‹ La France illustréeChapitre 293 sur 301 · I IC · texte numérisé non relu

I IC

ir.66. Histoire du Bcrry, par Jean Chaumeau. Lyon, in-tolio.

i569. Discours de l'entreprise des huguenots sur Bourges, par

Catherinot.

1374. Journal du siège do Sancerrc, par J. de Léry. In-8».

Recueil des antiquités et privilèges do Bourges, par J. Chenu. In-4*.

1621. Chronique historique des archevêques de Bourges , par C/tenu. ln-4".

1G13. Recueil des privilèges de la ville do Bourges, par J. Toubeau. Iii-4'.

1047. Histoire abrégée du Bcrry, par Th. Labbe. In-12, réimprimé en 1840.

1849. Éloge de la ville de Bourges, et blasons, etc., par Labbe. In-1!.

1580. Le Nobiliaire du Berry, par N. Calherinot. In-4".

1682. La Nécrologie du Berry, depuis l'an 251 jusqu'à l'an 1000.

par N. Calherinot. In-4''

1683. Le Fouillé de Bourges, par le Père Labbe. 10-4".

1683. Les Églises do Bourges, par le même. In-4''.

1684. Annales ecclésiastiques du Berry, depuis 1201 jusqu'en 1240,

par JV. Catherinot.

1685. Histoire du diocèse de Bourges, par Th. de La Thaumas-

sière. In-fol.

1089. Le Siège de Bourges en 1562, par Catherinot. In-4<'. 1777. Histoire de Sancerre, par l'abbé Poupar-Paree. In-12.

1783. Nouvelle histoire du Berry, par Follet. Bourges et Paris. 5 vol. in-8".

1795. Article Berry au tome XXXV du 'Voyageur français de Laporte. In-12.

1802. Description du département du Cher, par Legcndre de Luçay.

1S07. Topographie du département du Cher, par Legcndre de Luçay.

1821. Description historique de l'église de Bourges, par l'abbé liomelot. In-8".

1829. Statistique du département du Cher, par A. Butel. In-8°.

1S35. Itinéraire archéologique de Saint-.\mand à Bourges, par Jlaigniéres. In -32.

1835. France pittoresque, par A. Hugo, tome I«% article Département du Cher. Gr. in-8'.

1838. Description physique du département du Cher , par M. Fabrr.

Histoire archéologique et philologique sur Bourges et le département du Cher, par .W. Pienjuin de Cembloux. In-8".

Histoire monétaire et philologique du Bcrry, par de Ge?nbloux. In-l".

Mémoires historiques sur le Berry et particulièrement sur quelques chàlcaux du dopartemeni du Cher, par Bcupj/- Puyvallée.

Relation du siège de Sancerre. Bourges.

Histoire dos villes de France, tome IV, articles Berry, Bourges, etc., par A. Guilbert.

Histoire du Berry jusqu'en 1789, par Raynal. 4 vol. in -8°.

Géographie du département du Cher, par Badin et Quoiitin. 1847, in-12.

Annuaire du département du Cher de 18(0 à 1S52.

. Histoire et inventaire du trésor de la cathédrale de Bourges, par le baron de Girardot. 1 vol. in-S".

, La Sainte-Chapelle de Bourges, par il: de Girardot. In-8".

. Le Département du Cher, par Aug. Frémont. 1 vol. in-S".

, Guide du voyageur dans la ville de Bourges et spécialement dans la cathédrale, par l'abbé Bar7-eau. 1 vol. in-12.

, Description du Berry et du diocèse de Bourges au xvi" siècle, par Nicolojs de Nicolaï, Dauphinois, avec une notice «ur l'auteur par V. Advielle. ln-8°.

, Petite géographie du déparlement du cher, par JI. Zeller (collection Ém. Levasseur). In-i2.

, Étude géologique et agronomique du canton de Vierzon, publication de la Société d'agriculture du Cher.

Album pittoresque monumental du département du Cher.

Bourges, J. Bernard. In-4".

Collection des annuaires du Cher.

Carte du Berry, extraite de Cassini et de Capitaine.

Voir les feuilles : 109, 110, 121, 122, 123, 134, 135, 145 do la grande Carte de France, dite de VÉlat-.Vajor, publiée par le Dépôt de la guerre.

Cartes du département du Cher, par Dufour, Charle, Duvotenay, etc.

Archives de la ville de Bourges avant 1790, par //. Jongleux. 2 vol. in-8''.

Mémoires delà Commission historique du Cher. In-S".

Mémoires de la Société des antiquaires du Centre (1868- 1878). In-8".

Paris. — Imp. Vc P. Lahousse et Cl"^. — .

ïs r.DUFI'", EuiTL-i.

GORREZE

Chef-lieu : TULLE

Superficie : 5,866 kil. carrés. — Population : 311,525 habitants. 3 Arrondissements. — 29 Cantons. — 287 Communes.

DESCRIPTION PHYSIQUE ET GÉOGRAPHIQUE

Situation, limites. —Le département de l;i Corrèze doit son nom à la principale rivière qui y prend sa source et qui l'arrose en coulant du nordest au sud-ouest. C'est un des dépnrtemenls de la région centrale de la France. 11 est situe presque en entier dans le bassin de la Garonne ; sa lisière septentrionale appartient seule au bassin de la Loire. Il a été formé, en 1790, de la plus grande partie du bas Limousin et de quelques communes du Quercy et du Périgord.

Ses limites sont: au nord, les départements de la Haute-Vienne et de la Creuse; à l'est, ceux du l'uy-de-Dùme et du Cantal ; au sud, celui du Lot ; enfin, à l'ouest, celui de la Dordogne.

Nature du sol, montagnes, aspect général. — Le département de la Corrèze est un pays montagneux, surtout au nord et à l'est. Le sol, où domine l'argile posée sur les granits, sur les grès, sur les calcaires, est fort inégal, montueux, déchiré par des gorges, des ravins, et partout parsemé de vallées étroites et de collines qui se succèdent sans interruption. C'est dans la partie du nord que le terrain prend une pente légèremcnl inclinée au midi, à l'est et à l'ouest, et alors se forme la crête montagneuse qui s'étend depuis Masseret, Pompadour et Juillac jusqu'à Yssandon. Au pied des. collines et des montagnes, dont les pentes sont souvent déchirées par les orages, coulent de nombreux ruisseaux qui deviennent en hiver de véritables torrents. On trouve partout les aspects les plus variés, des sites champêtres, agrestes, sauvages et pittoresques. Des points élevés la vue s'étend sur de longues chaînes de collines, qui vont se perdre à l'horizon sur des plaines bien cultivées, couvertes de moissons. Le plateau le plus élevé du département est, dans le nord, le plateau de l\Iillevache, dont l'altitude varie entre

FlI.VNCE ILLUiiatE. ISO.

830 et 860 mètres ; il sépare le bassin de la Loire de celui de la Dordogne (c'est un contrefort des montagnes de r.\uvergne). Le partage des eaux se fait entre les montagnes granitiques de iMiUevache, de Monédières et celles de Treignac, qui se rattachent à la chaîne des monts du Cantal, et dont la direction de l'est au nord-ouest les réunit avec les montagnes de la Creuse. Le mont Odouze ou Audouzc (934 mètres), qui couronne ce plateau et qui domine les sources de la Vienne, de la Creuse, de la Diège, de la Luzège, l'orme le nœud qui sépare les monts d'Auvergne de ceux du Limousin. Le point culminant du département n'est pas au plateau de Millevache, mais bien un peu au nord-nord-ouest de .Meymac, oij se trouve le mont de Besson, qui a 984 mètres d'altitude et un signal (point mesuré) de 978 mètres. Près de Bort, la montagne que contourne la Dordogne a 8G0 mètres; dans la chaîne de Monédières, un point, près de Veix, n'a pas moins de 929 mètres, et le puy d'AUogne en compte 779. Les principales chaînes de collines s'étendent du nord au sud, entre les bassins des deux Vézères, de la Vézère et de la Corrèze, de la Corrèze et de la Dordogne. Les hauteurs de Masseret, du Saillant sur la rive droite de la Vézère, de Sainte-Ferréole sur la rive droite de la Corrèze, celles d'Aubazine, de Uoc-de-Vic et de la Ramière sur la rive gauche de cette rivière, sont les points culminants de trois chaînes de collines. Les principales vallées sont celles : de la Corrèze, de la Vézère, de la Dordogne, de la Diège, de la Triousonne, de la Luzège cl de la Doustre.

