EXTRACTION DE LA TOURBE
hiesparles eaux h mesure qu'on en extrayait la tourbe, ont jusqu'à 8 mètres de profondeur, et leurs bords sont taillés à pic.
L'exploitation de la tourbe se Tait de deux manières différentes, suivant les cîrconstances dans lesquelles on opère.
Quand on peut, à l'aide d'une rigole d'écoulement convenablement disposée, Tsirc écouler l'eau qni imprègne toujours le terrain et assécher le sous-sol sur lequel repose le banc de tourbe, on dirige l'exploitation de la manière suivante. Après avoir enlevé les terres de recouvrement, on creuse des tranchées loiigitudinalcs dn 3 à A mètres de large en se plaçant d'abord au point le plus bas de lexploita- Uon, et l'on enlève h tourbe en remontant. Ces entailles successives sont parallèles entre cites et placées immédiatement à côté les unes des autres, ou au moins le plus près possible. C'est l'extra'-tion dite au petit loucket, parce qu'elle s'exécute à l'aide d'un instrument appelé louchet (fig. 62). C'est une bêche dont le fer a 82 centimètres de longueur sur 8 de largeur; elle est armée sur l'un de ses longs cétés d'une lame de fer appelée aileron, qui fait un angle légèrement obtus et qui a aussi la largeur de 8 centimètres. Cette lame coupe comme le tranchant de la bêche. On comprend que, l'exploitation une fois commencée, chaque fois que l'ouvrier enfonce son louchet dans le sol, et il le fait comme un jardinier qui manœuvre sa bêche, il dégage le morceau de tourbe sur deux de ses faces, une face latérale et la face postérieure, et, comme les coups de louchet précédents ont dégagé la face an- p^ térieure et l'autre face latérale, il en résulte que l'ouvrier n'a plus qu'à peser un peu sur le louchet pour détacher !c morceau.
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Grnnil loudict.
Quand on est pressé, on exploite le banc de tourbe dans la même entaille, par banquettes ou gradins, sur chacun desquels on place un ou deux tireurs.
A chaque coup de louchet, lu pointe de tourbe extraite est jetée par le tireur à l'ouvrier chargé de la recevoir sur les bords de Tentaille; quand la profondeur dépasse 3*50, il est nécessaire de placer un ouvrier intermédiaire, qui reçoit les pointes et les jette à la surface.
Les eaux doivent toujours être épuisées au niveau de la banquette la plus basse ; quand elles affluent en quantité notable, on augmente le nombre des ouvriers afin d'accélérer Texploilation. Enfin, quand elles deviennent trop abondantes et qu'il n'y a plus moyen de songer à les épuiser, on travaille dans l'eau à l'aide d'un instrument appelé grand lonchet^ qui a été inventé par Éloi Morel, né en 1735 à Thésy-GIimont, village situé au milieu des marais tourbeux qui avoîsinent Amiens. Cette invention a rendu un éclatant service à l'industrie des extracteurs de tourbe, et l'on a élevé sur la place de Thésy- Glimont un monument destiné à perpétuer la mémoire du modeste inventeur.
Le grand louchet est une espèce de cage à claire-voie prismatique (fig. 63), montée à l'extrémité d'une perche ou manche dont la longueur varie et peut aller jusqu'à 6 à 7 mètres. La cage est formée par des équerres de fer à trois côtés, fixées sur la perche par le côté du milieu et portant à l'extrémité des autres côtés des bandes de fer, qui sont parallèles à la perche et se terminent par des lames coupantes. Une lame coupante est aussi fixée à la partie inférieure du manche. L'ouvrier placé sur le bord de l'entaille enfonce verticalement l'instrument dans la tourbe : les lames découpent un bloc prismatique ou pointe qui se loge peu à peu dans la cage. Quand l'instrument est arrivé à fond, l'ouvrier lui imprime un mouvement de balancement destiné à déchirer la pointe à sa base; puis il retire peu à peu le louchet et le renverse de manière à faire tomber sur le sol le bloc de tourbe qu'il renferme. Ajoutons que, pour maintenir la matière dans l'instrument, des ressorts placés sur les côtés de la cage et longitudinalement appuient sur elle à la manière de ceux qui, dans les wagons de chemin de fer, appuient sur les glaces des portières pour les maintenir partiellement ouvertes pendant la marche. La manœuvre du grand louchet est une opération très-pénible, et il est à désirer qu'elle soit bientôt remplacée par un travail mécanique qui, en même temps qu'il ménagerait les forces des ouvriers, serait plus rapide. Plusieurs essais ont été faits déjà dans celte voie.
