FABRICATION DU PAPIER, DES PLUMES MÉTALLIQUES ET DES CRAYONS
L'invention du papier remonte à une époque fort reculée. Lti Egyptiens eurent longtemps le monopole de cette fabrication, qui consir^tait dans une préparation qu'ils faisaient subir aux fibres d'une plante appelée papyrus. Vers le ix* siècle, on voyait encore en Europe du papyrus, qui fut remplacé plus lard par un papier de coton venu d'Orient : les procédés de fabrication dus aux Chinois furent ini[rt)rtés d'abord en Espagne, puis chez nous, et c'est la France qui, du xir au xvui* siècle, a fourni l'Europe entière du produit de ses papeteries. Aujourd'hui, la papeterie est une de nos plus importantes industries. Nous citerons en première ligne les papeteries d'Angouléme, de Rive> etd'Annonay, dont les produits ont une réputation européenne; les papeteries des Vosges, notamment celle de Souche près de Saint-Dié; les4)apeteries de Normandie (vallée de la Vire, de la Bresle, environs de Dieppe), du département de l'Eure, de Saint-Omer, de Prouzel (Somme), de l'île Napoléon (près Mulhouse), de Besançon, et enfin la papeterie d'Essonne, qui est un des plus grands établissements que nous ayons aujourd'hui.
Le papier peut être considéré comme résultant de Tentrecroiseraenl de fibres presque exclusivement composées (pour le papier fin) d'une substance que les chimistes désignent sous le nom de cellulose. U nature nous offre cette substance en abondance dans un grand nombre de végétaux, où elle est unie à d'autres corps dont il faut la séparer plus ou moins. Pour servira la fabrication du papier, la cellulose, après avoir subi l'action des agents chimiques qui la débarrassent des matières étrangère, doit conserver la forme de filaments allongés. Les matières premières satisfaisant à ces conditions sont le colon, le chanvre et le lin, qui s'emploient à l'état de vieux chiffons, les fibrille:? de la paille, du sparte, de l'alpha (plante qui nous vient d'Algérie)
FABUICVTION DU PAPIER. 647
du colza des fougères, la cellulose du bois, etc. Mais de toutes ces -substances, le chiflTon présente sans contredit le plus d*avantages au fabricant de papier; car la matière même du chiffon, soit dans la préparation des étoffes d'où il provient, soit par l'usage qu'on a fait d'elles, a acquis des qualités que le papetier serait obligé de développer, si elles n'existaient déjà.
Nous nous occuperons d'abord de la fabrication du papier de chiffons, et nous dirons ensuite quelques mots des préparations que l'on fait subir aux matières employées comme succédanés des chiffons.
Les chiffons, qui ont été ramassés partout dans les villes et dans les campagnes par les chiffonniers, sont vendus par des marchands en gros au fabricant de papier. Celui-ci les accumule dans des magasins, où on les prend pour les livrer à des ouvrières chargées d'en opérer le triage^ et le délissage. Ces deux opérations, autrefois séparées, s'exécutent aujourd'hui simultanément. Chaque ouvrière est placée devant un coffre ouvert et divisé en un certain nombre de cases (10, 12 et même 16); sur le devant s'élève un couteau vertical formé par un morceau de lame de faux, tournant son côlé tranchant vers le coffre. A côté de Touvrière est le tas des chiffons qui doivent être triés et déli>sés. Elle les prend alors un à un, les examine pour juger leur nature et savoir le compartiment où elle devra les jeter; à l'aide du couteau, elle enlève les ourlets, les parties doubles et les divise en morceaux de dimensions convenables. En même temps, elle ôte les corps étrangers, fragments de métal, boutons, agrafes, œillets de corsets, etc.
On a essayé de rendre cette opération plus économique en soumettant les chiffons triés à des coupeuses mécaniques; ces machines sont bonnes pour couper des fragments un peu résistants, comme les débris de cordes par exemple, mais les chiffons, par suite de leur souplesse, échappent en partie à leur action.
