alors ses montagnes ; elles avaient disparu, et les vents boréens ne trouvant aucune résistance portèrent leur souffle glacé dans celle contrée et la dépeuplèrent. Aussi n'est-elle plus habitée qu'à de grandes dislances. « Si, à quelques égards, dit M. Bouillet, la haute Auvergne est dépourvue de richesses dont jouissent d'autres contrées, l'œil, cependant, y est rarement attristé par le spectacle de la misère. L'émigration, que chez des peuples voisins la nécessité commande impérieusement et rend souvent perpétuelle, se renouvelle ici tous les ans. Une partie des habitants va porter dans d'autres départements et même à l'étranger son travail et son industrie, et les bénéfices obtenus par ces déplacements assurent l'existence de nombreuses familles et sont souvent l'origine de grandes fortunes. Ces émigrations offrent encore d'autres avantages aux individus qui s'y livrent ; leur fréquentation

avec les peuples d'autres provinces, avec les habitants des villes surtout, a pour effet d'adoucir leurs mœurs et de développer leur intelligence naturelle; mais peut-être aussi, il faut bien le dire, quelques-uns d'entre eux rapportent dans leur village des vices qui y étaient ignorés. » — A quelle époque commença dans la haute Auvergne ce système d'émigration? C'est ce qu'il est impossible de déterminer. «Peut-être, dit M. de Laforce, date-t-il des premiers temps où les montagnes furent habitées. On ne saurait douter qu'il ne remonte à une époque fort reculée, puisqu'on voit dans l'histoire que les Arvernes étaient dans l'habitude d'aller faire le commerce en Espagne, où ils se rendaient par troupes et sans chefs. Quoi qu'il en soit, le climat et le besoin en furent certainement la première cause déterminante. Le froid rigoureux qui règne dans ces hautes contrées y suspendait, comme aujourd'hui, toute occupation pendant plus de la moitié de l'année ; leur sol, peu susceptible de culture et, d'ailleurs, couvert dans l'origine d'immenses forêts, était loin de pouvoir fournir l'alimentation nécessaire à ses habitants ; ils durent le quitter pour aller chercher sous un ciel plus doux du travail et du pain. Ces premiers émigrants, simples et laborieux, se chargèrent des travaux les plus pénibles et se contentèrent des salaires les plus modestes. Partis après les semailles d'automne, ils ne manquaient jamais de revenir au printemps pour porter à leurs familles le fruit de leur industrie et partager leurs occupations agricoles. Mais bientôt les communications extérieures et les voyages agrandirent le cercle de leurs idées; d'ouvriers ils devinrent commerçants, et les fers, les cuivres, les indiennes, les quincailleries devinrent pour eux l'objet d'un négoce. Dès lors il recherchèrent les grands centres de population ; les uns se dirigèrent vers Paris et Bordeaux, et les autres vers la Normandie, la Flandre, la Picardie, la Belgique, la Hollande et la Suisse ; quelques-uns passèrent en Espagne et y fondèrent des établissements qui ne tardèrent pas à prendre un développement considérable.

» Quatre cents Auvergnats des arrondissements d'Aurillac et de Mauriac formèrent deux sociétés, dont les principaux entrepôts étaient établis dans les deux villes de Chinchon et Naval- Caméras, et qui en avaient de secondaires dans les autres villes d'Espagne. Ces sociétés furent d'abord composées de compatriotes, et ensuite exclusivement de fils et de

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gendres de sociétaires qui, pour y être admis, devaient faire une première mise de fonds de quatre mille francs. Elles reconnaissaient quatre chefs, qui n'étaient que les premiers parmi des égaux, mais qui commandaient et étaient, à cause de leur âge et de leur expérience, chargés des achats et de la correspondance. D'après leurs statuts, chaque associé, à tour de rôle, devait passer deux ans en Espagne et deux ans en France ; mais il était tenu de fournir une première campagne de sept ans. L'époque du départ avait été successivement fixée d'abord en novembre, puis en septembre ; celle do la rentrée en mars.

» Ces compagnies avaient conquis un crédit immense par leur exactitude à tenir leurs engagements et faisaient des affaires avec toute l'Europe. Elles étaient en pleine prospérité, lorsque les révolutions d'Espagne vinrent tout à coup les anéantir. A cette époque de triste mémoire, leurs magasins furent pillés et leurs associés dispersés ou massacrés ; elles ne se sont plus reformées depuis.

» Les émigrants du Cantal ne s'associent plus aujourd'hui avec cet ensemble et cette intelligence ; presque tous même n'opèrent qu'isolément dans les genres d'industrie oii les portent leurs instincts.

» Il est presque impossible de donner le chiffre exact de cette population voyageuse, parce qu'il est essentiellement variable et va toujours croissant. Il est probable qu'il s'élève en ce moment à dix mille individus au moins, dont neuf mille cinq cents émigrants à l'intérieur et cinq cents hors de France. Les premiers partent isolément ou par petits groupes et en se faisant suivre d'apprentis, qui n'obtiennent de rétribution qu'après trois ou quatre années de travail gratuit ; les seconds partent par troupes à l'étranger et surtout en Espagne, où ils exercent toutes sortes de professions. »

On compte qu'il sort, année moyenne, de l'arrondissement d'Âurillac environ deux mille trois cents porteurs d'eau, commissionnaires, savetiers, chaudronniers, fondeurs d'étain, portefaix, marchands de parapluies, de bestiaux et de fromage, etc.; de celui de Saint-Flour, deux mille sept cents scieurs de long, pionniers, maçons, merciers, colporteurs, bergers, portefaix, commissionnaires, chaudronniers, ferblantiers, lanterniers et porteurs d'eau ; de celui de Mauriac, deux mille marchands de parapluies, cordonniers, boissellers, terrassiers, quincailliers, merciers et chaudron-

niers ; de celui de Murât, enfin, trois mille commissionnaires, porteurs d'eau, marchands de parapluies, colporteurs, merciers, chaudronniers et fondeurs d'étain. Ces émigrants réalisent à peu près un million quatre cent quarante-trois mille francs de bénéfices ; mais, si quelques-uns gagnent honnêtement une somme de trois cents francs en sept mois d'absence, beaucoup rapportent des sommes assez considérables, mais trop souvent mal acquises. Tels sont ces industriels sortis des environs de Massiac, de Marcenat, de Sainl-Flour, de Mauriac et d'Allanche, et signalés, sous le nom de leveurs, comme le fléau du commerce.

HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES, BOURGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES.

AuRiLLAc(lat.44"rJo41", long. 0°0'2-2"E.). — Aurillac, Aureîiacum,Av.riliacuvi, Orillac, Orilhac, Orlhac, suivant d'anciens titres, situé à 534 kilomètres au sud-sud-est de Paris, sur la rive droite de la Jordanne et à l'extrémité d'une vallée pittoresque, aujourd'hui chef-lieu du département, d'un arrondissement et de deux cantons, avec tribunaux de 1'° instance et de commerce, collège communal, société d'agriculture, etc., était autrefois l'une des six bonnes villes de la haute Auvergne, siège du bailliage des montagnes, chef-lieu d'élection, présidial, dépendait du diocèse de Saint-Flour et du parlement de Paris, avait brigade de maréchaussée, abbaye, couvents, etc. Sa population est de 11,2H habitants.

En creusant dans les faubourgs de la ville et sur la rive droite de la Jordanne, on a découvert, à différentes époques, des objets d'antiquité, un ustrinum gaulois (lieu oîi l'on brûlait les morts), des vases, une statue grossière d'Hercule, des armes, des tombeaux, des médailles des premiers Césars; d'où l'opinion de quelques savants sur la fondation de cette ville par les Antonins, qui régnaient à Rome dans le u° siècle de l'ère chrétienne. Mais si flatteuse que soit celte origine pour l'amour-propre des habitants d'Aurillac, ce n'est là malheureusement qu'une assertion que ni l'histoire ni la tradition ne justifient. A la vérité, il est fait mention, dans quelques historiens, d'un lieu appelé Conros, situé dans le territoire d'Aurillac et où Clolaire se retira pour éviter la bataille que lui offraient Childebert et Théodebert; mais on ne dit pas que la ville existât alors, mais seulement qu'il y avait un

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territoire qui portait ce nom. Quoi qu'il en soit, elle était déjà de quelque importance au ix° siècle, puisque saint Odon, deuxième abbé de Cluny et natif d'Aurillac, assure qu'il y avait dès ce temps cinq églises. Vers l'an 892, l'ermite Géraud, de la maison de Poitiers et que le pape Clément VII fait descendre du grand Constantin, fonda à Aurillac une abbaye de l'ordre de Saint-Benoît. Il fit venir des moines de Vabres et les dota de grands biens et de beaux privilèges. Après la mort du saint fondateur, cette abbaye devint célèbre à cause des miracles que ses reliques y opéraient. On y établit une école d'où sont sortis plusieurs savants, entre autres Gerbert, qui devint pape sous le nom de Sylvestre II en 999. A la fin du xi" siècle, l'abbaye d'Aurillac, consacrée en 1095 par le pape Urbain II et visitée plus tard parle pape Calixtell, était l'une des plus riches du royaume. On estime qu'elle avait dans ce temps environ quatre-vingt mille francs de revenu, qui s'accrurent par les dotations de la comtesse de Montferrand et autres. Aldegard, cousin de saint Géraud, en fut le premier abbé. Plus tard, ses successeurs s'arrogèrent le titre de comtes d'Aurillac. Relevant immédiatement du saint-siège, ils avaient la haute justice sur la ville et sur les faubourgs. Vers le milieu du xvi° siècle, le désordre et l'indiscipline qui régnaient dans le monastère étaient tels que le parlement de Paris, en 1555, ordonna une enquête. Plus de quatre-vingts témoins furent entendus et révélèrent des faits plus ou moins scandaleux; en 1561, l'abbaye fut sécularisée par une bulle du pape Pie IV.