En automne, du haut des Monédières, le voyageur peut contempler la belle perspective qui circonscrit l'horizon : ù l'orient s'élèvent les monts Dores et du Cantal, qui, déjà couverts de neige, tranchent par réclat de leur blancheur sur les plaines environnantes; au sud surgit le Roc-de-Vie, à l'aspect sévère el triste, tandis qu'à l'occident s'étageut des plans infinis coupés par les cours d'eau.

■48. — Corrèze, 1" Liv.

Le sol de ce département se divise, d'après sa nature, en pays de bruyères ou de landes, 190,000 hectares ; sol de craie ou calcaire, 86,923 ; sol de gravier, 4,000 ; sol pierreux, 130,486, et sol sablonneux, 171,444 hectares.

Hydrographie. — Le département de la Corrèze appartient au bassin de la Garonne; une petite partie, au nord, formant le revers septentrional du plateau de Millevache, appartient seule au bassin de la Loire; la Vienne et, sur l'extrême frontière du département, la Creuse y prennent leur source. La pente générale est du nord au sud en inclinant un peu vers l'ouest. Les principales rivières qui l'arrosent sont : la Haute-Vézère, la Vézère, la Corrèze et la Dordogne.

La Haute-Vézère prend sa source près de Benayes; elle passe près de Saint-Pardoux-Corbier, près de Lubersac, arrose Ségur, à quelque distance duquel elle entre dans le département de la Dordogne, et va se joindre à la rivière de l'Isle, à 8 kilomètres au-dessus de Périgueux, après un cours total d'environ 70 kilomètres.

La Vézère descend des montagnes qui séparent la Corrèze de la Creuse, près deChavagnac; elle passe à Bugeat, Viam (à 5 kilomètres duquel elle forme la belle cascade du Saut de la Virolle), Treignac, Uzerche, Vigeois, Saint-Viance, Saint-Pantaléon, Larche, et, après avoir lentement baigné le pied de quelques coteaux charges de riches vignobles, elle entre dans le département de la Dordogne, où elle va, après un cours total de 190 kilomètres, se jeter à Limeuil dans la Dordogne. Elle a pour affluents de droite la Soudaine, le Brodascou, le Salon et la Loyre, et pour affluent de gauche la Corrèze.

La Corrèze a sa source au nord-est du département, dans les montagnes de Monédières et dans les dépendances de la commune de Bonnefonds ; elle passe à Corrèze, près de Bar, où elle est flottable à bûches perdues, près des Angles, de Peyrefort, à Tulle, au-dessous de laquelle elle reçoit, à gauche, la Montane, au Cornil, à Malemort, à Brive, et se jette dans la Vézère au-dessus de Saint-Pantaléon, après un cours d'environ 80 kilomètres. Elle est canalisée depuis Brive jusqu'à Saint-Pantaléon.

La Dordogne prend sa source au pied du mont Dore, dans le département du Puy-de-Dôme; depuis 6 kilomètres en amont du Port-Dieu jusque près d'Auriac, elle n'appartient d'abord au déparlement

que par sa rive droite, en le séparant de ceux du Puy-de-Dôme et du Cantal ; elle arrose dans cet intervalle Le Port-Dieu, i\loneslier- Port-Dieu, Bort, Saint-Julien, Uoche-le-Peyroux, Verneige et Saint- Projet; elle pénètre alors dans l'arrondissement de Tulle, passe à La Valette, Saint-Marlial-Entraigues, Argentat, Brivezac, Bassignac-le-Bas, Beaulieu et près de Liourdres ; elle passe dans le département du Lot pour aller, après avoir traversé les départements de la Dordogne et de la Gironde (voir XHijdrograpliie de ces deux départements), se jeter au Becd'Ambez dans la Garonne, après un cours d'environ 49G kilomètres, dont 126 à peu près appartiennent au département. La Dordogne est navigable pour les bateaux peu chargés, et, dans certaines circonstances, depuis Saint-Projet jusqu'à la limite du département, sur une étendue de 76 kilomètres. Elle a pour principaux affluents de droite dans la Corrèze : le Chavanoux ou Chavanon, qui a sa source dans le département de la Creuse et qui coule du nord au sud l'espace de 24 kilomètres, en séparant la Corrèze du Puy-de-Dôme ; la Diège, qui naît sur les limites du département et de celui de la Creuse, traverse les cantons de Sornac, d'Ussel, de Bort et se réunit à la Dordogne après un cours de 44 kilomètres; la Triousonne, qui a sa source sur la commune de Saint-Sulpice, traverse le canton de Meymac, un côté de celui d'Ussel, celui de Neuvic et se jette dans la Dordogne après un cours de 40 kilomètres ; la Luzège, qui sort du plateau de Millevache, au nord de Meymac, sépare les cantons de Neuvic, d'Égletons, traverse celui de Lapleau et se jette dans la Dordogne, au-dessous de La Valette, après un cours de 18 kilomètres; la Doustre, qui prend sa source au nord-ouest d'Égletons, traverse les cantons de La Roche-Canillac, d' Argentat, et se réunit à la Dordogne, au-dessous de cette ville, après un cours de 60 kilomètres.

Parmi les cours d'eau secondaires, nous citerons encore : la Glane, qui se réunit à la Maronne, laquelle se jette dans la Dordogne, au-dessous d'Argentat, et la Solane, qui descend de la commune de Naves, traverse Tulle, où elle se réunit à la Corrèze.

Le département renferme un grand nombre de petits étangs ; mais^ pour la plupart, ils ne sont formés que par des retenues d'eau. Nous citerons ceux de Pissevache, de Brach et de l'Étang-Neuf, près de Seilhac; ils servent à arroser des prairies et à faire mouvoir des moulins.

CORREZE

Voies de coniinunicatioii. — Le dépar- | lemcnt de la Corrèze est traversé par 5 routes I nationales, d'un parcours de 372 kilomètres ; par 9 routes départementales, d'une longueur de 451 kilomèlres; il y a 31 chemins vicinaux de grande communication, d'une longueur de 1.03(1 mètres; 45 d'intérêt commun, d'une longueur de 748 kilomètres; et 1,330 chemins vicinaux ordinaires d'un parcours tolal de 3,312 kilomètres ; plusieurs autres sont décrétés ou en construction.

Le département est traversé du nord au sud, dans sa partie occidentale, par la ligne de Paris-Li:noges à Toulouse, par Figeac, qui dépend du grand réseau d'Orléans. Cette li^Mie y pénètre à 5 kilomètres en avant de Saint-Julien-le-Vendômois, dessert celte station et celles de Lubcrsac, Arnac-Pompadour, Vignols-Saint-Solve, Objal, Le Burg, Varetz, Brive (502 kilomètres de Paris), Turenne, et, à 3 kilomètres de cette dernière, elle entre dans le département du Lot, après un parcours de 67 kilomètres dans celui de la Corrèze.

La ligne de Périgueux à Clermont par Brive, Tulle et Ussel, entre dans le département à 2 kilomètres en amont de Cublac, et dessert les stations de : La Rivière-de-Mansac, Larche, Brive (72 kilom. de Périgueux), Aubazine, Cornil, Tulle (98 kilom. de Périgueux), Gimel, Corrèze, Eyrein,Montaignac- Saint-Hippolyte, Rosiers-d'Égletons, Soudeilles, Lapleau-Maussac, Meymac, Ussel (68 kilom. de Tulle), Aix-la-.Marsalouse et Eygurade. A Eygurade, un embranchement se dirige sur .Mauriac. Citons encore la ligne de Limoges à Ussel par Eymoatiers.