Après le délissage les chiffons sont débarrassés des poussières, qui les salissent, par un battage énergique effectué dans une machine spéciale; puis ils subissent un lessivage qui les sépare des matières qu'ils contiennent, et l'on commence les opérations qui préparent le blanchiment.
Lorsque la papeterie n'employait que des chiffons blancs, ces opérations s'exécutaient dans des cuves où l'on faisait agir sur eux une lessive de soude; aujourd'hui, comme on se sert aussi de chiffons très-colorés, il faut avoir recours à des moyens plus énergiques. On soumet les chiffons à l'action d'une lessive alcaline, de chaux ou de soude, chauffée à la vapeur dans des appareils rotatifs qui sont, soit de
fiia INDISTHIES SAT1SFA1SA^T M'\ DF-SOINS IMEI.f-EnTLKL's
grands cylindres en tôle rivée tournant anlour de leur a\e, soîl ia sphères en lôlc rivée tournant autour de Içur diamètre (fi^. 4il3). Un trou siiffisaniment large permet d'introduire les ('liilTûMs. Après a\oir fermé hermétiquement ce trou avec une plaque, on fait arriverli lessive et la vapeur par des tuyaux L et V qui se réunissent suivant ra\o de rntnlini). I/i tension de la vapeur et, par suilp^ la lr>rapL'ratiin
doivent varier suivant la nature des ciiiffons à laver. On donnel i'appnreil un mouvement très-lent, vînpt tours au plus par lieiire : les corps gras sont pris par l'alcali et la clialeur facilite le ramollissenientelladissolutiondesmatièresgoinmousesqui unissent lesfihrilles. An bout de quatre heures, on rince k l'eau pure et l'on recomroenoe l'opération pendant le mAme temps.
Après ce nettoyage, il faut détruire le tissu du cliifFon, en isoler les lihres pour les mélanger ensuite et en faire une pftte homogène. C'est le but de l'opération appelée di'filage ou rffilwlia^e, qui ^f faisait autrefois dans des mortiers où le chiiïon était battu par des
^ [■ABllICATIO.N Ui; l'Al'ILlI. 6t9
ons, mait! que l'on exécute aujourd'hui à l'aide de machiner intitées au xviu* siècle par les Hullandiiis et que l'on nomme piles ou tindres. Elles se composent essentiellement d'un grand bac, dans [uel se meut avec une vitesse de 180 tours piu- minute un cylindre mé de lames métalliques que l'on voit à travers la déchirure faite dans nveloppe N (6g. âOû) ; ces lames rencmilrent, dans leur rotation, des
nés fixes implrinlées sur une pièce appelée platine et située au fond bac. Les chiffons jetés dans l'appareil sont entraînés parle cylindre déchirés entre ces lames et celles de la platine. La matière, lavée [■ un courant d'eau qui arrive en R, est déposée par lui sur un plan diné k l'état de pAte homogène, 11 est certain que la ténuité des gments sera d'antint plus grande que l'intervalle du cylindre et de pintine sera plus pciit; on fait varier la grandeur de cet intervalle agissant sur la manivelle m qui, par l'intermédiaire de vis sans tin e représente la figure, permet d'élever ou d'ahaisser l'axe de rotan du cylindre. Au bout de deux heures environ l'opération est levée et la pôte, ou dé/iié, est soumise au blanchiment. Autrefois, ce blandiiraent s'exécutait à l'air sur le pré : aujourd'hui se sert du chlorure de chaux que l'on dissout dans l'eau. La dissoion est versée dans des appareils dont la disposition rappelle celle î piles défileuscs ; le cylindre à lames est remplacé par une roue à
(;5() INDUSTUIES SATISFAISANT AUX BESOINS INTELLECTrELS.
palettes, qui remue la pAtcque Ton a versée dans le liquide. Un cuuraiït de gaz carbonique lancé dans l'appareil décompose le elilorureel donne lieu an dégagement de compoirés chlorés qui détruisent ta matière colorante. Dans certains c^is, Tnppareil que nous venons et décrire est remplacé par des chambres, où sont disposées des tabMki sur lesquelles est placé le défilé et oîi Ton fait circuler un courantèi chlore gazeux. La |Ate blanchie doit êlre lavéo et réduite en fingments [)lus téjnis encore que ceux qui sont sortis des premières piltt. C'est le but du raffinage^ qui s\^\écute dans des piles défileuses 8eBblables aux précédentes, mais dans lesquelles le cylindre est [ta rapproché de la platine. Ai)rès plusieurs passages aux piles laBneuses, la pûte se compose do cellulose presque pure, et il n'y a phs qu'à la transformer en papier.
