ffaires civiles (5) Affaires commerciales
Faillites (7)
Paupérisme.
Rapport des indigents au chiffre de la population. . . i sur 86 hab.
Nombre total 4.345
Bureaux de bienfaisance. 64 Hftpitaux et hospices ... lo Aliénés à la charge du département 194
Sociétés de secours mutuels. 2â
Contributions directes (8).
Foncière 1.937.J96
Personnelle et mobilière. 436.808 Portes et fenêtres .... î64.07g
(1) Les chiffres contenus dans ce tableau sont empruntés, pour la plupart, à l'Annuaire statistique de la France (1878), publié par le ministère de l'agriculture et du commerce, ou calculés d'après des données puisées dans cet ouvrage.
(2) Ces chiffres sont antérieurs au recensement de 1876, qui a négligé ce point de vue.
Culte catholique. — Évècbé à Angoulême, suffragant de la métropole de Bordeaux. Le diocèse d'.Angouléme. qui comprend le département tout entier, compte 30 cures, 331 succursales et 12 vicariats rétribués par l'Etat. Les congrégations et communautés religieuses établies dans le département étaient, avant ISSO, de 26 : 4 pour les hoiumes et 22 pour les femmes.
Culte réformé. — Le département possède à Jarnac une église consistoriale desservie par 5 pasteurs. Des oratoires sont, en outre, établis à Scgonzac, à Chez-Piet et à Cognac.
(3) Le département relève de l'académie de Poitiers. Lycée à Angoulême ; collèges communaux à Cognac, à Confolens et à La Rochefoucauld; 6 établissements libres pour l'enseignement secondaire. Cours normal d'institutrices à Angoulême. Au point de vue du nombre d'élèves inscrits dans les écoles primaires de 6 à 13 ans, sur loo enfants recensés, la Charente occupe le 59' rang. Elle occupe le so* rang d'après le nombre d'enfants présents à l'école par lO.ooo habitants.
Mœurs et caractère. — De la pétulance, de l'instabilité dans le caractère, de l'avidité pour les plaisirs, du goiit pour l'ostentation.
le désir de briller, l'habitude de fronder, voilà les traits principaux de l'habitant des villes de la Charente. Dans les campagnes, les mœurs sont généralement douces; les paysans sont hospitaliers, sobres, économes, patients, travailleurs, amis de la gaieté, enclins à la superstition , et cependant on leur reproche une grande tiédeur dans les sentiments religieux. Bien fait, de taille moyenne, l'habitant de la Charente a la démarche aisée ; mais là, comme dans une trop grande partie de la France, les lois de l'hygiène sont quelquefois peu respectées, co qui nuit à la santé et au développement de la race, principalement dans l'arrondissement de Confolens.
(4) Au point de vue judiciaire, lo département de la Charente ressortit à la cour d'appel de Bordeaux. Angoulême est le siège de lit cour d'assises. Chaque chef-lieu d'arrondissement possède un tribunal de première instance; celui d'Angoulême est composé de deux ciambres. Des tribunaux de commerce sont établis à Angoulêmt et à Cognac.
(5) Ce chiffre indique le nombre des affaires civiles terminées pendant l'année.
(6) Ce chijre comprend les affaires conlentieuses à juger pendant l'année.
(7) Terminées pendant l'année.
(s) Trésorier-payeur général à Angoulême, faisant les fonctions de receveur particulier ; receveur particulier dans chaque cheflieu d'arrondissement; 69 percepteurs.
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Montparnasse. — Ji;LUS ROUFF et C'", Eiiiri;Lii<s.
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CHARENTE-INFÉRIEURE
Chef-lieu : LA ROCHELLE
Superficie : 6,825 kil. carrés. — Population : 465,628 habitants. 6 Arrondissements. — 40 Ceintons. — 480 Communes.
DESCRIPTION PHYSIQUE ET GÉOGRAPHIQUE
Situation, liniltcs. — Le département de la Charente-Inférieure tire son nom de sa position physique relativement au cours de la Charente, qui vient y tomber dans l'Océan à 8 kilomètres audessous de Rochefort; c'est un de nos départements maritimes de la région occidentale. Il a été formé, en 1790, du petit pays d'Aunis et d'une partie delà Saintonge et de l'Angoumois; il comprend, en outre, quelques cantons du Poitou. Ses limites sont : au nord, le département de la Vendée; au nord-est, celui des Deux-Sèvres; à l'est, celui de la Charente; au sud-est, celui de la Dordogne; au sud-ouest, celui de la Gironde, et à l'ouest, l'océan Atlantique.
IVatiire du sol, eôtes et îles. — Ce département diffère de presque tous les autres par le peu de hauteur de son sol et par l'irrégularité de ses contours. Il n'y a point ici de montagnes, et conséquemment point de lacs, point de torrents. Les neuf dixièmes du territoire sont occupés par de petites collines qui rendent sa surface ondulée, et dont la plus haute, près de la foret d'Aulnay (arrondissement de Saint-Jean-d'Angély), atteint à peine 172 mètres d'altitude. Montlieu, dans l'arrondissement de Jonzac, compte 142 mètres d'altitude; Archiac, dans le même arrondissement, m mètres, et Fontaine-Chalendray, au sud-est d'Aulnay, 157 mètres. Les seules plaines de quelque importance que l'on remarque dans le département se trouvent sur le littoral et ne sont qu'un produit récent des atterrissements de la mer, qu'elle a laissés à l'état de marais au-dessous du niveau de ses hautes eaux, mais qui, étant presque tous endigués, sont plus ou moins desséchés, en culture, en prairies, ou à l'état de marais salants. Depuis longtemps, les vastes forêts ont disparu; la plus grande partie du territoire de la Charente-In-
France illustrée 145.
férieure est cultivée ; les coteaux couverts de vignes font de ce déparlement le plus grand vignoble de France après celui de la Gironde. Les rives de la Charente offrent des vallées fertiles et très pittoresques. Mais c'est surtout la variété des silcs du littoral, dont on évalue la longueur à 170 kilomètres, qui dislingue cette contrée. Les bords de l'Océan y sont entrecoupés par différentes îles et par des promontoires qui forment les meilleures rades du golfe de Gascogne, et où l'on compte jusqu'à 32 ports qui reçoivent, année commune, 28,000 bâtiments jaugeant 800,000 tonneaux.
Ainsi, d'après sa nature, le département de la Charente-Inférieure peut se diviser en cinq régions : 1° le Bocage; 2» le Marais; 3° le littoral; 4° les dunes; 5° les iles.
Le Bocage ou région des plateaux et des collines comprend plus des trois quarts du département. Les collines ne dépassent guère de plus 40 à 50 mètres le niveau moyen du pays.
Le Marais, situé sur le littoral et dans les vallées de la Sèvre, du Mignon, de la Boutonne, de la Charente et de la Seudre, comprend 70,000 hectares. Bien qu'en partie défrichée, cette région est très malsaine, à cause de l'apport incessant des débris arrachés par la mer aux granits de la côte et des îles de la Bretagne et de la Vendée.
Le littoral a de tout temps été exposé aux caprices, aux fureurs de la mer qui en modifient sans cesse l'aspect et tente toujours de ronger les caps, les promontoires et de combler les baies et les anses.
Les dunes, dont les plus élevées ne dépassent pas 50 à 60 mètres, s'élèvent principalement au sud de Marennes, dans le canton de La Tremblade, où elles sont connues sous le nom de dunes d'Arvert, et sur les côtes des îles de Ré et d'Oleron; elles comprennent environ 35,000 hectares.
Les îles principales sont celles de Ré, d'Oleron, Madame et d'Aix.
3T. — CuARENTE-I.NFÉRIEUnE, l'^ Liv.
LA l'IiANCE ILLUSTREE
L'île de Rc esl séparée du continent par un canal qui a 4 kilomètres de largeur; elle est à 421 kilomètres de Paris; sa longueur esl de 30 kilomètres et son périmètre de 55; il résulte de l'examen de sa constitution physique et géologique qu'autrefois elle se rattachait au continent. Son nom, Rem insiila, et plus anciennement Rodi insuia, paraît dériver du mot celtique ri/de, qui signiCieancraffe. L'ile de M compte environ 16,000 habitants; elle forme neuf communes partagées en deux cantons de l'arrondissement de La Rochelle. Son territoire se compose de dunes, de terres labourables, de vignes et de marais salants.
L'île d'Oleron est au sud de la précédente; elle en est séparée par le fertuis d'Antioche; elle est à 11 kilomètres du continent; sa longueur est de 30 kilomètres et sa plus grande largeur de 10; sa circonférence est de 72 kilomètres. Ainsi que la précédente, cette île était autrefois couverte de bois et jointe au continent, dont elle est séparée aujourd'hui par un détroit dangereux nommé Xs^passe ou pertuis de Mauiimsson. Le marin y redoute et les sables mouvants et la barre de Gadesan. L'île d'Oleron compte environ 18,000 habitants ; elle comprend six communes partagées en deux cantons de l'arrondissement de Marennes.
