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FORTITUDO MEA CIVIUM FIOES

La Coluo>ne. — La Couronne-le-Palud ou La Palue, bourg situé sur la Boëme, et peuplé de 2,876 habitants, à 7 kilomètres au sud -ouest d'Angoulèrae, mérite l'attention du voyageur par l'intérêt qui s'attache aux ruines de son abbaye, dont la fondation remonte au règne de Childebert ; elle appartenait à l'ordre de Saint-Augustin. Les bâtiments du monastère passaient pour le plus magnifique monument de l'Angoumois; l'église pouvait être comparée aux plus célèbres cathédrales : elle avait 202 pieds de longueur sur 89 de largeur ; le chœur seul en comptait 39 sur 33.

Après avoir traversé les temps si agités de notre histoire et les orages mêmes de notre grande Révolution, ces constructions intéressantes à tant de titres sont en grande partie tombées sous le marteau de la spéculation, en 1808. Ce qui en reste toutefois est encore pour l'archéologue un curieux objet d'études et un spectacle digne d'admiration. Outre ces magnifiques ruines, qui ont été classées parmi les monuments historiques, La Couronne possède une église romane, un château de la Renaissance et les restes d'uu édifice gallo-romain, connu sous le nom de Four-de-Ia-Berche.

L'industrie a heureusement envahi le bourg de La Couronne ; c'est une active succursale des papeteries d'Angoulème.

Ruelle. — Ruelle, à 7 kilomètres au nord-nordesl d'Angoulème, est un bourg peuplé de 2,039 habitants, silué sur la Touvre, à peu de distance de son embouchure.

\\ doit son importance à une belle fonderie de canons de fer pour la marine, fondée, en 1750, par le marquis de .Montalembert et devenue plus tard propriété de l'État, et qu'il est aujourd'hui (1880) malheureusement question de supprimer. Ruelle possède, en outre, un château, celui de Maine- Gagnaud, qui date de la Renaissance; un moulin à poudre et plusieurs forges et hauts fourneaux. On récolte beaucoup de vin sur son territoire. C'est la patrie du général Busset.

Saint-Michel-d'E.ntraigues. — Saint-.Michel-d'Entraigues, à 6 kilomètres à l'ouest d'Angoulème et sur le chemin de fer de Nantes à Limoges, est une commune de 882 habitants, qui doit son nom à sa position au confluent des deux ruisseaux de la Charrau et des Eaux-Claires avec la Charente.

EUe possède les belles papeteries du Grand-Girac, du Martinet, de Saint-Michel, de Bassau et de Chantoiseau; on y fabrique aussi des toiles métalliques et des tuiles réputées par leur bonté. .Mais elle mérite l'attention particulière des archéologues, à cause de son église octogonale, dont on fait remonter la construction à l'an 1137. A chacun des cotés de l'octogone correspond une abside demi-circulaire, dans l'une desquelles est percée la porte d'entrée. Elle est surmontée d'une belle coupole. Réparée avec soin dans ces dernières années, elle a été rangée au nombre de nos monuments historiques à cause de la singularité de son plan.

Beaulieu. — Beaulieu, surnommé «Je Coulas, pour la distinguer des autres communes, villages ou hameaux du même nom, est une dépendance de la commune de Dignac, située dans le canton de Villebois-la-Valette, à 16 kilomètres au sud-est d'Angoulème, que nous ne mentionnons ici que pour parler de la source de la Iou,tre, qui se trouve sur son territoire.

Voici ce qu'en dit Girault de Saint-Fargeau, dans son Dictionnaire des Communes de France .• « On voit à peu de distance de ce village la belle

source de la Touvre, rivière qui naît au pied d'un coteau escarpé, et qui, dans un cours de 12 kilomètres, alimente la belle fonderie de Ruelle, plusieurs papeteries et fait tourner un grand nombre de moulins. La source de la Touvre est digne de rivaliser avec celle de Vaucluse. C'est un bassin de forme circulaire qui se divise en deux parties : l'une, le Dormant, formée d'eaux en quelque sorte dormantes; l'autre, le 5o2«^J««^, d'eaux jaillissantes dont le bouillonnement s'élève quelquefois à 30 centimètres au-dessus du niveau de l'eau. Ce gouffre est situé au pied d'un roc calcaire très escarpé en forme de fer à cheval, à peu près comme celui qui domine la source de la Sorgue, à Vaucluse. Au sommet aride du rocher s'élèvent, encombrées de ronces et suspendues d'une manière effrayante audessus du gouffre, les ruines du château deRavaillac.

» On attribue l'origine de la Touvre au Bandiat et à la Tardoire, rivières qui coulent à quelque distance sur un terrain plus élevé et qui perdent insensiblement de leurs eaux jusqu'à la fin de leur cours. Des expériences faites par des naturalistes ont donné à cette origine une grande probabilité. Le gouffre de la Touvre a la forme d'un cône renversé, dont la base forme le bassin de la rivière, et dont le fond paraît, dans les beaux temps, traversé par une infinité de pointes de rochers accumulés les uns sur les autres. La sonde que des observateurs ont jetée dans ce bassin, sans pouvoir en déterminer au juste la profondeur, en est rarement revenue ; les rochers, qui obstruent les passages, s'opposent presque toujours au retour des objets pesants que l'on introduit dans l'intérieur de ce gouffre. »

La Touvre, comme le Loiret, porte bateau à sa source et serait navigable, si ce n'étaient les nombreuses usines qui en utilisent le cours et la pureté des eaux. Nous avons déjà rapporté ce dicton local: a La Touvre est pavée de truites, lardée d'anguilles et bordée d'écrevisses. » Voilà un Eldorado tout trouvé pour les amateurs de la pèche.

L.\ Rochefoucauld. — La Rochefoucauld [Ruj)es Fucaldi), chef-lieu de canton peuplé de 2,733 habitants, à 22 kilomètres nord-est d'Angoulème, sur la Tardoire, est le berceau de la puissante famille qui a illustré ce nom. Cette terre avait depuis longtemps déjà le titre de baronnie, lorsqu'on 1513 elle fut érigée en comté en faveur de François P'" de La Rochefoucauld, chambellan des rois Charles VIII et

Louis XII, assez estimé à la cour pour avoir eu l'honneur de tenir sur les fonts baptismaux François I" de Valois, qui devint depuis roi de France. Trois siècles après, l'influence toujours croissante de la maison de La Rochefoucauld déterminait l'érection de l'ancien comté en duché-pairie.