Ajoutons que dans Teau des piles raffineuses on verse la matière colorante qui doit colorer le papier, si celui-ci ne doit pas fitre blanc; dans le cas où le papier sera fait à la mécanique, on encolle la pâteCD versant dans la rnffineuse un mélange d'empois de fécule, desam^ de résine et de solution d'alun. Cet encollage a pour but de rendn le pa[)ier imperméable et de permettre, loi'squ'ou a gratté sa suffHei d'écrire encore à l'endroit gratté sans que Tencre soit bue.
La transformation en pajiier de la pAte raffinée se fait, soit à h main, soit h la mécanique.
Dans Ir |)nMni<M' cas, la |w\le étant mise en susponsi<Mi dan? Tean, un ouvrier, appolr oiiririn\ y i)longe hoiizontalemeiit un ch&ssisen bois, ou /o/v/zr, dont h' l'ond est njustilué, soit par une toile inôtallique trés-s(M'rér, soit ])ar dos fils de laiton eutn-croisés. Un autre cadre, \um\n\v /risqueUe ou roi/verie^ s'applique exactement sur les bords (le la Tonne, el sa hauteur, conjointenuMit avec la liquidité plus ou moins grande de la pâte, déterminera l'épaisseur de la feuille de papier. Plus la jAte est li({uide, moins la feuille sera épaisse. Ponr régulariser la coneln^ de pAte qui se dé[)ose sur le fond du châssis, l'ouvrier impiinie à la forme un mouvement spécial qui exige de sa part une praiide habitude. Aprèsa\oir laissé égoulter un peu la feuille, il retire la iriscpiette, passe sa forme à un autre ouvrier appelé ontclieur^ (|ui la ren^er^e sur une feuille de feutre ou jlotrc : la iVnillese détache et reste sur le feutre ; le coucheur renvoie la forme à l'ouvreur et place sur la feuille de papier un second feutre, et ainsi de suite. Ouand on est .'uriM* au nombre de feuilles constituant ce qu'on d'si,::ne sous le nom de jforsc^ on pt)rte le tout sous uin» presse piMir 0:1 faire sortir Teau. Un troisième ouvrier nommé leveur en!è\«' Itfeutres et empile les feuilles, ijui î?ont soumises plusieurs fois à î;:i
3iression capable d'en exprimer Teau. Le papier est ensuite porté au ft-échoir, où ii est étendu sur des cordes attachées à des poteaux verti- ^aux. Pendant Tété, le séchage se fait à Tair libre et froid, pendant '"hiver dans un courant d'air chaud.
Pour donner au papier une imperméabilité qui permette d'écrire à i^ surface, pour Tempêcher de boire Tencre, on plonge les feuilles 3ans une dissolution faible et tiède de colle d'amidon, d'un savon résineux et d'alun. Après le collage, les feuilles sont pressées et léchées de nouveau, puis soumises à l'action de presses qui donnent 3e la fermeté au papier et rendent sa surface plus ou moins polie.
La fabrication à la main n'est plus employée maintenant que d'une cnanière exceptionnelle et pour obtenir certains papiers doués de qualités spéciales; elle est partout remplacée par lu fabrication mécanique.
C'est à Essonne que Robert eut, en 1799, la première idée delà magnifique machine dont nous allons décrire le principe, mais c'est en Angleterre qu'elle fut construite au commencement de ce siècle. Cette machine est parvenue aujourd'hui à une telle perfection, que la j)âte arrive en bouillie à l'une des extrémités et sort, à l'autre extrémité, à l'état de feuille séchoe et rognée à la grandeur voulue.