L'île Madame, appelée Ile Citoyenne pendant la Révolution, esl un petit îlot fortifié de 9 kilomètres de longueur sur 6 kilom. de largeur, à l'embouchure de la Charente et à 12 kilomètres de Marennes. Elle reçut jadis des prêtres déportés.
L'ile d'Aix dépend du canton de Rochefort ; elle est en face de la commune de Fouras; elle a 2,300 mètres de longueur sur 1,800 mètres de largeur; son nom, il w insida, paraît dériver du mot saxon .S'i'a, qui signifie inondé. Cette île, qui fut la dernière terre d'Europe que Napoléon 1"'' foula de ses pieds, forme une commune de 312 habitants, presque tous pêcheurs; elle est défendue par un fort qui a servi de dépôt pour les condamnés à la déportalion. Entre la terre ferme et l'île d'Aix est la petite île d'Énet, défendue par un fort et qui, à marée basse, se soude à la côte voisine.
Le sol du département, qui est en général crayeux et sablonneux, se fait remarquer par sa fertilité et se divise, d'après sa nature, en pays de bruyères ou de landes, 72,048 hectares; sol de riche terreau, 97,874; sol calcaire, 141,686; sol de gravier, 42,496; sol pierreux, 85,529; sol sablonneux, 38,136 hectares.
Hydi>ogi*apIiic. — Les principales rivières qui arrosent ou qui bornent ce département sont : la Charente, qui reçoit la Seugne, l'Arnoult, la Boutonne et la Gère; la Seudre, la Sèvre niorlaise, la Gironde et la Dronne. Elles offrent à la navigation une longueur de 86 kilomètres.
La Charente prend sa source dans le département de la Haute- Vienne, à Chéronnac, traverse le département auquel elle donne son nom, entre dans celui de la Charente-Inférieure près de Brive, le traverse dans sa partie centrale, dans une direction sinueuse, du sud-est au nord-ouest, en passant successivement à Brive, Sainl-Sever, Courcoury, les Gonds, Saintes, Bussac, Taillebourg, Saint-Savinien, Agonnay, Saint-llippolyle, Tonnay- Charente, Rochefort el Soubise, et vient, après un cours d'environ 355 kilomètres, dont 100 appartiennent au département, se jeter dans l'Océan vis-à-vis de la rade de l'île d'Aix, entre Fouras el l'île Madame. Celte rivière, célèbre par ses eaux limpides, coule dans une belle vallée de 400 à 2,000 mètres de largeur, qui est encadrée par une double ligne de coteaux boisés et dominée par des villages pittoresques ou par les ruines d'anciens châteaux. Navigable à partir d'Angoulème, elle est profonde et rapide; la marée s'y fait sentir jusqu'à 4 kilomètres au-dessus de Saintes.
La Boutonne, le principal affluent de la Charente, prend sa source dans le département des Deux- Sèvres, à Chef-Boutonne, et, après avoir reçu les ruisseaux de Cherbonnière, de la Nie, du Pouzal et des Fontaines, vient tomber dans la Charente sur sa rive droile, au lieu dit Le Carillon, près de Candés, après un parcours de 85 kilomètres; elle est navigable pendant 32 kilomètres jusqu'à Saint- Jean-d'Angély.
La Seugne, appelée aussi Sévigne, affluent de la rive gauche de la Charente, prend sa source à Montlieu, coule vers le nord-ouest, passe à Jonzac, à Pons et se jette dans le fleuve au-dessus de Saintes, après un cours d'environ 80 kilomètres.
La Seudre prend sa source au petit ruisseau de Bordon, près de Plassac, dans l'arrondissement de Jonzac, passe à Saujon, où elle reçoit plusieurs ruisseaux qui la grossissent et où elle commence à porter bateau. A quelque distance, en aval de Saujon, elle s'élargit, traverse les beaux parcs aux huîtres de Marennes et va se jeter dans la mer vis-à-vis de l'ile d'Oleron, après un cours de plus de 75 kilomètres, en formant dans la dernière par-
CHARENTE-INFERIEURE
lie de sou cours un vaste estuaire de 600 à 800 mètres de lar^'cur; c"est sur ses alluvions des deux rives que sont les fameuses huitricres de Maronnes.
La Sèvre niortaise prend sa source à Seurel, arrondissement de Melle, département dos Deux-Sèvres, traverse de nombreux marais, passe à Marans et vient se jeter dans le gollb d'Aiguillon, après un parcours total d'environ 170 kilomètres; la partie comprise dans le déparlement de la Charente-Inférieure, qu'elle limite au nord, est de oO kilomètres; elle est navigable pour les vaisseaux jusqu'à Marans (20 kilomètres) et pour les bateaux jusqu'à Niort; elle a pour affluent de gauche le Mignon, cl pour affluent de droite la Vendée, qui vient s'y perdre, près de Marans.
La Gironde limite au sud-ouest le département sur une longueur de 43 kilomètres jusqu'à Royan; elle y baigne Mortagne-sur-Gironde, Saiut-Seurind'Uzet , Talmont-sur-Gironde, Meschers , Saint- Georges-de-Didonne, Royan, et n'y reçoit que des ruisseaux peu importants; tels sont : le Taillon, le Saint-Bonnet et le Chauvignac.
La Dronne, affluent delà Gironde, n'arrose le département que pendant 16 kilomètres et lui sert de limite au sud-est. Elle passe à Saint-Aigulin.
Sur une grande partie de l'étendue du département, des canaux ont été creusés pour le dessèchement des marais ; ces derniers sont très nombreux, surtout aux environs de Marenncs et de Brouagc; ils occupent une superficie de 20,000 à 22,000 hectares. Quelques-uns ont été convertis en salines qui fournissent un sel excellent.
Outre les canaux de dessèchement, dont le plus important est le canal de Charras, près de Rochefort, l3 département possède deux canaux navigables, celui de Brouage et celui de Niort à La Rochelle; la longueur de ces deux canaux est d'environ 94 kilomètres.
Voies fie coniiiiiiiiieation. — Le département de la Charente-Inférieure possède : 9 routes nationales , d'un parcours de 432 kilomètres ; 1 route stratégique, 2 kilomètres 6; 21 routes départementales d'une longueur totale de 633 kilomètres • 82 chemins vicinaux de grande communication, 1,713 kilomètres; 86 chemins vicinaux d'intérêt commun, 1,067 kilomètres, et 2,300 chemins vicinaux ordinaires, d'un parcours total de près de 6,000 kilomètres.
Le département est sillonné par plusieurs lignes
secondaires de chemin de fer, qui apparliennenl au réseau d'Orléans et dont d'autres sont exploitées par l'État; la ligne principale est celle de Paris- Poitiers à La Rochelle et Rochefort ; elle pénètre dans le département, au sortir de celui des Deux- Sèvres, un peu avant la station de Surgères, à 440 kilomètres de Paris et à 118 kilomètres de Poitiers; elle dessert les stations de : Surgères, Chambon, Aigrefeuille et La Rochelle (477 kilomètres de Paris). A Aigrefeuille se détache l'embranchement qui dessert Rochefort en passant aux stations de Ciré et de Rochefort (477 kilomètres de Paris). Cet embranchement doit être continué jusqu'à Marennes et Royan.
La ligne de Nantes à Bordeaux, par La Rochelle et Saintes, qui est exploitée par l'Etat, traverse le département du nord au sud, en desservant les stations: de Marans, Andilly-Saint-Oucn, Dompierre, La Rochelle (181 kilomètres de Nantes), Angoulins, Châlelaillon, Saint - Laurent - Fouras, Rochefort (210 kilomètres de Nantes), Tonnay-Charenle , Bords, Saint-Savinien, Taillebourg, Saintes (234 kilomètres de Nantes), Chaniers, Beillanl, Montils- Colombiers, Pons, Mosnac-Saint-Genis, Jonzac, Fonlaine-Ozillac, Ïugéras-Chartuzac, Montendre et Bussac, d'où elle se dirige par Centras sur Libourne et Bordeaux.
De cette ligne se détachent trois embranchements : le premier, au-dessous de Saint-Savinjen, va rejoindre Niort par Saint-Jean-d'Angély et Loulay en passant aux stations de Grandjean, de Mazeray. de Saint-Jean-d'Angély et de Loulay; le second, qui se détache de la ligne principale à Beillant, va rejoindre, en suivant la rive gauche de la Charente, Angoulème, en desservant la station de Brive; enfin, le troisième se détache à la station de Pons pour courir sur Royan, en desservant les stations de : Jazennes-Tanzac, Gemozac, Saint- André-de-Lidon , Cozes, La Traverserie, Saujon, Médis et Royan; ce dernier embranchement, qui appartient au petit réseau de l'Etat, n'a que 47 kilomètres. Il se continue sur Marennes par Fontbedeau, Mornac-Breuillet, Chaillevelte, Élaules, Arvert-Avallon, La Tremblade et La Grèvc-Marenncs (34 kilomètres de Royan, ligne de la Seudre).