Plusieurs autres embranchements sont à l'étude : de Limoges à Brive par Uzerche, celui d'Uzerche à Aurillac par Tulle.

On évaluait la longueur totale des chemins de 1er du département de la Corrèze, en 1880, à 305 kilomèlres dont 106 en e.xploitation et 200 à construire.

Climat. Le départemeut de la Corrèze appartient au climat du sud-ouest ou girondin. La proximité des régions élevées qui dominent le département au nord et à l'est y rend la température moyenne assez froide. Les hivers y sont longs et rigoureux, surtout dans les arrondissements de Tulle et d'Ussel; un peu plus doux dans l'arrondissement de Brive. Les vallées profondes et encaissées de la Corrèze et des affluents de droite de la

Dordogne sont, en automne, exposées à des brouillards épais et persistants. En général, les changements dans la température sont brusques et fréquents. Les vents de l'est et du nord y dominent.

D'après les observations faites à Tulle pendant l'année 1853 par M. Kosiorowski, la température moyenne de l'année a été de -f 13",22 du thermomètre centigrade. La température moyenne maximum a été de + 30°, 50 ; la température minimum a été de + 8°,50. La température minimum du mois de décembre a été de — 8°, 50. Le nombre des jours de pluie a été dans l'année de 100 jours; le ciel s'est montré serein pendant 98; il est tombé de la neige (ou du verglas) pendant 9 jours; enfin le ciel a été couvert et variable pendant 155 jours. La hauteur moyenne de la colonne barométri(iue a été pour la même année de 0"',7432 ; en 1832, elle avait été de 0™,7445.

Productions naturelles» — Le déparlement de la Corrèze appartient à la région géologique du plateau central, dont la hauteur moyenne est de 700 mètres. Les terrains granitiques en occupent les trois quarts; ces granits alternent dans les plaines avec les grès et les calcaires et ne se montrent à nu que le long des rivières ou sur le sommet des montagnes. Les principales productions minérales sont, dans la Corrèze, le granit, le calcaire ou pierre à chaux, les grès rouges et gris, les rochers basaltiques, les ardoises, le minerai de fer, la houille, du plomb sulfuré et argentifère, des filous de cuivre et d'antimoine ; mais toutes ces richesses ne sont pas exploitées comme elles devraient l'être. Le plomb se rencontre à Chabrignac, à Argentat, à Yssandon ; l'antimoine entre Ségur et Saint- Yrieix. Le fer en grains de Meilhards est assez abondant pour fournir au département le fer de toutes qualités dont il a besoin ; à Nespouls, prés de Turenne, et à Estivals, il y a aussi des mines de fer très riches. Lapleau possède une très riche mine de houille, et l'on en rencontre sur plusieurs points du département: à Cublac, Saint-Bonnet-la- Forêt, Lanteuil, Bort, Argentat, Gicpet, Malemort, .Meymac, Sainte-Saurelière, etc. Le granit ou le porphyre se montrent à Tulle, à Ussel, à Peyrelevade, à Saint-Angel, à Treignac, etc. Les mines de Lapleau, de Cublac et du canton de RIeymac sont principalement exploitées. Enfin, l'ardoise e-t exploitée dans les communes de Donzenac, de Vontezac, de Sainte-Ferréole, au Saillant et à Travas-

sac. Il y a à Saint-Exupéry une source d'eau mincrale.

La récolle des céréales est ici insuffisante pour la nourriture de ses habilanls; on y supplée par une abondante récolte de pommes de terre et surtout de châtaignes. Il est peu de départemenis dont la flore soit aussi variée et aussi riche que celle du département de la Corrèze, et ce luxe de végétation, il le doit à l'abondance de ses eaux, à l'élévation de son sol et à la diversité de ses expositions. Les principales productions de la montagne ou pays haut, comprenant tout l'arrondissement d'Ussel et la majeure partie de celui de Tulle, sont le seigle, le sarrasin, l'avoine, le lin, la pomme de terre et un peu de blé de mars ; la vigne y végèlo, les fruits sont peu abondants et de médiocre qualité, à l'exception des châtaignes, qui consliiuenl une ressource précieuse pour l'hiver. La moitié du territoire est couverte de bruyères stériles et de pâturages nombreux. On ne rencontre de terres bien cultivées et de bonnes prairies qu'à l'approche des habitations et des villages.

Dans le pays bas, situé au midi, à l'ouest du département, et comprenant la partie méridionale de l'arrondissement de Tulle et celui de Brive, dans un climat beaucoup plus tempéré et même assez chaud, les productions végétales réussissent mieux : le froment, le seigle, l'avoine, l'orge, le maïs, le sarrasin, ainsi que les fruits de toute espèce, sont d'une excellente qualité. Les châtaigniers et les noyers y deviennent superbes; le chanvre et' le lin sont abondants. Les vignes ne se trouvent guère que dans l'arrondissement de Brive. Les vins, dont la récolte est en surabondance avec les besoins de la consommation, sont, en général, de qualité médiocre ; les meilleurs sont les vins rouges d'Allassac, Sailhac, Donzenac, Seilhac et Argentat. Le vin blanc d'Argentat est estimé ; on en fait un bon vin de liqueur. Les vins rouges sont classés parmi les bons vins d'ordinaire de France. En 1874, les 17,500 hectares de vignes que l'on cultivait dans le déparlement ont rapporté 350,000 hectolitres, valant environ 7,000,000 de francs. En 1875, la production a été de 384,444 hectolitres; en 1877, elle était descendue à 214,389 hectolitres. Il y a beaucoup de prairies naturelles le long des rivières et des ruisseaux ou sur le penchant extrême des coUines ; quelques prairies artificielles ensemencées de sainfoin, de luzerne et de trèfle.

Dans les bois et les plantations isolées, les es-

sences qui dominent sont : le chêne, le bouleau, le hêtre, l'aune et le peuplier. Les principales forêts sont celles de Meilhards, de Beau-Soleil, de Turenne, de Soudeilles, deMirambel,deSaint-Marlinla-Méane, de Chirac ; elles occupent environ 14,000 hectares. Dans quelques cantons, on trouve des truffes.

On élève dans le départenient des chevaux de race limousine, qui, quoique un peu dégénérée, est depuis longtemps très estimée comme fournissant d'excellents animaux de trait et de labour ; l'espèce de l'âne y est aussi forte et nombreuse ; mais les races de bêles bovines sont inférieures; cependant les bœufs s'engraissent aisément et servent à l'approvisionnement des grandes villes, telles que Paris, Lyon, Bordeaux et Toulouse. Dans le nord du département, dans la montagne, on nourrit une race de moutons indigènes grande et vigoureuse; on élève beaucoup de porcs; les chèvres y sont aussi très multipliées. On engraisse beaucoup de volailles dans les basses-cours pour les expédier sur les marchés. Les abeilles sont en assez grande quantité et donnent un miel fin et aromatisé; leur cire est l'objet d'un certain commerce dans les arrondissements de Tulle et d'Ussel. Le gibier de toute nature est abondant et excellent. Parmi les animaux nuisibles, il faut citer le sanglier, le loup, le renard, la fouine, le mulot, la loutre, l'écureuil, le hérisson et quelques serpents. Les rivières, les ruisseaux et les étangs fournissent d'excellent poisson. On pêche le saumon dans la Vézère, dans la Dordogne et dans quelques-uns de ses affluents; les ruisseaux donnent le tacon, espèce de petite truite dont la chair est très délicate, et des écrevisses estimées.