Aurillac était ceint de fortes murailles et protégé par un château fort, dit de Saint-Étienne, ancienne résidence des premiers abbés du monastère. On dit même que saint Géraud y soutint un siège contre Aladelme, seigneur limousin. A la fin du xm" siècle, Aurillac, après une longue lutte contre les abbés et la prise du château de Saint-Étienne par ses habitants, obtint une charte d'affranchissement. Des magistrats, élus par les habitants, gouvernèrent la ville sous le nom de consuls. Ils eurent pour successeurs des officiers royaux. Déjà siège d'un bailliage, Aurillac était une des trois prévôtés, créées en 1319 par Philippe le Long.

Pendant les guerres du xiv= et du xv« siècle, Aurillac soutint plusieurs sièges contre les Anglais. Plus tard, il eut à souffrir des guerres civiles et religieuses. Huit fois pris et repris par les protestants et les catholiiiues, il vit, notamment en 1569, ses

églises et ses couvents pillés et saccagés. Néanmoins, il a conservé le litre de première ville de la haute Auvergne, primauté qui lui fut longtemps disputée par la ville de Saint-Flour. Bâtie au pied et sur la pente d'une colline, sur la rive droite de la Jordanne, qui remonte jusqu'aux sommets du Cantal, avec ses maisons à tuiles rouges, ses églises et ses édifices en toits d'ardoise, elle est d'un aspect agréable. On y arrive de la route de Saint- Flour par une belle allée de peupliers, qui sert de promenade, et après avoir passé la Jordanne sur un beau pont en pierre de trois arches. Ses rues sont mal percées, mais larges. De petits ruisseaux, dérivant de deux sources très abondontes et des eaux de la Jordanne, y entretiennent la fraîcheur et la propreté. II y a un grand réservoir en haut de la ville, et un canal formé des eaux de la Jordanne traverse les rues basses, après avoir fait mouvoir plusieurs usines; entre la ville et la rivière s'étend le cours Monthyon ou le Gravier charmante promenade plantée de quatre rangées d'arbres, et sur laquelle s'élèvent la statue du pape Sylvestre 11, œuvre de David d'Angers, et celle du général Delzons. Aux abords de la ville sont d'agréables avenues, formées par les routes de Rodez, de Clermont, de Saint-Flour et de Tulle et parsemées de jolies habitations avec jardins et vergers. Resserrée en cet endroit, la vallée de la Jordanne s'élargit considérablement au midi ; la vue, quoique bornée, se plaît à parcourir les environs de la ville et à suivre le cours tortueux de la Jordanne jusqu'à son confluent avec la Gère.

Avant la Révolution, Aurillac possédait encore plusieurs anciens édifices. De l'abbaye de Saint- Géraud il ne reste plus que l'église, qui, malgré les ravages du temps et de la guerre, a conservé quelque chose de son ancienne splendeur ; elle forme un croix grecque régulière, mais elle est surchargée d'ornements de mauvais goût. Il y avait à Aurillac une collégiale, un couvent de cordeliers, où saint Antoine de Padoue vint enseigner la théologie ; un couvent de carmes, dont l'église était très belle; une abbaye de filles de Saint-Jean-du- Buis ou de Sainte-Croix, qui fut pillée par les huguenots; et enfin un couvent de religieuses de Notre-Dame, sur les ruines duquel est construite la salle de spectacle. Sur la coUine du roc Castanet s'élevait le château de Saint-Étienne, qui dominait la ville. Il n'en reste qu'une grosse tour carrée, les autres constructions étant plus mo-

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dernes. De ces ruines la vue s'étend sur la vallée de la Jordanne, au delà de laquelle se dressent les cimes neigeuses du Cantal.

Aujourd'hui, l'ancienne église des cordeliers sert d'église paroissiale, sous le vocable de Nolre-Damedes-Neiges. C'est un grand et bel édifice, dont la construction remonte au xui" siècle • la voûte en est hardie et sans piliers. Aurillac possède, en outre, une ancienne chapelle dite d'Aureinques, dans le faubourg de ce nom ; un Palais de justice, sur le champ de foire, un petit Hôtel de préfecture, sur le cours Monthyon ; un Ilùtel de ville, dont la façade est ornée des bustes de douze de nos principaux écrivains; une Halle au blé, près de l'église du chapitre ; un haras, un marché aux chevaux, un hippodrome, un hôpital, une bibliothèque publique, riche de 6,000 volumes; un Musée de tableaux et d'antiquités gauloises et romanes, une collection minéralogique et un pensionnat tenu dans l'ancien château. Mais le plus grand des édifices d'Aurillac est le collège, formé de quatre corps de logis et d'un grand et beau pavillon. Sa fondation remonte à 1619; d'abord confié aux jésuites, puis cà des prêtres séculiers, il jouit d'une certaine réputation. Un nouveau lycée est en construction.

Aurillac est la principale station du chemin de fer de Figeac à Arvant, qui unit transversalement les deux grandes lignes de Paris à Bordeaux et de Paris à Nimes ; elle est destinée à être le nœud central des chemins de fer du département; au point de vue commercial, c'est une ville d'entrepôt. Ses chaudrons et ses ustensiles de cuivre rouge et jaune sont très estimés ; il s'y fabrique des croix, des colliers pour femmes, des tasses d'argent qui ont un grand débit, des dentelles et des blondes en réputation ; il y a imprimeries, papeteries, martinets, tanneries, tuileries, chautîours, moulins, brasseries, etc., et il s'y vend quantité de chevaux, mules et bestiaux pour les départements du midi et l'Espagne. Commerce de fromages dits du Cantal.

Aurillac, qui, selon les religieux de Saint-.Maur, a été au x° siècle le berceau du renouvellement des lettres, a vu naître un grand nombre d'hommes célèbres en tout genre, parmi lesquels saint Géraud, comte et baron d'Aurillac; saint Odon, abbé de Cluny, et le pape Sylvestre H (Gerbert). On sait qu'il fut le précepteur de l'empereur Othon HI et du roi Robert. Nommé archevêque de Reims, puis de Ravenne, il fut élevé au souverain pontificat en 999. « Ses talents, dit l'abbé de La Porte, éton-

nèrent tellement ses contemporains que plusieurs l'accusèrent d'être sorcier. Le cardinal Rennon assura qu'il n'était parvenu à la papauté que par les moyens que le diable lui avait indiqués. Il composa quelques faibles éléments de mathématiques et inventa le premier le mécanisme d'une horloge à roue. Toutes ces découvertes furent encore attribuées au diable ; tel a été le sort des premiers progrès de la science. Dans les temps et dans les pays où l'ignorance aveugle tous les esprits, ajoute le judicieux abbé, on a toujours tort de se montrer savant. » Aurillac est encore la patrie du cardinal Pierre Bertrand, de Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris ; de Jean de Rochelaillade, cardinal et patriarche latin de Constantinople ; du maréchal de Noaiiles, dont l'hôtel se voit encore dans la rue de Noailles; du cardinal de Noaiiles, son frère, archevêque de Paris ; du poète François Meynard, secrétaire de la reine Marguerite, et qui, sur la fin de ses jours, lassé du métier de courtisan, se mit à chanter le néant des grandeurs humaines :

Toutes les pompeuses maisons Des princes les plus adorables Ne sont que de belles prisons Pleines d'illustres misérables.

C'est le même qui, abandonnant Paris pour retourner dans sa province, s'écriait :

Adieu, Paris, adieu pour la dernière fois! Je suis las d'encenser l'autel de la Fortune Et brûle de revoir mes rochers et mes bois, Où tout me satisfait et rien ne m'importune.

Un souvenir moins poétique, c'est celui du conventionnel Carrier, le terrible proconsul de Nantes ; de J.-B. Coffinhal, vice-président du tribunal révolutionnaire, également nés à Aurillac.

Les armes d'Aurillac sont : de gueules, à trois coquilles d'argent, au cJiefd'aztir, chargé de trois fleurs de lis d'or.