D'autres lignes sont projetées ou en construction ; telles sont celles de Saint-Jean-d'Angély à Cognac, par Matha; de Saint-Jean-d'Angély à Ruffec, par Matha; de Rochefort au fort d'Énet; de Barbezieux à Montendre, et de Barbezieux à Blaye ; ce dernier
ti
ne fait que traverser la pointe sud-est du département.
On peut évaluer à environ 3'jy kilomètres la longueur des chemins de fer en cours d'exploitation, dans le déparlemcnt, et à 110 à 120 celle des chemins projetés ou à conslruire.
Climat. — Le déparlement de la Charente- Inférieure appartient au climat girondin, ou du sud-ouest. Ce climat est, en général, sain et tempéré. Dans quelques parties des arrondissements maritimes cependant, les exhalaisons des marais et des étangs sont des causes fréquentes de maladies, notamment de fièvres de diverses natures, de rhumatismes et d'hydropisies. Les vents dominants sont ceux du sud-ouest, qui portent les grandes pluies, les tempêtes, et du nord-ouest, qui sont très variables et donnent des bourrasques, des ouragans; ils changent brusquement. A La Rochelle, la température moyenne annuelle est de 11°, 6 centigrades. La température moyenne de l'hiver est de 4°, 2 centigrades; celle de l'été de 19°,4. La température minimum absolue a été, en quinze ans, de 16°,,o au-dessous de zéro, tandis que la température maximum était de 34», 4 au-dessus. Le nombre annuel moyen des jours de pluie a été, en cinquante ans, de 139 ; l'automne est la saison qui compte le plus de jours de pluie, 38; puis vient l'hiver, 37; le printemps, 33; enfin l'été, 31 jours. Nous ferons observer qu'en général le voisinage de la mer rend la température variable, mais en même temps atténue les points extrêmes de chaleur et de froid. La hauteur moyenne du baromètre, déduite des observations faites pendant quatre années, a été de 764™™, 44, rapportée au niveau de la mer; ainsi le vrai point du variable, qu'on suppose vulgairement à 700™™, doit être reporté à 4'""', 44 au-dessus.
Productions naturelles. — Le terrain qui constitue le sol du département de la Charente- Inférieure est, en général, tertiaire et argilo-sableux; il dépend du bassin de Bordeaux, et il est couvert de coteaux ou de petits plateaux de nature crayeuse. C'est sur un tuf également crayeux que reposent les terres dites de varennes et de groix , qui sont si favorables à la culture de la vigne. Les dernières produisent le vin le plus propre à être converti en eau-de-vie. On les nomme aussi terres de Champagne, a cause de leur analogie avec celles de cette ancienne province.
Le déparlement possède d'excellentes pierres de taille, notamment à Saint-Savinien ; de la marne, du plâtre, des tourbières, surtout aux environs de Marennes. Le sel que l'on lire des marais salants est une des productions les plus importantes du département; on évalue leur surface à 12,000 hectares, et ils peuvent rapporter annuellement 170 millions de kilogrammes de sel. Il existe des eaux minérales à Pons, à La Rouillasse, à La Vinade, commune d'OrignoUes , et à Archingeay, mais elles ne sont pas fréquentées.
On trouve dans le département de la Charente- Inférieure quelques bois résineux ; le chêne domine dans les forêts, qui sont aujourd'hui peu étendues (les deux plus considérables sont celles de Dampierre , ayant une superficie de 200 hectares, et d'Essouvert, qui en a 257) ; on y trouve aussi l'orme et le bouleau. Les arbres fruitiers les plus communs sont le pommier, le prunier, le noyer et le pêcher. Le département produit des grains de toute espèce en quantité plus que suifisanto pour la consommation des habitants ; on y récolle d'excellents légumes potagers, des fèves de marais dont il se fait des exportations considérables, des graines de trèfle et de lin, et surtout de très beau chanvre. Mais la production la plus importante est sans contredit celle des vignes, qui donnent, année moyenne, près de 2,000,000 hectolitres de vin, dont la plus grande partie (2,000,000 d'hectolitres) de vin blanc; un tiers est consommé dans le pays, un autre tiers converti en eaux-de-vie et le surplus exporté. Les vins de la rive droite de la Charente ont quelque mérite, comme vins de table d'ordinaire; les vins blancs de la rive gauche sont convertis en eaux-de-vie dites de Cognac et de Champagne. Les principaux vins rouges sont ceux de Haimps, Fonlaine-Chalendray, Fonlenel, Saint-Romain, Beauvais-sur-.Malha, Bussac, Chaniers. Le Gua, Saintes, Saint-Joan-d'Angely, Marennes, îles d'Uleron, de Ré, d'Aix. Les principaux vins blancs sont ceux de Surgères , La Rochelle, île d'Oleron, Sainl-Jean-d'Angely. En 1874, la production des vignes a été de 9,985,000 hectolitres, valant 150,274,250 francs, et, en 1877, par suite de la maladie de la vigne, du phylloxéra, etc., elle était descendue à 4,989,339 hectolitres.
On élève dans le déparlement des chevaux de bonne race, beaucoup de porcs et de volaille. Le gibier y est assez abondant. Le poisson des rivières n'offre rien de particulier dans les espèces et les
CIIARENTE-LXFÉRIEURE
qualités; mais le poisson que l'on pùclie sur les côtes de l'Océan est très estimé; les sardines, les moules de Marsiiiy, d'Esnandes et de Villedoux, et les huîtres vertes de Marennes jouissent depuis lonn;tenips d'une réputation méritée; c'est même une des principales industries du département.
Intlustric agricole, niauuractiirièrc et coninicrolale. — On peut conclure de ce ([ue nous avons dit relativement aux productions végétales que, dans le déparlement de la Charente- Inférieure, l'agriculture est florissante et assez avancée. La superficie du département se partage en superlicie bàlie et voies de transport, 88,118 hectares, et territoire agricole, 594,431 hectares. Ce dernier est lui-même subdivisé en : céréales, 182,840 hectares; farineux, 19,178; cultures potagères et maraîchères, 4,048; cultures industrielles, 1,822; prairies arlificielies, 23,333; fourrages annuels, 3,.o81 ; autres cultures et jachères, 44,918; vignes, 164,631; bois et forêts, 38,871; prairies naturelles et vergers, 72,780; pâturages et pacages, 11,778; terres incultes, 6,631 hectares.
La distillation des eaux-de-vic, l'exploitation des marais salants, celle des parcs d'huitres vertes et la pèche de la sardine occupent le premier rang dans l'industrie locale. On élève dans le pays des raffineries de sucre, qui seront alimentées par des plantations de betteraves ; il y a des distilleries, des fabriques de vinaigre, des fabriques de poteries et de creusets; des bonneteries, des tanneries, des mégisseries, des fabriques de grosses étofîes de laine, des corderies, de nombreuses filatures ou fabriques de toiles et des chantiers de construction pour navires et bateaux. On fait aussi un commerce de bois de merrain et de bois pour la marine. On expédie à Bordeaux du beurre, des œufs et de la volaille. La pèche du poisson de mer forme une partie importante de l'industrie commerciale du département.
On compte, dans la Charente Inférieure, 27 ports, dont les principaux sont : Rochefort, La Uochelle, Royan, Marennes, Tonnay-Charente, l'île d'.\ix, Saint-Martin et Laflotte; ils présentent en sommo un tonnage de 6 à 700 navires jaugeant ensemble 17 à 18,000 tonneaux. Le mouvement général de tous ces ports est, année moyenne, de 28,000 navires jaugeant près de 800,000 tonneaux. Quelquesuns de ces ports arment encore pour la pêche à la
morue et les voyages de long cours; mais le commerce maritime est bien déchu de ce qu'il était avant la funeste révocation de l'édit de Nantes. A l'intérieur, le commerce est alimenté par un grand nombre de foires se tenant dans la plupart des communes; les principales sont celles de Saint- Jean-d'Angély, du Château (Oleron), de .Marennes, de Mortagne, de La Rochelle, de Rochefort et de Saintes.
Division pollti(|iio et afliiilnistrative. — Le département de la Charente-Inférieure a pour chef-lieu La Rochelle; il se divise en 6 arrondissements, iO cantons, 480 communes; le tableau que nous donnons plus loin les fera connaître. Il appartient à la région agricole de l'ouest de la France.
Le département forme le diocèse d'un évêclié dont le siège est à La Rochelle; l'évêque prend le titre d'évêque de La Rochelle et Saintes; il est suffragant de l'archevêché de Bordeaux; il compte
3 cures de première classe, 36 de seconde, 233 succursales et 18 vicariats; il y a un grand séminaire à La Rochelle et deux petits à Pons et à Montlieu.
Les protestants, dont le nombre est de 16 à 17,000, ont des églises consistoriales à La Rochelle et à La Tremblade; elles comprennent dans leur circonscription plus de 30 temples ou maisons de prières.
Les 6 tribunaux de première instance des 6 souspréfectures et les 7 tribunaux de commerce de La Rochelle, de Marennes, de Rochefort, de Saintes, de Saint-Jean-d'Angély, de Saint-Martin et de Saint- Pierre sont du ressort de la cour d'appel de Poitiers.
