ITER
Naves. — Naves, à 6 kilomètres au nord deTulIe, est une commune de 2,297 habitants, dans l'église paroissiale de laquelle on voit un magnifique monument de sculpture, dont les deux principaux ornements sont deux statues de saint Pierre et de saint Paul, de grandeur naturelle, supportées par des colonnes torses d'une grande élégance. A'aves a donné son nom à une famille seigneuriale qui
avait sa sépulture dans l'abbaye de Tulle. Sur le territoire de cette commune et sur le plateau qui sépare les vallées de la Corrèze et de la Vézère, se trouve une esplanade qu'on appelle les Ruines de Tintiniac. Du côté de l'est, elle est limitée par un village du même nom de Tintiniac. A l'ouest, elle s'adosse au village de Bach. Au sud, elle est limitée par le village de Césarin. Au nord, elle se prolonge indéfiniment. Au point précis qu'on appelle les .\rènes de Tintiniac, on découvre à (leur de terre cinq carrés évidés de maçonnerie à ciment, de la grandeur chacun d'une chambre ordinaire, attenant les uns aux autres. Les ruines que Baluze a mesurées, et qui, de son temps, présentaient la forme d'un amphithéâtre de cent quatre-vingt-douze pieds de long sur cent quarante-quatre de large, ont disparu. On a trouvé dans ce lieu des médailles impériales, des urnes en pierre, des lacrymatoires et plusieurs vases propres aux sacrifices. On y a également découvert plusieurs tuyaux en terre qui semblaient appartenir à un aqueduc, un puits très profond, deux tètes d'homme en pierre et une de femme en marbre. Baluze a cru y reconnaître l'ancienne Rastiatum de Ptoléméc.
GiMEL. — Gimel, station de la ligne du chemin de fer de Périgueux à Clermont par Brive, Tulle et Ussel, est un village de 1,147 habitants, situé à 13 kilomètres au nord-est de Tulle, sur la rivière de la Jlontane, affluent de la Corrèze. Saint Martial y prêcha le christianisme; plus tard, il s'y fonda un monastère où se retira, en 1109, Pierre Béchade, abbé d'Uzerche. La chapelle est entourée de rochers granitiques, où l'on a trouvé plusieurs tombeaux en pierre remontant à une époque reculée. Les seigneurs de Gimel possédaient dans ce village un château fort dont il reste quelques ruines. Près de Gimel, laMontane se précipite de cascade en cascade. On en compte cinq principales et au moins autant de secondaires. La hauteur totale de la chute est d'environ 130 mètres. On ne peut voir toutes ces cascades d'un seul coup d'oeil, à cause des circuits du canal que les eaux se sont creusé entre les rochers. La chute supérieure se divise en trois parties. Elle a près de 4o mètres de hauteur et, quand les eaux sont abondantes, une largeur de b mètres. Lorsque la Montane est grossie par la fonte des neiges, les trois cascades se confondent en une seule. Audessous de la premicTe chute, l'eau suit un plaa
incliné, formé par un rocher d'une seule pièce de 27 mètres de hauteur, et se jette dans un gouffre dont on n'a pu encore sonder la profondeur. Comme on l'a dit avec raison, la cascade de Giniel serait une des plus célèbres de France, si le volume de ses eaux répondait à la hauteur des rochers d'où elle se précipite.
Argentat. — Argenlat est un chef-lieu de canton peuplé de 3,380 habitants et situé à 32 kilomètres au sud-est de Tulle. Bâtie sur la rive droite de la Dordogne, dans une riante vallée, Argentat est une ville assez commerçante. Elle expédie pour Bordeaux du bois merrain, du blé, du charbon de bois et de la houille exploitée dans les environs. On traverse la Dordogne sur un beau pont suspendu en fd de fer, élevé, en 1828, aux frais du comte Alexis de Noailles et par les soins de M. Vicat. Ce pont a une longueur de 100 mètres. Le plancher est jeté à 15 mètres au-dessus du niveau de la rivière. Les piles s'élèvent à une hauteur d'environ 24 mètres; elles sont à jour et portées chacune sur quatre voûtes élégantes. Les voûtes, comme les murs pleins, sont en granit schisteux, sans aucune taille de pierre, et la maçonnerie a été faite avec du mortier hydraulique.
