USTENSILES DE MÉNAGE EN FER BATTU ÉTAMÉ
Des machines automates semblables sont aussi employées pour la fabrication mécanique des vis pour métaux.
Les vis de plaques de blindage se fabriquent par étampage. On se sert à cet effet de deux empreintes en fonte portant chacune en creux la moitié du filet de la vis, suivant le diamètre, de sorte que, si on les ï^uperposait, l'ensemble formerait un écrou de la longueur de la partie filetée. L'une d'elles est fixée sur une enclume et Ton y place un morceau de fer que l'on a chauffé au blanc soudant ; l'autre est adaptée à la partie inférieure d'un marteau-pilon pesant 200 kilog. Lorsque le pilon s'abaisse et vient frapper l'enclume, le morceau de fer se trouve pris entre les deux empreintes et, le métal ramolli étant refoulé dans les creux, le filet se fait d'un seul coup de marteau. Il n'y a plus maintenant qu'à enlever les bavures ; cet ébarbage est pratiqué par des outils spéciaux.
FAliRKATlON llES KNCLUMES
Vwe rnclume est un morceau de fer recouvert d'acier sur laquelle on forge les métaux. Le corps de l'enclume et les extrémités pointues, appelées bicornes^ sont en fer à la houille que l'on forge au marteaupilon pour lui donner la forme voulue. La face supérieure ou table doit être dure et lisse, car c'est sur elle que l'on place les métaux pour les battre ; il en est de môme des bigornes, sur lesquelles l'ouvrier façonne différentes pièces. Pour communiquer à la table et aux bigornes ces qualités que n'a pas le fer à un degré suffisant, on les recou\re d'une plaque d'acier que l'on soude à chaud et au marteau ; puis on trempe l'acier pour lui rendre la dureté que la chaleur lui a fait perdre.
La fabrication des enclumes est très-développée dans le département des Ardennes à Donchéry, dans plusieurs villes du Nord (Maubeuge, Cambrai), dans le centre (Nevers et Saint-Étienne). Les mêmes villes fabriquent aussi des étaux.
rSTENSILKS DE MÉNAGE EN VF.W BATTU ÉTAMÉ
L'emploi du cuivre pour la fabrication des casseroles, chaudrons et autres vases destinés à la préparation de nos aliments a plusieurs inconvénients; son prix élevé et les dangers qu'il présente, quand il est mal étamé, ont beaucoup restreint l'usage des ustensiles en cuivre qui, dans la majorité des ménages, ont été remplacés par les vases en fer battu étamé. Ces derniers jouissent d'une grande soli-
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dite et la modicité de leur prix les met à la portée de toutes les bourses.
La confection des vases en fer battu se fait à froid et de deux manières : par le martelage à la main, comme la chaudronnerie de cuivre, ou par des procédés mécaniques. Quel que soit le mode employé, on doit faire usage de tôles très-malléables et de première qualité.
Le martelage à la main se pratique dans les Ardennes de la manière suivante : On prend la lame de tôle destinée à la fabrication du vase et on V emboutit avec un marteau à tête ronde. Cette opération consiste à lui donner une forme concave en frappant sur la partie centrale d'une des faces de la lame, dont les bords se relèvent peu à peu en accusant de plus en plus la concavité. Lorsque Temboutissase est assez avancé, on pose la concavité sur l'extrémité ronde d'une enclume et l'on frappe sur la face extérieure du métal jusqu'à ce qu'on ait atteint la forme cherchée. Les objets ainsi fabriqués sont ensuite munis de queues ou manches que Ton fixe avec un rivet, puis on les livre à rétameur.
Les ustensiles en fer battu faits à la main ont l'inconvénient de présenter à leur surface des irrégularités provenant du travail du marteau, inconvénient qui est complètement évité dans la fabrication mécanique des mêmes objets.
C'est encore à MM. Jappy, de Beaucourt, qu'on doit cette industrie, qui date de 1825 et a pris une très-grande importance. Nous allons en exposer les principaux détails.
A l'aide de cisailles on découpe d'abord dans des tôles d'excellente qualité, comme celles de la Franche- Comté, des disques circulaires destinés à être emboutis mécaniquement entre un mandrin et une matrice représentant l'un et l'autre la forme de l'objet. Le disque qui doit, par exemple, servir à la fabrication d'une casserole, est posé sur la matrice, et le mandrin, mû à la vapeur, venant s'abattre sur lui, le force à prendre la forme de cette matrice.
La tôle qui a subi l'emboutissage est devenue un peu cassante, elle a perdu sa souplesse et sa malléabilité primitives : on les lui rend parle recuit^ opération qui consiste à chauffer les pièces embouties dans un four et à les laisser ensuite refroidir lentement. La chaleur ayant déterminé à leur surface la formation d'une couche d'oxyde, on les décape avec soin en les plongeant dans des bains acidulés et en les frottant avec du sable.
