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EXTRACTION ET TRAVAIL DE L'ARDOISE

poreuse s'imprègnent de l'eau des pluies, et la moindre gelée suffit pour les briser ; elles ont de plus l'inconvénient d'être perméables. En général, il faut choisir l'ardoise dont la surface est lisse, la structure homogène et serrée, la couleur foncée. On peut se rendre compte de la qualité par une expérience fort simple qui consiste à immerger la pierre verticalement dans l'eau, de manière qu'elle n'y plonge que jusqu'au tiers ou à la moitié de sa hauteur. Si, au bout de vingtquatre heures environ, l'extrémité supérieure est parfaitement sèche, l'ardoise sera jugée bonne et d'une compacité suffisante; dans le cas contraire, elle devra être rejetée, l'ascension de l'eau dans la masse en démontrant la porosité.

L'ardoise est abondamment répandue dans la nature. En France, les gisements les plus importants sont ceux des environs d'Angers et ceux du département des Ardennes. On en trouve aussi dans le Dauphiné, la Corrèze et la Seine-Inférieure.

L'exploitation de l'ardoise se fait tantôt à ciel ouvert, tantôt souterrainement. Nous décrirons les procédés d'extraction employés dans l'Anjou et dans les Ardennes.

L'exploitation des carrières des environs d'Angers a longtemps été faite à ciel ouvert, de la manière suivante.

La couche d'ardoise s'étend du nord-ouest au sud-est sous une inclinaison de 70" à 80" ; quelquefois elle est presque verticale et recouverte d'une couche d'argile, qui provient de la décomposition de l'ardoise et dont l'épaisseur a jusqu'à 18 mètres. On commence par déblayer cette couche, appelée cosscy sur l'étendue que doit avoir la surface de la carrière. A mesure que l'on déblaye et qu'on enlève la cosse, on dresse sur les bords de l'excavation et du côté de l'ouest, par exemple, un système d'échafaudages excessivement solides, dont les pieds reposent sur des paliers disposés le long du talus, de 5 mètres en 5 mètres (fig. 2i). Cet échafaudage permettra à des chariots de venir chercher sur le bord de la carrière l'ardoise extraite. L'ensemble de ces dispositions s'appelle chef de règle de touest, la paroi opposée s'appelle chef de F est. Lorsqu'on a atteint la couche exploitable, on y creuse d'un chef à l'autre une rigole de 3 mètres de profondeur, de 1 mètre de largeur et se terminant en coin. Cette tranchée s'appelle foncée. Au fond de la rigole, on pratique perpendiculairement à sa direction des trous de mine horizontaux; et, lorsque la poudre a détaché en dessous une certaine portion de la roche, on fait d'autres trous de mine verticaux dans le sens même de la fUsilité, c'est-à-dire dans le sens des lames dont se compose la couche ardoisière. Le coup de mine a pour effet de produire une fente

dans laquelle on enfonce des coins jusqu'à ce que le bloc se sépare. On opère sur une largeur de 7 à 8 mètres et l'on détache un bloc de "8 mètres de long sur 3 de hauteur et de AO b 60 cendmètres d'épaisseur. Quand on a opéré ainsi sur toute la longueur de la foncée et sur les deux bords, on l'a transformée en une excavation plus large, sur les bords de laquelle on pourra opérer comme précédemment, tandis qu'en son milieu on pourra creuser une nouvelle foncée, et ainsi de

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suite. On comprend qu'en continuant de k sorte, h mesure que l'exploitation avancera, l'excavation deviendra à chaque foncée plus 'profonde de 3 mètres et plus large de deux Fois l'épaisseur d'un bloc. Aussi l'ensemble prendra-t-i[ l'aspect d'un double escalier, descendant de chaque côté jusqu'à la dernière foncée, chaque gradin de cet escalier ayant S mètres de hauteur, &0 centimètres environ de largeur, et pour longueur la longueur de la carrière. On n'emploie pas toujours la mine pour fiùre la première fente ; on perce alors à la pointerolle et suivant les délits de la roche, une série de trous destinés à recevoir les coins : c'est ce qu'on appelle faire le chemin ou enferrer.

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Lorsque les blocs se détachent et tombent dans la tranchée, ils se brisent en morceaux plus petits appelés crenonsj que Ton subdivise au moyen de coins et de pics.

Les fragments obtenus sont placés dans des caisses appelées bassieotSy que Ton monte à la surface à l'aide de machines installées derrière Téchafaudage dont nous avons parlé. Ces bassicots viennent vider Tardoise qu'ils contiennent dans des chariots qui l'emportent aux ateliers de fendage.

