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CHAPITRE VII

IiniLKS ET SAVONS

On trouve, dans certaines plantes et dans les animaux, des matières grasses dont les usages sont très-variés : les unes servent à Téclairage, les autres à ralimentation, d'autres au graissage des machines, à la fabrication des savons, etc. Le commerce et Téconomie domestique en distinguent plusieurs espèces : les huiles^ qui sont liquides à la température ordinaire; les beurres, les graisses et les stn/s, qui sont solides, mous et fondent entre 35 et 38 degrés ; les cires, qui sont dures et cassantes, et ne fondent qu'à partir de 60 degrés.

Nous ne nous occuperons en ce moment que des huiles, les industries alimentaires et l'éclairage devant nous fournir plus tard l'occasion de parler des autres corps gras.

UUILKS.

Les huiles végétales que l'on rencontre dans le commerce sont extraites des graines ou des fruits des plantes oléagineuses. Cette industrie a pris en France un très-grand développement. Aix et la Provence fabriquent l'huile d'olive employée dans Talimentalion ; Marseille , Caen , les départements du Nord et de la Somme , Boulogne-sur-Mer , Bayonne, Eu, Arles, possèdent d'importantes usines, où se pratique l'extraction des huiles contenues dans les graines de colza, de lin, d'œillette, de sésame, dans le fruit de l'aracliide, etc. Les usages de ces huiles sont très-variés ; les huiles d'œillette, de sésame, d'arachide servent à l'alimentation, l'huile de colza à Féclairage, Vhuilede lin à la peinture; plusieurs d'entre elles servent aussi à la fabrication du savon. Les unes sont fournies par des graines récoltées en France, comme celles de colza, d'œillette, de lin ; les autres par des substances importées : le sésame nous vient de Itoumanie, des bords du Danube et de l'Inde ; l'arachide est surtout

231 ixnrsTiirES i>i\éparatoires.

produite par lo tiéiiésal. Les différentes liuiies sont exprinu-es des corps qui les rcnfi'nncnt îi l'aide d'une forte pression. On opère « /JYw/ pour les liniles très-fluides, qui sont employées comme aliment?, à chattd pour celles qui ont moins de fluidité.

L'extraction des huiles dites huiles de graine a une grande importance dans les dOpnrtcments du fford. Autrefois cette fabrication se fiiii-ait, aux envinjus de Lille, dans des moulins h. vent qui mettaiciil en monvenieiit des pilons cliarpùs de rnncasser les grnines, et àf>

Vit.. i:«. - C0IIC!l6M>Ur <l<< fCMillS.

meules qui en exprimaient l'huile. Ce genre de fabrication tenJi disparaiire ; il est remplacé par celui que nous allons décrire.

La première opération est le miirnssage, qui réduit les grainosf" petits frapnieiits, afin d'é\iter qu'elles ne roulent sous les meules ■! l'action desipielles elles seront soumises. Elle s'exécute dans une e^i"'"' de laminoir eu foute ou covc/tsufl/n; alimenté par une trémie de l)"i^ (fig. 158), au fond de laquelle tourne un petit cylindre cannelé dn"' la vitesse do rotation est réglée de manière à ne laisser passer qu'iini" quantité do praines proportionnée a l'aotiou des grands cjiiiiilreî- Geux-ci louruout très-lentement, elles graines, en passant dans l'intervalle qui existe entre eux, se trouvent concassées; de là elles H'il IKirtées sous des meules verficales de granité ou de grès.

Ces meules, que représente la figure ISP, roulent sur le fond d'un' grande auge ordinairement en font^. ]ja paire pèse de 7000 il f'O*' kilos ; on peut se l"s figurer comme deux roues montées sur le mi^rno

:u fixé lui-ni^iiie ù un orbro vertical qui reçoit le mouvement du ?ur du l'usine. 11 ott (^vident que si cet a rbre se met à tourner, les les tourneront autour de lui en rouliiiit elles-mêmes sur leur axe, Tuseroiit les graines oléagineuses plact-es dans l'auge en fonte ;

Piu. 150. — Hl-uIcs

les graines oléaginc

> i;IIe<^ n'atteindraient certainement que celles (jui s<iiil placées sur passage, si l'oii ne prenait soin de ramener continuellement decUcâ celles qui se trouvent en dehurs. Pour cela deux lames

'bes, appelées rabats et Ihées à l'arbre, tournent a'vec lui en glisi,ut le fond de l'auge et remuent les grnînes en les amenant sous

neulea. De temps en temps une trappe située vers la circonréde l'auge s'ouvre pour laisser lombrr In graine 6cras6c, qui

le une pAle dont l'huile est la partie liquide. OuBlquefoiâ nn sou-

immédialcment cette pûte h une forte pression pour en faire sortir

£« INbl'STRIES PR£P.%KtT<WlS.

.'buile. '{iii 0:;t ijlor^ une liuile viv*je. d'an foât afrêable ( propre à l'afiaiiODoeffl TiOi alimenta. Mab m uière dopêrer di>niie u (loment trïf faible, qi augmente en ^oumell; traînes à rartï'in de I leur dan? def appareil^ mis chnuffoirs, dont I Vf\ cfaauITé soit à feu n â la sapeur.