A mesure que le tireur dépose sur le bord de l'entaille les pointes
extraites, d'autres ouvriers viennent les découper à une longueur convenable au moyen de bêches; puis ils les transportent plus loin et les abandonnent sur le sol à la dcsrriccation. Quand elles sont sèches, ce qui demande un certain temps, on les dispose en piles appelées lanternes j dans lesquelles on ménage des intervalles destinés à permettre la libre circulation de l'air qui achèvera la dessiccation. On estime que la superficie des terrains employés à faire sécher la tourbe doit être égale à celle de rentaillement multipliée par le nombre de pointes que Ton extrait sur une même verticale.
Lorsque la tourbe a trop peu de consistance pour donner par découpage des blocs prismatiques, on la jette, à mesure qu'on l'extrait, dans des bateaux placés sur l'entaille, et des ouvriers, jambes nues, la piétinent pour augmenter sa consistance ; on la transporte ensuite sur le bord et on la moule dans des moules analogues à ceux qui servent à la fabrication des briques.
Quand la tourbe est trop molle pour être extraite au louchet, Textraction se fait avec des dragues semblables à celles que l'on emploie pour le curage des rivières. Tantôt on se contente de mouler la tourbe ainsi extraite, tantôt on y ajoute une quantité d'eau suffisante pour la réduire en pâte tout à fait molle ; puis, à l'aide d'un râteau ou de tout autre instrument approprié à cet usage, on enlève les débris végétaux imparfaitement décomposés. On jette ensuite cette bouillie dans une grande caisse formée sur le sol avec des planches maintenues par des piquets; on tasse et l'on égalise la matière avec de larges pelles. Après quelques jours de dessiccation, les ouvriers piétinent la tourbe à laide de planches qu'ils se sont adaptées aux pieds, et qui ont de 13 à 20 centimètres de largeur sur 35 à 40 de longueur : on recommence ce piétinage assez de fois pour que l'épaisseur de la couche de tourbe soit réduite aux deux tiers environ de ce qu'elle était primitivement. On trace alors à la surface un système de lignes rectangulaires équidistantes, et les ouvriers suivant ces lignes découpent avec une bêche la masse de tourbe en morceaux dont les dimensions sont déterminées par l'espacement des lignes : la dessiccation achève ensuite la séparation des pointes. La tourbe ainsi préparée est, en général, de trèsbonne qualité, mais son prix de revient est un peu plus élevé.
Nous décrirons ici la fabrication du charbon de bois, quoiqu'elle constitue plutôt l'objet d'une industrie préparatoire que celle d'une industrie extractive.
76 INDUSTRIES EXTRAGTIVES.
Cette fabrication est très-importante dans certaines parties de la France : le charbon de bois circule en masses considérables sur nos rivières, nos canaux et nos chemins de fer. La France en produit de grandes quantités, mais pas assez pour sa consommation, puisque la Belgique, l'Allemagne et Tltalie nous en envoient chaque année plus de 100 000 mètres cubes. A Paris, qui est la ville de France où le commerce de charbon de bois s'effectue sur la plus graïKle échelle, cette marchandise arrive principalement des ports de la Loire, de TAllier, de la Marne, de TYonne, de la Seine, des canaux d'Orléans et de Briare. Le Midi concourt aussi à la fabrication de ce produit, ainsi que plusieurs points des départements du Nord et de la Normandie.
Le charbon de bois est le résidu de la combustion incomplète du bois ou de sa distillation. Séché h l'air, le bois se compose sur lOOparties de :
Charbon 38,48
Oxygène et hydrogène dans les proportions qui constituent l'eau.. 35,42
Eau libre 2ô,00
Cendres 1,10
ioo,oo'
Si Ton calcine du bois à l'abri du contact de l'air, il reste un résidu fixe de carbone qui conserve la forme des végétaux, et il se dégage des produits volatils qui sont des goudrons, de Toxyde de carbone, de l'acide carbonique, des hydrogènes carbonés, du vinaigre de bois, de Tesprit de bois, etc.