Le seigneur le plus illustre de cette famille fut François VI, prince de Marsillac, né en 1613. Sa liaison précoce avec l'ambitieuse duchesse de Longueville le lança de bonne heure dans la politique, fort agitée à cette époque. François fut un des héros de la Fronde ; au combat du faubourg Saint- Antoine, il reçut un coup de mousquet qui le priva de la vue pendant quelque temps. Il était jeune, il était amoureux, il fut poète. On se rappelle encore ces vers tirés d'une de ses tragédies bien oubliées aujourd'hui, Alcyonée :

Pour mériter son cœur, pour plaire à ses beaux yeux, J'ai fait la guerre aux rois, je l'aurois faite aux dieux.

La transparence de l'allusion en explique le succès ; mais ce n'est pas la poésie qui devait faire la gloire de cet esprit froid et observateur, de ce cœur un peu sec : c'est l'auteur des Maximes surtout, que la France a adopté parmi ses illustrations littéraires. Il a un autre titre encore à la reconnaissance de la postérité ; il ne se contenta pas d'encourager les lettres par son exemple : sa maison fut grande ouverte à toutes les célébrités de son temps; Racine, Boileau, M""" de Sévigné et de La Fayette, trouvèrent au château de La Rochefoucauld une hospitalité digne d'eux. Le parc, dont les ombrages ont abrité ces glorieux talents, est aujourd'hui la promenade publique de la ville. Le vieux manoir, qui date du moyen âge, est d'une architecture remarquable ; il est flanqué de quatre grosses tours rondes à combles pyramidaux, dominés à leur tour par un donjon plus élevé et qui paraît d'une construction beaucoup plus ancienne. Le parc et le château ne sont pas les seules curiosités de la ville ; on y remarque, en outre, deux anciennes églises, l'une du xi° et l'autre du xni" siècle, et un vieux pont sur la Tardoire.

La Rochefoucauld ne se compose que d'une rue bâtie sur la grande route d'Angoulème à Limoges et sur la rive droite de la Tardoire. Quelques fabriques de toiles, droguets, rubans de fil, quelques tanneries constituent, avec un commerce de bois, merrain, lattes, futailles, bestiaux et fil, les ressources industrielles du pays.

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Château de La Rochefoucauld.

Les armes de La Rochefoucauld sont : bureîlé d'argent et d'azur de dix pièces, à trois chevrons de gueules brochant sur le tout.

Rancogne. — liancogne, petit village à 22 kilomètres d'Angoulême , peuplé de 421 habitants, canton de La Rochefoucauld , dont il n'est éloigné que de 5 kilomètres, possède quelques mines de fer d'une exploitation coûteuse et à peu près abandonnée aujourd'hui ; mais il doit une certaine célébrité aux grottes ou cavernes qui existent dans les cavités des montagnes environnantes. L'entrée en est située à quelques mètres au-dessus du cours de la Tardoire. On ne pénètre sous ces voùles sombres et profondes qu'à travers d'étroits passages resserrés entre d'énormes rochers. Deux ruisseaux arrosent ces demeures souterraines; l'un d'eux coule à une telle profondeur, que le bruit de ses eaux rapides et brisées dans leur course ressemble aux vibrations de cloches mises en branle. Le

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principal intérêt de celle excursion, que les inégalités du sol rendent pénible, est dans le curieux spectacle qu'offrent les parois des grottes couvertes de stalactites de formes bizarres et variées, de couleurs changeantes selon les reflets de la lumière qu'on en approche. Le dimension exacte des cavernes de Rancogne n'a pas encore été déterminée; la température en est douce et égale.

Rancogne, dont l'église date du xii° siècle, a conservé quelques restes de son vieux château.

Saint-A.\ia.nd-de-Boixe. — Saint-Amant-de-I!oixe, [Sanclus Amantius de Buxia), chef-lieu de canton, à 19 kilomètres au nord d'Angoulême et sur un coteau qui domine le cours de la Charente, doit son origine et son nom à une abbaye de bénédictins fondée vers la fin du vi« siècle. Des anciens bâtiments de cette abbaye il ne reste, à droite de l'église, que les débris du cloître qui datait des xi:i^ et XIV' siècles. De l'ancienne église abbatiale,

iT. — Charente, 3= Liv.

qui appartenait au style roman, on ne voit guère que la nef et quelques ruines des transepts et du chœur. On remarque encore la crypte où pendant plusieurs siècles reposèrent les restes de saint Amand. L'église et les débris du cloître ont été rangés au nombre de nos monuments historiques. Saint-Amand-de-Boixe est aujourd'hui une commune agricole de 1,738 habitants; elle doit à sa proximité du chemin de fer de Paris à Bordeaux (2 kilomètres et demi), dont elle est une des stations, une prospérité croissante. Dans la forêt voisine, on rencontre plusieurs dolmens de l'époque anté-celtique.

MoNTBRON. — Montbron , chef-lieu de canton de 3,264 habitants, situé à 29 kilomètres à l'est d'Angoulème, sur la rive gauche de la Tardoire et à l'extrémité orientale du déparlement, possède des usines, des forges et une importante papeterie.

Nous citons cette commune à cause de son église romane, l'une des plus curieuses du département, et qui a été classée à bon droit au nombre de nos monuments historiques. Elle présente une nef unique, voûtée en berceau; une abside demi-circulaire entourée de cinq chapelles et un beau clocher octogonal; elle a été restaurée dans ces dernières années.

A 1 kilomètre au nord-est, on voit l'élégant château de Ferrières.