Industrie agricole, manufacturière et coniniereiale. — Le département de la Corrèze est un pays exclusivement agricole ; mais l'agriculture y est encore peu avancée , et les bonnes méthodes n'y ont encore fait que peu de progrès. Les terres y appartiennent à la moyenne et à la petite culture ; les plus fertiles sont dans l'arrondissement de Brive ; celui de Tulle vient ensuite. Les terres de l'arrondissement d'Ussel sont les plus légères. La superficie du département se partage en superficie bâtie et voies de transport : 25,201 hectares, et territoire agricole, 561,408 hectares. Ce dernier se subdivise lui-même en céréales, 108.806 hectares ; farineux, 65,285; cultures pota-

CÛRREZE

gères et maraîchères, 1,727; cultures industrielles, 2,734; prairies artificielles, 2,740; fourrages annuels, 1,190; autres cultures, jaclières, 3o,70o ; vignes, 22,200; bois et forêts, 50,143; prairies naturelles et vergers, 79,303 ; pâturages et pacages, 71,473 hectares. On évalue les terres incultes à 120,300 hectares.

L'industrie d'exploitation s'exerce, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, sur le fer, la houille, les ardoises, le granit et les calcaires. L'industrie manufacturière et de fabrication est sans grande importance. Nous devons, cependant, faire une exception en faveur de la belle manufacture d'armes de Tulle, qui soutient jusqu'à l'étranger sa vieille réputation ; elle se compose de plusieurs établissements séparés, établis non seulement à Tulle, mais dans les environs, à Souillac, à Laguenne, à Meymac et à Treignac. Il faut encore citer les forges de La Grénerie, de Miaiet, de Pissac, etc. ; la houillère de Lapleau; la filature deBouncgue, commune de Saint-Fréjoux-le-Majeur; la carderie mécanique d'Ussel ; les pressoirs hydrauliques du Bourguet, commune de Saint-llilaire-le-Peyroux; les filatures de coton de Brive, de .Malemort. Les autres industries manufacturières que l'on peut mentionner sont des papeteries, au nombre de sept; des brasseries des fabriques de chandelles, des huileries, des tanneries, des verreries, des briqueteries, cinq fabriques de fa'ience, quelques manufactures de gros draps et quelques métiers où l'on tisse de grosses étoffes appelées droguets et ras de Tulle. A Laguenne, près de Tulle, il y a une scierie mécanique.

Le principal commerce du département a pour objet les produits de son sol. Les bestiaux en sont la branche la plus importante; les vins, le bois, le morrain, les armes à feu, les noix, la cire et le miel, les truffes et les volailles trulTées de Brive viennent ensuite.

Le nombre des foires est de 638 ; elles se tiennent dans 76 communes et durent 643 journées; la plus importante est celle de Saint-Clair, à Tulle. On y vend de la coutellerie, de l'orfèvrerie, de la fa'ience, des porcelaines, de la quincaillerie, de la mercerie, etc. On s'y rend de tous les déparlements voisins. Les foires de Brive, d'Uzerche, de La Graulière, de Bort, de Lubersac et d'Arnac-Pompadour sont, après celle de Tulle, les plus suivies.

Division paliticiuc et nrtniinistrative. — Le département de la Corrèze a pour chef-

lieu de préfecture Tulle; il est divise en trois arrondissements, 29 cantons, 287 communes; nous en donnons plus loin le tableau. Il appartient à la '8° région agricole, celle du sud de la France. Il forme le diocèse d'un évèché, dont le siège est à Tulle, et qui est suffragant de l'archevêché de Bourges. Tulle a un grand séminaire, et il y a deux petits séminaires, l'un à Brive, l'autre à Servières; ce dernier est établi dans un ancien château de la famille de Turenne. La Corrèze compte 3 cures de première classe, 31 de seconde, 237 succursales et 81 vicariats.

Les tribunaux de première instance de Tulle, de Brive et d'Ussel, et les tribunaux de commerce de Tulle et de Brive ressortissent à la cour d'appel de Limoges. Au point de vue universitaire, la Corrèze relève de l'académie de Clermont; il y a des collèges communaux à Tulle, à Brive et à Treignac, une institution libre à Ussel, une école primaire supérieure à Uzerche, dans le déparlement deS pensions et 627 écoles primaires.

Le département appartient au 12" corps d'armée, dont le quartier général est à Limoges, et à la 12° région de l'armée territoriale. La compagnie de gendarmerie départementale dépend de la 12° légion, dont l'état-major est à Limoges. H appartient à la 9° inspection des ponts et chaussées (Toulouse), et à l'arrondissement minéralogique de Périgueux, qui dépend de la région du centre ; enfin il est compris dans la 28° inspection forestière, dont le siège est à Aurillac.

On compte dans le département 42 perceptions des finances. Les contributions et revenus publics atteignent 8,667,700 francs.

HISTOIRE DU DÉPARTEMENT

Les peuples qui, avant la conquête romaine, habitaient le territoire dont se compose aujourd'hui le département de la Corrèze étaient les Zemoviccs; le nord était cependant occupé par quelques tribus des Arvernes, tandis qu'au midi les dernières familles des Lémovices se confondaient avec les Petrocorii. Ces tribus vivaient indépendantes sous la direction religieuse des druides, et l'on trouve encore dans la Corrèze des traces de leur ancien culte ; ce sont des peulvens, des dolmens, des tombelles, des pierres branlantes. Le dolmen deClairfage est un des plus curieux de ces monuments ; les noms des communes de Pierrefite et de Peyre-

levade constatent l'existence d'anciens peulvens.

Lorsqne, en l'an SO, lesllomains, sous la conduite de Jules César, firent la conquête des Gaules après dix années de combats acharnés, les tribus limousines de la race des Arvernes furent les dernières qui combattirent pour l'indépendance nationale; elles ne se soumirent qu'après la défaite et la mort de Vercingétorix, le héros de ces contrées, auquel elles avaient envoyé un contingent de dix mille hommes à Alésia. Le pays des Lémovices et celui des Arvernes furent, en elTet, ceux dans lesquels les Gaulois purent le mieux défendre leur liberté ; âpres montagnes, torrents, gorges inaccessibles, vastes forêts, tout s'y rencontrait pour en faire un pays admirablement approprié au genre de guerre que les Gaulois faisaient alors ; guerre de surprise et d'embuscade, où ils opposèrent le plus souvent la ruse et l'agilité au nombre et à la tactique. D'ailleurs, les Lémovices possédaient des forteresses retranchées, et ces oppida sont nombreuses dans le département. Situées pour la plupart sur des sommets élevés, entourées d'un ou de plusieurs fossés et formées d'énormes quartiers de roches brutes disposées en murailles perpendiculaires, elles devaient offrir une retraite assurée contre un ennemi qui ne connaissait que très imparfaitement le pays. La plus curieuse de toutes est celle de Rocde-Vic, placée sur le cône tronqué d'un mamelon isolé, d'où l'on peut découvrir tous les plateaux à dix lieues à la ronde. Sur des puys secondaires existent autour de l'horizon des forts plus petits, disposés de façon à communiquer, soit par des feux, soit par d'autres signaux, avec la forteresse principale: on en compte ainsi huit, qui sont: Puy-Chastellux, Puy-de-Fourches, Puy-Chameil,Puy-Sarjani, Puy-de-las-Flours, Puy-Pauliac, Puy-du-Sault et Puy-Bernère.

Une fois maîtres du pays, les Romains ne s'y établirent pas d'abord aussi complètement que dans les riches plaines de la Loire, de la Seine et du Rhône ; ils se contentèrent de l'occuper militairement à l'aide dequelques postes fortifiés et de camps retranchés, dont on reconnaît encore les traces, et peut-être ne firent-ils qu'occuper, en perfectionnant les moyens de défense, les anciens ouvrages fortifiés des vaincus. Quelques-unes de ces positions militaires, plus favorablement placées surles voies romaines qui couvrirent bientôt le pays de leur réseau, ou dans leur voisinage, devinrent par la suite des centres de population ; telle fut, par exemple,

l'origine de Masseret, d'Uzerche. d'Yssandon, d'Ussel et de Tintignac. Le savant Baluze a cru reconnaître dans cette dernière la Rastiahim de Plolémée. n paraît certain que ce lieu a été une station romaine. Les noms des villages environnants sont latins : Césarin, Bach, Montjove, etc. Baluze reconnut de son temps, à Tintignac, l'existence de ruines ayant l'apparence d'un ancien amphithéâtre, et, dans le pays, le lieu où il les vit se nomme encore les Arènes. Si à ces traces du séjour des Romains nous ajoutons deux ou trois tours ruinées, des restes de voies militaires, des aqueducs souterrains, quelques bustes mutilés, des tronçons de statues, un aigle colossal en granit, des vases, des urnes, des médailles, etc., nous aurons complété le catalogue des antiquités romaines du département de la Corrèze.