Le département de la Charente-Inférieure dépend de l'académie de Poitiers. Il y a un lycée à La Rochelle, des collèges communaux à Rochefort et à Saintes; 13 institutions secondaires libres,
4 écoles primaires supérieures et plus de 900 écoles primaires.
Le département dépend du 18° corps d'armée et de la 18" région de l'armée territoriale, dont le quartier général est à )3ordeaux. Saintes et La uochelle sont des chefs-heux de subdivision. On y compte 7 places de guerre : Oleron et citadelle, île d'Aix et fort Liédot, Rochefort, forts de la Charente et de l'Aiguille, La Rochelle, Soint-Martin-de-Ré et fort Chaput. La compagnie de gendarmerie départementale fait partie de la 18'= légion, dont l'étatmajor est à Bordeaux.
Rochefort est le chef-lieu du 4" arrondissement maritime, qui comprend les sous-arrondissements de Rochefort, Cordeaux, Rayonne. Le sous-arrondissement de Rochefort est subdivisé en 9 quartiers maritimes : Marennes, Noirmoutier, les Sablcs-d'Olonne, La Rochelle, île de Ré, île d'Olcron, Rochefort, Saintes et Royan. R y a à Rochefort un préfet et un tribunal maritimes, une direction d'artillerie de la marine, une direction des constructions navales, une direction des ports, un hùpilal de la marine, une école de médecine de la marine. Les ports du département sont ceux de : La Rochelle, Marans, Tonnay-Charente, île d'Aix, Fouras, Moëze. Loix, Ars, La flotte, Saint-.Martin, Saujon, L'Aiguille, Le Gua, Marennes, Le Chaput, Saint- Georges, La Yremblade, Mornac, Saint-Denis, Saint- Pierre, Le Château, Meschers, RIorlagne et Royan; leur mouvement est d'environ 800 navires, dont 000 français, à l'entrée, et à la sortie 700 navires, dont 300 français. La Rochelle, Ars, Saint-Martin et Le Château envoient des navires à la grande pèche (morue).
Le département de la Charente-Inférieure dépend de l'arrondissement miniT.iiogique de Poitiers, appartenant à la région du nord-est; de la 11° inspection des ponts et chaussées et de la 24° inspection forestière (Niort).
La Rochelle est le siège d'une direction des douanes qui comprend la plus grande partie des côtes de la Charente-Inférieure et de la Vendée; elle commence à Saint-Augustin (près de Royan) et finit à La Peige; elle se subdivise eu trois inspections : La Rochelle, Rochefort et les Sables (Vendée); l'inspection de La Rochelle comprend trois principautés; celle de Rochefort en comprend cinq. On compte dans le département 85 perceptions des finances ; les contributions et revenus publics atteignent 28 millions de francs.
HISTOIRE DU DÉPARTEMENT
Les deux provinces d'Aunis et de Saintonge, dont a été formé le département de la Charente- Inférieure, faisaient partie, avant l'invasion romaine, du pays habité par les Santones. Les Santons possédaient une capitale, Mediolanuvi , aujourd'hui Saintes, et un port très fréquenté, portus Santonum, sur l'emplacement duquel les géographes ne sont pas plus d'accord que les historiens.
Jules César trouva le pays occupé par les Kymris,
qui avaient refoulé la nation des Galls derrière la grande chaîne de montagnes qui se jyi'olonge diagonalement des Vosges à l'Auvergne. L'illustre conquérant entreprit d'asseoir la domination romaine parmi ces populations qu'il défendit contre deux invasions des Helvétiens et des Teutons.
Mais rien ne put désarmer la haine des vaincus pour les vainqueurs. Punis de leur complicité dans la révolte des peuples de l'Armorique par la perte d'une partie de leur flotte, dont César employa les vaisseaux contre les Vcnètes, les Santons s'associèrent aux patriotiques efforts de Yercingétorix et lui fournirent un contingent de 12,000 soldats. La sanglante journée d'Alésia ne les découragea point encore; sous l'empereur Auguste, nouvelle révolte; nouvelle victoire des Romains commandés parMcssala Corvinus. D'autres insurrections ayant succédé à ces tentatives, le gouvernement impérial essaya d"y mettre obstacle en détachant le territoire des Santons de la province lyonnaise et en l'enclavant dans l'Aquitaine seconde.
Les Romains eurent à peine le temps d'apprécier les résultats de cette combinaison; lesWisigothset les Saxons vinrent leur disputer leur conquête; le général Nommatius, qui, pour surveiller le pays, avait établi ses cantonnements dans l'île d'Oleron, était sans cesse harcelé par ces pirates qui, en 419, restèrent maîtres du terrain. Ils le gardèrent moins d'un siècle; en 507, Alaric, leur chef, fut vaincu à Veuille par Clovis, qui le poursuivit jusqu'aux Pyrénées et ajouta cette contrée au nouveau royaume des Francs.
L'établissement du christianisme dans ce pays avait précédé la conquête franque. A la fin du 1°"' siècle, saint Eutrope, premier évêque des Saintongcois, envoyé par saint Clément, avait subi le martyre près de Mediolanum; l'Angoumois avait eu aussi son apôtre dans la personne de saint Ausone, qu'il ne faut pas confondre avec le poète son homonyme; sous Constantin, les vieilles idolâtries avaient presque complètement disparu, et, en 379, Grégoire de Tours nous apprend qu'Angoulêmè était un siège épiscopal occupé par Dynamius. Sous les princes de la première race, l'ancienne province des Santons, incorporée au duché d'Aquitaine, passa successivement des rois d'Orléans aux rois de Soissons, des rois de Metz aux rois de Paris et aux rois de Bourgogne. Aucun fait d'un intérêt général ne se rattache à cette époque pleine de confusion. Nous devons noter seulement, comme éju-
cil ARENTL-lNFÉRl EURE
sode local, Tusurpalion de l'aventurier Gondebaud, qui, profitant des divisions suscitées par la lutte des deux reines Frédégonde et Brunehaut, se fit proclamer roi de plusieurs provinces, au nombre desquelles étaient l'Aunis et la Saintonge. Le gouvernement de ces contrées était alors confié à des comtes ou ducs, dont les noms mêmes ne sont pas parvenus jusqu'à nous, à l'exception cependant de celui d'un certain Waddon, qui doit sa célébrité à sa complicité dans les méfaits de Gondebaud.
L'établissement de la dynastie carolingienne fut signalé par les invasions des Sarrasins, refoulés par Charles-Martel et par Charlemogne. Dans le partage de l'empire, en 83b, la Sainlonge et l'Angoumois échurent à Pépin, roi d'A(iuilaine, fils de Louis le Débonnaire; Landry fut nommé par lui comte de Saintes; le posle était périlleux : car à peine les derniers débris de l'armée de l'émir Abdel-Raman étaient-ils dispersés, que le pays fut envahi par les Danois et les Normands, qui remon-
France illustrée. 146.
tèrent la Charente jusqu'à l'ancien Mediolonvm et ravagèrent l'Aunis, la Saintonge et l'Angoumois.
L'histoire a gardé le souvenir des exploits du comte d'Angoulême Turpion, qui défendit la contrée avec habileté et courage contre les ennemis du nord; c'est à lui probablement que le comté d'Angoulême dut une prépondérance qu'il garda, pendant plus de deux siècles, sur les provinces environnantes.
Vers le milieu du x'= siècle, c'est un comte de Poitiers, Guillaume Tète d'Étoupe, qui reconstitue le duché héréditaire d'Aquitaine, dans lequel sont enclavés l'Aunis et la Sainlonge; celte dynastie se continue sans événements importants jusqu'au mariage de la princesse Lléonore, fille de Guillaume X, en 1137, avec Louis le Jeune, roi de France. L'héritière des ducs d'Aquitaine apportait en dot à la monarchie l'Aunis, la Saintonge, l'Angoumois. le Poitou, le Limousin, la Marche, l'Auvergne, le Périgord, le Bordelais, l'Agenais et la Gascogne. Elle 3T. — Charente-Inférieure, 2» Liv.
conserva toujours une vive affection pour la Sainlonse, où elle avait été élevée. La France doit à l'esprit éclairé de celte princesse et à son amour pour son pays natal la rédaction de son premier code maritime. Il est connu sous le titre de Rôles ou Lois cVOleron; ces lois existaient depuis longtemps en Saintonge, mais elles n'avaient jamais été rédigées et réunies. Ce code, qui de la Sainlonge passa en Angleterre, puis dans d'autres pays, devint le droit commun de la navigation sur l'Océan, la mer Baltique et la Méditerranée; il avait été précédé de l'abolition , sur toutes les côtes d'Aquitaine, du droit de bris, d'aubaine et d'épave, exercé si cruellement jusqu'alors sur les malheureux naufragés; et quand on considère qu'aujourd'hui, en Angleterre et en Bretagne, la civilisation moderne n'a pas toujours raison de la barbarie de ce vieil usage, on doit concevoir une haute estime pour le caractère d'une femme qui sut imposer une pareille réforme, et compter à nos provinces d'Aunis et de Saintonge, comme un de leurs principaux titres de gloire, le mérite d'avoir été les premières à la pratiquer.