Le cliauffoir à feu n

siste ;%. 160) en une

de funte placée sur iir

et sur laquelle repose i

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scrirc re?pace n-sené

farine. On jette cell(V

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ns (les siU-s S que l'ouvrier envelopiie da:

l-î»-ilire ilaiw une iiii-ce d étoffe de crin d

■ (mis piirlies iHiuvaut se replier l'une sti

lir et roriiièe

IIUILES. 231

rc {Gg. 162). Toutes les étreindellcs garnies de sacs sont soumises , l'action d'une presse qui peut exercer une force équivalente h celle l'un poids de 6000 kilogr. L'tiuile s'écoule au dehors et tombe dans les conduits qui la mènent aux réservoirs où elle doit plus tard ilre épurée. (Nous ne décrirons pas les différents genres de presses »inplo\éc3, les meilleures sont les prisses li\driiilique« ) Après iTOir subi cette première pression la farine se triu\e igglomiréc Bt forjTH, uup espèce de plaque ippeleo lomteau Comme die con lient encore de I huile on la soumet a de met les moins lourdes

Fre 10* — fitr nJcllP

que les preniitres U que Ion appelle milites a lebntUc, elles îa réduisent en une pfltc que l'on réchaulTo de nonvciiu et qu'on envoie ensuite à d'autres presses nommées presses à rebatlrc. Leur force ost plus grande et va jusqu'à lâO 000 kiioi:r. Les ju-esses à rehatire sont souvent disposées de manière que l'extracliou te l'at^se â cliaud : elles sont formées de plateaux creux, cliauffés à la viipeiir, entre lesquels on place les sacs. L'huile extraite est do nioins bonne qualité que le produit de la première pression, et ne doit pniiit (Mre mélangée avec lui. Quant aux tourteaux, ils sont livrés ii l'agriculture. qui les emploie comme engrais et pour la îiourrilurc des bestiaux.

En sortant dos presses, les huiles entraînent avec elles des muci- •ifîes et d'autres matières étrangères ; un repos pi-oloiigé les clarifie «n partie, mais ne les scpare point de matières qui le- rendent impropres à bien des usages et ne peuvent élre enlevées que par un pro- «Wé chimique consistant à agiter tes huiles en pré;ioiice de 1,50 *),75 pour 100 d'acide suifurique. Cette opération dure trois quarts •J'heure environ et se fait dans un réservoir où se meu!, au milieu du "lélange d'huile et d'acide, uu arbre armé de pak'l',es. Après qua- 'Sntc-cinq minutes de battage, on ajoute 3 à â pour 100 d'eau et 'on recommence à battre pendant cinq minutus; l'eau s'empare de 'acide. On laisse reposer pendant un temps sufiijant; l'eau, l'acide et '*8 matières qu'il a carbonisées vont au fond du réservoir former une <%uclie noire. L'huile surnage, on la décante et on la reçoit d'abord

i3S INDUSTRIES PREPARATOIRES.

dans (les caisses où on l'abandonne pendant sept à huit jours pour qu'elle se clarifle en partie; puis on la soumet à une filtration à travers de la sciure de bois placée entre deux planches percres de trous : ceux de la planche inférieure sont garnis de petits tampons de colon qui complètent la liltration. Ce premier filtre est appelée déf/raisseur; son action est complétée par un second appareil nommé filire, semblable au premier, mais dans lequel la planche supérieure est remplacée par une toile.

]j /tuile (P olive s'extrait des olives en les écrasant sous des moulins à une seule moule verticale, qui les réduit en une pulpe qu'on renferme dans des cabas ou scouffins pour la soumettre h laction de [)rosses hydrauliques horizontales. On appelle huile d'olive vierge celle qui est fabriquée avec des olives récoltées à la cueillette et non à la gaule, soigneusement triées et portées sous une presse aussitôt après leur réduction en pulpe. L'huile vierge est verdâtre et, malgré son goût de fruit, elle est très-recherchée pour les aliments.

L'huile ordinaire de table s'obtient en arrosant d'eau bouillante la pulpe des olives qui ont fourni.rhuile vierge, et en la sonmettantàla pression. Cet écluuulage gonfle la pulpe, coagule les parties albumineu^es, et, en rendant l'huile plus fluide, facilite son écoulement. Elle est d'une belle couleur jaune et moins agréable au goût que l'huile vierge. Cette méthode économique et rationnelle n'est malheureusement pas suivie dans toutes les huileries; un certain nombre emploient encore un procédé plus long et plus imparfait.

L'huile de première pression est en général déposée dans de grandes jarres plac;V\s dans des a[)parlements exposés au midi, où l'on entrelient une tem[iérîiture d'environ 10 degrés. Lorsque l'huile est transparente, on transvase la partie claire et on laisse encore reposer la partie trouble. Qii''^"*' on a de grandes quantités d'huile à conserver, on les met d;ms des fosses bien cimentées qu'on nomme /jiles.

On appelle Sffvons des substances qui servent au bhiuchissiîge du linge, de la soie, de la laine, au dégraissage des laines brutes'. Ces corps sont des combinaisons de certains acides gras (acides mai?:Jrique, stéarique, oléique) avec une base alcaline, la fKjtasse ou lasoudc. Nous ne parlons ici (|ue des savons solubles, et laissons de côté les savons insolubles que forment Ips autres oxydes métalliques.

Les savon? agissent j)ar Talciili, c'est-à-dire par la potasse et la

soude qu'ils renferment, ces deux corps ayant la propriété de se comhiuer avec les corps gras et de former avec eux des composés soluiles; de sorte que si un linge est gras et sale, il suffirait de le laver avec une dissolution de potasse ou de soude pour le blanchir, puisque cette potasse ou cette soude se combinant avec le corps gras Tenlèverait au linge et Tentrairierait dans Teau à l'état de corps soluble. Lusage de la potasse et de la soude peut avoir quelques inconvénients. Employées à trop grande dose et sans précaution, elles peuvent nuire à la qualité du linge; elles agissent avec énergie sur les mains des laveuses; aussi préfère-t-on les prendre à l'état de savon, c'est-à-dire de combinaison soluble avec un acide gras, combinaison qui conserve la propriété de dissoudre les graisses, les huiles, etc. Les acides gras nous sont fournis \):\y des corps d'origines différentes, les suifs de mouton, de bœuf, de chèvr.^, Irs huiles d'olive, de sésame, d arachide, d'oeillette, do colza, de palme, de palmiste, de coco, etc. Ces corps ne renferment pas l'acide gras à l'état libre, mais ordinairement combiné avec une substance que l'on désigne sous le nom Aq glycérine et qui forme avec eux des composés différents : avec Tacide oléique, l'oléine ; avec l'acide margari(jue, la margarine ; avec l'acide stéiirique, la stéarine. Les corps ^ras d'origine végétale sont essentiellement formés d'oléine et de margarine, et ceux d'origine animale contiennent en plus la stéarine.