Les Romains avaient compris le pays dans la première Aquitaine (voir V Histoire du département de la Haute-Vienne) ; ils y dominèrent pendant cinq siècles ; l'événement le plus important pendant cette longue période fut la prédication de l'Évangile, qui vint consoler les populations vaincues et leur donner la patience et l'espérance d'un avenir meilleur. Si nous en croyons les écrivains ecclésiastiques, ce serait saint Martial qui aurait été l'apôtre du Limousin. Une ancienne tradition veut môme qu'il ait séjourné à Uzerche, à La Grafouillère, à Tulle, et il aurait fait dans cette dernière ville plusieurs conversions et des miracles. Le séjour de saint Martial à Tulle est, pour les historiens du pays, un fait au moins douteux : « Tulle, disentils, n'existait pas encore et ne fut fondée qu'à une époque bien plus éloignée. » (Marvaud , Histoire du ias Limousin.] Peut-être doit-on concilier l'histoire avec la tradition, en rapportant à Tintignac ou Rastiahmi, lieu voisin de Tulle, les faits que la légende religieuse place à Tulle.

Quoi qu'il en soit, après la mission de saint Martial, le nombre des chrétiens alla toujours en augmentant, malgré les persécutions ordonnées par les empereurs romains et pendant lesquelles eut lieu le martyre de saint Ferréol, évèquedeLimoges; de sainte Fortunée, qui, selon la tradition, a donné son nom au bourg de Sainte-Fortunade, où elle reçut la mort. Vers le iv= siècle, saint Martin parcourut aussi le bas Limousin ; il prêcha le christianisme à Brive, qui était déjà une ville importante, et il y reçut la palme du martyre.

Les premières églises qui furent élevées dans

CORREZE

le pays f'jren! consacrées ù sainlMarlial et à saint Martin, que l'on regardait comme les apôlres de la contrée.

Lors de l'invasion des barbares, les Vandales et les Âlains ravagèrent le pays, brûlant les églises et les villes. Après eux vinrent les Wisigoths; ceuxci s'emparèrent de r.\quilaine, et leur domination s'étendit sur la région qui forme aujourd'hui le département de la Corrèze ; elle fut assez douce pour les Gallo-Romains, qui s'inquiétèrent peu d'abord de voir les lourds impôts dont on les accablait passer des mains des empereurs à celles d'un maiire barbare. Mais les Wisigoths étaient ariens; ils persécutèrent donc l'Eglise d'Aquitaine. Les prêtres du bas Limousin joignirent sans doute leurs prières à celles des évoques auprès de devis, et celui-ci, à la suite de la grande victoire de Veuille, en 507, mit un terme à leurs exactions en s'emparant de la contrée. Les Francs s'avancèrent dans l'Aquitaine en trois colonnes; l'une d'elles,

France illusthce. 1 90.

qui élait commandée par Thierry, (ils aîiiéde devis, et qui fut dirig(''e vers Narbonne et la Seplimanie, traversa le pays dent nous esquissons ici l'histoire.

A l'époque du partage de la monarchie franque, le pays de la Corrèze fit partie du royaume de Paris, qui eut Caribert pour roi ; puis , à la mort de celui-ci, il passa sous la domination de Childéric, roi de Soissons. Quelque temps après, le Limousin fit cause commune avec le reste du Alidi, qui voulut se donner pour roi un fils naturel de Ciotaire I", nommé Gondovvald. Ce fut, dit-on, à Drive même que ses soldats l'élevèrenl sur le pavois, en 584. Mais, quelque temps après, il fut assassiné près de Saint-Bertrand-de-Conmiinges. Ses soldats n'avaient pas respecté l'église de Saint-Martin et y avaient mis le feu. Ce malheureux pays du bas Limousin fut encore ravagé une première fois par les Sarrasins et pendant la guerre d'indépendance de l'Aquitaine que Ilunald et Wa'i'fre , les descendants de ■48. — Connii^iE, 2« Liv.

Caribert, lils de Dagobert, sou tinrent de 760 à 770 contre Pépin le Bref et Charlemagne ; plusieurs combats furent même livrés dans les environs d'Yssandon, d'AUassac et de Turenne.

Charlemagne, vainqueur de \Yaïfre, établit dans le Limousin des comtes ou gouverneurs, tige des grandes maisons féodales, des vicomtes de Ségur, de Tulle, de Turenne, de Comborn et de Ventadour.

La Corrèze fit à cette époque partie du royaume d'Aquitaine, que constitua pour son fils l'illustre fondateur de la dynastie carlovingienne. Il avait encore traversé le pays en se rendant sur les frontières d'Espagne, en 774, et, témoin des désastres qu'avaient occasionnés les guerres précédentes , il s'efforça de cicatriser les plaies et de relever les ruines. L'église d'Uzerche conserve encore deux reliquaires qu'on attribue à la munificence de ce prince. La tradition veut aussi que son neveu, le célèbre Roland, ait donné à la chapelle de Notre- Dame-de-Rocamadour une somme d'argent d'un poids égal à celui de son invincible épée. Cette arme terrible y fut, dit-on, déposée après sa mort, contrairement à la poétique légende qui représente Roland brisant avant d'expirer la fameuse Durandal , au milieu des rochers de Roncevaux. La tradition locale explique par un hasard des guerres suivantes la perte de la précieuse relique et son remplacement par cette masse de fer qu'on montre aux pèlerins sous le nom de sabre de Roland. I

On raconte encore que Charlemagne, dans une des tournées d'exploration qu'il fit pour établir dans les pays d'outre-Loire une administration vigilante et réparatrice, s'arrêta dans sa résidence royale de Jucundiacum , Joac , près de Limoges , et vint, dit le cartulaire de Cliarroux, chercher une distraction à ses grands travaux dans une villa du comte Roger. Il y rencontra un gentilhomme breton qui rapportait de Jérusalem un morceau de la vraie croix. Le pèlerin consentit, sur la demande du monarque, à déposer dans ce même lieu cette relique sainte.

Charles y fit construire aussitôt un mcnaslère qu'il affranchit de toute juridiction épiscopale et laïque , suivant des lettres patentes approuvées et confirmées par le pape Léon III. Le comte de Limoges plaça dans le nouvel établissement douze religieux sous la direction de David, qui en fut le premier abbé, et leur donna , par testament, plusieurs terres ainsi que le château et le couvent de Saint-Angel. Ce dernier cloître, situé à huit kilo-

mètres d'Ussel, dans le bas Limousin, avait été fondé vers 798 par Roger et son épouse Euphrasie, qui lui donnèrent leschàtelleniesde Saint-Angel et de Nontron, et y établirent douze moines avec un prieur qui devait comparaître en personne au chapitre général de Charroux. Le couvent de Saint- Angel demeura, jusqu'au xni'= siècle, sous la protection des seigneurs de Mirabel, qui transmirent leurs biens et leurs privilèges aux seigneurs de Champiers. Ceux-ci les léguèrent à Guérin de Valon, à la charge par lui de prendre les titres et armes des maisons de Champiers et du Boucheron, qui avaient une origine commune. Les seigneurs de Champiers et leurs héritiers rendirent jusqu'au xvi» siècle foi et hommage à l'abbé de Charroux , pour le château de Saint-Angel, situé à quelque distance de l'abbaye de ce nom. En 1676, l'évêque de Limoges, François de La Fayette, céda au cardinal de Bouillon le prieuré de Saint-Angel, qui fut réuni quelque temps après à la congrégation des bénédictins de Saint-Maur.

