‹ La France industrielleChapitre 3 sur 170 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

C'est à la terre que presque toutes les industries empruntent, soit directement, soit indirectement, les matières premières qu'elle doivent transformer et mettre en œuvre, et Ion désigne plus particulièrement sous le nom d'industries extractives celles qui s'occupent de l'exploitation et de l'extraction des richesses que renferme la terre à des profondeurs plus ou moins considérables. La distribution géographique de ces industries et leur organisation étant intimement liées à la constitution géologique du sol, nous croyons utile de faire précéder la description des procédés qu'elles emploient de quelques considérations générales sur la nature et la formation des couches qui constituent l'écorce terrestre.

La terre fut pendant longtemps à une température tellement élevée qu'elle était en fusion. Les matières liquides qui la formaient subirent un refroidissement lent , dont la conséquence fut la solidifl«>

cation des parties extérieures; ce refroidissement continuant, la solidification se propagea de la surface vers le centre, et Ton admet généralement qu'aujourd'hui le centre de la terre est encore à l'état liquide. La solidification progressive fut accompagnée de dislocations, de soulèvements, qui furent produits par des causes différentes et déterminèrent d'énormes fissures. Quand ces fissures arrivaient jusqu'à la surface, les matières liquides pouvaient sortir et formaient, en se refroidissant, des montagnes de hauteur variable; c'est ce qui arrive encore de nos jours lors de l'éruption d'un volcan. Dans d'autres cas, des fissures plus étroites, n'arrivant pas à la surface, se trouvaient remplies de matières liquides ou gazeuses qui s'y solidifiaient et formaient, au milieu des terrains, de longues traînées que nous désignons sous le nom de ^/o/wetdans lesquelles nous allons aujourd'hui chercher la plupart des métaux. — Il arrivait aussi qu'au lieu de matières fondues, des eaux bouillantes, tenant en dissolution des substances minérales, comme la silice, des sels calcaires, s'échappaient à travers les crevasses du globe; plus tard, elles laissaient déposer ces substances, qui formaient alors de vastes terrains présentant l'aspect de couches superposées et appelés terrains de sédiment. Ces eaux jaillissaient souvent au fond des mers, dont le sol se trouvait élevé par le dépôt des matières solubles. Les terrains de sédiment proviennent aussi, et le plus souvent, des débris transportés par les eaux, alors que des oscillations du sol venaient changer la distribution des eaux de la mer à la surface du globe ; ces débris se déposaient lentement pendant la période de calme qui suivait les bouleversements.

En résumé, les géologues reconnaissent deux espèces de terrains : 1* les terrains cristallisés ou primitifs^ partie de la couche terrestre qui s'est solidifiée par refroidissement : ce sont les plus anciens ; 2'' les terraim sédimentaires, qui, formés comme nous l'avons expliqué plus haut, se sont déposés au-dessus des terrains primitifs. Les terrains sédimentaires se divisent eux-mêmes en plusieurs groupes, qui sont, par ordre d'ancienneté : les terrains de transition, les terrains secondaires, les terrains tertiaires et les terrains quaternaires ou modernes.

Il ne faudrait pas croire qu'en chaque point du globe on rencontre superposées toutes les couches dont nous venons de parler. En certains endroits de la Bretagne, par exemple, on voit à la surface du sol les terrains primitifs qui n*ont pas été recouverts, parce qu'ils ont été soulevés à un niveau supérieur à celui des eaux au milieu desquelles se sont formées les couches sédimentaires d'origine postérieure;

€n d'autres points, au contraire, les terrains primitifs sont recouverts par les terrains d'origine plus récente. Cette variété de la nature géologique du sol a plusieurs conséquences au point de vue des industries exlractives.

Ces industries varient d'un point à l'autre de la France, puisque l'homme, ne rencontrant pas dans toutes les régions les mêmes substances à exploiter, doit toujours, en chaque lieu, rechercher celles qui sont les plus voisines de la surface et dont l'extraction pourra se faire le plus économiquement. Il est évident que, tandis que l'exploitation du granité peut se pratiquer avec avantage en Bretagne, oîi il se montre à la surface du sol, elle serait impossible aux environs de Paris, oîi il est recouvert par la plus grande partie des terrains de sédiment qu'il faudrait traverser pour arriver jusqu'à lui.

Les industries exlractives peuvent être considérées comme servant de point de départ à la plupart des autres industries; ce sont elles en effet, qui fournissent à l'homme, dans un grand nombre de cas, la matière première qu'il transforme par son travail en objets, de nature diverse, destinés à la satisfaction de ses besoins. S'agit-il, par exemple, d'édifler les habitations qui doivent le protéger contre les intempéries des saisons, il faut d'abord qu'il se procure les matériaux pouvant servir aux constructions. C'est la terre qui les lui offre; elle renferme dans son sein des substances qu'il devra aller y chercher souvent au prix de travaux considérables. La pierre à bâtir, le marbre, l'ardoise, sont autant de corps qu'il ne pourra mettre en œuvre qu'après les avoir arrachés à la terre ; la houille qu'il emploie pour chauffer ses appartements, pour la cuisson de ses aliments, pour la production de la vapeur d'eau utilisée par lui comme force motrice, est enfouie dans le sol, souvent à de grandes profondeurs. Il en est de même des minerais, ou composés métalliques, qu'il transformera en métaux propres à la confection de ses outils et de ses machines. L'extraction de toutes ces substances est le but des industries appelées exlractives.

Tantôt les matières extraites du sol sont employées par l'homme dans rétat où il les a trouvées : la pierre à bâtir, le marbre, la houille, sont dans ce cas. Tantôt, au contraire, la substance utilisable est unie à d'autres CDrps qu'il faut en séparer. Le fer, par exemple, ne se rencontre pas dans le sol à l'état de métal, mais à l'état de minerai, c'est-à-dire de combinaison plus ou moins complexe d'où il faut l'extraire. Le traitement que devra subir le minerai sera l'objet d'une industrie si étroitement unie à celle qui l'a extraite du sol, que

i INDUSTRIES EXTRACTIVES.

nous la confondrons avec elle et que nous décrirons la métallurgie du fer comnoe une industrie extractive, quoique, à vrai dire, elle puisse être considérée comme une industrie préparatoire. La même remarque s'appliquera à la fabrication de Tacier et à celle des différents métaux.

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