Le savon étant, comme nous venons de le dire, le résultat de la combinaison d'un ou de plusieurs acides gras avec une base alcaline, la potasse ou la soude, sa fabrication consiste à éliminer la glycérine de ses combinaisons avec les acides gras pour lui substituer la potasse ou la soude. Or, cette élinûnation se fait justement à l'aide de l'une de ces deux bases : lorsqu'on met un corps gnis en présence de l'une d'elles, elle chasse la glycérine, prend sa place et se combine avec l'acide gras pour former avec lui un savon, qui est dur si la base est la soude, qui est mou si la base est la potasse.

Tels sont les princi[)es chimiques sur lesquels repose la fabrication des savons. La science les doit à M. Chevreul, qui publia en 1813 un important travail sur les corps gras, et fit voir qu'ils n'étaient pas, ainsi qu'on l'avait cru jusqu'à lui, des principes inmiédiafs comme le îsucre, l'amidon ou l'alcool.

Nous devons ajouter que si la découverte de M. (Ihevreul a été le point de départ d'industries diverses créées pour l'exploitation des <îoq«gras, l'industrie du savon l'avait précédée (1).

(1) Nous empruntons une partie des détails liisturîqucs qui voiil suivre ù un travail de ^ iules Roux sur b savonnerie.

210 liNDUSTRlES PRÉPARATOIRES.

Les peuples anciens ont connu le savon ; on prétend trouver son existence mentionnée dans la Bible ; d'autres pensent que le mot hébreux borith^ qui avait été longtemps considéré comme l'équivalent de notre mot savon^ signifie plus exactement alcali. Sans cherchera décider cette question d'érudition, nous ajouterons que Pline, dans son Histoire naturelle^ parle, de la manière la plus nette, du savon des Gaulois ; il Tindique comme composé de suif et de cendre et signale l'usage que Ion peut en faire pour se rougir les cheveux.

Quoi qu'il en soit, il est facile de voir, d'après le passîige de Pline, que le savon était un simple amalgame de graisse et d'alcali tiré des cendres de bois et de quelques plantes marines. Il n'y a jamais eu dans Tantiquité un ensemble de moyens constituant un procédé uniforme, régulier et conduisant à un produit déterminé. Cette fabrication se révéla à l'état d'industrie au commencement du xvii' siècle dans une petite ville d'Italie appelée Savone, et devint bientôt si renommée que Gènes et quelques autres villes d'Italie se l'approprièrent. Il est à regretter que le nom de l'inventeur ne soit pas venu jusqu'à nous, car le [procédé au moyen duquel on a fabriqué pendant si longtemps en Italie, en France et en Espagne le produit si universellement connu sous le nom de savon blanc et de savon marbré, a été tellement complot dès l'origine, que rien d'essentiel n'y a été clianiré.

La savonnerie fut introduite en France sous l'administration de Colbert. Elle s'établit d'abord h Toulon et le choix de cette localité, située à côté des contrées qui produisent l'huile d'olive, indique que le grand ministre se préoccupait surtout de trouver un débouché nouveau aux produits du sol. Il avait également en vue de donner du travail aux ouvriers nationaux à l'exclusion des étrangers; car, quelques années plus tard, Louis XIV rendit un arrêt dans le but de constituer un monopole pour la fabrication du savon en faveur du sieur Rigat, de Lf/on^ à la condition qu'il n'emploierait que des ouvriers français et des huiles françaises. Le décret, qui a\ait soulevé des tempêtes à son apparition et ne fut enregistré au parlement d'Aix que sur injonction royale, ne dura que deux ans; la force des choîîes en fit justice. Le sieur Rigat perdit son privilège par un arrêté du 10 octobre 1009. L'industrie savonnière, libre de choisir son milieu le jilus comenable, vint s'établir à la fin du xvii* siècle à Marseille qui, par son important commerce avec les pays producteurs d'huile? d'olive et par les avantages ([n'offrait son grand marché, était pour cette fabrication spéciale dans des conditions incontestables de supériorité.

A cette époque, le procédé de fabrication inventé à Savone n'était us un secret pour personne. A Gênes il fut appliqué dès l'origine , les Génois s'y acquirent une grande réputation. Dans plusieurs lUes d'Espagne, à Alicante principalement, il avait été mis en praque. Malgré cette concurrence, c'est à Marseille seulement* que la avonnerie a pris l'immense développement qui, pendant près de eux siècles, a fait du savon de Marseille le savon-type. Quand on étudie la marche de cette industrie depuis Golbert jus- |u*à nos jours, on voit que la réglementation sévère à laquelle elle a îté soumise dès l'origine, en maintenant l'observation rigoureuse du )Tocédé normal et la bonne qualité des produits, a puissamment contribué à sa richesse. Est-ce h dire que l'industrie de Marseille n'ait jamais livré à la consommation que des savons exempts de toute fraude? Non, et malgré le rigorisme dont elle a paru se targuer visà-vis des villes rivales, Marseille a eu, à ce point de vue, ses moments de faiblesse, et ses produits n'ont i)as toujours eu la pureté que les Marseillais semblent réclamer comme privilège de leurs savons. En 1700, les lavandières adressaient aux états généraux une plainte dans laquelle elles s'élevaient contre les falsifications du savon blanc et demandaient l'application de me.-ures répressives. En 1791, le conseil municipal de Marseille lui-même faisait à l'Assemblée législative une demande semblable.

La découverte de Leblanc sur la fabrication de la soude artificielle devait exercer une influence heureuse siir l'industrie qui nous occupe ; en même temps qu'elle affranchissait la France de la nécessité de demander des soudes à l'étranger, elle fournissait pour la fabrication du savon un produit plus pur que les soudes naturelles, exempt de tout alcali déliquescent, et permettant de mélanger à l'huile d'olive l'huile d'œillette, dont la culture avait pris naissance à la môme époque dans te départements du Nord.