Grand nombre de nobles personnages des environs furent inhumés dans ce monastère ou lui léguèrent de pieuses fondations. De ce nombre furent Èbles de Ventadour, Bernard, abbé de Tulle; Guillaume de Lastours, Aymeric Gilbert; Jourdain, abbé de Charroux; Isabelle de Correlas, dame de Châteauvert , Charlotte de Rochefort , Aymeric et Geoffroy de Rochefort, Albon de La Châtre et plusieurs seigneurs de Champiers.

Parmi les donations que firent les comtes de Limoges à l'abbaye do Charroux, on cite le prieuré de Colonges [Leolenmn), auquel les seigneurs de Turenne, de Curcmontc, firent de grandes concessions, soit pour participer aux revenus de ce monastère, soit aussi pour affaiblir les droits de suzeraineté des comtes de Limoges, dont ils supportaient difficilement l'autorité.

Cependant l'ordre rétabli par la main puissante de Charlemagne ne tarda pas, après sa mort, à être troublé de nouveau. L'établissement d'une nationalité indépendante était une chimère que poursuivaient les Aquitains avec une persévérance déplorable. Pépin II, leur roi, recommença la lutte. Charles le Chauve fut obligé de venir le combattre; il assiégea le château de Turenne et s'en empara. Ces dissensions amenèrent dans le pays un ennemi plus redoutable encore ; les Normands envahirent et ravagèrent le Limousin, y détruisirent plusieurs établissements religieux et ne se retirèrent qu'après

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une sanglante bataille gagnée sur eux par Raoul de Bourgogne, dans les environs de Beaulieu. Au milieu de CCS déchirements, Eudes, le célèbre comte de Paris, essaya pour le bas Limousin d'une organisation nouvelle; il créa un vicomte chargé d'administrer le pays et d'y rendre la justice et revêtit de cet emploi Adhémar d'Escals , qui résidait le plus ordinairement à Tulle.

A peine délivré par Raoul de Bourgogne des pillages et des ravages des Normands, le pays de la Corrèze fut en proie à de nouveaux troubles , à l'avènement des Capétiens; le couronnement de la féodalité dans la personne de lUigues devait être, en effet, un fatal exemple pour les grands vassaux d'Aquitaine. Les comtes de Toulouse et de Poitiers, ayant des droits égaux, se crurent appelés aux mêmes destinées que les comtes de Paris ; ils associèrent à leurs ambitieuses menées les vicomtes de Turenne, de Comborn et de Ventadour, les seigneurs de Gimel , de La Roche-Canillac et tous ceux qui avaient quelque force ou quelque influence dans la contrée.

L'autorité royale y demeura complètement méconnue jusqu'au mariage d'Eléonore avec Louis le Jeune. Le Limousin faisait partie de la dot de la riche héritière; on sait quelles funestes conséquences entraînèrent son divorce avec le roi de France et son second mariage avec un prince anglais. Le Limousin fut une des provinces où la lutte fut le plus acharnée. La grande guerre entre les rois de France et d'Angleterre s'y compliqua souvent de déchirements intérieurs, de séditions pour des causes locales; c'est ainsi que la sédition dû guerrier troubadour Bertrand de Born, seigneur de Hautefort, et la révolte des fils de Henri contre leur père se détachent comme de sanglants épisodes sur le tableau déjà si sombre de cette époque. Le peuple payait les fautes des seigneurs ; Henri II et Richard Cœur de Lion, qui lui était resté fidèle et soumis, ravagèrent impitoyablement les campagnes où les rebelles avaient trouvé ressources et assistance; d'autres calamités naquirent de celles-là. Les bandes de mercenaires amenées dans le pays par les princes, les routiers, les Brabançons, finirent par vouloir faire pour leur propre compte le métier que leurs nobles maîtres leur avaient enseigné ; ils se mirent à saccager villes et bourgs, à piller églises et châteaux, à tuer ou rançonner prêtres, bourgeois et vilains., Yssandon, Ussel et Treignac furent les principaux théâtres de leurs

exploits. Il fallut que le pays se levât en masse pour se délivrer de ce fléau. L'évêtiue Gérard se mita la tête des citoyens d'Uzerche et de Brive; sous lui marchaient Adhémar, vicomte de Limoges, Archambaud V de Comborn, Olivier de Lastours. Hs attaquèrent les routiers dans les plaines de Malemort et leur tuèrent 2,500 hommes dans un combat qui dura six heures. Après cette rude épreuve, le Limousin eut quelques années de paix. L'ardeur de sa noblesse se tourna vers les croisades. Ce fut une nouvelle source de gloire et d'illustration pour les maisons de Turenne, de Noaillcs, de Ségur, de Lastours, de Curemonto, de Gimel, etc.

Sous le règne do Philippe de Valois, la guerre se ranima contre les Anglais et prit, dans le Limousin, un caractère de nationalité qu'elle n'avait point eu jusqu'alors. Le roi de France visita Brive en 1335; il veilla par lui-même à ce que les murailles des villes fussent mises en bon état de défense. C'est à cette époque que se rattachent la délivrance de Tulle par le comte d'Armagnac et l'institution de la cérémonie commémorative connue sous le nom de fête de Saint-Léger. La bataille de Poitiers et le traité de Brétigny replacèrent le Limousin sous la domination anglaise; mais l'acharnement de la dernière lutte pouvait déjà faire pressentir l'expulsion prochaine de l'étranger. Un seul chef anglais nommé Lebret avait été obligé d'assiéger et de prendre quatre fois Ussel, qui parvenait toujours à se délivrer de ses vainqueurs. Sous Charles V, Du Guesclin vint attaquer les Anglais dans le Limousin ; il les tint assiégés à leur tour dans Ussel , les chassa de la vicomte de Ségur et aida la population de Tulle à se débarrasser, en 1371, de la garnison que le prince de Galles avait mise dans cette ville ; mais, en 1374, Brive rouvrit ses portes aux Anglais. Assiégée et prise par le duc d'Anjou, elle expia sa trahison par le supplice de ses principaux magistrats, près de la porte même qui avait livré passage à l'ennemi. Brive ne tarda pas à se réhabiliter, en chassant les détachements anglais qui occupaient les châteaux de Bar , de Saint-Jal , d'Affieux et de Saint-Bonnet. Malgré les vicissitudes du triste règne de Charles VI, l'Anglais n'eut plus que des succès précaires en Limousin ; Charles VII leur enleva sans grande peine toutes leurs positions; la dernière fut le château de Saint-Exupéry, près d'Ussel. Le monarque victorieux vint visiter le Limousin en 1441 , il passa à Tulle les fêtes de Pâques de cette année. L'importance toute nouvelle que prit alors le pou-

voir royal rallacha plus étroitement les provinces délivrées à la patrie commune et amoindrit l'influence de cette noblesse limousine, dont les dissensions et les rivalités avaient tant aggravé les maux des siècles précédents.

La ligue du Bien public, effort suprême de la féodalité mourante, ne trouva pas d'adhérents parmi les seigneurs du Limousin. Louis .\I s'était montre dans le pays; il y avait organisé les assises et avait séjourné à lîocamadour, à Brive, à Donzenac et à Uzerche. Plusieurs invasions de la peste signalent seules les règnes de Charles VIII et de François I". C'est sous Henri II que se révèlent les premiers symptômes de la crise religieuse. Les rigueurs de M. de Lestang, lieulenanl général au siège de Brive, déterminèrent l'explosion. La guerre civile éclata; les protestants trouvèrent surtout des adeptes dans la vicomte de Turenne, à Argentat et à Beaulieu. Les chefs les plus illustres se mirent à la tète des révoltés. Henri de La Tour, duc de Bouillon et vicomte de Turenne, dont l'influence était souveraine dans la province, y attira Biron, Coligny et Henri IV. Après la bataille de Jarnac, l'armée protestante vint prendre ses campements en Limousin ; une partie occupa Lubersac, Juillac et Saint-Bonnet ; une autre partie, Faye-la-Vineuse et les environs d'Ussel. Les hostilités partielles, les rencontres continuelles de partisans durèrent pendant tout le règne de Henri III. Le repos ne l'ut rendu à cette malheureuse contrée qu'après l'avènement de Henri IV au trône de France et après la réunion de la vicomte de Limoges à la couronne. Les luttes religieuses et la guerre civile du xvi' siècle avaient réveillé les prétentions féodales. Les agitations de la Ligue étaient à peine apaisées qu'une nouvelle levée de boucliers se préparait en Limousin au commencement du règne de Louis XIII. Leprotestantime servit encore de prétexte à la noblesse mécontente; une révolte éclata à Beaulieu en 1G28, et les religieux de l'abbaye furent chassés. Uicheheu comprima cette impuissante tentative; mais à sa mort, pendant la minorité de Louis XIV, c'est encore dans le Limousin (jue se nouèrent les premières intrigues de la Fronde.