Barbezieux (lat. 45° 28' 24"; long. 2" 29' 28" 0.). — Barbezieux [Bariisellum), à 40 kilomètres sudouest d'Angoulème, chef-lieu d'arrondissement, peuplé de 4,007 habitants, siège d'un tribunal de première instance et de commerce et d'une société d'agriculture, dépendant autrefois du diocèse et de l'élection de Saintes, du parlement de Bordeaux et de l'intendance de La Rochelle, est une petite ville sur l'origine de laquelle les documents sont très incertains et très incomplets. Un château construit sur une éminence et autour duquel des habitations vinrent se grouper, la longue possession de ce manoir par une famille respectée dans le pays, telles sont les probabilités plutôt que les certitudes que nous pouvons offrir à nos lecteurs sur les premiers temps de l'existence de Barbezieux. Au xi° siècle, le célèbre monastère de Sainte-Marie, à Saintes, avait pour abbesse une dame Agnès, de la maison de Barbezieux, qui administra avec une grande vigueur et une parfaite entente des alTaires les biens

de la communauté, fort négligés par les supérieures auxquelles elle succédait. Les réclamations dont elle se fit l'organe infatigable , les nombreuses et importantes restitutions qu'elle obtint au profit du couvent, le droit de battre monnaie qu'elle revendiqua pour son abbaye méritèrent à sa mémoire une réputation de zèle et d'habileté qui est parvenue jusqu'à nous. Peu d'années après la mort de la digne abbesse, sa famille trouvait une illustration d'un tout autre genre dans les infortunes amoureuses d'un certain Puchard de Barbezieux, poète et chevalier d'armes, dont les vers sont un peu oubliés. Ses exploits n'ont jamais eu grand retentissement, mais on se rappelle encore sa folle passion pour M™° de Tonnay-Charente. Il tremblait sous son regard comme le poussin sous les serres du milan ; &i il paraît que ni sa respectueuse et craintive tendresse, ni la poétique expression de sa flamme, ni ses prouesses comme paladin n'étaient parvenues à attendrirle cœur de la cruelle. Voyant ses vœux repoussés , ayant même eu le malheur d'encourir la disgrâce de son inflexible maîtresse, il se retira dans une caverne au fond des bois, y vécut deux années entières et y serait mort sans doute sans les nombreuses sympathies que lui attira une fidélité si exemplaire. Cent couples amoureux, cent dames et cent chevaliers s'aimant par amour, se rendirent en pèlerinage auprès de M""" de Tonnay-Charente (c'est la condition qu'elle avait mise à son pardon, la supposant sans doute inexécutable) pour implorer la grâce du pauvre poète; elle ne céda que devant les supplications des solliciteurs adressées à genoux et les mains jointes. Le vieux chroniqueur n'a oublié qu'une chose dans son récit, c'est de nous dire jusqu'où étaient allées les faveurs de la réconciliation. Les dames de la maison de Barbezieux avaient sans doute à cœur de venger le martyre de leur parent. Versla même époque, il estquestion, dans l'histoire, d'une passion tout aussi profonde, inspirée par une dame Tiberge de Barbezieux au fameux troubadour Bertrand de Born , seigneur de Hautefort ; il manque seulement au parallèle quelques détails sur les cruautés de libelle. Il est temps cependant de nous arracher aux rivages de ce fleuve du Tendre ; l'histoire de Barbezieux devient plus sérieuse. Henri III d'Angleterre se replie sur Barbezieux après sa défaite à Taillebourg, et Louis IX désigne Itier de Barbezieux comme un des otages de la trêve conclue entre lui et le roi d'Angleterre. La sei-

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gneurie de Barbezieux passe ensuite dans la maison de La Rochefoucauld , qui la possédait encore lors de la fameuse insurrection contre le droit de gabelle; c'est dans les murs de cette ville, dont ils s'étaient rendus maîtres, que les insurgés, les peiaux , décernèrent le commandement de toutes leurs forces à Puymoreau, châtelain du pays, et le proclamèrent couronal de Saintonge. liarbezieux paya son tribut aux guerres de religion : les protestants s'en emparèrent en 1562 et y commirent toutes sortes d'excès; les habitants lurent surtout très sensibles à la profanation et à la dispersion des reliques de saint Matthieu, qui y étaient l'objet d'une pieuse vénération. Les derniers faits que nous ayons à citer sont la succession des Louvois aux La Rochefoucauld dans la seigneurie de Barbezieux et le passage de Louis XIII lors de son voyage à Bordeaux. \\ ne reste aujourd'hui que de rares et insignifiants débris des époques passées; les anciennes fortifications ont été rasées au xvn° siècle; les Anglais avaient démoli le vieux château pendant les guerres de Guyenne; celui que fit reconstruire Marguerite de La Rochefoucauld sert aujourd'hui de prison.

L'importance actuelle de Barbezieux réside dans les richesses agricoles de son territoire, dans la prospérité de ses fabriques de toile, dont la réputation est aussi ancienne que méritée, dans la supériorité de ses tanneries et dans un commerce considérable de grains, truffes, chapons truffés, volailles et bestiaux. La ville, qui est en communication avec la grande ligne de Bordeaux par un petit tronçon de 19 kilomètres, se déploie en gracieux et pittoresque amphithéâtre sur le penchant d'une colline de 102 mètres d'aUitude, au pied de laquelle s'étend une plaine vaste et fertile. A part son hippodrome et ses promenades, elle n'offre rien de remarquable. C'est la patrie d'Élie Vinet, auteur des Antiquités de Saintes et de Bordeaux et d'un livre très savant sur Ausone, Solin et Pomponius Mêla.

Les armes de Barbezieux sont : d'or, à un écusson d'azur en alime.

Ch.\l.\is. — Chalais, chef-lieu de canton peuplé de 831 habitants, sur la rive droite de la Tude, à 29 kilomètres au sud-est de Barbezieux, est une ancienne seigneurie apportée en dot par Agnès, fille d'Olivier de Chalais, dans la famille de Talleyrand, et qui devint principauté au xv« siècle, grâce

au crédit dont cette famille jouissait à la cour. Charles I"de Talleyrand, descendant au cinquième degré de cette union, est le premier qui ait porté le titre de prince de Chalais. Son fils Jean I" fut premier maître d'hùtel de la reine Anne de Bretagne. .Mais la cour est un terrain glissant, ses faveurs se changent souvent en cruelles disgrâces, et l'histoire oubliera les prospérités de Jean I" plus vite que la mort tragique de Henri de Talleyrand , prince de Chalais. Ce dernier, héritant du crédit de ses ancêtres, parut à peine à la cour de Louis XllI, qu'il fut nommé grand maître de la gardo-robe , devint le favori de Gaston, frère du roi, et l'amant de la fameuse duchesse de Chevreuse. Un seul nuage planait sur cette éclatante fortune. Richelieu, qui abandonnait volontiers à cette frivole jeunesse la joie des fêtes et les loisirs de la galanterie, entendait se réserver le gouvernement de l'État ; son pouvoir était insupportable aux princes du sang, à leurs courtisans surtout, qui ne voyaient dans l'habile administration du cardinal qu'une usurpation, et dans sa personne le seul obstacle qui les séparât du trône. Chalais conspira; Richelieu en obtint la preuve, le fit condamner à mort, et, redoutant les instances du roi et de Gaston pour soustraire Chalais à un châtiment qui devait servir de terrible exemple, ayant appris que pour retarder l'exécution on avait fait disparaître le bourreau , il prit pour instrument de son implacable justice un cordonnier détenu dans les prisons de Nantes. Cet homme, inhabile à ce nouvel office, armé d'une espèce de hache de tonnelier, frappa de plus de trente coups le malheureux Chalais avant de séparer sa tète de son corps.