La pâte est amenée dans de grands réservoirs, où elle est remuée par un agitateur à palettes ; de là elle se rend à la machine, où on la voit arriver sur la gauche de la figure 405. Elle suit un canal dont le fond est garni de lames de cuivre couchées à contre-courant; ces lames arrêtent au passage tous les grains de sable, graviers et autres corps lourds qui ont échappé aux opérations précédentes; elle tombe ensuite sur une longue toile métallique sans fin destinée à remplacer Ir forme. Après avoir passé sous des lames de cuir, qui donnent à la couche l'épaisseur voulue, la pâte s'engage sur cette toile sans fin, où elle est maintenue de chaque côté par des courroies-guides en coton caoutchouqué : la toile sans fin, en môme temps qu'elle se déplace dans le sens longitudinal de la machine, reçoit un mouvement d'oscillation transversale qui joint et entrecroise les fibrilles. En même temps l'eau s'écoule à travers les mailles de la toile et la pâte se coagule de plus en plus. La coagulation est activée par des pompes qui, en faisant le vide dans une longue caisse en cuivre située au-dessous de la toile, aspirent Teau qui a résisté au tamisage. La feuille est faite : il s'agit maintenant de la sécher. Elle s'engage, toujours soutenue par la toile métallique, entre deux cylindres garnis de feutre; en les quittant, elle est assez forte pour ne plus avoir besoin de la toile métallique et, s'appuyant sur un drap sans fin appelé feutre coucheur^
651 INDrSTRIES S.\TlSFAIS,\yr WX Bh^SOINS I NTKIJ.l'XTlKLS. elle passe ontmdeiix cyluidres rie cuivre r|ui lu livrent à une série de cinq [laires fie cylindros chauTfiîs li la vapeur cl chtirgi^'s de la séchw et (le lu laminer. Après quoi, la feuille s'cnroulr il'nne manière rontinuesiir iiti (l(;vidijir. Lorsqu'elle arait#urlui un itombrc su(Bs:nl de loitrs, elle est coupée; k déviduir est enlevô et rL-mplao^ par U4 autre, sur le'iuelgeconlinuel'enrHiiloment. Lft papier sort rnbriqul de cette machine deux minutes apr^s que la pile qui le coiislilue^j est enlrie.
Ij\ retùlle continua, livrée par la marhine, est ensuite couppe, ili< visée on niorceanx de rurmat» différi>nls; puis ces morream snol visités avec soin ; les boulons de pâlo qui ont résisté k l'opéralioii sonl enlevas au grattoir. I.o papier est, d'après ses qualités, classi* en Iroî*^ cati'gories et soumis h une forte pression par piles do &00 k 1000 feuillei placées entre des plateaux de bois ou de carton, On renouvelle pi»* sieurs fois celle pression, et à chaque fois on change la disposition dos reuilleSTune pur rapport à l'autre de manière à en régulariser 11 surface. Enfin, Ica feuilles sont laminées entre dos lames de cartnn ou de métal; suivant que la pression est plus ou moins grande, on a du papier tisse^ satiné ou glau' : lisse, il est un peu plus uni qu'apprâtâ à la pret'se; jiriftW, il est doux au toucher, brillant mois sam transparence: fflac^, il a une surface très-polie, brillante, il a acqui* de l-'i IranspartMice- Le j-'la^-age ne peut s'obtenir qu'avec des feuilles ; de cuivre ou de zinc; pour le Ibsage et le satinage, on emploie des feuilles de carton.
Le cliiffon est devenu tellement rare depuis un certain nombre dauni'os, que l'on a essayé de le remplacer dans la fabrication du papier. On utilise les cordes et les cordages, les vieux filets de picfae, les déchets de lilnuire et de sparterie, le foin, la paille, le Iwis blanc, l'alfa, qui est une piaule d'Algérie. On niAle ces substances réduites en pAle à une quantité de pAte de chiffons. La paille fournit d'eirctloKîs iV«ulUi(s. Saiut-Junien (Haute-Vienne) produit de très-bons papiers de paille pour l'emballage.