L'opération par laquelle on obtient le charbon de bois s'appelle distillation sèche ou carbonisation^ suivant qu'on opère en vase clos ou à l'air.
La distillation en vase clos est faite dans des cornues de fonte qui sont mises en communication avec des appareils où l'on recueille les produits volatils et condensables, tels que les goudrons, le vinaigre de bois ou acide pyroligneux, l'esprit de bois, etc. Nous nous bornerons à cet exposé du principe de la méthode sans la décrire dans ses détails.
Quant à la carbonisation à l'air libre, on Teffectue dans les forêts pour économiser les frais de transport, car le bois pèse quatre à cinq fois plus que le charbon qu'on en retire. Il ne faut donc pas s'attendre à l'emploi d'aucun appareil compliqué; loin de toute habitation, au milieu des forêts, il n*cst possible d'employer que des procédés simples, efTectuant la carbonisation de la manière la plus avantageuse, avec les seuls matériaux qu'on trouve sur place.
FABRICATION DU CHARBOiX DE BOIS. 77
La condition fondamentale d'une bonne fabrication est de priver le bois en combustion du contact de l'air, qui activerait trop cette combusiion.
Autrefois, lorsque le bois n'avait pas la valeur qu'il a aujourd hui, et que par conséquent il n'y avait pas lieu de se préoccuper d'un rendement plus ou moins avantageux, la carbonisation se faisait dans des fosses. Ce procédé n'était pas économique, puisqu'on ne pouvait molérer à volonté l'activité de la combustion qui allait quelquefois trop oin ; plus tard, on le remplaça par la carbonisation en meules ou tas «couverts d'un revêtement de terre. La terre, outre qu on se la proure partout, a l'avantage de suivre parfaitement les progrès de la ombustion; elle en maintient la régularité en s'affaissant graduellement avec la meule elle-même. Toutefois, pour que ce résultat soit tteint, il est nécessaire que le sol et l'atmosphère soient dans des jnditions favorables. Ainsi, la carbonisation se fait mal par les temps e pluie ou de vent : on doit l'interrompre pendant la saison pluvieuse, e sorte qu'elle ne peut guère s'effectuer avantageusement que du lois de mai au mois d'octobre.
Les considérations qui précèdent font voir que le choix de l'emplaement des meules est un point très-important et exerce une grande ifluence sur la marche de l'opération. Il est évident que la place hoisie doit se trouver, autant que possible, à l'abri du vent et de humidité : le sol doit être sec et imperméable à l'air; on va môme luelquefois jusqu'à construire une aire arlifîcielle en planches. Il est ependant préférable, après avoir enlevé le gazon du sol où Ton veut .'établir, de niveler la surface et de disposer par-dessus une couche le 80 centimètres environ de terre mélangée de charbon, couche ju on laisse se tasser complètement avant de construire la meule.
L'usage améliore beaucoup les aires sur lesquelles on fait la carbonisation ; une aire neuve peut donner un rendement inférieur de 16, W et même 25 pour 100, à celui que fournit une aire qui a déjà servi
plusieurs fois.
Les meules se construisent de plusieurs manières : les meules verticales que nous allons décrire sont celles qui fournissent les meilleurs résultats; elles doivent leur nom à la position qu'on y donne aux
bûches.
Après avoir choisi une aire circulaire, bien préparée et légèrement 60 pente du centre à la circonférence, on établit la cheminée qui doit fermer Taxe de la meule et servir à la mise en feu. On emploie pour îda trois ou quatre pieux de 4 à 6 mètres de longueur et distants de 0 à 30 centimètres du centre. En les entourant de branchages, on