Si le nom de Chalais nous rappelle ce triste drame, les lieux mêmes nous retracent le souvenir d'une scène non moins sanglante : le 17 juin 1432, Charles VII venait de reprendre la ville sur les Anglais; l'ennemi, en fuyant, avait laissé dans le château quatre-vingts soldats blessés; le vainqueur fut sans miséricorde et les fit décapiter jusqu'au dernier. Les murailles qui défendaient autrefois la ville et en faisaient une place de guerre ont presque complètement disparu. L'église, qui date du xu» siècle, et le château qui domine la ville, construite elle-même sur une éminence, sont les seuls monuments des âges passés qui aient résisté aux ravages du temps.

MoNTMOREAU. — Moulmoreau [Mons Moraldi)

est un chef-lieu de canton de 785 habitants, agréablement situé à 27 kilomètres à l'est de Barbezieux, sur la pente d'une colline dont le pied est baigné par la petite rivière de la Tude, affluent de droite de la Dronne. L'église, récemment réparée, appartient au gothique fleuri du xn" siècle; elle a été classée au nombre de nos monuments historiques; l'ancien château, qui dominait le bourg, a été converti en résidence de la brigade de gendarmerie. Montmoreau est une commune exclusivement agricole.

A 2 kilomètres au nord-ouest est la petite commune de Saint-Eulrope (194 habitants), qui présente celte particularité linguistique, que c'est un îlot de dialecte limousin au milieu d'une population de langue d'oil.

AuBETERRE. — Aubctorre [Albaterra), chef-lieu de canton peuplé de 751 habitants, à 39 kilomètres au sud-est de Barbezieux, est une petite ville d'un aspect très pittoresque, bâtie en amphithéâtre sur le penchant d'une colline que dominent les ruines de l'ancien château.

La petite rivière de la Dronne divise Aubeterre en deux parties inégales; la plus considérable est sur la rive droite. Ce cours d'eau formait autrefois la limite des élections d'Angoulème et de Périgueux. La colline sur laquelle s'appuient les maisons de la ville est tellement abrupte que les toits sont immédiatement dominés par les jardins ou les prés, ce qui a donné lieu à ce dicton local : que les vaches doivent bien se garder d'y paître dans les prés de peur de tomber dans les greniers. Quant au château qui s'élevait sur un énorme rocher calcaire, détaché par une coupure de la masse de la colline, il n'en reste plus que des pans de murs couverts de lierre, un pavillon dans lequel se trouve une petite chapelle et une moitié de tour qui remonte au xiv'' siècle.

L'église paroissiale de Saint-Jean est une construction fort intéressante; elle a été taillée dans le roc, sous la cour du château. Elle dépendait autrefois d'une abbaye de l'ordre de Cîteaux. Plusieurs autres établissements religieux, notamment un couvent de minimes, dont il reste encore la chapelle, existaient dans la ville, dont la seigneurie, ayant litre de comté et de marquisat, s'étendait sur vingtdeux paroisses.

Aubeterre fabrique des toiles, possède une papeterie et fait un commerce de truffes.

Cognac (lat. 45° 41' 46"; long. 2° 39' 57" 0.). — Cognac {Condate, Coniacum Pictonum, Campiniactim, Connacum, Cominniacum), à 51 kilomètres ouest d'Angoulème, station de la ligne de Nantes à Limoges, chef-lieu d'arrondissement, est une ville peuplée par 14,900 habitants, siège d'un tribunal de première instance et de commerce, d'une société d'agriculture et d'un collège communal; elle faisait jadis partie de la Saintonge. On a cru reconnaître dans Cognac l'ancienne cité de Condate, bâtie sur la voie romaine de Lyon à Saintes; elle eut sans doute, dès les premiers temps de notre histoire, une importance que les documents actuels sont impuissants à constater. C'est seulement au xni'' siècle que son rôle historique commence. De 1238 à 1262, trois conciles y sont tenus par les archevêques de Bordeaux, ayant pour but principal la réglementation de la discipline ecclésiastique. Dans le second de ces conciles, tenu en 1260 par Pierre de Roncevaux, on réforma les abus qui s'étaient introduits dans les monastères et dans l'Église. On défendit au peuple de veiller dans les églises, à cause des désordres qui s'y commettaient. On défendit d'y célébrer la fête des Fous. Défense est faite, est-il dit dans un des canons, de danser dans les églises; de porter un mort au lieu de sa sépulture avant qu'il ait été porté, suivant la coutume, à l'église paroissiale; la guerre des coqs (combat des coqs) est prohibée sous peine d'anathème à cause des inconvénients auxquels elle donnait lieu, etc.

La seigneurie de Cognac appartenait à cette époque, à la famille des Lusignan, comtes de La Marche, auxquels Isabelle Taillefer, veuve de Jean sans Terre, avait apporté en dot, par son second mariage, le comté d'Angoulème. Aussi l'histoire de Cognac est-elle étroitement liée à celle de la capitale de l'Angoumois. Pendant la longue lutte contre l'Angleterre, sous les comtes et ducs apanagistes, l'intimité des rapports augmenta encore. Cognac était la résidence de prédilection des seigneurs d'Angoulème; ils y avaient fait construire et fortifier un château qu'avoisinait un étang d'une grande étendue, surcroit de défense très utile à ces époques de guerres si fréquentes, embellissement des promenades pendant les loisirs de la paix. C'est au pied d'un arbre du parc de Cognac que Louise de Savoie, surprise par les douleurs de l'enfantement, mit au monde le fils qui fut plus tard François I". Ce monarque conserva toujours un souvenir sym-