Nous n'entrerons pas dans le détail desopérations qui transforment ces $iibslAnres en pAte à papier; nous dirons smiement que les nHtvens eniplorès sont mécaniques ou chimiques. On trouve un exemple remarquable des procédés mécaniques dans celui de M. \\'<etler, qui réduit tes bois en pAte sèche à l'aide de meules de grès. Les usines de Pontcfaarra près Grenoble et de Diunèae produisent chaque jour, avec quatre machines, 2000 kilognoames de p&le sMw-
Los procédés chinùques consisteot k attaquer pv des agents cbi-
FABRICATION DES PLIMES MÉTALLIQIES. 655
miques, comme Tacide nitrique et l'acide chlorliydrique mélangés, tes végétaux que Ton veut faire servir à la fabrication du papier.
Dans ces derniers temps, MM. Bacliet et Machard ont même inventé un procodé dans lequel ils transforment en sucre la substance Incrustante des fibres du boi^; ces fibres, abandonnées par la matière incrustante, ne sont plus que de la cellulose, et le sucre formé est soumis à la fermentation, qui produit de Talcool que Ton sépare par :3istiilation.
Le carton se fabrique avec les vieux papiers que Ton humecte et ijue Ton fait pourrir en tas pendant douze ou quinze jours pour détruire les matières étrangères altérables; on les désagrège en les broyant à Teau sous des meules verticales. La pûte ainsi préparée est mise en feuilles épaisses à l'aide d'une forme spéciale, pressée entre des feutres et séchée à l'air libre.
FABRlCATIOiN DES PLUMES MÉTALLIQUES.
Les plumes métalliques ont aujourd'hui presque entièrement remplacé les plumes d'oie dont on se servait autrefois pour écrire et les plumes de corbeau que l'on employait pour dessiner. La fabrication de ces plumes est centralisée à Boulogne, où elle occupe do huit à neuf cents ouvriers. La plupart sont des femmes; elles acquièrent ùce genre de travail plus de dextérité que les hommes, et, comme leur salaire est toujours moins élevé, le fabricant peut plus facilement arriver à diminuer le prix de vente de ces objets, dont la consommation est très-iujportante. On n'emploie guère les hommes que pour les opérations qui exigent de la force et qui seraient trop fatigantes pour les femmes. Cette industrie nous montrera une fois de plus combien est fécond le principe de la division du travail.
Toutes les plumes métalliques sont faites en acier et TAngleterre a jusqu'ici le monopole de la production du métal propre à cette fabrication : ce sont les aciers de Sheffield qui sont regardés comme réunissant seuls les qualités voulues.
Us arrivent à l'état de feuilles de O"",? d'épaisseur; ils sont coupés en bandes, de largeur et de longueur convenables, et on leur fait subir un recuit qui adoucit le métal, le rend moins cassant et lui permet de mieux supporter les différentes opérations ultérieures. A cet effet, les lames sont placées dans des boites métalliques, où elles sont fortement serrées Tune contre Tautre; ces boîtes sont exposées dans des fours, pendant douze heures environ, à Taction d'une haute
mCy INDISTRIES SATISFAISANT AUX BESOINS INTELLECTUEL^^.
température; on les abandonne ensuite à un rerroidissement lent.
Il faut alors amener ces lames à l'épaisseur voulue, qui varie suivant le modèle de plumes auquel elles sont destinées. On y parvient par un laminage qui se fait à froid : le laminage à chaud dénaturerait Tacier, Tépaisscur sous laquelle ce dernier arrive d'Angleterre étant l'épaisseur limite que l'on peut obtenir à chaud sans alt<^rerle métal; la chaleur aurait de plus l'inconvénient de déterminer la formali» d'une couche superficielle d'oxyde qui détériorerait les outils. La recuite et le laminage sont exécutés par des hommes. Lorsque les lames et les rubans d'acier sont laminés, ils sont envoyés à l'atelier des fefnmes, et c'est là que commence à proprement parler la fabricatioa de la plume métallique. Elle comporte douze opérations successlTes que nous allons éiiumérer et décrire.
