‹ La France illustréeChapitre 255 sur 301 · Cantal, 4' Liv · texte numérisé non relu

Cantal, 4' Liv

LA FRANCE ILLUSTPxEE

Patrie de JeanCoutel, président du grand conseil sous François I"; de Guillaume Bonny, célèbre médecin du xvi" siècle; d'Anthoine Malliarel, savant distingué et procureur général de la reine, et du poète du Belloy, auteur du Siège de Calais et membre de l'Académie française.

Celle ville eut d'abord pour armes trois AAA d'or dans un champ de gueules ; on en a {^\\,Ar Ahi A, pour indiquer l'origine du saint qui lui a donné son nom et que les légendaires font venir d'Arabie et descendant d'un roi mage. Ne serait-ce pas à ces armoiries alphabétiques, précédées d'une aspiralion gutturale propre à l'idiome du pays, qu'il faudrait rapporter l'origine du mot c/iarabia par lequel, dans la basse classe , on désigne quelquefois l'auvergnat? Aujourd'hui, les armes de Saint- Flour sont: jxirii d'azur et d'or, semé de fleurs de lis d'or de l'un et l'autre à la bordure dentée de gueules. Aliàs : parti d'azur et de gueules, semé de /leurs d'or sur le tout.

Alleuze. — AUeuze, petite commune de 50 7 habitants, à 13 kilomètres au sud de Saint-Flour, est célèbre par les ruines du château fort que Froissard appelle Louise et qui est nommé ailleurs Aloize. Ce château est placé sur un pic très élevé. Il fut pris, par ruse, par Aimerigot Marcel et douze des siens, en 1380. Au moyen des fortifications qu'il y ajouta, il s'y maintint pendant sept ans. Ce fut alors que, moyennant dix mille livres d'or, il le vendit au comte d'Armagnac. Aimerigot se repentit bientôt de ce marché ; car, suivant ses calculs, ce château lui rapportait au moins vingt mille florins par année, en mulets, draperies, soieries, etc., que ses hommes pillaient sur les chemins, et en blé, farine, pain tout cuit, avoine pour les chevau,x, bons vins, bœufs, brebis et moutons gras, poulaille, volaille , qu'il forçait les habitants de lui apporter.

Dans la crainte que les ennemis ne s'emparassent encore de ce château, les habitants de Saint- Flour voulurent le détruire ; ils y mirent le feu le 3 juin 1403; mais Henri de Latour, évêque de Glermont et seigneur d'AUeuze, fit condamner, en 1414, la ville de Saint-Flour à le faire reconstruire ou à lui payer six mille livres de dommages et cinq cents livres d'amende pour le roi.

Chaudesaigues. — Ghaudesaigues est une petite ville de 1,813 habitants, située à 32 kilomètres au

sud de Saint-Flour, au sein d'un pays sauvage, dans une gorge étroite, profonde, aflreuse, au pied des montagnes qui séparent l'Auvergne et le Gcvaudan. Au-dessus de cette gorge, traversée par le ruisseau de Remonlalou (Remontèle), qui va se jeter dans la Truyère, passe la route qui conduit de Saint-Flour à Chaudesaigues, route péniblement mais hardiment tracée à travers des montagnes coupées à pic, sur le bord de ravins et de précipices.

A peu près au milieu de la côte de Laneau, au ravin appelé le Saut du loup, dit un géographe du Cantal, le rocher, bizarrement excavé à gauche de ce ravin, présente l'aspect d'une énorme tête de monstre; les yeux, la gueule, le menton, tout est bien figuré; aussi les habitants du voisinage en font-ils l'épouvantait des enfants. Au-dessous de ce rocher bizarre, on longe pendant quelque temps la rivière de Truyère, que l'on traverse sur un beau pont à trois arches nouvellement construit. Geponl est le port de salut pour le voyageur qui va à Ghaudesaigues ; sa vue, fatiguée de l'immense précipice sur le bord duquel il vient de marcher pendant environ mille toises et de l'espèce de désert qu'il vient de parcourir, maintenant se repose agréablement sur les bords riants et habités de cette rivière. A quelque distance, au fond d une vallée , est Chaudesaigues , ville fort ancienne, VAquce calentes de Sidoine Apollinaire, à ce que l'on croit. C'était, au moyen âge, une des bonnes villes de la haute Auvergne. A la fin du xni° siècle, la terre de Chaudesaigues appartenait au marquis de Canilhac, qui en fit don à Robert, prieur de Saint- Flour. Après diverses vicissitudes elle revint, en 1778, à la couronne, qui y établit une prévôté. Ghaudesaigues était ceinte de remparts. Du temps de la Ligue, elle a été plusieurs fois prise et saccagée par les calvinistes.

Il y avait autrefois un chapitre et une maison de religieux de Notre-Dame.