Depuis une vingtaine d'années on pratique aussi, aux environs d'Angers, l'exploitation souterraine, afin d'éviter les frais de découverture. On peut ainsi atteindre jusqu'à une profondeur de 260 mètres, et, à mesure que cette profondeur augmente, la qualité de l'ardoise devient meilleure.

Dans cette méthode, on creuse d'abord un puits vertical dont là section a 5 mètres sur 3 ; arrivé à la profondeur où l'on veut exploiter, on pousse dans la roche quatre galeries à angle droit sur une longueur de 40 mètres environ. Ces galeries deviennent le point de départ d'une exploitation par foncées semblable à celle qui se fait à ciel ouvert. Cette exploitation donne lieu à la formation de vastes chambres souterraines où l'ardoise est abattue, puis mise dans les bassicots qui l'emmènent à la surface. Ces bassicots servent aussi au transport des ouvriers. Quand la couche est épuisée à un certain niveau, on approfondit le puits et l'on exploite un second étage de chambres souterraines au-dessous des premières.

Dans les Ardennes, l'extraction de l'ardoise se fait dans trois centres principaux, qui sont par ordre d'importance : 1"* Fumay et Haybes; T Rimogne et Harcy ; 3"* Deville et Monthermé.

Les couches d'ardoises y sont assez tourmentées, elles présentent des replis nombreux ; leur épaisseur est variable ainsi que leur qualité. Elles sont traversées par des fentes naturelles, nommées accidénis ou avantages^ qui facilitent l'extraction de la pierre. Si ces fentes sont trop nombreuses , l'ardoise n'est plus exploitable : les ouvriers leur donnent des noms différents.

L'exploitation dans les Ardennes se fait souterrainement, parce que les couches ardoisières y sont très-înclinées et recouvertes d'une masse énorme de roches que l'on ne peut songer à enlever. On fait ici ce qui se pratique dans beaucoup de cas semblables : on creuse, suivant l'inclinaison du gtte, une galerie inclinée qui servira à l'extraction des produits. Quand on est arrivé à une profondeur où l'ardoise n'est plus altérée par les agents atmosphériques, on dispose de chaque côté de la galerie des chantiers dans lesquels on abat la pierre*

Voici comment s'établissent ces chantiers. On commence par enlever, sur les côtés de la galerie, une épaisseur d'ardoise de 70 centimètres environ sur toute l'étendue que doit avoir le chantier. Cette opération, que Ton appelle crabotage, est faite soit au pic, soit à b poudre. Elle est très-pénible pour l'ouvrier, qui, le plus souvent, est obligé de travailler à demi couché. Dans cette chambre, que donne le crabotage et qui a environ 16 à 16 mètres de largeur, suivant le seoi de l'inclinaison de la couche, et 90 centimètres de hauteur, on procède alors à l'abatage de l'ardoise, en faisant tomber du toit des blocs rectangulaires. Pour cela on pratique dans ce toit, à l'aide du pic, des entailles de section triangulaire qui circonscrivent le bloc et Xm a soin de ménager quelques parties intactes, ou bautisseij ipi k retiennent et l'empêchent de tomber inopinément. Lorsque le bloc est dégagé, il suffit souvent pour le détacher complètement d'eolera les boutisses ; mais quelquefois il devient nécessaire, pourdétenmier sa chute, de donner quelques coups de mine dans le toit. Q&$ UocB ont souvent des dimensions considérables. M. Edmond Ni^oity iqgénieur des mines, dans un ouvrage sur l'industrie des Ârdenneiy enqiiel nous empruntons les détails qui précèdent, dit avoir vu des thM qui avaient 1 5 mètres de longueur, sur SO mètres de largeur et l%|Od'épaisseur. Après la chute, la pierre est débitée en moroemifan transport commode. On continue ainsi à faire tomber le idiMe ardoisier en s'élevant sur les remblais provenant deTabatage^ JM|B^ ce que l'on arrive à une partie inexploitable de la veine ou à li ntf^ du toit. .. •

Le mode d'abatage que nous venons de décrire est celui qui eit le plus fréquemment employé. Autrefois, à Rimogne, on en suivait ob autre, qui consistait à pratiquer le crabotage dans la partie supteieme de la couche et à enlever l'ardoise en s'abaissant. Cette méthode donnait lieu à d'immenses excavations, dangereuses au point de vue de la sécurité des ouvriers : aussi est-elle à peu près abandonnée et ne l'applique-t-on plus que dans des cas exceptionnels* On l'appelle méthode d'exploitation en abaissant j tandis que la précédente porte le nom de méthode d'exploitation en rehaussant.