xAIais là ne devait pas se borner l'influence d'Éléonore sur les provinces qui nous occupent, llépudiée par le roi de France, la fille de Guillaume épousa Henri Plantagenet, duc de Normandie, comte d'Anjou et plus tard roi d'Angleterre sous le nom de Henri H. Cette union meltait l'Anglais au cœur de la France; c'est donc aussi d'Eléonorc que nous devons dater celte domination étrangère de trois siècles sur toute la partie sud-ouest de notre pays; dès lors La Rochelle et Royan furent des ports ouverts au débarquement des troupes ennemies; l'Aunis et la Saintonge devinrent les cantonnements d'où les armées pouvaient s'élancer sur tous les points du territoire français, qu'un affaiblissement momentané ou la trahison d'un grand vassal désignait aux envahissements de l'Angleterre. Toutelois, le joug anglo-normand, aussi lourd que honteux pour nos malheureuses populations, ne fut point accepté sans de sanglantes protestalions. Eléonore elle-même ne vit pas sans douleur et sans indignalion les exaclions des officiers fiscaux de son nouvel époux; elle réclama^ on prélendit même qu'elle voulut mettre ses propres fils à la tète de la révolte. Henri s'en vengea par des supplices, des amendes, la destruction des châteaux des barons suspects, enfin par l'emprisonnement de sa femme, Eléonore.
Ce fut le signal d'un soulèvement général ; toute l'Aquitaine prit les armes, et Richard, fils du roi, se mit à la tète des mécontents. Mais les princes du sang royal sont des guides peu sûrs pour un peuple en révolte. Richard capitula, et la Saintonge paya le prix du pardon qu'il obtint. De nouvelles ligues vinrent témoigner encore du désespoir des habitants, mais sans apporter aucun remède à leurs maux. Ce même Richard, devenu à son loui roi d'Angleterre et célèbre sous son surnom de Cœur de Lion, vint aussi châtier ses anciens complices devenus pour lui des sujets rebelles, que le seigneur de Taillebourg avait soulevés, comptant sur l'appui de Philippe-Auguste et d'Aimar, comte d'Angoulême. Après huit mois d'attente, le roi de France avait enfin tenu sa promesse et rencontrait l'armée anglaise près du Petit-Niort, lorsqu'au moment d'engager l'action Philippe s'aperçut qu'il ne devait pas compter sur ses vassaux de la province de Champagne, séduits par l'or de Richard; il se hâta donc d'offrir une trêve dont la durée fut Qxée d'un commun accord à dix années.
Celte trêve fut pour l'Aunis et la Saintonge une ère de paix et de prospérité. Richard avait rendu la liberté à sa mère; il la remit en possession do ses domaines paternels. Eléonore les administra avec sagesse et libéralité. C'est à celte époque que remonte la concession des premières franchises communales auxquelles les villes de ces provinces, et La Rochelle entre autres, durent plus tard leur grandeur et leur importance. Pendant le règne de Jean sans Terre, l'influence française prédomina. Au retour de la bataille de Bouvines, Philippe-Auguste obligea l'Anglais à regagner sa flotte, reprit la ville de La Rochelle et se fit payer au poids de l'or une trêve de cinq ans. Ces succès, suivis, vingt-sept ans plus tard, de la victoire de Taillebourg, remportée par Louis W sur Henri lll d'Angleterre, ligué avec le comte d'Angoulême Hugues de Lusignan, auraient dû consolider d'une manière définitive la domination française, si le traité n'eût pas restitué à l'ennemi une partie de ce que sa défaite lui avait fait perdre. L'Anglais conserva en effet le duché de Guyenne et le sud de la Saintonge, qui eut deux capitales : Saintes, pour le territoire anglais, et Saint-Jean-d'Angély pour la partie qui demeura française. Au reste, il faut que ce partage du sol français avec nos voisins d'outre-Manche fût accepté à cette époque comme une bien inévitable nécessité; car, après cinquante ans de
CHARENTE-INFERIEURE
paix, nous voyons Philippe le Bel, prince d'une politique assez peu scrupuleuse, enlever par un coup de main hardi la Guyenne et la Saintonge à Edouard I", et les lui rendre presque sans compensation, aprùs une occupation de quelques années.
L'acceptation du joug anglais, par une partie des populations de l'Aquitaine, donna dans l'Aunis et la Saintonge, aux luttes des xiv° et xv« siècles, le double caractère de guerres étrangères et de guerres civiles ; pendant deux siècles, ces deux malheureuses provinces furent un vaste champ de bataille où se heurtaient sans cesse les armées des deux nations; pas de prince, pas d'homme de guerre de cette époque, qui ne soit venu là acquérir ou justifier sa réputation de cruauté, d'habileté ou de courage. Nous y voyons figurer tour à tour les rois de France Jean I" et Charles VU, les rois d'Angleterre Edouard I" et Richard II; tous les princes de leur sang, les ducs de Bourbon, de Bourgogne et de Berry; le prince Noir, duc d'Aquitaine; le comte de Lancastreet Jean, comte dePembroke; puis le roi de Castille, Jean, allié maritime de la France ; Du Guesclin, Olivier de Clisson, les maréchaux de Boucicaut et de Sancerre, le captai de Buch, le comte de Derby, Arundel. Robert Knolles et Chandos.
Cependant, au milieu de cette mêlée confuse, dans cette alternative de succès et de revers, un fait important se dégage : c'est l'attachement tcujours plus prononcé de la Saintonge à la fortune de la France ; et, tandis qu'Angoulème devient en quelque sorte la capitale des possessions anglaises et le séjour ordinaire du prince Noir, La Rochelle ouvre ses portes et garde dans ses murs le dauphin Charles, après le désastre d'Azincourt .
L'expulsion définitive de l'Anglais et la réunion des provinces de l'ouest à la couronne fut, comme on le sait, l'œuvre glorieuse de Charles VIL Entre cette époque et les guerres de religion, qui prirent un caractère si sérieux dans ces contrées, la paix fut troublée à diverses reprises : en 1462, par une tentative des Anglais sur La Rochelle, et, quelques années plus tard, par les révoltes de Charles de Valois, que Louis XI fut obligé de venir combattre et soumettre en 1472, et par celle de Charles d'Orléans, comte d'Angoulème, qui céda, en 1487, aux armes de Charles VllI, venu en Saintonge accompagné de M'»'^ de Beaujeu, sa sœur.
Louis XI, comprenant la nécessité de s'assurer
l'attachement de populations si souvent et si longtemps soustraites à la domination française, avait profilé de son voyage pour gagner l'alTection de la bourgeoisie. Il avait confirmé et étendu les privilèges et liberlés communales de La Rochelle, Saintes et Saint-Jean-d'Angély; Charles Vlll était resté fidèle à cette politique; mais François l""" crut pouvoir établir impunément, dans les pays niarilimes de l'ouest, l'impùt de la gabelle, charge ruineuse et impopulaire. Un mécontentement sourd, mais profond, après avoir couvé six ans, éclata en 1.548 par une terrible émeute populaire à Jonzac.
Un gentilhomme du pays de Barbczieux, Puymoreau, se mit à la tète des insurgés, dont le nombre s'éleva bientôt à seize mille. Proclamé couronnai de Saintonge, il s'empara de Saintes, assiégea Taillebourg, recruta son armée de toutes les bandes d'insurgés formées dans r.\ngoumois, le Périgord, l'Agenaiset le Bordelais, sévit à la tète d'une armée de cinquante mille hommes et, pendant quelque temps, maître de la Guyenne. On dirigea contre cette formidable insurrection le vieux connétable Anne de Montmorency, qui parvint à l'étouffer, mais dont la conduite impitoyable attisa les premiers feux d'un autre incendie bien autrement redoutable que celui qu'il venait d'éteindre.
C'est au milieu de cités ravagées par les troupes de Montmorency, parmi les ruines des hôtels de ville démolis, sur la cendre des chartes communales brûlées, qu'apparurent les premiers propagateurs de la réforme religieuse. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner de la faveur avec laquelle la nouvelle doctrine fut tout d'abord accueillie; sans parler de ceux qui croyaient sincèrement voir en elle un remède aux abus, tels étaient les habitants des cotes pressurés par la gabelle , pour beaucoup c'était leur vengeance à satisfaire, leur liberté à conquérir. La foi protestante s'enflamma donc de toutes les passions politiques; la guerre fut ouvertement déclarée, les églises furent pillées et profanées. C'est surtout dans l'histoire particulière des villes que nous suivrons les péripéties de ces luttes acharnées qui, de looû à 1619, se prolongèrent sous les règnes de Henri 11, François II, Charles IX, Henri 111, Henri IV et Louis XHI, jusqu'à la prise de La Rochelle par Richelieu. Ce que nous avons dit plus haut de l'espèce de rendez-vous que s'étaient donné, dans les plaines de l'Aunis et de la Saintonge, toutes les ifiustrations politiques ou militaires des xiv"^ et xv" siècles, pendant la lutte de l'Angleterre
et de la France, nous pourrions le répéter pour le xvi« siècle, à l'occasion des guerres religieuses. A chaque page des annales de ces provinces, pendant cette période, nous voyons d'un côté, à la tète des protestants ou des ligueurs, les La Rochefoucauld, les Châtillon, les Duras, les Condé, les La Trémouille, les Rohan, les d'Aubigné, et en face d'eux les Guise, les Matignon, les d'Épernon et de Joyeuse. Un rapprochement historique, dont il ne faudrait pas s'exagérer la portée, mais qu'il ne nous semble pas permis de regarder comme un jeu du hasard, peut donner une idée du fanatisme qui s'était emparé des esprits dans ces contrées : La Renaudie, l'agent le plus actif de la conjuration d'Amboise; Poltrot, l'assassin du duc de Guise, et Ravaillac étaient tous les trois de l'Angoumois ou des confins de la Saintonge.
