‹ La France industrielleChapitre 18 sur 170 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

On donne le nom de houille ou de charbon de terre à une substance charbonneu>e qui se trouve en masses considérables dans le sein de la terre, et qui est, pour Tindiistrie comme pour l'économie domestique, un précieux combustible.

EUe peut être considérée comme la source du mouvement et de la vie dans nos usines, puisque c'est avec la chaleur dégagée par sa combustion que l'on produit la vapeur d'eau, qui sert de moteur aux machines si nombreuses et si variées auxquelles Tindustrie doit ses plus beaux triomphes. Elle rivalise d'importance avec le Fer, qui est presque exclusivement employé à la construction de ces machines. Ce sont les deux substances les plus nécessaires au développement de l'industrie des nations ; c'est ce qui faisait dire à Sir Robert Peel, dans un discours prononcé à la Chambre des Communes : < Considérez les richesses minérales de notre sol, ces couches immenses de houille et de minerai, qui sont comme les nerfs et les muscles de vos maymfactures... >

La houiUe se trouve dans les terrains de transition, et les géologues expliquent sa formation de la manière suivante. A l'époque où la croûte terrestre était encore très-mince, il]se produisait, à sa surface, de fréquents affaissementsquienfouissaientsousleseauxdegrandesmasses de végétaux. Ces végétaux subissaient alors au milieu de l'eau un phénomène de décomposition analogue à celui que nous observons encore de nos jours et qui donne naissance à la tourbe. La houille ne serait donc qu'une espèce de tourbe, d'origine très-ancienne ; elle ne s'est pas formée d'une manière continue; dans les intervalles de temps qui séparaient les affaissements, se déposaient, au milieu des eaux, des roches sédimentaires plus tard recx)uvertes par de nouvelles couches de houille. C'est ainsi que l'on explique la superposition de veines

quelquefois très-norabreuses en un môme lieu et séparées par des roches sédimentaires.

La compacité de la houille et les différences qu'elle présente avec la tourbe s'expliquent par les actions ignées qu'elle a subies postérieurement à sa formation. C'est aussi h la différence d'intensité de ces actions qu'est due la variété des houilles que nous rencontrons dans le sein de la terre; celles qui sont d'origine plus ancienne, et qui étaient plus voisines du centre, ont subi davantage l'action de la chaleur centrale et ont été modifiées dans leur composition plus que celles qui se trouvaient à des étages supérieurs. Ainsi l'anthracite, espèce beaucou[) plus compacte, plus dure que la houille ordinaire, de formation plus ancienne, a dû être soumise à des actions ignées beaucoup plus intenses, qui ont plus profondément modifié sa nature primitive. Le lignite au contraire serait un intermédiaire entre la houille et la tourbe; d'une origine plus récente que la houille, il a subi dans une moindre proportion l'action du feu central.

Les couches de houille sont très-souvent sinueuses; ces accidents de stratification sont encore dus à des dislocations postérieures à la formation, dislocations qui ont eu pour effet de plisser les couches à un tel point, qu'un puits, creusé verticalement dans le sol, rencontre souvent plusieurs fois la môme couche.

Sans être aussi riche eu houille que l'Angleterre, la France est cependant encon^ un des pays les plus privilégiés pour la quantité de c(* précieux combustible que renferme son sol. Le tableau suivant donne, en chiffres ronds, l'étendue des terrains houillers en Europe et leur production pendant une des dernières années :

Hcclares. Tonnes.

Angh'lt'iTo 1 570 000 98 000 800

Priisso, Saxo, lJa\ièiT (ilK) 000 20 000 000

France 350 000 13 000 000

llolgiquo 160 000 1ï 000 000

Autriche, Uolu^mo 150 000 3 000 000

t^pagnc 150 000 400 000

L*Angleterre a sous ce rapport une grande supériorité sur la France : le prix moyen de la houille sur les carreaux de ses houillères est de 5 à 6 francs la tonne, tandis qu'il s'élève à 10 francs sur les carreaux des houillères de la France et de la Belgique.

Lu houille est, avec le fer, la principale richesse minérale de la France, qui possède 74 bassins houillers exploités dans quarante-quatre départements. D'après les derniers documents officiels, les 74 bassins ont, en 18(59, produit 134 642 052 quintaux métriques de houille,

ayant au lieu de production une valeur de 156 487 490 fr., ce qui donne pour le prix du quintal métrique 1 fr. 16; en 1860, la production n'était ^ue de 83036 818 quintaux métriques, et en 1852 de 49039300. En 1869,1e nombre des ouvriers employés à l'extraction de la houille était de 84 494.

Tous les bassins sont loin d'avoir la même importance ; nous citerons seulement :

1* Le bassin de la Loire, qui est le plus important. Vne trentaine de couches ayant ensemble 59 mètres^environ d'épaisseur y donnent le meilleur combustible du continent; la plus forte couche, dite la grande masse ^ mesure jusqu'à 12 mètres d'épaisseur. Le bassin de la Loire fournit plus du quart de la production nationale ; en \ 869 (1), il a fourni 30 713 000 quintaux.

V Le bassin du Nord, qui s'étend dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, a eu, en 1869, une production supérieure à celle du bassin de la Loire; elle a été de 43 276 800 quintaux : les couches sont nombreuses, mais peu épaisses. Nous citerons la Compagnie d'Anzin, qui est la plus importante et la plus ancienrte du bassin du Nord. Elle a été fondée en 1757 par le comte Desandrouin ; elle occupe aujourd'hui plus de 12 000 ouvriers, et la direction générale de l'exploitation est confiée à M. de Commines de Marsilly, ingénieur des mines, déjà connu dans la science par de remarquables travaux sur la houille.

S* Le bassin du Gard, que l'on connaît de temps immémorial comme ceux oîi le combustible affleure à la surface du sol, mais qui est resté longtemps sans importance. Les houillères d'Alais appartiennent à ce bassin qui, en 186i), a fourni 13 418 700 quintaux.

4° Le département de Saône-et-Loire, où l'on trouve les mines d'Kpinac et de Blanzy. La production s'y est élevée en 1869 à 10 378 447 quintaux.

5" Le département de l'Allier, où se trouvent les mines de Commentry, a produit, la même année, 9 191 410 quintaux.

6" Le département de la Haute-Saône, dont la production a été de 2 255191 quintaux.

T Les mines de la Sarre, dans la Moselle, ont produit 2 449 890 quintaux.

8* Le département de la Nièvre a produit 1 018 600 quintaux.

(1) Les documcnU détaillés que public rAdministration des mines ne vont pas au delà de Tannée 1869.

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