Malgré ces avantages, les fabricants de savon ne firent pas tout d'abord à cette découverte l'accueil qu'elle méritait ; le nouveau produit fut longtemps en butte aux préjuges les plus absurdes. On s'ima- (Çinait que le savon fait avec la soude artificielle gâtait le linge et nuisait à la santé de ceux qui l'employaient. Les paysans se figuraient 9^6 les fabriques de soude repoussaient les nuages et empêchaient la pluie. Cette croyance ridicule s'était tellement répandue qu'on fut *Jbligé, en 1815 et 181 (5, de faire camper dos troupes pendant quelque ^cmps à Septème pour préserver d'une destruction presque certaine 'es fabriques de soude situées dans cette localité.

Nous trouvons dans l'histoire de la science et de l'industrie plus

2i:2 INDUSTRIES PREPARATOIRES.

d'un fait semblable. Les plus belles découvertes n'ont parfois été accueillies qu'avec froideur et déflance ; le préjugé et la routiae ont frappé de stérilité les efforts les plus nobles. C'est là pour nous uo enseignement précieux que nous ne devons pas oublier : ne repoussons jamais les procédés nouveaux qui nous sont présentés, mais étudions-les toujours sans enthousiasme ni prévention, et ne les condamnons que lorsque l'expérience nous a démontré leur insuffisance.

Dès 1S3A, la culture de la betterave devint tellement envahissante dans le Nord, que celle de la graine d'œillette fut négligée, et les usines de Marseille furent exposées à manquer de cet utile auxiliaire. Pour suppléer à ce déficit, on dut recourir alors aux graines de lin de la Baltique et surtout de l'Egypte et de la mer Noire. Mais l'huile de lin ne pouvant avoir en savonnerie qu'un emploi a^sez borné à cause de l'odeur et de la couleur qu'elle communique au savon, on rechercha si d'autres graines oléagineuses ne donneraient pas une huile plus convenable.

On pensa au 56^î>tf^we, connu dans tout l'Orient depuis un temps immémorial, et la culture de cette graine fut d'abord essayée en Egypte. Les premiers essais ayant réussi, les champs de l'Egypte, de l'Anatolie, de la Uoumanio, puis ceux de Karamanie, de la Syrie et de la Palestine, se couvrirent de sésames. Quelques années plus tard, cette culture s'introduisit dans l'Inde et dépassa bientôt en importance celle des provinces turques et égyptiennes.

Pendant que la graine de st'same se récoltait ainsi aux deux extrémités de l'Asie et sur les bords du Nil, une autre graine oléagineuse, Yarac/iidcy était recueillie sur les côtes occidentales de r.AJrique et venait fournir à la navigation et à l'activité nationale de nouveaux éléments de travail et de fortune.

Mentionnons aussi Vhnile de palme, qui provient du fruit de l'avoira de Guinée (plante qui appartient à la famille des Palmiers). Cette huile s'extrait par l'action de l'eau bouillante sur le sarcocarpe fibreux qui enveloppe le noyau du fruit. Les Anglais, qui ont de nombreuses factoreries de cette huile sur la côte occidentale d'Afrique, en importent chez nous des quantités considérables; ce produit est pour les nègres de la côte l'objet d'un commerce d'échange fait avec les Européens.

Le noyau du fruit de l'avoira est aussi importé en France, et l'on en extrait, par expression, Yhuile de palmiste^ queVou utilise conune la précédente dans la fabrication des savons.

L'huile de coco, qui nous vient de Pondichéry, de Cochin, de Kari-

le Ceylan et de Sidney, est extraite, par expression ou par fusion, imande de plusieurs espèces de cocotiers {Cocos nucifera^ Etais racea). En même temps que ces différents corps, l'acide oléique, ist un résidu de la fabrication des bougies stéariques, prenait sa \ dans la savonnerie.

était facile de prévoir que du jour où Marseille appelait au secours on industrie les corps gras que nous venons de citer, d'autres s, aussi bien placées qu*elle pour les recevoir, voudraient conir à la production du savon et lui disputer le monopole qu'elle t conservé si longtemps et qu'elle ne devait, en définitive, qu'à sa ition géographique auprès des régions où pousse l'olivier. Ce fut iffet ce qui arriva, et plusieurs villes du nord et de l'ouest de la ttce entreprirent la fabrication du savon : Rouen, Nantes, Paris, euf, Reims, Dijon, Amiens et Tours sont à citer parmi celles où e industrie s'est le plus développée.

<a fabrication du savon telle qu'elle se pratique à Marseille comnd deux phases principales : 4 Ma préparation des lessives de po- « ou de soude, ou caustification ; 1^ la fabrication proprement dite savon .

j'industrie des produits chimiques ne livre pas au savonnier la pose et la soude à l'état de bases caustiques; elles sont ordinairement nbinces avec une proportion plus ou moins grande d'acide carbo- [uedont il faut les priver pour qu'elles puissent agir efficacement :les corps gras. C'est là le but delà caustification. On met la dissoion de potasse ou de soude en présence d'une certaine quantité de mx qui, s'emparant de l'acide carbonique combiné avec l'alcali, me avec lui un composé insoluble appelé carbonate de chaux; ce «posé tombe au fond du récipient où se fait la caustification, tandis e le liquide surnageant constitue une lessive contenant en dissolun la potasse et la soude caustiques. A Marseille la préparation des sives se fait dans des bassins de pierre appelés barquieux. Après )ir concassé la soude artificielle, on y ajoute un tiers en poids de mx parfaitement éteinte et le mélange est placé dans les barquieux. ?aii pure, ou une lessive faible provenant d'un lavage précédent, est enée dans ces bassins. La dissolution de la soude s'opère peu à peu, îhaux lui enlève son acide carbonique. Au bout d'un certain temps, soutire cette première lessive dans des citernes placées au-dessous 1 barquieux et appelées trous. Le résidu est épuisé par des additions au pure, et la lessive faible qji provient du dernier lavage sert à ^oudre une nouvelle quantité de soude neuve, et ainsi de suite.