Sur le bord du chemin d'Aurillac à Saint-Constant, on voit un de ces amas de pierres dont l'existence remonte à une haute antiquité ; celui-ci porte le nom de Peyral de Martori. Autrefois, chaque passant en augmentait le volume en y jetant une pierre. Aujourd'hui, dit-on dans le pays, cette distraction est réservée aux maris dont les femmes sont, à tort ou à raison, accusées d'infidélité.

Arpajo.n. — Arpajon-du-Cantal ou Le Pajou {Areo-

pagus) est une commune du canton d'Aurillac, peuplée de 2,228 habitants et située à 7 kilomètres au sud de cette ville, dans une plaine fertile où se réunissent la Gère et la Jordanne et que traverse la route nationale d'Aurillac à Rodez, à laquelle viennent se joindre, au pont d'Arpajon, les routes départementales du Murde-Barrez et dePierrefort. Anciennement viguerie, Arpajon possédait dans son église un tombeau en marbre blanc avec l'inscription : Constantiims nobilis. Ce tombeau l'ut brisé à la fin du xvn" siècle.

Arpajon a longtemps eu ses seigneurs particuliers ; ils avaient pour armes : de gueules, à la harpe d'or. Le dernier d'entre eux, Louis, marquis d'Arpajon, lieutenant général des armées du roi, imposa, en 1720, ce nom d'Arpajon à la commune de Chàlres-sous-Montlhéry (Seine-ct-Oise).

Aujourd'hui, Arpajon du Cantal est une commune industrieuse, qui possède des usines, des forges, des tanneries ; on y voit une belle pépinière départementale. Station de la ligne de fer de Clermont à Aurillac.

Aux environs, jolies maisons de campagne et villages pittoresquement situés sur la rive droite de la Gère ; ruines de l'antique château de Conros connu sous la première race des rois francs. Ce château appartenait à l'ancienne et illustre famille d'Astorg, issue des barons d'Aurillac.

L.\ROQUEviEiLLE. — LaroqucvieiUe, commune située dans un charmant vallon, à 15 kilomètres au nordest d'Aurillac, et peuplée de 1,034 habitants, était anciennement un riche prieuré dépendant de l'abbaye d'Aurillac. Bertrand et Jean de Tournemire ou Tournemine, suivant Froissard, étaient seigneurs de Laroquevieille en 1357, et Pierre en 1493. Dans la suite, cette terre passa à la famille de Caissac. L'église de Laroquevieille date du xni° siècle. De son vieux manoir taillé dans le roc, il ne reste plus que des ruines ; celui qu'on y remarque est moderne. Il y avait plusieurs châteaux dans les environs, tels que ceux de Glnalhac et de Réqulrand, et la petite tour de Vercueire.X Tidernac, village voisin, on remarque un souterrain taillé dans le roc. — Arrosé et fertilisé par la rivière d'Authre, le territoire de Laroquevieille produit assez de grains et les fourrages y sont abondants et de bonne qualité.

Il y a de nombreuses vacheries dans les montaRnes.

Tournemire. — Tournemire est dans le canton de Saint-Cernin, sur la petite rivière de la Doire et à 23 kilomètres au nord d'Aurillac. Cette commune , qui compte 638 habitants, a été le siège d'une des plus anciennes baronnies de l'Auvergne.

Dès l'année 767, il est question de son château, qui fut assiégé et pris par Pépin sur Waifer, duc d'Aquitaine. En 1103, un Jacques de Tournemire prenait part à la croisade. En 1258, Marguerite de Tournemire épousait Armand de Dienne, etc., etc. Mais de tous ses seigneurs le plus connu est Aimerigot de Tournemire, partisan anglais, qui ravagea longtemps le pays, fut arrêté en 1390 par son cousin Jean de Tournemire qui le livra au roi de France. Celui-ci le fit décapiter aux Halles et écarteler. 11 ne reste plus rien de l'ancien château de Tournemire; mais celui d'Anjony, situé sur un rocher très escarpé, est très bien conservé; il se compose de quatre tours réunies par des bâtiments d'habitation. Dans l'un d'eux, on voit encore l'ancien ameublement du xvi" siècle en bon état; la chapelle conserve quelques traces de fresques très anciennes. L'église paroissiale de Tournemire est ancienne ; le chœur est orné de peintures à fresque et on y voit de belles sculptures sur bois.

MoNTSALVv. — Montsalvy {Monte Salvio, Mons Sahms] est une petite ville située à 30 kilomètres au sud d'Aurillac et peuplée de 1,022 habitants. C'est un chef-lieu de canton; la ville est bâtie sur un plateau élevé et dominée au nord-est et au sudest par deux montagnes, sur l'une desquelles sont les ruines du château de Mandulphe, ayant appartenu à l'ancienne maison d'Armagnac, et qui fut rasé par Louis XI; l'autre de ces montagnes, appelée le Puy-de-1'Arbre, a servi aux opérations de Méchain et Delambre pour tracer le lever du quart du méridien, base de notre système métrique. De ce point élevé l'œil découvre le clocher de Rodez, les côtes de Figeac et une partie de la chaîne du Cantal.

11 y avait autrefois à Montsalvy une abbaye de l'ordre de Saint-Augustin, de la réforme de Sainte- Geneviève. Cette abbaye fut fondée en 1073 par Bérenger, vicomte de Cariât ; le chapitre était composé d'un prévôt nommé par le roi, de trois officiers et de six chanoines. Il en reste encore l'église, qui est d'une belle architecture. Outre ce monument historique, Montsalvy possède une jolie fontaine et un hôtel de ville remarquable.

Productions : seigle, blé noir, avoine, chanvre,

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fruits, vins, légumes, châtaignes, etc. — Commerce de toiles grises très estimées ; elles se fabriquent dans la ville et y occupent la majeure partie de la population. — Montsalvy est surtout renommé pour ses petits pois, qui conservent la couleur verte et leur goût délicat sans s'altérer. Un très petit coin de terre est seul propre à cette production, et, en outre, il y a une manière de les recueillir.

Près de la ville, on remarque le Mur du Diable, qui a été construit de blocs énormes, et une chapelle appelée le Reclus, que l'on dit avoir été bâtie pour y renfermer un religieux insoumis.

Les armes de Montsalvy sont : d'argent an tourteau de salle, à la bordure de gueules.

Vic-SL'R-CÈnE. — Vic-sur-Cère est une jolie petite ville, sur les rives de l'Iraliot, affluent de la Gère, située dans un vallon fertile, à 20 kilomètres au nord-est d'Aurillac, et peuplée de 1,733 habitants; station du chemin de fer d'Aurillac à Murât.

Au moyen âge. Vie était le chef-lieu du Carladès et le siège de l'un des plus anciens bailliages d'Auvergne. Henri, comte de Rodez, possédait le château deVicen 1219; il le transmit à Guibert, son fils puîné. Pendant les guerres nationales des xiV et xv" siècles, Vie fut pillé par les Anglais, et plus tard, dans les guerres religieuses, pris par les calvinistes. — Il y avait à Vie un couvent de bénédictines.

Bâti au pied d'un roc, sur lequel se dressent les ruines du Castel-Vieil, au sein d'une campagne fertile en grains et en fruits. Vie est aujourd'hui cheflieu de canton. Ses eaux minérales, exploitées par un établissement situé à 1,200 mètres de la ville, sont très estimées. Les Romains les ont connues, puisqu'en IGGO on y trouva des vestiges de constructions et plusieurs médailles à l'effigie des Gésars. « Ces sources, dit M. Douillet, restèrent longtemps oubliées. Dans le pays on croit qu'elles étaient connues des premiers habitants de l'Auvergne ; on tire cette induction du mot vick, qui signifie en langue celtique minérale. D'après une tradition populaire, la seconde découverte est généralement attribuée à ce qu'une vache, qui descendait assidûment la montagne, léchait et grattait la terre à la naissance de l'une des sources; le berger, ayant goûté cette eau, la trouva salée. » Les eaux de Vie bicarbonatées, ferrugineuses, gazeuses, sont agréables à boire mêlées avec le vin. On les emploie dans les douleurs de tète, les palpitations de cœur, les constipations opiniâtres. Chaque année, de la mi-juin à la mi-

septembre , elles sont fréquentées par un certain nombre d'étrangers.

Vie possède une église assez remarquaJjlc. On y compte sept chapelles. Sur les corniches et la façade on voitsculptées des figures humainesgrimaraules, des tètes de bœuf, des oiseaux, etc.

Vie est la patrie de Pierre d'Auvergne, dit le Monge ou le moine, ou le troubadour de Montaudon, qui vivait au xm" siècle.

Il y avait dans les environs plusieurs châteaux, entre autres celui de Muret, qui fut détruit en 1574. Aujourd'hui le Rocher de Muret, qui a près de 230 mètres, est une des curiosités du pays et un but de promenade pour la société de Vie. Sur ce rocher se fait remarquer un fort beau tilleul de forme arrondie. Au voyageur qui s'assied sous son ombrage, on raconte l'aventure du pauvre Loup, qui a coûté la vie au dernier châtelain de la noble et ancienne maison de Tournemire, à laquelle a toujours appartenu le château et la châtellenie de Muret. Voici cette aventure : Un sergent appelé Loup étant allé signifier un mandement de justice à M. de Tournemire, ce dernier, peu affable, lui fit couper le poing en lui disant que jamais loup n'était entré dans son château sans y laisser sa patte. Le juge d'appeaux du Carladès le fit poursuivre pour ce crime, et il fut condamné à mort et exécuté.