Les morceaux d'ardoise débités dans les chantiers sont transportés jusqu'à la galerie inclinée ; là ils sont chargés sur de petits wagons qui roulent sur un chemin de fer établi dans la galerie, et ces viragons sont remorqués et amenés au jour par un c&ble qui s'enroule sur un treuil mis en mouvement par une machine à vapeur. Autrefois le transport des blocs se faisait à dos d'homme; maintenant ce travail pénible est abandonné dans presque toutes les ardoisières des

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Antennes et l'on a installé des machines à vapeur pour l'extraction des ptixliiils. Les ousriers ne [jénëtrcnt jamais dans les travaux par les lapons qui roulentsurla galerie inclinée, car si le cAble se rompait, ilenrC^ulteraît de terribles accidents. Ils descendent à l'aide d'écliel les Ali d'escaliers. A Fumay, on établit généralement des escaliers ijue l'uij [aille dans l'ardoise on que l'on ménage au travers des remblais; i Ilinio^DO, où les couches sont plus inclinées, on se sert d'éL'helle>. L'ayragc de la mine cl l'extraction des eaux qui s'infiltrent ù tra-

ders les couches se font h l'aide de rooy«ns que nous décrirons tird à propos des mines de houille.

schiste ardoisier étant amené à la surface, il est li\rû aux 1rs du jour, qui sont chargés de le diviser et d'en fniie des Ks. Ces ouvriers appelés aussi /e/d/eurs, travaillent derrière des ■ de paille solidement assujettis, que représente la iig. 25. Leur l comprend trois parties, qui sont le repartoniuige, la taillr dissage.

Le reparlonnage consiste à diviser en fragments plus petits les IiUjcs qui arrivent de la carrière. Il faut ici que l'ouvrier recunnaisse

fiiiMsi exactement que possible à quel endroit la pierre pourra se quesnerj c'est-à-dire se casser à peu près perpendiculairement à la direction de la fissilité. Gela fait, à l'aide d'un ciseau d'acier il pratique une entaille oblique sur les bords de la dalle; puis Tappuyant à faux sur l'extrémité de ses sabots, il détache, à l'aide d'un maillet de bois, la partie qui doit être séparée du bloc ; par la continuation du iru\ail, celui-ci se trouve divisé eu fragments appelés repartons. Un bon ouvrier doit juger à Tinspection du bloc s'il a plus d'intérêt aie débiter en grandes ardoises, qui sont payées plus cher, qu'à en faire de petites, dont le prix est moins élevé, mais dont la façon donne lieu à moius de déchets.

li'ouvrier prend ensuite chaque reparton, et, le plaçant verticalement i'Uiiv. SOS jambes, il le refend en lames, à l'aide d'un outil plat appelé (loiiZfl ci d'un maillet. C'est ce qu'on appelle la tailley qui doit M\v suivie diï Varrondissage\ cette dernière opération consiste à tlonner à l'ardoisfî la forme et les dimensions voulues. L'ouvrier se Hert p(»ur e(»hi d'un lourd couteau de fer ou doibeauy et d'un bloc de bois garni de f(T et appelé chapus. La lame d'ardoise est appuyée sur le bord du rhapus, et à l'aide du dolbeau l'ouvrier détache, d'un coup HÛr, toute la partie (|ui dépasse ce bord.

Au litMi (le. tailler les ardoises à la main, on se sert depuis plusieurs miiHMS (runtnnachine fort simple, qui se compose de couteaux verticMui\ disposés suivant la forme que l'on veut obtenir. La lame d'ardoise, ou fendisy est placée au-dessous de ces couteaux, et, par un mouvement qu'il leur imprime avec le pied ou avec la main, l'ouvrier coupe la lame schisteuse d'un seul coup, comme avec un emportepièce; un enfant peut ainsi faire 800 ardoises par heure.

Li»s ardoises fabriquées sont divisées en classes d'après leurs qualités et h^urs dimensions : les ardoises d'Angers ont le grain plus fin ,<|U(^ (Milles des Ardennes, mais elles ont moins de solidité. Les premières durent de vingt à trente ans, les secondes de quatre-vingt-dix à cent ans.

M. Violet a proposé de faire cuire les ardoises dans un four à briqu(»s jusqu'à ce qu'elles acquièrent la couleur rouge pâle; elles deviennent ainsi plus dures; mais il faut avoir soin de les percer avant la cuisson, car, l(»rsqu'elles sont cuites, on ne pourrait les trouer qu'en courant le risque d'en ciisser un grand nombre.

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