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pathique pour le pays qui l'avait vu naître. Au retour de sa captivité de Madrid, il vint passerunmois entier au château de Cognac; il y convoqua une assemblée de notables pour prendre l'avis de ses sujets avant de ratifier le traité qui lui rendait la liberté. C'est, dit-on, pendant ce séjour, que sa mère, dans des intentions qu'il nous répugne de sonder, lui présenta la belle duchesse d'Étampes. Moins d'un siècle plus tard, le château de Cognac était le Ihi'âtre d'une autre scène, où une mère de sang royal aussi tenait une conduite plus digne de son litre et de son rang. C'était le lendemain de la bataille de Jarnac. Jeanne d'Albret s'était réfugiée à Cognac avec ceux des chefs protestants qui avaient échappé à la sanglante défaite; elle réunit autour d'elle ces derniers défenseurs de sa fortune, et, leur présentant son fils, le prince de Béarn, et son neveu, le jeune Henri de Condé : « Voici, mes amis, leur dit-elle, deux nouveaux chefs que Dieu vous donne, et deux orphelins qui se placent sous votre garde. » Nous ne nous étendrons pas sur les épisodes d'un intérêt secondaire dont Cognac fut le théâtre, soit pendant les guerres de la Ligue, soit pendant les troubles de la Fronde ; sur ce triste sujet, les annales de toutes les villes de la province se ressemblent; le nom des lieux change, mais les faits sont à peu près les mêmes partout.

Nous devons signaler sur un autre point une dissemblance entre Cognac et les autres cités de l'Angoumois, sans même en excepter la capitale : c'est que là l'esprit municipal se releva beaucoup plus tôt. La constitution de la commune y remonte à une époque fort éloignée.

La position de Cognac sur la rive gauche de la Charente est aussi riante que pittoresque. La ville, dont les constructions sont cependant étroites et mesquines, les rues tortueuses, est bâtie sur une éminence qui domine les délicieux paysages arrosés par la Charente. Deux églises, dont l'une gothique et l'autre moderne, la chapelle de Louise de Savoie, une vieille porte flanquée de tours, l'ancien château ducal, transformé en magasins à eau-devie, et les allées du petit parc sont, avec une statue équestre de François I", les seules curiosités de la ville.

Le nom de Cognac à lui seul dit toute l'étendue de son commerce. On pourrait ajouter que l'excès de cette renommée lui est nuisible par le nombre et l'importance des contrefaçons qu'il encourage. Les eaux-de-vie de Cognac s'apprécient et se ven-

dent dans le monde entier; ce n'est pas seulement la grande ressource d'une ville, c'est une richesse nationale. Cognac possède, en outre, des manufactures de faïence, des tanneries, et joint à son commerce principal celui des vins, esprits, genièvres et graines de lin. C'est la patrie de François I" et du général Daniau-Dupérat.

Les armes de la ville sont : d'argent, à la figure du roi François P' à cheval, revêtu d'azur et de gveides, tenant un sceptre d'or, monté sur un cheval de sable, au chef d'azur, chargé de trois fleurs de lis d'or.

Sai.nt-Biuce. — Saint-Brice, à 5 kilomètres à l'est de Cognac et sur la rive droite de la Charente, ne compte que 690 habitants. Son église, creusée dans le roc, date du V et du xi" siècle. C'est dans son château qu'eut lieu, en 1586, la première entrevue entre Catherine de Médicis et le jeune roi de Navarre.

Sur le territoire de celte commune, on voit un beau dolmen appelé dans le pays la pierre à la Vache, et aussi, à 2 kilomètres au nord-est du village, les ruines de l'église de Châtres, aujourd'hui convertie en grange. La façade, qui date du xu* siècle, est encore assez bien conservée ; elle est remarquable par son ornementation ; le chœur est ogival, et il y a trois coupoles sur la nef et une plus grande sur la croisée; celte église dépendait d'une ancienne abbaye d'augustins dont il ne reste plus de traces.

jAiiNAC, — Jarnac, station de la ligne de Nantes à Limoges, chef-lieu de canton peuplé de 4,979 habitants, à 12 kilomètres à l'est de Cognac, doit sa célébrité d'abord à un dicton populaire, coup de Jarnac, coup porté d'une façon déloyale, dicton qui date d'un duel dont Saint-Germain-en-Laye fut le théâtre, le 10 juillet 1547, entre un sire de La Châteigneraie et un seigneur de Jarnac. Ce dernier frappa à l'improviste son adversaire de deux coups au jarret gauche, qui déterminèrent le succès du combat, mais qui n'étalent pas dans les règles admises. L'autre fait, beaucoup plus important, qui a rendu le nom de Jarnac historique, est la bataille que se livrèrent non loin de ses murs, sur les bords du ruisseau de Bassac, les armées catholique et prolestante. Le duc d'Anjou, qui régna depuis sous le nom de Henri lU, commandait les catholiques; il franchit le ruisseau qui séparait les

deux armées avant que Coligny, son adversaire, eût eu le temps de rallier ses forces cparses; les trois corps principaux dont elles se composaient furent défaits successivement. Condé, qui en commandait un, blessé la veille par une chute de cheval et portant le bras en écharpe, arriva le dernier sur le terrain. Au moment où il rejoignait Coligny, la monture de son beau-frère, le comte de La Rochefoucauld , lui cassa la jambe par une ruade. Sans s'émouvoir de ce nouvel accident, présage sinistre du sort qui l'attendait : « Allons, noblesse française, s'écria-t-il en s'adressant à 300 gentilshommes environ qui l'entouraient et auxquels il montrait sa jambe, voici le combat que nous avons tant désiré; souvenez-vous en quel état Louis de Bourbon y entre pour Christ et sa patrie. » C'était une allusion à la devise de sa cornette :

Doux le péril pour Christ et le pays.

Ptiis il s'élança au milieu de la mêlée ; il fut bientôt entouré par ses ennemis, dont le nombre ne lui laissait aucune espérance de salut ; ses compagnons lui conseillaient la retraite : « A Dieu ne plaise, répondit-il, qu'on dise jamais que Bourbon ait fui devant ses ennemis 1 » Obligé cependant de céder à la masse des assaillants, il se rendit à d'Argence, gentilhomme qui devait la vie à ce prince et qui fit tous ses efforts pour sauver la sienne; mais, ayant été reconnu par les compagnies du duc d'Anjou et voyant ces troupes marcher à lui, il dit à d'Argence : « Je suis mort, tu ne me sauveras jamais.» En effet, Montesquieu, capitaine des gardes du duc d'Anjou, arrive : « Tuez, tuez, » s'écrie-t-il en jurant, et lui-même, d'un coup de pistolet, il casse la tête au malheureux prince. Des deux côtés, l'acharnement était extrême. Un vieillard calviniste nommé La Vergue défendit le corps du prince avec vingt-cinq jeunes gens, ses fils, pelits-fils et neveux, jusqu'à ce que lui-même et quinze des siens fussent tués et presque tous les autres faits prisonniers. Le duc d'Anjou déshonora sa victoire par la joie la plus indécente et les vengeances les plus ignobles : il se fit apporter le corps du premier prince du sang attaché sur une vieille ânesse, et il l'insulta par les plus lâches quolibets.