Si, à ces longues et rudes épreuves, nous ajoutons les agitations de la Fronde, qui, par la présence de Condé, eut, sur le littoral de la Charente, un caractère plus sérieux que partout ailleurs; si nous rappelons les désastreux effets de la révocation de l'édit de Nantes (1), sous LouisXlV, dans une contrée si passionnément attachée au culte réformé; le commerce ruiné, les terres en friche, les villes désertes et les tentatives de l'Angleterre pour exploiter toutes ces misères à son profit, nous nous expliquerons l'enthousiasme avec lequel fut salué dans la Saintonge et dans l'Aunis l'avènement de la Révolution de 1789. Haines religieuses et rivalités locales s'effacèrent devant la grandeur des circonstances. Les deux provinces
(I) A la révocation de ledit de Nantes, beaucoup d'Iiabilants de l'Aunis et de la Saintonge passèrent en Hollande, de li émifc'ièrent au cap de Bonne-Espérance, où ils devinrent la souche de ces fameux boërs ou colons hollandais, que les .\nglais, envahisseurs de leur pays, devaient avoir tant de peine à refouler dans l'intérieur de l'.-Vfrique australe. Nous pourrions en citer plusieurs; nommons seulement les trois frères Pierre, Abraham et Jacob de Villiers, tous trois de La Rochelle, qui, en mai 1GS8, prirent passage à bord du Sion, et arrivèrent à Table-Bay en décembre 1689. De tous les émigrés français, ces trois frères sont ceu.x qui ont laissé la postérité la plus considérable : il n'est pas de ville, de village ou de coin reculé de l'Afrique australe qui ne compte quelque représentant de cette grande faujille. On la rencontre partout : au parlement, dans le commerce, parmi les membres du clergé, chez les fermiers. L'un d'eux, sir John Henry de Villiers, a été créé baronnet par la reine en 1877; il occupe encore aujourd'hui la haute dignité de chief-justice, prenant rang directement apiès le gouverneur.
Ces émigrés français avaient été établis dans les environs lie la ville du Cap : à Stellenbosch, il Drakunstein, sur les bords du Berg-River, et dans le district qui s'appelle encore aujourd'hui le Frunsche Iloet (le Coin français).
fournirent un contingent de vingt mille soldats pour la défense de nos frontières menacées, et, malgré le voisinage du foyer royaliste vendéen, leur dévouement à la République ne se démentit pas un seul instant. C'est môme la Charente-Inférieure qui opposa sa barrière au débordement de l'insurrection royaliste et empêcha la Vendée de donner la main à Bordeaux et au Midi.
En 1809, sous l'Empire, la flotte française fut incendiée par les Anglais devant l'ile d'Aix. Six ans plus tard, le BelUropkoii quittait celte même rade de Rochefort, emportant vers Sainte -Hélène le grand vaincu de Waterloo.
Dans le singulier mélange de scepticisme et de naïveté qui constitue le caractère actuel du Charentais, peut-être serait-il permis de reconnaître à la fois et la dernière empreinte du génie des anciens Santones et l'influence de toutes les crises par lesquelles ont passé ces malheureuses provinces; au fanatisme religieux a succédé une indifférence assez générale dans les villes, et il n'en est resté dans les campagnes qu'un fonds de croyance trop disposé à se rattacher à de superstitieuses légendes ou à de puériles tradilions.
Les ports de la Charente ont résisté bien moins encore que Nantes et Bordeaux aux conséquences de la révolution commerciale produite par la perte ou la décadence de nos colonies et la concentration des affaires dans les villes qui communiquent plus directement avec les États-Unis d'Amérique. Comme port militaire, la position de Rochefort a été jugée moins favorable que celles de Brest et de Cherbourg, places auxquelles il a été sacrifié. C'est donc surtout dans les travaux de l'agriculture et dans les arts industriels que trouve à s'exercer l'activité de fhabitant des Charentes. Son application, son intelligence expliquent les résultats obtenus et sont un sûr garant des succès de l'avenir. D'ailleurs, le Cliarentais n'a aucune ambition; il n'émigre pas pour aller chercher fortune en dehors de son pays; il se contente d'un petit bien-être et ne croit qu'à la fortune territoriale. Pays de propriétés divisées à l'infini, chacun possède en Saintonge et il y a peu de grands propriétaires.
HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES, BOURGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES
La Rochelle (lat. 46» 9' 23"; long. 3» 29' 4r'.0). — La Rochelle [Santoimm Portus, Rujjella), sta-
CHARENTE-INFERIEURE
lion terminale de la grande ligne de Poitiers à La Rochelle et Ilochefort (réseau d'Orléans); station intermédiaire de la ligne de Nantes à Bordeaux, par La Rochelle et Saintes (chemins de fer des Charentes, réseau de l'État), à 477 kilom. au sudouest de Paris, chef-lieu du département de la Charente -Inférieure, d'un arrondissement et de deux cantons, siège d'un tribunal de commerce et d'un tribunal de première instance, d'une Académie des sciences, aris et belles -lettres, fondée en 1732, d'un lycée et d'un évêché, renferme 19,583 habitants, possède une bibliothèque de 23,000 volumes, un cabinet d'histoire naturelle, une société d'agriculture, une direction des douanes et une école de navigation de quatrième classe. Ville forte et port de mer, autrefois capitale de l'Aunis, siège d'une généralité composée de cinq élections, chef-lieu d'intendance, avec gouvernement particulier, prévôté générale de maréchaussée, bureau de finances, bailliage, présidial, amirauté, hùtfl des monnaies, elle dépendait, sous le rapport judiciaire, du parlement de Paris.
Au fond d'une des anses du golfe de Gascogne, dont les deux îles de Ré et d'Oleron font une rade vaste et sûre, s'élevait, longtemps inconnu, un rocher, rocca^ mpeîla, au pied duquel quelques pêcheurs à demi sauvages s'étaient creusé des huttes dans le sable du rivage. C'est à ce rocher que La Rochelle doit et son nom. et son origine. Dans un acte du x° siècle, il est déjà fait mention de Rupella. A cette époque, la partie de la côte où fut construite plus lard la ville dépendait de la baronnie de Chàtelaillon; le château qui protégeait ce domaine ayant été ravagé et détruit dans les descentes des pirates normands et dans les guerres des ducs d'Aquitaine, un nouveau château, nommé Vauclair, fut élevé près du rocher dont nous venons de parler, le lieu paraissant probablement plus facile à défendre.
Les habitants des campagnes voisines vinrent chercher abri et protection autour des remparts de la forteresse, et sur le point le plus rapproché du rivage les pécheurs creusèrent, pour leurs barques, un port dans lequel il n'est point permis de voir le Portus Saiitonum des anciens, quoique, par suite d'un long préjuge historique, nous ayons été forcé d'accoler ce nom à celui de La Rochelle. Entre le port et le bourg s'étendait un terrain appelé le Champ de lyre; il fut abandonné en 1132, par Èble de Mauléon et Geoffroy de Rochefort, aux nou-
veaux arrivants que la ville naissante ne pouvait déjà plus contenir, et l'église Saint-Barthélémy, qui s'y éleva bientôt après, devint la paroisse de ce quartier.
Ces rapides accroissements de la population s'expliquent par l'importance et le succès des opérations commerciales et maritimes auxquelles s'étaient adonnés les fils de ces habiles et intrépides pêcheurs de La Rochelle. L'intérêt de leur commerce leur avait conseillé une prudente neutralité pendant les guerres de Henri Planlagenet et de Richard Cœur de Lion. Un des premiers actes d'Éléonore, quand elle reprit la souveraineté de ses domaines d'Aquitaine, fui l'octroi d'une charte communale aux habitants de La Rochelle, en 1199, dans laquelle elle reconnaissait leurs droits et leurs franchises. L'acte, daté de Niort, ne nous a pas gardé le détail de ces droits et franchises; les modifications furent d'ailleurs nombreuses et fréquentes; mais il faut le signaler comme le principe des conquêtes que l'héroïque commune sut agrandir ou défendre avec une ténacité dont nous ne trouverons pas un seul exemple dans les annales de notre pays.