Cette ville doit son origine, son nom et sa célébrité à ses eaux thermales, connues, dit-on, des Romains. Ces eaux, qui jaillissent à l'extrémité de la grande rue, au pied d'une montagne volcanique, ont cela de singulier qu'elles sont d'une chaleur excessive et qu'elles n'ont aucune saveur, n'étant presque point minérales; leur température varie de trente à quatre-vingts degrés. Bonnes, dit-on, pour les douleurs rhumatismales, elles sont d'une grande utilité aux habitants et surtout aux pauvres,

CANTAL

qui chauiïent leurs maisons et leurs marmites par le moyen de petits canaux prati(iués sous le pavé, et remplacent ainsi le bois qui est rare. Ce mode économique de chaulîage transforme, pendant l'hiver, les appartements en étuves. « C'est là que l'artisan laborieux ne craint pas que ses mains engourdies par le froid laissent échapper la navette qui le fait vivre. C'est encore dans ces étuves légères que les femmes elles enfants du peuple se rassemblent, assis sur le carreau, pour tricoter avec une vitesse acquise par l'habitude d'un travail appris dans l'enfance. » {Mémoire vianuscrU sur les eaux de Chaudesaigues, par M. Bonnet de La Brageresse.)

Les armes de Chaudesaigues sont : d'azur, à la gerbe d'or, empoignée de deux mains d'argent.

Massiac. — Massiac est une petite ville à laquelle on arrive par une belle allée de peupliers. Bâtie dans un joli site, au fond d'une vallée fertilisée par l'Alagnon, elle est à 38 kilomètres au nord-est de Saint-Flour et compte 1,922 habitants. Jadis Massiac était ceinte de murailles et défendue par un château seigneurial, appartenant à la maison de Montmorin. Il en reste encore des ruines.

Aux environs, on remarque deux rochers que l'Alagnon a dû séparer ; sur l'un est la chapelle de Sainte-Magdeleine, et sur l'autre l'église de Saint- Victor. Suivant une tradition rapportée par M. Bouillet dans sa Description de la haute Auvergne, « les deux anachorètes pouvaient de leur dévote retraite se voir; mais la rivière les empêchait de communiquer ensemble. Cependant Magdeleine désirait beaucoup consulter Victor sur les choses divines. Enfin, dit-on, elle l'obtint du ciel et y parvint par un miracle.

» Un jour, la béate s'avance sur le bord de sa montagne son chapelet en main, et, après avoir appelé Victor, elle le lui jelle en l'air. A l'instant même le chapelet s'étend miraculeusement. Il se prolonge d'une montagne à l'autre et forme un pont qui les joint toutes deux par leur sommet. Alors l'anachorète et sa sainte voisine s'approchent pour faire leur pieux colloque. Quelque jours après, nouveau miracle. Enfin toutes les fois que Magdeleine voulait demander à Victor des secours spirituels, elle employait le même moyen ; mais, pour éviter toute occasion de scandale et de chute, elle ne se permettait point d'aller jusque chez lui, ni ne l'autorisait à venir jusque chez elle. Tous deux s'arrê-

taient à mi-chemin sur le pont, et, pendant leur entretien, ils restaient ainsi exposés aux regards et à l'admiration des gens du voisinage. >>

Moi.o.Mi>izi:. — Molonipizc est à 25 kilomètres au nord de Saint-Flour, dans le canton de Massiac et sur la rive gauche de l'Alagnon. C'est une commune de 887 habitants, dominée par des collines rocheuses portant des bouquets de sapins.

Elle doit son origine à un ancien prieuré ; dans son église, dédiée à sainte Foix et de style gothique avec un chevet roman, on remarque un bénitier fort ancien et une statuette de la Vierge en bois noir et rapportée, dit-on, d'Ântioche.

Sur le territoire de la commune se trouvent les ruines du château û'Atcrouze, autrefois chef-lieu d'une terre considérable qui a longtemps appartenu à la famille de Rochefort; Pons d'Aurouze y était né; ce fut, dans son temps, un savant distingué qui, en 1373, devint abbé d'Aurillac et plus tard évêque de Saint-Flour. 11 y avait aussi autrefois un château à Bégoules.

Les environs de Molompize offrent de sévères et âpres beautés qui ont plus d'une fois exercé le pinceau de nos peintres paysagistes.

Saint-Mary-le-Cros. — Saint-Mary-le-Cros est une commune de 921 habitants, située à 35 kilomètres au nord de Saint-Flour, dans le canton de Massiac , sur une montagne dominant la vallée de l'Alagnon. Elle doit son nom à saint Mary, compagnon de saint Austremoine, apôtre de l'Auvergne, qui y fut enterré après avoir passé plusieurs années dans le pays, près du Montjournal. On éleva plus lard une église sur son tombeau. Dans cette église, qui existe encore, on voit suspendue à la voûte par des chaînes de fer la châsse en bois qui renfermait les reliques de saint Mary. Quant à ces reliques elles-mêmes, elles ont été transportées, en 1050, à Mauriac par Ermengarde de La Rochedagout, sous Etienne V, évêque de Clermont.