Nulle part on ne saurait voir une végétation plus riche et plus variée, ni de plus beaux sites, ni des eaux plus vives, plus limpides que dans la vallée de Vic-sur-Cère. Des châteaux bien situés, tel est celui de ConiMat, qui a eu ses seigneurs particuliers, que l'on rencontre avant d'arriver à Vie, en venant d'Aurillac ; une grande quantité de belles maisons, de nombreux hameaux, des moulins en continuel mouvement, de magnifiques vergers peuplés d'arbres frais et vigoureux, de superbes prairies, des bestiaux des races les plus belles, une population active, laborieuse; tout cet ensemble forme le tableau le plus ravissant du monde.

Les armes de Vie sont : d'or, à la fasce vivrée d'azur, chargée d'une fleur de lis d'or.

PouuNHAG. — Polminhac, à 13 kilomètres à l'est d'Aurillac et dans le canton de Vic-sur-Cère, station du chemin de fer d'Aurillac à Murât, est un bourg de 1,400 habitants, qui tire un certain revenu de ses belles prairies qu'arrose la Gère, des fruits de ses vergers et de la coupe de ses bois. Sur son territoire sont les anciens châteaux de Pesteil et de

Polminhac. Ce dernier appartenait en 1219 à Henri, premier comte de Uodez, mari d'Algayette d'Escorailies, réputée pour sa piété éclairée. En 1409, ce château fut pris par les d'Armagnac; il a appartenu également à la famille de Blanchefort, d'où sortit Gui, grand maître de Malte en 1312.

Le château de Pesteil s'élève sur un rocher escarpé; son donjon, qui n'a pas moins de six étages, a 30 mètres de hauteur; il est bien conservé et couronné par des mâchicoulis en bon état.

Thiézac. — Thiézac, sur la Gère, à 26 kilomètres au nord-ostd'Aurillac et dans le canton de Vie, est une des stations de la hgne d'Aurillac à Murât; sa population est de 1,820 habitants.

G'est sur le territoire de cette commune, et audessous du hameau de Veours, que se trouve la belle cascade du Pas de la Cère, formée par la rivière qui coule entre deux murs de rochers qui n'ont pas moins de 140 mètres de hauteur. A partir de ce point, la rivière de la Cère saute bruyamment de rocher en rocher et forme de nombreuses cataractes qui attirent continuellement l'attention du voyageur.

L'église de Thiézac est bien décorée; c'était autrefois un prieuré. Dans une chapelle qui domine la commune, on voit de belles fresques. A quelque distance, on remarque les ruines du château de Recoules, qui a donné son nom à une famille aujourd'hui éteinte, ainsi que celles du château de Muret y dont nous avons déjà parlé à propos de Vicsur-Cère, et qui couronne un roc presque inaccessible. Ce château appartenait en 12G0 à Roger de Muret; il passa ensuite à la famille de Tourncmire sur laquelle il fut confisqué et réuni à Cariât. La famille de Recoules le possédait en 13G9; en 1409, les habitants de la ville de Murât, sous les ordres de Richard, bailli des montagnes, le prirent sur Renaud II, vicomte de Murât.

Les châteaux de Lasalle et de Carbonnières sont également sur le territoire de Thiézac. Thiézac est la patrie du docteur Civiale, inventeur de la lithotrilie.

Saint-Jacques-des-Blats. — Le Lioran. — Saint- Jacques-des-Blats est à 13 kilomètres au nord est de Vie et à 33 kilomètres d'Aurillac; c'est une commune de 911 habitants, station du chemin de fer d'Aurillac à Mu."at, et dont la principale industrie est la fabrication de ces fromages de chèvre

appelés cabrecoiits dans le pays. Il est situé sur la rive droite de la Cère et au pied du Lioran ou Puy-de-Massahiau ; cette montagne liante de 1,420 mètres, est séparée du Plomb du Cantal par le col de Sagnes : elle est de forme conique et couverte de belles forêts de sapins et de pâturages. La route d'Aurillac à Murât et à Saint-Flour la traverse à l'aide d'un souterrain appelé la Percée du Lioran, de 1,412 mètres, tandis qu'un tunnel de 1,956 mètres, pratiqué à peu de distance au-dessus, donne passage au chemin de fer d'Aurillac à Murât.

La Cère et l'Alagnon prennent leur source aux revers opposés de la montagne du Lioran.

Carlat. — Cariât, ( Cartilalum castrum), commune de 913 habitants, située à 20 kilomètres à l'est d'Aurillac, dans le canton de Vic-sur-Cère, et sur une petite montagne, était jadis vigueric, siège d'une commanderie de Malte affectée aux chevaliers de justice ; Carlat possédait un château, l'un des plus anciens de France et la plus forte place de l'Aquitaine. Il dominait le Carladès, petit pays qui, quoique enclavé dans l'Auvergne, avait ses droits et ses privilèges particuliers. Possédé sous les Romains par la famille prétorienne de Ferréol, cheflieu d'un comté sous Charlemagne, Carlat fut plus tard divisé en deux vicomtes. Les comtes de Rodez le possédèrent jusqu'en 1296. Il passa successivement à la maison de Pons, à Jean, duc de Berry, et aux comtes d'Armagnac, qui en furent dépouillés par Louis XI, en faveur du sénéchal de Normandie. Après diverses successions, la terre de Carlat revint à la couronne.

Bâti sur un rocher élevé et escarpé de trois côtés, ne communiquant avec les campagnes que par un sentier en zigzag pratiqué dans le basalte, le château a soutenu plusieurs sièges, mais il n'a jamais été pris que par composition. Il y avait un capitaine avec une garnison qui servait à défendre cette place et à mettre à exécution les sentences émanées du du juge d'appeaux des vicomtes de Carlat et de Murat. C'est dans ce château que Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, fut arrêté par ordre de Louis XL C'est là encore que, chassée d'Agen pour sa mauvaise conduite, vint se réfugier Marguerite de Valois, première femme de Henri IV ; elle y arriva dans le plus grand désordre. Bientôt lasse de cette prison, elle fit, dit-on, empoisonner le gouverneur et envoya en Gascogne le frère d'un de ses amants, avec charge de lever des troupes et de venir en force

CANTAL

Cascade du Pas de la Gère.

chasser et remplacer la garnison de Cariât. Ce dernier projet ne fut point mis à exécution ; mais les scandaleuses amours de Marguerite ayant soulevé contre elle les habilanls, elle se sauva en grande hâte et se réfugia au château d'Ybois, dans la basse Auvergne, et de là à celui d'Usson où elle vécut dans la retraite pendant vingt ans.

Henri IV fit raser le château de Cariât, à cause des vexations odieuses qu'exerçaient dans le pays les gentilshommes qui occupaient celle forteresse. On commença par la grande muraille ; elle fut sapée et renversée en 1604, au bout de quatre mois ; puis on abattit la tour Noire, l'église et le

Margot, qui était une place d'armes flanquée de tours. On voit, en entrant dans l'église de Cariât, édifice du xvi^ siècle, une inscription écrite sur bois, dans le style et en caractères de l'époque, qui rappelle cette démolition.

Le territoire de la commune produit du seigle, du sarrasin et des châtaignes. 11 se fait dans cette localité un commerce de bestiaux.

Aux environs se trouve la charmante vallée de Raulhac, remarquable par sa belle végétation, et les ruines de plusieurs châteaux.

Les armes de Cariât sont: de gueules, au lion d'or, et parfois dargenl.

3». — Gantai. 3« Liv.

Maurs. — Maurs est une ancienne petite ville située dans un bassin fertile, à 40 kilomètres au sud-ouest d'Aurillac, et peuplée de 3,046 liabitants.

Jadis siège de l'une des quatre prévôtés de la haute Auvergne, qui avait, avec Aurillac, Chaudesaigues, Salers et Saint-Flour, le droit d'envoyer des députés aux états de la province, cette ville était fortifiée et possédait une abbaye de bénédictins. 11 est fait mention de cette abbaye dans une bulle du pape Urbain II en- 1096. Au xvi<= siècle, elle fut prise et pillée par les huguenots et ravagée par la peste.

Aujourd'hui chef-lieu de canton, Maurs possède une église de xv" siècle, sur une belle place ornée d'une fontaine jaillissante.

Commerce de blé, de fruits, de châtaignes et de chanvre. A Maurs, les porcs sont en quelque sorte un objet de prédilection; les riches en ont plusieurs, et le plus pauvre a le sien. On les tue à la Saint- Martin, et des repas ont lieu à cette occasion dans les familles. De là ce proverbe local :

0 le Son Morti Tuas toun pouarc fi, ImLilo louu vezi.