2U INDUSTIUES PllÉPAUATOlRES.

Quand on veut avoir des lessives concentrées, ce qui est nécessaire à certains moments de la fabrication, on a recours à des lavages méthodiques : au lieu d'un seul barquieux on en a quatre, qui contiennent des soudes à des états différents, depuis la soude neuve jusqu'à la soude épuisée. L'eau pure est dirigée d'abord sur les soudes les plus pauvres ; comme son pouvoir dissolvant est encore entier, elle a plus de facilité pour dissoudre les éléments solubles qui sont disséminés dans ces produits déjà épuisés par de précédents lavages; de là elle est dirigée de proche en proche sur la soude neuve et, lorsqu'elle y arrive, elle s'y concentre.

La fabrication proprement dite du savon comprend trois phases principales: Yempâtage^ le relargage et la coction. L'huile n'étant pas miscible à l'eau, il est nécessaire de la diviser pour la faire arriver au contact de l'alcali avec lequel elle doit se combiner: tel est le but de Vempdtage^ qui émulsionne l'huile, c'est-à-dire qui la met, à l'étal de division extrême, en suspension dans ralcali. On se sert à Marseille pour cette opération de grandes chaudières en maçonnerie, dont la capacité est en général de plus de 200 hectolitres. Leur fond est en tôle et a une forme hémisphérique; il est en contact avec le fovcr et constitue la surface de chauffe. On y verse d'abord la lessive et, lorsqu'elle est à la température voulue, on fait rouler des barriques contenant l'huile sur deux fortes planches mises en travers de la chaudière. L'huile.en tombant dans la lessive s'émulsionne : la matière d'abord très-limpide va peu à peu en épaississant et, au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures d'ébuUition, elle a acquis une consistance et une homogénéité suffisantes.

Il faut alors procéder au relargage^ c'est-à-dire enlever au mélange la tiop grande quantité d'eau qu'il renferme. Pour cela, on ajoute en plusieurs fois une lessive chargée de sel marin ; en même temps un ouvrier armé d'un redable (outil composé d'une planche de noyer traversée par un manche de 5 à 6 mètres de long) remue constamment la masse pour y répartir la lessive salée. L'émulsion savonneuse, insoluble dans l'eau salée, se grumèle et se réunit à la surface sous forme de pâte consistante et colorée, en abandonnant l'excès d'eau qu'elle retenait; cette eau entraîne avec elle la glycérine, l'huile en excès et la plus grande partie des sels contenus dans la lessive d'em* pâtage et dans celle qui a servi à relarguer. On laisse alors tomber le feu et, après quelques heures de repos, on soutire le liquide à l'aide d'un tuyau placé au fond de la chaudière, ouvrant au dehors et appelé épine.

Après le relargage on procède à la coction^ qui consiste à faire

luillirle savon avec de nouvelles lessives douces et concentrées, raéngées, vers la fin de l'opération, à des lessives salées. La saponifition s'îichève, le sel marin contracte la pâte et la réduit en grumeaux. )rsque la pâte comprimée entre le pouce et Tindex résiste à la preson, forme une plaque solide et se dissout complètement dans Feau ms laisser d'yeux h sa surface, le savon est fait, et on le met à sec

I épinant de nouveau.

II est d'un bleu foncé, tirant sur le noir et ne contient que 16 pour K) d'eau. Sa couleur est due à un sulfure de fer mêlé à un savon à ise d'alumine et de protoxyde de fer qui provient de la soude brute Dployée.

Le savon ainsi obtenu est ordinairement transformé soit en savon knCy soit en savon marbré.

Pour le convertir en savon blanc ^ on le délaye peu à peu, à une ouce chaleur, avec des lessives faibles, que l'on y verse par petites uantités et qu'on y incorpore en brassant continuellement avec un edable. Ce travail, connu sous le nom de liquidation, est fort péniile; il est exécuté par un ouvrier qui, pieds nus et debout sur une ilanche placée en travers de la chaudière, remue la matière en nfoRçant le redable jusqu'au fond et en le ramenant ensuite à la urface. Lorsque la pâte est devenue homogène, on la maintient à état de fluidité en allumant un peu de feu sous la chaudière, et on ùsse reposer : une certaine quantité de savon nommée gras se dissout ans la lessive et va au fond de la chaudière, en entraînant avec elle excès d'eau, le sulfure de fer, le savon d'alumine et de fer. Quant au ivon proprement dit, insoluble dans cette même lessive, il reste à i surface ; après avoir enlevé l'écume produite par Tébullition, on le aise avec des poches de cuivre appelées pouadous et, à l'aide de )rnues de bois, nommées servidous^ on le transporte dans la salle &s mises, où il est coulé, soit sur un lit de chaux délitée, soit Jr des feuilles de papier gris lorsqu'il doit servir au décreusage B la soie.

Plusieurs jours après V empli des mises et lorsque le savon s'est soliifié, on l'aplanit et on le rend plus compacte en frappant sur toute i surface avec de larges battes de bois. Après quelques jours de repos 1 procède au découpage. A cet efTet, un ouvrier commence à tracer la règle et au poinçon les lignes de séparation ; ensuite, au moyen un long couteau manœuvré par trois ouvriers, on découpe la masse i pains de 20 à 25 kilogr. Ces morceaux seront plus tard divisés en iques plus petites par un fil de fer. Lorsque la pâte de savon blanc a été enlevée de la chaudière, il

UÙ INDUSTRIES PRÉPARATOIRES.

reste au fond de celle-ci une couche de gras dissous dans le grand excès de lessive faible employée pour la liquidation. On ajoute de la lessive concentrée et salée pour ne pas perdre cette partie dissoute et la faire grener; on la coule et on la raet en réserve pour la travailler avec le gras des cuites suivantes.