Près du bourg se trouvent la fontaine et la chaire de saint Mary ; cette dernière, pierre grossièrement taillée en forme de siège, est encore l'objet d'un pèlerinage dans le pays pour les malades atteints de maux de reins.

A 12 kilomètres à l'ouest et au delà de la petite rivière de l'Areuil, affluent de droite de l'Alagnon, est la commune de Saint-Marv-le-Pi.ain; sa popu-

lalion n'est que de 576 habitants; elle possède une église très ancienne, et sur son territoire il y a un gisement d'antimoine.

Ruines. — Ruines ou Ruynes est uu chef-lieu de canton de 895 habitants, situé à 12 kilomètres à l'est de Saint-Flour, sur la rive droite d'un petit affluent torrentueux de la Truycre, qui porte son nom, et au pied des montagnes de la Margeride, qui la dominent au nord.

On trouve près de Ruines, dans les champs, des vestiges d'habitations qui annonceraien! que ce lieu était jadis plus considérable, et c'est peut-être à CCS vestiges , à ces ruines qu'il doit son nom. L'église paroissiale, dite de l'Assomption, est en dehors du village; elle est de style roman; c'était jadis un prieuré à la nomination de l'église de Rodez, et il y avait un chapitre de sept chanoines.

Ruines avait un château et était fortifié. Cette terre dépendait du duché de Mercœur; en 1542, le château appartenait au connétable Charles de Bourbon .

Dans la même commune, on voit le château de Ligonez, qui a appartenu à la famille d'Antil , originaire du Gévaudan.

CuALiERS. — Chaliers, à 23 kilomètres au sud-est de Saint-Flour et dans le canton de Ruines, est une commune de 1,218 habitants, située sur un rocher escarpé qui domine les gorges profondes où la Truyère reçoit la Ribeyre. On connaît un Guillaume de Chaliers, qui vivait en 1262, et un Robert de Chaliers, en 1303. Le château, qui est aujourd'hui en ruine, existait encore en partie en 1820 et servait de prison. Il fut pris par les Anglais en 1357 et abandonné par eux en 1370, pour une somme d'argent. On voit aussi sur le territoire de cette commune les châteaux de la Bessayre-de-l'Air, de Longevialle, de Pompignat, du Meynial et de Laubaresse. Ce dernier fut pris par les Anglais, qui l'occupaient en 1387. En 1594, les gens du gouverneur du Gévaudan s'en saisirent au moyen d'une mine qui fit sauter une tour et le pillèrent. La tour dite de la Valette fut aussi minée, mais sans effet: elle était située derrière l'église. Chaliers

offre encore les ruines des châteaux de Corbières et du Valadour.

Cette commune est exclusivement agricole; elle possède des eaux minérales ferrugineuses à Clavières-d'Oulre, au Terran et à Laubaresse.

PiEnuEFORT. — Pierrefort est un chef-lieu de canton de 1,110 habitants, situé à 32 kilomètres au sud-ouest de Saint-Flour, sur un rocher dominant le Vezou. Son nom lui vient d'un château fort qui appartenait à la famille de Peyre ou de Pierre. Ce château était entouré de grosses murailles et a soutenu plusieurs sièges, notamment sous llenrilV. Le seigneur de Fontanges, ayant voulu se faire remettre sa fille enlevée par celui de Pierrefort, employa pour le siège du canon, que le roi lui fournit sur sa demande.

En 1590, les bâtiments du château servirent de magasins pour les troupes destinées à agir contre les huguenots.

Comme la précédente, celte commune, qui possède une ferme-école, est exclusivement agricole; les grains et les fourrages en sont les principales productions. L'église, dédiée à saint Jean-Baptiste, est très ancienne ; elle s'élève à côté des ruines du château ; la nef est byzantine et le choeur ogival.

Brezons. — Brezons est dans une vallée profonde, au-dessous du Plomb-du-Cantal, sur une hauteur qui domine le petit cours d'eau qui porte son nom, dans le canton de Pierrefort et à 27 kilomètres au sud-ouest de Saint-Flour ; sa population est de 951 habitants. C'était autrefois un fief dépendant de Cariât. Amblard, qui en était seigneur, fonda le monastère de Saint-Flour en 996. Ce village fut souvent ravagé pendant les guerres du xiv° et du xvi° siècle. On élève sur son territoire des bestiaux, des moutons , mais on y récolte très peu de grains. Aux environs sont les châteaux de la Griftoul et de Lavoix, ce dernier dominé par une roche énorme, et plusieurs belles cascades de 30 à 60 mètres de haut, entre autres celle que l'on nomme le Saut-de-la-Truite, sur le ruisseau de Grand-Val.

Atlas delà France Biustrée

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