A la Saiut-MartÎQ Tue ton poic fln, Invite ton voisin.

Aussi Maurs est-elle renommée pour ses jambons; BriUat-Savarin et plusieurs autres fins gastronomes les disent supérieurs à ceux de Bayonne et de Mayence.

Mauriac (lat. 43° 13' 7"; long. 0'>0'19"E.). — Mauriac {Mauriacitm), petite et ancienne ville, chef-lieu d'un arrondissement et d'un canton, avec tribunal de première instance, collège communal, société d'agriculture, était jadis une des six bonnes villes de la haute Auvergne, siège de l'une des trois prévôtés créées en 1319 par Philippe le Long. Il y avait un élu, un procureur du roi, un greffier et un receveur de tailles ; mais le bailliage était à Salers. Cette ville dépendait du diocèse de Clermont, du parlement de Paris et de l'intendance de Riom, et possédait abbaye, collège, etc.

Mauriac est situé à 540 kilomètres au sud de Paris et à 36 kilomètres nord-nord-ouest d'Aurillac, et compte 3,262 habitants. On croit que c'est l'ancien Mauraniiacmn, où l'empereur Gratien avait une villa, et comme le pays était couvert de forêts, il venait y faire des parties de chasse. D'après les anciennes chroniques et traditions, cette ville devrait son origine à une fille naturelle de

Clovis, appelée Théodechilde et venue en Auvergne à la suite de son frère Thierry. Un jour, dit la légende, étant au château de Montcelles, situé sur la rivière d'Auze, près de Mauriac, cette princesse vit tout à coup une grande lumière dans la foré l vis-à-vis du lieu où s'élève la ville. Ayant envoyé un de' ses gens voir ce que c'était, on trouva une statue de la Vierge gardée par un lion. Théodechilde fit bâtir en cet endroit une chapelle dédiée à Notre-Dame des Miracles. A quelque temps de là, ayant échappé à un grand danger en chassant aux environs de Mauriac, elle fit vœu d'y fonder une abbaye. Alors le château de Montcelles, que son frère avait conquis sur un seigneur du pays nommé Bazolus, fut abattu et de ses débris l'on construisit l'abbaye, autour de laquelle se groupèrent des habitations, et c'est ainsi que s'établit la ville de Mauriac. Dans la suite, grâce à l'affluence des pèlerins qu'y attirait une image miraculeuse de la Vierge, sa population s'accrut ; et cette ville avait déjà une certaine importance, lorsque, en 1050, les reliques de saint Mary y furent apportées dans une église bâtie en son honneur.

Au commencement du xii° siècle, Mauriac était ceinte de murailles avec quatre portes et possédait un château fort. Plus tard, en 1360, Guillaume Duprat, évêque de Clermont, y fonda un collège de jésuites, auquel il légua une renie de six cent soixante-quinze écus d'or au soleil.

Robert KnoUes, chef des routiers anglais, s'empara de cette ville en 1337. Au xvi° siècle, elle fut prise par les protestants, qui pillèrent l'abbaye et convertirent en canons la cloche de l'église de Nolre-Dame-des-Miracles. Aujourd'hui, l'ancienne abbaye sert à la fois de tribunal, de greffe et de prison.

Bâtie sur un plateau baigné par la rivière d'Auze, sur la grande route d'Aurillac à Clermont, Mauriac a un bel hôtel de ville, quelques rues larges, plusieurs grandes constructions, deux jolies fontaines, l'une, en forme d'obélisque, sur la Placette, l'autre au centre de la ville ; une charmante promenade, ombragée d'arbres, et un atelier de charité fondé par M. de Montyon, dont la mémoire est chère à cette ville ; mais ce qu'on remarque surtout à Mauriac, c'est la pierre anté-cellique de la RoussiUe, la lanterne des morts et l'église gothique de Notre-Damedes-Miracles, monument historique, où l'on vénérait, avant la Révolution, les reliques de plusieurs saints. Cette église figure une croix latine ; elle est

CANTAL

divisée en trois nefs. « A l'intersection des transepts, dit M. Delalo dans une notice, s'élève une coupole sous une tour octogone ; deux autres tours carrées tout à fait modernes flanquent sa façade occidentale. La nef est divisée en cinq travées. Les piliers carrés qui les forment ont sur chacune de leurs faces des colonnes engagées. Les voûtes de la nef, ducliœur et des transepts sont en berceau ; les voûtes et les arcades du chœur, des absides latérales et de la première travée de la nef sont en plein cintre ; celles du reste de la net et des collatéraux sont des ogives romanes , les chapiteaux du chœur, des absides latérales, de la première arcade de la nef et des collatéraux sont seuls sculptés. Ils sont tous variés ; les uns sont hisloriés, d'autres sont ornés de feuillages ou d'animaux fantastiques. Les bases des colonnes sont historiées ou ornées de rinceaux et d'entrelacs. Les chapiteaux de la nef et des collatéraux dans la partie ogivale sont dépourvus d'ornements, quoique leur galbe soit le même que celui des chapiteaux historiés. Les bases de toutes les colonnes sans exception sont attiques. Il est à remarquer qu'on n'a représenté sur les chapiteaux aucun sujet chrétien. Dans un seul on voit sur la face principale un ange, et sur les côtés deux personnages qui approchent de leur bouche un olifant. Deux autres chapiteaux figurent des supplices... Deux portes donnent accès dans l'église : la première à l'occident, la seconde au midi ; une troisième, plus petite, était percée dans le transept méridional... Chacun des transepts est percé par une fenêtre surmontée d'une rose ou œil-de-bœuf... Les sculptures de l'intérieur de l'église n'ont rien de remarquable. Si les bases présentent des enlrelacs d'un dessin correct et bien exécutés, on ne peut pas en dire autant des chapiteaux historiés, qui sont d'un travail grossier. Il semblerait qu'on avait réservé les ouvriers les plus habiles pour l'ornementation extérieure... Tous les modillons sont variés ; ils représentent des êtres îéels ou chimériques dans diverses positions ; il n'y a point de têtes grimaçantes... Les fenêtres de l'abside centrale sont flanquées d'élégantes colonnettes à bases et à chapiteaux historiés; un tore de l'épaisseur des colonnettes en décore le cintre ; autour de leur archivolte règne un cordon en torsade. La porte méridionale est en ogive, mais l'ornementation est toute romane... La façade e.<t divisée en trois parlies indiquant les trois nefs. Au milieu est une porte décorée de plusieurs rangs de

I moulures en retrait. Sur les côtés, deux arcades bouchées étaient ornées de bas-reliefs détruits pendant la Révolution, et dont l'un représentait la fuite en Egypte. Ces arcades s'appuyaient sur deux colonnes dont la porte est flanquée, et qui ont pour bases des lions assis. L'un d'eux a été brisé, on ne sait à quelle époque ; celui qui reste est mutilé, mais il est encore parfaitement reconnaissable. L'archivolte du portail représente le zodiaiiue ; la plupart des figures sont transposées ; d'autres figures ont été ajoutées aux signes ; ce sont des brebis, des chèvres, un sanglier et un autre animal... Le tympan est couvert par un bas-relief qui représente l'Ascension... Ce bas-relief, quoique mutilé, est remarquable sous tous les rapports. » Rien en Auvergne qui puisse être comparé à ce portail à l'aspect à la fois riche et imposant. C'est une des œuvres les I plus remarquables de l'art byzantin. Cette église j appartient, par sa construction, à diverses époj ques. « Le chœur, les absides latérales, les tran- I septs et la première travée de la nef sont, ajoute I M. Delalo, de la fin du xi° ou du commencement du j xn° siècle. La forme des lettres de l'inscription du portail ne permet pas de fixer sa construction à une époque postérieure à la première moitié de ce dernier siècle. Quant à la partie ogivale de la nef, elle est probablement de la dernière moitié du xu° siècle... » Rétablie en 1363, la tour centrale tomba sous le marteau révolutionnaire en 1703, « et depuis lors, l'église de Notre-Dame, dépouillée de sa couronne, n'a plus rien qui la distingue au loin des édifices civils ; elle semble avoir perdu son caractère, et ce n'est qu'en s'approchant de son beau portail qu'on reconnaît, enfin, un monument consacré au culte. »

Au sommet d'une colline voisine, on remarque les ruines de l'antique chapelle de Saint -Mary ou Marins, apôtre de la haute Auvergne.

Commerce : bestiaux, chevaux et mulets renommés ; entrepôt de diverses denrées et marchandises nécessaires aux montagnes, telles que grains, vins, fruits, légumes, objets de luxe, cuirs, fromage, etc.

Mauriac est la patrie de l'abbé Chappe, inventeur du télégraphe ; de Vacher de Tournsmire, ancien président du tribunal.

Les armes de Mauriac sont : de gueules, à une tête de Maure de sable.