Dans ce pays ouvert à tant de compétiteurs, dans ces temps de luttes presque continuelles, il fallait à la Rochelle une constitution indépendante et forte pour qu'elle ne devînt pas à tout propos et sans aucun souci de ses intérêts place stratégique en temps de guerre, appoint livré dans les traités de paix. Conquérir cette existence propre, la libre disposition de soi-même, devenir en France une petite république comme Gènes et Venise, une riche commune comme les grasses cités de Flandre, telle fut l'ambition de La Rochelle ; ce but fut toujours le fond de sa politique.
Le règne d'Éléonore avait placé La Rochelle sous la domination anglaise; lorsque Philippe-Auguste vint s'emparer des domaines français du roi Jean, conformément à la sentence rendue après le meurtre d'Arthur de Bretagne, les Rochelois, qui n'avaient qu'à se louer jusqu'alors des Anglais, et peu soucieux d'ailleurs de prendre part à la querelle, refusèrent d'ouvrir leurs portes au prince français. Après un siège qui dura toute une année, Philippe fut contraint de se retirer.
Toutefois, cet acte de fidélité devait coûter à La Rochelle plus cher (jue ses habitants ne l'avaient pensé; tout le pays de Guyenne et de Poitou étant redevenu français, c'est à La Rochelle que débar-
qiiail Jean sans Terre pour y préparer ses expéditions contre les provinces enlevées à sa couronne. Ce rôle, si décidément hostile aux rois de France, refroidissait, à l'égard de l'Angleterre, le zèle des Uochelois , qui , dans un souverain , cherchaient surtout un protecteur de leur repos et de leur commerce. La conduite de Henri III, qui, pendant le siège soutenu en 1224 contre Louis VIII, négligea de les assister et leur envoya, dit-on, pour tout secours, des coffres remplis de pierres, acheva de les détacher de la cause anglaise. Après une défense dirigée par Savary de Mauléon, et qui ne fut pas sans gloire, La Rochelle ouvrit ses portes à Louis VIII, le 3 août.
Le prince français, avec beaucoup d'habileté, se hâta de reconnaître et de confirmer tous les privilèges de la ville vaincue ; c'était la conquérir plus sûrement que par la force des armes. La Rochelle fut dès lors une ville française par ses affections et ses sympathies.
Cédée à Edouard III par le traité de Bréligny, en 1360, voici en quels termes ses magistrats protestèrent : Noiis serons et obéirons ax(,x Anglais des lèvres, mais les cœurs ne s'en mouvront. La politique d'Edouard ne put changer ces dispositions, et malgré la concession de nouveaux privilèges, malgré de nombreux encouragements prodigués à son commerce, la population no voulait voir dans son règne qu'une domination passagère. La preuve en fut donnée pendant la bataille navale que se livrèrent, en 1371, devant La Rochelle, le comte de Pembroke et le roi de Castille Henri de Translamare, allié de la France. Les Rochelois refusèrent d'intervenir, prétextant, eux, si habiles marins, qu'ils n'étoient point exercés à comdattre sur mer, surtout contre les Espagnols, et qu'ils avoient leur ville à garder.
Pembroke ne leur eût point pardonné celte réponse; mais, fort heureusement pour La Rochelle, il fut vaincu et fait prisonnier. A cette neutralité plus que suspecte, succédèrent bientôt des actes plus significatifs encore.
Le brave Du Guesclin, combattant pour ravir aux Anglais les fatales concessions imposées par le traité de Brétigny, pressait Poitiers ; Jean d'Évreux, sénéchal du roi d'Angleterre, avait quitté La Rochelle pour aller au secours de la capitale du Poitou et avait laissé la garde du château à un simple écuyer nommé Philippe IMansel. Le maire de La Rochelle, Jean Chauldrier, profita de l'occasion
pour chasser les Anglais. Du Guesclin, à celle nouvelle, marcha sur la ville, qui faccueillit, mais à des conditions qui caractérisent parfaitement la politique rocheloise : le château devait être rasé, la ville incorporée au domaine royal sans pouvoir jamais en être aliénée, et le droit de battre monnaie était rendu aux habitants. Charles V ne marchanda pas; il ajouta à ces privilèges l'exemplion de toute redevance, la promesse de ne lever aucun impôt sans le consentement du pouvoir municipal et la prérogative de noblesse conférée au maire ainsi qu'à ses successeurs.
Il y avait, comme on le voit, dans un pareil traité, satisfaction pour les intérêts tout autant que pour les sympathies ■ aussi l'alliance fut-elle sincère et durable. La fidélité des Rochelois ne se démentit pas pendant les règnes désastreux de Charles VI et de Charles VIL Leurs flottes marchandes, en temps de paix, allaient promener le pavillon français sur des rivages d'un éloignement redoutable pour cette époque : Jean de Bélhencourt, gentilhomme normand, abordait avec deux navires de La Rochelle aux îles Canaries et les ^pumetlait en parlic.
Leurs escadres, en temps de guerre, faisaient face à l'Anglais et lui prouvaient que la France n'avail pas succombé tout entière à Poitiers et à Azincourt.
Sous Louis XI, un désaccord de peu de durée vint troubler cette harmonie. Contrairement à un des articles de la convention signée par Charles V, le roi avait compris La Rochelle dans la donation du duché de Guyenne et du comté de Saintonge faite à son frère Charles de Valois. Les Rochelois protestèrent à diverses reprises. Louis XI était trop habile pour ne pas sentir la faute qu'il avait commise; à la mort de son frère, il revint en personne réintégrer La Rochelle au domaine royal, et, à son entrée, il prêta, à deux genoux, une main sur un crucifix et l'autre sur les saints Evangiles, le serment de maintenir les franchises municipales ; et comme nos rusés bourgeois savaient toujours se faire payer leur réconciliation par quelque concession nouvelle, ils obtinrent cette fois pour leur commerce le droit de continuer les relations avec les étrangers, même pendant la guerre, et avec les pays ennemis. Jusqu'à Charles IX, nous voyons se développer, dans une paix à peu près conslante, l'importance politique, maritime et commerciale de La Rochelle. Un fait peut donner l'idée du degré de puissance où était arrivée la marine rocheloise :
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Jes Français établis en Floride avaient à se plaindre de cruautés exercées contre eux par les Espagnols; à cette nouvelle, un gentilhomme gascon, Dominique de Gourgues, vend son patrimoine, équipe trois navires dans le port de La Uochelle, embarque 200 soldats d'élite et 80 matelots et part venger ses compatriotes. 11 surprend les Espagnols, les disperse ou les massacre; puis, attachant leurs cadavres aux mêmes arbres où ils avaient pendu les Français, met celte laconique inscription audessus de leur tète : Pendus non comme Espagnols, mais comme traîtres, voleurs e( meurtriers; puis il rentre à La Rochelle en 1368, et nous ne voyons nulle part qu'aucune réparation ait été demandée jamais par l'Espagne.
Cette importance de La Rochelle se manifesta surtout pendant les guerres de religion, qui fournissent à son histoire ses deux plus belles pages. La Réforme avait pénétré dans la ville sans grand éclat et y avait été accueillie avec beaucoup moins d'ardeur que l'esprit de critique et d'examen inhérent à une bourgeoisie quasi républicaine ne pourrait le faire supposer; mais un parti s'était formé en France, hostile à la cour et intéressé à profiter de toutes les fautes qui se commettaient. Condé, La Rochefoucauld, les princes de Navarre avaient les yeux tournés vers La Rochelle et n'attendaient qu'une occasion d'en faire leur place de guerre. L'intolérance maladroite des gouverneurs royaux, l'altitude hautaine de Charles IX pendant un voyage qu'il y fit en 15G3 aplanirent les voies aux chefs du parti protestant; les élections municipales appelèrent au pouvoir des réformistes ardents, et, malgré l'opposition Aqs politiques, bourgeois prudents qui pressentaient les conséquences d'une pareille résolution, la ville se trouva engagée dans la querelle. La reine de Navarre y avait sa cour. On y tint un synode national en avril 1571, auquel assistèrent Coligny, Jeanne d'Albret, Henri de Navarre et Henri de Condé. C'est dans cette assemblée de toutes les Églises de France réformées, présidée par Théodore de Bèze, que fut rédigé le symbole de la foi nouvelle, dit de La Rochelle. .\près le massacre de la Saint-Barlhélemy, La Rochelle devint le refuge et le boulevard des protestants, qui s'y donnèrent pour chef le fils de Jeanne d'Albret, Henri de Béarn. De son côté, le pouvoir royal semblait se préparer à une lutte prochaine; des forces étaient concentrées à Brouage, port rival, situé à quelques lieues au sud de La Rochelle ;
de sourdes rumeurs circulaient, lorsque fut intercepté et rendu public un billet de Catherine de Médicis à Strozzi, un des agents du roi dans la province ; billet qui annonçait les intentions hostiles de la cour relativement aux protestants réfugiés dans La Rochelle. A cette nouvelle, les habitants s'organisèrent en milice, on enrôla des volontaires au dehors, et tout en refusant, disaient-ils, de faire remonter au roi la responsabilité de la lâche entreprise et barbare exécution dont l'antiquité n'avoit jamais ouï la pareille, et dont la postérité 7ie pourrait ouïr parler qu'avec horreur, les Rochelois ne voulurent pas écouter ni recevoir les envoyés de Charles IX, et les hostilités commencèrent. Les troupes du roi s'avancèrent contre La Rochelle sous le commandement du maréchal de Biron; le siège fut continué par le duc d'Anjou, qui jouissait d'une grande réputation militaire. Les opérations de la défense furent dirigées par un brave et habile capitaine nommé La Noue, qui, après avoir fait tous ses elTorts pour concilier, dans de pacifiques négociations, sa fidélité au roi avec les devoirs de son patriotisme, se dévoua tout entier à la cause de ses concitoyens et sut allier à l'habileté du diplomate le sang-froid du général et le courage du soldat.