Quand, au lieu de savon blanc, on veut fabriquer du s^ron marbré, on ajoute vers la fin de l'erapâtage, et par cuite, 2 à S kilogr. de sulfate de fer dissous dans Teau ; il se forme du sulfure de fer et la pâte prend une couleur vert bleu. Les lessives servant dans la coction du savon marbré doivent être plus salées que lorsqu'il s'agit de savon blanc ; car il faut que le grain de la pâte reste assez sec pour empêcher la précipitation de la matière colorante, résultat que Ton obtient par un excès de sel, ce corps ayant pour effet, comme nous Tavons dit, de produire la séparation du savon et de Teau. Pour bien distribuer dans la masse le savon ferrugineux en veines plus ou moins grandes qui produiront une espèce de marbrure ou madrure, des ouvriers montés sur des planches en travers de la chaudière brassent continuellement la pAte avec le redable. Cette agitation aide aussi à Tabsorption des lessives qui ne se ferait que difficilement, la réussite de Topération exigeant qu*on ne porte pas le liquide à rébullitioii. L'ouvrier madreur agite d'abord la surface de la masse : c'est ce qu'on j appelle rompre la pâte. Il se transporte à différents points de la j planche qui traverse la chaudière; quand il l'a parcourue tout entière, il a effectué une passée. 11 doit faire trois ou quatre passées pour rompre^ puis il achève en tirant du fond^ c'est-à-dire qu'après avoir enfoncé son redable jusqu'au fond de la chaudière, il le retire verticalement jusqu'à la surface et par mouvements saccadés.

Le madrage est un des points les plus délicats de la fabrication du savon ; car si la pâte est trop délayée, ou se refroidit trop lentement, la matière colorante s'isole et tombe au fond de la chaudière; si, au \ contraire, la pâte est trop épaisse ou se refroidit trop vite, la matière j colorante ne peut se rapprocher pour former des marbrures. !

Lorsque l'opération est finie, on puise la pâte à Taide de pouadous, \ et on la verse dans des conduits en bois qui la mènent dans les mises ou bassins en maçonnerie de 70 à 80 centimètres de profondeur. Eu se refroidissant, elle abandonne l'excès de lessive qu'elle contenait encore et, au bout de huit à dix jours, elle a assez de consistance pour pouvoir être découpée.

Nous ferons remarquer que le savon marbré est souvent préféré dans la consonnnation au sa\on blanc. Voici la cause de cette préférence : la marbrure ne peut se faire qu'à condition que la pâte ne soit

SAVONS. m

Mtô trop fluide, et par conséquent ne contienne pas trop d*eau ; c'est me garantie que Ton n'a pas avec le sa\on blanc, qui peut contenir une proportion d'eau plus considérable, et qui est alors appelé savon i* augmentation ou augmenté.

Dans les autres parties de la France, oîi l'industrie de la savonnerie se sert de procédés qui diffèrent un peu des procédés marseillais, et qui ont sur eux, dans certains cas, des avantages incontestables, les savons sont faits avec les huiles de palme, de coco, de sésame, d'arachide, l'acide oléique, etc.

Pour donner une idée de ce genre de fabrication, nous extrairons les détails suivants d'un rapport que nous avons fait à la Société industrielle d'Amiens sur le bel établissement de M. Alexandre Duflos, fabricant de savons à Amiens.

L'atelier de fabrication est une vaste halle divisée en trois travée^ disposées à des niveaux différents dans la longueur de l'atelier et communiquant entre elles par deux escaliers.

Dans la travée supérieure se fait la caustification des lessives. Dans toute sa longueur se trouve une série de bacs à caustifier contenant chacun 50 hectolitres ; à leur centre est disposé un axe vertical armé de palettes et mis en mouvement par la machine à vapeur de l'usine. Ces.bacssont remplis d'eau qui, en peu de temps, est chauffée à une température de 70 à 80 degrés par une arrivée de vapeur. On accroche sur leurs bords des paniers en tôle percés de trous, on y place le carbonate de potasse ou de soude, et l'eau passant à travers les trous dissout peu à peu le sel. La dissolution est, du reste, facilitée par le mouvement de l'agitateur qui, en remuant le liquide, éloigne du sel les parties saturées pour mettre en contact avec lui d'autres parties qui ne le sont pas. Lorsque le carbonate alcalin est dissous, et que la lessive marque 20 à 22 degrés à l'aréomètre Baume, on le remplace dans les paniers par de la chaux vive. Celle-ci s'éteint, se dissout peu à peu, décompose le carbonate, s'empare de l'acide carbonique pour former avec lui du carbonate de chaux insoluble, et la potasse ou la soude caustiiiée par cette action reste en dissolution dans le liquide. Le mouvement de l'agitateur, en renouvelant continuellement les surfaces, accélère la décomposition.

L'usage des paniers de tôle a ce double avantage : d'abord, ils arrêtent les silex qui peuvent être dans la chaux et qui, se trouvant pris entre le fond des bacs et les palettes inférieures de Tagitateur, pourraient déterminer la rupture de ces palettes ; en second lieu, ils empêchent que des fragments de carbonate, ou grabeaux^ n'aillent

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séjourner au fond des bacs et n'échappent à la causliûcation, car ils s'enroberaient bientôt d'une couche de carbonate de chaux qui empêcherait leur dissolution complète.

Lorsque la caustification est faite, il n'y a plus, pour que la lessive soit prête à servir, qu'à la séparer du carbonate de chaux solide qu'elle tient en suspension. A cet effet, on arrête l'agitateur et Ton abandonne le liquide. Le carbonate de chaux se dépose au fond du bac ; le liquide qui surnage se sépare en deux couches : la première, et de beaucoup la plus épaisse, contient la lessive claire : on la fait écouler dans les chaudières, dont nous parlerons tout à l'heure, à l'aide d'un robinet placé h une hauteur convenable; la seconde contient un liquide alcalin tenant en suspension du carbonate de chaux qui ne s est pas déposé : un second robinet placé un peu phis bas permettra de faire écouler ce liquide dans dos citernes de réserve placées au-dessous.