La femme du prince de Condé réunit à Turenne, en 1648, les partisans des princes, et le duc de Bouillon chercha à s'emparer de Brive. Il échoua comme ses complices ailleurs; Louis XIV grandit, et ce fut pour achever la ruine de la féodalité. Il semblait que, sous ce rapport, rien ne restât à iaiie

à son successeur ; Louis XV porta cependant encore un dernier coup, plus sanglant peut-être que tous les autres, au prestige de la noblesse limousine. Après avoir acheté et réuni à la couronne celte vieille et glorieuse vicomte de Turenne, il obtint du duc deChoiscul, en 1731, en échange de la baronnie d'Amboise, la terre de Pompadour, et il la donna à Antoinette Poisson, sa maîtresse, qui prit le titre de marquise de Pompadour. Triste et cruelle façon de combler les vides faits dans les rangs des Turenne, des NoaiUes, des Curemonte et des Lastours 1

Le manoir des anciens barons, devenu le palais d'une favorite, est aujourd'hui un haras, un dépôt d'étalons destinés a l'amélioration de la race chevaline en Limousin. Au moins, dans sa nouvelle destination, est-il encore utile au pays en y attirant le commerce, la spéculation, les affaires. Une autre création du xvn° siècle fait, comme celle-ci, vivre aujourd'hui bien des familles en même temps qu'elle est l'objet d'un légitime orgueil pour Tulle et pour le département de la Corrèze • c'est la fabriiiue d'armes que les frères Pamphile établirent à Souillac, près de Tulle, et qui fut érigée en manufacture royale sous le règne de Louis XVI, en 1778.

Les événements de la Révolution n'eurent pas de grand retentissement au milieu des montagnes et des sauvages vallées de la Corrèze ; le décret qui organisait le département et faisait de Tulle le chef-lieu du département excita bien un instant la jalousie de Brive, qui se croyait des droits à la représentation du bas Limousin. Depuis, ni les révolutions de 1830 et de 1848, ni la fatale guerre de 1870 et de 1871 ne sont venues distraire les laborieux et patients habitants du département de la Corrèze des travaux d'agriculture qui forment leur principale source de richesse et de bien-être.

Le département de la Corrèze a eu l'honneur de donner à l'Église catholique plusieurs papes : Pierre Roger, pape d'Avignon de 1342 à 1352, sous le nom de Clément VI ; Etienne Aubert, élu pape en 1332, sous le nom d'Innocent VI, et le neveu de Clément VI, intronisé en 137Û, sous le nom de Grégoire XI ; c'est de ce même département que les familles de Comborn, Lévi, Ventadour, Noailles, Ségur et Turenne , que nous trouvons citées à chacune des pages de nos annales, tirent leur origine. C'est aussi la patrie d'un grand nombre d'hommes distingués à divers titres, parmi lesquels nous citerons : le savant Etienne Baluze; les littérateurs

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Marmoiitel, Cabanis et Fcletz ; les jurisconsultes Treilhai'd et Sirey; le savant agronome de Lasleyrie; le nalaralisle Latreille; rinforluné maréchal Drune ; et cet homme que poursuivra toujours l'inexorable justice de l'histoire, le cardinal Dubois.

HISTOIRE ET DESCRIPTION DES VILLES, BOURGS ET CHATEAUX LES PLUS REMARQUABLES.

Tulle (lat. 4o» 16' 7"; long. 0° 33' a8" 0.). — Tulle [Tutela LemoDicum, Castrum Tutchnsé) est une ville ancienne, chef-lieu de préfecture du département et de deux cantons ; station de la ligne de Périgueux à Clermont, par Brive, Tulle et Usscl, qui l'unit à la grande ligne de Paris-Limoges à Toulouse, à S28 kilomètres par le chemin de fer, à 480 kilomètres en ligne directe au sud de Paris, peuplée par 13,342 habitants, avec tribunaux de P" instance et de commerce, évèché érigé dans le xiv" siècle, grand séminaire, collège communal, écoles normales primaires d'instituteurs et d'institutrices, école départementale de géométrie et de mécanique appliquées aux arts, bibliothèque publique, elle dépendait autrefois du parlement de Bordeaux, de l'inlendance de Limoges, était cheflieu d'éleclion et possédait vicomte, sénéchaussée, présidial, gouvernement particulier, évèché, chapitre, prieuré et plusieurs couvents.

La ville de Tulle, généralement mal bâtie et mal percée, est pittoresquement située entre plusieurs vallons étroits, au confluent des rivières de Corrèze et de Solane, partie sur le penchant et partie au pied d'une colline, dans un pays très montueux et coupé de précipices. C'était primitivement un château d'origine gauloise, désigné par les Romains sous le nom de Castrum TuUum, Castrum Tulense, Tulla, Tiitela. Ce nom s'est transformé au moyen âge en celui à^Tucle, d'où l'on a fait Tulle. Suivant une ancienne légende, saint Martial, apùtre de l'Aquitaine, fit à Tutela sa première prédication vers la fin du i"'' siècle de l'ère chrétienne. On rapporte qu'il fut flagellé dans la ruelle del Tour del Sente. Une image expiatoire, qui n'existe plus aujourd'hui, rappelait autrefois à la pieté des fidèles ce fait plus ou moins authentique. Les antiquaires ont signalé les traces d'une voie romaine près des murs de Tutela. Cette route, qui mettait Lugdunum (Lyon) en communication avec l'extrémité de r.^quitaine, traversait le département de la Corrèzc dans la direction d'Eygurande, Ussel, Lapleau,

Fontmartin et Brive ; elle passait près de Tulle, dont elle était séparée par la Corrèze, et communiquait avec cette ville par le pont Chauzinel ou du Péage ; un embranchement aboutissait à Uzerche en longeant le faubourg de la Rivière. Sur cette roule furent construits le faubourg d'Alverges ou des Auberges et celui du Lion-d'Or , par extension de celui de Canton , précédemment formé à la tète du pont. Les Romains firent, dit-on, du château de Tutela un poste avancé, destiné à protéger contre toute surprise leurs légions, qui campaient à l'est, vers NavesetTintiniac.il est possible que Tulle doive, en effet, son origine à une forteresse romaine. Peut-être doit-elle plutôt la rapporter au monastère qui s'élevait à l'extrémité de l'angle presque droit formé par les deux rivières. C'était le célèbre couvent de Saint-Martin, fondé, suivant la tradition, par saint iMartin lui-même, vers le milieu du iv° siècle. L'enceinte de Tulle était percée par quatre portes principales : celle de la Rivière ou des Moulins; celle du pont Chauzinel ou de l'Évèché ; celle des Mazeaux ou de la Barrière ; celle de Chanac ou de la Barussie. L'entrée de ces portes était défendue par des tours. Le mur d'enceinte était couronné par une galerie de circulation à laquelle on communiquait par des escaliers placés de dislance en distance. Il y avait, en outre, deux petites portes ou guichets : l'une au nord, au bout de la rue qui en a gardé le nom ; l'autre au midi, près du clocher, à l'endroit qu'on appelait lou pount dos Selgnours. C'est par là qu'on communiquait avec l'enclos du monastère, qui, bien qu'enfermé dans l'enceinte générale, était encore séparé de celle de la ville. Une des portes de Saini- Marlin était au bas de la rue dite du Fort-Saint- Pierre, à côté et au pied de la tour Maige.