Aux environs, on recommande aux touristes la vallée de Brugeac, le château de MazeroUes, la fon-

taine des Druides, les ruines du cliàteau de Miremont, la lourde l'IIerm ; les châteaux de Montbrun, de Valens, de Veysso, de Chavaroche, de Cheyrouse ; le charmant vallon de la Ribeyre, la cascade du ruisseau de Sivicre, la vieille tour près d'Arches, la grotte des Fées et le Puy-Mary. « Huit ruisseaux ou rivières, dit M. Douillet, naissent dans cette montagne et coulent dans des vallées en général très belles. Les bergers et les habitants ne manquent jamais de dire aux voyageurs, comme une chose très curieuse, en parlant du Puy-Mary, que, si les huit curés du voisinage étaient dos à dos sur le sommet de cette montagne, chacun d'eux serait dans sa paroisse. »

Anglards. — Anglards est un grand village situé dans la plaine, entre les rivières de Mars et d'Auze, à 8 kilomètres à l'est de Mauriac, et peuplé de 2,307 habitants.

11 est fait mention d'Anglards dans la charte de Clovis. C'est l'ancien Cataloco, ce qui a fait croire à plusieurs que les champs Catalauniques, où Aétius et Mérovée vainquirent Attila en 450, sont les plaines d'Anglards.

Anglards possède une église du w" siècle et un château du xv* siècle.

Cette commune a de bons pacages et de belles prairies. Ses bestiaux sont très estimés ; mais ce qui frappe le voyageur à Anglards, c'est sa population : les femmes, en effet, sont belles ; les hommes bien faits, agiles, vifs etcourageux,maisquerelleurs. On sait que leurs ancêtres prirent part à la guerre des sabots, en 1635, d'où leur sobriquet de carabins (carabiniers).

Aux environs sont les ruines du château de Montclar, et, sur une colline, on voit un peulven ou pierre plantée. Aujourd'hui cette pierre est surmontée d'une croix, connue dans le pays sous le nom de Croix Rouniade, ou Croix des Batailles.

Apchon. — Apchon est un bourg assez considérable situé dans la montagne, à 35 kilomètres à l'est de Mauriac, et peuplé de 753 habitants. Son château, dont il reste encore des vestiges, est d'une haute antiquité. W en est fait mention dans la charte de Clovis. Il s'appelait alors Âpione. Bâti sur un énorme rocher de basalte à colonnes, il commandait toute la contrée et le cours de la Sumène. On ne pouvait y pénétrer que par unpont-levisjetc d'une montagne

à l'autre. Siège de la première baronnie de la haute Auvergne, Apchon compte plus d'un seigneur illustre dans son histoire féodale. Arnaud d'Apchon partit en 1103 pour la terre sainte; en 1374, Guillaume d'Apchon, commandant la noblesse d'Auvergne, s'opposa aux Anglais qui marchaient sur Avignon; plus tard, Jean d'Apchon fut chambellan du roi Charles VII, et Claude d'Apchon sénéchal d'Auvergne. A leur titre de baron, les seigneurs d'Apchon joignaient celui de compteur [Comptor), soit parce qu'ils avaient reçu de Charlemagne mission de lever les subsides en temps de guerre, soit parce que la noblesse d'Auvergne les avait chargés de percevoir les deniers qu'elle devait au roi ; ce titre servit plus d'une fois de prénom aux seigneurs d'Apchon. Cette famille s'éteignit en 1708, et la terre d'Apchon passa dans la maison de Chabannes.

11 se fait dans cette commune un petit commerce de dentelles à bas prix.

Les seigneurs d'Apchon eurent d'abord pour armes : une croix pâtée par le pied, cantonnée, en chef, de deux besants oib tourteaux; et en pointe, à dextre, d'une hache d'armes, et à sénestre d'une nonne en, habit de chœur; plus tard, on les trouve : d'or, semé de fleurs de lis d'azur.

Salers. — Salers est un chef-lieu de canton, à 2a kilomètrres au sud-est de Mauriac. On y compte 1,026 habitants.

Cette petite ville passe pour être très ancienne. Plusieurs croient qu'elle tire son nom d'un prince de la maison deSalerne (royaume de Naples), qui serait venu s'y établir après avoir été déshérité. Quoi qu'il en soit, Salers était une des bonnes villes de la haute Auvergne. Siège d'un bailliage créé par Philippe le Hardi, elleeut des seigneurs particuliers qui étaient alliés aux plus illustres familles d'Auvergne. Holin de Salers suivit le roi saint Louis en Palestine. François de Salers fut gentilhomme de la chambre du roi Henri IV.

Avant 1789, il y avait à Salers un couvent de rccoUets et un couvent de religieuses de Notre- Dame.

Bâtie sur un plateau de basalte, Salers est une des villes les plus élevées de France (918 m.). Jadis fortifiée, elle eut à souffrir des guerres civiles et religieuses. Ceinte encore de ses vieilles murailles, Salers possède plusieurs maisons du moyen âge, une belle fontaine sur la place, un hôpital qui date du xvi« siècle et une église gothique, avec chapelles

GANTAI

latérales, où l'on remarque un saint sépulcre, l'un des plus beaux ornements d'église de la haute Auvergne.

Salers a vu naître Piorre-Claude Lizct, l'un des plus savants jurisconsultes de son temps. Il fut premier président au parlement de Paris en 1529.

Commerce de grains, vins, bestiaux et fromages. Il y a de grandes vacheries dans les montagnes et de très beaux points de vue dans les environs.

FoNTANGES. — Foutauges est un joli bourg de 993 habitants et à 22 kilomètres au sud-est de Mauriac.

Baigné par la rivière de Maronne, dont les eaux passent dans le pays pour être saturées d'alun (sulfate d'alumine), il s'élève dans la vallée qui porte son nom, l'une des plus intéressantes que puissent visiter les amateurs d'histoire naturelle. Cette commune possède une ancienne et belle église. Il ne reste plus qu'une portion de la tour ronde de l'ancien château de la famille de Fontanges, berceau, à ce que l'on croit, de la belle Marie-Angélique d'Escoraillcs, duchesse de Fontanges, qui, à dixsept ans, descendue des montagnes d'Auvergne et élevée par protection au grade de fille d'honneur de la cour, parvint, par l'éclat de sa beauté, au rang de favorite de Louis XIV. Adorée de ce prince, elle devint la dispensatrice de toutes les grâces. Le roi lui donna le titre de duchesse et lui payait chaque mois cent mille écus et presque autant en bijoux, meubles et ajustements; mais son esprit était loin de répondre à sa beauté ; aussi l'abbé de Choisy disait-il d'elle qu'elle était Mie comme un ange, mais sotte comme un panier. Son règne fut court. Ayant perdu, à la suite d'une grossesse, cette beauté qui faisait toute sa puissance, elle se retira dans un cloître et mourut à Port-Royal. « Ainsi, dit l'abbé de La Porte, passa comme un éclair la fortune de celte favorite à qui la France doit cet ornement de tête, appelé fontange, du nom de celte belle. »

Les armes de la maison de Fontanges étaient : de gueules, a% chef d'or, chargé de trois fleurs de lis d'azur.

Aux environs, se trouvent les ruines du vieux château de Beauclair.

EscoRAiLLEs OU ScoRAiLLES. — Escoraillcs, très petit village de 150 habitants et à 8 kilomètres au sud de Mauriac, jouit cependant d'une certaine renommée, puisqu'il a donné son nom à une des

premières familles de la haute Auvergne. « Cette petite commune rurale paraît, dit un antiquaire, remonter plus haut pour son ancienneté que la ville de Mauriac; on y voit les ruines d'un très ancien château d'une construction bien antérieure à l'architecture gothique ; ce sont d'énormes pans de murailles, d'une très grande hauteur, formant les trois côtés d'un parallélogramme rectangle, dont chaque angle était terminé par une tour très élevée et divisée en plusieurs étages voûtés; il n'en reste plus que trois, dont deux sont complètement en ruine.

« Dans le voisinage, à la naissance d'une gorge très profonde, on voit plusieurs formes de relranchements ou parapets en terres jectisses, depuis très longtemps recouvertes de gazon, et d'un autre côté, sur une montagne voisine, on voit aussi différentes couches ou couléesd'anciennes laves, alignées avec art jusqu'au sommet en forme de gradins. On y voit enfin, sur la pente rapide d'un sol incliné au nord, un tumulus des mieux caractérisés : c'est un amas très considérable de terre recouvert de pierres et couronné d'un bosquet de hêtres très vieux et très hauts. »

Suivant une vieille tradition, Scorailles tirerait son nom d'un général romain, Aureiius Scaurus, qui y aurait été inhumé. Quoi qu'il en soit, ce pays a été pendant cinq cents ans sous la domination romaine. Pépin le Bref, en 767, vint en personne assiéger le château de Scorailles, occupé par un des vassaux de Vaïffer, duc d'Aquitaine. Au commencement du XHi" siècle, Algaye, seule héritière de ce château, le porta en dot à son mari Henri I", comte de Rodez. Des comtes de Rodez il passa aux comtes d'Auvergne, et de ceux-ci à la couronne; mais il en fut démembré plus tard à titre d'engagement. C'est aujourd'hui une propriété particulière.