Argentat dépondait autrefois de la vicomte de Turenne ; c'était le siège d'une vicairie de cette vicomte. Au xui" siècle, il y existait un monastère dont l'abbé, Bernard de Ventadour, obtint pour la ville le privilège de tenir des marchés publics. Pendant les guerres de religion, les habitants construisirent, pour leur défense, quatre forts, qu'ils furent ensuite forcés de démolir. Sous Louis XIV, les protestants furent obligés de renoncer à leur culte, à la suite d'une mission présidée par un prêtre de Brive, qui soutint une longue controverse avec les ministres réformés.
A quelque distance de la ville, au hameau de Longer, il y avait une station romaine; on y a retrouvé plusieurs antiquités.
Treignac. — Treignac, chef-lieu de canton peuplé de 2,897 habitants et situé à 45 kilomètres au nord de Tulle, sur la rive gauche de la Yézère, non loin des montagnes deMonédières, est une ville ancienne d'un aspect un peu triste. L'église, d'architecture gothique, mérite d'être visitée. On peut citer aussi le collège, la halle, plusieurs fontaines publiques, des places bien ombragées et une pro-
menade assez belle. Le pont ogival de trois arches, sur la Vézère, est d'une hardiesse et d'une beauté remarquables. Treignac fait un commerce de bestiaux, de châtaignes et des excellentes truites que l'on pêche dans les petits affluents de la Vézère. C'est une annexe de la fabrique d'armes de Tulle.
Sur une hauteur voisine, la Croix de Lescaut ou de la Bussière, est une chapelle dédiée à la Vierge et destinée à servir d'asile au voyageur surpris par la tempête. Autrefois, cette chapelle avait une cloche que les habitants du hameau le plus prochain allaient sonner tour à tour pendant les temps de neige.
Le château de Treignac, appelé le château de Saint-Martin, bùli sur un rocher qu'entoure de trois côtés un circuit de la Vézère, est tombé en ruine. Mais ce qui reste suffit pour attester la puissance des anciens seigneurs du pays. Celte place d'armes appartint successivement aux maisons de Comborn, de Pompadour et de Ilauteforl.
En remontant la Vézère, à 4 kilomètres à l'est de Treignac, on voit une cascade digne de l'attention des voyageurs : c'est le saut de la Virolle. Les eaux de la rivière, après avoir longtemps coulé dans un étroit défilé, franchissent une haute muraille de rochers et se précipitent de près de 33 mètres d'élévation au fond d'un vaste entonnoir dont la profondeur est inconnue, et dont les bords, hérissés de rochers abrupts, sont tapissés d'arbustes et d'arbrisseaux, comme pour diminuer l'horreur de ce site sauvage. Les rochers et les broussailles, toujours couverts d'une sorte de poussière humide, étincelante, offrent pendant l'hiver un spectacle magique. On dirait un immense palais de slalactites et de rubis. Dans la belle saison, les troupeaux de chèvres et de brebis s'aventurent entre les précipices et s'avancent sur les bords les plus escarpés. Sur les sommets déserts, les bergers veillent pour écarter les loups, dont les hurlements dominent le sourd fracas de la cascade.
Chamberet. — Chamberet, canton de Treignac, est un gros bourg de 2,946 habitants situé sur une colline qui domine le cours de la Soudaine, à 55 kilomètres au nord de Tulle. Il est dominé par le Mont-Cez que l'on peut considérer comme le premier gradin d'un immense amphithéâtre qui s'étend jusque dans les plaines de Saint-Viance. On a cru reconnaître sur l'emplacement du Mont-Cez les