Au commencement du v° siècle, les barbares franchirent le Rhin et ravagèrent toutes les provinces de la Gaule. Pendant deux années (407-409), l'Aquitaine, laissée sans défenseurs par l'impuissant Ilonorius, fut en proie aux dévastations des Alains, des Suèves et des Vandales. Salvien, dans son traité De gubernatione Del, a tracé le sombre tableau de cet effroyable bouleversement. Il nomme seulement les grandes cités qui furent mises à sac et détruites par le feu. Il ne parle pas de Tutela. On croit que cette ville n'avait pas encore acquis d'importance et qu'elle dut son accroissement à la ruine d'une ville voisine beaucoup plus ancienne, celle de Tintiniac. Tulle passa, ainsi que le mo-

nastère, sous la domination des Wisigoths, qui fondèrent, en 419, le royaume de Toulouse. Elle suivit le sort de l'Aquitaine et reconnut l'autorité des Francs après la victoire de Clovis à Vouillé (507). Dans ces temps reculés, son histoire est fort obscure. On sait pourtant que le monastère fut pillé, au ix" siècle, par les Normands. Pendant la guerre de Cent ans. Tulle fut deux fois assiégée par Henri de Lancastre, qui s'en empara, après une vigoureuse résistance, le 1'"' novembre 1346. La ville fut bientôt délivrée par le comte d'Armagnac. Les Anglais reparurent en 1369 ; mais les habitants les repoussèrent, et Charles V, pour récompenser leur courage, leur accorda d'importants privilèges par lettres patentes du mois de mai 1370. Il anoblit six des principales familles bourgeoises de la ville, savoir : Durand de Lespicier, Jean et Guillaume de Bossac, Jean et Raymond de Saint-Salvadour, et Guillaume de Labeylie. Au xiv" siècle, survinrent les querelles de religion. Henri, vicomte deTurenne, s'empara de Tulle en 1S83, pour le roi de Navarre, et y établit son lieutenant Lamaurie, en qualité de gouverneur. Cet officier y passa l'hiver et se rendit odieux par ses déprédations. Malgré ses prétentions au titre de capitale du bas Limousin, que lui disputait Brive-la-Gaillarde, Tulle continua d'être, jusqu'à la Révolution, une petite ville presque inconnue des géographes et des historiens. C'était le siège d'une sénéchaussée, d'un présidial, d'une élection et d'un évèché. Voilà tout ce qu'on en peut dire. Le Voyageur français (l'abbé Delaporte) de 1761 en parle avec un mépris peu déguisé, mais assurément peu mérité aujourd'hui. « Figurezvous, dit-il, une ville mal située, mal bâtie, peuplée d'ouvriers, d'écoliers et de suppôts de la justice, et vous n'aurez encore qu'une faible idée de cet ennuyeux séjour, que je quitterai le plus promptement qu'il me sera possible. » Le collège de Tulle, situé dans le vallon sur les bords de la Corrèze, l'ut occupé par les jésuites depuis 1620 jusqu'à leur suppression, ensuite par des théalins; c'était la seconde maison de cet ordre qu'il y eût on France, après celle de Paris. En 1670, on bâtit l'hôpital, au delà de la rivière, sur remplaecmenl d'un ancien couvent de moines de Cluny. Il y avait autrefois dans la ville un couvent de cordeliers, fondé en 1491. Ces moines furent remplacés, en 1601, par des Pères récollets, dont la communauté se glorifiait d'être la première qui eût été établie en France. Tulle possédait encore un couvent de

feuillants et plusieurs autres communautés religieuses.

Le principal édifice de la ville est la cathédrale. C'est l'église de l'ancien monastère de Saint-Martin. Détruit en 846, ce monastère fut entièrement rétabli vers 930. Le pape Jean XXII l'érigea, au commencement du xiv" siècle,, en abbaye. L'abbé Arnaud de Saint-Astier fut élevé à la dignité épiscopale et devint le premier évêque de ce petit diocèse, formé par un démembrement de celui de Limoges. Le monastère continua d'être occupé par des bénédictins, qui conservèrent leur règle jusqu'en 1S16 ; ils furent alors sécularisés et remplacés par des chanoines. L'église était devenue cathédrale depuis que l'abbé de Saint-Astier avait reçu le titre d'évêque. Détruite par les Normands, au ix" siècle, relevée quelques années après et réparée de nouveau en 1103, elle offre aux regards des artistes et des archéologues de curieux détails d'architecture. Une tour carrée forme le clocher. Cette tour est admirable par la solidité de sa construction, par sa hauteur (71 mètres, c'est le monument le plus élevé de la Corrèze), et en môme temps par son élégance. Son rez-de-chaussée présente un porche percé de quatre portes, trois qui s'ouvrent en dehors, et la quatrième dans l'église. A une certaine hauteur, les quatre angles de cette tour sont occupés par quatre tourelles qui se terminent en aiguille. Le corps principal de la tour s'élève beaucoup plus haut et se termine également en forme de pyramide. Dans un angle du porche, à l'entrée de l'église, on voyait autrefois le tombeau de plusieurs vicomtes de Turenne. Le cardinal de Bouillon le fit remplacer par une table de marbre avec une inscription en latin dont voici la traduction : « Sous ce caveau sont renfermés les corps des anciens vicomtes de Turenne, dont les tombeaux menaçaient ruine et gênaient l'entrée de l'église. Le sérénissime prince Emmanuel-Théodore, cardinal de Bouillon, pour conserver la mémoire de ses aïeux, a fait placer ici cette inscription. » Outre l'église, monument historique, Tulle possède les restes du cloître et de la salle capitulaire de l'ancienne abbaye de Saint-Martin.

Depuis la réorganisation administrative de la France et le changement des provinces en départements. Tulle, érigée en chef-lieu de préfecture, doit à ce litre une certaine importance officielle ; elle s'est beaucoup embellie; nous ne doutons môme pas que, si l'auteur du Voyageur français pouvait

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la revoir aujourd'hui, il ne finît par s'y plaire et regretter son jugement passé; quand les anciennes maisons auront achevé de disparaître , elle sera certainement un séjour agréable et pittoresque. Le commerce et l'industrie n'y manquent pas d'activité. Outre les fabriques de bougies, d'huile de noix, de clous, de cartes à jouer, etc., il faut citer la manufacture nationale d'armes à feu de Souillac, pouvant livrer annuellement jusqu'à soixante-dix mille fusils ; elle occupe, tant à Tulle, Souillac, Laguenne, que dans les annexes qu'elle a à Meymac et à Treignac, environ l,oOO ouvriers, et sa réputation bien méritée s'est étendue jusqu'à l'étranger. Déduction faite du prix des matières premières, elle verse chaque année dans le pays de quatre à cinq cent mille francs. Si la fabrication des armes est pour la ville de Tulle une importante source de revenus, c'est à peu près la seule industrie qui y soit vraiment prospère. « On prétend, dit M. A. Hugo, que l'espèce de dentelle nommée point de Tulle a été inventée à Tulle, et des ouvrages statistiques très vantés, publiés de nos jours, répètent que cette ville est encore le lieu central de celte fabrication ; nous pouvons affirmer qu'il n'y existe, non plus que dans le département, aucun ouvrier en tulle. » Il est même de notoriété publique que depuis un temps immémorial on n'y a vu aucun métier de point de Tulle.

La foire de la Saint-Clair attire dans la ville un grand concours de marchands. On y vend des articles de toute espèce : orfèvrerie, coutellerie, faïencerie, porcelaines, étoffes, objets de fantaisie, etc. Enfin, il se tient aussi une foire importante pour les bestiaux.

La ville a vu naître l'historien E. Baluze et Nicolas Béronie, auteur d'un dictionnaire du patois limousin.

Les armes de Tulle sont : de gueules, à trois rocs d'or,2ei i; au chef d' azur , chargé de trois fleurs de lis d'or; avec la devise : Su.nt rupes vmTcxis

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