RiOM-Ès-MoNTAGNE. — Riom est, comme l'indique son nom, situé au milieu d'une région montagneuse, à 37 kilomètres au nord-est de Mauriac; c'est un chef-lieu de canton de 2,768 habitants, dont l'élève du bétail et la fabrication des fromages est la principale industrie.

Les découvertes que l'on a faites dans ses environs d'urnes cinéraires, de médailles romaines, de restes d'anciennes constructions font supposer que ce lieu a été autrefois plus considérable, et la tradition porte que ce fut une ville ruinée par les Sarrasins vers 728; un ruisseau voisin porte même

lc\ir nom. L'église, dont le clocher semble avoir été une tour l'ortiliée, est très ancienne; elle apparlient au style roman, et l'on y remarque de curieux chapiteaux.

Sur le territoire de la commune sont les ruines du château de Bignac ou Rlnhac, et le beau château de Saint- An g eau, rebâti en 1G24, à côté des ruines d'un aulre bien plus ancien.

MuuAT (lat. 45» 6' 44"; long. 0° 6' 22" E.). — Mural [MuraHm), petite ville située au pied du mont Cantal, sur la rive droite de l'Alagnon, à 53 kilomètres au sud-est d'Aurillac, chef-lieu d'un arrondissement et d'un cantou, avec tribunal de première instance, collège communal, société d'agriculture, était jadis le siège d'une vicomte el d'une prévôté royale. Sa population est de 3,053 habitants.

Au moyen âge, Murât avait, comme place forte, une certaine importance, il était protégé par un château dont on voit encore les vestiges sur l'une des grandes roches basaltiques qui dominent la ville. Ce château avait une triple enceinte, avec fossés, ponts-levis, remparts crénelés et trois grosses tours, dites le Rat blanc, le Rat gris et le Rat noir. C'est à ce château que Murât doit son origine. Résidence des vicomtes de Mural, ce château s'appelait Bonnevie, nom qu'il devait sans doute à la pureté de l'air qu'on y respirait et à la beauté des sites environnants. C'était un château 1res for! ; sa position sur un rocher le rendait presque imprenable.

Dans les anciens titres, il est fait mention de Murat sous le nom de Belleviste (Bellevue). Ses vicomtes, seigneurs très riches, avaient plus de trente châlellenies sous leur dépendance. Ilélis de Mural, qui avait épousé en 1342 Bertrand de Cardailhac, devint le sujet d'une guerre implacable entre les deux familles. Attirés par la haine qui les divisait, les Anglais, en 1357, en profitèrent. Ils prirent et pillèrent Mural, mais ne purent s'emparer du château. Plus tard, en 1400, la guerre s'étant rallumée entre les Cardailhac et les Mural, Charles VI confisqua le château de Mural en faveur de Jean, seigneur de L'isle ; mais Renaud 11, vicomte de Murât, ne tarda pas à le reprendre. Comme il était bailli des montagnes, sa puissance était redoutée. On cite de lui plusieurs traits de vengeance cruelle et barbare contre les habitants el autres du parti de ses ennemis. Assiégé de nouveau, il se défendit vigou-

reusement et resta maître de la place. Cependant Bernard d'Armagnac, son suzerain, à qui il refusa de rendre hommage, s'empara de son château el (il le vicomte prisonnier. Après dix-huit mois de captivité au château de Cariai, Renaud s'échappa de prison el obtint sa grâce par l'entremise du duc de Bourgogne. Il céda ses droits aux d'Armagnac en 1435 sur Murât.

De Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, mort décapité, le château de Mural passa à Louis XI, qui le fit raser en 1477. Rebâti dans la suite, il eut à souffrir des guerres de religion. Tour à tour pris et repris par les protestants et les catholiques, il fut enfin démoli par les ordres de Louis XIII, en 1633.

Cette ville, aujourd'hui principale station de la ligne d'Aurillac à Massiac et à Arvanl, est assez bien bâtie, mais mal percée; ses rues, étroites et tortueuses, vont en pente et sont pavées d'un basalte glissant. Mural s'élève au pied d'un pelit mont conique formé de basaltes prismatiques remarquables en plusieurs endroits par leur symétrie. Sur quelques pomts on dirait des colonnades perpendiculaires, régulières comme des tuyaux d'orgue; sur d'autres, un ouvrage de marqueterie. « Du sommet du mont, facilement accessible, dit un géographe, on jouit d'un coup d'œil superbe sur la ville déployée aux pieds de l'observateur, sur la pittoresque vallée baignée par l'Alagnon, aux nombreux méandres, et surtout sur les cimes supérieures du Cantal. »

Il y avait autrefois à Mural un couvent de lécollets, dit de Saint-Gall, fondé, en 1430, par Bernard d'Armagnac, et un couvent de religieuses de Saint- Dominique ; l'un sert aujourd'hui d'hôpital cl l'autre aux administrations publiques. L'église de Mural fut érigée en chapitre en 1350. Détruite par un incendie en 1493, elle fut rebâtie par les ordres d'Anne de France, duchesse de Bourbon el vicomtesse de Mural, dont on voit les armes peintes sur les vitraux. Cette église possède une Vierge noire, Notre-Dame des Oliviers, à qui l'église est dédiée, el qui passe pour un présent de saint Louis ; elle est en grande vénération, et une mère ne manque jamais de remettre à son fils, comme une sauvegarde lorsqu'il quitte le pays, une oraison ou une médaille de la bonne Vierge des Oliviers.

Murât possède une halle au blé, une belle fontaine et plusieurs maisons du moyen âge. Mural fait un commerce très ad if en grains el en fromage connu sous le nom de fourme du CatUal.

CAXTAL

Année moyenne, la vente de ce fromage s'élève à lo,000 quintaux métriques. On fabriciue à Murât des étolTes et des dentelles communes ; mais chaque année l'insuffisance du travail oblige une partie des habitants à émigrer. Ceux-ci vont exercer dans les autres départements leur petite industrie de marchands, colporteurs, chaudronniers, porteurs d'eau, revendeurs de peaux de lièvre, etc. On évalue à trois mille le nombre des émigrants de l'arrondissement de Murât.

Murât a vu naître Jean de L'Ilospital, médecin, père du célèbre chancelier; Travech d'Auteroche, médecin de Louis XI, et Nicolas Teillard, général des finances sous le même roi.

Les armes de Murât sont : d'azur, à la tour donjo7inée de trois 'pièces d'argent, ajourée et maçonnée de sable.

Bredons. — Bredons est un bourg de 988 habitants, à 3 kilomètres au sud de Murât. Ce bourg, situé sur un rocher, est très pauvre, et plusieurs des habitants y vivent logés dans des grottes qu'ils se sont creusées eux-mêmes dans le basalte. Il y avait autrefois un prieuré dépendant de l'abbaye de Moissac et un château fort qui fut pris d'assaut en 1400 par le vicomte Renaud de Murât. Il n'en reste plus que des ruines.

Bredons possède une église très remarquable; construite vers la fin du xi° siècle, elle a été restaurée de nos jours; c'est un monument historique; le chœur voûté et doré est soutenu par des colonnes. On y compte neuf chapelles. Pendant la Révolution, lors de la fabrication des salpêtres républicains, on découvrit, sous le pavé, des caveaux qui renfermaient dans des cercueils de plomb les cendres des jeunes comtes d'Armagnac.

Aux environs, on voit le château de Bécoire, que saint Louis avait, dit-on, fait construire, et qui fut pris et pillé par les Anglais en 1357.

Ali-vnche. — Allanche, Alantia),c\\Q\-V\cw de canton, situé sur le ruisseau d'AUanche, au pied du Cézallier, à 19 kilomètres au nord de Murât, est un chef-lieu de canton peuplé de 1,959 habitants. Elle est assez bien bâtie, fort propre, et sur la place on voit une belle et abondante fontaine et le château de Chayladet, qui a appartenu à la famille de Dienne. Elle était autrefois fermée de murs, et de cette enceinte, il ne reste plus que les portes L'église qui était celle du prieuré de Saint-Jean-

Baptiste, appartenant à l'ordre de Saint-Benoît, est bien décorée.

Cette petite ville dépondait de l'ancienne prévôté du dauphin d'Auvergne, et faisait partie du duché do Mercœur. Elle fait aujourd'hui un commerce important de grains, de vins et de denrées que l'on tire de la Plancze, cette Limagne du Cantal, pour les revendre dans la montagne; aussi ses foires sont-elles très fréquentées; elle fabrique aussi de la dentelle commune.

C'est dans les environs, à Pradt, qu'est né l'abbé de Pradt, archevêque de Malines, connu par ses écrits politiques ou littéraires. Il a fondé au lieu de sa naissance un bel établissement hospitalier.

S.\iNT-FLOLn (lai. 45° 2' o"; long. 0''4a'-2o"E.). — Saint-Flour {Indiciacvm, Famim Sancti Flori), chef-lieu d'un arrondissement et d'un canton, peuplé par 5,381 habitants, avec tribunaux de première instance et de commerce, cour d'assises, évèché, collège communal, etc., était autrefois une des six bonnes villes d'Auvergne , chef-lieu d'élection, siège d'un évêché et d'un bailliage, dépendait du parlement de Paris et de l'intendance de Riom et possédait chapitre, collège, etc.