C'est à ce propos que courut le mauvais quatrain si souvent cité :

L'an mil cinq cent soixante-neuf.

Entre Jarnac et Chàteauncuf, Fut porté mort sur une ânesse Le grand ennemi de la messe.

Il y a quelque chose de triste et de répugnant à voir un poète famélique célébrer, même dans de mauvaises rimes, un véritable assassinat; mais combien n'est-il pas plus affligeant encore de voir le fanatisme religieux égarer les meilleurs esprits au point d'inspirer à Ronsard lui-même des vers tels que ceux-ci, à propos de la défaite des prolestants à Jarnac :

Ils ont été foudroyés.

Foudroyés Sur les bocds de la Charente; Charente, qui prend son nom

D'Achéron, A leurs esprits sert de guide El d'esbat pour traverser

Et passer Au rivage Achéroutide.

Jarnac est situé au milieu d'un charmant paysage, sur la rive droite de la Charente, ([uc traverse en cet endroit un pont suspendu d'une construction hardie, élégante et solide. Aucun vestige ne reste du vieux et magnifique château de Jarnac, construit en 1467, ni des magnifiques jardins qui l'entouraient; maison voit encore quelques restes des anciens remparts. La ville est bien bâtie ; elle possède de nombreuses distilleries; il s'y fait un commerce considérable de cuirs, de bestiaux, de bons vins rouges, et surtout d'eaux-de-vie dites de Cognac, qui se distillent dans les communes environnantes.

Bassac. — Bassac, surla Charente, à 8 kilomètres à l'est de Jarnac et à 22 de Cognac, compte 718 habitants. Cette commune doit son origine à une abbaye fondée en 1009, dont l'église existe encore et qui est rangée au nombre de nos monuments historiques. Elle n'a pas de bas côtés, et le clocher, formé de quatre étages en retrait, se termine par une belle flèche pyramidale à écailles imbriquées. A l'intérieur, on remarque de belles boiseries qui semblent appartenir au xvii° siècle. Bassac était autrefois entouré de murs ; le monastère et l'église étaient fortifiés; on voit encore sur cette dernière des ouvertures en forme de meurtrières.

C'est sur le territoire de cette commune, dans la plaine qui longe la Charente et s'étend jusqu'à Triac, que fut livrée la bataille de Jarnac. Une pyramide en pierre, élevée en 1770, détruite en 1793, rétablie il y a plusieurs années, se dresse à 1 kilomètre au nord de Bassac, au lieu même où le prince de Condé fut lue.

CHARENTE

Segonzac. — Segonzac, chef-lieu de canton, à 12 kilomètres au sud-est de Cognac, est une petite ville de 2,809 habitants, agréablement située au pied d'une colline d'où l'on découvre une belle vue; elle tire toute son importance des eaux-de-vie que l'on obtient de la distillation des vins que l'on tire de son canton qui forme, pour la plus grande partie, ce que l'on appelle la Grande-Champagne, territoire dont la composition géologique a beaucoup de rapports avec celui de l'ancienne province de Champagne. Les eaux-de-vie de la Grande-Champagne, et principalement celles des communes de Salles, de Graté, de Gimeux, d'Angles et d'Angeac, sont réputées les plus Qnes du monde. Segonzac est l'entrepôt du commerce de ces eaux-de-vie, connues des appréciateurs sous le nom trop prodigué à Paris de fine Champagne.

S.\iNT-FoRT. — Saint-Fort-sur-Né, à 12 kilomètres au sud de Cognac, canton de Segonzac, est un village peuplé de 573 habilants, qui doit sa célébrité à un monument mégalithique élevé sur son territoire, à 1 kilomètre au nord-est du village, entre Saint-Fort et Lavoure. Il consiste dans une pierre rougeàtre, ayant la forme d'une table à peu près carrée, d'une épaisseur moyenne de 43 centimètres et d'un poids approximatif de 40,000 kilogrammes. Elle est supportée par trois pierres debout, hautes de 1 mètre 50 centimètres et larges de 2 mètres, reliées à leur base par des blocs informes recouverts depuis longtemps de terre. Les conjectures les plus diverses ont été formées sur la destination primitive de cette construction. Les suppositions les plus admissibles sont celles qui voient en elle un autel ou un tombeau. Le christianisme, dès son apparition, a dirigé dans la voie de ses croyances le sentiment religieux qui s'attachait à ces ruines vénérées. La tradition païenne s'est effacée depuis longtemps devant une touchante légende qui, pour les habitants de la contrée, résume toute Ihistoire de la pierre de Saint-Fort.

Les gens du pays prétendent que la sainte Vierge apporta cette pierre énorme sur sa tête ; qu'elle avait en même temps les quatre piliers dans son tablier, mais qu'elle en laissa tomber un dans la mare de Saint-Fort, c'est-à-dire en traversant la petite rivière du Né, et qu'en conséquence il n'en resta plus que trois. Le monument de Saint-Fort est placé dans un lieu élevé, en pleine Champagne, d'où l'on découvre, du cùté de la Saintonge, un

pays couvert de riches vignobles du plus riant aspect.

CiiATEAU.NKUF. — Chàteauncuf-sur-Cliarente [Cas- Ironovum, Neocastrum), station de la ligne de Nantes à Limoges, chef-lieu de canton, est une petite ville de 3,774 habitants, située à 27 kilomètres au sud-est de Cognac, dans une contrée fertile et sur la rive gauche de la Charente. C'était autrefois une ville forte que Charles V prit, en 1380, après un long siège de quatre années contre les Anglais. Charles d'Orléans y mourut en 1495. Aujourd'hui, elle possède des papeteries, des tonnelleries, des chapelleries et elle fait un certain commerce de vins, d'eaux-de-vie, de sel, de merrain et de bestiaux. Elle tire une nouvelle importance de sa situation sur le chemin de fer de Nantes à Limoges et au point de départ de l'embranchement de Barbezieux qui doit être prolongé un jour jusqu'à Coutras.