L'histoire détaillée du siège exigerait plus qu'une simple notice; quelques chiffres suffiront pour donner une idée de l'acharnement avec lequel on combattit de part et d'autre. Pendant sa durée, de décembre lo72 au 27 juin 1373, dans l'espace de huit mois, la perte des troupes royales fut de 22,000 soldats, selon les uns, selon les autres de 40,000 et de GO officiers généraux. Le résultat, comme effet moral, fut tout à l'avantage des Rochelois; l'indiscipline s'était glissée parmi les assiégeants; le duc d'Anjou, élu roi de Pologne, ne savait à qui laisser le commandement; on renonça à entrer de vive force dans la place, et La Rochelle conserva, avec la liberté des cultes, toutes les anciennes franchises qu'elle possédait auparavant. Une habile modération consolida les conséquences de la victoire ; sous Henri III et Henri IV, après redit de Nantes, les Rochelois surent rester fidèles à leur rôle de protecteurs de leurs coreligionnaires, sans se laisser enlrahier à une hostilité systématique contre le pouvoir royal. Il n'était cependant pas permis de s'y méprendre : il ne restait plus qu'un pas à faire, un nom à changer, et La Rochelle devenait une république. Le pouvoir du gouverneur
était à peu près nominal; toutefois, le fort Louis | (■•tait resté sous sa dépendance ; ce dernier rempart de la puissance centrale portait ombrage à la susceptibilité défiante et jalouse des bourgeois, qui ! demandaient instamment sa démolition. Sous Louis XIII, la querelle s'envenima; le roi vint en personne mettre le sit-ge devant la \ille, qui, malgré sa défense, avait laissé se réunir dans ses murs une assemblée extraordinaire des Églises réformées.
Le duc de Guise, avec une escadre, bloquait la ville par mer ; la fortune restait indécise entre les deux partis, lorsqu'une diversion des protestants du Midi et la complication des affaires extérieures contraignirent le roi à signer le Iraité de Montpellier, en 1622. La destruction du fort Louis était une des conditions du traité, mais la cour sut l'éluder. C'était le prétexte maintenu pour recommencer la lutte.
Malgré tout l'intérêt qui s'attache aux courageux efforts de La Rochelle, cet héroïque boulevard des libertés civiles et religieuses, on doit convenir que l'indépendance à laquelle elle aspirait devenait inconciliable avec la constitution politique et territoriale de la France à celte époque. La lulle eùtpuavoir de plus longues et de plus douloureuses péripéties, si la Providence n'eût point alors suscité pour son œu\Te le plus grand génie que la monarchie française ait jamais eu au ser%ic€ de ses intérêts. Richelieu était ministre. On sait tout ce qu'il y avait de grand dans les vues de sa politique extérieure; au dedans il voulait constituer monarchiquemcnl une France homogène et forte sur les ruines de toutes ces rivalités féodales et princières qui, depuis tant de siècles, ensanglantaient et épuisaient le pays. 11 comprit de quelle importance il était, pour J'avenir de ses projets, de ne pas laisser, entre ses adversaires et lui, une citadelle où ne manqueraient pas de venir se retrancher ses ennemis, nationaux ou étrangers. Cn nouveau siège fut résolu ; le cardinal, traînant le roi à sa suite, vint de sa personne diriger les travaux et donner le curieux spectacle dun prélat aussi expert aux choses de la guerre, aussi intrépide en face du danger, qu'on avait pu le supposer jusque-là habile aux intrigues de cour et aux travaux de cabinet ; l'histoire, toujours partiale pour les vainqueurs, a trop souvent raconté les meneilles de cette tranchée qui entoura, du coté de la terre, la ville assiégée sur un espace de 1*2 kilomètres et qui était flanquée de
onze forts et de dix-huit redoutes; elle a trop parlé de cette fameuse digue construite en face du port, d'après les plans de l'ingénieur Métézeau acceptés par Richelieu, et destinée à arrêter les secours que r.\ngleterre promettait aux Kochelois, pour que nous en entreprenions une description nouvelle; contentons- nous de consacrer quelques lignes à la gloire des vaincus.
Le siège avait commencé le 10 août 1627. Au mois de mai de l'année suivante, les secours anglais ne pouvant panenir, la famine commençant à décimer la population, on montrait au maire Guiton un citoyen expirant de faim : Cest assez qu'il reste un homme pour fermer les portes, dit-il froidement. Les assiégés luttèrent encore pendant cinq mois; les riches, ceux qui avaient de l'argent, payaient une vache maigre 2,000 livres, et la livre pesant, 12 livres; un biscuit, 23 livres; un œuf. 8 livres ; une pomme, 32 sols. Le pauvre peuple était réduit à ne se nourrir que d'herbe et de coquillages. Cn père s'était ouvert les veines pour nourrir son enfant; une femme avait dévoré les chairs de ses bras avant d'expirer; une autro^vait mangé sa propre Dlle. La population se trouvai! réduite de 27,000 à 3,000 habitants; les places, les rues, les maisons étaient encombrées de cada- VTes; la perte des troupes royales avait été aussi énorme ; les sommes dépensées s'élevaient à 40,000,000. Une capitulation fut enfin signée; elle stipulait amnistie complète et liberté des cultes. Le 30 octobre 1628, Louis XIll entrait en vainqueur dans la ville ; le lendemain, Richelieu y célébrait la messe dans l'église Sainle-.Marguerite ; l'énergique Guiton avait obtenu un sauf-conduit, reprenait son métier de marin et servit dans la marine de Richelieu; le rôle politique de La Rochelle était terminé. Le cardinal ne se livra à aucune vengeance contre les vaincus; il n'y eut point de sanglantes ext-cutions, mais les fortiûcalions de la \llle furent rasées, les privilèges municipaux abolis, les franchises communales supprimées ; l'essor républicain fut comprimé dans son foyer le plus menaçant, et le ministre n'eut plus à redouter l'alliance d'une opposition bourgeoise avec les dernières forces de l'aristocratie dont il projetait l'abaissement.
Après la démolition de ses murailles par Richelieu, La Rochelle resta ville ouverte jusqu'en 1689, I époque à laquelle Louis .\IV, effrayé des tentatives 1 de la ligue anglo-hollandaise, fit élever de nou-
CHARENTE-INFERIEURE
velles fortificatioiis, commencées par ringénieur Ferri et achevées par Vauban. Laclivilé rocheloise eut quelques occasions de sesercer dans diverses expéditions qui mainliorent la réputation de ses marins. Citons celle du capitaine Lemoyne dYbemlle, auquel est due la première reconnaissance complète el certaine de fembouchure du Xlississipi et la colonisation de lile du Massacre, dont il changea le nom en ile Oauphine, et qui fût devenue une précieuse possession pour la France sans Tincurie de la métropole. Rappelons encore celle de René Duguay-Trouin, couronnée par la prise de Rio-Janeiro. Néanmoins, la marine rocheloise, épuisée par les revers des dernières années du grand roi. n'était plus que l'ombre d'elle-même, lorsque, par un suprême effort, le 23 septembre IToT, elle par\int, avec colle de Rochefort, à chasser une flotte anglaise du pertuis d'Antic^he. La guerre de l'indépendance américaine fournit encore à ses corsaires l'occasion de signaler leur courage, '
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et, de 1778 à 1782, ils ûrent sur les Anglais de riches et nombreuses prises.
La révocation de ledit de Nantes (1685), en forçant plus de trois cents familles rocheloises à s'expatrier, porta un coup terrible au commerce el à l'industrie de celte cité, que n'épargnèrent point les terribles dragonnades, .\ussi la Révolution de 1789 y fut-tlle accueillie avec enthousiasme; mais quelques massacres signalèrent ce bel élan. Sa garde nationale, victorieuse des Vendéens à Chantonay ^17 mars 1793}, fut battue le surlendemain a Saint-Fulgent. Peu après, la ville devint le quartier général d'une armée républicaine qui prit le nom iarmée dt La Rochelle et que commandait le général Canclaux. Sous l'Empire, les corsaires rochelois Grent une rude guerre au commerce anglais ; ils déjouèrent souvent la sur>eillance des croiseurs anglais que le peu de profondeur des eaux empêchait de les poursui\Te dans leur retraite vers les côtes. Napoléon vint visiter deux fois La Rochelle,