Mais le carbonate de chaux, qui se trouve au fond du bac et qui y forme une pâte plus ou moins épaisse, contient encore des proportions considérables de lessive qu'il ne faut point laisser perdre; aussi le lave-t-on plusieurs fois à l'eau pure, jusqu'à ce que le liquide ne marque plus que 1 degré à l'aréomètre. Les lessives ainsi produites sont envoyées dans les citernes de réserve. Quant au carbonate de chaux épuisé, on l'extrait à l'aide d'une soupape située dans le fond du bac. Il constitue pour les fobricants de savon un résidu encombrant qu'ils envoient aux décharges publiques.

Nous ne quitterons pas la travée de la caustification sans dire que l'on y amène aussi les huiles solides, comme l'huile de palme, de palmiste, de coco, etc.; qu'àl'aided'unjet de vapeur elles sont facilement liquéfiées dans leur tonneau, et que par un tuyau mobile, on les fait rendre dans les chaudières de la seconde travée.

Descendons maintenant dans la travée de fabrication. Nous y trouvons des chaudières de tôle enterrées dans un massif de maçonnerie disposé de telle sorte que les gaz produits par la combustion du charbon dans un foyer latéral puissent circuler autour d'elles et les portera une température convenable. C'est dans ces chaudières que se fait la saponification.

Supposons qu'il s'agisse de savon à l'acide oléique. On introduit dans la chaudière une certaine quantité de lessive faible provenant d'une opération précédente, et contenant non-seulement de la soude caustique, mais aussi du carbonate de soude non caustiflé. Puis on ajoute la quantité de corps gras en proportion du volume de lessive employée. Gomme l'acide oléique est déjà, par la fabrication des bougies, séparé de la glycérine, il décomposera sans difficulté le carbo-

aate non caustique et se combinera avec la soude libre ou provenant de cette décomposition . On marche ainsi pendant une journée : c*est ce qu'on appelle le premier service. Le lendemain la lessive â*est rassemblée au fond de la chaudière, les corps gras et le savon surnagent; on introduit alors dans la masse le tuyau d'aspiration d'une pompe mobile. Il descend jusqu'au fond et, par le jeu du piston, extrait la lessive, qui se trouve refoulée dans les citernes de réserve dont nous avons déjà parlé.

On donne alors le second service j qui dure un jour et qui est fourni par une lessive forte, pesant 22 degrés à l'aréomètre et appelée fttmière. C'est pendant ce second jour que s'opère la plus grande partie de la saponification commencée par le premier service. La lessive bouillonne dans la chaudière, de grosses bulles montent à la surface, crèvent la croûte, et le liquide alcalin, en se déversant sur h masse, opère la saponification.

Pendant la nuit, le savon fabriqué se rassemble à la surface ; les lessives vont au fond, et le lendemain on les extrait à l'aide de la pompe mobile, pour les remplacer par une nouvelle lessive plus faible en alcali, mais qui contient du sel marin, et dont le degré aréomé- Wque est plus élevé. Cette lessive achèvera la saponification des corps gras qui sont encore libres, et le sel, en augmentant la densité du liquide, facilitera la séparation du savon.

Le quatrième jour, on procède h l'opération que Ton désigne sous e nom de liquidation. Elle consiste à chasser de la pâte l'excès de •els alcalins qu'elle retient, ce qui peut se faire de deux manières : )nand le savonnier juge que la pAte est très-chargéc d'alcali, il y ^erse une quantité d'eau suffisante pour que cette eau, allant chercher lans toutes les parties de la masse le sel qui s'y trouve réparti, le lissolve et fasse avec lui une liqueur assez dense pour qu'elle puisse adiement se séparer, par dépôt, du savon fabriqué. Quand, au contraire, la pâte ne contient pas assez d'alcali, il liquide avec une essivede moyenne force et capable de produire, avec l'alcali libre du •Qvon, la liqueur de densité voulue ; cette opération dure aussi un our. Cela fait, on arrête le feu et on laisse reposer pendant quatre à îînq jours. La masse se sépare en plusieurs parties : au-dessus une 'ouche épaisse de savon, au-dessous une couche moindre mais renfermant, avec des produits divers, des corps gras non saponifiés et désignés sous le nom de nègre; enfin, au fond de la chaudière une essive peu concentrée, qui, suivant sa valeur, sera rejetée ou envoyée uix citernes de réserve.

Lorsque le savon est fait, il faut l'introduire dans les récipients où

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il se solidifiera. Cette opération s'exécute dans la troisième travée, que nous désignerons sous le nom de travée des mises.

Ces riiises sont, ou des caisses de bois, ou des caisses de tôle à parois mobiles; elles sont disposées sur le sol par rangées perpendiculaires à l'axe longitudinal de la travée. Lorsqu'on veut faire la coulée, j on les réunit au tuyau de vidange de la chaudière à Taide d'une rigole ■ de tôle assez longue pour courir tout le long d'une rangée, et divisée, par des vannes mobiles, en compartiments correspondant à chacune des mises et muni? de soupapes. Quand on commence la coulée, toutes les vannes sont levées et la pâte liquide s'écoule jusqu'au bout de la rigole. On soulève la dernière soupape et la mise qui est au-dessous d'elle s'emplit ; on ferme ensuite la soupape, on abaisse la dernière vanne, et le savon, arrêté par elle, ne coule plus que jusqu'à l'avantdernière mise, que lon^remplit de la môme manière, et ainsi de suite.