Dans les environs, à 7 kilomètres à l'ouest, on voit sur une plate-forme entourée de fossés les ruines du château de Bouteville, qui, au xvu= siècle, appartenait à une branche de la famille de Montmorency et dans la chapelle duquel fut inhumé le corps de François de Montmorency-BouteviUe, viceamiral, décapité en 1627 par ordre de Richelieu, pour avoir enfreint l'édit sur les duels.

Dans les environs de Châteauneuf, on exploite de belles carrières de pierre de taille.

Co.xFOLENS (lat. 46° 0' 41"; long. 1° 30' 43" 0.). — CanM&xïè^Con/luentes Le7novicum),!x 76 kilomètres au nord-est d'Angoulème, chef-lieu d'arrondissement peuplé de 2,827 habitants, siège d'un tribunal de première instance, d'un collège communal et d'une société d'agriculture, doit son nom à sa situation au confluent de la Goire et de la Vienne. C'est une ville fort ancienne, que traversait une voie romaine dont les traces sont très reconnaissables à BriUac. Toutefois, les documents historiques possédés sur Confolens ne remontent guère au delà du xi° siècle. Le duc de Guyenne fait don de cette seigneurie, une des plus considérables de l'Angoumois, à Guillaume II, comte d'Angoulème. Celte riche possession est bientôt disputée à ses nouveaux maîtres. En 1091, Boson III, comte de La Marche, est tué en en faisant le siège; un peu plus tard, Adhémar de La Rochefoucauld parvient à s'en emparer avec l'aide de Guillaume IX, duc de Guyenne;

mais Wulgrin II la lui reprend quelque temps après. De la maison d'Angoulème, Confolens passa dans celle de Chabanais, puis dans celle de Thouars, et de cette famille à Jean de Vendôme. La seigneurie fut érigée en comté par Henri IV au profit d'un chevalier de Châteauvieux; enfin ses derniers possesseurs furent un fils puîné du duc de La Vieuville et, en 1786, le comte de Nieul. La part active que les habitants prirent aux guerres de religion, surtout pendant la seconde moitié du xvi° siècle, et l'ancienneté de leurs franchises municipales sont les points capitaux de leur histoire.

La ville, construite encore presque complètement en bois, est d'un aspect assez triste; les rues en sont étroites et tortueuses. Les églises de Saint- Christophe et de Saint-Maxime, la chapelle de Saint- Darthélemy, l'ancien pont et le pont moderne sur la Vienne, enfin la tour carrée, unique reste du vieux château, sont à peu près les seuls monuments qu'on puisse citer. Mais la situation de Confolens, entouré de pâturages fertiles, à une longue distance de toute cité rivale, au milieu de campagnes peu ou mal exploitées, lui promet un riche et brillant avenir que pressent et commence à réaliser le génie des habitants. L'élève des bestiaux, une fabrique d'étoffes, des fabriques de ganses, des clouteries, des tanneries, une grande minoterie, un commerce considérable de bois de construction et de merrain constituent les principales richesses de Confolens. La ville possède un asile d'aliénés.

C'est la patrie de l'historien dom Rivet.

Esse. — Esse est à b kilomètres au nord-est de Confolens, sur des collines qui dominent le cours de la Vienne et de l'Issoire, un de ses affluents de droite. C'est une petite commune de 1 ,375 habitants, dont l'église, qui date du xiu^ siècle, est assez curieuse à visiter ; on y voit de belles sculptures.

Près du petit hameau du Repaire, qm dépend de celle commune, à l'exlrémilé d'un champ et à peu de distance de la roule de Lesterps à Confolens, on remarque une pierre brute de forme à peu près pyramidale, ayant 2 mètres 60 centimètres de hauteur verticale, 1 mètre 80 de largeur à la base et environ 1 mètre d'épaisseur moyenne ; la face la plus unie est tournée et légèrement inclinée vers le soleil levant. Cette pierre esl d'une espèce de roche granitique très dure et très abondante dans le pays, quoiqu'on n'en aperçoive pas aux environs du lieu où elle est située. C'est encore un de ces

monuments mégalithiques si communs dans l'Angoumois.

Sai.\t-Ger.main. — Sainl-Germain-de-Confolens, à 4 kilomètres au nord de Confolens, petit village peuplé de 323 habitants, possède une des ruines les plus intéressantes que le département puisse offrir à la curiosité des voyageurs et aux investigations des archéologues.

Un peu au-dessous du village, la Vienne forme une île d'un riant aspect et d'une étendue peu considérable. Là, au milieu d'un petit bouquet de bois, à peu près au centre de l'île, s'ouvre une excavation peu profonde dans laquelle on descendait autrefois par quatre marches dont les deux dernières sont aujourd'hui couvertes par les détritus de la végétation environnante, qui, en s'accumulant, ont exhaussé insensiblement le fond de la cavité. Des murs dégradés par le temps soutiennent les terres de chaque côté jusqu'au niveau du sol; les dimensions de l'enceinte sont dans sa longueur de l'ouest à l'est de 12 mètres, et de 5 mètres dans sa largeur moyenne.

Des colonnes à chapiteaux grossièrement sculptés, les traces d'un autel, une certaine symétrie dans l'ordonnance de tous ces rudiments d'architecture font de ce monument le spécimen très rare d'une époque transitoire, correspondant, selon toute probabilité, aux dernières transformations du culte druidique et aux premières célébrations des mystères chrétiens dans cette partie des Gaules.

Les recherches les plus savantes et les plus obstinées n'ont jusqu'à ce jour amené aucun éclaircissement sur l'origine première de ce temple, ni sur la date de sa construction. On l'appelle, dans le pays, la Pierre de Sainte-Madeleine.

Lesterps. — Lesterps, à 10 kilomètres à Test de Confolens, est un bourg de 1,375 habitants, où l'on remarquait autrefois une des plus riches abbayes du Limousin ; aujourd'hui, ses ruines pittoresques attirent encore, de temps à autre, quelque touriste égaré à la descente de la montagne. Elles consistent en une nef romane ruinée, et l'indication à l'affleurement du sol du chœur et des cinq chapelles qui l'entouraient; le clocher s'élevait audessus du porche d'entrée ; il paraît n'avoir jamais été terminé.

CHARENTE

Église de Ruffec.