Il faut ensuite procéder au planage^ qui a pour but de faire disparaître les irrégularités superficielles, les plis formés pendant rembou-
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lissage. Pour cela, on monte la pièce sur un axe animé d'un mouvement de rotation très-rapide et, pendant qu'elle tourne, on appuie sur sa surface des roulettes qui la rendent parfaitement lisse dans toutes ses parties. Les bords sont découpés et dressés par des outils spéciaux; enfin on perce les trous qui doivent recevoir les rivets servant à fixer le manche ou les anses des vases.
Certains ustensiles, comme les poêles à frire, sont polis à l'intérieur. Ce polissage se fait mécaniquement sur des tours à vapeur.
Les casseroles et les autres vases du même genre sont étamés par immersion dans trois bains successifs d'étain en fusion.
Les plateaux de limonadiers sont vernis à la main, chaque couche (le vernis est séchée dans des étuves; puis on peint à leur surface les sujets les plus variés.
Enfin les vases destinés à contenir les liquides corrosifs sont recouverts d'émail inattaquable. A cet effet on applique d'abord une couche d'un liquide gomraeux sur laquelle on saupoudre de l'émail réduit en poussière très-fine. On sèche dans une étuve, l'émail reste fixé par la gomme, et l'on porte la pièce dans un four chauffé au rouge vif. A cette température la gomme brûle et la poussière d'émail se fond en formant un enduit inattaquable et continu h la surface du vase.
Les ustensiles en fer battu ne se fabriquent pas seulement à Beaucourt, mais aussi dans d'autres établissements de l'Est, à Plombières, par exemple.
L'usine de Plombières a pour spécialité principale la fabrication des cuillers et fourchettes en fer battu, fabrication qui se fait de la manière suivante. On découpe dans de fortes tôles des bandes dont on élargit les extrémités en les aplatissant sous des laminoirs spéciaux ; on recuit ensuite ces bandes et, par un emboutissage mécanique, on leur donne la forme déflnitive qu'elles présentent d'habitude. Après avoir enlevé à la meule les bavures du métal, on étarae et on polit.
TAILLANDERIE
La taillanderie comprend la fabrication des scies, des faux, des limes, etc. : cette industrie est centralisée dans le département du Doubs ; Mutzig, Molsheim et Zornhof, que nous avons perdus à la suite de la guerre de 1870, sont des centres importants de production.
La scie est un instrument bien connu, formé par une lame d'acier
\i»i INDUSTRIES PRÉPARATOIRES.
laminé, trempé très-dur et portant sur l'un de ses côtés des dents bien égales faites, soit mécaniquement, soit à l'aide d'une lime triangulaire nommée tiers-point, La forme des dents dépend de l'usage auquel l'oïitil est destiné. Pour faciliter le dégagement de la sciure, on incline plus ou moins les dents, alternativement d'un c^té ou de l'autre. C'est ce qu'on appelle donner de la voie aux scies. Une bonne lame de scie doit être parfaitement élastique et sonore.
Les scies à lames courtes et épaisses s'emmanchent comme des limes; les autres se montent par leurs extrémités dans un châssis (le forme variable, mais construit de telle sorte qu'on puisse toujours à volonté faire varier la tension de la lame et l'empêcher de plier. On doit avoir bien soin, avant de les monter, de les détremper aux deux bouts, en les faisant recuire, pour éviter qu'elles se rompent à l'endroit où elles sortent dea pièces entre lesquelles elles sont serrées.
Pendant longtemps les scies anglaises ont été les plus estimées; mais les usines du Doubs sont arrivées à n'avoir plus rien à envier, pour cette fabrication, à celles de l'Angleterre.
La lime est un outil en acier de forme très-variable dont les usages sont bien connus, et dont la surface est rendue rugueuse par des aspérités régulièrement disposées. Les limes sont forgées en acier, puis on les taille, c'est-à-dire qu'un ou\rier fait des sillons réguliers à la surface de l'outil. Il se sert pour cela d'un burin qu'il place sur la lime et qu'il y fait pénétrer plus ou moins profondément à Taide d'un marteau. Ensuite il trempe l'outil pour lui donner de la dureté.
On a essayé dans ces derniers temps d'opérer mécaniquement la taille des limes, mais on n'est pas encore fixé sur la valeur de ces procédés.
On met au premier rang pour leurs qualités les limes de fabrication parisienne; mais le prix élevé de la main-d'œuvre dans la capitale ne permet pas de les produire h bon marché.
Milourd et Maubeuge dans le Nord, Brévannes dans la Haute-Marne, Lahutte dans les Vosges, Amboise, Orléans, Toulouse, Pamiers, Valentigney et Montbéliard dans le Doubs, Saint-Étienneet le Chambon dans la Loire, Saint-Maur près Paris, sont les localités à citer pour l'importance de leur fabrication et la qualité des limes qu'elles livrent à l'industrie.
Les faux se divisent en deux grandes catégories, les faux forgées et les faux laminées. Les premières se fabriquent au martinet, à l'aide duquel on martèle un bidon d'acier naturel, qui est généralement