Le rerroidissen)ent, qui dure six jours dans les mises de tôle, diï dans celles do bois, donne des blocs de savon qu'il faut découper en tranches. Pour cola, on démonte les parois mobiles des mises, et l'on entoure le bloc par un |ûlc de châssis ayant chacun 10 centimètres environ de hauteur. Entre le premier et le second, deux ouvriers glissent un fil do fer qu'ils tirent à eux en le forçant à tiaverser le bloc de savon. Ils isolent ainsi une première tranche ayant pour base la base du bloc, et pour hauteur 10 centimètres. Après l'avoir enleu^e ainsi que le premier cIk\ss1s, ils répètent l'opération entre le second et le troisième oliAssis et continuent jusqu'au bas du bloc.

Ces tranches sont chargées dans des wagonnets et portées à l'atelier de découpage, où elles doivent d'abord être divisées en quilles. A cet effet, on place chaque tranche sur im chariot horizontal qui est muni de lentes longitudinales et qui peut, par l'action d'une manivelle et d'un engrenage, se déplacer horizontalement à la surface d'une table, sur laquelle se dresse un cadre où sont tendus six fils de fer verticaux; ce cadre est assez large pour laisser passer le chariot mobile. Lorsqu'on met celui-ci en mouvement, le savon rencontre les fils de fer qui, pénétrant dans sa masse et dans les fentes longitudinales, le débitent en morceaux prismatiques. Tantôt ces morceaux sont expédiés sans autre découpage, tantôt ils sont découpés en cubes à l'aide d'un couteau à guillotine.

11 ne reste plus qu'à donner à chaque bloc l'estampille de l'usine et la marque qui indiquera au consommateur la qualité du savon. Cet estampillage doit être précédé d'un étuvagc, qui a pour effet de durcir la surface du savon et de la rendre plus apte à recevoir l'empreinte avec netteté.

L'estampille est appliquée à la main ou mécaniquement. Dans le iremîer cas, un ouvrier place au-dessus de chaque morceau de savon [ui lui est présenté par un aide une petite matrice portant, en relief m en creux, les caractères à reproduire; d'un coup de maillet il fait lénétrer les saillies de la matrice dans le morceau que Taide retourne mmédiatement pour présenter une antre face.

L'estampillage mécanique se fait avec un appareil composé do deux larties : la première est une boîte cubique de bronze, sans fond et l'ouvrant, suivant une de ses arêtes, autour d'une charnière passant »r l'arête opposée. Les quatre faces intérieures portent, en relief ou 50 creux, le dessin qui doit être imprimi? sur les faces latérales. La seconde partie de l'appareil est une machine à balancier, semblable h selle qui sert à marquer le papier a lettres. L'ouvrier estampilleur auvre la boîte, place le morceau de savon sur la table de l'appareil, l'enveloppe ensuite en refermant la boîte, et d'un coup de balancier il y comprime le savon. Cette méthode est moins rapide que la première, mais la marque a plus de fino.-se.

Les savons par empdtafje ou à froif/ se font, pour ainsi dire, d'un sailcoup et par un seul service d'une lessive forte. La fabrication s'exécute à une température moins élevée que par les autres procédés. On fait fondre à part un poids déterminé de corps gras et l'on y ajoute en une seule fois la quantité de lessive chaude nécessaire à la saponification, on cuit et Ton coule en mise?. Le savon ainsi fabriqué retient toutes les impuretés des corps gras, des lessives, beaucoup d'eau et presque toujours un excès d'alcali ; quoique vendu à un prix inférieur, il ne présente aucun avantage au point de vue de l'économie.

Les savons mous^ dits savons noirs ou savons verts, sont à base de potasse, et sont fabriqués avec les huiles les moins chères, huile de chènevîs, d'œillette, de colza. Leur préparation est des plus simples : on fait bouillir les huiles, dans des chaudières de tôle à fond conique? avec des lessives de potasse que l'on introduit en trois fois, en commençant par les plus faibles ; on concentre le mélange pour chasser l'excès d'eau, puis on le coule dans des tonneaux lorsqu'il a atteint la consistance voulue. Ces savons sont verts quand on les fait avec des huiles jaunes et qu'on y ajoute vers la fin de la cuisson un peu d'indigo; ils sont noirs quand on emploie l'huile de chènevis et qu'on les colore par du sulfate de cuivre, du sulfate de fer, du tannin et du bois de Campéche.

l^^ savons de toilette se faisaient autrefois avec du savon blanc de Marseille; mais la fabrication de ce dernier ayant laissé à désirer, les

parfumeurs préfèrent maintenant le fabriquer eux-mêmes. Les corps gras employés sont des huiles de palme, quelquefois des huiles d olive et souvent des graisses fraîches achetées avant qu'aucune fermentation ait eu le temps de s'y développer. Les chaudières sont ordinairemant en métal et de dimensions beaucoup plus petites que celles que l'on emploie à Marseille. Lorsque le savon est fabriqué, il faut le parfumer. Pour cela, on le réduit d'abord en copeaux à l'aide de machines remplaçant avantageusement le travail à la main ; puis ces copeaux sont livrés à une broyeuse^ ou laminoir à trois cylindres de granité ; ils sont amenés par une trémie entre les deux premiers cylindres et réduits à Tétat de lames très-fines, qui sont détachées du troisième cylindre par un couteau d'acier. Ces lames sont ensuite mélangées intimement au parfum et à une matière colorante, à l'aide de deux meules verticales de granité.

Après avoir fait subir au savon cette préparation, on le divise en morceaux de grosseur régulière, compactes et parfaitement secs. A cet effet, la pAte est mise dans une boîte- de fonte percée de deux trous circulaires sur Tune de ses faces : par la face opposée entre un piston carré qui, poussé mécaniquement dans la boîte, comprime le savon et le force à sortir,» sous forme de deux blocs cylindriques, par les deux trous circulaires. A leur sortie ces blocs sont divisés à l'aide de fils de laiton. Les morceaux cylindriques ainsi obtenus sont desséchés à l'étuve et débarrassés, ou couteau ou sur le tour, de la couche pulvérulente qui s'est formée dans l'étuve; puis ils sont comprimés dans une matrice de métal, qui a la forme que doit avoir le morceau de savon, et qui porte en creux les caractères que l'on veut tracer en relief à sa surface.

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