Dans une de ces révolutions physiques dont l'Auvergne laisse voir les traces, un torrent de matières enflammées, sorti des flancs volcaniques des monts du Cantal, parcourut avec rapidité un espace de 25 kilomètres, s'arrêta où il trouva des obstacles à son cours, s'y refroidit et laissa une énorme masse de basalte. C'est sur cette niasse, couronnée par un vaste plateau, mais presque partout escarpée et coupée à pic, qu'a été bâtie, on ne sait à quelle époque, la ville de Saint-Flour. Anciennement cette montagne s'appelait Mo7is Indiciacus; c'éleiil comme un lieu de rendez-vous ou comme un signe indicateur pour les voyageurs égarés. Saint Flour ou Florus, l'un des soixante-douze disciples de Jésus-Christ, suivant les uns, selon d'autres premier évoque de Lodève, ayant reçu mission de se rendre dans l'Arvernie pour y prêcher l'Évangile, s'arrêta au Mons Indiciacus . D'après la légende, saint Flour arriva sur le mont par la porte de Frause, du côté le plus escarpé de la montagne. On dit que le rocher se fendit miraculeusement pour lui faire un passage et que la main du saint y est empreinte. C'est en mémoire de ce miracle que les habitants avaient grand soin, anciennement, lorsqu ils allaient une fois l'an, processionnellement, à la fontaine de

Saint-Flour, en passant par la porte de Frause, de baiser très religieusement celle empreinte comme une précieuse relique, témoignage de l'entrée glorieuse de leur libérateur. Cette fontaine d'eau vive, pour laquelle on n'a plus aujourd'hui la même vénération, est au-dessous du bols de Saint-Flour, au sud-est et près de la ville. Quoi qu'il en soit, ce saint mourut paisiblement au Mo7is Indiciacus et y fut enterré. On construisit un oratoire sur son tombeau; la dévotion y attira un grand nombre de pèlerins, et ceux-ci fondèrent un village qu'ils baptisèrent du nom du saint. Telle est, suivant la tradition, l'origine de Saint-Flour. Vers 993, Saint-Flour appartenait à un seigneur d'Auvergne nommé Amblard de Brézons. Ce seigneur, s'étant rendu coupable de plusieurs crimes et craignant pour le salut de son âme, fit, sur la fin de sa vie, un voyage à Rome et vint se jeter aux pieds du pape, qui lui accorda l'absolution en lui ordonnant, pour pénitence, de fonder un monastère. De retour dans son pays, Amblard de Brézons fit don à l'église de sa terre seigneuriale de Saint-Flour, sur laquelle saint Odilon, abbédeCluny, fit bâtir, en 996, une abbaye de l'ordre de Saint-Benoît, qu'il ferma d'une double enceinte de murailles pour la garantir de toute insulte. Robert, roi de France, confirma l'acte de fondation; mais l'église, dédiée à saint Pierre, ne fut consacrée qu'en 1095 par Urbain II à son retour du concile de Glermont, où la première croisade fut prêchée et le roi de France excommunié. Urbain II passa trois jours dans cette ville, et, comme il avait grande dévotion en saint Flour, il dota son église de grands privilèges. Dans la suite, enrichie par les libéralités de plusieurs seigneurs, l'abbaye de Saint- Flour devint très considérable. Il n'y avait, à la vérité, que vingt-quatre moines et un prieur; mais elle possédait les terres de Brossadils, de Saint-Urcize, Turlande, Cussac, Saillans, Chàteauneuf, etc. Vers l'an 1317, le pape Jean XXII y établit un siège épiscopal, au refus et malgré l'opposition de l'abbé d'Aurillac, qui ne voulut pas compromettre les intérêts de son abbaye. Il démembra pour cela une partie du diocèse de Glermont et nomma Raymond- Véhens de Monstuéjols, sou chapelain, premier évêque de Saint-Flour. Dès lors, la ville prit un nouvel accroissement, au point de disputer à Aurillac la primauté sur la haute Auvergne; mais elle ne s'embellissait guerre; construite et pavée de laves, triste et lugubre, elle fut longtemps connue dans le pays sous le nom de la ville Noire.

Charles V, en 1372, lui octroya une charte d'affranchissement. Alors l'évêque était seigneur de Salnt-FIour, mais les clefs de la ville appartenaient aux consuls.

Bùlie sur un plateau à pentes très escarpées, isolée du pays environnant par de profondes vallées, excepté du côté de Mural, la ville était défendue par des fortifications qui achevaient de la rendre inexpugnable. Aussi est-elle qualifiée dans plusieurs ordonnances des rois Jean, Charles V, Charles VI, Charles VII, Louis XI et Charles VIII, de chef et capitale du haut pays d'Auvergne et de clef du royaume du côté de l'Aquitaine. Pendant les guerres nationales du xivet du xvsiècle, cette ville a soutenu avec succès plusieurs sièges contre les Anglais. Ce furent des enfants de Saint-Flour qui à l'attaque du château de Montbrun, où l'ennemi s'était retranché, firent prisonniers les fameux Sandoz et Lebreton ; ce qui n'empêcha pas le vicomte de Murât et les autres seigneurs de s'approprier tout le butin pris dans le château.

Après avoir été ravagée par les Anglais et par la peste, celle ville eut à souffrir des guerres religieuses. Dans la nuit du 9 au 10 août 1578, les protestants, commandés par le capitaine Merle, essayèrent de s'en emparer par escalade ; ils commençaient à y pénétrer, lorsque Jean Brisson, consul, se porta avec quelques hommes au-devant de l'ennemi, l'attaqua et parvint à le repousser. Henri III, en récompense de son courage, l'anoblit en 1589. Saint-Flour tint pour la Ligue; mais, en 1594, elle se rendit à Henri IV.

Saint-Flour a été dévastée en 1793, et, quoiqu'elle ait profité des nombreux changements que la Révolution opéra dans les localités, elle est loin encore d'être une belle ville. Du faubourg situé en plaine, on monte à la ville haute par une rampe taillée dans le roc. Ses rues sont, pour la plupart, sombres, étroites et tortueuses , ses maisons irrégulières ; mais elle possède plusieurs édifices publics remarquables, entre autres la cathédrale, bâtie en 1466 sur la place de l'ancien Oratoire, où, dit-on, saint Flour avait été inhumé. On croit encore y trouver quelques traces de sa construction primitive par saint Odilon. Il y avait autrefois un crucifix miracu- . leux, des reliques de saint Sylvestre, de saint André et une sandale de la Vierge, qui attiraient un grand nombre de dévols. Bâtie sur un plan régulier, au milieu du plateau sur lequel s'élève la ville, l'église est surmontée de deux clochers carrés et

CANTAL

symélriques, dont l'un s'appelait, avant 1789, Tour des Anglais. Il y a de beaux tableaux, dont quelques originaux. Au bord du plateau s'élève le palais épiscopal, bâti sur le roc basaltique par Charles de Noailles au commencement du xvu^ siècle. On y jouit d'une vue superbe sur le vallon et le laubourg. Il y a, en outre, un fort beau séminaire, situé sur la pente de la montagne; un palais de justice, un hospice, et près du vieux pont, que l'on croit l'ouvrage de saint Odilon, une église, dite la Recluse, remarquable par son ancienneté.

Avant la Uévolution, Suinl-Flour possédait une église collégiale, dite de Notre-Dame, comprenant dix-huit chanoines et un prévôt et convertie aujourd'hui en halle au blé; un prieuré, un couvent de la Visitation et un collège des jésuites. Aujourd'hui, on y compte plusieurs établissements utiles. Baignée par l'Arder, ouAnderqui, coulant sous l'ancien pont, traverse le faubourg et va se jeter dans la Truyèrc après avoir fait tourner plusieurs

F.s'JiNCE ILLUSTRÉE. 1 5G.

moulins, cette ville est, par sa position, d'un aspect 1res pittoresque. De ses anciennes fortifications il ne reste que des ruines couvertes de gazon ou transformées en jardins ; le champ de Mars ou Forai est bordé d'assez belles maisons ; le cours Cliazerat, revêtu de parapets et murs de terrasse, forme une charmante promenade d'où la vue s'étend fort loin au nord et à l'est, mais sur un pays pauvre et des montagnes généralement arides.

Commerce de grains, cuirs tannés, mules, chevaux, bestiaux, dentelles, petites étoffes, cardes, colle forte, orseille, espèce de lichen employé par les teinturiers et dont les basaltes des montagnes voisines sont couverts ; poteries, les plus belles et les plus solides du Cantal, etc. « C'est à tort, dit M. Déribicr, que plusieurs géographes ont donné à Saint-Flour un commerce de chaudronnerie. « Anciennement on y pratiquait la peinture émaillce sur verre. Il y a de beaux magasins dans la ville.

On voit de jolies campagnes aux environs.

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