1° Découpage. — Cette opération consiste à découper le raorrcan d'acier qui servira à faire la plume : elle se fait à l'aide d'une machine assez simple qui, pins ou moins modifiée, servira à presque toutes te phases de la fabrication. Cette machine se compose d'une masse métallique portant à sa partie inférieure une pièce en acier trempé dans laquelle se trouve en creux l'empreinte de la plume supposée aplatie; les bords de cette cavité sont tranchants et constituent un couteau emporte-pièce qui a la forme de la plume. Le tout est suspendu par une vis sans fin munie d'un balancier et tournant dans un écruu fixe supporté par deux colonnes métalliques. L'ensemble de l'appareil ressemble h une presse à marquer le papier à lettres : au-dessous de l'emporte-pièce est une petite enclume fixée à l'appareil, qui lui-même repose sur une table devant laquelle l'ouvrière est assise. Celle-ci place une lame d'acier sur l'enclume et, en manœuvrant le balancier, fait descendre l'emporte-pièce, qui découpe dans la bande de métal un morceau ayant la forme d'une plume. Une ouvrière habile découpe ainsi de 360 àâOO grosses de plumes par jour, c'est-à-dire (la grosse se composant de douze douzaines) 51 840 à 67600 phimes.
2** Marque de la plume. — La plume reçoit ensuite la marque du fabricant et, quelquefois en même temps, certains ornements que l'on imprime à sa surface. Pour cela on se sert d'un mouton analogue à celui que nous avons vu employer dans l'estampage des bijoux.
3° Perçage. — Le perçage a pour but de pratiquer dans la plume des ouvertures destinées à lui communiquer plus d'élasticité. Le trou, que Ion voit au centre des plumes et dans le prolongement de la fente, a un autre but dont nous parlerons plus tard.
Le perçage se fait à l'aide de la première machine, où l'on a remplacé la pièce en acier servant au découpage par une autre pièce
tant en creux la forme des trous qui doivent être faits sur la plume. i" Formage. — Jusqu'ici la plume est encore plate : il faut lui mer la forme concave qu'elle a ordinairement ; la machinée balan- • sert encore pour cette opération. L'enclume présente une cavité is laquelle peut descendre un morceau d'acier ayant la forme et la rbure qu'on veut donner à la plume. Celle-ci étant placée sur la ité, l'ouvrière agit sur le balancier et fait descendre le morceau cier, qui comprime la plume et la force à se mouler sur lui. )• Trempe. — Il faut que l'acier, pour subir les opérations que is venons de décrire, ne soit ni trop élastique ni trop dur, ni trop sant ; la plume fabriquée doit, au contraire, être élastique et dure, lui communique ces propriétés en trempant le métal, c'est-à-dire le portant à une haute température pour le refroidir ensuite isquement. Pour cela, les plumes sont enfermées dans des boîtes talliques que l'on expose pendant une heure, dans des fours, à îtion d'une température rouge-cerise. Puis on les sort et on les mpe aussitôt dans un bain d'huile qui les refroidit brusquement : :rempe à l'eau serait trop dure.
y Adoucissage. — L'opération précédente a rendu le métal trop sant : on corrige cet effet par r«rfowc255ârye ou recuit^ qui consiste à luffer les plumes dans un appareil semblable à celui que l'on emie pour la torréfaction du café et à les laisser refroidir lentement, température doit être bien moins élevée que celle à laquelle on 'te l'acier avant la trempe, sans quoi on détruirait ce qu'a produit te opération.
