VARIÉTÉS
OcTAviEN DE Saint-Gelais. — Octavien de Saint- Gelais naquit à Cognac en 1463. Après avoir fait de brillantes études au collège de Sainte-Barbe et au collège de Navarre, il embrassa l'état ecclésiastique et se livra exclusivement aux lettres. Le roi Charles VIII , qui en faisait grand cas, lui fit donner l'évcché d'Angoulème par le pape Alexandre VI, auquel le chapitre avait remis son droit de nomination. Octavien ne s'occupa plus alors que des devoirs de son ministère. Charles VIII étant mort au château d'Angoulème, le 6 août 1498, Octavien accompagna le corps de ce prince à Saint-Denis et composa plusieurs épitaphes et complaintes en son honneur. Il ne survécut pas longtemps à son bienfaiteur et mourut à Angoulème en décembre 1502, à l'âge d'environ trente-six ans. Ce poète , qui passa pour l'un des plus féconds de son temps, a laissé des ballades et des rondeaux. Dans l'une de ses complaintes, il donne à sa ville natale d'amers regrets :
Adieu vous dis, nobles et plaisanis lieux Où j'ai passé ma jeunesse premit-re, Ores vous perds; cap je suis venu vieux : Age a reçu de moi rente plénifre.
Adieu Coignac, le second paradis, Cliasteau assis sur fleuve de Cliarente, Où tant de fois me suis trouve jadis : Quant à part moi me souviens et remente Bien et soûlas que j'avois à loisir, J'en ai un deuil qui passe tout plaisir.
Mellin de Saint-Gelais. — Mellin de Saint-Gelais était, à ce que l'on croit, fils naturel d'Octavien, qui ne négligea rien pour lui donner une éducation libérale ; il embrassa aussi l'état ecclésiastique, qui alors conduisait rapidement à la fortune; et François I<"", qui appréciait ses talents, lui donna l'abbaye de Notre-Dame-des-Reclus de l'ordre de Cîteaux , dans le diocèse de Troyes. Il de-
vint dans la suite aumônier, puis bibliothécaire de Henri II, mourut en 1558 et fut inhumé dans l'église de Saint-Thomas-du-Louvre, à Paris.
Ce poète de cour était peu propre à traiter des sujets relevés, mais il excellait dans la poésie erotique; aussi eut-il de son temps le surnom d'Ovide français. Il poussa même l'esprit de galanterie jusqu'à faire des vers sur des livres d'heures, sur un psautier et sur les tableaux de quelques saints.
Il eut de son temps beaucoup de réputation; il était très caustique, et quand Ronsard fit paraître ses premiers essais, la nouvelle école ne trouva pas de censures plus redoutables que les mordantes épigrammes de Mellin- de Saint-Gelais. Ronsard le craignait; aussi écrivait-il dans sa prière au Seigneur :
Préserve-moi d'infamie.
De toute langue ennemie Et de tout esprit malin, Et fais que devant mon prince Désormais plus ne me pince La tenaille de Mellin.
Les poésies de Mellin ne manquent d'ailleurs ni de grâce ni de correction. On en jugera par l'épigramme suivante dont le tour est heureux et spirituel. Ami de Clément Marot, on peut le regarder comme son légitime successeur.
Un charlatan disoit en plein marché Qu'il monstreroit le diable à tout le monde : Si n'y eust nul, tant fust-il empesché Qui ne courût pour voir l'esprit immonde. Lors une bourse assez large et profonde Il leur déploie et leur dit : « Gens de bien, Ouvrez vos yeux, voyez, y a-t-il rien ?
— Non, dit quelqu'un des plus près regardants.
— Hé! c'est, dit-il, le diable; oyez-vous bien Ouvrir sa bourse et ne rien voir dedans. »