78 INDUSTRIES EXTBACT1VES.
forme une espèce de cheminée qu'on emplit de matières facilement inflimmables, comme du charbon de bois n^sineux, des brancUagea et des fumerons (on appelle ainsi les résidus k moitié carbonisés d'une opération précédente). Autour de cette cheminée on dispose les bûches, comme l'indique la figure 6h, en ayant soin de les inclinera mesure qu'on approche de la circonférence; sur ce premier lit on cd
Mciilr pour liirbon Je boit
établit un second, et même, pour le-> grande» meules, un troisième. On serre le bois autant que po-cible en rcmphb-ant les ^ \Ae^ avec des branchages Sur le côté le mieu\ protégé contre le \eiit, on ménage un canal, de 15 à 20 centimètres de largeur, placé immédiatement nu-dessus du sol : ce conduit sert à allumer le combustible disposé dans la cheminée. Enfin, pour achever la meule, on forme le dôraeà sa partie supérieure avec des morceaux que l'on dispose horizontalement; puis on la recouvre d'un re\ élément formé par un mélange de terre argileuse ou glaiseuse et de poussier de charbon. Pour soutenir c© revêtement et l'empAcher de tomber dans les interstices laissés parle bois, on doit interposer entre la meule et son revêtement une couche de gazon ou de feuilles, de menus branchages et de mousse. Le revêtement ne doit pas être mené d'abord jusqu'au sol, aBn qu'au débtit -' de la combustion l'air ait un libre accès par le bas. Aussi le fait-on reposer sur une petite muraille en pierres sèches ou en moellons qui entoure la meule. Après avoir donné au revêtement une épaisseur de 15 à 25 centimètres à la partie inférieure, et de Sa 10 seulement vers le liant, on le bat fortement pour le faire adhérer.
On procède alors à l'allumage en introduisant, par le conduit latéral dont nous avons parlé, une boule de résine enflammée placée à l'ntrémité d'une longue perche. Les matières contenues dans la cheminé* s'enflamment peu à peu, et au bout de trois quarts d'heure environ, quand on n'a jilus à craindre que le feu s'éteigne, on bouche le conduit
latéral. Une fumée épaisse, grise et très-chargée de vapeur d'eau se dégage, pendant que Tair, arrivant par le pourtour inférieur non encore garni de revêtement, pénètre dans la masse et entretient la combustion qui se propage de bas en haut. Peu à peu le bois se dessèche, la vapeur d'eau arrive jusqu'à l'extérieur et atteint le revêlement qui devient humide. Les ouvriers désignent ce phénomène sous le nom de suée de la meule. Au bout de huit à dix jours de la mise en feu, on constate un changement dans l'aspect de la fumée : elle est moins épaisse, moins lourde; elle a une teinte plus claire et, au lieu de descendre lentement sur le sol, elle s'élève dans l'air. En même temps le revêtement se dessèche. A ce degré de la fabrication, la cheminée centrale est détruite, et le bois delà meule est déjà en partie carbonisé. L faut alors ralentir le travail pour éviter que la combustion ne dépasse la limite voulue et ne détruise une certaine quantité de charbon. A cet effet on prolonge le revêtement, qui avait été arrêté à la petite muraille circulaire, et l'on recouvre le pied de la meule avec de la terre; en même temps on renforce le revêtement du dôme. Alors commence la période de carbonisation, pendant laquelle la distillation sèche du bois s'effectue non plus par la combustion, mais par la chaleur accumulée dans la meule.
Au bout de quelques jours, la carbonisation est allée aussi loin qu'elle peut aller dans les conditions où s'effectue lo travail, mais elle n'a pu arriver jusqu'à la surface; il faut alors rendre accès à l'air et rétablir la combustion : c'est ce qu'on appelle la phase du grand feu. On ouvre dans le revêtement, en partant du sommet et en descendant vers la base, des trous appelés évents\ lorsqu'on est arrivé au bas de la meule et que les derniers trous livrent de la fumée bleue, la carbonisation est faite. On bouche alors tous les évents, on renforce le revêlement et on le raffermit par un battage énergique, puis la masse est abandonnée au refroidissement. On n'attend pas que la meule soit complètement éteinte, ce qui exigerait quelquefois plus de deux mois ; on l'ouvre du côté opposé au vent, on extrait une certaine quantité de charbon avec un crochet de fer, et l'on rebouche l'ouvertttre ; on en prélève une nouvelle quantité à une autre place, et ainsi de suite. On ne doit prendre que 25 à 30 hectolitres à la fois. Les morceaux de charbon, qui brûlent encore au moment de leur extraction, sont éteints avec de l'eau ou du sable.