7" Nettoyage. — La trempe et l'adoucissage ont eu pour effet de erminer la formation d'une couche superficielle d'oxyde, que Ton ève en plongeant d'abord les plumes dans un acide. On les place ;uite avec du gravier dans de grandes boîtes de fer-blanc qui sont ses en mouvement de rotation autour de l'axe sur lequel elles relent : ces boîtes portent à l'intérieur des pointes qui divisent la sse et renouvellent les surfaces en empêchant les plumes d'aller ppliquer contre les parois et de tourner sans frottement. Le gravier, frottant contre les plumes, les nettoie, les polit, et l'on achève le vail en remplaçant le gravier par la sciure de bois. Y Aiguisage. — La plume subit alors Vaiguisage en long : ivrière la saisit avec une pince par le bout opposé à la pointe, et jsehte Tautre extrémité à l'action d'une meule verticale animée m mouvement rapide de rotation. Cette meule, qui a environ «ntimètre d'épaisseur, est recouverte de cuir etd'émeri : l'ouvrière
3uyant sur la meule le quart environ de la plume suivant le sens
de la longueur, celle-ci s*use et s'aiguise. Une ouvrière peut aiguiser par jour là à 15000 plumes.
9^ Aîise en couleur, — La mise en couleur consiste à recomrir la plume de substances qui diffèrent d'un genre à l'autre, mais qui sont destinées à la préserver de l'oxydation. Il en est que Ton recouvre par galvanoplastie d'une couche de cuivre plus ou moins épaisse; on les enfile pour cela avec un fil métallique et l'on suspend les paquets ainsi formés dans un bain de cyanure double de potassium et de cuivre, en les attachant au pôle négatif d'une pile électrique dont ie pôle positif plonge dans la dissolution. Certaines espèces sont dorées et argentées parle même procédé; mais les plumes le plus répandue^, et sans contredit les meilleures, sont étamées. L'étamage se fait en plaçant les plumes entre deux plaques de zinc percées de trous, et en descendant le tout dans une dissolution à 85 degrés d'un pyrophosphate double de soude et d etain. Le zinc décompose le sel et précipite I otain à la surlace de Tacier. L*immersion dure de une heure àtrois heures, suivant Tépaisseur que l'on veut donner à l'étamage. Enfin certaines plumes ne reçoivent qu'un vernissage.
Après la mise en couleur, on fait quelquefois subir à la plume un aîi^uisage en tra>ers, qui a ix>ur effet d>iile\er le cuivre ou IVtain sur certaines parties et d.* déterminer des tons différents qui seneiii (l'ornomont.
10^ /^/f7^^/vt^ — Jusqu'ici la plume n'est pas encore fendue, ih la tVnd à Taidc li'uuo uiarliirio à balancier, qui est pour ainsi dir-* raiisforuico o:i ii!u.» p lire do ciseaux. L'une des lam»'S est ii\o, coM le bord tran«'liuit d'uuo piiVe d'aci^'r li\»''e à rextromit»'» de la nî-^: Tautiv est lo bord de fenclunie. l/«»u\rière, ïrn\ce à doscuidt^s o^u- \ou:\bl».MUcut lixos, place la pliuue sur reuclume, tle t-.dle surîe ijii*' Tune des umities rep«»se sur elle et tiue lautre soit en dehois:cii airi>saut sur le l>alancier, elle fait descendre la lame mobile, et la plmiio. se trouNaut prise entre elle et reucluine, se fend jusqu'au trou <]u a détermine le perï;ai;e. Ce trou a l'aNautace d'arrêter la fente; de plu^. eu permettant à l'outil de couper la plume avec netlet»'* depuis la |M.inî.' jus.ju'à lui, i! e\ite la pnviuctiou des bavures qui em[»ècheraienl li t'ente de se reternier parfaitement dès qu'elle aurait été ouverte, l'no oLiNriêre refe'id environ l">0'»0 plum»^s {lar jour. Certains modèle^. surtout les plus iirands et ceux qui sont en acier fort, présentent ?i.r tes :>ords des tentes destiuros à donner do rélisticitê : cos fenl».- vi:* ete faites en uiénie temps que le perçace.
1 1 yernis>'f'/e. — Enfin, la plume n*a plus qu'à subir ropératioi. du \ émissaire.