Ghabanais. — Ctiabailuis {Ckabanoslum), slalion de la ligne de Nantes à Limoges, chef-lieu de canton peuplé de 1,812 habitants, à 16 kilomètres au sud de Confolens, est une petite ville siliicc sur la rive droite de la Vienne et sur la route de Limoges à Angoulême. Cette seigneurie, qui devint plus tard principauté, fut possédée aux premiers temps de la féodalité par une famille dont un Aymar, sire de Ghabanais, fut le chef; ses descendants se rendirent célèbres par leurs exploits dans les croisades et leurs démêlés avec les évoques de Limoges.

Au xvi° siècle, le domaine passa aux Montluc et, en 1702, échut, par mariage, à Gilbert Colbert de Saint-Pouange, dans la maison duquel il resta jusqu'à la Révolution. Une vieille tour, un pont très antique, d'une construction fort curieuse, el les ruines du château habité par le grand Colbert témoignent seuls de l'importance qu'eut autrefois cette ville.

Fran'ce illustrée. 68.

C'est la patrie des deux lieutenants généraux Dupont-Chaumont el Dupont, ministre de la guerre sous la Restauration.

Chassenon. — Chassenon, à 4 kilomètres à l'est de Ghabanais, son chef-lieu de canton, et à 22 kilomètres au sud-est de Confolens, est une commune de 1,032 habitants, qui occupe le penchant d'une colline dominant la rive gauche de la Vienne.

Elle s'élève sur l'emplacement de l'antique cité gallo-romaine de Cassinomagus , que traversaient deux voies romaines se dirigeant l'une vers Limoges, l'autre vers Poitiers. Les ruines de cette ville ont de tout temps servi de carrière de pierre à bâtir pour les villages ou hameaux voisins, et pourtant elles sont toujours imposantes. On reconnaît encore aujourd'hui l'emplacement d'un vaste palais, dont les caves, au nombre de huit, sont connues dans le pays sous le nom de Caves de Longea, et dont le mur d'enceinte s'élève encore, en cer-

i?. — Charente, 4" Liv.

2fl

lains endroits, à 4 mètres. A quelque distance de là est un temple que l'on appelle \e Montelu ; il est de forme octogonale, et l'on reconnaît parfaitement encore la caverne du fond de laquelle la prêtresse rendait ses oracles. On a aussi retrouvé les restes d'un cirque, de thermes, d'aqueducs, etc. Il est superflu d'ajouter que l'on recueille encore chaque jour sur ce sol archéologique des monnaies, des médailles et des antiquités romaines et gallo-romaines.

RuFFEC (lat. 46» l'44"; long. 2° 8' 17" 0.). — Uuffec [Ruffiacwn, Ru/lana), à 48 kilomètres au nord d'Angoulcme, chef-lieu d'arrondissement , peuplé de 3,385 habitants, siège d'un tribunal de première instance et d'un collège communal, dépendait autrefois du diocèse de Poitiers, du parlement de Paris, de l'intendance et de l'élection d'Angoulême. C'était, après La Rochefoucauld, la seigneurie la plus considérable de l'Angoumois; ses revenus étaient fort importants; sa juridiction s'étendait sur 32 paroisses, et sa mouvance renfermait plus de 50 terres nobles. Elle eut d'abord le litre de baronnie et servait d'apanage à la branche cadette des comtes d'Angoulême. Elle passa ensuite en plusieurs mains, et la maison de Broglie la possédait encore à l'époque de la Révolution. Cette famille n'en a conservé que la magnifique forêt, ornement très renommé de l'ancienne résidence.

Ruffec a été mêlé à tous les événements qui ont agité l'Angoumois, sans être cependant le théâtre d'aucun épisode qui mérite une mention spéciale.

La ville est très agréablement située sur le ruisseau du Lien, un peu au-dessus de son embouchure dans la Charente. Elle est traversée par la route de Poitiers à Angoulème; son territoire confine au département des Deux-Sèvres et était autrefois l'extrême frontière de l'Angoumois et du Poitou. Elle est généralement bien bâtie, d'un aspect gracieux, qui indique le bien-être des habitants.

Ruffec n'a pas d'autres monuments que son église du xii" siècle, dont la façade romane est très remarquable, et les restes de son ancien château fort, construit sur une éminence entourée par les deux bras du Lien. Ce château, vendu en

1793, a subi de nombreuses modifications ; ses tours et ses fortifications ont été détruites ; sa distribution a été complètement changée; le parc qui l'entourait a disparu.

Malgré son éloignemcnt dos grands centres de population, Ruffec participe d'une manière très sensible à ce mouvement de renaissance que nous avons signalé dans l'histoire générale du département. Toutes les ressources du sol y sont exploitées par un commerce actif et intelligent ; après les céréales, qui sont l'objet de transactions importantes, l'élève et la vente des bestiaux, citons les truffes, les marrons, les pâtés de perdreau, de foie d'oie truffés, les fromages dits de Ruffec, dont la réputation est justement méritée, et n'oublions pas les fameuses truites qui se trouvent en abondance dans la petite rivière du Lien. La ville possède aussi des forges et de belles distilleries.

Les armes de Ruffec sont : de vair, au chefcomponé d'argent et de sable.

Verteuil. — Verteuil ( VerfoUum), à 7 kilomètres au sud-est de Ruffec, sur la rive droite de la Charente, est dominée par un château construit en 1459. Cette commune portait autrefois le nom de Saint- Méard-de-Verteuil et avait le titre de baronnie. Elle a longtemps appartenu à la famille de La Rochefoucauld, et de nos jours un descendant de cette illustre maison en a fait réparer le château.

Lorsque Charles-Quint vint en France, il séjourna au château de Verteuil, où AnnedePolignac, veuve du comte de Sancerre cl mariée en secondes noces avec François II , comte de La Rochefoucauld, le reçut en 1539. Ce prince fut tellement frappé delà dignité de ses manières , qu'il dit hautement « n'avoir jamais entré en maison qui mieux sentît sa grande vertu, honnêteté cl seigneurie que cellelà. »

Plus tard, le roi Louis XIII séjourna également à Verteuil. De l'ancien couvent de cordeliers où se trouvaient les sépultures séculaires des La Rochefoucauld, il ne reste plus que des ruines.

La population de Verteuil est de 1,104 habitants; elle est principalement adonnée aux travuu.\ agi'icoles.

CHARENTE

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